Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

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Dr Hiatus
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Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par Dr Hiatus » sam. août 25, 2012 10:44 am

Bonjour.

J'ai un problème, j'ai pas l'esprit machiavélique. J'ai beaucoup de mal à imaginer des plans trop tordus. Des mensonges à plusieurs couches.

Je veux lister des moyens et motivations de PNJ ou d'organisations pour tromper les autres : des outils de scénarios pour imaginer les actions d'un ou plusieurs PNJ qui tirent les ficelles et ne se contentent pas d'exterminer leur opposition.

Idéalement, pour moi, certains moments d'une campagne à mystère sont des bonnes arnaques : les PJ sont menés à croire une façon de voir le scénario, mais en les raisons qui les mène à faire leur choix est dissimulée, et ils ne le découvrent que sur le tard. Et derrière une révélation, il y a encore plein de mensonges.
Pensez à Lost, à la politique interne du Centre du Caméléon, aux conflits d'intérêts dans les coulisses d'X-Files...


Exemples de ces moments :
Il y a les histoires de menteurs crédibles (mais comment ? c'était un vieux flic cool, il n'a pas pu tuer le gamin ?)
Les mensonges sans liens avec le secret au fond, mais qui le protègent tant qu'il n'est pas découvert (j'étais amant avec la victime, mais je suis marié, j'ai caché que je la connaissais, je l'ai pas assassinée, j'ai un alibi, mais du coup personne pouvait pas savoir ce qu'elle faisait éclatée sous mon balcon)
Les société secrètes interinfiltrées (tu crois que tu bosses pour la CIA, mais on est des agents du MK12UltraJihad, mais en fait le MK12 est dirigé par un agent double du fisc)
Les agents doubles triples (on m'a fait passer pour un prisonnier comme vous pour qu'on obtienne des infos sur votre base, mais je suis un protecteur de la famille de Jason comme toute ma famille depuis 100 générations, mais les potes de Jason, bon, à moyen terme, je peux aussi bien m'en débarasser mais je leurs dis pas),
Et puis en fait, ce qu'ils on découvert est finalement qu'une illusion, il y a bien une Matrix mais elle est peut-être pas faite par qui tu crois pour ce que tu crois.

Mais comment se faire une "grammaire" du complot et de l'intrigue cachée ?
En gros, ça doit être possible de faire un truc avec les grandes situations créatrices de mensonges, les motivations, les moyens possibles, les jeux de loyauté réelle ou supposée...

J'adore ça, pourtant je ne sais pas comment imaginer et organiser ce genre d'embrouilles.

Vous avez des outils ou des méthodes, pour faire des complots d'illuminati mafieux à troubles de la personnalité ? Ou une liste des vérités générales à planquer derrières tant de couches de mensonges particuliers ?
(Ex : l'Ordinateur dans Paranoïa est dirigé par un humain. Qui joue ses décisions aux dés. Mais les postes des ordis du complexe ne sont pas tous centralisés. Donc les ordres sont paradoxaux. Et entretemps pleins de sociétés secrètes et de persos paranos s'embrouillent)
Dernière modification par Dr Hiatus le dim. août 26, 2012 1:49 am, modifié 1 fois.

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Léonard
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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par Léonard » sam. août 25, 2012 9:57 pm

Purée ! J'ai passé un long moment à noter plein d'idées pour répondre, et un simple mauvaise manip m'a fait tout perdre ! :grmbl:

Trop la flemme de reprendre ça aujourd'hui. On verra demain.

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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par TinchO » dim. août 26, 2012 5:39 pm

J'up le sujet parce que je suis sur des questions relativement similaire.

Il me semble cependant qu'une bonne première approche c'est de dessiner un schéma à patates, où chaque patates est un élément/engrenages/étapes du complot général.
La plupart du temps les exécutants n'ont pas d'idées précises sur le plan de leurs patrons, et les entubages de ce types peuvent être à plusieurs niveaux.

Une autre astuce pour que ça paraisse plus complexe que ça n'en a l'air aux yeux des PJs c'est si les exécutants à un certain niveau tentent de se "rebeller" contre leur patrons ou en tout cas de ne plus faire pour ses intérêts à lui (le patron) en fonction des leurs.
Par ailleurs, la hiérarchie du réseau de "méchants" n'est pas forcément de type militaire/institutionnelle ou contractuelle, il peut s'agir de chantages et là aussi quand on le multiplie on peut obtenir des choses intéressantes. Celui qui veut ou fait du mal aux PJs peut être la victime d'un maître chanteur qui est lui même l'objet d'un chantage.

Au final, tes inspis sont bonnes, et parfois les "traduire" dans un autre univers/décor/environnement suffit amplement à leur donner un air neuf et "frais"...
"Nous sommes de la même étoffe que les songes
Et notre vie infime est cernée de sommeil"

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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par Wenlock » mar. août 28, 2012 2:25 am

Je conçois presque constamment des complots machiavéliques et des plans à tiroirs pour mes campagnes et, si je suis peut-être avantagé par le fait d'avoir moi-même l'esprit tordu, je pense qu'il y a quelques bases méthodologiques qui peuvent aider grandement, même si on est pas perfide de nature. Par contre, je doute qu'on puisse se sentir à l'aise dans cet exercice sans prendre le temps d'étudier un peu de littérature sur le sujet (mais, coup de bol, c'est souvent assez fun à lire, j'en reparle dans le sujet).

1°) Contexte
D'abord, il faut un contexte qui le justifie : lutte d'influence entre partis politiques, compétition entre services de renseignement, guerre secrète entre sorciers... Car un complot ne nécessite d'être vraiment tortueux que s'il a une concurrence sérieuse, qu'il y a donc forcément des enjeux (de pouvoir, la plupart du temps) pour lesquels différentes factions sont en compétition et des contraintes -morales, judiciaires, politiques, financières, que sais-je encore- qui expliquent que des méthodes plus "bêtes & brutales" ne puissent pas trancher la question.
Par exemple, dans une monarchie, celui qui "tient" le souverain tient quasiment tout le pays, mais la personne même du roi est suffisamment sacrée pour qu'il faille le manipuler finement, sans que ça se voit, au risque de s'aliéner toutes les institutions : voilà un bon contexte pour des manigances tortueuses. Inversement, si le souverain est arrangeant, le pays pauvre et la morale souple, c'est pas vraiment la peine de s'emmerder à comploter.

En fait, il n'y a presque qu'une seule situation "stratégique" où ça vaut le coût de monter des plans très sophistiqués : lorsque on a des ambitions très supérieures à ses moyens, et qu'il faut donc chercher à produire les effets les plus importants possibles par l'application très précises des moyens en question. Le reste du temps, les luttes d'influence et les grands projets sont plutôt affaire de masses que de finesse : on y met de gros moyens (financiers, militaires, médiatiques, humains...), on ratisse large et on tape fort.
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2°) Logique
À moins qu'on ait envie de prendre le risque de l'incohérence (des tas d'auteurs le font, notez bien), un complot ne devrait pas être tordu au point d'être illogique. Les comploteurs intelligents emploient de préférence les moyens les plus simples, les moins coûteux et les plus efficaces pour parvenir à leur fin ; que ces moyens soient ou non moraux, légaux ou originaux est secondaire, mais l'important c'est que ça puisse marcher, sinon c'est pas la peine de s'emmerder.
Et si un Grand Méchant produit un plan tordu, ce devrait être d'abord parce que les moyens moins tordus ne vont pas suffire à atteindre ses buts, et parce qu'il a de bonnes raisons de penser qu'il saura gérer la complexité requise. Sans quoi, l'esprit machiavélique capable de concevoir un complot tortueux devrait être déjà assez malin pour s'apercevoir qu'il y a mieux à faire.
Sachant que plus un plan est complexe, plus il est long, plus il repose sur des actes subtils, plus il démultiplie la probabilité qu'un petit grain de sable, un changement du contexte ou la modification des enjeux vienne tout faire foirer... mieux vaut commencer simple, on compliquera plus tard si nécessaire.
Généralement, la complexité et les multiples couches de faux-semblants ne viennent d'ailleurs pas du plan lui-même, mais des contingences qui s'y ajoutent en cours d'exécution.

