[CR] Cthulhu - Fungi de Yuggoth

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Silenttimo
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[CR] Cthulhu - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » jeu. mars 04, 2010 4:03 pm

ATTENTION : SPOILERS
EDIT, les balises "spoiler" ont été ajoutées, donc plus de SOUCI !!



NB 1 : certaines sessions n'ont pas été résumées, ce qui fait que cette campagne comporte quelques trous.

NB 2 : nous avons créé initialement nos persos avec la V4 (mâtinée de V5), et le MdA enthousiaste de certaines des nouveautés de la V6 (aplomb, niveau de vie, différents types de réussite et jets combinés...) nous a fait convertir nos persos en V6 en cours de route. Vieux routard du JDR (et de l'AdC V4), il n'utilise probablement pas toutes les nouvelles règles.

EDITE : les infos sont anciennes... corrections à octobre 2012
NB 3 : hormis le 4e joueur qui nous a rejoint en cours de route (un jeunot de 33 ans), la moyenne d'âge des 3 joueurs + du MdA dépasse les 41 ans, avec une moyenne de pratique rôlistique aux alentours des 27 ans.
2 joueurs sur 4 ont été MdA à l'AdC, et c'est la 4e fois que le MdA maîtrise "le maître des engoulevents" et la 3e fois qu'il maîtrise "les fungi de Yuggoth".


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Journal de Peter van de Velde :
(scénario « le maître des engoulevents », Casus Belli)
Spoiler:
Déjà, dès le départ, cette affaire sentait le moisi.
Une histoire classique, en somme, défendre les intérêts de ce vieux renard de Julius Charles Bellingham III, un vieil ami de mon père, dont la fille venait de suicider dans la nuit du 1er au 2 mai 1924 après de tristes accusations portées par un expert en joaillerie ou une profession du même genre. Comme pour éviter que cette affaire ne porte l’opprobre et le scandale sur l’une des familles les plus respectables, et les plus respectées familles (entendons-nous bien, l’une des plus riches, en somme) de notre bonne vieille ville de Boston, ville phare de la construction de notre pays, mais désormais repliée sur elle-même, disposée à défendre pied à pied sa tradition figée face au progrès et à la nouveauté, aux mouvements féminins et aux revendications des minorités, sans réaliser que son autarcie WASP la menait vers une lente déliquescence.

Et moi, j’étais l’un des représentants de cette société WASP bien-pensante, malgré mes choix et renoncements, et cette affaire, j’allais l’apprendre, c’est grâce à mon père que je la décrochais. Quelle infamie, comme si je n’étais pas à même de veiller sur mes intérêts et de mener ma carrière sans un coup de pouce de sa part !
Le seul point positif, c’est que j’allais pouvoir renflouer mon compte bancaire et éviter les appels embarrassés de mon gestionnaire de compte.
Malgré le mode de vie que je pouvais mener, toujours mon nom me rattrapait.

J’arrivais donc tôt le matin du 2 mai, convoqué par Julius, sans rien savoir du drame qui venait de frapper la famille Bellingham, et attendant dans le hall, j’y retrouvais deux autres personnages aussi incongrus ici que si Scott Joplin interprétait les « quatre saisons » en ragtime dans un bar enfumé de Chicago.

L’un s’avère être le plaignant ou futur accusé, selon le point de vue, celui qui semblait avoir poussé Julia Bellingham au suicide par ses accusations, un certain Andrew Plumdington, antiquaire, encore un de ces gars dont les ancêtres ont oublié de rembarquer lorsqu’ils se sont faits bouter hors du territoire par George Washington.
L’autre, un type au costume défraichi, semble avoir passé la nuit dans une cellule de police, mais il est apparemment un privé envoyé par la cousine de Julia, aux origines irlandaise vu son accent, un certain Liam Conroy d’Arkham.
Pendant que nous échangeons quelques propos prudents, l’inspecteur Parker, un sale type connu pour ses propos racistes, dont j’ai entendu parler de temps à autre par des amis italiens, arrive. Il nous annonce les événements, bombant le torse comme un coq bravache que l’on souhaiterait plumer pour le nouvel an, et nous dit être en charge de l’enquête, avant de reconnaître Liam et de parler de lui comme un « baiseur de négros » (déjà, s’il avait traîné ses guêtres sur les champs de bataille de France, il aurait pu constater que certains soldats noirs étaient extrêmement courageux alors que certains blancs-becs de son acabit pouvaient salir leur pantalon).
Quelle canaille ! J’irais bien me renseigner auprès d’amis savoir s’il ne traîne pas quelques casseroles pour le faire tomber.

Après une rencontre quelque peu houleuse avec Julius, au cours de laquelle M. Plumdington a su faire valoir son bon droit, et lever les accusations de chantage qui pesaient sur lui, Julius a chargé le drôle d’équipage que nous formions, Andrew, Liam et moi-même, d’enquêter sur les raisons réelles du suicide, plaçant assez peu de confiance en l’enquête de police.

Je vais donc me focaliser sur les résultats, les informations que nous avons glanées par toutes sortes de moyens.
Tout d’abord, Julia se serait suicidée au véronal, en laissant une lettre d’adieu dans laquelle elle demande pardon pour son fils. Nous avons découvert par la suite qu’il s’agissait d’un fils qu’elle avait eu hors mariage quelque temps auparavant.
Probablement victime d’un odieux chantage, elle retirait régulièrement depuis environ 6 mois des sommes considérables et en était venue à gager ses bijoux, faute d’argent disponible.
La banque Barnard, Barnard & Barnard nous a confirmé que Julia n’avait plus d’argent sur ses comptes, et le majordome, Forbes, nous a parlé d’un appel téléphonique le 30 avril après-midi qui avait fait défaillir la jeune fille. Cet appel n’était pas de M. Plumdington.
Nous pouvons d’ailleurs vraisemblablement innocenter le personnel, Mme Regina Dole, une austère gouvernante un peu bavarde et émotive, Irène, une charmante femme de chambre à qui il doit être aisé de conter fleurette, et Forbes le majordome, tellement vieux et raide qu’il n’a probablement plus souri ni courbé le dos depuis la retraite désastreuse d’Afghanistan par la passe de Khyber (certes, je dois exagérer son âge, mais il donne cette impression).
Le jeune fiancé de Julia, Weyland, semble si désespéré que j’espère trouver le responsable pour que cela lui requinque le moral : il m’a tout l’air d’un brave jeune homme.

Notre enquête nous a mené notamment aux « Délices de Xanadu », M. Plumdington semblait aux anges, alors que de mon côté cela m’a rappelé ma première venue ici, à l’âge de 16 ans, avec mon oncle « Billy » et la peau veloutée de Tatiana Oulskaïa qui n’officie plus ici. A défaut, malgré la nostalgie, j’ai passé un moment fort agréable avec Blanche et Prudence.
Toujours est-il que l’accueil de Madame Françoise de Mornay et la qualité des prestations font de ce lieu une valeur sûre des nuits bostoniennes.
La famille Potrello (des embouteilleurs d’huile d’olive que j’ai représentés à mes débuts), et notamment Roberto, ainsi que des contacts de Liam, nous ont permis d’orienter nos soupçons vers un certain Henry Thurston, récent notable, homme fortuné et ami personnel du gouverneur du Massachussets (bien que je ne me vanterai pas de cela : beaucoup de rumeurs ont circulé à son sujet), il habite une maison qui appartint à la famille Gardener, qu’il semble avoir obtenue par des moyens peu orthodoxes (un étrange cambriolage a eu lieu il y a deux ans et demi, peu avant la modification testamentaire, puis le décès de M. Gardener senior ; M. Gardener junior, résidant désormais en Californie, semble désireux de nous voir coincer M. Thurston), tout comme sa fortune qu’il a héritée d’une vieille rombière de Saint Louis (la veuve Fenton) de la Nouvelle-Orléans dans des circonstances tout aussi troublantes (influent auprès d’elle, il a hérité de sa fortune par un testament modifié peu avant sa mort, alors que la fortune était depuis longtemps destinée au mouvement religieux auquel cette femme appartenait).
Ce personnage peu recommandable, selon les rumeurs étouffées qui courent à son sujet, pourrait avoir embrassé l’activité de maître-chanteur dont il a fait sa profession, ce qui expliquerait l’échec des procès et d’autres formes d’intervention (Roberto m’a parlé d’un contrat passé sur sa tête, il y a environ un an, qui avait été annulé peu de temps après), intentés envers sa personne.
Il semble agir de concert avec un certain « Fredriks » qui l’a accompagné à Saint Louis, dont le surnom évoque fortement son ancien professeur de thèse, Frederic Carew, ancien professeur de littérature à Harvard.
Mais comment M. Thurston a-t-il eu connaissance du secret de Julia, secret extrêmement bien protégé afin d’éviter tout scandale ?

Alors que nous avions l’impression d’avancer dans la bonne direction, et de resserrer l’étau autour du sinistre individu, deux évènements troublants sont intervenus.
Tout d’abord, Liam et Andrew ont remarqué que nous semblions être suivis par un taxi. Ayant réussi à coincer le conducteur du n°114, probablement un petit truand, nous avons appris que Larry Jackson, patron de la compagnie « Silver Arrow », faisait épier nos moindres faits et gestes. Il souhaitait connaître nos adresses.
Plus troublant encore, car je n’y trouve aucune explication, simultanément au cours de la même nuit du 3 au 4 mai, moi dans ma chambre, Liam dans le salon où je lui avais offert mon canapé pour la nuit, nous avons été victime d’une hallucination : une silhouette fantomatique glaçant l’atmosphère est apparue, s’approchant de nous jusqu’à tenter de nous étreindre ou nous étrangler.
« Sa » silhouette ressemblait à un enfant, « la mienne » à un vieillard.
Je me serais cru dans le « fantôme de Canterville » d’Oscar Wilde, à la seule différence que le fantôme que nous avons tous deux vu n’était pas du tout amical.

Que se passe-t-il exactement, sommes-nous sur la bonne piste ?
Ces mauvais rêves sont-ils liés à notre enquête, tant celle-ci comporte encore des zones d’ombre ?
Et encore une fois, où trouver les preuves permettant de coincer M. Thurston ?
Dans un coffre situé dans un compartiment secret du plancher de sa chambre, si ce compartiment indiqué par M. Gardener junior existe toujours ?
Qui est ce Fredriks ?
Comment le secret de Julia a-t-il été percé ?


Le 4 mai, nous avons poursuivi nos investigations, mais peu d’éléments probants.
Nous avons constaté qu’un taxi « silver arrow » continuait à nous filer régulièrement le train.
Pour faire progresser notre enquête et obtenir d’éventuels documents cachés chez Thurston, j’ai fini par faire appel à Roberto pour qu’une de ses équipes effectue une « spéciale », une livraison discrète d’huile d’olive d’excellente qualité.
Le soir venu, en chemin chez Andrew pour éviter de dormir de nouveau chez moi, nous avons réussi à semer un taxi.
Pour être sûr que personne ne sache que nous dormions chez Andrew (sa mère fait, paraît-il, d’excellents scones et muffins), nous nous sommes garés dans une rue parallèle, et nous avons terminé à pied, Liam par un côté de la rue, Andrew et moi par l’autre.
Comme nous nous en doutions, un taxi stationnait dans l’ombre, pas loin de la boutique des Plumdington.
Mais le conducteur, concentré qu’il était à nous épier, ne remarquât pas Liam qui arrivait derrière son véhicule. Un bon crochet le sonne quelque peu, mais il parvient à sortir une arme de sa boîte à gants et à viser Liam. Mais pas le temps de tirer, il se fait cueillir par un direct qui l’envoie valser contre la vitre latérale de son véhicule.
Ni une, ni deux, le bruit n’a pas alerté le voisinage endormi, et nous prenons la route de la Charles River. Arrivés dans un endroit désaffecté, et après avoir délesté le sbire de son pistolet, d’un cran d’arrêt et d’une matraque plombée, nous le déposons, KO au bord de l’eau avant de pousser son véhicule dans le fleuve.

Après ses émotions, nous partons nous coucher chez Andrew, non sans oublier d’appeler le standard des taxis « silver arrow » pour leur signaler un incident.

(message du fantôme vu par Liam)
« Je m’appelais Jedediah Nichols ; j’habitais 224 Powdermill street, Arkham ; sauvez-moi et vous vous sauverez. »

(….)
Manque la seconde partie du journal
(au cours de laquelle les investigateurs aux prises avec les frappes irlandaises de la compagnie de taxis "Silver arrows" ont dû se défendre et ont abattu un type en pleine rue, mais ont été disculpés grâce à un honorable témoin de l'agression manifeste, où ils se sont déplacés à Arkham, semant un taxi qui s'est emboîté dans un camion, ont été se renseigner à la célèbre université sur le passé de M. Thurston, ont réussi à confondre les deux conspirateurs en les tuant grâce à la libération des âmes emprisonnées, avant d'être félicités par nombre de notables de Boston ainsi que le gouverneur du Masschussets en personne).
(….)


NdA : à l’issue de cette aventure, Liam Conroy a dû faire un bref séjour dans un charmant sanatorium.
Dernière modification par Silenttimo le ven. oct. 26, 2012 3:55 pm, modifié 8 fois.
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » jeu. mars 04, 2010 4:25 pm

Qui est donc Peter van de Velde ?

Voici le BG de mon personnage : Peter Van de Velde (Bostonien)

Peter est né le 2 mars 1897.

D'une très bonne des familles aisées de Boston, la demeure familiale est sise sur Beacon Hill.
Peter est le cadet d'une famille de trois enfants, Mary (1892, trop conventionnelle à son goût), John (1895, qui envie sa liberté et pour qui il éprouve une grande affection), littéralement dirigée par le patriarche Janus qu'arrive parfois à adoucir sa femme Cristina.
Très tôt, Peter tente de s'opposer à l'autoritarisme paternel : cela lui donne un sens de la liberté et lui permet de goûter à la joie de dire "non", mais lui vaut bon nombre de coups de badine, au point qu'il lui arrive de ne pouvoir s'asseoir à table sans coussin, lorsqu'il n'est pas privé de repas.
Inscrit au collège à la très select Boston Public Latin School, il fréquente assidûment les rares camarades qui, en dehors de l'intérêt pour leurs études, passent de longs moments en retenue. Il est traité de "petit diable" par le père supérieur jésuite, qui, aux dires de certains, aurait été à confesse après un tel blasphème.
Après des études honorables (excellentes dans certaines matières, calamiteuses dans d'autres), l'argent familial lui permettrait d'intégrer Harvard mais il refuse, par défi, et intègre la Suffolk University en droit.

Mais face à ses virées nocturnes et ses nombreuses conquêtes (parmi toutes sortes d'artistes, mais plutôt dans les tréfonds des cabarets que dans les coulisses des opéras), son père décide de lui couper (en grande partie) les vivres.
D'autant que saoul, il aime à rappeller l'union de l'un de ses aïeux avec une indienne algonquine, au grand dam de son père.

Qu'à cela ne tienne, c'est la guerre en Europe et en octobre 1916, il rejoint un groupe de volontaires qui rejoint l'escadrille Lafayette au sein de la légion étrangère.
Il apprend à voler, mais malgré son intelligence tactique et sa compréhension des courants aériens, il casse deux fois son avion à l'atterrissage. Malgré ses deux victoires homologuées (trois victoires selon son camarade James, qui va décéder la veille de l'entrée en guerre des USA), il est affecté au sol.
Son aisance orale et un caractère altruiste (qui étonnerait son père s'il le voyait), font de lui l'homme à tout faire du régiment : scribe, estafette, aide de camp, mécanicien, brancardier...
Malgré le léger traumatisme d'avoir perdu deux proches camarades ainsi que le petit doigt de la main gauche en lançant les hélices d'un avion, il a encore besoin de plomb dans la cervelle : à sa démobilisation (avec le grade de sergent-chef et une médaille qu'il a laissé en souvenir à une certaine Clara), il est si saoul dans le train qui le ramène à Paris qu'il s'endort et se réveille... à Tours.

Revenu à Boston, il est autorisé à reprendre ses études qu'il lui avait été possible de suspendre, et il fait ici ou là des piges pour le Boston Globe, et sa mère, à l'insu de son père, lui verse une petite rente mensuelle qui ne lui permet pas de pavaner dans les plus beaux vêtements, mais lui donne une vie relativement douce.
Et en janvier 1920 intervient le drame : le 18e amendement à la constitution, l'interdiction de vente de l'alcool.
Boston n'est pas New-York ou Chicago, mais pour quelqu'un qui a un peu d'argent et de baratin, intégrer le cercle des habitués de quelques speakeasy est facile.
Et pour arrondir ses fins de mois, le voilà conseiller juridique pour des gars qui semblent très bien s'accommoder de cette interdiction.

Cette expérience enrichissante, à tous points de vue, en parallèle de ses études, pouvaient durer encore quelques années.
Mais un soir, alors qu'il va voir un client, il est témoin du mitraillage par un gang adverse : il a désormais 24 ans révolus, une envie de profiter encore de la vie, mais entre les morts de la grande guerre et les morts de ces petites guerres, il se dit qu'il préfère une vie facile en devenant avocat, mais en continuant, à un degré moindre, d'évoluer sans attache.

Il se passionne pour le sport, le journalisme, les arts, et notamment le cinéma qui lui semble atteindre une apothéose dans les années 20, sans complètement délaisser les femmes ni la bouteille, mais plus modérément, surtout la bouteille.

Il participe même à la rédaction des statuts professionnels de l'équipe de baseball de Boston, les Bruins, qui vient de se créer en 1924 sur les cendres de l'excellente équipe universitaire des années 1922-23 et 1923-24.

Sa soeur s'est marié avec un type imbu aux moustaches tombantes, ils ont quatre odieux marmots et elle fréquente le club de bridge et celui de couture. Pouah !!

Son frère s'est également marié, avec une femme souriante, enthousiaste et désireuse d'acquérir de nouveaux droits après la dynamique créée par le droit de vote des femmes à l'automne 1919, et ils ont deux enfants autant polis que malicieux.

Son père ne s'est pas adouci avec l'âge, et le voir deux à trois fois l'an lui suffit amplement (généralement l'avant-veille de Pâques, de Thanskgiving et de Noël, afin d'éviter les grands banquets familiaux), mais Peter continue d'entretenir une correspondance régulière avec sa mère qui se passionne pour ses activités, ses loisirs, ses découvertes et ses premières plaidoiries.

Voilà, Peter est prêt à partir à l'aventure, il a déjà croisé la mort et cela l'a tout de même sacrément remué.

================================================================================

Et pour les aspects plus techniques :

For 11 / Dex 9 / Int 17 / Con 13 / App 13 / Pou 12 / Tai 13 / Edu 18

-> des points surtout dans les compétences relationnelles, de langues (français, néerlandais, latin), et un peu en piloter un avion / orientation / mécanique / premiers secours.

-> peu voire pas de points dans les compétences physiques / de discrétion / de fouille (TOc et biblio) / de sciences (sauf histoire et droit).
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » jeu. mars 04, 2010 5:01 pm

Les aventures d’Andrew, Liam, Peter & Co :
(scénario 1, campagne « les fungis de Yuggoth », scénario ajouté dans la version US des 90's)
Spoiler:
Trois ans se sont écoulés depuis notre rencontre, Liam Conroy le détective d’origine irlandaise, Andrew Ploumdington l’antiquaire d’origine britannique, et moi-même Peter van de Velde d’origine néerlandaise, suite à la mort tragique de Miss Julia Bellingham, fille d’un riche notable de la société bostonienne, en raison d’un odieux chantage exercé par Henry Thurston aidé du Professeur Carew (cf. « le maître des engoulevents », scénario Casus).

Au cours de ces 3 ans, nous nous sommes régulièrement retrouvés autour d’un bon repas, s’achevant parfois aux « Délices de Xanadu » de Madame de la Rosay, mais sans vraiment évoquer cette étrange aventure que nous avions vécue. Car chacun a fait son chemin depuis 1924…

De nombreux témoignages de gratitude nous sont parvenus au tout début, lorsque nous étions à l’hôpital : des mots anonymes nous souhaitant un prompt rétablissement, de magnifiques bouquets de fleurs, des visites impromptues de notables, et toute l’issue de cette sinistre affaire a été rapidement étouffée, malgré la mort mystérieuse de deux protagonistes. La version officielle qui circule est l’explosion d’une chaudière à gaz dans la cave du professeur Carew qui a causé la mort de Thurston et Carew, et nous a laissé Liam, Andrew et moi grièvement blessés.
Après une quinzaine de jours à l’hôpital pour moi, et près de six semaines pour Andrew, notre nouvelle notoriété auprès de la haute société bostonienne a permis un net essor de nos affaires respectives.

