HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par bakemono » mar. sept. 05, 2017 11:01 pm

bon bah juste parce que ce topic est super intéressant, et que j'attends une suite de CR s'il y a

Up :ange:
le silence est la seule chose dont le Néant s'honore.
mal armé

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Wenlock
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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Wenlock » mer. sept. 06, 2017 12:36 pm

Pas encore de suite : on a pas pu jouer depuis des mois (mais on espère le faire en septembre).
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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Fragle » lun. oct. 09, 2017 9:50 am

On a joué la suite hier.
Wenlock va surement nous faire un compte rendu.
Il ne faut pas prendre les clients pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont.

Philosophie inconnus.

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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Wenlock » lun. oct. 09, 2017 5:24 pm

Tiens donc, Mr Fragle m'a précédé... :)

Or donc, l'épisode 3 aurait du être "Le Bouc-Émissaire", racontant comment nos héros feraient porter la responsabilité de l'attentat contre le colonel syrien de l'épisode 1 sur l'innocente brigade d'Eddine Abdul Barzani, du FPLP (soit le Front "Populaire", à ne pas confondre avec la tendance désormais dominante du Front "Démocratique" pour la Libération de la Palestine). Dans ce but, j'avais commencé à développer une mission d'infiltration assez rigolote, consistant pour les PJ à introduire des documents compromettants et du matériel d'artificier dans le QG de Barzani, le tout sans se faire repérer par les Palestiniens qui l'occupaient ni par les Syriens qui leur tomberaient bientôt dessus...
Seulement voilà : je mène "ouvert" et c'est du cinÉtic, ces andouilles de joueurs ont donc une véritable influence sur la campagne et, en l'occurrence, je fus prévenu quelques jours avant la partie que Loki, le joueur leader, ne comptait pas jouer cet aspect, mais convaincre ses camarades de le résoudre à coups de "points d'Histoire" pour enchaîner sur l'intrigue (principale) du Terrible Tueur Turc.
Alors, comme le stipulent nos règles, "les payeurs [furent] les conteurs" et, après avoir lâché assez de points d'Histoire pour sauver la vie à 2 ou 3 PJs, surfant sur les dernières actions de Bassem à la fin de la partie précédente, les trois joueurs concernés ont ajouté à notre épisode 2 l'épilogue suivant :

Sitôt l'espion syrien grisonnant, "M. Ali", sorti de son bureau, Bassem Shahadi effectue quelques calculs, se repose un moment de la confrontation... puis commence à téléphoner en pesant bien chaque mot. Car, partant du principe qu'il est probablement surveillé par les Syriens, il va tenter de débusquer le lieutenant de Barzani actuellement en courses à Beyrouth, "Jibril", pour le prévenir de fuir tout en ayant l'air de faire exactement l'inverse. Et, parce que Bassem est vraiment bon à ce jeu, ça marche : il y met juste assez d'insistance auprès des bonnes personnes pour que la consigne apparente "trouvez-moi ce gus avant qu'il quitte Beyrouth" convainque le-dit Jibril de sauter dans sa bagnole pour foncer vers Tyr et le QG de Barzani.
L'armée syrienne se lance à ses trousses au mépris de tous les accords internationaux mais, à force de faire des détours pour semer ses poursuivants, le malchanceux Jibril tombe sur un obstacle des plus inattendus à seulement quelque kilomètres de son refuge : un char T-54 (1)  de l'armée syrienne, lui-même assez en dehors de sa propre juridiction mais soudain curieux de ce fedayin manifestement nerveux, armé et agressif. On ne saura sans doute jamais ce qui s'est exactement passé entre le chef de char soupçonneux et le bouillant partisan palestinien... mais ce dernier ouvre le feu sur l'officier (!?) avant de prendre la fuite. Sauf que, deux virages plus loin, le char l’attrape en point de mire et
boum : Jibril devient un incandescent martyr de la cause arabo-maoïste.
Il ne faut alors pas longtemps pour que Eddine Abdul Barzani apprenne la toute proche exécution (au
très gros calibre) du p'tit lieutenant qui était par ailleurs son neveu : la détonation a du s'entendre de chez lui. Le chef de guerre aimait-il tellement son neveu, fût-il submergé par la rage face à un tel affront ou attendait-il depuis déjà longtemps l'occasion d'exercer son courroux sur les laquais du détesté Hafez el-Assad dans un sanglant baroud d'honneur ?
En tous cas, il réunit sa brigade et les voilà partis à l'assaut du T-54 : en fin de compte, les Populaires palestiniens auront sa peau, mais pas avant que leur école-QG aux abords du camp de réfugiés de Tyr ne soit réduite en cendres par les renforts syriens. "M. Ali" doit donc se contenter de cette escarmouche comme preuve de la culpabilité de Barzani : c'est un peu maigre, et certainement moins satisfaisant qu'une investigation méticuleuse conclue par des interrogatoires "poussés" mais bon, comme on le verra, M. Ali avait d'autres chats et d'autres opposants à fouetter...


Image

1) Lorsqu'il l'a raconté, Fragle avait proposé "un vieux T-34 soviétique, ou un truc du genre" et, après quelques recherches, j'ai découvert que le T-54 avait effectivement été fourni à la Syrie... :)
Dernière modification par Wenlock le ven. mars 30, 2018 3:18 pm, modifié 3 fois.
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Message par Wenlock » mar. oct. 10, 2017 8:06 am

Mon épisode "Bouc-Émissaire" ayant été jeté aux orties par les joueurs, on est directement passé à ce qui devait être le grand tremplin de fin d'acte 1...

Épisode 3 : "Smoke & Mirrors"
Les photos du défunt Paul McNally, récupérées par M. Pierre, Nora et Avak à l'épisode précédent, puis développées par l'indispensable Gilda, montraient donc (notamment) le Terrible Tueur Turc à Ain al-Hilweh, plus connu des occidentaux comme "le gros camp de réfugiés palestiniens à Sidon" (ou "le camp de Sidon", pour faire court). Et M. Pierre voudrait bien dire deux mots à cet espèce de culturiste à moustaches : pendant qu'il se fait fabriquer une carte de presse de l'agence Reuters, le Français passe un coup de fil aux Hollandais de la FINUL (cf. épisode 2), qui le branchent avec leur compatriote de pasteur Cornelis Roeve, qui le renvoie à son tour vers le Dr. Éloïse Stamm, administratrice du camp pour la Croix-Rouge.
Celle-ci se méfie presque autant des journalistes que des barbouzes et autres occidentaux exploiteurs de misère mais, grâce à l'invocation du saint nom de McNally, la Suissesse accepte en fin de compte de recommander le (faux) reporter français, son chauffeur et son assistante à celui qu'on appelle "l'Émir", puisqu'il est la véritable autorité locale : le jordanien Youssef Abdul Reda (1), vieux général fatigué du Fatah, aujourd'hui moins préoccupé d'éventuellement combattre Israël que des conditions sanitaires dans ce bidon-ville de plus de 50.000 habitants...

Image

Pour des raisons de contexte autant que de mise en scène (2), nous mettons alors la partie en pause pour que Loki et moi puissions expliquer l'histoire de la Palestine après la Deuxième Guerre, le mouvement sioniste, l'attentat du Roi David, la fondation d'Israël et, subséquemment, l'arrivée de milliers de réfugiés palestiniens au Liban à la fin des années 40 (et l'installation du camp de Sidon en 48), le brusque arrivage de Palestiniens de Jordanie après "Septembre Noir" (1970) et l'importance que cette "invasion humanitaire" eut ensuite sur les communautés maronites et musulmanes du Liban, leur instrumentalisation électorale et la participation palestinienne à la "guerre du Liban". Les joueurs "rafraîchis" sur ces notions (et Loki commençant à me lancer des œillades "T'es sûr que c'est le moment de faire un cours d'histoire ?") , on a pu enchaîner...