D'ailleurs, les plans hyper-spécifiques qui requièrent que des tas de petits détails s'alignent parfaitement sont exclusivement réservés aux environnements très contrôlés : expérience chimique en laboratoire, programmation informatique sur une machine dédiée... Dans un système aussi complexe qu'un état, par exemple, la théorie des dominos ne marche pas très bien, justement parce que les dominos sont en fait posés n'importe comment : si on en pousse un, il ne peut en réalité espérer n'en entraîner qu'une poignée d'autres avec lui, car très vite un obstacles à la con va se foutre en travers.
C'est le vieux gag de l'attentat du Bürgerbräukeller : un mec tout seul met au point un long plan hyper-spécifique pour assassiner Hitler par l'unique moyen à sa disposition, et ça merde au dernier moment pour une connerie de planning. L'Histoire est pleine d'exemples de ce genre : l'unique tentative qui va changer l'histoire n'est pas une totale impossibilité, mais c'est très très aléatoire et donc très rarement efficace.
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3°) Stratégie claire
Dans un contexte mouvant (comme le sont la grande majorité des contextes sociaux et politiques), le meilleur moyen d'arriver à ses fins n'est donc pas de mettre en place un long plan tordu, mais de rassembler des moyens un peu divers et de mettre en place une stratégie générale capable de s'adapter aux impondérables. C'est ce que Machiavel appelle "la Vertu et la Fortune" : il ne suffit pas d'avoir des capacités ou de la chance, il faut savoir saisir les bonnes occasions d'employer ses capacités.
Pour continuer sur mon exemple de départ, quand une conjuration veut abattre un souverain et ne peut pas lancer une révolution à grande échelle, il faut qu'elle se préoccupe d'abord de trouver des moyens d'action (des infos, des agents, du matos, des infrastructures, du pognon...) et de les pérenniser (entretenir, surveiller, camoufler...). Ensuite, qu'elle surveille les évolutions du contexte en attendant une situation favorable (instabilité politique, émergence d'une forte opposition, recrutement parmi les serviteurs royaux...), identifie les leviers capables de l'influencer et soit alors, avec un peu de bol, en situation de les exploiter.
Sun Tzu a d'ailleurs une théorie intéressante sur le sujet : un bon stratège ne doit pas se jeter sur la première occasion de gagner mais se placer progressivement au point de convergence d'un maximum d'occasions et les préparer toutes de manière à ce que, quelque soit la manière dont tourne la situation, on puisse alors mettre en œuvre la réponse appropriée pour gagner. Évidemment, ça implique de très bien maîtriser le contexte, d'avoir pas mal de moyens et le temps de les mettre en œuvre, mais la lecture de bouquins comme "l'Art de la Guerre", "les 36 Stratagèmes" ou "le Prince" de Machiavel révèle qu'ils sont sont composés de principes stratégiques simples et généraux (donc vaguement abstraits) classés par situations et/ou par objectifs : l'efficacité stratégique ne naît pas d'une solution sophistiquée unique, mais d'un choix éclairé, constamment renouvelé en fonction du contexte, dans le panel d'actions le plus large possible.
Mieux encore : ça fait chaque fois d'assez petits bouquins, faciles à lire et applicables à n'importe quoi (dont je recommande chaudement la lecture à quiconque veut mener des campagnes de "conspirations et manigances").
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4°) Tactique compliquée
C'est justement dans l'exploitation des occasions que les plans se compliquent parce qu'ils se concrétisent : on identifie un objectif particulier et on y mise ses moyens à travers un plan précis, cohérent avec la stratégie globale. Notamment, à moins d'être désespéré ou débile, on ne risque pas la pérennité de tout le projet global sur un seul coup de dés pour atteindre un seul objectif précis.
C'est important de diverses manières parce que, en JdR, les mises en œuvres tactiques sont la partie du Grand Plan auxquelles les PJ vont être d'abord et le plus souvent confrontés, et c'est de là que va naître le mystère : si le Grand méchant est un peu discret, on peut à la limite identifier les plans en cours d'exécution mais la stratégie globale n'apparaîtra que lorsqu'on aura accumulé assez de connaissances sur les différentes actions de la conjuration pour comprendre ses buts, sa structure et ses moyens. Et c'est une source infinie de scénarii parce que n'importe quel petit objectif même bassement pratique de la conjuration peut être la base d'un petit coup tordu et d'un nouveau mystère.

La seule "sécurité des opérations" peut ainsi impliquer des assassinats et des cambriolages divers, incompréhensibles jusqu'à ce qu'on comprenne qu'ils sont les tentatives d'une conspiration "globale" pour effacer ses traces en supprimant les fournisseurs dont elle n'a plus besoin, détruisant les documents incriminant et éliminant les témoins gênants pour protéger son infrastructure.
Quoiqu'on puisse déjà se demander si c'est un bon calcul car, finalement, quel est le moins discret : quelques témoins gênants en liberté ou une subite épidémie de meurtres ? La question est alors technique : si la conspiration peut nettoyer derrière elle sans attirer l'attention, c'est un bon coup à jouer. Si elle n'a pas les moyens ou les compétences, autant éviter d'agiter la mare et plutôt compter sur la confusion et brouiller un peu les pistes en guise de camouflage.

Rien que la phase de renseignement et d'analyse du contexte, si elle est généralement la plus discrète, peut impliquer de l'espionnage, du piratage, des meurtres, de l'extorsion, du chantage... toutes choses qui peuvent fournir aux PJ des scénarios d'action/enquête pointant vers un mystérieux complot à grande échelle.

De même, se procurer des moyens d'action peut chaque fois être un challenge et impliquer un complot ou des opérations spécifiques, sachant qu'on agit jamais qu'avec les moyens qu'on a déjà : si la première capacité de la conspiration est le renseignement, le chantage et le délit d'initié sont les meilleurs moyens de se procurer des fonds. Une fois qu'on a des infos et du pognon, on peut commencer à mettre en place des structures (souvent des réseaux, mais aussi des installations, du matos...) et recruter les compétences nécessaires pour assurer la sécurité globale, espionner encore d'avantage et monter des "opérations spéciales". Et c'est seulement quand on aura tout ça qu'on pourra effectivement se lancer dans le tronçon final du Grand Plan.
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5°) Compliquée parce qu'ambitieuse
En fait, on n'obtient des complots vraiment tordus que lorsque des gens très motivés et compétents (ne serait-ce qu'en terme de stratégie et d'organisation) vont employer des moyens relativement hors-normes à travers une stratégie de haut niveau pour atteindre des objectifs particulièrement difficiles dans un contexte hostile. Finalement, le niveau de complexité de la conspiration ne dépend que des difficultés qu'elle rencontre et des efforts qu'elle doit déployer pour les surpasser : encore une fois, tant que des moyens basiques et des plans simples suffisent, pas la peine d'être vraiment démoniaque. Si par contre on a pas grand-chose d'autre pour soit que ses deux mains et une grosse motivation pour changer le cours de l'Histoire, il va falloir faire preuve d'imagination*.
Et on n'obtient des complots originaux que si le contexte lui-même est original, que les moyens à disposition des conspirateurs sont très particuliers et leurs ambitions très spécifiques. Si vous êtes un illusionniste désargenté voulant assassiner un roi, par exemple, vous allez forcément employer des moyens assez inédits pour arriver à vos fins. De même, si une secte d'intégristes bardés d'interdits religieux veulent se lancer dans la guérilla moderne** ou si des pacifistes convaincus veulent abattre un régime oppressif, ça risque de donner des situations stratégiques assez spéciales.