Même si l’honorable famille Potrello m’a informé qu’elle ne ferait plus appel à mes services, cette perte a été rapidement compensée par des affaires juteuses qui m’ont permis d’ester devant les tribunaux au nom de membres des hautes sphères.
J’ai défendu le cousin du secrétaire d’Etat à la santé pour la vilaine histoire du meurtre de sa femme, dont il était bien entendu innocent, en invoquant un vice procédural, par exemple.
Grâce à mes revenus, j’ai pu m’adonner à ma passion : constituer une bibliothèque de coupures de journaux et de livres sur les premiers exploits de l’aviation, et les noms qui ont porté cette discipline sur la cime des nuages, et m’acheter un avion issu d’un surplus militaire pour retrouver les sensations vécues au-dessus du ciel de France entre 1916 et 1918. Manque juste le poids de la mitrailleuse que je m’étais habitué à compenser par une traction plus ferme sur le manche, mais nous sommes désormais en temps de paix…
Grâce à mes revenus toujours, et après avoir réussi à la retrouver, j’ai fait venir de France ma « souris » de Paris, Françoise, celle que j’avais réconfortée pendant quelques jours à partir du 12 septembre 1917, lendemain de la triste disparition de George Guynemer.
Cela avait failli me coûter un « abandon de poste », mais toujours est-il que le matin du 15, elle n’y pensait plus !
Je l’ai confortablement installée dans un petit appartement proche de mon bureau, et je pense qu’elle ne manque de rien. Sa beauté n’a plus la fraîcheur de 1917, lorsqu’elle me disait avoir 22 ans, mais elle a désormais tout le piquant d’une belle femme plus mûre qui a dépassé la trentaine, et porte à merveille les premières ridules qui apparaissent aux coins de ses yeux bleus.
Mon bon George, grâce à elle, il m’arrive encore de penser à toi et de la seule mission au cours de laquelle je t’ai accompagné !

Mon père ne connaît que la partie visible de ma personne, et Dieu me préserve, je n’ai cure de lui en dire plus.
Ma mère est toujours aussi adorable, mon frère toujours aussi rasoir, et ma sœur me fascine : non contente d’avoir accompagné son archéologue de mari sur des sites jordaniens, syriens ou irakiens pendant plus de deux ans, elle s’est passionnée pour cette discipline et en maîtrise désormais les rudiments, a tout de même réussi à élever et éduquer ses enfants, mais aussi à conserver le même rire qu’à ses 20 ans lorsqu’elle revenait de ses folles équipées nocturnes.
Combien étranges peuvent être les liens que l’on tisse avec sa propre famille…

Pour en revenir à mes nouveaux amis, j’ai discrètement fait appel ici ou là aux talents de Liam pour résoudre certaines affaires, et lui-même a acquis une réputation de sérieux et de probité dans un travail qu’il exerce sans publicité pour ses clients.
Andrew de son côté a vu l’affluence croître dans la boutique familiale d’antiquités.
Déjà, certains curieux s’étaient pressés après la grave fusillade intervenue devant la vitrine, lorsque les malfrats irlandais de la compagnie « Silver arrow » avaient tenté de nous intimider (un homme en était mort, mais un témoignage chanceux, et sérieux, intervenu en notre faveur avait fait basculer toute cette affaire dans notre sens), mais aujourd’hui, sa boutique ne désemplissait plus, et il décrochait de beaux contrats, que ce soit à la vente ou en rachat.

Chacun de nous avait, tour à tour et de son côté, étudié les écrits du sacramentaire et de la correspondance de Jedediah Nichols. Cela non plus nous n’en parlions guère.
De mon côté, je frémis lorsque je pense aux rituels décrits, à certains éléments de compréhension que j’ai acquis, et qui me causent parfois des crises de somnambulisme.
Pour m’en débarrasser, à priori, j’ai suivi deux mois de thérapies intenses et souvent médicamenteuses dans une discrète clinique du Massachussets, suivis de quatre mois de psychanalyse.
Je crois avoir compris trop de choses indicibles et inimaginables à travers ces lectures, notamment qu’il y a des possibilités de contrôler des fluides invisibles pour nuire…

Une chose encore, mais je doute que cela soit une bonne idée, même si j’ai un peu tenté de l’aider à la fin devant son insistance : Andrew s’est mis martel en tête d’acquérir la vieille maison de Jedediah Nichols à Arkham, afin d’y constituer une collection d’écrits ésotériques et sur les sciences paranormales et occultes. Liam et moi avons tenté de l’en dissuader, mais ce sont finalement les banques qui ont freiné ce souhait : trop peu d’apport, garanties insuffisantes…
Nous l’avons cependant soutenu lorsque sa mère est décédée, emportant avec elle sa délicieuse recette de scones.

En ce début du mois de juin 1927, nous avons tous trois reçu une lettre de John Wayland, l’ancien fiancé de Julia Bellingham, nous demandant un service. L’un de ses amis qu’il porte en estime, Robert Carrington, vient d’hériter de son père Andrew une vieille demeure dans le New Hampshire, qu’il affirme hantée.
Ainsi, il a fait appel à un spirite réputé de New-York, Monsieur Le Mond, afin d’en assainir les lieux. Seulement l’agent de celui-ci a fait publicité de cette tentative « d’exorcisme », et convie ceux qui le souhaitent à un week-end au cours duquel le spirite officiera dans la maison.
John Wayland nous a donc « inscrits » pour cette expérience afin de veiller à ce qu’aucun exercice malhonnête n’ait lieu au détriment de Robert. Il nous a demandé toute discrétion.

Avant de partir pour ce week-end, nous avons tâché d’en savoir un peu plus sur la demeure familiale et sa malédiction.
Andrew Carrington a fait fortune à la fin du siècle dernier. Marié en 1885, sa fille Jenny est née en 1887, cinq ans avant Robert. A peu près au moment de la naissance de ce 2e enfant, la famille Carrington a acquis une belle demeure dans le New Hampshire comme résidence secondaires. Mais en 1893, au sein de cette demeure, un malheureux incident a coûté la vie à la petite Jenny, et Madame Carrington, durement frappée par le chagrin, n’a plus souhaité retourner y séjourner. Alternant des phases de soins intenses et des périodes de repos, Madame Carrington a fini par décéder, rongée moitié par le chagrin, moitié par la folie.
Au sortir de la grande guerre, Andrew Carrington a commencé peu à peu à se retirer des affaires en passant les rênes à son fils Robert.
Âgé de 79 ans, M. Carringon père est récemment décédé et la maison a logiquement échu à son fils.
Nous voilà donc partis de nouveau sur les sentiers de l’étrange…

(….)
Manque la seconde partie du journal
(au cours de laquelle les investigateurs ont été confrontés à un meurtre vieux de plus de deux siècles, à un esprit mauvais capable de posséder des personnes, et ont dû abattre la brave cuisinière possédée par ledit esprit lorsqu'après avoir gravement blessé Liam à l'aide d'une hache, elle a cherché à tuer les autres protagonistes. Ils ont également fait la connaissance du spirite Paul Le Mond, de son agent Herbert Whitefield et de la jeune actrice à la recherche de cachets Velma Peeters)
(….)


NB : à l’issue de cette aventure, Peter van de Velde a dû faire un bref séjour dans un charmant sanatorium. Liam Conroy a dû se faire hospitaliser après avoir reçu un coup de hache de Martha, la cuisinière, avant que celle-ci ne soit abattue.
Dernière modification par Silenttimo le ven. oct. 26, 2012 12:02 pm, modifié 2 fois.
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » jeu. mars 04, 2010 5:08 pm

Les aventures d’Andrew, Liam, Peter & Co :
(scénario 2, campagne « les fungis de Yuggoth »)
Spoiler:
Introduction du Maître des arcanes : On en parle officieusement depuis quelques temps mais il semblerait bien que la menace se précise : l'infernal trio formé par Andrew Plumdington le distingué antiquaire de Boston, Liam "j'arrête des haches avec ma tête" Conroy, enquêteur privé des ruelles sombres de l'antique et inquiétante Arkham, et Peter Vandevelde, le chat-fourré le plus retors du barreau de Boston, surnommé par certaines pensionnaires de Madame Dorléac "Papa Gateau" (mais les gens sont méchants) se serait reformé pour une nouvelle et inquiétante affaire. Une de leur connaissances a disparu, la famille offre une forte récompense, les circonstances sont peu claires et c'est l'occasion de visiter la ville qui ne dort jamais, la Grosse Pomme, j'ai nommé New York City, état de New York !


Résumons-nous : Début Mai 1924, les trois hommes font connaissance lors de la mort sordide d'une héritière en vue de la bonne société bostonienne, dans une affaire que la presse traitera peu, tant les pressions qui s'exercent alors sur le quatrième pouvoir sont intenses. On murmure que Julia Bellingham, la fille unique de Julius Bellingham III, s'est suicidée, victime d'un maître chanteur, Henry Thurston. Au terme d'une enquête efficace les trois compères se font un ennemi mortel du gang irlandais "Silver Arrow", sont pris dans une fusillade en pleine rue et finissent ensevelis dans la cave d'un certain professeur Carew de Boston, vieil ami du Henry Thurston sus-cité, après une "explosion de gaz" si on s'en réfère à l'article du Boston Globe de l'époque. Au terme d'une semaine agitée, toutes les irrégularités qui auraient pu être relevées par la police et la presse sont abandonnées sur l'intervention directe du gouverneur du Massachussets, alors que sont enterrés presqu'à la sauvette, Henry Thurston, pourtant membre de la jet-set, et le professeur Frederick Carew, titulaire d'une chaire de littérature anglaise à Harvard. La presse se fait discrète et la carrière des trois hommes décolle.

Peter Vandevelde devient un avocat d'affaires renommé, loin de ses choix douteux de début de carrière. La boutique d'Andrew Plumdington devient le rendez vous incontournable des amateurs fortunés d'art et d'antiquité de la Nouvelle Angleterre. Quant à Liam Conroy, sa réputation de "direct, dur, discret" et d'étouffeur de scandale, lui vaut à la fois la clientèle de riches entrepreneurs de la Côte Est et celle plus discrète du District Attorney de Boston. Personne ne sait à quoi est due cette ascension fulgurante, mais une pensionnaire des "Délices de Xanadu" aurait entendu Peter Vandevelde murmurer : " Cette ordure de Thurston n'était que la marionnette du Maître des engoulevents" avant de s'effondrer dans un coma induit par l'absorption d'une bouteille de single malt hors d'âge et les endorphines liées à une activité que la morale réprouve...

19 Juin 1927. Le trio fait parler de lui à nouveau quand on amène Liam Conroy à au Charity Memorial Hospital d'Exeter, NH. dans un état grave. Il a reçu un coup de hache. Ses amis sont près de lui ainsi que Robert Carrington, le propriétaire de Carrington Enterprises et des Conserveries Carrington, le médium Paul Le Mond à la réputation prometteuse, Herbert "Herb" Withefield, l'imprésario de Le Mond, ainsi que Velma Peters, une jeune actrice au chômage. Toute la compagnie s'était rendue à Tannerhill Manor, la propriété familiale des Carrington, pour un week end "surnaturel", à l'invitation de John Wayland, le fiancé malheureux de Julia Bellingham. D'après l'interview que donna Herbert Whitefield à tous les média importants qui voulurent bien l'écouter, de Bangor à Washington DC, la présence de son poulain avait permis l'éveil du fantôme de la soeur de Robert Carrington, la petite Jenny, morte alors qu'elle avait neuf ans dans la maison. Andrew et ses amis avait alors reconstitué l'histoire tragique de cette vieille demeure, toujours hantée par le fantôme de Katherine Tannerhill, la première propriétaire, qui y avait assassiné, à la fin du XVIIème siècle, son propre fils adoptif, Luther, né des amours illégitimes de son mari, Quentin, et de Marion Lee, une couturière de moeurs légères, pendue pour sorcellerie en 1692. Pendant le week-end, la cuisinière, Marta Simmons, avait fait une crise d'hystérie - bien que Whitefield insistat pour déclarer qu'elle était possédée - et avait attaqué ses patrons à la hache, blessant grièvement Liam Conroy avant d'être abattue.

Là encore l'influence d'amis puissants et surtout la présence de Robert Carrington empêche que l'histoire ne fasse trop de vagues. Mais néanmoins, l'histoire des fantômes des petits enfants de Tannerhill Manor émeut un certain nombre de lecteurs de la presse à sensation et d'autres plus spécialisés dans l'occulte. Au cours de l'année qui suit, les trois hommes tissent un contact prolongé avec Robert Carrington et surtout avec le médium Paul Le Mond qui leur donne des nouvelles de New York par courrier, régulièrement quoique de façon espacée.

Vendredi 1er Juin 1928. Un entrefilet dans l'Arkham Advertiser attire votre attention...


Réaction des 3 investigateurs :

- Liam Conroy : Liam, pensif, lève les yeux du journal, et fait tomber dans le cendrier quelques cendres de sa cigarette Morley. Une ombre mouvante dans le coin derrière l'armoire, dans le coin de son regard, aurait pu lui faire tourner la tête, mais il est seul dans son bureau, c'est sûr...
Il se penche et tend la main vers le téléphone, expirant un nuage de fumée dans la pièce déjà opaque.
(Prêt à reprendre du service !!!)

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- Andrew Plumdington : " L'Arkham Advertiser, l'Arkham Advertiser,... Où est-ce que j'ai bien pu mettre ce bloody paper ! Il y avait quelque chose dedans, ce matin, quelque chose d'écrit, quelque chose... mais où est ce journal ? Ah mon Andrew, il va falloir penser à ranger cette boutique, remettre un peu d'ordre. Hum... A cup of tea, after nous réfléchirons. Tiens, il est là sous la Teapot. Alors ce newspaper, il nous dit quoi ?
hum. Ah maudit téléphone ! Toujours à déranger quand on fait quelque chose. Mais qui cela peut-il être ?

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- Peter van de Velde : "Monsieur Kennedy, je vous ai déjà dit non !
Si vous évitiez les errements nocturnes et de literie, cela m'éviterait d'avoir à refuser votre affaire : je ne m'occupe pas des couples et mœurs, c'est trop risqué, potentiellement, c'est perdre toute la clientèle de la partie adverse !
Je sais, le gouverneur vous a donné mon numéro, mais allez voir mon confrère Shiloh Azner, non seulement c'est un excellent avocat, mais en plus il pourrait faire tomber certains de vos préjugés. Je vous salue bien, et vous souhaite bonne chance pour l'affaire qui vous préoccupe."

Peter se rassit. A force de fulminer contre cet enquiquineur "parce que je suis issu d'une famille renommée de la côte est", il s'était mis debout, manquant par deux fois de tendre tant le fil que le téléphone avait failli choir.

Il fit tinter la sonnette de son bureau.
Lorsque la porte s'ouvrit, il leva les yeux et dit :
"Mary, vous me ferez le plaisir de dire à tous les casse-pieds que je suis parti faire quelques acrobaties aériennes."

Lorsqu'il disait cela, c'était soit une excuse mal fagotée pour ceux qu'il ne souhaitait pas défendre, et Mary faisait admirablement bien le travail pour filtrer les appels, soit pour s'absenter du bureau et dans ces cas-là, c'était pour partager son temps entre le terrain d'aviation et le lit de sa maîtresse, Françoise, une française rencontrée à Paris en 1917 (l'ancienne maîtresse de Guynemer qu'il avait été consoler après la disparition de ce dernier).

Les appels qu'il ne refusait jamais étaient ceux de Julius Bellingham qui rémunérait grassement, de John Wayland qui lui était sympathique, de Paul LeMond qui l'intriguait, de ses amis Andrew Plumdington et Liam Conroy, ceux du détective qu'il avait engagé pour continuer à enrichir son dossier destiné à faire tomber l'inspecteur Parker, ainsi que bien évidemment ceux de sa mère et de son frère, voire des enfants de celui-ci.

Et ceux qu'il refusait systématiquement émanaient principalement de raseurs qui le sollicitaient pour intégrer tel ou tel club, telle ou telle équipe de tennis ou de golf, ainsi que ceux de Roberto Potrello.
Il y a six mois, après quelques années de distance voulue par la famille d'embouteilleurs d'huile d'olive, il avait mis en garde Roberto : "Tu sais Roberto, les goûts des américains changeront d'ici 2, 3 ou 4 ans, et les produits que vous importez, toi et tes concurrents, l'huile d'olive, l'irish stew ou les stroudels, ne seront plus achetés par les américains.
Il va falloir que tu recycles tes activités, et compte tenu de la situation en Europe, avec les prusses, enfin, les germains qui se sont vus imposer des sanctions lourdes, il y a de quoi monter des activités d'import-export. Avec la crise, les bavarois se sont remis à la chasse, on peut y vendre des fusils, il y a un boom des naissances depuis plus de 10 ans, donc un besoin de poudre de talc, et il faut se vêtir et les balles de coton trouveront acquéreur.
A toi de voir, ce n'est qu'un conseil, et comme je ne te représente plus, je ne peux pas m'étendre davantage, mais diversifie tes activités !".

En chemin vers l'aéroport, il avait décidé cette après-midi de privilégier tous les types d'acrobaties et irait rendre visite à Françoise après, il se dit que cela faisait un petit moment qu'il n'avait pas eu de nouvelles de ses amis Liam et Andrew.

A un carrefour, bloqué par l'agent de circulation ("Ahhh, j'aimerais voir à ce poste l'inspecteur Parker !"), il jeta rapidement un oeil sur l'Arkham advertiser posé sur le siège passager.

"Tiens tiens, qu'est-ce que c'est que cela...".

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Résumé du 2e scénario (session 1) :

Lundi 4 juin 1928 : un filet dans l'Arkham Advertiser mentionne la disparition de Paul Le Mond le vendredi 22 mai en fin de journée, entre 17h et 19h au soir, alors qu’il se rendait chez sa maîtresse Velma Peeters. La mère de Paul offrirait en effet une récompense à quiconque pourrait éclaircir ce mystère, devant l’incapacité de la police à trouver des indices expliquant cette disparition.
En apprenant cette nouvelle, Liam, Peter et Andrew se donnent rendez-vous dans un petit restaurant italien du centre de Boston pour en discuter : ils étaient restés en bon terme avec Paul, et sont décidés à enquêter pour le retrouver.
Andrew arrive avec un ami à lui, qui a eu l’occasion de rencontrer Paul quelques semaines auparavant, un certain Anton Figgis, ancien médecin militaire britannique décoré de la Victoria Cross.
A
près quelques recherches qui n’apprennent pas grand-chose aux amis, hormis le fait que la carrière de Paul avait décollé, après les mésaventures de Tannerhill Manor, et qu’il avait conservé le même agent, même si celui-ci était désormais un élément dispensable dans l’exploitation de se notoriété par Paul.
Les compagnons décident d’aller rendre visite à Mme Le Mond à Buffalo (état de New York), et Peter réussit à convaincre ses amis de louer un avion : « Le voyage sera bien plus rapide qu’en train ou en voiture : c’est la voie de l’avenir, mon cher Liam… ». Un avion est réservé pour le lendemain matin de bonne heure et un plan de vol déposé. De même, un taxi est réservé à Buffalo pour 12h30 (le temps de vol estimé est de 3h environ).


5 juin 1928 : les amis se retrouvent tôt le matin, Peter s’installe aux commandes de l’appareil, regrettant secrètement « l’absence de mitrailleuse à l’avant, car cela équilibre davantage l’appareil », et par une journée ensoleillée, vers 9h, l’avion finit par s’arracher de la piste. Liam est fasciné, Peter est concentré, Anton et Andrew regretterait presque l’absence d’une bouilloire permettant de se servir un « 10 o’clock tea ». Sans erreur de navigation ni de pilotage, Peter pose l’avion, donne les instructions d’entretien et de vérifications aux mécaniciens, se change rapidement, et les amis partent rendre visite à la mère de Paul.

La mère de Paul nous apprend peu de choses. Visiblement, elle n’appréciait pas beaucoup Irène qu’elle considérait comme une « Jezabel ». L’inspecteur Lawrence Magruber est chargé de l’enquête, mais aucune avancée probante n’a eu lieu. Cependant, elle nous apprend que Paul au cours de leur dernier entretien téléphonique, semblait tendu et fatigué.
Par ailleurs, elle nous raconte qu’à 17 ans, Paul a souffert d’une amnésie qui l’a conduit au Parker Memorial Hospital de Buffalo. Et en nous laissant visiter sa chambre, restée en l’état depuis son adolescence, elle nous confie son carnet secret d’adolescent qu’elle-même n’a jamais pris le temps de lire. A sa sortie d’hôpital, environ un an après, il est parti dans de nombreux voyages à travers le monde, pendant près de 8 ans, notamment en Chine, Australie et Afrique, avec un dénommé Clarence Rodgers.

Après avoir remercié Mme Le Mond, nous nous rendons à l’hôpital dont elle nous a parlé.
Nous sommes accueillis par une infirmière qui se souvient un peu de ce patient, et qui nous informe qu’un visiteur hospitalier, Clarence Rodgers, avait réussi à ramener petit à petit à la raison le jeune Paul. Il s’était pris d’affection pour lui. A la sortie de Paul, M. Rodgers n’est plus jamais venu faire de visites.
Elle nous indique ensuite le bureau du Dr Hawthorne qui présente, sous réserve de sa discrétion, et après avoir réussi à l’amadouer, le dossier médical de Paul Le Mond à Anton notre compagnon médecin.
Un cas vraiment curieux : Paul semblait avoir absolument tout oublié, y compris des fonctions corporelles élémentaires, telles que boire, manger, se laver et faire ses besoins. Le Dr n’avait jamais vu un cas similaire. A partir du moment où M. Rodgers, un « membre de la famille » (il s’est présenté ainsi auprès du Dr Hawthorne) a commencé à rendre visite à Paul, son état a commencé à s’améliorer.