Avec quelques heures d'avance sur ses collègues, Angelo s'installe sur une colline proche avec sa camionnette (réparée par Gilda) et son fusil à lunette. Ce qui lui permet de constater que l'endroit est un cauchemar pour la sécurité opérationnelle : si les barbelés entourant le camp ne sont plus gardés depuis longtemps par l'armée libanaise (la clôture a été installée pour empêcher les gens de sortir : ce n'est que depuis la guerre que le Fatah s'est approprié le périmètre), c'est un labyrinthe chaotique de bâtiments à moitié terminés, encaissant des ruelles étroites constamment coiffées d'un merdier sans nom de fils électriques, de cordes à linge et de photos de propagande, le tout émaillé ça et là de mauvais bunkers en parpaings (il faut dire que les Palestiniens se méfient depuis qu'une base du FPLP a été rasée par des Syriens mécontents, quelques jours auparavant...).
L'Italien finit par admettre qu'il n'a aucune solution d'extraction (même pas d'angle de tir correct) quand le Français, l'Arménien et l'Iranienne se présentent au check-point qui leur semble le plus fréquenté et le plus laxiste.

Après beaucoup d'attente, de baratin et une fouille en règle,  M. Pierre est enfin introduit auprès de l'Émir, assis en tailleur dans un bureau aux murs lépreux où le mobilier arabe croule sous les coupures de journaux (cairotes), le papier-listing d'imprimante (à perforations, pour ceux qui ont connu...) et les verres où macèrent des restes de thé à la menthe.
Le vieux guerrier appréciait beaucoup "Paul" (McNally, dont les photos attiraient l'attention internationale sur le camp, participant largement au financement de la Croix-Rouge locale et donc à la survie des habitants) et il est surpris d'apprendre que son ami anglais a été égorgé à Jarjouh, qui plus est par un Terrible Tueur Turc qui habiterait son camp... C'est en fait un garde-du-corps qui confirme la présence du Turc : "Il est sympa, en fait : il est énorme et il fait un peu peur au début, mais il fait rien qu'à lire dans sa tente et à jouer au foot avec les mômes..."
M. Pierre insiste encore et, finalement, l'Émir lui confie deux gars pour aller parler à cet étrange Turc, tout en lui précisant bien qu'il n'a justement que le droit de lui parler : sans preuve de sa culpabilité dans l'assassinat de McNally et puisque le Fatah lui a accordé l'hospitalité, le vieil Abdul Reda prendrait très mal la moindre action violente de la part des "journalistes". (Les faux-papiers de M. Pierre sont d'excellentes facture mais le Jordanien doute apparemment de l'identité d'un gars qui prétend traquer un tueur...)

C'est aux abords de la décharge au sud-ouest du camp que le Français, Nora et leur escorte trouvent finalement la tente de l'énorme Turc, qui peine à s'extraire de la canadienne pour prendre la pause devant eux, sa haute stature renforcée par son torse nu, son crâne rasé, ses muscles et sa moustache huilés. Et, très vite, nos deux espions trouvent que "quelque chose cloche" : non seulement l'homme parle Turc avec moins d'aisance que le très polyglotte M. Pierre, mais Nora ne trouve pas qu'il se tienne comme un professionnel du combat rapproché et, surtout, le type cabotine à mort.
Alors, parce qu'il sent bien que la supercherie s'effrite et que lui-même en a marre, il abandonne son personnage et se présente comme Nadir Azabal, comédien algérien (formé au Cours Florent !), ex-homme fort de cirque et connaisseur du Théâtre de l'Opprimé : les barbouzes en restent comme deux ronds de flanc. 8O

Azabal a été embauché à Marseille, pour trois mois, par une jolie jeune femme, après une énième représentation foireuse ("C'est à dire qu'il y a peu de bons textes pour un acteur de ma taille, et je ne peux pas passer ma vie à jouer Othello..."), pour incarner le Terrible Tueur Turc dans ce qu'il prend pour une curieuse expérience de théâtre-forum mâtinée de jeu de pistes sur le thème de l'espionnage : il a bien remarqué que McNally le photographiait de loin, il a reçu la visite des "Américains" (Wes Coslaw, en fait : un grand blond qui se croit discret dans un camp Palestinien) et mêmes des "Russes", mais tous ces gens lui ont semblé tellement caricaturaux qu'il a cru qu'ils étaient eux-aussi des acteurs : un vilain balafré a même fini par lui gueuler "Tu vas arrêter de te foutre de ma gueule ?! Tu sais pas qui je suis, moi !? Je suis du KGB, bordel !!!".
Néanmoins, jusqu'ici, Azabal s'en était tenu à son rôle et, après chaque rencontre, avait identifié les visiteurs grâce à la fiche qu'on lui a remise ("Les agents de la CIA auront généralement le type militaire, des coups de soleil et la prétention de se croire invisibles", "Le KGB est reconnaissable à son peu de goût vestimentaire et sa manie des chaussures de marche..." : c'est à la fois tellement débile et tellement vrai que M. Pierre est consterné), pris rendez-vous (pour ceux qui poussaient le cliché jusqu'à lui demander "Pour qui tu travailles !?") et transmis le tout à ses employeurs grâce à une "boîte-aux-lettres" discrète (une gouttière au nord-est du camp). M'enfin là, le pauvre gars commence à fatiguer (ça faisait presque 6 semaines qu'il n'avait plus eut de visite : c'est long) et quand les "Français" lui annoncent que des gens sont vraiment morts pendant qu'il jouait les leurres géants, il est effectivement troublé mais a bien du mal à les croire.
Fumasse et atterré, M. Pierre laisse les coordonnées d'un rdv (dans trois jours, dans un p'tit resto de sa connaissance près de la marina de Beyrouth) et, avec Nora qui n'en croit toujours pas ses oreilles, rejoint Avak qui patientait depuis des heures dans la bagnole.
"Foutons le camp d'ici, annonce le chef, mais fait bien des détours : je suis sûr qu'on est maintenant surveillés..."
___

Et, de fait, malgré l'attention d'Avak et l'assistance d'Angelo en queue de cortège, les protagonistes roulent depuis déjà deux ou trois heures quand ils repèrent finalement une Fiat 126 qui leur file le train : soudain, les protagonistes réalisent que les suiveurs ont du se relayer dans plusieurs voitures depuis Sidon ("ceux-là sont des pros...") et que, puisque toute l'équipe de sécurité est déjà sur la route, ils n'ont plus personne pour assurer un "sas" en arrivant à Beyrouth. Merde. De plus en plus à cran (alors que ses deux acolytes eux-mêmes s'envoient des vacheries (3) dans la bagnole) et ne pouvant décemment pas rentrer à la planque avec une filoche au cul, M. Pierre décide qu'il a besoin d'un café et de sucreries pour prendre une décision stratégique : le convoi prend donc la direction de l'hôtel-restaurant "Méditerranée" (où Bassem lui avait jadis présenté Angelo).

Pendant qu'Angelo se gare à courte distance en sentinelle, sans trop savoir s'il a ou non été repéré, Nora, Avak et M. Pierre prennent le café en terrasse, et contemplent le coucher de soleil sur la mer en discutant la situation : ils n'arrivent en fait pas à décider si le coup du Terrible Turc relève de l'amateurisme ou du génie ("Ça peut pas être les deux à la fois ? _Putain, si les esthètes s'en mêlent, tout fout le camp..."), mais la méthode a certainement le double avantage d'être efficace (d'autant que l'acteur ne craint pas grand-chose, dans son camp du Fatah) et complètement inédite. Il n'empêche que pendant qu'Azabal fait le mariole à Sidon, de vrais tueurs égorgent vraiment les agents occidentaux à Beyrouth.
"Et un officier syrien, aussi.
_Quoi ?
_C'est en tous cas ce que M. Ali a dit à Bassem : avant que leur colonel ne saute au Boogie, Ali enquêtait sur la mort d'un de leurs agents.
_Merde ! Eux aussi ?! Mais qu'est-ce que c'est que ce délire..."