C'est souvent quand on a, justement, peu de moyens à sa disposition mais beaucoup d'imagination qu'on recourt à la supercherie. C'est un principe stratégique que je trouve particulièrement savoureux parce que très "rentable" (ça permet de produire des effets avec très peu de moyens), très souple (l'information est une ressource particulièrement malléable), très puissant (ben fait, ça peut carrément modifier le terrain de jeu et le contexte stratégique) et très "esthétique" puisque c'est en fait un exercice "créatif". Et le concept est très élégant : puisque la stratégie repose en grande partie sur la compréhension du contexte, modifier cette compréhension donne l'illusion qu'on a modifier le contexte, et modifie vraiment la stratégie adverse (je cite en fin de message l'Opération Mincemeat, qui est une merveille du genre).
Pour le JdR, c'est carrément du bonheur en branches : en dehors d'être un exercice de style très intéressant pour un MJ (c'est quasiment de la mise en abîme avec un scénario dans le scénario), c'est un principe éminemment "narratif", qu'il suffit de bien écrire pour qu'il marche (pas de carac', pas de jet de dés...) et ça produit du mystère à la chaine.
Il serait vraiment long d'entrer dans les détails, mais l'Art du Mensonge n'est jamais très éloigné de la stratégie de communication "classique" (en RH, en pub, en conception-rédaction...) : il faut bien comprendre le contexte et savoir que raconter à qui pour le modifier. Sachant qu'un mensonge en particulier est d'autant mieux cru qu'il est (dans cet ordre):
_réaliste, au sens non seulement de "cohérent avec le contexte", mais de préférence "correspondant aux croyances de la cible" (un paranoïaque, par exemple est plus facile à convaincre qu'il est l'objet d'un odieux complot que du fait qu'il pourrait avoir un coup de bol complètement gratuit) et d'assez d'imprécisions et, inversement, de quelques détails inutiles pour éviter l'effet de "perfection suspecte" qui s'attache aux créations de toutes pièces,
_lesté de vérité, c'est à dire qu'il en contient suffisamment pour accrédité les parties fausses. De ce point de vue, les demi-vérités (dont la base factuelle est quasi-juste mais l'interprétation modifiée) sont souvent les meilleurs mensonges,
_séduisant parce qu'il implique un élément que la cible aura vraiment envie de croire, parce qu'il est flatteur, annonciateur de profit, enthousiasmant, d'une importance (apparemment) stratégique...
_difficile à obtenir : pas "trop difficile" puisque le but reste de le transmettre, mais les gens croient toujours d'avantage ce qu'ils pensent avoir découvert par eux-mêmes, si possible au prix de quelques efforts (on croise alors les couches : on préfère croire le mensonge plutôt que d'admettre qu'on s'est donné du mal rien que pour se faire niquer). C'est faisable même lorsqu'on débite directement son boniment à quelqu'un : si on expose trop bien son mensonge, la préparation peut être perceptible et suspecte, alors que si on le transmet un peu laborieusement, si on incite autrui à nous tirer les vers du nez, la transmission accrédite le contenu.
_________________

6°) Un exemple
J'ai jadis mené une campagne med-fan impliquant un gros complot politico-magique à Laelith (oui, c'est "vintage" en plus) qui n'a probablement pas été jouée exactement telle que décrite ci-dessous (ça fait loooongtemps), mais qui peut illustrer assez bien mon propos.
La conjuration consiste en une poignée de puissants sorciers pour la plupart "élémentalistes" qui, suite à l'éradication de leur première organisation par les PJ (désormais plutôt "hauts niveaux" et tous au moins bi-classés "mago" : guerriers-mages, voleurs-illusionnistes et magiciens pur sucre) et leurs alliés dans un précédent chapitre, ont survécu de peu, embarqué pas mal de richesses et de reliques et changé de continent, vers la grande cité où quelques-uns de leur séides étaient déjà pour étudier les vestiges locaux d'une ancienne civilisation magique détruite par un cataclysme. C'est un contexte qui se prête bien aux manigances parce que Laelith est, depuis la chute de cette civilisation, une cité très religieuse organisée autour de 4 temples élémentaires (ça tombe bien, non ?), et très réfractaire à la magie. Les magiciens déclarés y sont d'ailleurs confinés dans une enclave extérieure à la ville, le Pic des Mages.
Et le plan de nos sorciers est simple : utiliser leurs vastes connaissances magiques pour s'installer au Pic, réimplanter une organisation efficace, prendre le contrôle du climat et plonger la cité dans un tel chaos qu'ils vont pouvoir ensuite accéder aux vestiges en question sans aucun contrôle des autorités et, dans l'idéal, complètement redistribuer les cartes du pouvoir : c'est carrément un putsch. Ceci fait, ils pourront reprendre leur Grand Plan de Conquête du Monde™, consistant à longs termes à instaurer une magiocratie mondiale par le contrôle du climat (ils y croient, les gars).

Je mets la suite sous une balise "spoilers" parce que je cite plein de secrets inhérents à l'univers de Laelith :
Spoiler:
D'abord, donc, la Conjuration se trouve des alliés parmi les dignitaires du Pic, généralement assez mécontent de leurs rapports avec le Roi-Dieu, en commençant par demander humblement asile, puis en démontrant leurs nombreux savoirs (les sorciers survivants sont vraiment des pointures) et distribuant autour d'eux quelques artefacts "mineurs" (reliquat de leurs stocks précédent), des connaissances très anciennes et des richesses variées qui leur permettent d'établir en quelques mois tout un réseau de faveurs et d'amitiés, ainsi que quelques sous-traitants dans la cité elle-même.
Ils se créent ainsi une base d'opération qui offre le multiple avantage d'un havre sûr loin des méchants PJ, de nombres d'installations magiques dont nos sorciers et leur poignée de séides ont besoin pour la suite et tout plein de "complices" plus ou moins conscients, dont une poignée de grands mages locaux à qui ils font miroiter un prochain changement radical de politique magique. À ce stade, les conjurés sont tellement bien intégrés qu'ils sont de fait devenus des sommités locales très appréciées... et personne ne se doute que tous les cadeaux qu'ils ont fait sont le produit de multiples vols et pillages sur un autre continent, donc les mages autochtones sont bien malgré eux devenus les complices.
Par contre, nos sorciers ont engloutis tous leurs fonds, et il est temps de faire rentrer du blé... au sens strict.

Le climat autour de Laelith a toujours été assez capricieux, l'environnement presque désertique et la majorité des denrées alimentaires viennent des provinces extérieures : voilà une dépendance "vitale" que nos sorciers climatiques vont pouvoir exploiter. Ils ont utilisés leurs derniers sous pour acheter -via des intermédiaires- des terres agricoles qui, grâce à leurs soins diligents, deviennent assez rentables aux premières moissons. Alors que le climat alentour commence à se pourrir tellement que la disette menace, attisant le mécontentement des provinciaux contre la cité-sainte qui absorbe une si grande part des récoltes. Sans aller jusqu'à s'octroyer un monopole, nos sorciers vont donc spéculer sur les cours du grain et se faire pas mal de brouzoufs, mais aussi acheter avec leurs excédents la reconnaissance de tout un tas de gens, y compris de braves marchands (trop heureux de bosser pour les agriculteurs les plus productifs des Provinces) et des truands laelithiens, les bien-nommés "Discrets", qui bénéficient pleinement de la hausse des cours du grain. Parallèlement, les sorciers recrutent un certain nombre de mercemages (des mages de combat entraînés par un de nos sorciers, qui sont assez avantagés par le fait d'être un peu les seuls sur ce créneau), d'assassins et de voleurs pour la phase suivante (ah oui, hein : c'est du boulot). Ils prennent aussi contact avec une secte, l'Église Mécaniste, qui va fournir l'appui technique nécessaire au bricolage d'artefacts, et mettent longuement en place une sorte d'écran de camouflage pour éviter la détection par des moyens surnaturels (quand on complote contre une cité pleine de clercs de tout un tas de cultes, c'est nécessaire).
À ce moment-là, les PJ ont fini de massacrer les sous-groupes et les derniers membres de l'organisation sur leur sol et, ayant compris que le Cercle Intérieur a majoritairement survécu, sont à la recherche des derniers conjurés. Quand ils comprennent qu'il ont traversé un océan réputé infranchissable (sauf quand on commande aux tempêtes), ils cherchent à leur tour un moyen de les poursuivre : ça va les occuper un moment.