Pour la nuit, nous avions réservé dans un petit hôtel.
Ainsi au calme, nous en avons profité pour lire le journal d’un Paul Le Mond adolescent… écrit entre 13 et 16 ans. Rien que de très banal globalement. Mais dans les dernières pages qui correspondent aux quelques jours ou semaines précédant son amnésie, il mentionne des insomnies liées à des rêves étranges, à la limite du cauchemar, qui semblent le réveiller quand il ne les fait pas partiellement éveillé. Il y est question de ruines étranges et cyclopéennes, perdues dans une jungle reculée, et il a l’impression d’habiter, de connaître ces ruines, d’en faire partie.
Mais il faut que je dorme : demain, je pilote de nouveau, direction New-York…


6 juin 1928 : Nous décollons de nouveau, piloter me grise. Encore une fois, avec aisance je manœuvre l’avion tout en évitant une quelconque erreur de navigation.
Après l’atterrissage, 3 adresses méritent une visite : chez Paul à Greenwich bien entendu, mais aussi au 21 Maiden Lane à Greenwich chez Velma, puis au cabinet d’Herbert Whitfield près de Time Square. Une rencontre avec l’inspecteur en charge de l’enquête découlera des éléments que nous aurons découverts.

Arrivés à Newark, nous prenons un train pour Grand Central Station. Et nous allons immédiatement chez Velma sans l’avoir prévenue.
Nous cueillons celle-ci alors que toute pimpante, elle s’apprêtait à sortir. Surprise, elle accepte de nous recevoir pour répondre à nos questions. Quand elle comprend qu’elle en a pour un moment, elle appelle un « ami » au théâtre où elle se rendait.
Et nous explique qu’elle avait annoncé à Paul qu’elle souhaitait rompre leur relation.
Mais elle est mal à l’aise, et entre les lignes, nous finissons par comprendre qu’elle n’avait pas officialisé cette décision pour continuer à bénéficier de la notoriété et des largesses de Paul, et nous pensons même qu’elle avait un nouvel amant avant même de rompre définitivement avec Paul.
Après l’avoir suffisamment asticotée, nous la laissons partir et décidons de nous rendre chez Paul.

Il est tard lorsque nous arrivons dans l’immeuble où se trouve son appartement. Pendant que nous faisons le guet, Liam crochète la serrure et nous entrons dans un appartement cossu, décoré avec soin, mais finalement moins grand que celui de Velma.
Fouillant l’appartement de fond en comble, nous finissons par trouver une lettre de Paul à sa mère, une lettre mystérieuse et probablement inachevée. Elle date vraisemblablement du jour de sa disparition. Paul écrit :

Chère maman,

Je suis désolé d’avoir été aussi long à t’écrire mais j’ai été très occupé avec tous les rendez-vous qu’Herbert m’a trouvés ces temps derniers. Les séances sont vraiment épuisantes et je ne dors pas très bien. J’ai peur de recommencer à avoir les mêmes rêves que ceux que je subissais avant d’avoir ma crise d’amnésie. Cela semble affecter ma personnalité et je ne me sens même pas capable de m’entendre avec les gens comme je le voudrais ; je me suis disputé avec Velma. Je sais que tu n’aimes pas beaucoup Velma, maman, mais c’est vraiment une fille formidable et je sais qu’elle m’aime.

Un peu plus tard,
Je viens juste de revenir de chez Velma. J’ai peur que nous nous soyons disputés. Elle m’a dit qu’elle ne voulait plus me voir. J’en ai parlé à Herbert et il veut que j’entre à l’hôpital. Il pense que j’ai besoin de repos, mais je ne veux pas. Je veux voir Velma mais je ne sais pas si je peux le faire… Sous ma fenêtre, les immenses fougères ondulent dans le vent. Au loin, il y a les constructions en flèche,… je ne me rappelle plus le chemin. J’ai peur de me perdre. Je dois voir Velma, mais la bête attend au-dehors…


La lecture de ce projet de lettre nous a plongés dans la plus grande perplexité : aucune fougère ne peut être vue de la fenêtre de l’appartement de Paul… ni de construction en flèche même si quelques buildings lointains pourraient être décris comme tels.

En fouillant davantage, nous trouvons quelque chose de surprenant : il y a de nombreuses ordonnances pour des médicaments de type calmant ou somnifère, mais aucune trace de telles boîtes de médicaments.

Et à un moment donné, il nous semble entendre un bruit à la porte. Discrètement, Liam regarde par l’œilleton et voit le voisin s’éloigner de la porte, comme s’il épiait nos mouvements, puis entrer dans son appartement.
Mais nous sommes tous fatigués et nous décidons de rester dormir, puis de nous lever de bonne heure pour aller demander au voisin les raisons de son comportement.


7 juin 1928 : levés tôt, nous sommes allés directement voir le voisin. Après une brève tentative de négociation, et devant le refus de l’individu de nous ouvrir sa porte, Liam a fini par l’enfoncer avant de neutraliser le type.
Contrairement à ce que nous pensions, ce n’est pas un mauvais bougre : Piotr Jaruzelski appréciait Paul, et la raison pour laquelle il nous a épié, c’est que peu après la disparition de Paul, il avait vu deux individus louches, selon lui des Irlandais du quartier de Hell’s kitchen (quartier sous la coupe d’un certain Wexler, financeur de l’IRA et probable trafiquant), pénétrer dans l’appartement de Paul nuitamment. Et voir de nouveau des inconnus s’introduire chez Paul l’a aussi bien intrigué qu’inquiété.

Maintenant, il va nous falloir décider de la marche à suivre pour la journée…
Dernière modification par Silenttimo le ven. oct. 26, 2012 12:03 pm, modifié 1 fois.
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par dogboy » ven. mars 05, 2010 12:25 pm

Compte-rendu très sympathique et personnage attachant. Miam :)
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Silenttimo
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » ven. mars 05, 2010 12:49 pm

dogboy a écrit :Compte-rendu très sympathique et personnage attachant. Miam :)
Merci.

Malheureusement pour les conclusions des deux premiers scénarios, le rythme a été chaque fois plus trépidant que la partie "enquête" et la prise de note plus ardue. Je dois cependant m'atteler au CR de la conclusion du 3e scénario.

M'enfin, attachant... : un avocat qui a déjà dessoudé 3 personnes sans être inquiété (curieusement, c'est moi jusqu'à présent qui ait réussi les tirs au pistolet dans les moments de tension), à savoir une "cogne" de la mafia irlandaise lors d'une rixe armée en pleine rue à Boston, une cuisinière possédée (la pauvre !) dans la cave d'une maison hantée, et un louche individu s'apprêtant à enlever un ami (là, je ne l'ai QUE blessé mortellement avant que le médecin militaire "de sa gracieuse majesté" ne l'achève), c'est tout de même quelqu'un de dangereux à fréquenter.

D'un point de vue "technique", je suis celui qui a désormais le plus gros score en "mythe de Cthulhu" (13%) après des flashs en lisant le journal intime d'un médium (il y a des jets de dés que l'on préfèrerait rater de temps à autre).

(EDIT : manquait l'épisode 3 - je viens de retrouver le CR du début !!)

La trace de la Bête (épisode 3 - partie 1) :
Spoiler:
Prologue : Samedi 1er Septembre 1928, Boston (Mass.)

Trois mois se sont écoulés depuis la tragique affaire de New York, où Peter, Andrew et Liam -aidés par le locataire d'Andrew, le docteur Figgis- enquêtèrent sur la disparition crapuleuse de leur ami Paul LeMond. Ce célèbre médium de la Grosse Pomme avait été la victime de son peu scrupuleux manager, Herbert Whitefield. Pour ménager son poulain, exténué par de nombreuses tournées sur la Côte Est, il avait eu l'idée de le faire entrer dans une maison de repos du New Jersey. Mais, financièrement sur la sellette et toujours en mal de publicité, il fit appel aux gros bras d'un certain "Bugsy" Wexler, gangster notoire de Hell's Kitchen, pour le kidnapper en pleine rue et le faire disparaître. Las pour Herbert, son impécuniosité lui attira les foudres dudit Bugsy, quand il manqua de payer son dû au gang. Passé à tabac, il ne dut la vie sauve qu'à l'intervention de nos quatre investigateurs qui avaient commencé à sentir le coup fourré.

Les quatre amis se rendirent donc à la maison de repos, pour découvrir que Paul venait d'être enlevé par un homme brièvement croisé lors de leur enquête. Clarence Rodgers avait été un proche de Paul lors de sa longue période d'amnésie de 1917 à 1925. Quand Andrew, Anton, Liam & Peter lui parlèrent, il se fit passer pour un enquêteur d'une maison d'assurance, John Devlin. Mais à la maison de repos, une fusillade éclata quand ils voulurent l'empêcher d'emmener Paul. Clarence Rodgers fit feu à plusieurs reprises sur Peter, qui fut légèrement blessé. La riposte de Peter et Liam fut sans appel et le kidnappeur fut abattu. Paul fut libéré mais ne put fournir d'explication à l'attention malveillante que lui portait Rodgers.

Depuis, Paul se repose chez sa mère Irene à Buffalo, NY. L'air de la campagne lui fait du bien, même si des cauchemars atroces continuent de le hanter. Dans ces rêves d'une intensité anormale, le jeune medium visite des ruines cyclopéennes, perdues dans une jungle inextricable ressemblant à celle qui couvrait la Terre au Jurassique. Il se sent pourchassé et observé par une créature gigantesque dont l'aura de mal absolu le glace jusqu'aux tréfonds de son âme. Irène LeMond a d'ailleurs acheté un enregistreur à bande magnétique et utilise ce summum de la technologie pour restituer les paroles que prononce son fils lors de ces cauchemars atroces.

La sonnette retentit à la porte de la boutique "Plumdington & Associates Antiques". Le facteur vient déposer un nouveau colis ainsi que le Boston Globe, le Massachussets Courrier, et la Morning Gazette. Essuyant les reliefs du morning breakfast d'un revers élégant de son mouchoir de batiste, Andrew, après avoir congédié le livreur d'un merci, regarde l'adresse de l'expéditeur. Buffalo, NY. Le dessus de la boîte contient une enveloppe rose scellée, un paquet odorant enrobé dans un torchon de vichy rouge qui embaume le cacao du Brésil et la noix de pécan, et une paire de bandes magnétiques.

Quelques minutes plus tard, des hurlements atroces s'échappent de l'appartement...


Chapitre I :

Archives de Liam Conroy, Angel Investigation, Arkham (Mass.)

Samedi 1er septembre 1928.

9h56, coup de téléphone d’Andrew Plumdington
J’ai beau avoir les idées claires de bon matin, le ton d’Andrew était si excité, et ses propos si désordonnés que je n’en ai retenu que l’essentiel… « Paul Lemond… bande magnétique… hurlements… venir tout de suite… ». J’ai un mauvais pressentiment…

14h05
Arrivé devant la devanture de "Plumdington & Associates Antiques", je ne suis pas vraiment étonné de trouver ce cher maître Peter Vandevelde. Je passe sur les détails de nos retrouvailles avec notre ami anglais, qui s’étrangle à moitié lorsqu’on lui demande un café, et qui est habillé dans une robe de chambre en pilou jaune et bleu à 4h de l’après midi…

Il a reçu un colis de la mère de Paul Lemond, un ami commun, médium renommé, qui se repose à Buffalo. Elle a enregistré une bande magnétique, et Andrew nous la fait vite écouter, faisant plonger l’ambiance de notre causerie dans un malaise immédiat.
La voix de Paul est engourdie au début, il parle dans son sommeil, beaucoup de choses m’échappent mais je comprends des bribes… « La Bête… Non… Ouvrez la porte… » « Les pauvres enfants »…

Puis quelque chose se produit dans le ton de sa voix. Il change… Il change comme nous l’avons vu faire lorsqu’il se fait le médium d’un esprit… Et cette voix est froide, glacée… « C’est la trace de la Bête. Les enfants mourront par dizaines. C’est la traînée de la bête. Les enfants mourront à Boston… » Et Paul se met alors à hurler… Et bien qu’Andrew ait baissé le volume du son, ses hurlements sont à crever les tympans. Et lorsque la bande magnétique s’arrête enfin, les horribles cris continuent de résonner comme en écho… Qu’arrive t-il à Paul ??

Saisi d’un doute affreux, j’attrape un des journaux du matin posés sur la table. Fébrilement je le consulte, mais rien heureusement, pas d’enfant disparu ou tué, et rien de récent de ce type ne me revient en mémoire. Mais lorsque je repose le journal, alors qu’Andrew est parti dans la consultation d’ouvrages anciens, Peter qui tient le Boston Globe, me montre un entrefilet à la 17ème page…

« Découverte macabre. Hier soir, le corps mutilé d’un enfant a été trouvé au dépôt des tramways de Brookline dans le West Boston. L.H. »
Je reconnais ces initiales, Larry Holmer, spécialisé dans les faits divers… Mais après une brève discussion, c’est la morgue que j’appelle… Mais le Dr Hawthorne n’est pas là, ou le gars du standard refuse de me le passer…

Bon sang… Paul a rêvé de ces meurtres le 26… J’espère qu’il se trompe… J’espère que je me trompe…

17h12
Nous sommes arrivés à la morgue. Il n’y a personne au standard lorsque nous passons. A cette heure-ci, il y a normalement un vigile. Ce n’est pas le Dr Hawthorne qui est de garde, et nous tentons de passer ni vu ni connu. Mais au final, il n’y a que moi qui parviens à m’infiltrer dans une pièce alors que Peter et Andrew se sont fait entendre par le médecin de garde. Je suis malheureusement dans une pièce qui ne donne sur rien, juste des armoires à dossiers. Mes amis n’arrivent pas à passer, malgré le discours insistant de Peter sur un chenapan de neveu qui aurait disparu et rendrait folle d’inquiétude sa mère. Entendant cela, je décide de tenter ma chance et je ne les rejoins pas lorsqu’ils se font raccompagner vers la sortie.

Peu de temps après, le jeune médecin est relayé par un collègue. Mais jamais le bureau, seul accès pour passer vers la morgue, n’est laissé vide. Je finis par jeter un œil aux armoires à dossiers. Elles contiennent des dossiers… Peut être trouverais-je quelque chose… Rien aux John et Jane Doe… Mais dans les derniers A finalement je trouve un dossier… Le dossier…

J’ai vu bien des atrocités à la guerre, puis lors de mes dernières… enquêtes… mais ce que je vis dans cette chemise cartonnée grise dépassait en abomination de loin le pire des cauchemars. Le pauvre môme s’appelait Georgie Ainge. Une dizaine d’années. Evadé d’un orphelinat. Connu des forces de l’ordre. D’après la fiche de police jointe au dossier, il était membre des Finns, un gang des rues… que je connais…

Le rapport médical a été rédigé suite à l’autopsie par le Dr Hawthorne lui-même : « cause de la mort : étouffement par strangulation confirmée par la présence de pétéchies du visage, de conjonctive des yeux, de cyanose des lèvres. » « Sur tout le corps on dénombre 283 hématomes (annotation entre parenthèses : suçons ?) » « Organes internes liquéfiés par un acide… » Note finale, à l’écriture de plus en plus tremblante… « A ne pas inclure dans le rapport, l’assassin aurait-il introduit des tuyaux dans son corps pour injecter un acide et aspirer ensuite ? Le corps était couvert de Mucus… » Les photos du corps achèvent de me saisir d’une horreur infinie. Comment une telle abomination peut-elle être possible ?

Après un moment, j’entends que cela bouge dans le bureau du médecin. Le temps de me glisser derrière la porte, je la vois s’ouvrir et une main entre dans la pièce saisir une blouse blanche à une patère. Après un moment, je saisis l’occasion et passe dans le bureau désormais vide, me dirigeant vers la morgue, ou, si le médecin y est, vers la sortie arrière. Mais entendant les voix de Peter et Andrew dans la morgue, je décide finalement d’y entrer.

Le médecin fourrant quelque chose dans sa poche, me regarde médusé mais je le rassure « Pas de souci, je suis avec ces messieurs… » Les voyant confirmer de la tête, il soupire et ouvre le tiroir de la morgue.

Je ne sais pas comment nous faisons pour réprimer un haut-le-cœur… Le gosse est comme aplati, déformé. Il est jaune à cause des hématomes. Nulle trace de mucus par contre, il a été bien lavé. Nous en avons assez vu à la morgue, et prenons congé du médecin. Il nous faut aller sur les lieux.

19h50
Nous sommes arrivés au dépôt de tramways de Brookline. Mais l’officier de faction braque une lampe et un fusil vers nos bobines. Peter entreprend de le convaincre qu’il est journaliste à la Morning Gazette, et qu’il vient enquêter. Mais l’officier rigole… « Vous n’avez pas lu votre propre canard ? L’gars a été arrêté. C’est écrit dedans… C’est le type qui a signalé le corps, un nègre du nom de Luther Devereaux… Le Lieutenant Parkinson l’a bouclé, et il a avoué. »
Sans commentaire… je connais cet enfoiré de Parkinson… Il se soucie plus d’avoir à son actif des arrestations faciles que de mener une vraie enquête. Et s’il peut coller tout sur le dos d’un pauvre type, noir de préférence, c’est tout bon pour lui…

« Alors désolé messieurs… » - continue l’officier- « Pas possible d’entrer… Mais puisque vous insistez déclinez vos identités… »
Sans hésitation Peter décline… « John Mac Enroe », et Andrew invente aussi un nom, mais quand je me présente comme Herbert MacGinty, l’agent se bidonne… « Ah ouais… Ca ne serait pas Liam plutôt ?? Tu ne me remets pas ? » Merde… un ancien collègue… Pas un mauvais gars heureusement, et après quelques amabilités, j’essaie de le convaincre. « Parkinson… c’est une mauvaise blague… Tu connais sa manière de boucler… ou de bâcler une enquête… Il a chopé le type idéal pour lui coller tout sur le dos »… Mais ca fait marrer mon vieux collègue… « Encore à défendre un nègre… pour ce que ca t’a rapporté de les sucer… »

Pas besoin d’autres insultes de ce genre pour faire bondir Peter, puis Andrew… Alors que j’essaie de calmer le jeu, ils invectivent le planton, et sont tour à tour à deux doigts de se faire arrêter… ou plomber. Mais ils finissent par se calmer et je parviens à rassurer le bonhomme, pas si mauvais bougre… « Mes amis, ils parlent fort, mais ils ne te créeront pas de problème ne t’inquiètes pas. Et je sais que tu aurais préféré une vraie enquête à cette blague de Parkinson. Le gosse a été massacré… Laisse-nous essayer de trouver une vraie piste pour coincer le vrai salopard… » Il finit par céder. « OK. J’suis au courant de rien, j’vous ai pas vu, mais passez. »

20h20
Nous sommes dans l’entrepôt ou le pauvre gosse a été trouvé. Tout le lieu a été piétiné par la flicaille de Parkinson. Il s’agit d’une sorte de hangar interne avec une grande porte coulissante. Je me focalise sur les issues pour trouver le chemin de l’assassin. Andrew et Peter cherchent aussi. On ne trouve nulle part des tuyaux qui auraient pu servir à injecter l’acide, mais des traces de mucus, près d’un sous bassement effondré et une piste assez large, comme si un gros sac avait été traîné…
Qu’est ce qui a bien pu être tiré sur le sol… Ca ne venait pas du gosse, trop gros… En suivant cette piste, on arrive à l’extérieur, puis au grillage d’enceinte… Il y a du mucus aussi dessus, comme si le sac était passé au travers… Je ramasse un peu de cette substance séchée… Il faut que je fasse analyser ça… Qu’allons-nous trouver comme nouvelle horreur ?… Paul a parlé d’une bête… Une sorte de limace ?? Une araignée ? Bon sang… Ai-je bien écrit ça ? Le pauvre Luther est mal barré si on sort une théorie de ce style…

La piste du mucus s’arrête à un lampadaire à l’angle de Jersey street, là où la zone industrielle laisse le pas aux vieilles rues aux anciennes villas Georgiennes… Il va falloir étudier le cadastre et les registres d’achats récents. Avec Andrew et Peter nous examinons des plaques d’égout, mais c’est en pure perte, et notre discussion dérive sur un autre sujet.

Je suggère à Peter, vu qu’il est avocat, de voir s’il peut défendre Luther Devereaux. Andrew se montre enthousiaste à l’idée, mais je sais que malheureusement, c’est un cadeau empoisonné…
Peter le sait aussi, mais néanmoins il acquiesce. Nous nous mettons en route vers le commissariat pour l’y déposer.