C'est alors qu'un petit quadragénaire osseux, assez mal attifé et au visage salement balafré s'approche de leur table, les salue poliment et, avec l'assentiment du Français, s'assoit avec eux pour discuter dans un Arabe quelque peu académique.
"Hé ben, on aura tout vu...
_Circonstances exceptionnelles, s'excuse l'agent du KGB : vous aurez remarqué que l'affaire du Turc nous a tous poussé bien loin hors des procédures habituelles.
_Tous ?
_Nous aussi avons perdu un agent, début septembre. Ce qui, si je compte bien, fait de nous les premières victimes de ces égorgeurs, avant même les Juifs...
_Attendez, le Mossad a aussi perdu un gars ?! Quand ça ?"
M. Pierre tort le nez et lance un regard noir au balafré avant de répondre à la question de Nora :
"Mes commanditaires soupçonnaient que Gilbert Prieur ait pu être une... hum... taupe israélienne.
_Au consulat de France ?!
_On ne retourne pas le couteau d'égorgeur dans la plaie, merci. Ce qui est quand-même une drôle de méthode d'assassinat, si ce n'est pour envoyer un message.
_Vous noterez aussi la volonté de vexer, fait remarquer le Soviétique : Hernandez a été exécuté quasiment sous le nez de ses protecteurs, le corps de l'officier syrien déposé sur le tarmac d'une de leur base aérienne et notre propre agent, humm... Disons seulement que l'intention provocatrice est indéniable.
_Rhô, vous voulez pas nous dire comment ils ont humilié le KGB ? Allez, quoi, dans ce bel esprit de partage, qu'on rigole un peu..."
Le Soviétique roule des yeux et sort un papier pour donner son numéro de téléphone à M. Pierre : "Vous me trouverez aisément, je réside au Bristol, comme tout le monde, mais au 4° étage.
_Hé ben...
_Que voulez-vous, c'est le dernier hôtel correct à Beyrouth, et puis ça gagne du temps : il faut juste être précautionneux en prenant l'ascenseur. En échange des informations que je viens de vous transmettre, j'apprécierais si vous pouviez me raconter comment se sera passé votre rendez-vous avec nos mystérieux adversaires communs.
_Comment s'est passé le vôtre, déjà ? Vous avez du les rencontrer il y a un moment puisque vous avez trouvé Azabal avant tout le monde !
_Il semble que nous ayons gâché notre occasion : nous avons eut la présomption de tendre une souricière, et la souris n'est pas venue. Peut-être aurez-vous plus de chance..."

Et, sur ce, le Balafré prend congé en laissant nos protagonistes abasourdis à leurs conjectures :
qui peut bien vouloir se fâcher avec tous les services secrets du monde ?
 
___
1) Habituez-vous : l'OLP est en fait une organisation très morcelée et assez internationale où l'on trouve en fait des fedayin issus certes des "Palestiniens d'Israël", mais aussi des ressortissants jordaniens (où vit la majorité de la population exilée de Palestine depuis 1948) ou des palestiniens de Cisjordanie, des rebelles irakiens partisans du pan-arabisme (comme Barzani ou son neveu), un paquet d'apatrides nés dans les camps du Sud-Liban et des volontaires venus d'un peu partout entre le Maghreb et l'Arabie Saoudite. Et si, à l'aube des années 80, l'organisation regroupe principalement des mouvements "socialistes", elle sera peu à peu noyautée/remplacée par un nombre grandissant de fondamentalistes musulmans...

2) Je parle de mise en scène car cet épisode contient un gros coup de théâtre dont l'impact reposait largement sur une sévère rupture de ton avec l'épisode "Bouc-Émissaire" : pour que le surréalisme et même l'esthétique de l'événement portent, j'avais besoin que les protagonistes (PJ comme joueurs) en aient bien soupé de l'espionnage cradingue, du misérabilisme et de la compromission morale que j'espérais instauré durant l'épisode finalement "annulé" par les joueurs. À défaut de pouvoir vraiment "faire jouer" ces effets, j'ai du me contenter de charger la barque en termes de contexte historique et politique, de montrer des photos du camp ou de beaucoup décrire les jeunes fedayins, les gamins miséreux, les détails d'époque etc. pour préparer mon contraste...

3) Autre effet récurrent du système cinÉtic : à force d'accumuler de la Tension par leurs actions, les PJ doivent régulièrement la relâcher par des "Réactions" et l'une des plus courantes reste d'être désagréable avec son entourage, comme de vrais gens...
Dernière modification par Wenlock le mar. oct. 17, 2017 10:14 am, modifié 3 fois.
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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Rosco » mar. oct. 10, 2017 11:24 am

@Wenlock Pour des photos de Beyrouth tu peux aussi regarder Patrick Chauvel, son premier bouquin parles de son experience au Liban entre autre

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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Wenlock » dim. oct. 29, 2017 4:19 am

@Rosco : j'avais au départ un peu négligé ta référence en me disant "Ouais mais je m'en fous : j'en ai plein des photos de Beyrouth et je vais pas m'emmerder à scanner un bouquin...". Sauf que Patrick Chauvel est un personnage assez fascinant, et que ses mésaventures libanaises me donnent plein d'idées pour la campagne : merci, donc !
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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Wenlock » mer. déc. 20, 2017 7:34 pm

Je suis bien content : après beaucoup d'emmerdes diverses qui ont occupé certains joueurs et le MJ depuis l'automne 2017, on devrait pouvoir reprendre la campagne en 2018 (fin-janvier ou début-février).

Pendant ce temps-là, un trailer est sorti pour un prochain film (britannique) sur le fameux raid d'Entebbe : ça sent bon l'ambiance "HumInt" puisque c'est l'histoire du détournement d'un vol Tel-Aviv→Paris vers l'Ouganda par le FPLP (et des « révolutionnaires » Allemands proches de Carlos) en 1976, dont les otages furent libérés lors d'une opération clandestine israélienne qui marquera l'histoire de la barbouzerie en ayant des conséquences à longs-termes.
J'avais malheureusement négligé cet événement en composant le brief initial de la campagne, mais il s'ajoute à la liste des opérations spectaculaires de l'époque, et dont les PJ entendent régulièrement parler dans leur milieu de mercenaires, espions et autres terroristes autour de la Méditerranée : la prise d'otages aux JO de Munich puis ses répercussions dans l'opération "colère de Dieu", le raid israélien au Liban de 1973 et même l'affaire de Lillehammer, l'attaque de l'école de Beit She'an et le massacre de Ma'alot par le FDLP en 74, le vol 181 de la Lufthansa et la prise d'otages des Hanafi à Washington en 77, le raid foireux à l'aéroport de Larnaca et l'opération Plumbat (qui émerge dans la presse en 78), l'attaque de la Grande Mosquée de la Mecque ou l'assassinat de Zuheir Mohsen en 1979, la crise des otages américains à Téhéran qui produit en janvier 1980 le célèbre "canadian caper" (et le spectaculaire ratage de l'opération "Eagle Claw") ou le siège de l'ambassade d'Iran à Londres qui suivra fin-avril 1980 (et je ne vous parle même pas du reste du monde puisque la charnière des 70's aux 80's, c'est la fête au terrorisme de Bogotá jusqu'au Japon, en passant même par les Pays-Bas...).
Dernière modification par Wenlock le dim. déc. 31, 2017 10:20 pm, modifié 1 fois.
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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Wenlock » dim. déc. 31, 2017 10:17 pm

Partie confirmée pour le 3 février. :)
Pendant ce temps-là, j'ai découvert le "Crypto Museum" : un musée virtuel de l'espionnage, qui contient les réponses à moult questions qu'on se posait depuis le début de la campagne sur la miniaturisation, les systèmes d'écoute, etc.
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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Wenlock » mer. janv. 17, 2018 4:54 am

Comme on m'a plusieurs fois demandé en privé "où je vais, avec cette histoire ?" et que je suis en train de préparer l'arrivée graduelle des révélations (qui seront disséminées dans la suite à mesure de l'enquête des PJ), vous trouverez ci-dessous l'explication de "qui sont les mystérieux chasseurs d'espions" que traquent nos anti-héros, et donc de l'enjeu secret de la campagne comme de diverses références déjà semées dans le BG et les épisodes précédents... 