En une grosse année, nos sorciers sont assez implantés pour lancer la seconde phase du plan : commanditer des raids vers divers ruines et temples de la région (des tas de pilleurs de tombes et d'aventuriers commencent donc, sans trop le savoir, à travailler pour eux à travers les fameux "mercemages") pour rapatrier par leurs amis contrebandiers, marchands et mages tous les artefacts permettant d'influencer le climat, les étudier sérieusement et les brancher ensemble. Les premières expériences dans "leur" province confirment que, désormais, nos sorciers peuvent faire "la pluie et le beau temps" dans leur secteur.
Les appareils de contrôle climatiques sont alors déplacés vers le Pic des Mages en grand secret, les terres agricoles sont revendues à bon prix (hop, encore des fonds) et les mercemages commencent à "couper les liens" : ils commencent à tuer les intermédiaires "extérieurs" à coups d'accidents fatals (une maison qui s'écroule, un subit incendie, des noyades, des chutes... mais aussi quelques "crimes crapuleux" et autres attaques de brigands) pour effacer tout ce qui pourrait relier leurs patrons à la magouille agricole ou aux pillages. Cette phase-là va pas mal merdouiller parce que ça commence à se voir, que différents intermédiaires échappent à la purge, donc les Discrets qui sont pas des truffes non plus et ont compris que ça sentait le roussi, ils ont donc pris leur distance avec les mercemages. Sauf que, bien sûr, ils ne peuvent pas vraiment aller se plaindre aux autorités, ni expliquer à tous les temples du coin leur implication dans les vols de reliques...
Mais surtout, la phase de "nettoyage" n'est pas encore terminée quand, au grand dam des conjurés, les PJ atteignent la région et commencent illico à remonter diverses pistes de "vols d'artefacts élémentaires", reconnaissant au premier coup le mode opératoire des méchants.

La phase suivante commence peu avant que les PJ atteignent Laetlith, par le vol d'un artefact important dans le Temple du Nuage (qui rassemble en gros tous les cultes "aériens" du cru) : un "casse" pareil ne s'était jamais produit et, malgré les précautions prises par les mercemages et voleurs conjurés, les prêtres arrivent vite à la conclusion qu'une organisation criminelle magique s'est installée en ville, mais n'arrivent pas à en apprendre plus. C'est d'autant plus embêtant que la ville est depuis quelques semaines secouées de troubles religieux, des prophètes apparemment tous indépendants commençant à annoncer l'apocalypse à cause des péchés du Roi-Dieu !
Et de fait, c'est vrai qu'il fait mauvais temps depuis un moment, c'est même carrément la sécheresse dans une bonne partie des Provinces alors que de lourds nuages s'accumulent dans les montagnes voisines... quand débarque une bande d'étrangers bizarres, tous magiciens et tous "non-affiliés", qui prétendent reprendre eux-mêmes l'enquête sur l'artefact volé au Nuage si on leur file un peu d'appui logistique. Sauf qu'ils merdoient sur la diplo -forcément très tendue- et qu'on leur refuse toute aide.
Tant pis : il n'y a pas lourd de pistes directes et les sorts de détections ne produisent rien de probant ("y a un gros machin très louche partout en ville"), mais les PJ vont être capables de retrouver la piste d'une série d'artefacts qui, individuellement, sont capables de protéger leurs porteurs des détections "divines" et qui ont, comme par hasard, encore été volés. Ils va quand-même leur falloir des semaines d'investigation dans la Pègre locale pour dénicher des Gnomes Bleus (réduits dans cette histoire à des supers-ingénieurs un peu dépassés par les évènements) Discrets survivants de la purge et prêts à leur expliquer que de très méchants mercemages ont commencé par les appâter avec un juteux trafic de grain, puis leur ont fait transporter des reliques... puis ont essayé de leur faire la peau. Sauf que ces mercemages, depuis, ils ont quasiment disparu si on excepte les "accidents fatals" qui continuent de se produire sporadiquement.
Là, mes PJs ont convaincu un des Discrets survivants de servir de chèvre, eux lui assurant une protection rapprochée contre tous les accidents possibles : le type est quand-même mort brûlé par un braséro, mais les PJ ont pu détecter et poursuivre le mercemage... qui est alors tombé d'un toit et s'est rompu le cou, apparemment à cause du contre-coup d'un sort raté.

La conjuration a atteint une nouvelle étape et, désormais repliée au Pic des Mages, a complété son installation délirante et commencé à accumulé de gros nuages noirs au-dessus de la cité sainte. Les citadins commencent à s'inquiéter, surtout qu'il y a dans les rues de plus en plus de prophètes amateurs qui annoncent un nouveau cataclysme (un des "effets" de l'écran anti-détection est de saturer toute divination avec la même image apocalyptique, ce qui est finalement une représentation assez juste de la phase finale du plan). En plus des PJ (ralentis par le fait qu'on ne les laisse pas employer leur propre magie en ville, ça a commencé à faire des problèmes), diverses personnes commencent à soupçonner les mages du Pic mais ceux qui parmi eux n'ont rien à voir avec le complot ont déjà l'habitude d'être accusés de tous les maux, et ceux qui sont compromis commencent à réaliser qu'ils sont complices d'un machin complètement délirant et qu'ils feraient mieux de quitter la région avant d'être exécutés par les mercemages, emprisonnés par les autorités, tabassés par les PJ, lynchés par une foule de prêtres très fâchés ou livrés au Roi-Dieu par leurs confrères : ils ferment donc leur mouille en attendant qu'une solution se profile.
Quant au Roi-Dieu, lui, tout ce qu'il sait c'est que le problème comme la solution sont d'ordres magiques, que c'est pas trop son rayon et qu'il n'a pas grand-monde sous la main qui s'y connaisse puisque en plus, depuis des mois, les Mages locaux lui cassent les couilles de mille manières pour qu'on modifie leur statut.
Quand les PJ commencent à demander l'accès au Pic, plusieurs "incidents diplomatiques" entre la garde de laelith et celle du Pic (déclenchés notamment par les joueurs en poursuivant des mercemages : c'est con, hein ?) ont déjà convaincus les Mages de se retrancher dans leurs sommets, les PJ ont du faire usage de magie dans la cité et son menacés d'exil...

Et puis c'est le déluge : les premiers jours de fortes pluies sont accueillis avec surprise mais un certain plaisir dans la cités toujours en manque d'eau. Sauf que ça empire constamment, qu'il commence à y avoir des innondations massives dans la ville en terrasses (je vous raconte pas l'effet de cascade généralisé) et qu'au bout d'une petite semaine, le Cloaque (les égouts de la cité, colonisé par tout un tas de saletés chthoniennes) commencent à déborder, chassant plein de monstres vers l'extérieur où, chance pour eux, l'obscurité est désormais presque permanente sous la couche nuageuse qui recouvre toute la ville. Histoire de ne rien arranger, les méchants sorciers savent qu'il y a au fin fond du Cloaque un autre Grand Méchant Démoniaque (natif, celui-là) : l'Empereur-Démon. Lui a très bien compris ce qui se passe mais n'a aucun intérêt à freiner le phénomène et va bientôt commencé à conduire ses hordes vers l'extérieur (sauf qu'avec la flotte, c'est un peu galère).
Les hautes instances religieuses commencent à se demander si les prophètes cinglés des semaines précédentes n'ont pas finalement raison et s'il ne vaudrait pas mieux démettre le Roi-Dieu de ses fonctions, d'autant que sa récente insistance à chercher les causes du problème au Pic est sur le point de déclencher une quasi-guerre entre la garde et les Mages.

Finalement, les PJ ont réussi à trouver des "complices" terrorisés parmi les mages qui les ont pointés vers les sorciers réfugiés, mes chers joueurs envoyé paître tout le monde (la garde, les mages, les religieux...) et donné l'assaut au sommet du volcan occupés par les sorciers avec une poignée d'alliés puissants et bousillé la machine infernale lors d'une épique bataille finale... mais s'ils n'y étaient parvenus, les sorciers auraient pu continuer leur plan :
une fois Laelith plongée dans le chaos et l'Empereur-Démon assaillant le palais du Roi-Dieu, les Mages (guidés par leurs amis sorciers immigrés) seraient intervenus pour sauver la ville (là, déjà, c'aurait eu toutes les chances de merder, mais bon), établissant leur ordre comme une nouvelle aristocratie laelithienne influente parmi les autres, mais tenue par les roubignoles et manipulée par les méchants sorciers cachés derrière la façade officielle des Mages, bientôt alliés au panthéon "élémentaire".
Les grands méchants auraient alors passés les années suivantes à étendre le principe de l'artillerie climatique à toute la région puis au reste du continent : soit vous faites ce qu'on vous dit parce que nous sommes les gentils prêtres-mages qui vous ont sauvé de l'apocalypse et vous protégeront du terrible cataclysme toujours au bord de se produire", soit on ne pourra plus vous protéger et vous vous prendrez sécheresse, incendies et famines, orages et inondations, gel et neige, tout ce qu'il faudra pour que vous cédiez. Une fois une bonne armée de mercemages constituée et embarquée sur des vaisseaux-tempêtes, les nouveaux seigneurs du climat n'auraient plus eu qu'à retraverser l'océan pour prendre leur revanche.
*Avec plus de moyens mais surtout beaucoup de réflexion, les belligérants de la Deuxième Guerre Mondiale, principalement britannique et nazis, ont quand-même inventé des trucs assez fabuleux de pragmatisme qui méritent d'être étudiés : les ballons-mines contre les bombardements, la déstabilisation monétaire massive, la mitraillette discount pour distribuer aux résistants, l'Opération Fortitude avec ses chars gonflables et son artillerie en bois rassemblés sous le contrôle de bureaux stratégiques vides pour brouiller les déploiements de troupes, l'Opération Mincemeat, les fausses recherches militaires pour piéger les espions ennemis... De manière générale, la Deuxième Guerre Mondiale fût l'une des plus grandes foires internationales de la sournoiserie dans l'Histoire de l'humanité, c'est plein d'idées.