23h05
Peter sort du commissariat et nous rejoint dans la voiture. Il nous informe rapidement de l’évolution de l’affaire de son côté. Il a bien pris la défense de Luther Devereaux, et lui a sans doute sauvé la vie. Le pauvre homme a été si durement tabassé qu’il a dû être emmené au service médical du dépôt, aux bons soins de notre ami, le docteur Figgis. Peter a eu du mal à obtenir le dossier et l’accès au prisonnier, mais le sergent Russel a fini par y mettre bon ordre.

Ce que nous pensions est confirmé ; malheureusement les méthodes de l’inspecteur Parkinson n’ont guère changé… Devereaux qui a signalé la présence du corps a vite été soupçonné, et aussitôt « interrogé ». Il n’a cependant pas « avoué » tout de suite, ne craquant que lorsqu’un témoin, une femme du nom de Constance Turner affirma l’avoir vu rôder dans le secteur au moment supposé du crime.

Le reste de l’enquête de Parkinson est plus que sommaire, traces de sang, matière visqueuse, les cheminots n’ont rien remarqué, et le vigile John Simmons avait déjà vu le môme traîner vers le hangar. Plus intéressant, la victime a été identifiée par l’officier Jebediah Forbes. Je connais ce gars qui bosse au Vice Squad, investi et de réputation intègre, il travaille régulièrement sur les affaires liées aux enfants. Sur la route vers nos pénates, nous convenons qu’il faudra prendre contact avec lui au plus tôt demain.
(épisode 3 - chapitre II)
Spoiler:
Chapitre II

Archives de Liam Conroy, Angel Investigation, Arkham (Mass.)

Dimanche 2 septembre 1928.


9h00
Chez Andrew, nous passons un moment avec Peter à préparer et signer mon contrat. Cela nous ouvrira des portes si j’ai un mandat officiel. Je téléphone ensuite chez Forbes. J’ai d’abord son épouse qui consent à me passer Jebediah. Après quelques échanges, il me propose cordialement de passer le voir chez lui pour déjeuner. Il organise justement un barbecue avec quelques amis. Nous nous mettons assez vite en route, Andrew ayant l’idée de joindre à une flasque d’un rafraîchissement hors d’âge, un beau bouquet de glaïeuls pour la maîtresse de maison.

12h20
Nous nous retrouvons à Boyster street, au milieu d’un barbecue de quartier, à ceci près que je pense que chaque famille conviée a au moins un membre qui fait partie de la « Maison ». Cela fait bien longtemps que je n’ai plus participé à une de ces fêtes dominicales, qu’on se faisait entre collègues. Certains me reconnaissent, mais à mon étonnement, je n’essuie pas que des regards de reproche. Le seul officier Noir de Boston à ma connaissance est aussi présent. Et lorsqu’un autre collègue, qui n’a pas bu que de la citronnade, commence à maugréer à mon sujet, Jebediah nous entraîne à l’écart pour comprendre le motif de notre visite.

Nous le lui expliquons, ainsi que notre conviction qu’il faut agir vite, un crime de ce genre étant rarement isolé. Il nous donne deux informations importantes : Georgie Ainge traînait toujours avec deux comparses Shamus Fitzpatrick et « Fatboy » William Kenny. Ils se retrouvaient souvent derrière le stade de Fenway Park, où justement ce dimanche, nous devrions trouver pas mal de monde. Le remerciant, de son accueil et de son aide, nous partons vers Fenway Park pour nous mettre en chasse.

14h15
Dans Fenway Park, rempli de promeneurs, nous cherchons derrière le stade et je fini par découvrir ce qui pourrait bien être les planques des mômes des rues. Mais j’entends un véritable esclandre un peu plus loin. Andrew est aux prises avec un petit voleur, un petit italien coriace qui vient de lui mettre un coup à lui casser le nez en pleine poire et Peter s’interpose entre Andrew et un autre complice, le traitant de « papiste du Vésuve »...
Me retenant de rire, et survenant en courant, je réussi à choper par la taille le garnement qui a frappé Andrew. Cela calme un peu notre bon antiquaire furibard, essoufflé et au visage ensanglanté, et qui du coup a dégainé sa canne épée… Quand à Peter, il calme le second en disant un nom que tous les italiens des bas quartiers connaissent…

Après un moment de tergiversations et d’insultes colorées, l’un des mouflets nous souffle en nous montrant de la tête le clocher de Roxbury : « Fateboye, il a trouvé Dieu »... C’est tout ce que nous en tirons, en plus du portefeuille d’Andrew, et nous les relâchons pour nous mettre en route vers l’Eglise.

14h50
Nous trouvons William Kenny dans la cour du presbytère avec d’autres malheureux, sous l’affable surveillance du prêtre de la paroisse. Avec son autorisation, nous approchons le gamin qui est réfugié dans les prières. Il nous faut pas mal de tact pour le faire parler, mais nous y parvenons, et, il s’avère qu’il a assisté en partie au drame. Shamus, lui et Georgie étaient venus dormir à l’abri dans un recoin de l’entrepôt. Mais des plaintes, comme des pleurs de bébé, les ont réveillés. En s’approchant, ils ont senti aussi une odeur de poubelles… Georgie qui est entré en premier, a poussé d’horribles hurlements. Et en voyant Shamus ressortir blême, balbutiant de terreur, Fatboy a été pris de panique et s’est enfui.

Il est revenu plus tard, il a vu une ambulance emmener Shamus qui n’était pas blessé mais bredouillait des mots incompréhensibles. Il a alors décidé de se réfugier à l’église. Après son récit, il me tend une des brioches que je lui avais amenées, et d’une voix tremblante, me dit de la donner à Shamus si nous le voyons, de la part de son copain Fatboy…

16h15
Nous avons décidé de tenter notre chance à l’asile de Boston. Et nous ne nous sommes pas trompés. Le petit Shamus est bien là, parmi un nombre impressionnant de malheureux en tout genre, sous la garde du docteur Randolf Barnes. Le gamin est dans un coin, prostré, réagissant à peine lorsque nous lui parlons doucement de Fatboy et de Georgie. Se balançant, le regard vague, il ne cesse de murmurer… « Faut pas qu’il se couche le soleil… Faut pas qu’il se couche le soleil… Faut pas qu’il se couche le soleil… »

D’après ce que nous a dit le docteur, il est dans cet état depuis son arrivée. Nous cherchons à savoir si cet état de prostration peut cesser dans son cas, mais le docteur Barnes n’est pas optimiste. Il n’a en outre que peu de temps à consacrer à l’enfant, étant seul à gérer le service avec quelques infirmiers. En discutant avec ce jeune médecin, nous émettons l’idée de lui trouver une institution où l’on pourra lui apporter des soins plus personnalisés. Certes il nous faudrait son témoignage, mais sur la durée pour lui, mieux vaudrait une prise en charge par un établissement plus petit, comme celui que nous connaissons dans le Vermont. Cela risque de coûter cher, mais c’est telle pitié de voir l’état de ce pauvre gosse, que nous décidons de le faire dès que nous le pourrons.

Nous passons encore quelques temps chacun à essayer d’échanger avec l’enfant, mais c’est en pure perte pendant plus de deux heures. Et quand je lui remets la brioche de Fatboy, il se met à la manger sans plus mot dire... C’est finalement lorsque nous nous apprêtions à partir que quelque chose se produit. Mais au lieu de nous soulager, cela achèvera de nous glacer le sang.
L’expression toujours tétanisée, la voix brisée, Shamus laisse échapper ces mots avant de reprendre sa sinistre litanie…
« - Faut pas qu’il se couche le soleil…
Attention à la maison… Il y a un dragon sur la maison…
Avec un œil vert, et un œil rouge…
Faut pas qu’il se couche le soleil…
Faut pas qu’il se couche le soleil…
Faut pas qu’il se couche le soleil…
»

20h55
Sur la route vers la boutique d’Andrew, nous restons silencieux un bon moment… Après un bref échange de mots, nous décidons d’aller quand même jeter un coup d’œil dans le quartier de Van Ness, près des entrepôts. Il y a encore là-bas de vieilles demeures victoriennes aux décorations parfois biscornues. Peut-être Shamus a-t-il aperçu quelque chose en rapport avec le drame ? La limite entre les maisons récentes en briques et les autres plus anciennes se fait à partir de Jersey street, et nous commençons par là. Après une heure, nous nous sommes éloignés, une pluie fine s’est mise à tomber, recouvrant l’asphalte d’une pellicule luisante et nimbant les lumières extérieures d’une aura floutée sur les vitres de l’automobile. Sans mot dire, nous roulons doucement, jusqu’à ce que Peter remarque un bâtiment sortant de l’ordinaire. Dans Petersborough street, au 1244, c’est une maison Victorienne à la majesté décrépie, à laquelle des carreaux plombés verts et rouges donnent une allure inquiétante. Après un coup d’œil aux alentours, elle semble déserte, mais nous n’avons aucun mandat. Et ça semble une piste bien légère… Nous décidons de rentrer.


Lundi 3 septembre 1928.

8h30
Le journal du matin nous apporte une morbide nouvelle. Un autre enfant a été découvert dans le Backbay, vidé de son sang dans une ruelle. Un autre gamin des rues… qui s’appelait Vittorio Cernizzi.

(...)
Dernière modification par Silenttimo le ven. oct. 26, 2012 12:48 pm, modifié 5 fois.
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » ven. mars 05, 2010 1:17 pm

Présentation rapide des autres personnages (de ce que j'en sais) :

* Liam Conroy : d'origine irlandaise, catholique, bien bâti et aux traits assez typiquement irlandais. Détective privé à Arkham, mais né à Boston dans les quartiers pauvres. A participé à la Première Guerre Mondiale, dans les combats de tranchées, et a vécu quelques expériences traumatisantes à ce moment là.
Ancien policier de Boston qui a quitté les forces de l'ordre après des problèmes liés à une enquête dans laquelle un noir était accusé, mais où tout a porté Liam à comprendre qu'il s'agissait d'un coup monté. Il s'agissait peut-être de certains de ses collègues qui avaient monté le coup pour en couvrir d'autres.
Il est depuis qualifié de "baiseur de négros" par certains de ses anciens collègues, pour avoir voulu défendre un noir.
C'est la cousine de Julia Bellingham (la jeune suicidée qui nous a fait nous rencontrer dans "le maître des engoulevents"), qu'il avait eu l'occasion de côtoyer dans ses premiers contacts avec des forces mystérieuses, qui a fait appel à lui pour enquêter sur la mort de Julia.

* Andrew Plumdington : jeune antiquaire qui a repris la boutique familiale sise à Boston (tout du moins, il la gère avec son oncle), il est anglican d'origine anglaise et suit tous les rituels liés à ses origines : thé(s), scones le matin, adepte du bacon et des oeufs brouillés, il parle avec un atroce accent "des îles britanniques" lorsqu'il évoque feu sa "mumy" qui préparait admirablement les scones (que les autres personnages ont eu l'occasion de goûter lors du "maîtres des engoulevents").
Trop jeune pour avoir fait la guerre (et vécu certains traumatismes) et avoir goûté à certains frissons ou plaisirs, il qualifie "d'exciting" la plupart des nouvelles expériences qu'il vit (la visite aux "Délices de Xanadu" faisait partie de ces nouvelles expériences, ainsi que la castagne ou le combat à l'arme blanche ou de poing).
Il ne se déplace plus, désormais, sans sa canne-épée.
Il ne peut s'empêcher, lorsqu'il va chez des gens, d'observer le mobilier, ou les oeuvres, vieux livres et bijoux, calculant mentalement les "bonnes affaires" potentielles qui pourraient survenir et alimenter la boutique familiale.
Expert notamment en matière de bijoux et orfèvrerie.
C'est lui qui avait racheté des bijoux à Julia Bellingham, avant de se rendre compte qu'il s'agissait de faux (le nom l'avait décidé à faire confiance à son interlocutrice) et de prendre contact avec le père (qui l'a au départ accusé d'être responsable du suicide de sa fille, avant de changer de registre après avoir été convaincu de la bonne foi de l'antiquaire).

* Anton Figgis : ami d'Andrew, britannique, il n'a pas vécu les deux premières aventures des trois compères.
Médecin-militaire qui a quitté l'armée de "Sa gracieuse majesté", il a été affecté aux Indes et en Afghanistan, et a reçu la Victoria Cross.
Il arbore fièrement sa moustache qu'il aime à lisser.
[ce joueur n'ayant à ce jour participé qu'à une session, il m'est difficile d'en dire davantage]
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » lun. juil. 09, 2012 2:17 pm

Episode 4 des "Fungi de Yuggoth", raconté par le détective Liam Conroy
Spoiler:
Le Château des ténèbres, Roumanie

Compartiment 14, Orient Express à destination de Vienne, le 9 novembre 1928.

Assis sur mon fauteuil aux accoudoirs de cuir émeraude, j’émerge d’un sommeil court et peu reposant. Mes yeux découvrent un paysage de sombres forêts filant derrière la vitre maculée de gouttes de pluies. Une bâtisse grise qui file vers l’est, disparait peu à peu, noyée par les arbres, engloutie… Et le cauchemar de Drozvona revient me hanter ; les hurlements des villageois, la chose « vampire » boursouflée de sang, les atrocités du château ténébreux, et cette épouvantable apparition rampante. Si je pouvais seulement chasser son image de ma mémoire... Ô Seigneur… faîtes que cela ait suffit de tout emmurer sous les gravats… Faîtes que nous n’ayons pas menti aux villageois… Que ce baron ne revienne jamais… Bon sang… ce sera à nous de le trouver… de lui faire la peau… il le faudra bien…
Mes amis sont là, camarades d’une traque à la piste si mince, et si dangereuse… Peter est encore plongé dans ses lectures, les sourcils froncés, la main sur le front, il ne prête même plus attention à son cigare qui se consume dans le cendrier … Le docteur Figgis profite d’un somme bien mérité, l’air digne, même lorsqu’il pionce... Ce pauvre Andrew a été si difficile à calmer quand il a « réalisé » que l’obscurité s’infiltrait dans ses yeux s’il les fermait, ou qu’elle se pressait contre les fenêtres du train « comme de grandes ailes noires ». Grâce à notre patience, à un rideau improvisé, à notre réserve de lampes, à la possibilité de dormir le jour quand « il y a assez de lumière pour les paupières », et surtout à quelques médicaments, Andrew a réussi à s’apaiser et à s’endormir.

Il va me falloir laisser une trace, écrire ce qui s’est passé… Si nous ne survivons pas, d’autres sauront comme cela… Ils suivront la trace de cette… Bête. Je ne sais déjà par quel miracle nous avons pu survivre à notre chasse funeste, jonchée de douleur et de folie. Mes amis, ont-ils aussi réalisé que le pire nous attend encore ? Aucun d’entre nous ne reculera maintenant… Comme on dit, il faudra boire la coupe, jusqu’à la lie…

Liam Joseph Conroy


Drozvona en Roumanie, le 30 octobre 1928

Il nous aura fallu quinze jours pour arriver dans ce village perdu des Carpates en partant des Etats-Unis. La traversée de l’Atlantique sur le Mauritania fut impressionnante, et d’un confort plus qu’agréable grâce aux billets de première classe qu’avait réservé Andrew. Certes, j’ai compris à de multiples reprises que ma présence d’Irlandais détonait dans cette « bonne société » en villégiature... Mais qu’importe… Nous descendîmes ensuite de Calais vers Paris, découvrant les stigmates toujours vivaces de la Grande Guerre dans les plaines de la Somme. Je perdis le fil des récits de Peter sur l’aviation héroïque… Mes souvenirs des tranchées dans les Flandres je n’ai jamais su, ou pu, les raconter vraiment…

De Paris, où nous avons passé un séjour aussi bref que réjouissant – Peter a décidément un carnet d’adresse étonnant – nous prîmes l’Orient-Express pour Klausenburg, dans les montagnes de Roumanie, puis, après une âpre négociation avec des autochtones, une sorte de diligence.

Drosvona est un petit village, à peine un cercle de masures aux toits de lauzes, autour d’une petite église médiévale, et, perché sur des collines plus haut, un château d’allure sinistre. Accueillis par une pluie battante, nous sommes emmenés à la petite auberge dont le tenancier qui se nomme Drobne, nous accueille en se frottant les mains. Il parle un peu l’anglais et nous lui expliquons que nous sommes venus pour la chasse (ce qui n’est pas complètement faux).
Au dîner, Drobne nous présente l’unique autre pensionnaire de l’auberge, Jon Kopesh, un étudiant en histoire de nationalité tchèque, par chance anglophone. Nous l’invitons à notre table et la discussion s’engage. Mais sous le feu des questions d’Andrew il semble curieusement borné dans ses connaissances, et a une étrange réaction après une phrase anodine de Peter sur les jeux de croquet de son enfance. Le temps d’un éclair, je vois comme une lueur de mépris et de colère dans son regard. Cela me laisse perplexe mais le dîner continue, copieux, et la conversation reprend cordialement. Nous apprenons que l’Eglise médiévale est remarquable et que le château est à éviter. … Et Drobne de maugréer en partant vers les cuisines, se signant trois fois à vive allure : « Pas aller château ! Malheur… Mauvaises gens… Diavol ! Diavol ! »


Drozvona en Roumanie, le 31 octobre 1928

Bien entendu notre première excursion le lendemain matin fût pour le château... Nous l’avons d’abord observé des hauteurs, repérant deux hommes armés de fusils partant vers la forêt. Ensuite, nous sommes parvenus facilement à en passer l’enceinte en ruine comme nous l’avait expliqué Jon. Nous nous sommes approchés du donjon central, en bon état, mais la porte en chêne ornée d’un repoussant visage de diable, s’ouvrit presque aussitôt. L’homme qui en surgit était vêtu comme une sorte de majordome à la mode orientale, avec des boucles d’oreilles, mais large comme un tonneau, et braquant sur nous un fusil de chasse armé à double canon. Son faciès large, encadrés de favoris et de moustaches épaisses, ses yeux porcins, sa voix même, tout en lui incarnait le parfait Cerbère… « VOUS PALTIR ! MAINTENANT ! …PALTIRR !!!» Après quelques mots inutiles qui se heurtèrent à ce mur et un coup de fusil en l’air… nous sommes sagement retournés au village.

En revenant au village, Andrew remarque que le nommé Kopesh est caché dans les buissons du château à observer. Il nous en fait part peu avant notre arrivée à l’auberge. Couvert par mes camarades, je décide de crocheter la serrure de sa chambre d’en faire une fouille rapide. J’y découvre une arme cachée sous son bureau, bien équilibrée avec une inscription en alphabet cyrillique... C’est une arme de bon tireur qui me conforte dans l’idée que Kopesh n’est sûrement pas un simple étudiant... Je trouve aussi des notes, un peu d’argent, et un billet de train au départ de Prague, rien qui ne me mette sur la piste de son but et de son identité réelles. Je décide donc de laisser cette chambre telle que je l’ai trouvée, verrouillée de nouveau, et je rejoins mes camarades.

L’avis du docteur Figgis est catégorique : « - Ce Kopesh est un bolchevique qui complote quelque chose ! ». Il y a fort à parler qu’il ait raison mais nous nous rangeons à l’avis d’Andrew : attendre d’en savoir plus, afin de peut-être nous en faire un allié. Nous déjeunons frugalement et partons visiter l’Eglise. Au premier abord, elle a l’air désertée, mais un vieux pope vêtu de noir sort d’une pièce sans mot dire, nous regardant avec un air circonspect, un cierge à la main. Il répond à nos salutations dans une langue anglaise hésitante, et la conversation s’engage. Le père Vitrescu, c’est ainsi qu’il se présente, se montre au final assez cordial, et joyeusement étonné de l’intérêt d’Andrew et de Peter pour l’histoire de la région. Il finit même par nous ouvrir les portes de ses « archives », une incroyable crypte, remplie d’étagères couvertes de centaines d’ouvrages et de parchemins poussiéreux et décrépis. La plupart sont en grec ou en latin, langues que seul Andrew et Peter peuvent essayer de comprendre et il nous faudra du temps pour en tirer peut-être quelque chose…

Le soir, après le dîner, nous partons vers le nord du village. Peter à remarqué de la fumée s’élevant d’un peu plus haut sur la route de pierres grises. Nous y allons malgré l’avis défavorable de Drobne qui nous a fait des gestes de dénégations en montrant la fumée « Tiganul !! Eux vous voler… pas bon… Tiganul toujours problèmes… » Sur la route, Peter peste contre ces préjugés, qui font en Europe le malheur de tant de pauvres gens. Nous sommes le soir d’Halloween. La sombre silhouette du château se découpe dans le ciel. La lune est presque voilée par les épais nuages.