Évidemment, c'est la foire aux SPOILERS et je préviens ici mes joueurs de ne surtout pas y mettre leur nez.
Quant aux simples lecteurs, merci de ne rien laisser transpirer dans les commentaires (ça ruinerait la campagne, évidemment). Si vous êtes d'humeur fouineuse, vous pouvez néanmoins jouer à identifier les nombreux films référencés dans le synopsis ci-dessous...

Spoiler:
La campagne va bientôt verser dans l'uchronie sous l'influence d'une faction secrète très particulière que, bien qu'elle soit dénuée de véritable nom dans la fiction, j'appellerai "Les Lysistrates", en référence tant à la comédie originelle d'Aristophane qu'à son détournement dans une pièce contemporaine, "le Porteur d'Histoires" d'Alexis Michalik (que je vous recommande chaudement).

CONTEXTE
Depuis la Deuxième Guerre Mondiale, les femmes sont devenues une part intégrale des services de renseignements du monde entier, à la fois comme "petites mains" (analystes, secrétaires, comptables, chiffreuses, documentalistes, informaticiennes...) et comme agentes de terrain. Mais, dans les deux cas, elles sont de très loin le personnel le plus mal traité : moins bien payées que les hommes, rarement promues ou reconnues quels que soient leurs mérites, fréquemment "prostituées" lors des missions de manipulation... Tout ça sans compter la bonne ambiance de misogynie éhontée de l'époque, en particulier dans les structures militaires (du gros machisme lourdingue aux agressions sexuelles perpétuellement impunies).
Par ailleurs, comme le démontre la plupart des statistiques, les femmes de tous milieux sont fréquemment à l'avant-garde des mouvements sociaux "progressistes", de la dissidence au pacifisme en passant par les mouvements humanitaires, les lanceurs d'alertes (dont les femmes représentent presque les 3/4), la désobéissance civile, etc. (Il y a de multiples raisons sociologiques à cela, mais ce n'est pas mon propos.)
Et donc, ces femmes sont à la fois les membres les plus mal lotis, les plus concernés par le progrès social et, de par leurs postes, proportionnellement les moins surveillés de la plupart des services secrets de tous pays.

GENÈSE
En 1973, à Chypre, Mila "Atalante" Rebko -agente ukrainienne désenchantée du KGB- rencontre par hasard "Judith" -analyste idéaliste du Mossad. Malgré la relative rivalité de leurs employeurs, leurs situations personnelles (trop longues à expliquer ici) et leurs caractères vont leur donner l'occasion de s'allier et de faire ainsi progresser leurs carrières respectives... tout en alimentant une réflexion-fleuve sur la politique internationale, la condition féminine, la Guerre Froide et l'énorme responsabilité des services secrets dans le chaos ambiant. Quatre ans plus tard, en Palestine, quand Mila tente de recruter pour le KGB "Artemis", agente du MI6 à tendance gaucho-féministe (sous couverture au sein de la Croix Rouge et plus concernée par ses tâches humanitaires que par l'espionnage), l'Ukrainienne réalise que ce serait du gâchis de la refiler aux Soviétiques et lui propose plutôt de rencontrer Judith.
Toutes trois prennent alors conscience qu'elles ont non seulement la volonté mais les moyens (savoir-faire, équipement, renseignements) et maintenant l'occasion de changer la situation géo-stratégique du Proche-Orient, rien qu'en influençant leurs agences respectives, en recrutant de nouvelles copines parmi les services secrets et les administrations internationales, en s'entraidant beaucoup... et en menant quelques opérations clandestines.

Le réseau "lysistrate" était né, et il était tellement inouï, tellement "inconcevable" qu'il a pu s'étendre au nez et à la barbe des mâles, comptant désormais plus d'une cinquantaine de participantes au sein des services de l'OTAN comme du KGB, du Mossad, de l'OLP, du TKP-LM (et donc des mouvements indépendantistes kurdes), mais aussi un paquet d'ONG et même quelques employées de l'ONU !
Profitant de l'opacité du financement de nombreux services occidentaux, le mouvement est en grande partie subventionné par le détournement de fonds secrets de la CIA (grâce à "Delilah", une cheffe-comptable de Langley à qui l'afflux de narco-dollars file la nausée) et le "pillage" des opérations clandestines que les Lysistrates veulent faire échouer. Si la coordination stratégique est à la charge de Judith, Mila (que le KGB croit morte en opération depuis mai 77 et qui a depuis pris le nom de code "Atalante") assure les opérations de terrain avec seulement une poignée d'amazones, les guerrières étant de loin ce qui manquent le plus à l'organisation, l'obligeant souvent à "externaliser" les interventions musclées...
____

OPÉRATION "CLOSE-SHAVE"
En 1979, les Lysistrates travaillent à endiguer le flot d'armes illégales qui inondent la région via la Turquie, histoire de stabiliser la fragile paix libanaise et, de là, tâcher de dés-escalader le conflit entre les factions libanaises, l'OLP, la Syrie et Israël. Elles s'y consacrent en fait depuis plusieurs années, malgré l'ingérence internationale qui leur complique perpétuellement la tâche, et la prochaine étape est l'élimination de la filière "drogues-armes" dont Istambul est la plaque tournante, sous la férule du parrain Armin Meshüger.
Après s'être enrichi avec l'héroïne de la "French Connection", Meshüger écoule désormais celle de la résistance islamique afghane, qu'il fournit également en armes avec l'aide de la CIA depuis le début de la "Révolution de Saur" l'année précédente, et que les Américains tentent désormais de contrer.
Toutefois, une part de ces armes arrivent dans les mains des milices libanaises ou même du FDLP allié à la Syrie, et les Lysistrates ont décidé de détruire la filière "avant que tout ça ne dégénère" ( :cry: ) en éliminant "Condor", agent de la CIA qui doit arriver dans le coin pour accélérer le trafic. Elles comptent d'ailleurs faire porter le chapeau au mafieux stambouliote pour sectionner définitivement sa connexion avec les Ricains (avec un peu de bol, Langley le fera même dessouder en représailles).
C'est l'opération qu'elles ont nommé Close-Shave ("rasé de près") et qui, si elle comprenait dès le départ l'élimination de plusieurs agents occidentaux, s'est révélée à l'usage bien plus meurtrière que prévu...

Pour préparer la chute de Meshüger et sa filière, "Atalante" débarque début septembre par l'aéroport d'Ankara, en route vers la station-radio "Nout", principal relais de transmission et d'interception des Lysistrates, installé dans les montagnes d'Anatolie. Malheureusement pour l'Ukrainienne, dès sa descente d'avion, elle est reconnue par d'ex-collègues du KGB qui, eux, remontent la même filière depuis l'Afghanisthan (et surveillent l'aéroport).
Quoiqu'elle parvienne à les semer, elle sera désormais traquée par "Konstantin Hiddink", un vétéran expédié de l'antenne soviétique de Damas, avec la jeune disciple qui se fait passer pour sa femme. Et, en retournant la région à la recherche de Mila pendant plusieurs semaines, le couple du KGB met en danger le secret de "Nout" autant que la prochaine opération de l'Ukrainienne : intercepter un courrier du Mossad, porteur d'informations sur "Condor" volées à leurs amis américains.
En effet, l'atout secret de nos femmes de l'ombres (qui doit leur permettre de réussir là où les Russes échouent), c'est un juif-américain employé au Pentagone qui, depuis quelques mois, retransmets à Israël des informations "top secrètes" dont certaines passent parfois par le bureau de "Judith".
C'est ainsi qu'elle a pu déduire que le prochain arrivage de secrets américains sera livré à Beyrouth, à une maquerelle et agente du Mossad nommée "Haya" (on la reverra plus tard dans la campagne), et qu'il devrait contenir l'identité de "Condor" en plus d'un tas d'autres infos croustillantes sur la filière afghane...