**Un des problèmes d'Al-Qaïda, par exemple, c'est de vouloir infiltrer dans un contexte proportionnellement extrêmement "libéral" (la société occidentale capitaliste) des agents motivés par la soumission à des règles hyper-contraignantes. Soit ils suivent les règles et ils tranchent franchement dans le paysage, soit ils s'infiltrent efficacement mais il s'éloignent de leur motivation, alors qu'il faut être vraiment très motivés pour se lancer dans un attentat suicide : pas que je les plaigne, mais ça doit quand-même être une grosse galère conceptuelle...
Dernière modification par Wenlock le sam. sept. 19, 2015 11:20 am, modifié 1 fois.
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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par poupi » mar. août 28, 2012 8:00 am

Wenlock ce post est... un délice à lire ! Beaucoup de choses sont à classer "obvious" et pour d'autres ça fond sous la langue. J'ai appris des morceaux d'histoire que je ne connaissais pas (opération Mincemeat)... et ça donne des idées pour des scénar. Bref ce post est génial !
Dis... tu fais jouer à côté de chez moi ? :) (c'est de l'humour malheureusement)
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Message par Acritarche » mar. août 28, 2012 8:59 am

Tu devrais contacter Xaramis qui prépare une excellente aide de jeu pour le prochain numéro des Songes d'Obéron.
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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par Ackinty » mar. août 28, 2012 6:54 pm

:pri :pri :pri :pri
C'est magistral :mrgreen:

T'aurais pas envie de rassembler certains de tes articles (genre ceux du sden, certains posts ici) dans une anthologie. Tu vends ça à Footbridge et paf, on a le tome 2 de la Bible du MJ ! :rock
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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par Blakkrall » mar. août 28, 2012 7:37 pm

Merci Wenlock, j'imprime ça et je lis dans la soirée. J'espère y trouver des infos pour ce que je prépare à Mousquetaires et Sorcelleries.
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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par Wenlock » mer. août 29, 2012 4:10 am

Ben écoutez, merci. :yes:
Je note l'idée de faire un article sur les conspirations, les grands méchants qui disparaissent dans un rire sardonique (surtout que c'était le thème de ma partie de dimanche dernier) et/ou les manigances à tiroirs dans un prochain numéro de Di6dent, le magazine de la culture rôliste, c'est probablement un bon thème. Faudra probablement y ajouter des méthodes plus "pratico-pratique" ne serait-ce que sur l'ambiance et la manière de mener tout ça. Il y aurait aussi sans doute des choses à reprendre de mes vieux machins pour "MJ-zine", en effet (surtout vu le massacre de leur publication sur le SdEN).

Même que si vous voulez encore plus de wenlockeries, le plus simple est encore d'acheter le fameux Di6dent, où je publie généralement de bonnes grosses tartines de 30 à 50.000 signes (illustrées !) sur "comment jouer une femme" (quand on en est pas déjà une, certes), "concevoir des donjons narratifs" (fourni avec un gros exemple "compatible Pathfinder" et des synopsis pour l'utiliser), "les campagnes sandbox", "écrire des scénar" (dans le hors-série sorti cet été) et "les campagnes interactives" (prochain n°, avec une mini-campagne Mouse Guard).
Les PDF sont à 3€ (pour 164p A5) et regorgent également de xaramisseries, de branderies, de rom1neries, de critiques de jeu, des flopées de scénarios (pour des dizaines de jeux, récents ou légendaires : nous, on publie encore pour COPS ou Miles Christi, par exemple), des campagnes (carrément), des thémas rôlistes qui n'ont pas peur des mouches (le pognon, la presse, les femmes, les complexes, ce genre de trucs), des interviews, des aides de jeu, des inspi, des rétrospectives de jeux qui nous ont marqué, des panoramas du JdR à l'étranger... 'Pouvez y aller de bon cœur.
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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par XO de Vorcen » mer. août 29, 2012 7:24 am

Je me joins au concert de louange et ne résiste pas à vous donner une illustration réelle de complot un peu décalé de notre point de vue culturel :

Mais que font les dogs !
source
Le gang des coupeurs de barbes sur le fil du rasoir
Omerta, dogmes religieux intrusifs et expéditions punitives : l'affaire a tout d'un polar puisant dans l'imaginaire habituel qu'inspirent, de l'extérieur, les amishs, ces protestants américains qui rejettent le monde moderne. Un an après les faits dont ils sont accusés, seize membres d'une petite communauté amish de l'Ohio sont jugés lundi 27 août par la justice fédérale pour répondre de leur implication dans une série d'agressions perpétrées contre des membres de leur propre village. Au centre de ce conflit intracommunautaire se dresse la figure autoritaire de Sam Mullet, le leader charismatique soupçonné d'être le commanditaire de ces agressions, dans le but de punir celles et ceux qui contestent son autorité.

L'histoire commence il y a près d'un an, dans un coin de la campagne américaine, à une dizaine de kilomètres du village le plus proche, Bergholz, dans l'Ohio. Trois semaines durant, la communauté amish, qui s'est développée dans ce vallon depuis une quinzaine d'années, est le théâtre d'étranges attaques : des personnes munies de ciseaux et de rasoirs électriques s'introduisent de nuit dans les maisons pour couper barbes et cheveux. Des actes extrêmement humiliants pour les amishs, dont le dogme veut qu'après le mariage les épouses laissent pousser leurs cheveux et que les époux cessent de se raser. Outrage supplémentaire, les agresseurs n'hésitent pas à prendre des photos de leurs victimes ainsi humiliées. La peur s'installe dans le village, les familles s'enferment dans leurs maisons et arment leurs fusils.

LA LOI DU SILENCE

Lors d'une audience préliminaire, le procureur a révélé que la première attaque avait eu lieu dans la nuit du 6 septembre 2011, visant un couple qui avait osé remettre en cause l'autorité de Sam Mullet. Les agresseurs, parmi lesquels figurent six de leurs enfants, sont venus sonner à leur porte et les ont tondus en représailles. Quelques jours plus tard, un des accusés invitait son beau-frère à venir prendre le thé chez lui, versait du laxatif dans sa tasse, avant de lui couper barbe et cheveux. Dès le 22 novembre, le FBI publie un rapport recensant cinq attaques, toutes organisées sur le même mode opératoire.

Parmi les victimes, rares sont celles à vouloir porter plainte, respectant le dogme amish selon lequel les différends doivent se régler au sein de la communauté, en dehors des lois fédérales. Mais certains passent outre et décident de s'adresser au shérif local, Fred Abdalla, afin que les agressions ne touchent pas d'autres membres de la communauté. Parmi eux, le couple formé par Ariane et Myron Miller, pour qui l'enjeu est également de libérer la communauté de l'emprise de Sam Mullet. "De nombreuses vies sont gâchées ici. Il y a beaucoup de gens qui sont abusés et qui subissent un lavage de cerveau", déclare Mme Miller à un journaliste de CNN, en novembre 2011.

LE "CLAN BERGHOLZ"


Sam Mullet s'installe dans le comté de Jefferson en 1995, à quelques kilomètres du centre de Bergholz. Cet homme de 66 ans devient rapidement le chef spirituel d'une petite communauté construite autour des foyers formés par ses dix-sept enfants : le "clan Bergholz". S'il refuse l'appellation de "secte", il a pourtant tous les traits du gourou. En cas de désaccord, il n'hésite pas à excommunier ses fidèles ou à les bannir de la communauté. Il donne des conseils aux couples mariés sur leur sexualité et entretient des rapports sexuels avec certaines femmes mariées afin de les "purifier du démon en elles".