En nous approchant, nous entendons des bruits de chocs répétés. Ils cessent lorsque nos lampes éclairent une sorte de roulotte, plus haut sur le sentier. Elle est entièrement peinte, et ses motifs d’arabesques rougeâtres brillent en oscillants au rythme des flammes d’un gros feu de camp. Nous ne voyons qu’un homme, qui ne bouge pas alors que nous avançons, un géant barbu au visage débile, nous regardant la bouche ouverte. Ses mains portent une énorme hache. A ses pieds gisent des billots de bois tranchés. « Vous parler anglais ? » « Nous Américains » commence Peter, appuyant ses mots de quelques gestes. L’homme nous regarde, toujours stupide et je commence à me dire que ce brave Drobne n’avait pas bien tord. Le visage d’une vieille femme apparait alors à la fenêtre de la carriole, disant quelque chose au géant, puis se tournant vers nous : « Venez Américains. Sarena dire avenir pour dollars. Mon fils Vech, il laisse vous passer… »

Après un échange de regards, nous nous approchons et entrons. L’intérieur de la roulotte est rempli de coussins colorés, cela sent un peu le renfermé mais c’est assez propre. Un chandelier tordu et dont le nombre de bougies n’est pas complet éclaire la pièce et la vieille commence à déposer des cartes jaunies sur la table. « Asseoir… Vous pouvez… Poser dix dollars là » Le rire que le docteur Figgis manque de laisser échapper s’arrête net lorsqu’il voit Andrew sortir l’argent. Nous entendons le bruit de la hache de Vech reprendre son ouvrage, pendant que nous nous asseyons à l’invite de la gitane. Ses mains noueuses battent les cartes puis elle renifle et en pose certaines, en écartant d’autre, et nous invite enfin chacun à piocher tour à tour. Peter semble très amusé jusqu’à ce que la vieille le lorgne un peu sévèrement, puis elle reprend l’étalage en murmurant à voix basse. Elle retourne ensuite trois cartes, une sorte de diable, une roue et une tour peut être. Quelque chose semble la faire hésiter, puis je la vois poser un chariot. Les cognements de la hache de son fils se sont arrêtés. La main de la gitane dévoile alors une carte avec l’image d’un vieil homme… En réponse, affreuse et glaçante, un hurlement atroce et inarticulé retentit dehors, juste à côté. La gitane se redresse, criant le nom de son fils avec angoisse, portant ses mains à ses cheveux comme pour se les arracher. Nous nous précipitons dehors. D’abord, nous ne voyons rien, puis en levant les yeux, découvrons une chose qui ne peut pas… une chose qui ne peut pas être possible…

Le bucheron plane à trois mètres du sol, se tordant de douleur et se pliant complètement en arrière comme s’il allait se briser le dos. L’un de ses bras pend, comme désarticulé, l’autre s’agite pitoyablement. Je crois entendre comme une sorte de gloussement caqueter en l’air, et enfin une détonation. J’ai machinalement sorti mon arme, mais Figgis a tiré le premier.

Cela ne sauve pas le malheureux Vech. Son cri distordu par un gargouillis d’agonie couvre à peine l’effroyable craquement ses vertèbres. Je tire et j’entends tirer, mais derrière les détonations de nos armes et les hurlements de la mère épouvantée, le gloussement ricanant est encore là, et une sorte de bruit d’aspiration malsain s’y ajoute. Quelque chose de rouge, comme une pelote géante, commence à se former autour de la victime, et le corps de Vech semble se dessécher littéralement. Nous voyons alors comme une griffe rouge qui le lâche, et la forme comme gorgée de sang s’élever en diagonale vers la cime des arbres. Nous tirons encore, quand le corps disloqué du gitan s’est effondré au sol mais « ça » s’est engouffré dans les ombres de la forêt. Peter et Andrew continuent d’avancer en tirant comme à l’aveuglette. « Ca »… a disparu… Les tirs ont cessé, je n’entends plus le gloussement. La seule réponse aux sanglots de la vieille Sarena est un silence glacial.

Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé ensuite avec précision, hormis d’avoir agi comme dans un état second. Tout était si irréel. Nous nous regardions les uns les autres, comme pour vérifier que nous étions bien éveillés. Les villageois sont alors arrivés en nombre et armés. Ils se signaient en regardant le corps. Le docteur Figgis raconta quelque chose au prêtre, qui alla ensuite parler à la gitane bredouillante, puis aux villageois. Certains d’entre eux rentrèrent, murmurant et jetant des coups d’œil inquiets au château. Le prêtre nous demanda ensuite de retourner à l’auberge sans tarder, avant que certains esprits ne s’échauffent.


Drozvona en Roumanie, le 1er novembre 1928

Nous passons quasiment toute la journée à l’Eglise, et notre fouille des vieux registres et parchemins nous permet de découvrir quelques informations étonnantes. J’avais en tête notamment de trouver la mention d’un accès souterrain au château.
Peter découvrit qu’en 1545, l’Eglise locale avait demandé à l’archevêché de Klausenburg une enquête sur le baron Hauptman VII, pour des charges d’emprisonnement injustifié et de tortures. L’année suivante le baron fut excommunié par l’Eglise d’Orient, mais jusqu’en 1552 des cas de morts par « vampirisme » furent recensés régulièrement, les investigations sur le responsable restant infructueuses.
Nous trouvons aussi le compte rendu original d’un bailli local, envoyé à Drosvona en 1628 par le duc de Klausenburg. Une paysanne enlevée par le baron, aurait été jetée morte par-dessus les murailles du château.
Ces comptes rendus anciens font un bien sinistre écho aux événements de la nuit dernière. Nous rentrons vers l’auberge lorsqu’Andrew remarque qu’un homme nous observe près de la fontaine du village. Je le reconnais comme un des hommes que nous avons vu partir du château la veille au matin et j’en fais part à mes amis. En écrivant ces lignes, je me demande avec le recul, si ce sbire du baron n’était pas venu simplement vérifier si nous étions encore au village, ou bien en vie, malgré l’horreur lâchée la veille dans la forêt…

En tout cas, nous devions passer non loin du type, et Andrew ne put s’empêcher d’aller le voir de plus près. L’homme était maigre et vêtu d’un bleu de travail crasseux. Il avait une sale bobine de sicaire, pas rasé, pas peigné et l’œil noyé d’un alcool que je parierai mauvais. A la vue d’Andrew s’approchant, il sortit un couteau et entrepris de se curer les ongles après avoir craché par terre. Andrew lui adressa la parole, mais le bougre ne répondit pas, crachant une seconde fois à ses pieds. Nous nous étions approchés, et Andrew insistait « Je suis sûr que vous me comprenez ! Que voulez-vous ? » L’homme regarda Andrew avec morgue et cracha de nouveau, exprès sur ses chaussures. Après une seconde de consternation, la réponse de monsieur Plumdington, antiquaire à Boston, ne se fit pas attendre. Sa canne cingla immédiatement la mâchoire de l’insolent, et avec tant de force qu’il en fut jeté le cul à terre. Une main sur ses dents pleines de sang et l’autre sur son poignard, il jeta à l’anglais un regard éloquent de fureur, mais se ravisa lorsqu’il vit que le major Figgis et moi-même avions la main sur nos armes. Il dût nous laisser son couteau avant de repartir…
De retour à l’auberge, nous évoquons l’altercation avec Drobne. Il se lamente et il nous met en garde aussitôt : le malotru « mouché » par Andrew est un homme du baron Hauptman, un nommé Jerzy. Autour d’une bouteille de Tsuika, un alcool de prunes des montagnes, nous discutons sérieusement de l’attitude que nous devons adopter… Je suis d’avis de mettre Kopesh au parfum de notre projet de visite au baron, il semble chercher quelque chose lui aussi. De son côté, Peter est sûr qu’avec un peu de temps, il découvrira quelque chose de capital dans les cryptes de l’Eglise. Le docteur Figgis pense qu’une personne a tiré sur le « vampire » de la veille, il s’agissait peut être de Kopesh… A ce qu’il a pu voir, il nous confirme que le corps de Vesh a bien été brutalement vidé de son sang, il n’a jamais vu une pareille chose. L’idée de faire part au baron que nous avons des documents à lui transmettre, un héritage des Cornwallis par exemple, émerge de nos débats. Andrew pourrait facilement faire un « faux » convainquant et qui nous servirait de porte d’entrée.

Pendant le dîner, nous invitons une nouvelle fois Kopesh à notre table. Alors que nous cherchons à le rallier à notre équipe avec de plus en plus d’insistance, mais sans lui dévoiler complètement notre jeu, il se montre d’abord décontenancé et hésitant, puis accepte de nous confier qu’il recherche un document emporté par des russes blancs, un groupe de fuyards dont la trace se perd dans la région. Il s’agit du journal d’un certain Raspoutine, un obscur conseiller du défunt Tsar Nicolas II. Il ne démord pas néanmoins de son statut d’étudiant, et nous n’insistons pas plus. Après le repas, nous ne sortons nulle part. Les nuages obscurcissent le ciel, et en me grillant cigarette sur cigarette, je me demande comment nous nous comporterons face à ce sinistre baron… Faudra t-il que je l’abattre sans autre forme de procès, moi, l’ancien soldat, l’ancien policier ? En sommes nous vraiment arrivés là ?
Drozvona en Roumanie, le 2 novembre 1928

Le matin nous nous rendons directement à la crypte de l’Eglise. Le village est comme désert, couvert d’une chape de plomb, et les habitants ne semblent sortir de chez eux que pour le strict nécessaire.

Comme l’avait pressenti Peter, nos recherches portent leurs fruits, et nous découvrons qu’en 1886, un compte hongrois du nom de Spangley aurait disparu aux alentours de Drosvona. Le baron était alors absent. Par la suite, en 1896, neuf morts par « vampirisme » sont recensés dans la région par le pope de Drosvona.
Un autre document plus impressionnant encore aboutit entre nos mains. C’est un journal parcheminé qui aurait été tenu par Ian Savetchik, le pope de Drosvona en 1632. Il est bouclé par un sceau orné d’un étrange symbole en étoile, que nous prenons soin de copier avant de briser. Il s’agit d’un pentagramme occulte avec un œil stylisé au centre, assurément pas un symbole chrétien… D’après ce qu’Andrew parvient à traduire du grec médiéval, le prêtre raconte comment après les horreurs commises par le baron, il se rendit « au château avec les villageois pour en chasser le Vampire ». Dans les caves, ils rencontrèrent « un démon qui ne pouvait exister ». Le repoussant « avec des torches et des mousquets », ils l’enfermèrent « à jamais dans un puits grâce à des rituels païens ».

En quelques heures, c’est tout ce que nous pouvons en tirer, car au milieu de l’après midi nous devons retourner à l’auberge nous préparer. A midi, alors que nous déjeunions, Lazlo et Yurek, deux sbires du baron sont venus nous dire que le châtelain consentait à nous inviter à dîner. Nous avons répondu que nous viendrions, et que Jon Kopesh serait avec nous. Pendant toute la fin du repas, Drobne nous servit en regardant le sol, refusant visiblement de nous parler… Et lorsque Peter entreprît de le taquiner à ce sujet, nous n’eûmes du roumain qu’une réponse laconique : « Vous, hommes morts déjà… C’est stupide vous parler… »

***

La porte du château s’ouvre en grinçant, son monstrueux visage sculpté se fendant d’une lumière orangée. La mine neutre, l’imposant Lazlo nous fait entrer, un fusil de chasse en bandoulière et un manche de pistolet en corne dépassant de sa large ceinture. Nous sommes aussi armés, j’ai même récupéré de Peter un second Colt Police, en 38, et c’est confiant en nous que nous entrons tous les cinq. Lazlo nous mène à une pièce bien éclairée, dans laquelle nous entrons à sa suite « Le baron venir bientôt, vous attendre dans salon… »

Il y a une table longue sur laquelle est posé un plateau garni de verres de vin et une bouteille, une grande bibliothèque couverte de reliures en cuir, des fauteuils en bois et vieux cuir satiné, des chandeliers d’argent, un grand vaisselier, un bar de style ancien ... Andrew notre antiquaire regarde la bibliothèque avec attention « Oh my goodness ! Peter, regardez, cette bible date du XVIIème siècle, et cette édition de l’Enfer de Dante est rarissime… » Lazlo s’installe avec nonchalance sur une chaise, dos au mur, dans un coin de la pièce, nous montrant le plateau garni de verres « Bon vin Tokay, pour vous de la part du baron. Baron venir très bientôt… »
Alors que j’hésite moi-même à goûter le vin hongrois, je vois notre bon docteur qui hume le verre, grimace, et l’écarte de ses lèvres. Kopesh le remarque et comprend apparemment. Je fais aussi un signe discret à Peter. Quand à monsieur Plumdington, absorbé dans l’étude de la bibliothèque, il ne s’est pas approché des verres. Reste à faire une petite diversion, en visitant la cuisine voisine, ce qui oblige Lazlo à venir me dire de revenir, et chacun s’est débarrassé du contenu de son verre, mettant Andrew est au parfum. Bien entendu nous ne touchons pas non plus aux autres victuailles qui arrivent, des petits pâtés et des toasts au fromage apportés par Yurek. Le major a la bonne idée de le congédier en s’impatientant : « Nous ne sommes pas venus découvrir la cuisine locale ! Nous avons une affaire à traiter avec le baron. Et que fait-il ? Cette attente n’est pas tolérable! » Lazlo, toujours impassible lui répond que le baron ne va pas tarder. Et quelques minutes plus tard, des pas descendent l’escalier et la porte s’écarte sur notre hôte.

Le baron a une cinquantaine d’années. Ses yeux sont bleu gris perçant et ses cheveux encore blonds. Son sourire constant a quelque chose d’inadéquat et d’indéfinissable, mais il est cordial. Les présentations faîtes, il nous invite à nous assoir et Yurek revient avec un plateau de venaison rôtie. Peter expose rapidement le prétexte de notre venue : « Cher Baron, nous avons avec nous les documents qui font de vous l’héritier d’une nommée Sarah Cornwallis de Boston. La connaissez-vous ? Non ? Ah… Hé bien, il y a une modique somme d’argent venue de la propriété qui a du être vendue, et quelques biens mobiliers dont des lunettes anciennes. Bien entendu notre déplacement sera facturé sur la succession possible lorsque vous aurez signé les documents et accepté d’être le légataire de cet héritage.»

Mais le baron ne montre aucun étonnement, ni d’intérêt particulier pour ce faux héritage. Détaché, il demande le document, et après y avoir jeté un coup d’œil, il le range dans sa veste. « Nous verrons cela après le souper… » Et s’adressant à Andrew « Vous êtes antiquaire vous disiez, cher monsieur Plumdington ? Avez-vous vu mon édition de l’Enfer de Dante ? Elle a appartenu à Nicolas Macchiaveli, lui même! » Et Andrew lui répond « Le grand Nicolas Machiavel ? Oh mais c’est incroyable ! Je pensais, et nous sommes nombreux à penser dans les cercles érudits de la Nouvelle Angleterre que cette édition avait disparu… Et je découvre que vous en avez une qui a appartenu à ce génie de la Renaissance ! J’en suis bouche bée». Et pendant ce temps là, je regarde Yurek préparer la venaison, il découpe un morceau pour le baron, puis nous prépare nos parts dans une autre partie de la pièce de viande. Son manège n’a pas non plus échappé au major, et de nouveau, aucun d’entre nous ne mange. Yurek a remporté le plat aux cuisines, et Lazlo est toujours assis sur sa chaise. Après quelques minutes le baron se lève, s’adressant à nous avec un air un peu contrit. « Je vois que vous ne mangez pas beaucoup, vous avez sans doute hâte de finir de signer ces papiers. Je monte dans mon bureau et je reviens. Allez Lazlo, menez les au petit salon et proposez leur quelques cigares ! Je reviens dans un instant. »

Lazlo nous mène dans la pièce voisine, sortant ensuite une boîte d’un meuble bar en acajou. Je devine que ces cigares ne sont pas empoisonnés en le voyant en fourrer deux dans sa poche. Mais je préfère quand même mes cigarettes Morley, et je m’en allume une. Peter s’installe sur un des confortables fauteuils, près d’une table basse sur laquelle repose un cendrier en basalte. Lazlo va s’installer sur un tabouret dans le coin sud-est. Andrew regarde les livres des étagères au dessus de la cheminée, en murmurant «Humm… César et Pline, Thucydide, Nicéphore Grégoras, belle collection de livres d’histoire, tous en latin ou en grec...». Le docteur Figgis semble sur ses gardes. Peut-être pense-t il comme moi que la confrontation avec le baron et les choses moins agréables vont commencer. Je me rapproche de lui…

***

J’ai juste le temps de voir Jon se pencher en s’appuyant sur un fauteuil et sortir son arme en la braquant vers la porte. « METTEZ VOUS A COUVERT! ILS VONT TIRER !!! » Deux ombres surgissent instantanément par chacune des portes. Et dès qu’elles entrent dans la pièce, nous reconnaissons Yurek et Jerzy. Ils braquent sur nous des fusils de chasse et, tout en avançant, ils tirent…

Alors qu’il se penchait pour mettre les cendres de son cigare dans le cendrier, Peter voit exploser au dessus de sa tête la moitié haute de son fauteuil, emportée par une décharge de chevrotine. La détonation est assourdissante. L’étagère de livres anciens et les moulures du haut de la cheminée sont pulvérisées sous les yeux d’Andrew. Une autre détonation plus forte encore et c’est le fauteuil près du Major qui éclate, criblé de mitraille et propulsé contre le mur. Par miracle, ou grâce au cri de Jon Kopesh, Anton Figgis n’est pas touché. Plaqué contre le mur, il dégaine son Webley en un tour de main. Le coup de tonnerre du calibre 45 et le feu de l’arme russe de Kopesh résonnent presque en même temps. En me jetant à terre, je vois Yurek tressauter grotesquement. Son épaule et son buste se teintent d’écarlate, un de ses bras prend un angle bizarre. Les yeux exorbités, la bouche en sang, il recule en essayant de relever son fusil de l’autre bras et envoie une décharge de chevrotine « hacher » une vitrine de verres dans un vacarme effroyable.

Peter dégaine son arme en même temps que moi. A terre, derrière son fauteuil, il hurle aussi « ANDREW ! BAISSEZ-VOUS ! » Sur la droite, Jerzy braque son fusil vers nous et une décharge de chevrotine détruit la table basse. L’air se remplit d’odeur de poudre, d’éclats de bois, de poussière en suspension. J’entends Andrew crier. Lazlo a bondit de son tabouret, le renversant à terre. Courbé, il fait glisser son fusil à l’épaule, tirant presque instantanément. Jon est projeté en arrière lâchant son arme, s’écroulant sur la table ruinée, sans même un cri. Lazlo se met à couvert derrière le coin de l’horloge, mais j’ai son coude dans ma ligne de mire, et je tire. Je vois son os éclater sous l’impact. Il hurle de douleur et en lâche son fusil. Jerzy ressort pour recharger à l’abri derrière le mur, échappant de justesse à un impact du Webley traversant la porte. Quand à Yurek, il n’est plus assez rapide. Malgré la distance, Peter lui a logé une balle en pleine tête. Une trace rouge et blanche dégouline le long de la porte au dessus de son corps inerte.

Je tire de nouveau sur Lazlo mais ne touche que l’horloge. Anton secoue son arme en jurant, une cartouche mal éjectée en bloque le barillet. J’entends encore Andrew crier « Mon Mauser ! Il s’est enrayé !! » Une balle de Peter emporte un coin de l’horloge, mais finit dans le bas-ventre de Lazlo. Grimaçant avec un cri rauque, il glisse le long du mur vers le sol, en tentant de tirer un pistolet de sa ceinture. Mais le Major s’élance vers lui. Je tourne aussitôt mon arme vers la porte pour le couvrir sur sa droite. Jerzy ne reparaît pas, mais Peter et Andrew, qui a tiré sa canne épée, se précipitent vers lui hors de la pièce. Je me relève et m’engouffre à leur suite. Un coup d’œil a suffi pour me rassurer quant au sort de Lazlo… Il est à terre. Son revolver lui a échappé. Sa seule main valide tente vainement de pousser la botte du major en train de lui écraser le larynx de tout son poids. Le visage violacé, les yeux injectés de sang, la brute ne peut plus rien faire hormis gargouiller, pendant que ses pieds agités de spasmes patinent dans le sang.

Lorsque je passe la porte, je vois la canne épée d’Andrew fouetter le vide. Peter ne cesse d’appuyer sur la gâchette de son arme, incrédule, aucun coup n’est parti ! Une cartouche de chevrotine pleine roule aux pieds de Jerzy, qui en reculant, vient de refermer son fusil a double canon. J’ai juste le temps de bondir. Attrapant son arme, je la repousse contre le gitan, l’appuyant sur sa poitrine pour le plaquer contre le mur. Furieusement, il résiste, mais doit se rendre quand la canne-épée d’Andrew se presse contre sa gorge. Pendant qu’Andrew et moi l’attachons avec la corde d’un rideau, Peter va assister Anton auprès de Jon.