Désormais contrainte de tout gérer à la fois, "Atalante" va donc attirer le couple Hiddink à Beyrouth, où l'attend un assassin turc nommé Öktem : c'est le "vrai" tueur au couteau, que le parrain d'Istambul a envoyé se mettre "au vert" sous le soleil du Liban depuis qu'il a buté plusieurs flics lors d'une tentative (assez téméraire) pour l'arrêter. Les Lysistrates ont évidemment embauché le géant turc pour l'utiliser contre "Condor" (et donc impliquer Meshüger) mais, en attendant qu'arrive le courrier du Mossad, Öktem est tout à fait ce qu'il faut à l'Ukrainienne pour dézinguer les deux Russes et leur guide libano-syrien dans un des hôtels du front de mer.
Sauf que "Konstantin" s'avère carrément tenace et, avant que Mila n'interviennent pour l'achever en l'étranglant, il arrive à gravement blesser le gros Turc. Désormais incapable de faire disparaître les trois cadavres à elle seule, l'Ukrainienne va improviser une mise en scène digne d'un Vaudeville (mais trash) : « En regagnant sa chambre d'hôtel, M. Hiddink trouve Mme au plumard avec un bellâtre local, et les égorge tous les deux avant de se pendre dans la douche. » (après quoi elle récupère toutes les notes des Russes, puis parvient à évacuer Öktem vers une planque). Le KGB n'y croira pas une seconde, mais les Syriens auront comme un affreux doute (leur agent étant effectivement un coureur de jupons) et ça va compliquer les relations entre les deux services, retarder leur investigation et même occuper la police locale pour un moment.

Quelques semaines plus tard (fin octobre 79), "Gilbert Prieur", porteur de valise et taupe du Mossad au sein du consulat de France à Beyrouth, arrive de Paris via Chypre avec la dernière livraison de micro-films piqués à la CIA.
Signalé par "Judith", Gilbert est intercepté et exécuté peu après par un Öktem encore convalescent. Personne n'a demandé à la brute d'égorger le p'tit Français, notez-bien : c'est juste que c'est toujours comme ça qu'il fait. L'Ukrainienne tâche bien de lui expliquer que c'est pas non plus la peine de buter tout le monde, et qu'à la limite il faudrait changer de modus operandi parce que le sien est bien trop repérable, mais Öktem est vraiment un maniaque du couteau.
Et comme en plus il est assez con, quand on lui demande de se débarrasser du corps, il le largue tout bonnement dans un container à ordures à quelques rues de l'université, où on le retrouve évidemment en un rien de temps. -_-

Désormais, les nanas ne doutent plus que le Terrible Tueur Turc va finir par leur poser des problèmes et, quoiqu'elles pensent pouvoir encore utiliser sa manie du couteau pour incriminer Meshüger, elles commencent à lui chercher une doublure.
Malgré l'assistance à distance des Israéliennes "Judith" et "Eudocie", déchiffrer les micro-films s'avère par contre bien plus compliqué que prévu (le Mossad s'est donné beaucoup de peine pour protéger sa poule aux œufs d'or) : lorsque documents révèlent enfin que "Condor" est le vrai-faux narco-trafiquant colombien qui se fait appeler "Aurelio Hernandez", celui-ci a déjà atteint Istambul et conclu ses accords avec la mafia turque. "Oups."
De là, Hernandez doit toutefois descendre à Beyrouth pour y installer un nouveau réseau de renseignement et, comme la ville est assez "instable" (c'est peu de le dire), son nouvel ami Meshüger a carrément décidé de lui adjoindre une escorte en la personne d'Akan Pamuk, porte-flingue qui connaît bien le Liban et saura protéger l'Américain en brandissant la puissante aura du caïd stambouliote ! Toutefois, contre l'avis de Judith (mais le mouvement est très "auto-géré"), Mila et deux de ses amazones décident qu'il est encore temps d'éliminer Hernandez...

L'opération part vraiment en sucette le soir du 8 décembre, quand Öktem, envoyé sur le yacht d'Hernandez pour lui faire la peau, reconnaît par la vitre d'une cabine son vieux copain Hakan ! Le corps sans vie du Ricain et le poignard ensanglanté dans sa main lui font heureusement comprendre que c'est pas le moment d'aller saluer le collègue mais, en ressortant de la marina après avoir abandonné le pseudo-Colombien dans la flotte et sans avoir tué son aide de camp Wes Coslaw (en contradiction flagrante avec ses instructions), le Turc fait un scandale à Mila et exige des explications : après avoir assez endormi sa méfiance pour l'attirer en dehors de la ville, l'Ukrainienne et une camarade lui collent deux balles dans le crâne, font disparaître le corps (ce qui s'avère un sacré boulot)... et se dépêchent d'activer "la doublure".
À ce stade, tout ce qu'elles attendent de Nadir Azabal, le comédien algérien embauché à Marseille (à défaut de trouver un vrai tueur ayant le physique pour reprendre le rôle), c'est qu'il se fasse passer pour Öktem auprès des enquêteurs que la CIA ne manquera pas d'envoyer, juste le temps de les convaincre que c'est bien sur ordre de Meshüger qu'il a assassiné Hernandez. Elles sont conscientes que c'est une rustine un peu foireuse sur un plan qui a déjà commencé à prendre l'eau, mais elles tâchent de se débrouiller malgré le sort qui s'acharne contre elles depuis quelques mois, et Azabal devrait suffire pour baratiner des Ricains.

Sauf que l'empilement de barbouzes égorgées a évidemment été remarqué par le KGB bien avant la CIA (vu qu'ils ont perdu deux agents et un allié dans un "crime passionnel" moins que convainquant), et c'est en fait le major Boyan Kresiç, spécialiste bulgare (et balafré) du contre-espionnage qui est le premier à débusquer le faux Turc dans son camp de réfugiés palestiniens. Malgré un énervement passager dû au surréalisme idiot de la situation (contrairement à ce que croit Azabal, le Bulgare a tout de suite compris qu'on se foutait de sa gueule : c'est le pourquoi de cette mascarade qui lui échappe), Kresiç prend rendez-vous avec l'impresario de l'Algérien mais, évidemment, Mila et les siennes identifient l'embuscade de très loin et se contentent de laisser marner le soviétique, considérant qu'il ne risque par de partager ses doutes avec les Ricains...

Sauf que, ayant bien couru après sa queue à travers tout Beyrouth, Coslaw réussit finalement à contacter Paul McNally, arrivé au Liban sans ordre de mission du MI6 (puisqu'il répondait en fait à l'appel au secours de "la Perle") et que les Lysistrates n'ont donc absolument pas vu venir. Tout en préparant l'exfiltration de sa tendre Iranienne, le romantique photographe britannique et ses multiples contacts menacent bientôt de faire capoter toute l'opération en pointant Coslaw et Hakan Pamuk vers le camp de réfugiés de Sidon !
"Atalante" et ses amies vont assez vite le faire éliminer par le plus grand truand qu'elles aient trouvé, en payant un supplément pour qu'il travaille au couteau et se débrouille pour qu'un témoin le remarque du côté de Jarjouh, afin de brouiller les pistes et attirer la CIA loin de Sidon. Ce nouvel assassin ne ressemble pas du tout à Öktem mais, dans la forêt la nuit, il fait illusion. Ceci fait, nos Lysistrates tâchent de faire rappeler Pamuk à Istambul (s'il ne rencontre pas le faux Öktem, celui-ci peut encore parvenir à convaincre Coslaw), mais en vain : désespéré, le Ricain a carrément grillé sa couverture auprès du Turc qui, trop effrayé par son patron pour rentrer bredouille, s'acharne avec lui à écumer Beyrouth en quête de l'assassin.
C'est à vous dégoûter des mâles...