En 2005, il décide d'excommunier plusieurs familles d'un coup, une décision qui ne fait pas consensus parmi les évêques. Sans surprise, les premières personnes visées par les expéditions punitives font partie de ses détracteurs. Sam Mullet ne s'est jamais directement attaqué à ses opposants, mais selon les procureurs chargés du dossier, il aurait commandité toutes les attaques et dissimulé les preuves, dont un sac rempli de cheveux tondus et d'un bonnet de femme déchiré. Sam Mullet a toujours nié avoir ordonné ces attaques, tout en ajoutant n'avoir jamais empêché personne de le faire. Selon lui, ces agressions sont une réponse aux critiques qui lui ont été adressées, de la part des autres évêques amishs, sur son application jugée trop stricte de la religion.

LE SHÉRIF ET LE GOUROU

Depuis l'arrivée de Sam Mullet, Fred Abdalla a été le témoin de l'emprise qu'exerce "l'évêque Mullet" sur sa communauté de 120 âmes. Le shérif raconte l'histoire de cet homme qui lui a avoué avoir été enfermé pendant quinze jours dans un poulailler, au cœur de l'hiver, en raison d'un désaccord théologique. L'homme ne voulait pas porter plainte contre Sam Mullet car "il était persuadé que Mullet lui avait rendu service", révèle Fred Abdalla. "C'est comme si je vous frappais avec une planche en vous disant que c'est pour votre bien... et que vous acquiesciez. Voilà à quel point Mullet est despotique", raconte-t-il à Chris Welch de CNN.

Lorsque la justice fédérale a commencé à s'intéresser à l'affaire, le shérif n'a pas hésité à dénoncer le climat de terreur qui régnait dans le village et dans l'ensemble de l'Ohio, qui compte près de 60 000 amishs, soit la deuxième plus grande population amish des Etats-Unis, après l'Etat de Pennsylvanie. "A travers tout l'Ohio, la Pennsylvanie et l'Indiana, des membres de la communauté amish s'inquiètent de cette histoire. Nous avons reçu des centaines et des centaines d'appels de la part de personnes vivant dans la peur. Ils achètent du gaz lacrymogène, certains s'assoient avec des fusils le soir derrière leur porte fermée à clé, tout cela à cause de Sam Mullet", déclare Fred Abdalla le jour où sept agresseurs sont arrêtés par les autorités fédérales, le 23 novembre 2011.

"JE N'AI PAS LE DROIT DE PUNIR LES MEMBRES DE MON ÉGLISE ?"

Aujourd'hui jugé avec quinze autre personnes – neuf hommes et six femmes –, Sam Mullet a toujours récusé la légitimité de la justice fédérale à statuer sur cette affaire, qu'il juge interne à son Eglise. "Vous disposez de lois pour réglementer la voie publique. Si quelqu'un vous désobéit, vous le punissez. Mais moi je n'ai pas le droit de punir les membres de mon Eglise ?", arguait-il auprès de l'agence Associated Press en octobre 2011. "Je suis censé les laisser m'écraser ? Si toutes les familles agissaient comme bon leur semble, quelle sorte de communauté aurions-nous ?"

Mais les méthodes déployées par "l'évêque Mullet" pour gérer sa communauté sont considérées par de nombreux experts comme contraires aux fondements même de la religion amish. En effet, les violences entre amishs sont "extrêmement rares", selon Donald Kraybill, professeur à l'université d'Elizabethtown College et spécialiste de la culture amish. De la même manière, Thomas J. Meyers, professeur de sociologie au Goshen College d'Indiana, insiste sur le fait que "les châtiments, les représailles et l'usage de la force" sont des notions presque inconnues de la communauté amish.


A l'encontre du dogme amish, Sam Mullet a d'ores et déjà annoncé qu'il était prêt à envisager d'installer l'électricité dans sa maison si cela lui permettait d'avoir un bracelet électronique et de purger sa peine chez lui. "Les amishs croient que l'électricité favorise l'introduction d'appareils modernes qui peuvent pousser les membres de la communauté à ne plus compter les uns sur les autres. Ce que les amishs rejettent, ce sont les appareils qui mènent à l'individualisation et à la paresse, ce n'est pas l'électricité en soi", expliquait son avocat au Huffington Post. Le département de la justice américain, de son côté, a annoncé qu'il n'était pas favorable à cette solution car Sam Mullet représentait un "risque" trop important pour sa communauté.
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Message par Yirk-o-tlom » mer. août 29, 2012 7:44 pm

si un LS ou un SonerDu ou autre, qui ont dû tâter sévèrement de la conspiration à OverTheEdge peut nous pondre un article que je suis pas obligé d'acheter, genre juste pour le plaisir du partage des expériences, je suis très client hein.
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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par Wenlock » ven. août 31, 2012 5:29 am

Beaucoup plus spécifique que ce que j'ai écrit plus haut, je constate actuellement à quel point le piratage informatique est devenu un fabuleux outil de conspiration. Comme je l'expliquait plus haut, dans toute manœuvre stratégique, la connaissance du contexte est souvent le point le plus critique, celui qui permet de localiser les "leviers" qui vont vous permettre de produire les effets les plus puissants avec le moins d'efforts. Hé bien aujourd'hui, non seulement vous pouvez trouver une masse délirante d'informations rien que par le net, mais une grande partie du "contexte" est-il justement déterminé par des données numériques, donc modifiables.
Basiquement, une grande partie des documents officiels, des informations personnelles, des communications et des transactions du monde entier sont désormais (ou sont en train de devenir) numériques : votre identité (passeport, sécu, permis...), vos diplômes, votre compte en banque, votre relevé d'impôts, vos factures, votre courrier, votre téléphone, vos notes de travail, vos films de vacances et vos photos coquines, tout ça est stocké dans des ordinateurs, activable par des logiciels (donc "piratable"), souvent en réseau et fréquemment reliés.
Évidemment, nombre de documents légaux ont un pendant "papier", mais s'il était perdu, détruit ou remis en question, où est-ce qu'on irait chercher la source ? Dans un ordinateur.

Prenons Facebook, par exemple : un nombre astronomique (et croissant) de gens y stockent une quantité délirante de données personnelles (ce qu'ils font et ce qu'ils ont fait, où ils vont, leurs horaires, leurs relations, leurs centres d'intérêt, leurs préoccupations, leurs problèmes personnels...), reliées aux données personnelles de tout un tas d'autres gens, et qu'ils croient protégées par le mode plus ou moins restrictif de diffusion. Mais comme me l'expliquait tout récemment un expert (rôliste) en intrusion informatique, Facebook emploie des protocoles d'identification horriblement facile à tromper (rien que leur procédure "j'ai perdu mon mot de passe" est un bonheur pour les hackers), faisant de ce réseau social un des principaux champs d'informations à moissonner pour la plupart des pirates et des services de surveillance (rumeur conspirationniste : aux USA, Facebook et le FBI aurait des accords de coopération).
Vous voulez tenir un politicien par les gonades, surveiller les déplacements d'une cible ou tout apprendre de la vie personnelle d'un ennemi ? Commencez par passer en revue leur compte Facebook.
Et si à un moment vous vous procurez son n° de téléphone portable, alors là, tout est désormais permis, quitte à devoir faire un détour par le réseau de la compagnie téléphonique. Ou un réseau policier : c'est pas compliqué, la majorité des flics ne sont pas plus avertis sur le sujet que les autres citoyens et il existe (au minimum) un terminal dans le moindre commissariat près de chez vous, sans parler des préfectures. Car même si de tels réseaux sont théoriquement protégés des "intrusions", en réalité leur personnel est toujours leur principal point faible : identifiez un fonctionnaire de la préfecture, scannez toute sa vie par Facebook, trouvez ses mots de passe (la plupart des gens utilisent les 3-4 mêmes pour presque tout) et un quelconque point de connexion au réseau (le site internet de la préfecture, par exemple) puis, patiemment, surveillez les transmissions, acquérez de nouveaux mots de passe et, petit à petit, pénétrez de plus en plus profondément dans le système.
Si ça résiste vraiment, une intrusion "physique" peut suffire à contourner le problème : s'introduire dans un bureau un peu "facile d'accès" (mal fermé, occupé par un employé qui s'absente beaucoup ou d'autant plus facile à manipuler que vous connaissez déjà tout de sa vie) et ajouter un mouchard entre la prise ethernet et l'ordinateur (sérieusement, combien de fois par an allez-vous jeter un œil au cul de votre ordi ? et si c'est pas "le nôtre" mais celui du service, combien d'entre nous seraient capables de dire que le petit machin grand comme un domino, là, n'est pas sensé y être ?).
Si ça n'est pas directement possible non plus, il vous suffira de "travailler en masse", de vous lancer dans un peu de recherches et de surveillance avant de passer à "l'intrusion sociale" : quelque part, dans l'ensemble des gens qui ont accès au réseau que vous visez, il y a forcément quelques personnes qui vont être plus facile que les autres à manipuler, qui sont moins averties sur la sécurité et dont vous pourrez exploiter l'accès par la menace, la séduction, la corruption ou l'enfumage.