Le jeune tchèque est vivant, mais en piteux état. Le côté gauche de son thorax n’est plus qu’une plaie criblée par la chevrotine. Mais il respire encore. Pendant que je monte la garde, Andrew, Peter et Anton tentent l’impossible pour stabiliser son état avec les moyens du bord. Heureusement, il reste inconscient, et après plus d’une heure, nous avons le verdict du docteur : « J’ai pu enlever les plombs. Je pense qu’il peut survivre, mais on ne pourra le transporter avant plusieurs heures, sinon ses plaies vont se rouvrir. » « Et … Infirmier Vandevelde, c’est du beau boulot ! Vous avez eu tous les bons gestes ! » ajoute-t il en souriant à Peter.
Je regarde maintenant Jerzy, et lui enlève son bâillon. « Où est le baron ? On a deux mots lui dire…» Après quelques minutes, il est clair que Jerzy ne sait pas grand chose, et nous décidons de le laisser mijoter dans ses liens, pour aller explorer le reste du château. Avant de partir, je lui décoche quand même un bon uppercut qui l’étale K.O. « Autant qu’il reste le plus tranquille possible. Pas envie de le voir se détacher et qu’il s’en prenne à Kopesh.»

***

Nous empruntons un escalier classique qui mène à l’étage. Aucune lumière n’est allumée et nous devons utiliser nos propres lampes. De la première pièce dont nous nous approchons, s’échappe une odeur ignoble… Poussant la porte, armes en main, nous découvrons une chambre, décorée de tapisseries et de rapières en croix sur le mur. Un lit à baldaquin en est le seul mobilier, avec une table de nuit, un lit à baldaquin où une forme repose... Ecartant prudemment les pans de tissus, armes braquées dessus, nous reculons alors avec une moue d’horreur. Le cadavre d’une femme est en train de se décomposer, rongé par les asticots. Encore attachée, elle a été écorchée, brûlée et mutilée en d’innombrables endroits. Andrew blêmit et sort de la pièce, murmurant quelque chose que je ne comprends pas. Sous le lit, Anton découvre une caisse remplie d’instruments souillés de sang et de tissus humains, et une sorte de livre d’image décrivant toutes sortes de tortures. Nous laissons là cette scène d’épouvante. Il va falloir mettre la main sur ce baron au plus vite…

Nous ouvrons la porte suivante sur une grande pièce silencieuse. La lune y répand une lumière blafarde par de grandes fenêtres à croisillons. De longs rayonnages couvrent tout un pan du mur, couverts de livres de cuirs qui semblent identiques. Et sur un bureau en chêne, un grand volume est ouvert. Peter s’en approche pour le consulter, pendant qu’Andrew semble étonné par la bibliothèque. Je reste près de la porte, guettant tout bruit à l’extérieur.

Peter est absorbé par le grand livre, laissant échapper quelques commentaires à voix basse : « De Fraternitate Bestiae… c’est du latin… La confrérie de la Bête… il y a des arbres généalogiques… Bon sang, ces familles remontent à des siècles… Tiens... que fait la cette carte ?» Andrew de son côté, a posé sa lampe et prit un des livres de cuir: « On dirait qu’un des livres a été emporté… Il y a des dates sur la tranche, le dernier c’est 1922-1927. Ces ouvrages sont écrits en latin, à la main… C’est étrange, la calligraphie est typiquement du gothique textura, mais ce papier est récent…»

Anton a posé son arme, et ouvre les tiroirs du bureau. Il me regarde, soulevant un trousseau de grandes clés. « Ca nous aidera sans doute à fouiller le château ! Tiens qu’est ce que… » Je décide de me rapprocher du major qui soulève dans ses mains une sorte de petit coffret.

Andrew a ouvert plusieurs des livres de cuirs, les posant sur le bureau derrière lui après en avoir tourné rapidement quelques pages. Ses gestes se pressent de plus en plus. Montant sur une chaise, il s’empare frénétiquement de celui qui pourrait être le premier de la série d’ouvrages. Mais seule la couverture lui reste dans les mains, un nuage de poussière et de bris de papier s’en échappant vers le sol comme une lourde volute. L’antiquaire a les yeux écarquillés, levant lentement la couverture de cuir vide devant nos yeux, en bredouillant : « C’est… c’est impossible… Ces livres, il y en a des centaines. Toutes les pages sont couvertes de la même écriture gothique ! Hauptman les a tous écrits … c’est un journal ! Mais… regardez les années sur celui là !! DE 1232 à 1239 !!» Sur la tranche de la couverture vide, les lettres romaines sont en effet sans appel : MCCXXXII et MCCXXXIX…

Anton dénie de la tête, concentré sur le petit coffret qu’il manipule, il répond distraitement : « Andrew, vous savez bien que ce type est complètement dément ! On a tous vu sa chambre. Il entretient dans sa propre tête le mythe du vampire, voilà tout… » Je regarde l’objet qu’il manipule, une sorte de boîte en marqueterie, couverte de languettes s’emboîtant les unes dans les autres. Mais il y a du jeu, et le docteur fait glisser les fines parois comme pour déclencher une combinaison. Ce serait le système d’ouverture de cette boîte ? « Non ! » continue Andrew « Je suis catégorique ! Le papier et les reliures datent d’époques différentes. Enfin… vous avez bien vu que les plus anciens journaux tombent en poussière ! »

Je vois Anton lever un sourcil et esquisser un sourire flegmatique lorsque la boîte libère un petit déclic. Posant le coffret sur le bureau, le major l’ouvre délicatement. Nous nous approchons tous et découvrons une sorte de parchemin à l’aspect fragile. Je ne reconnais pas la langue des quelques lignes de caractères cursifs de type oriental que je vois, et je m’écarte pour que Peter puisse regarder. « C’est de l’arabe. Vous ne m’avez pas dit que vous avez étudié cette langue docteur ? » « En effet maître Vandevelde, et vous avez deviné juste, c’est bien de l’arabe. Mais les tournures sont anciennes, antiques même je dirais. Je crains que cela me prenne un certain temps à traduire… »

Mon regard est attiré par la cheminée. A en juger par un tas de cendres noires sur les braises froides, des papiers y ont été brûlés récemment. J’essaie d’en tirer quelque chose, en vain. Tout a été calciné. Tentant le tout pour le tout, je prends délicatement un reste de papier noirci, le pose au sol et l’enflamme avec mon briquet. Des caractères apparaissent fugacement avant de se consumer : « CAIRE EGYP... » Il s’agissait sans doute d’une adresse. On dirait que le baron a reçu un courrier du Caire qu’il ne voulait pas qu’on découvre. Je m’avance ensuite vers le bureau, et saisit la corbeille de papier. Il reste au fond un papier froissé que je déplie. C’est une réservation d’une place au nom de Hauptman, sur un navire à destination des Etats-Unis. Datant du 21 septembre, elle n’a rien à voir avec notre arrivée. Le départ est prévu pour le 9 novembre prochain.

Depuis que nous sommes montés, trois quart d’heures ont presque passé. La fouille du reste de l’étage ne nous a rien appris ; il n’y a que des chambres vides, ou remplies de malles de vêtements. Une idée me vient en tête : le baron a bien du avoir de la lumière pour y voir quelque chose, et sauf dans son cabinet de travail, nous ne nous sommes éclairés qu’avec nos propres lampes. Posant mes mains sur les lampes à huile fixées aux murs, je distingue celles qui ont été allumées récemment grâce à leur chaleur. Avec étonnement, nous découvrons qu’une lampe a été utilisée dans une pièce complètement vide. Enfin presque vide... Anton trouve une moulure amovible dans la cheminée et l’enclenche. Avec un raclement sourd, une paroi du mur s’écarte, dévoilant un étroit escalier de pierres grises.

***

Nous vérifions nos armes, et nous engageons dans le colimaçon. Après une trentaine de marches, nous arrivons sur un étroit palier. Un autre accès secret s’y trouve, ouvrant sur le rez-de-chaussée. Nous continuons notre descente, éclairés par la lumière vacillante de nos lampes et aboutissons dans un tunnel voûté et humide. Nous sommes dans les caves du château, une salle s’ouvre en face de nous, une autre sur notre droite, et le couloir file vers la gauche. Nous optons pour la droite, et nos lampes dévoilent peu à peu les margelles d’un puits, entouré de pierre brisées. Je ne peux m’empêcher de repenser au récit du pope Savetchik et à son « démon enfermé sous le château »...

Autour du puits, de gros bris de pierre sont épars. Nous y reconnaissons les restes du signe étrange qui scellait le recueil de Savetchik. Une odeur flotte, âcre et méphitique. D’après le prêtre, un démon était enfermé ici. Etait-ce la chose innommable qui a attaqué les gitans ? Peter s’est accroupi, touchant du doigt des inscriptions antiques gravées tout autour de la margelle. Nous l’écoutons parler à voix basse : « c’est du latin, mais le phrasé est très bizarre, très archaïque, comme si... Tiens, cela me rappelle ... ». Nous attendons la suite de sa phrase, mais il ne la continue pas. Concentré, il contourne le puits pour en lire les inscriptions.
Après quelques minutes, Andrew rompt le silence : « Peter. Nous devons repartir... ». Mais un instant, j’ai du mal à reconnaître le visage de l’avocat qui s’esclaffait il y a quelques semaines aux Délices de Xanadu. Un éclat glacé dans le regard, il a l’air en colère d’avoir été dérangé, puis semble aussitôt s’en excuser « Oh... Andrew, pardon. Je ... j’ai compris une partie de ce texte... C’est une incantation, une sorte de sortilège, ou de prière. J’en ai déjà appris une dans le sacramentaire de Jedediah Nichols. » Je n’ose le dire, mais je ne me souviens que trop bien de cet ouvrage. Je l’ai lu aussi et j’y ai aussi trouvé ces mots s’enchaînant répétitivement, une litanie pour appeler quelque chose d’impie, quelque chose d’extérieur à notre logique, quelque chose d’horrible. Ces mots ensorcelés s’étaient gravés dans mon esprit, presque malgré moi. Le schéma de leur enchaînement était si étonnant...

Peter continue, nous montrant les caractères à plusieurs endroits : « Ces inscriptions, elles sont très claires, comme préservées par le temps. Et elle peut être récitée dans deux sens différents en changeant ne que quelques mots. Elle peut invoquer et elle peut renvoyer... » Je ne peux m’empêcher d’ajouter : « Et s’il s’agissait du rituel païen dont parlait le pope Savetchik, celui qui a chassé le vampire ? ». Peter hoche la tête : « C’est probable, mais je vais avoir besoin de temps pour l’apprendre... ». Andrew et Anton nous observent, le premier soulevant sa lampe, pâle comme un linge, le second, aux vêtements déchirés et tâchés par le sang de Kopesh. Ils sont encore bien solides, drapés dans leur foutue dignité britannique, mais qui peut dire ce qui nous attend encore ? Je me retourne vers Peter en hochant la tête : « Apprend le ! »

En attendant Peter, nous explorons les alentours proches. Lorsque nos lampes chassent les ombres de la salle qui était à gauche, nous y découvrons des braseros, des chaînes et des fers pendant du plafond, de grandes pinces, et au fond une rangée de cellules vides. En silence, nous observons ce qui semble être une véritable salle de torture médiévale, et des traces de sang séchées sur les murs nous font frémir à l’idée de ce que le baron a pu faire ici.
Peter ayant terminé, nous avançons sur la gauche dans un long corridor humide. Il aboutit à un escalier menant à une trappe close, mais une des clés trouvées dans le bureau permet de l’ouvrir. Nous entrons dans une grande salle ronde, éclairée par la lumière de la lune. En son centre trône ce qui semble être un grand télescope. Au dessus, une partie du toit est ouverte, laissant entrer la froidure de l’hiver. Peter aperçoit une grande écritoire et s’en approche aussitôt. Anton et moi nous assurons que le reste de la pièce est vide. Andrew s’est approché du télescope, et a approché ses yeux de l’oculaire. Quelques secondes après, une inspiration de brutale terreur résonne dans l’observatoire: « HHHHHHHHHHH !! »

Nous nous sommes retournés, mais ne voyons qu’Andrew, reculant en arrière les mains tendues, jusqu’à chuter sur le dos. Le teint cireux, les yeux fixes, il reprend ses esprits alors que nous l’entourons et attrape mon bras en me regardant : « Liam ! J’ai vu... J’ai vu ce que vous avez vu chez les Corwallis ! Comme dans les lunettes, ce paysage si différent, et cette espèce d’araignée... Elle avançait vers moi... Ou... elle s’éloignait. Je ne sais pas... Je ne sais vraiment pas...». Heureusement, il n’est pas blessé, mais alors que nous l’aidons à se relever, nous entendons tous quelque chose. De l’extérieur des cris lointains nous parviennent, puis les détonations de coups de fusils. Anton ressort instinctivement son arme. « Il se passe quelque chose au village. Il faut y aller tout de suite ! » Bon sang, nous n’avons toujours pas mis la main sur ce damné baron. Je me tourne vers le major. « C’est une diversion ! Pourquoi irait-il s’en prendre au village ? » A sa réponse, toutefois je suis obligé d’acquiescer « Les gens du village, Liam, ils doivent avoir besoin de notre aide ! »

***

Alors que nous courrons sur le sentier, nous entendons d’autres cris. Dans le village, une maison a pris feu mais personne ne semble s’en occuper. Sur la place, des personnes reculent vers l’Eglise. Eclairé par la lumière d’une fenêtre, un homme blotti contre un mur, gémit en frappant les murs. Le pope se tient devant la porte ouverte de l’Eglise, une croix tenue des deux mains. Deux hommes sont à ses côtés, l’un brandit une icône aux reflets d’argents, l’autre un fusil en joue vers la rue. Ils laissent passer deux femmes dans l’église, mais une troisième est tombée. Il n’y a rien autour d’elle que de l’ombre, rien ne bouge, mais pourtant, elle se met à hurler. Ne comprenant pas, nous nous sommes arrêtés. Et là, nous voyons... Dans l’ombre, quelque chose a bougé, une sorte de long bras filandreux effleure de nouveau la femme puis part vers le côté, d’un mouvement lent et erratique. La voix enrouée par l’inquiétude, Peter nous intime de rester près de lui. « N’avancez pas... Attendez ! Bon sang... qu’est ce que...»

Le bras filandreux est brusquement revenu sur la femme l’enveloppant, alors qu’elle tressaute en poussant un hurlement « haché ». Peter continue « C’est cette Chose Qui Ne Devrait Pas Etre... La Chose dans le puits... Restez près de moi ! Et répétez quand je vous le dirais. J’ai appris tous les Mots. Je dois pouvoir... Il le faut... » La femme cesse de hurler. Deux autres filandres émergent de l’ombre, palpant le sol près d’elle. Et nous LA voyons alors. Se détachant de la nuit, une masse énorme et noire se répand sur la place dans un silence inhumain et mortel.

Peter entonne une étrange litanie en latin « VOLO EFFICACIENTIAM VIMQUE IN USU POSITOT MAGICAE DISCIPLINAE HABERE. Répétez après moi : PRAE TET TREMONTI NII’AUG THA ! ». Et nous répétons après lui : « PRAE TET TREMONTI NII’AUG THA !» Les filandres évoluent dans la direction du jeune homme prostré. Alors que les tentacules semblent jouer avec lui, ses pleurs laissent la place à des hurlements. Puis c’est la masse entière qui l’engloutit. Mais alors qu’il a disparu dans l’obscurité, ses cris torturés continuent encore de résonner, comme un écho assourdi.

Mi solide, mi liquide, la Chose obscure continue son évolution aberrante, totalement indifférente à nos incantations et aux prières du pope. Je continue de répéter après Peter « DA MIHI OPERAM AMABO. MERGITE NII’AUG THA SPIRITUS OBSCURANTES !! » Nos mots semblent peu à peu plus pesants, et même si je continue machinalement à les répéter, leur sens commence à prendre forme en mon esprit. Mais l’entité ne disparait pas, évoluant vers l’église. L’homme au fusil s’est avancé, a tiré, puis a reculé, a tiré de nouveau. Deux tentacules pâteux se sont déroulés vers lui en glissant en zigzags comme des serpents, l’enroulant comme pour jouer. Nous détournons le regard alors que l’homme se disloque. Même quand son acolyte est tombé a genoux, le père Vitrescu n’a pas bougé, récitant courageusement ses prières, une croix tendue en avant. Puis lentement, l’abomination abat sans bruit ses filaments sur eux, leur arrachant des hurlements de douleur en les striant de noires blessures. Les filandres d’ombre entrent alors dans l’Eglise et un concert de cris de panique résonne dans toute la place.

Notre incantation s’est accélérée et une sorte de rythme étrange articule nos syllabes. Les mots semblent presque brûlants. Nyoghta, la Chose Qui Ne Devrait Pas Etre, s’arrête alors, délaissant l’église, puis évolue comme en se tordant pour se tourner vers nous. Précédée par les tentacules gélatineux, la vague énorme et noire commence une reptation molle dans notre direction. « MERGITE NII’AUG THA RES OBSCURANTES ! » Une odeur fauve et âcre nous engloutit. « MERGITE NII’AUG THA RES OBSCURANTES ! DIMISSUS ES ! » Nous reculons vivement alors qu’un filament visqueux s’abat à nos pieds, secoué de tremblements immondes. « MERGITE NII’AUG THA RES OBSCURANTES ! DIMISSUS ES ! » Entre nous et l’abomination, une distance, comme un voile, commence à se créer. Un autre tentacule s’étire mais nous nous écartons et il s’étale entre nous, mi ombre mi liquide. « MERGITE NII’AUG THA RES OBSCURANTES ! DIMISSUS ES ! » Et Nyogtha s’estompe. L’horreur se dissipe enfin.

***

Le cœur battant, je perçois à nouveau les pleurs et les lamentations dans l’Eglise. Anton soutient Peter qui s’est évanoui. Andrew erre en murmurant « Oh Mommy... Laisse la lumière dans le couloir. Laisse la lumière...» Je ne me souviens pas du temps qu’il a fallu pour que nous reprenions tous notre force et nos esprits. Andrew a l’air particulièrement bouleversé. Quelques villageois sont peu à peu sortis de l’Eglise et des maisons alentours. Certains aident les autres, d’autres déambulent en pleurant, un dernier se met à hurler brutalement jusqu’à ce que d’autres le molestent. Anton s’enquiert des blessés, mais revient peu de temps après la mine défaite. « Je ne pourrais rien faire pour eux. Les blessures... Je n’ai jamais rien vu de tel... C’est comme s’ils avaient été percés par des milliers d’aiguilles... » . Peter me retend ma flasque de brandy, et j’en reprends une gorgée, avant de répondre à Anton : « Il faut retourner au château et mettre la main sur ce fumier de baron. »

Au château, nos recherches sont malheureusement vaines, et il faut bien se rendre à l’évidence, le baron nous a échappé. Dehors, près de la vieille écurie, nous trouvons un cadavre habillé à la manière des hommes de main de Hauptman. Son corps a été lardé de coups de poignard, et à côté de lui, d’étranges motifs sont tracés dans la terre. Il y a aussi des marques de pas, mais elles ne s’éloignent pas du corps. Entrant dans la salle à manger, nous nous attendons au pire pour Jon, mais il est encore inconscient et en vie. Jerzy, par contre, a passé l’arme à gauche. Le docteur Figgis l’examine un moment puis se tourne vers moi. « Mon cher Liam, vous l’avez cogné un peu fort! Il nous a fait une hémorragie interne... » Je ne sais que lui répondre. J’ai tué des boches sûrement moins coupables que ce foutu Jerzy...

Nous redescendons ensuite dans les souterrains. Derrière une porte grinçante ouverte par une des clés trouvées par Anton, nous découvrons une crypte contenant une quinzaine de cercueils. Tous portent l’inscription « Baron Hauptman » et des dates. Le dernier date de l’an dernier, mais lorsque nous l’ouvrons, nous découvrons un homme les yeux ouverts, parfaitement conservé. Toutes proches, nous découvrons deux autres pièces, une sorte de laboratoire et un atelier de lentilles. Mais il n’y a pas âme qui vive. Epuisés, nous remontons vers la salle à manger pour dormir un peu, en veillant, Anton et moi, à tour de rôle.