Pendant que l'Armée Rouge envahit l'Aghanistan en interrompant pour un moment la filière orientale de Meshüger, "Judith" prévient ses consœurs que le Mossad vient de réactiver un agent dormant sous légende française, "M. Pierre Mortain", qui déboule à Beyrouth pour enquêter sur cette étrange série d'assassinats et constitue bientôt une équipe mercenaire internationale.
Heureusement, "M. Pierre" a besoin d'un technicien-radio, s'adresse pour ça à "Haya" (son contact israélien à Beyrouth), la maquerelle fait suivre à Tel-Aviv et "Eudocie" a juste le temps d'intervenir pour recommander une phreakeuse est-allemande dissidente, "Gilda", qui est évidemment une des opératrices de la station Nout, ainsi introduite chez les PJ.
Au prix de l'attentat du Boogie contre un colonel syrien, les francs-tireurs de M. Pierre récupèrent alors "la Perle" : ce meurtre pour le moins cavalier (dont il font porter le chapeau au FPLP en déclenchant le massacre de la brigade Barzani) va encore compliquer la situation au Liban... mais au moins ça occupe le major Kresiç et "M. Ali", son homologue syrien (et les amazones secrètes de ricaner). Ceci fait, "Angelo" se cartonne avec le binôme Coslaw-Pamuk (malheureusement pour le plan des Lysistrates, l'Américain meurt et le Turc survit : c'est vraiment la scoumoune), les PJ retrouvent les photos cachées par McNally, débusquent Azabal et, à la grande consternation des femmes de l'ombre, reçoivent la visite de Kresiç (qui est lui-même un peu à cours d'options).

Toutes possibilités d'incriminer Meshüger auprès des Ricains semblent désormais évanouies mais, puisque au moins Hernandez et Coslaw sont morts, que la filière Afghane va ralentir un moment, que le nombre d'égorgés a dernièrement accrédité la légende d'une mystérieuse organisation éliminant les vilains espions à Beyrouth et qu'elles ont encore pas mal de pain sur la planche pour (notamment) empêcher la guerre Iran-Irak, les Lysistrates commencent à se demander si elles ne pourraient pas recruter M. Pierre et sa bande de mercenaires disparates...

(Les plus attentifs parmi vous me demanderont alors "Mais, qu'est-ce que c'est que cette histoire d'officier syrien tué au couteau sur une de leur base aérienne, qu'à mentionné le Balafré ?" Hé bien c'est un mensonge invérifiable (vous imaginez M. Pierre tentant de confirmer qu'un militaire anonyme a été égorgé au sein d'une base ennemie ?) choisi par le Bulgare pour expliquer pourquoi les Syriens sont sur les dents sans avoir à griller la couverture du couple Hiddink et de leur guide, même à titre posthume : il n'a évidemment pas envie que les PJ, qu'il croit plus ou moins au service de l'OTAN (via le SDECE ou un autre service occidental), se penchent sur les activités récentes du KGB en Turquie.)
Dernière modification par Wenlock le sam. mars 24, 2018 4:04 pm, modifié 4 fois.
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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Ackinty » mer. janv. 17, 2018 7:02 pm

Je suis soufflé par ta capacité à inventer des trucs aussi tordus (même si la réalité l'est au moins autant) :runaway
Félicitations, c'est de la belle oeuvre. Et bons courage aux joueuses :bravo:
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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par bakemono » mer. janv. 17, 2018 7:07 pm

:o :o

c'est magnifique :bravo:

t'écrit des scénar de films aussi dans la vie?
là ça vaut même 3 saisons d'une bonne série télé, entre suspens et rebondissement.
et puis, le challenge d'incorporer les docs réels des liens que t'as posté, c'est un vrai travaille d'orfèvres, :pri

chapeau bas, tes joueurs doivent être ravi de leur MJ.
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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par Wenlock » mer. janv. 17, 2018 7:13 pm

Merci, cher public. :mrgreen:
Et, oui, j'écris aussi des scénars pour d'autres médiums : je n'arrive pas encore à en tirer profit, mais j'ai bon espoir...
Je tiens à remercier la tortuosité de l'Histoire contemporaine, en particulier celle de la géo-stratégie au Proche-Orient, qui m'est une grande source d'inspiration. Animer des campagnes est actuellement l'un des moyens les plus sains que j'ai trouvé de jouer avec mon machiavélisme sans avoir à en subir les conséquences déplaisantes.

Suite à un PM, je viens d'ajouter un détail à la fin du post "spoiler" pour expliquer une apparente incongruité. Et puisque c'était le post "comment en est-on arrivé là ?", dans quelques temps j'ajouterais "ce que je prévois pour la suite".
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Re: HUMINT 1980 : ep.3-suite

Message par Wenlock » mer. févr. 07, 2018 2:11 pm

Il ne s'est pas passé grand-chose lors de la dernière partie, pour une raison pratique et une deuxième plus rigolote... En fait, ce groupe-là peine un peu à discuter et réfléchir par mail. Et lorsque la partie a commencé, il leur restait en fait des tas de considérations tactiques à discuter avant la rencontre avec l'émissaire des mystérieux employeurs des Terribles Tueurs Turcs (le vrai comme le faux).
Mais, une fois tous réunis sur les canapés gris de Loki pour un petit récapitulatif (on n'avait pas joué depuis plus de trois mois), ils se sont réveillés et, soudain, les idées et les déductions ont fusé. Tellement, en fait, que les protagonistes ont plus ou moins abandonné leurs divers plans pour filer l'émissaire ou l'identifier, et décidé que le plus important était encore d'avoir une sérieuse conversation...


Suite de l'épisode 3 : "Smoke & Mirrors"
Avec l'aide de l'avocat de la famille, Bassem Shahadi avait réussi à faire libérer son "Oncle Oscar" (fournisseur des explosifs pour l'attentat de l'épisode 1 et écroué durant l'épisode 2), juste à temps pour qu'il puisse participer à la grande fête familiale qui se prépare en l'honneur du grand-frère de Bassem, Hassan, qui doit enfin sortir de l'hôpital après deux balles dans le buffet et des mois de soins.
Évidemment, le convalescent va bientôt remettre le nez dans les affaires familiales, découvrir que Bassem a tapé dans la caisse, peut-être même qu'il a aidé des étrangers à faire sauter un allié syrien (si Oscar décide de lui parler)... et notre fixer ne partage donc pas complètement la liesse générale. Et puis, au fond, il n'aime pas Hassan, "le fils préféré", héritier et nouvel homme fort du clan, que y en a jamais que pour lui.
Mais plutôt que de ruminer, il a rejoint ses nouveaux "amis" dans leur planque du quartier sunnite, à quelques rues de chez lui, pour les aider à cogiter.

Les mercenaires préparent en effet leur rendez-vous avec l'émissaire des mystérieux tueurs d'espions, fixé pour le troisième jour après leur visite du camp de Sidon, "Chez Mahmoud", un petit restaurant en front de mer d'un quartier chrétien et plutôt sécurisé (puisque la faction maronite des Gemayel tient actuellement la présidence comme le centre touristique et administratif de la ville). Les commanditaires de "M. Pierre" (tout aussi mystérieux, finalement) comptent sur lui pour identifier, prendre en filature et même éventuellement capturer l'émissaire à cette occasion, mais nos protagonistes espèrent tout de même avoir une conversation avec lui, et s'attendent en tous cas à ce qu'il bénéficie de sévères mesures de protection et de contre-surveillance.
___

Ils ont donc choisi une option très technologique (pour 1980) et "Gilda" travaille à transformer un briquet Bic en transpondeur : un émetteur radio miniature, au signal et à l'autonomie limitées, mais qu'un imposant équipement radio-goniométrique installé dans leur camionnette (avec une grosse antenne rotative qu'on dirait un astrolabe) pourra capter et permettra à la phreakeuse de situer jusqu'à 400m de distance (1). Ce devrait être suffisant pour une filature urbaine, pour peu que la camionnette-gonio pilotée par Angelo ne soit pas trop retardée par les décombres, la circulation ou même les check-points... mais ce dernier problème a été en partie facilité par Bassem et M. Pierre, qui ont distribué du pognon à divers miliciens maronites pour qu'ils laissent passer la camionnette sans l'arrêter.