Imaginez maintenant qu'après avoir appris presque tout de vous et acquis quelques accès, notre conspiration de pirates décide de vous pourrir la vie : vont-ils lancer un faux mandat d'arrêt contre vous (qui peut-être sera identifié comme faux, mais probablement après que vous ayez passé quelques jours en cellule : qui sait ce qu'ils auront eut le temps de faire d'ici là ?) en s'insérant simplement dans la masse des transmissions policières européennes, vous coller un redressement fiscal, transférer le contenu de votre compte (et attendre la première grosse facture pour vous mettre en interdit bancaire), envoyer des photos compromettantes à votre famille ou votre employeur, transférer vos propriétés à leurs noms (enfin, sans doute pas à leurs vrais noms), carrément effacer tous vos dossiers pour détruire votre existence légale ?

Passons alors à un plan beaucoup plus large et ambitieux, comme par exemple détruire une multinationale. Donc, on commence par scanner de la même manière l'ensemble de son management à la recherche d'informations, d'accès vers leur réseau et de vices exploitables. Ceci fait, on continue par le scan systématique des données de la boîte (son bilan comptable, ses clients, ses fournisseurs, ses investisseurs, ses comptes, son personnel, sa politique et ses tensions internes, ses projets, ses produits, ses locaux, ses protocoles de travail, ses expéditions, son courrier, ses plannings, ses communications internes, sa situation juridique...) à la recherche de nos fameux leviers.
Ça va évidemment prendre un moment mais, justement, une conspiration basée sur le piratage peut être menée depuis votre fauteuil : ça tombe quand-même bien ! En tous cas, que ce soit un projet qui bât de l'aile et pourrait finir par lui coûter des parts de marché, un directeur général malhonnête, un procès en attente de jugement, une OPA, des problèmes financiers ou un conflit social, c'est bien le diable si vous ne trouvez pas de quoi la mettre en difficulté (une petite recherche par mots-clés peut déjà faire des merveilles : imaginez tout ce que vous pouvez récolter en cherchant "faute professionnelle" dans les mails des ressources humaines). Sachant que, là encore, une grande partie de la structure est -à un moment ou à un autre- informatisée : un conflit social ou un procès peut dégénérer parce que vous aurez trouvé et transmis la bonne info aux adversaires de votre cible, un projet peut-être en grande partie détruit par la destruction de ses données ou l'introduction d'une discrète (mais terrible) erreur dans son fonctionnement, les finances même ne sont plus qu'un jeu d'écriture informatique...
Et parce que vous saurez alors presque tout de votre cible, vous saurez également quels protocoles et quelles solutions elle peut déployer en cas de problème... Des solutions qui, presque toutes, vont être vulnérables au même principe : les identifier, y chercher des points faibles et analyser quels réactions seront mise en place si le problème survient. Car là, pour le coup, nous sommes dans un "milieu contrôlé", en tous cas un espace structuré et presque déterministe où la théorie des dominos va s'appliquer de manière beaucoup plus efficace que dans un contexte socio-politique.
Et lorsque vous frapperez, qu'un gros problème va se produire et que toutes les sécurités et solutions possibles auront déjà été neutralisées, alors vous pourrez regardez votre cible s'effondrer sur internet, sans même avoir quitté votre domicile.

Si par hasard vous n’étiez pas déjà en train de psychoter en me lisant, je vous signale que mon p'tit camarade expert en intrusion informatique utilise beaucoup de logiciels qui sont disponibles en freeware et un matériel qui peut s'acheter sur Pixmania : tout n'est plus alors qu'une question de compétences et de patience.
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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par Dr Hiatus » jeu. déc. 13, 2012 12:09 pm

Wenlock, merci.
Oui, 6 mois après....
Merci pour ce beau gros article bien foutu creusé "expérimenté".

J'avais lu tes conseils, mais je savais pas comment adapter à mon truc... J'avais retenu quelques concept... puis continué à mariner. Je suis en train d'avancer, et je retombe sur ce thread, et je me dis "mais en fait c'est tout à fait ce que j'ai fait là et là", et du coup, je comprend comment je peux avancer sur beaucoup de ce qui est encore en blanc dans mon projet !


J'ajouterai qu'une partie de la partie "exploration complexe de la vérité" est de situer le problème dans le passé. C'est sans doute une évidence, mais comme je suis très premier degré, j'ai tendance à associer le présent des pj au présent de l'intrigue. Ce qui n'est jamais le cas : généralement le projet du grand méchant s'est mis en branle bien avant que les pj soient activement impliqués dans l'histoire.

Bon, une solution que je devrais avoir besoin, c'est aussi d'être character centered. En fait, les joueurs verront encore moins la conspi en marche si ses mécanismes sont constitutifs de leur background.
Donc : des passions et des pnj d'entourage de pj qui seront impliqués ou utilisés.
Exemple : ben oui mon petit fox Mulder, ton papa était lié aux complots X depuis longtemps, et ta maman t'a menti, ça explique beaucoup, oui.

Ca va être un peu plus compliqué pour moi, déjà mes pj seront pas des "officiels"...
Et j'essaie de mélanger une campagne grand complot, quelques scénars / saisons, et une dose de sandboxing... : les difficultés, c'est donc comment faire que les persos soient reliés à la conspiration dès le départ (ça je resous partiellement avec des questionnaires de création plus ou moins discrètement ciblés) et comment faire pour que les PJ aient pas trop à donner de la tête partout en même temps (moduliser les histoires pour qu'elles puissent être rattrapables quand les pj se sont mêlées d'intrigues secondaires).
(Et pis leur donner une bonne leçon rapidement de prise de note qui sauve la vie de tout le monde parce que sinon personne n'aurait compris comment démêler l'intrigue, oui, bordel, rappelez-vous, c'était un miroir sans teint depuis le début, donc ils étaient parfaitement informé, vous avez juste pas relié l'idée qu'à ce moment là le traître était avec vous, du coup vous avez même pas essayé de le rattraper quand il s'est esbigné... bon d'accord entretemps vous avez résolu l'affaire du fantôme du jardin public, a embrouille, NOTEZ ou mourrez).

Par contre sur la partie "supercherie / mensonges", pour bien faire mes tiroirs à tiroirs, faut vraiment que je trouve un moyen de préparer les "petits mensonges intermédiaires".
En gros, dans ma tête de narrateur, je connais la vérité basique, et faut que je retienne que mes pnj ont pas tous une envie folle d'y correspondre ; au contraire, il faut qu'ils soient contradictoires pour que la réalité semble plus complexe.
Donc, pour prévoir de mentir quand je met en scène les pnj, faut que je me souvienne de leurs intérêts, et de leur point de vue limité sur la situation.

Et ça j'avoue que j'ai du mal, mon côté naturellement candide risque de ressortir... Comment ne pas lâcher d'infos en trop en improvisant ?

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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par kilakato » jeu. janv. 03, 2013 4:32 pm

Bah Wenlock a très joliment dit une grande quantité des principes à avoir en tête pour écrire un scénario conspiration.