Drozvona en Roumanie, le 3 novembre 1928

Nous ramenons Jon Kopesh pour l’installer à l’auberge. Il est toujours inconscient. Nous l’avons fouillé, pris son arme et ses papiers. Drobne est silencieux, osant à peine nous regarder. Andrew va lui parler seul et revient décomposé. « Il a perdu son fils unique la nuit dernière. Et, nous avons un nouveau problème avec les villageois. Ils commencent à nous associer aux malheurs du village. Selon certains, Drobne compris, si nous n’avions pas été au château, rien ne serait arrivé. J’ai essayé de le raisonner, mais il a trop de peine... Je lui ai aussi demandé s’il y aurait de l’explosif dans le village. Vous en aviez parlé ce matin Liam, mais il ne m’a même pas répondu.» Nous décidons de retourner au château et d’y relever un maximum d’indices avant d’être obligés de partir, mais à ce moment Jon émerge de sa léthargie.
D’abord peu reconnaissant d’avoir pris soin de lui, Kopesh réclame ses papiers et son arme. Nous lui assurons que nous lui rendrons, en le remerciant pour sa réaction avant la fusillade, réaction qui nous a probablement sauvés. Méfiant et encore souffrant, il nous explique qu’il avait entendu le déclic d’un armement d’un fusil, et la conversation s’engage. Nous avons besoin d’explosifs, nous voudrions sceller le puits. Quelque chose nous dit qu’il pourrait savoir comment en fabriquer. De son côté il recherche le journal de Raspoutine, qui aurait été amené dans le secteur par des fuyards de l’armée russe blanche. Nous lui assurons que nous ferons notre possible.
Arrivés au château, nous terminons notre fouille de l’observatoire. Sans dire un mot, Peter prend sur l’écritoire le gros in-folio qu’il avait découvert la veille, et le glisse dans une valise que nous avons amené. Nous prenons aussi plusieurs volumes de son journal dans son cabinet de travail, et le livre avec les généalogies et la carte. Peter et Andrew prennent un peu de temps pour l’étudier et il s’avère qu’elle localise précisément la tombe d’un prêtre égyptien du nom de Nophru-Ka. Andrew n’en reviens pas, il se souvient justement d’avoir discuté de cette tombe avec un passager du Mauritania. Une expédition serait conduite en ce moment même par le professeur Galloway de l’université de la Miskatonic, à l’ouest du Caire, un endroit qui ne correspond pas du tout à la carte que nous avons découverte.

Andrew reconnaît également une marque sur la boîte chinoise. Elle est identique à celle qui contenait les lunettes que nous avons trouvées chez les Cornwallis. Nous emportons également une lentille de précision de l’atelier d’optique situé dans les souterrains, les armes des hommes du baron, et deux flacons contenant sans doute un puissant soporifique, qui étaient cachés dans la cuisine.

***

Dans l’atelier, il y a une sorte de passage caché derrière les établis. Nous le dégageons, mais au moment de nous y engager, Andrew refuse tout net d’avancer. Depuis que nous sommes revenus dans les souterrains du château d’Hauptman, il a semblé de plus en plus mal à l’aise et effrayé, insistant pour tenir la lampe, puis pour qu’on en allume une seconde. Là, en regardant le tunnel obscur, il est presque en train de paniquer « Non, je... je n’irais pas. Je suis essoufflé... et c’est... ». Peter insiste un peu, il y a de l’air dans le couloir qui mène assurément vers l’extérieur. Andrew ne semble même plus l’écouter, regardant tour à tour le sombre boyau et le couloir par lequel nous sommes arrivés dans l’atelier, avec un air de plus en plus affolé. « Il faut plus de lumière ici. Vous ne voyez pas... Ce noir avance. Il me blesse... il me blesse... » Chuchotant ces derniers mots, Andrew s’agenouille et tire nerveusement sur les volets de sa lampe comme pour en augmenter l’éclairage. Je me retourne vers Anton et Peter « Allez-y, je vais rester avec lui ».

Anton et Peter ont disparu dans le boyau depuis quelques minutes. Nous avons allumé une seconde lampe dans l’atelier mais notre courageux antiquaire est toujours bouleversé. Il ne cesse de taper doucement sur les lampes et de jeter des coups d’œil inquiets. Je tente bien de le rassurer, mais il ne se calme pas. Avec tristesse, je reconnais dans son regard, le terrible prix de notre bataille de la veille. L’âme d’Andrew saigne, et son esprit vacille... Lorsqu’une des lampes se met à faiblir, le traumatisme s’avive plus encore. De manière désordonnée, il commence à ramasser et assembler différents morceaux de bois dans l’atelier, parlant sans me regarder. « Du feu... Avec du feu cela ira mieux... Pas cette ombre qui me griffe... Du bon feu bien chaud... c’est mieux... Oui c’est mieux... » Il n’est pas possible d’allumer un brasier ici. Nous étoufferions. Et nous n’avons pas de quoi le faire démarrer de toute façon. Mais je gagne un peu de temps et notre ami bouleversé occupe ainsi son esprit.
La lampe vacillante finit par attirer de nouveau son attention, et son regard se porte sur l’extérieur de la pièce avec de plus en plus de terreur. « Elle avance, elle va nous faire du mal... ». Je sens qu’il n’est pas loin de craquer complètement, nous devons remonter à la lumière du jour « Non Andrew, elle ne va rien nous faire. On va remonter au soleil, avec les lampes. C’est toi qui va m’éclairer, avec celle qui brille le plus. » L’idée le remet d’aplomb, et il retrouve son courage. Nous ressortons des souterrains, et retrouvons un rez-de-chaussée, infesté de mouches, mais bien éclairé. Nous n’avons pas pris le temps d’enterrer les cadavres des sbires de Hauptman. A mon avis, ils sont toujours moins pourris morts que vivants. Andrew sort, souriant, n’ayant d’yeux que pour les rayons de soleil. J’hésitais sur la direction à prendre quand nous quitterons Drozvona. Poursuivre le baron ? Partir en Egypte ? Mais c’est sans doute à Vienne qu’il va nous falloir nous rendre pour soigner notre ami. Il va falloir le faire interner au plus vite dans un endroit convenable.

***

Lorsque Maître Peter Vandevelde et le Major Anton Figgis réapparaissent, ils portent une caisse et une sacoche en cuir. Ils étaient inquiets de n’avoir trouvé qu’un atelier vide et en complet désordre, mais je leur explique le triste état de notre cher Andrew Plumdington. Peter m’explique comment Hauptman a « offert son aide » aux malheureux soldats russes. « Il les a emmurés vivants dans une chambre souterraine que l’on a retrouvée en partie effondrée. Il y avait même une petite ouverture pour que ce tordu se régale en observant les malheureux sombrer dans la folie, le cannibalisme et la mort...» Sortant un des cigares du baron, et en coupant l’extrémité avec une petite guillotine, Anton conclue « On a pris cette caisse de vieilles grenades au milieu des squelettes, mais elles semblent en piteux état. Et on a dégotté le journal du moine Raspoutine dans le sac d’un officier. Le bolchevique sera content. Après la salle effondrée, le tunnel menait à l’extérieur, ça nous a pris un peu de temps pour le remonter, et revenir... »

Chargés de nos trouvailles, nous retournons à l’auberge du village. Andrew, qui semble aller un peu mieux, a proposé de prendre des photos du carnet de Raspoutine. Il est écrit en russe mais qui sait, nous pourrons peut être le faire traduire plus tard. Quand aux grenades, il n’y en a plus que deux qui semblent utilisables. Avant le dîner, en descendant l’escalier j’entends Drobne qui s’est décidé à parler à Andrew : « Vous sérieux pour trouver explosif ? Si château détruit baron plus revenir ? » « C’est le but Drobne. Oui nous sommes très sérieux. » « Mon cousin Cosmin. Lui travailler dans mine argent à la montagne près Drozvona. Il peut prendre explosif mais cher car payer pour. 1000 dollars il faut. Pas pour moi ou Cosmin. Très dur prendre dynamite dans chantier. Mais il peut venir demain. » « C’est d’accord Drobne, 1000 dollars » Je manque de m’étrangler à moitié... Mais il est trop tard, le marché est conclu. Et en réalité, pas plus qu’Andrew, je n’ai envie de négocier. La priorité est de sceller ce puits, que l’abomination obscure qui y est tapie soit enfermée à jamais.


Drozvona en Roumanie, le 4 novembre 1928

Nous rendons visite à Jon Kopesh de bon matin. Il est de meilleure humeur depuis qu’il a récupéré son arme et ses papiers. Il nous pose des questions sur les événements qui se sont passés depuis qu’il a été blessé. Inutile d’ajouter qu’il refuse de croire à tout élément non matérialiste de notre récit. Il est aussi très surpris que nous lui donnions le journal de Raspoutine. « Drobne m’a dit que vous aurez les explosifs tout à l’heure. Vous n’avez rien à attendre de moi et vous m’apportez quand même le journal ? Vous, des américains ? Mais pourquoi ? » La réponse est évidente pour moi « Vous nous avez sans doute sauvé la vie dans la fusillade et vous avez failli y laisser votre peau. On vous le doit bien je pense.» La conversation continue, puis nous prenons congé du convalescent. Mais lorsque nous sortons de sa chambre, il nous hèle « Hé ! Si vous avez besoin d’aide, peut-être un jour, trouvez une ambassade de Russie ou d’un pays ami. Dites que vous venez donner des nouvelles du petit Sacha à son grand père. Des personnes vous verront, elles ne seront pas cordiales. Mais quand ils vous demanderont quelles sont les nouvelles, dites que le petit va bien, et qu’il est bien rentré de Drozvona. Vous aurez peut-être de l’aide... » C’est toujours bon à prendre, et après l’avoir remercié, nous le laissons se reposer.

***

Au château, les ouvriers de la mine placent les bâtons de dynamite selon nos consignes : la salle du puits d’abord, puis les tunnels. Pendant que nous nous abritons, l’un d’eux allume les mèches, puis revient rapidement nous rejoindre, les mains sur les oreilles. Nous attendons que le fracas des explosions s’achève, puis revenons sur nos pas. Sous les nuages de poussière, nous reconnaissons le château avec difficulté. L’observatoire s’est effondré sur lui même. Les tunnels sont remplis d’éboulis. Au dessus de la salle du puits, tout s’est complètement écroulé. Ce qui était si mauvais, si étranger, si aberrant sera je l’espère, enterré à jamais. Le château des ténèbres est brisé, et devant le tableau des ruines fumantes, je me dis que nous avons quand même accompli quelque chose.

Nous incendions ce qui reste du château pendant que les ouvriers se congratulent joyeusement. Dans leur camion, ils nous ramèneront à Kluj. L’Orient Express nous attend.

... A suivre
Dernière modification par Silenttimo le ven. oct. 26, 2012 12:30 pm, modifié 1 fois.
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par le Zakhan Noir » lun. juil. 09, 2012 2:19 pm

hé hé vous êtes bien partis pour la jouer en 6 ans, comme nous... rhââ j'aimerais la rejouer en la re-découvrant, elle est vraiment vraiment bien cette campagne
Sans dédouaner qui que ce soit (mais alors, vraiment pas), dresser les pauvres contre les pauvres, c'est vieux comme le monde pour qui veut faire ses affaires tranquillement quelque part à l'étage du dessus...  
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » lun. juil. 09, 2012 2:59 pm

le Zakhan Noir a écrit :hé hé vous êtes bien partis pour la jouer en 6 ans, comme nous...
Disons qu'en moins de 2 ans 1/2, nous en sommes à la 5e aventure au total :
Spoiler:
le maître des engoulevents (qui a servi d'intro ; scénar' CB), suffer little children (ajout de "day of the beast", VO), the dreamer, the thing in the well, castle dark.

Notre MD a zappé le scénario dans les "black hills", et hésite à faire subir le même traitement à "London calling".

Pour le moment, nous nous dirigeons vers une expédition en Egypte !!

Et je dois juste lire les écrits sur la confrérie de la bête trouvés chez le baron Hauptman... et augmenter ma connaissance du mythe (je suis le seul à avoir étudié le latin) !, tandis qu'Andrew va passer 2-3 semaines en sanatorium.
C'est à dire une aventure par tranche de 6 mois. D'ici 2-3 ans maxi, nous aurons fini !!
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » ven. oct. 26, 2012 10:30 am

CR sessions printemps - début été 2012 : Journal de Liam Conroy
(épisode de transition au milieu du "château de sable" ; comprenne qui pourra !)
Spoiler:
EDIT : avant-propos sur cet épisode de transition : après le trauma subi par Andrew, nous avons décidé de nous rendre à Vienne pour 3 raisons :
- Hauptman y avait fui ; mais on a découvert très vite qu'il avait embarqué et que nous arriverions trop tard ;
- Andrew avait besoin de sérieux soins psychiatriques ;
- nos ressources financières s'épuisaient et Andrew qui avait souvent travaillé avec une grande maison de vente aux enchères de Vienne souhaitait y proposer les vieux ouvrages trouvés chez le baron.


LES REVELATIONS DE VIENNE

Sanatorium de Purkesdorf, Vienne, vendredi 9 novembre 1928

Une multitude de flocons tombe doucement, couvrant le jardin d’un voile de coton. Un couple et un enfant courent en se jetant des boules de neige, mais l’éclat de leurs rires perce à peine les vitres épaisses des fenêtres du bureau d’Herr Doktor Doktor Waldemar Zuckerkandeln. Je tourne la tête et prête de nouveau attention au récit du vieux médecin pharmacien.

« - Notre établissement est très moderne et je pense que monsieur Plumdington pourra faire ici de nets progrès. Ach… il est trop tôt pour se prononcer de manière définitive, mais d’ici deux à trois mois la virulence de son trouble pourrait être très atténuée. Notre premier diagnostic est qu’il est atteint de Nyctophobie, une forme intense de peur de l’obscurité. Le paraldéhyde et les barbituriques que nous lui administrons lui permettent de reposer son esprit tourmenté, et d’éviter toute rechute délirante. Bientôt nos entretiens, le repos, les soins quotidiens dont il sera l’objet, le calme idéal de notre sanatorium l’envelopperont dans un cocon protecteur et l’aideront peu à peu à reprendre le contrôle sur ses humeurs. Il faut être patient et confiant en la force de votre ami. Et vous pourrez bientôt lui rendre visite, nous vous avertirons. En tout cas, vous avez choisi le bon endroit. Herr Aupsberg vous a donné un excellent conseil, c’est un bon ami, j’ai acquis chez lui une petite merveille d’horloge suisse qui….»

Je perds de nouveau le fil du boniment du « Doktor Doktor » et me repenche sur la feuille qu’il nous a donné quelques instants auparavant. Un texte est griffonné d’une écriture méconnaissable, certains mots en majuscules repassées, d’autres à peine lisibles, raturés avec fureur…
« Gardez… Gardez les chandelles ALLUMEES mélangé à LA TENEBRE coule le sang d’Ancienne Thèbes ! Moins que la mort, moins que la mort, la clap clap des ténèbres, qui frappe ses os et triste sort au triste sort au triste Sir sans la lumière… Je dois chuchoter avec les fous RA veille sur nous nuit et jour ! » Pauvre Andrew, à lire sa prose, j’aimerai avoir les mêmes certitudes que ce bon docteur…


Chambre 106 de l’Hotel Herrenhof, Vienne, samedi 10 novembre 1928, 10h du matin

« - Nous devons tenter quelque chose contre Hauptman. Rien qu’à l’idée que ce monstre puisse résider aux Etats-Unis… » J’écrase un énième mégot de Morley dans le cendrier, et jette un œil vers mes amis dans le salon cossu de la grande chambre de Peter. Seul Anton, me répond, après avoir exhalé un nuage de fumée.
« - Liam, entendons-nous bien. A la première occasion, je compte faire avaler à ce baron ses divers extraits de naissances, qu’ils soient écrits sur des vieux parchemins latins, ou gravés sur des tablettes en araméen… Mais nous ne pouvons rien faire à distance. Il pense nous avoir mis hors course en détruisant la totalité des preuves, et quand notre tour viendra nous aurons l’avantage de la surprise si… nous ne nous sommes pas fait remarquer avant. Et sur cette affaire je ne vois pas qui nous suivrait sans que nous ne soyons obligés de donner des explications… bien difficiles à donner. » Délaissant la table où sont étalés tous les objets que nous avons ramené de Roumanie, Peter vide son verre de Shnapps d’un trait et continue : « Vous vous souvenez de l’enveloppe brûlée dans la cheminée, elle semblait indiquer une adresse au Caire… Et il y a cette carte de la tombe de Nophru Ka. Le professeur Galloway sera sûrement intéressé et avec sa collaboration nous pourrions découvrir une nouvelle clé dans cette suite d’énigmes. Je suis d’accord avec Anton, le bon coup à jouer, c’est là où Hauptman ne nous attend pas, et c’est l’Egypte ! Et je vais essayer d’arranger ça, et si je me débrouille bien, nous pourrons y aller en avion.»

Je me ressers un nouveau verre de shnapps. Anton me tend son verre vide, ajoutant :
« Je vais envoyer un télégramme à Galloway, lui proposer notre assistance. A lui d’organiser notre rencontre sur site quand nous serons arrivés au Caire. Je peux m’occuper aussi du matériel qu’il nous faudra emporter, ça ne me dérange pas.»
J’indique la table couverte de livres et d’objets :
« Je n’ai pas oublié totalement mon latin. Je peux compulser les trois tomes du journal du baron et ce gros livre De Fraternitate Bestiae pour en sortir ce qui peut nous intéresser. J’ai vu qu’il y a un texte chinois aussi, je peux rechercher un étudiant capable de nous traduire ça. »
Peter pose son verre, retourne vers la table et prend un parchemin jauni pour le dérouler doucement.
« C’est celui-là, il est aussi annoté en latin il me semble… Oui voilà : cum latina interpretatione textus priomigenii R’lyeh per baronem Altusvir, anno christianis MCCXXXVIII. Avec la traduction du texte original de R’lyeh par le baron… moui… altusvir évidemment c’est Hauptman… An 1238. R’lyeh je ne sais pas qui c’est… En tout cas cette traduction n’est plus là. Avec ce parchemin, on avait trouvé ce galet gravé et deux fioles cachetées de cire. Andrew m’a dit c’était des sceaux hermétiques en occultisme. Quant au galet, il porte le même symbole d’œil enflammé que la pierre brisée du puits, et le parchemin trouvé dans les archives de l’Eglise de Klausenbourg. »

Reposant les objets, Peter se tourne vers Anton :
« Major, pensez-vous pouvoir traduire le texte que vous avez trouvé dans l’étrange boîte que vous avez ouverte ? »
« Hum… certains termes cryptiques m’échappent mais je vais approfondir la question… ce bon vieux shnapps va me filer un coup de main… »
Esquissant un demi-sourire, Peter se tourne vers l’énorme volume de cuir gris posé au milieu de la table.
« Je vais de mon côté m’attaquer à ce gros in-folio en latin, De Vermiis Mysteriis. Il est abondamment annoté, je crois par le baron lui-même. La troisième de couverture indique Viennae Austriae AD MDXLII ex libris Leopoldi Joannis Kaliwoda. 1542… On dirait que ce bouquin est déjà passé par ici. C’est un certain Ludwig Prinn qui en est l’auteur. Jamais entendu parler… »


Grand salon de l’Hotel Herrenhof, Vienne, samedi 10 novembre 1928, 16h30

Dans les cafés proches de l’université, j’ai pu dégotter un étudiant sans doute capable de nous traduire le parchemin en chinois. Il s’appelle Michiel von Biest, et viendra mercredi s’en occuper. Dans notre hôtel luxueux nous sommes un peu isolés du contexte extérieur, mais une violente crise économique semble frapper toute l’Autriche. J’ai été étonné par le nombre de personnes miséreuses ou cherchant des petits boulots. Et quand aux étudiants, ils se sont littéralement bousculés lorsque j’ai proposé un travail. Celui que j’ai trouvé m’a montré ses diplômes dans trois langues orientales, dont le chinois, mais il était si famélique que je lui ai offert un repas et une petite avance. Moi qui aux Etats-Unis ait parfois eu du mal à joindre les deux bouts…

Il me reste à régler une autre question urgente. En entrant dans le grand salon de l’Herrenhof, j’entends des voix tonitruantes. Un groupe de gentlemen anglais un peu éméchés débattent encore des récents événements qui ont frappé leur pays. Il faut dire que depuis notre arrivée, tous les gros titres de la presse internationale y sont consacrés. Le 6 novembre, une bombe a tué 126 députés dans le parlement britannique. J’ai craint un moment que ce ne soit lié à la cause irlandaise, mais une organisation nommée les fils de Guy Fawkes a revendiqué l’attentat. Ce groupe est dénoncé par tous les journaux comme d’influence bolchevique, mais je ne vois pas le rapport entre le socialisme et Guy Fawkes, un anglais qui avait préparé un attentat au parlement en 1605 pour protester contre l’intolérance religieuse du roi. Hier, cernés par les forces de l’ordre, ces « Fils » se seraient fait exploser eux même avec une machine infernale…

Quant à la question urgente, j’ai décidé de contacter les Etats-Unis. A Arkham, mon concurrent direct est un ancien flic de Brooklyn, Kenneth Heath. Il y a trois ans, il est arrivé de la Grosse Pomme après avoir arrêté une balle de 45 de la main gauche et accessoirement les braqueurs de banque qui l’avaient blessé. Avec ses quatre doigts en moins et sa pension d’invalidité, il s’est installé comme privé à Arkham dont sa femme est originaire. C’est quelqu’un qui privilégie les méthodes scientifiques, évitant les affaires de maris trompés pour faire du vrai travail de flic sur des affaires complexes. A 10 dollars de l’heure, c’est le pro qu’il me faut, et avec sa Chevrolet de sport il pourra être à New York pour l’arrivée de Hauptman. Seulement le contacter d’ici, ne va pas être aisé.