Reste évidemment à planter l'émetteur sur "l'émissaire", ce qui est autant une affaire d'escamotage que de manipulation psychologique : à une époque et dans une ville où énormément de gens fument (plus encore ceux qui ont des vies stressantes), les PJ comptent déjà sur la manie très répandue d'embarquer les briquets jetables sans réfléchir. Le briquet sera donc abandonné au milieu de la table, près du cendrier, et M. Pierre s'en servira lui-même devant l'émissaire pour inciter le mimétisme.
Mais si ça ne suffisait pas, "Nora" a les mains assez lestes pour glisser elle-même le briquet dans une poche de la cible et, afin de pouvoir l'approcher sans éveiller les soupçons, elle s'est faite embauchée comme serveuse Chez Mahmoud 48h à l'avance (ça a demandé un peu de persuasion et, maintenant, le patron attend qu'elle soit "très gentille" avec lui : l'Iranienne n'exclue pas de lui péter les dents une fois l'opération terminée).
Bassem -avec un peu d'aide d'Avak, Nora et Angelo- prépare aussi une sécurité opérationnelle qui se veut plutôt discrète que puissante (pour ne pas effaroucher la cible comme le KGB semble l'avoir fait), consistant en quelques armes (des fois que ce soit un piège, quand-même), l'alliance temporaire des milices chrétiennes et/ou quelques auxiliaires embauchés pour l'occasion, un petit repérage des environs du resto et une seconde voiture conduite par Avak...

Mais pendant qu'ils travaillent à tout ça en consommant du thé à la menthe, des loukoums, beaucoup de clopes et quelques joints sur fond de post-punk britannique (Gilda gère la programmation musicale), nos mercenaires réfléchissent (2)... D'abord à la "nature" et aux objectifs d'une organisation prête à se fâcher avec tous les services de renseignement du Levant et la mafia turque : ces gens ont probablement une motivation idéologique, et sans doute assez révolutionnaire, qui a peu de chances de correspondre à une nation.
Ensuite vient le mode opératoire : la volonté d'envoyer un message, ou même de vexer, le recours au maniaque du couteau puis à sa doublure de théâtre Mais surtout, la qualité de ses renseignements indique la sérieuse probabilité que cette organisation ait soit des moyens considérables d'interception des transmissions secrètes (on cause alors interception radio, téléphonique et déchiffrement), soit des taupes des deux côtés du Rideau de Fer... soit les deux. Et si quelqu'un d'autre que les Communistes parvient maintenant à "retourner" des agents à coup d'idéalisme (les affaires de taupes soviétiques défrayant sporadiquement la chronique depuis la fin des 50's), ça fait carrément peur !
Par contre, la créativité des moyens employés exclue presque d'office les structures hiérarchiques lourdes, et nos mercenaires commencent à soupçonner une sorte de réseau très horizontal, un mouvement plus qu'une structure établie... et décidé à éliminer les intérêts impérialistes au Liban. Si Angelo est perplexe, Nora et Gilda commencent à trouver « l'ennemi » assez sympathique, finalement !

Ils étaient en train de lister toutes les mouvements révolutionnaires pour rayer ceux qui seraient incapables d'un coup pareil ("Les Brigades Rouges internationales ? _S'en prendraient sans doute pas au KGB... _L'OLP ? _C'pas leur style. _Les anarchistes ? _Pas assez organisés. _Le Vatican ? _Pas très révolutionnaire, et trop hiérarchisé. _Des humanitaires ? _Nan mais c'est fini, les blagues ? On avait dit qu'on réfléchissait sérieusement !") quand, soudain, la veille du rendez-vous, le téléphone sonne :
après avoir demandé "M. Pierre", une jeune voix féminine, manifestement assez amusée, récite en Arabe que le rendez-vous ne sera maintenu "que si vous décrochez les Russes".
Oh ?!
Les mercenaires passent immédiatement leur pavillon au crible à la recherche de micros mais c'est une brève inspection de la rue qui révèle effectivement deux gars en planque, à bonne distance, dans une petite bagnole. Angelo, Avak et Nora s'apprêtaient déjà à leur tomber dessus quand M. Pierre préfère l'option diplomatique : il téléphone lui-même à l'hôtel Bristol, pour y joindre "le Balafré" que ses contacts lui ont déjà permis d'identifier comme le major Boyan Kresiç, spécialiste du contre-espionnage soviétique. Le Français explique en substance au Bulgare que "Si vous voulez qu'on puisse rencontrer l'émissaire et vous raconter ensuite, faudrait commencer par demander à vos nervis de nous lâcher les rognons, merci !"

De fait, les deux guetteurs du KGB dégagent après un court moment mais, désormais, nos mercenaires réalisent qu'ils sont clairement repérés : non seulement "l'ennemi mystérieux" connaît leur numéro, donc probablement leur adresse (les lignes fixes, c'est délicieusement "antique"), mais le KGB aussi. Comprenant que, malgré leurs précautions, ils ont encore été filés par les Russes depuis leur rencontre avec le Balafré, les PJ réalisent qu'il est temps de modifier leurs plans : ce n'est plus tant de l'émissaire mystérieux qu'ils doivent se méfier (3), mais des sbires de Kresiç.
Dans l'urgence, l'équipe de M. Pierre va donc changer son fusil d'épaule pour constituer un itinéraire jusque Chez Mahmoud qui serpente à travers la moitié de la ville, passe par plusieurs check-points maronites (puisqu'ils sont déjà "payés") et se conclue par un long détour en mer depuis la marina, histoire de rompre définitivement la piste avant d'atteindre le resto en bateau, depuis le large. ("Mais on garde le briquet-émetteur, hein, demande Nora et Gilda : on s'est données trop de mal !")
___

De fait, le jour J, Avak et M. Pierre multiplient les détours et les "sas" dans leur nouvelle bagnole, mais lorsqu'ils sautent à bord du petit voilier (prêté par l'Oncle Oscar), le Français à la barre n'est encore qu'à 50m du quai lorsque l'Arménien voit une voiture arriver à toute blinde, et freiner juste au bord de l'embarcadère pour laisser sortir deux homes du KGB qui les regardent partir, manifestement vexés.
« Hé ben ! C'est peu dire qu'ils sont tenaces ! Prends-donc la radio, mon gars, et appelle nos compagnons pour vérifier qu'ils sont en place... »
Et, en effet, profitant de ce que M. Pierre attirait derrière lui la filature soviétique, Nora est partie après lui, à pied, pour rejoindre son service par des chemins détournés, puis la camionnette-gonio, sommairement maquillée, a passé des heures passées à louvoyer en ville avant de la retrouver Chez Mahmoud. Et parce qu'ils ne savaient pas quoi en faire, n'avaient plus le personnel pour le surveiller et n'étaient pas décidés à l'exécuter, ils ont même libérés le truand turc Akahn Pamuk, qui n'en revenait pas d'être foutu dehors aux aurores : « Mais... où je suis sensé aller, moi ?
_Tu te démerdes : l'aéroport est à une douzaine de bornes, plein ouest, sur la côte. Passe notre bonjour à Meshüger en rentrant. »
Désormais raisonnablement sûrs d'avoir rompu la surveillance, et pendant que Bassem prépare le déménagement de leur QG, les PJ vont enfin pouvoir parler à l'ennemi...