Pour essayer de résumer et t'aider voilà (AMA) les questions qui permettent de délimiter ta conspiration :
- Quel est "l'objet" de la conspiration?
- Combien de factions veulent cet objet? Pourquoi? Quels sont leurs moyens respectifs?
- Est-qu'il y a des factions qui veulent une chose liée à cet objet? Une faction un peu vautour mais rarement plus puissante que les autres et qui a un accord dans le principe avec une autre. Cet aspect est à mon avis la porte d'entrée la plus facile pour des PJs quand le MJ ne veut pas leur imposer une faction dès la création de perso.
- Qu'est-ce qui empêche la faction la plus décidé s'en emparer par la force? Perso je suis partisan de dire qu'il y a des actes que la morale de la population réprouve et donc se retourne intégralement contre les conspirateurs s'ils agissent ouvertement, le but de la conspiration est alors de se mettre en scène comme des sauveurs.
- Combien d'étapes comporte le complot?
Dr Hiatus a écrit :J'ajouterai qu'une partie de la partie "exploration complexe de la vérité" est de situer le problème dans le passé. C'est sans doute une évidence, mais comme je suis très premier degré, j'ai tendance à associer le présent des pj au présent de l'intrigue. Ce qui n'est jamais le cas : généralement le projet du grand méchant s'est mis en branle bien avant que les pj soient activement impliqués dans l'histoire.
C'est le "pourquoi" et l'acquisition des moyens de la faction des conjurés qui se situent dans le passé. Le complot en lui-même peut tout à fait se mettre en branle au premier scénar des PJs.

Pour impliquer des PJs dans ce genre de scénar il peuvent être :
- l'objet de la conspiration, si ce sont des personnages avec de la bouteille, ils se sont fait des ennemis.
- employé par une faction pour réaliser une partie du complot, comme ce sont des PJs ils n'ont pas des capacités si basiques que ça et on souvent envie de faire autre-chose que réparer des chaises en bois.
- des témoins gênants, en tombant littéralement sur un assassinat ou un vol avec des agents qui ne souhaitent pas laisser de témoins et quand on est traqué par un camp on trouve généralement secours chez l'autre, mais pas gratuitement.

Bien sur on peut complexifier à l'envie : lors d'une soirée chez un très haut aristocrate, un PJ plus frivole séduit une haute dame (ou un riche damoiseau) de la cour, le problème est qu'un autre courtisan était supposé faire ce que le PJ a fait pour l'entrainer vers un guet-apens dans le but de la/le tuer pour que sa fortune aille servir la conjuration. De là l'assassinat peut avoir lieu tout de même et le PJ être accusé de meurtre (il n'arrivera à prouver son innocence qu'en démasquant le complot), le PJ être menacé dans sa tentative de séduction par un sombre et mystérieux inconnu, la menace semblant disproportionné par rapport au geste fera tiquer tout PJ. Ou bien les PJs peuvent sauver la dame/damoiseau du guet-apens et s'attacher la colère d'un membre de la conjuration.

Autre exemple une de leur connaissance leur transmet un message sur le complot avant de se faire tuer, là se mêle également une histoire de vengeance en plus de l'accomplissement des dernières volontés d'un défunt proche (ton exemple à la Fox Mulder). Par contre là il faut que les joueurs eux-mêmes aient proposé un mentor ou un parent comme PNJ important pour que ça marche, et il faut que les PJs soient déjà liés entre eux (par un mentor commun, ça marche bien).

Une fois conscient qu'un complot s’ourdit, le plus relaxant pour un MJ est que les joueurs aient bien défini ce que chaque personnage accepte/n'accepte pas comme comportement ou comme acte, pour que, choqué par ce complot, ils foncent mettre leurs doigts (souvent précédés d'une bonne hache) entre l'écorce et l'arbre d'eux-même. S'ils construisent des personnages totalement amoraux et liés absolument à rien (façon samouraï des rues à shadowrun) il est souvent nécessaire qu'ils soient dans le viseur d'une faction ou employé par une autre pour qu'ils continuent contre vents et marées.

J'ajouterai qu'un grand méchant compétent et bien informé, devrait toujours AMA proposer aux PJs de le rejoindre. De 1 ça valorisera leurs personnages en montrant que pour le big boss en face ils ne sont pas de simples moucherons, de 2 c'est l'action la plus crédible lorsqu'on rencontre une opposition imprévue : tenter de se l'approprier plutôt que de s'épuiser à lutter contre. Et puis dans une bonne histoire les adversaires doivent se rencontrer au moins une fois avant de s'affronter pour de bon plus tard.
Dr Hiatus a écrit :Et j'essaie de mélanger une campagne grand complot, quelques scénars / saisons, et une dose de sandboxing... : les difficultés, c'est donc comment faire que les persos soient reliés à la conspiration dès le départ (ça je resous partiellement avec des questionnaires de création plus ou moins discrètement ciblés) et comment faire pour que les PJ aient pas trop à donner de la tête partout en même temps (moduliser les histoires pour qu'elles puissent être rattrapables quand les pj se sont mêlées d'intrigues secondaires).
[...]
Par contre sur la partie "supercherie / mensonges", pour bien faire mes tiroirs à tiroirs, faut vraiment que je trouve un moyen de préparer les "petits mensonges intermédiaires".
En gros, dans ma tête de narrateur, je connais la vérité basique, et faut que je retienne que mes pnj ont pas tous une envie folle d'y correspondre ; au contraire, il faut qu'ils soient contradictoires pour que la réalité semble plus complexe.
Comme l'a dit Wenlock : ne pas faire des complots en trop d'étapes et avec trop de mensonges dans le mensonge. Ça perd très très vite en crédibilité et c'est décourageant pour les joueurs.
La solution pour parer à ça est de multiplier les factions qui n'auront chacune que des objectifs simples et des plans simples pour y arriver mais qui s'entremêlent.
On arrive au même résultat et donc au bout d'un moment ça devient trop compliqué, pas crédible et décourageant de suivre le nombre d'intervenants.

Il faut trouver un équilibre entre les 2.
Par exemple 4 camps -> le clan des conspirateurs, une faction rivale qui veut la même chose, une faction "mercenaire" opportuniste qui a un objectif différent des deux premières (c'est elle qui sert à brouiller les pistes) qui s'allie tantôt avec l'une tantôt avec l'autreet une faction immobile qui détient ce que les autres convoitent (elle subit donc et n'a pas de plan à proprement parler à part se défendre);
le complot tient en 3 ou 4 étapes -> la première étape réussit forcément (c'est celle où les PJs entre en scène), la seconde est celle où les PJs prennent conscience de la conspiration pour ce qu'elle est au travers d'un autre acte du complot plus ambitieux qui leur en met plein les dents sans pour autant les mettre totalement à terre (ce qui doit attirer l'attention sur eux pour au moins un leader d'une faction), la troisième peut-être une course-poursuite contre les conjurateurs comme une recherche d'alliés ou d'objets qui servent au grand plan (les PJs ne peuvent gagner sur tous les front parce qu'ils se font tous en simultané) étape où ils comprennent ce qu'ils ne savaient pas encore du grand plan sauf un élément, étape 4 où les conjurateurs actionnent l’élément que n'avait pas découvert les PJs et qu'ils doivent contrecarrer dans un final épique.

Tu n'as besoin de mentir qu'un peu dans la première et surtout dans la seconde étape (où ils devraient normalement poser beaucoup de question), dès la troisième étape leurs questions devraient trouver les vraies réponses.
Dr Hiatus a écrit :Et ça j'avoue que j'ai du mal, mon côté naturellement candide risque de ressortir... Comment ne pas lâcher d'infos en trop en improvisant ?
Facile : ne les met pas en face des gens qui ont les réponses.
Une organisation marche toujours par strates et tous les membres n'ont pas accès à tous les secrets.
Sinon il faut surtout se mettre à la place du PNJ : il a peut-être été berner lui-même, il a sa propre façon de comprendre les choses, ses propres centres d'intérêts (il bosse parce que sa famille est captive ou juste pour la nourrir ou parce qu'on lui a promis de la ressusciter ou parce qu'il a prêté un serment qu'il regrette), il peut être assez roublard pour passer un marché avec les PJs (marché qui n'inclura pas de se mettre en danger de mort lui-même, donc de ne pas tout dire).

Et au bout d'un moment, il faut que les PJs découvre les secrets, sinon autant ne pas en faire.
De même le complot doit avoir des failles assez grosses pour les PJs les exploitent, sinon autant passer au scénar suivant.

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Dr Hiatus
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Re: Complot-combos : créer conspis, secrets, manip...

Message par Dr Hiatus » lun. janv. 07, 2013 3:31 pm

Hé bé merci, kilakato !
Ca répond à pas mal de mes questions.
D'ailleurs je suis en contact avec ton boucher, qui me dit grand bien de toi, tu veux rejoindre nos forces ? :-)

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