L'après-midi s'étire, quelques mouches volent, les mouettes s'égosillent, Nora sert des cafés "turcs" dans trois langues, M. Pierre fume en grignotant et la radio bourdonne le dernier tube de la célèbre Sabah (4) [attention, véritable clip d'époque !] quand, finalement, une jolie "touriste" de peut-être 25 ans -tunique hippie, jeans, baskets, sacoche en cuir, teint mat et lunettes de soleil remontées en serre-tête sur ses longs cheveux bruns- pénètre dans le resto avec nonchalance, s'arrête au comptoir pour demander un flan à la fleur d'oranger et s'installe face à M. Pierre, s'emparant immédiatement du briquet pour s'allumer une clope.
« Je m'appelle Nadya (5), dit-elle en souriant : j'imagine que vous avez toutes sortes de questions à me poser...
_Certes, mais... je nous avais prévu des baklavas et des maamouls aux dattes !?
_Houlà, trop de gras et trop de sucre. Si vous, vous êtes plus à ça près, moi j'ai encore des artères et une ligne à préserver, mon p'tit monsieur... »
Alors s'engage une conversation assez surréaliste où "Nadya" explique assez franchement faire partie d'un réseau qui a des adhérents dans nombre de services secrets et qui, se trouvant fort bien renseigné et assez horrifié par la tournure de la géo-politique au Levant, a décidé de faire partie de la solution plutôt que du problème.
« En égorgeant tous les espions que vous trouvez ?!?
_Non, à part Hernandez... disons que les autres ont résulté de diverses complications opérationnelles. Notre assassin s'est avéré moins facile à gérer que prévu. »
Interpelant alors à elle Nora-la-serveuse qui passait près d'elle l'air de rien, "Nadya" lui propose de s'assoir avec eux et lui présente ses excuses pour la mort de Paul McNally : son appartenance au MI6 et ses liens avec Wes Coslaw l'avaient fait identifié par erreur comme un ennemi, alors que tout semble démontrer depuis qu'il avait plutôt une influence positive sur la région.

Et l'émissaire d'expliquer plus largement que l'intention de son organisation est tout simplement de laisser aux peuples du Levant une vraie chance d'exercer leur "liberté à disposer d'eux-mêmes" : en les débarrassant d'une part des pires influences impérialistes (quitte à éliminer les espions de l'OTAN comme leurs homologues pro-soviétiques) et en neutralisant d'autre part la filière de drogue et d'armes dont Istambul est la plaque tournante, ne serait-ce que pour endiguer le flot secondaires d'armes illégales qui se déversent au Liban, alimentant les violences et gênant le travail de la FINUL comme des forces gouvernementales libanaises.
« C'est... hum... très..."ambitieux", tout ça.
_Oh non : c'est juste une opération préliminaire. Le vrai but est de stabiliser le Liban pour ensuite calmer les tensions régionales qui s'y critallisent, éviter la guerre qui gronde entre l'Iran et l'Irak, disqualifier l'extrême-droite militariste en Israël et offrir une vraie chance de paix avec la Palestine » explique-t-elle avec un grand sourire. « Ça devrait vous parler, à vous, l'amateur de littérature arabe que vos supérieurs avaient mis sur la touche depuis un moment parce qu'ils ne vous trouvent pas assez belliqueux...»
Si M. Pierre en reste comme deux ronds de flans (à la fleur d'oranger), Nora est de plus en plus séduite.

Finalement, "Nadya" leur explique pourquoi elle est vraiment venue les rencontrer : son organisation a du se débarrasser d'Öktem, le furieux du couteau, et elle aurait besoin de le remplacer par une équipe de terrain efficace, polyvalente et -manifestement- pas complètement obtuse quand il s'agit de ranger les flingues à l'avantage de la diplomatie. Elle peut les payer aussi bien que leurs commanditaires actuels (clin d’œil à M. Pierre), mais avec le bénéfice supplémentaire d'agir plutôt pour le bien de l'humanité que contre celui-ci.
« Et c'est donc vous, avec vos mystérieux amis, qui décidez tous seuls du "bien de l'humanité" ?
_C'est évidemment sujet à discussion mais on doit pouvoir aisément s'accorder sur le fait d'endiguer les pires saletés. Et, par exemple, que la CIA sponsorisent le trafic d'armes via Istambul en écoulant l'héroïne auprès de la jeunesse d'Occident et en alimentant la violence dans la région rien que pour emmerder les Soviétiques en Afghanistan, je pense qu'on sera tous d'accord que c'est particulièrement dégueulasse.
Si par contre vous faisiez allusion au fait que notre autorité sur la question ne nous a pas été confiée par des moyens démocratiques, je vous ferai remarquer que vous, vos employés et vos commanditaires non plus, ni aucun des opérateurs clandestins au Levant. C'est ce qui rend si important de favoriser le droit des peuples à l'auto-détermination...»
En prime, elle leur révèle l'identité complète du (vrai) Terrible Tueur Turc et l'endroit où il est enterré (en plusieurs fois, sans quoi le volume du gars aurait réclamé de creuser vraiment profond), rien que pour que M. Pierre puisse dire à ses employeurs qu'il a techniquement retrouvé l'assassin. Elle fait d'ailleurs remarquer au Français qu'il n'était plus vraiment en odeur de sainteté depuis un moment, et qu'il serait peut-être temps qu'il ré-évalue son adhésion aux objectifs de ses commanditaires (6).
Mais quand on lui demande pour qui elle travaille, Nadya répond en riant que leur mouvement n'a pas vraiment de nom mais que, d'une certaine manière, elle représente « la plus vaste nation du monde » (?!). D'ailleurs, elle ne se considère pas comme une espionne : elle est plutôt journaliste, de formation...

Sur ce, elle conclue en leur expliquant que ses camarades et elle vont maintenant devoir s'occuper du KGB à Beyrouth : si les mercenaires de M. Pierre voulaient participer, ils seraient les bienvenus. « J'emporte votre briquet, ou je vous le laisse pour que vous puissiez l'offrir à quelqu'un d'autre ? »
Et, tranquillement, elle quitte le restaurant pour s'éloigner au pas de promenade le long de la grève, alors que le Français fait signe à Angelo et Gilda, toujours dans leur camionnette, d'arrêter de se faire chier : le transpondeur ne servira pas.
« Mais comment on va la retrouver alors ?!?
_Bah... elle a notre numéro : elle nous rappellera. »

1) Quoiqu'il ait déjà coûté plus de 500$ au marché noir (il est apparemment "tombé d'un camion" de la FINUL), le système goniométrique est moins qu'automatique et il faudra que Gilda soit dans le camionnette, casque sur les oreilles, pour jouer à l'opératrice-sonar et pouvoir constamment indiquer la direction et la distance du signal à ses camarades.

2) Ce qui, avec le système cinÉtic, implique autant de triturer les méninges des joueurs que ceux des protagonistes, à coups de jets de Déduction dont la réussite permet de poser plus ou moins de questions au MJ. Cette fois-ci, les joueurs ont été franchement malins et ont donc gagné pas mal de pts d'Histoire à coups de "Révélation" (quand quelqu'un déduit/trouve une info que le groupe n'avait pas et la révèle à tous).

3) Parce que, manifestement, les tueurs d'espions savent déjà où crèche M. Pierre et sa bande, mais n'ont rien tenté contre eux et ne rechignent pas non plus à griller cet avantage rien que pour faciliter une rencontre : le rendez-vous n'est donc probablement pas un piège...

4) Monument vivant de la culture libanaise, Sabah était une « diva de la musique Arabe ». Sa vie illustre aussi bien le glamour libanais que les complications culturelles et politiques du Levant, dont elle aura souvent défrayé la chronique...


5) Probablement le prénom féminin le plus "anonyme" du Levant, puisque répandu à travers presque toutes les langues slaves et latines comme en Farsi, Arabe, Turc...

6) Car oui, elle les connaît, même si cette allusion faîte à "M. Pierre" ne sera expliquée que dans le prochain message "spoilers"...
Dernière modification par Wenlock le sam. mars 31, 2018 2:52 am, modifié 5 fois.
Sébastien Delfino, partisan des vrais blases sur Internet.

► Théories rôlistes en méthodo presque claires dans les CARNETS LUDOGRAPHIQUES, podcasts du blog Memento Ludi !
cinÉtic, système générique, discussions & CR de campagneS (index p1)

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Re: HUMINT 1980 : Beyrouth, nid d'espions

Message par bakemono » mer. févr. 07, 2018 7:34 pm

bon, je suis juste jaloux de pas être à la table.
Ce doit être des séances très sympathique à jouer, et en plus y a de l'humour.
le silence est la seule chose dont le Néant s'honore.
mal armé

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