Chambre 121 de l’Hotel Herrenhof, Vienne, dimanche 11 novembre 1928, 18h

Ce matin, j’ai pu avoir Kenneth Heath au téléphone. Cela m’a coûté dix heures d’attente et 75 dollars. Je lui ai expliqué que la cible était dans le paquebot « Liberté » en provenance de Venise, via Marseille. Il faudrait qu’il le file dès son arrivée le 17 à New York. Je veux savoir où va ce salopard et qui il va retrouver. Mais j’ai bien insisté, en aucun cas Heath ne doit se faire repérer ou prendre le risque d’un contact avec le baron. Je l’ai averti : même s’il n’en a pas l’air, le baron est d’une dangerosité extrême. Kenneth Heath a accepté.

Demain je commencerai à parcourir le De Fraternitate Bestiae et les journaux de Hauptman. Les trois que nous avons couvrent la période 1876-1910. Avec l’aide des livres de latin que je me suis procuré, je devrais pouvoir avancer… mais pas ce soir. Dix ans que cette foutue guerre est finie, j’ai rendez-vous avec une bouteille et le souvenir des camarades tombés…


Grand salon de l’Hotel Herrenhof, Vienne, lundi 12 novembre 1928, 23h

J’ai enfin réussi à obtenir Melinda Hawkins au téléphone. J’ai confiance en elle et je ne peux laisser mon courrier s’accumuler et les factures aller à vau l’eau. Je lui ai demandé de me faire suivre mon courrier, et l’ai aussi chargée d’un autre projet. Elle est intelligente et discrète, elle a tenu bon là où beaucoup auraient flanché. Et elle doit sûrement connaître un étudiant en économie capable d’étudier la holding NWI et la fondation Chandler en échange d’une bourse. Cela peut faire un excellent sujet d’études pour un universitaire, et une future source d’informations pour nous. Une partie de la fondation pourrait être affectée à quelque chose d’inhabituel, ou des possessions, des activités, des pertes inexpliquées de la NWI pourraient être de futurs indices. Elle m’a répondu qu’elle acceptait de s’occuper de mes affaires, et qu’elle allait voir pour l’autre projet.


Sanatorium de Purkesdorf, Vienne, mardi 13 novembre 1928, 14h

Nous avons enfin été autorisés à rendre visite à Andrew. Notre ami va beaucoup mieux et nous lui avons apporté discrètement une bonne bouteille de Shnapps, ça aidera à faire passer les médicaments. Malgré sa fatigue, son esprit vivace a élaboré plusieurs projets. Il souhaite que nous prenions rendez-vous dans quatre semaines avec son ami Herr Friedrich Aupsberg, il espère pouvoir sortir d’ici là et organiser une vente d’ouvrage qui nous sera très profitable. Et il souhaiterait également que nous apportions les photographies du journal de Raspoutine :
«- Mes amis c’est incroyable, j’ai fait la connaissance au sanatorium du comte Alexandre Sergueivitch Cantacuzene. Il réside ici depuis 1916. Vous savez, il est apparenté aux Romanov, alors quand je lui ai parlé de Raspoutine, il m’a assuré qu’il pourrait traduire les carnets ! »


Chambre 106 de l’Hotel Herrenhof, Vienne, mercredi 14 novembre 1928, 10h du matin

Michiel Von Biest s’est présenté à l’hôtel, et en une seule journée de travail, il a achevé la traduction du parchemin :
« - Messieurs c’est du chinois archaïque. Ce texte contient de nombreux tigres sur le chemin… hem… je voulais dire des idéogrammes rares. Enfin, voilà ce que j’ai pu vous traduire, c’est assez… cryptique, mais je vous assure que c’est ça :

Et la grande Salle est gardée les serviteurs et l'homme doit porter avec lui le Signe des Anciens. Un homme sage ne regardera pas ces serviteurs car ils pourraient s'emparer de sa mémoire (de son âme?). Un homme n'emportera pas non plus de sagesse (de connaissances ? c’est proche du terme latin de Sapiense…) avec lui lorsqu'il partira, ou le Dormeur se réveillera pour prendre cette sagesse à l'homme, et l'homme lui-même. Les écrits de la Bête se trouvent dans la seconde galerie à droite, ces galeries ne sont pas gardées mais le voyageur prudent fera bien d'éviter les autres voyageurs qu'il pourrait rencontrer.»

Après le départ de l’étudiant, Anton nous explique que de son côté, il est parvenu à traduire le texte en arabe. « C’est l’extrait d’un texte nommé Al Azif, l’auteur mentionne une prophétie attribuée à Nophru Ka, qu’il aurait eu lors d’une vision. Cela donne à peu près cela :

Et l’on rêva à nouveau du prêtre Nophru-Ka et des mots qu’il prononça à sa mort, comment le fils se lèverait pour réclamer la couronne (le titre ?), régirait le monde au nom de son père, convoquerait la Bête qui est vénérée et comment les sables boiraient le sang de la descendance de Pharaon. Ainsi parla Nophru-Ka.»

Alors que le major Figgis repose ses notes sur la table, notre seule réponse reste un silence pesant. Ces mots de l’Al Azif me rappellent affreusement l’Apocalypse de saint Jean. Bon sang ! Mais qu’est-ce que le baron et Chandler complotent ?


Chambre 106 de l’Hotel Herrenhof, Vienne, mardi 20 novembre 1928, 14h

Nous nous retrouvons dans la chambre de Peter.
Le Boston Globe du 17 novembre nous amène une sombre nouvelle.
« Le Massachussets pleure son fils Robert Carrington, industriel, mécène et bienfaiteur. Des centaines de personnes ont accueilli sa dépouille à la descente de l'Iberia en provenance de Liverpool… ». Anton a fait monter les journaux des jours précédents, les épluchant. Nous lui avons dit que nous avons connu Paul Lemond en enquêtant dans la demeure de Tannerhill qui appartenait à Robert Carrington. Depuis l’industriel comptait parmi nos amis, et avec l’horrible fantôme de Catherine, il avait découvert comme nous qu’il existait des « ombres au-delà du voile de la réalité ».

« Là ! Cet entrefilet du daily telegraph du 4 novembre… Robert Carrington est mort dans l’incendie de sa chambre d’hôtel à Londres, la nuit du 3. Mais il n’y a rien d’autre. » Reprenant une bouffée de sa pipe, le docteur fronce les sourcils, hochant la tête. « Je connais le docteur Bernard Spilsbury, nos condisciples le surnommaient « Cheese » pour une raison assez… bon passons. C’est indéniablement le meilleur praticien qui travaille avec Scotland Yard, et il y a fort à parier qu’il ait été chargé du dossier de quelqu’un d’aussi important que Carrington. Je vais voir si je peux le contacter. »


Restaurant Marjelichen, Vienne, mercredi 21 novembre 1928, 12h

Nous avons réussi à emmener Peter hors de ses livres. Il est contrarié car il ne parvient pas à avancer dans sa lecture du De Vermiis Mysteriis.
« C’est un vrai grimoire… je ne sais pas… Je n’arrive pas à comprendre certaines clés indispensables. Il y a des symboles utilisés dont les explications ne sont pas évidentes à trouver… L’agencement même du texte est bizarre… Hermétique… Je…»
Interrompant sa phrase, il jette un œil dans la salle, et reporte son attention sur ses Schnitzels sans rien ajouter.

Anton repose sa bière, jetant un coup d’œil dans la salle également avant de prendre la parole.
« Gentlemen, j’ai eu des nouvelles de Londres… J’en ai eu aussi pour douze heures d’attente et ça m’a coûté 75 dollars… Disons qu’ainsi nous participons au financement de l’avancement du téléphone et de la civilisation… Bon… L’incendie de la chambre de l’hôtel Claridge est dû à l’explosion du poêle au gaz pendant la nuit. Votre ami Carrington n’a pas souffert, il était sur son lit et est probablement mort instantanément. Ceci étant dit, la recherche d’indice a été totalement compromise par l’incendie. Ensuite, j’ai eu quelques autres informations… étonnantes. Robert Carrington était descendu au Claridge pour affaires. Scotland Yard a déterminé qu'il est arrivé de New York le 31 octobre par le Mauretania. D'après des témoins sur le bateau, il avait l'air préoccupé et nerveux. Spilsbury m’a dit qu’il était vraisemblable qu’il ne dormait plus beaucoup ce qui m’a étonné. J’ai creusé un peu et ce cachotier de Spilsbury a fini par me dire qu’il avait rencontré Carrington le 1er novembre. L’industriel était allé voir à Chelsea la maison du MP de Tooting, Terrence Datler, mort dans l'incendie de sa maison, provoqué par une bande d'anarchistes. Ces derniers, qui n'ont pas encore été capturés, ont lancé des engins incendiaires après s'être infiltrés dans la demeure du député. Scotland Yard a essayé de reconstituer le reste de l’emploi du temps du Carrington, mais le nouveau Complot des Poudres des fils de Guy Fawkes, a abaissé le niveau de priorité de cette enquête. »

Un silence s’est installé à la table et il nous faut un moment pour recommencer à manger. Peter ajoute juste :
« N’en parlons pas à Andrew pour l’instant… Cela vaut mieux. »


Chambre 106 de l’Hotel Herrenhof, Vienne, vendredi 23 novembre 1928, 19h

J’ai reçu ce matin tout le courrier que m’a fait transmettre Melinda. Cela va me permettre de régler quelques factures, et de couper quelques frais superflus. Elle m’a aussi transmis une lettre et un colis rempli de bandes magnétiques envoyés par Irène Lemond. Son fils a fait de nouveaux rêves, et le 14 octobre, trois jours avant notre départ, elle nous a envoyé les bandes. Vu qu’elle ne savait pas si nous étions toujours aux Etats-Unis, elle en a envoyé un autre enregistrement à Robert Carrington.
Nous sommes tous les trois réunis autour d’un appareil que nous avons eu bien du mal à trouver. Peter appuie sur le déclencheur et en grésillant les bandes magnétiques de Paul livrent leur secret :
« Du feu… Le serpent ondulant dans les arbres… Oh la bête arrive… Au feu… Au feu les pompiers la maison qui brûle… »
Nous restons un instant à discuter. Anton nous explique qu’il a pris le temps de faire quelques recherches. Le député Terence Datler était membre d’une branche britannique d’une confrérie fondée par Nicolas Tesla « Des Armes Pour Stopper La Guerre ».


Chambre 106 de l’Hotel Herrenhof, Vienne, vendredi 21 décembre 1928, 14h

Nous avons chacun plus ou moins évolué vers nos objectifs depuis 15 jours. L’état d’Andrew s’est très nettement amélioré. Il a même pu sortir exceptionnellement du sanatorium pour rencontrer Friedrich Aupsberg. La maison Aubsberg où nous étions ce matin, gérera la mise aux enchères de plusieurs ouvrages que nous avons ramenés de Roumanie : une édition Renaissance de l’Enquête d’Hérodote dont nous avons dû enlever quelques plombs, un exemplaire du Prince de Machiavel ayant appartenu à Dante Alighieri et une Bible Gutemberg. Avec l’aide inattendue du major Figgis, Andrew en obtînt 10000 dollars d’avance sur la vente, ce qui arrangera bien nos affaires financières.

D’autre part, la traduction du journal de Raspoutine est achevée. La copie était fort mauvaise, le carnet a pris l’eau pendant une dizaine d’années. Le fait de n’avoir disposé que de photos n'arrange rien. Néanmoins certaines parties ont pu être correctement traduites par le comte Cantacuzene. Andrew tient toutefois à les lire lui-même. Peter a trouvé notre futur moyen de transport vers l’Egypte, un Airco De Haviland 9C. Avec l’aide du major Figgis, nous avons pu obtenir un entretien avec Sir Eric Phipps, ambassadeur du Royaume Uni à Vienne. Nous avons été convaincants et cela nous permettra d’obtenir les accords nécessaires pour un avion de l’armée britannique et les documents nécessaires aux atterrissages en Turquie et en Egypte.

Accaparé par la préparation de notre voyage, Peter a dû laisser de côté le De Vermiis Mysteriis. Il a buté un certain temps sur l’écriture si hermétique de l’ouvrage mais a réussi à retirer certaines informations. Il pense avoir découvert que les deux flacons que nous avons trouvés seraient de l’ « Hydromel de l’Espace ». D’après la description qu’en a faîte Ludwig Prinn, cette sorte de breuvage ésotérique permettrait « (...) de voyager dans l’Ether et les Sphères qui séparent les étoiles… ».
Nous nous souvenons des cartes astronomiques découvertes dans l’observatoire du Château des Ténèbres. D’après Andrew, Hauptman avait porté son attention sur une étoile lointaine nommée Xoth, au-delà d’Aldébarran.

De mon côté, je peux faire un premier point sérieux sur mon étude des journaux d’Hauptman et du De Fraternitate Bestia.
« La confrérie de la Bête contient des centaines de généalogies, remontant toutes à un unique ancêtre : le prêtre Nophru-Ka qui vécut au XVIIIème siècle av JC, pendant la XIVème Dynastie. Un certain Lang Fu, co-fondateur avec Hauptman de la confrérie, possédait un fragment du « Nécronomicon », fragment dans lequel il est question de cette prophétie. Il est probable que ce soit le document que vous avez traduit Major. Avec les Egyptiens descendants de Nophru Ka, Lang Fu et Hauptman se seraient rendus à G’harne, une cité disparue d’Afrique de l’ouest, les firent se croiser avec les indigènes pour propager cette lignée. D’après ce récit, ces indigènes de G’harne avaient aussi des créatures qui les protégeaient nommées Cthoniens, capables de déclencher des tremblements de terre. Lang Fu retourna ensuite en Chine où il fonda un groupe d’agents. »

« La Confrérie a pour but la réalisation de la prophétie de Nophru Ka, et elle a guetté la naissance d’un élu issu de la généalogie tracée dans le recueil. Bon sang, cela recoupe parfaitement les courriers entre Hauptman et Cornwallis que nous avons découvert… Là dans cette lettre du baron : J’espère que vous avez préparé correctement le garçon pour le voyage. Nous ne devons pas rater l’occasion cette fois-ci. Les astres ne laissent pas prévoir de naissance avant au moins un siècle et la Confrérie s’impatiente.»

« D’après les informations que j’ai recoupées avec les journaux de Hauptman, Chandler serait le troisième élu. Un premier aurait été tué très jeune pendant le démembrement de la Pologne. Un second serait mort au début du XVIIIème siècle tué… je cite… par une créature invoquée. Le jeune maître est né la nuit du 1er février 1880, fête de la Chandeleur, une date à laquelle Xoth serait dans une configuration particulière. »

« La suite est encore plus étrange. Dans les journaux d’Hauptman, qui couvrent la période 1876-1910, je me suis attardé sur l’histoire de ce Chandler. Ces journaux sont assez désagréables à lire, les tournures de phrases du baron et son mental sont déroutantes, j’ai essayé de n’en prendre que l’essentiel. Les premières années, le baron correspond beaucoup avec Lang Fu et averti également un certain Councelar que la confrérie s’impatiente. Il parle ensuite beaucoup de son prochain voyage aux Etats-Unis pour ramener le jeune Chandler en Roumanie. C’est peu après que j’ai découvert un passage très intéressant en rapport sans doute avec cet « Hydromel de l’Espace ». En 1896, Hauptman parle de voyages à Celaeno qui auraient entraîné une recrudescence de « vampires stellaires ». Ce lieu, Celaeno serait le lieu de toutes les sagesses, au-delà de Yuggoth. J’ai relevé un terme étonnant à plusieurs reprises : Sapiense. Michiel von Biest l’a évoqué dans sa traduction du parchemin chinois, et cela donne un éclairage particulier sur ce texte. Le parchemin décrivait-il ce lieu de Celaeno ? »

« En 1897, Hauptman est parti avec Lang Fu et Chandler en Egypte, afin de « révéler son destin » à l’Elu. A partir de ce moment-là, Hauptman parle de moins en moins de Chandler, je ne sais pas vraiment si c’est par prudence, par révérence ou peut-être par jalousie, voire pour les trois raisons. En 1902, il écrit qu’une des étapes du plan s’est déroulée correctement, sans autre précision. Par la suite, il mentionne l’obtention du diplôme de Chandler, date à laquelle il commence à travailler pour Chandler & sons. Lang Fu est cité à l’occasion de la mort des parents, Edward Chandler se retrouvant seul héritier à l’âge de 30 ans. »

« Voilà globalement les éléments les plus intéressants sur ces livres. Dernier point : vous avez vu sans doute que j’ai passé récemment un certain temps au téléphone. J’ai eu des nouvelles d’Hauptman, je l’ai fait filer à sa descente du bateau. Il a été accueilli dans le nouveau directoire de la N.W.I. et se ferait appeler maintenant Newman. Dans le directoire de la NWI, se trouve aussi un chinois...»

Nous débattons tous les quatre un bon moment avant de raccompagner Andrew au sanatorium de Purkesdorf pour 17h.


Sanatorium de Purkesdorf, Vienne, mardi 24 décembre 1928, 14h

Nous passons la journée avec Andrew. Après nous avoir fait fermer la porte, il repousse le plateau de delicatessen, et nous fait approcher en chuchotant.
« J’ai terminé de lire la traduction du Journal de Raspoutine ! Les parties que l’on a pu sauver racontent le voyage du favori de Nicolai II en Sibérie en 1908 dans la région de la Podkamennaya Tungunska. Mes amis, j’ai dû relire certains passages. Ils m’ont totalement glacé le sang. Vous vous souvenez que dans cette région de Sibérie, une énorme et mystérieuse explosion a ravagé toute une région. Des gens ont parlé d’une boule feu dans le ciel, mais on n’a pas vraiment identifié le cratère d’une comète, juste ces centaines de milliers d’arbres arrachés et un mystère total. Selon le journal, cette dévastation est due à l'invocation par un chamane sibérien d'un démon très ancien, Azan-Tatov. Grigori Efimovitch, l’auteur, fait plusieurs références à Yog Sothoth, celui qui est selon lui la clé des sphères qui ont amené Azan-Tatov à se manifester. Et nous connaissons ce nom ! Dans leur correspondance, Hauptman et Cornwallis signaient : Longue vie à Yog Sothoth !! »


Chambre 121 de l’Hotel Herrenhof, Vienne, vendredi 11 janvier 1929, 18h

Demain nous partons pour l’Egypte. Je ne me suis pas encore décidé à révéler ce que j’ai découvert… Après tout ce que nous avons traversé c’est impossible. Ils ne peuvent être du même sang. Et pourtant, leurs noms sont inscrits dans ce foutu bouquin… Quelles sont les implications ? Seront-ils en danger ou seront-ils un danger ? Non c’est impossible. Je dois les prévenir. Je… Je n’aurais pas dû écrire ces lignes.
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » ven. oct. 26, 2012 11:05 am

CR séances septembre / octobre 2012 : Journal de Liam Conroy

Spoiler:
avant-propos sur cet épisode : après avoir réussi à "dégotter" un avion en état de vol, nous sommes partis de Vienne pour l'Egypte, avec une courte escale "carburant" à Istambul et une à Chypre.


LES SABLES DU TEMPS (épisode égyptien)

Istambul, dimanche 13 janvier 1929, 15h

A l’aéroport d’Istambul, nous avons été accueillis par des militaires un peu méfiants. Deux de nos fusils de Roumanie ont servi de Bakchiche, et nos papiers étant en règle, nous avons pu stationner pour la nuit et faire un plein de carburant. Peter, heureux mais fatigué d’avoir été notre pilote, s’est vite endormi. J’ai l’impression d’entendre encore l’infernal boucan du moteur de notre biplan, mais je me sens comme un gamin d’avoir comme le dit Peter « quitté le plancher des vaches ».


Chypre, lundi 14 janvier 1929, 16h40

Notre Airco DH9C s’est posé sur une sorte de piste déserte. Cet avion est ancien bombardier militaire qui a été converti pour contenir 3 sièges passagers. J’ai connu bien pire, mais cela n’a vraiment rien de confortable, sans compter avec le froid, l’entassement avec nos affaires, les secousses et le vrombissement permanent de l’aéronef. Après un deuxième jour de trajet, nous sommes soulagés de descendre et saluons amicalement deux chevriers qui nous regardent bouche bée. La nuit tombée, nous partageons feu de camp et nourriture frugales avec les deux chypriotes, pendant que leurs bestiaux s’endorment dans la prairie balayée par le vent.


Le Caire, mardi 15 janvier 1929, 17h

Après un atterrissage cahoteux à l’aéroport militaire du Caire, aucun de nous n’est trop fâché de quitter notre avion, à part Peter qui ne peut s’empêcher de faire le tour de l’engin et de parler un bon moment avec deux techniciens de la base. On doit en tout cas à ses qualités d’aviateur un sacré gain de temps, ainsi que le souvenir d’une vue impressionnante sur le delta du Nil.

C’est une connaissance d’Andrew qui va nous accueillir chez lui, un vendeur d’objets rares qu’il a connu par ses affaires. Une fois les formalités administratives réglées, nous sommes assaillis par un groupe de jeunes autochtones qui nous proposent de nous guider vers un hôtel ou de prendre nos bagages. Je sens que le major Figgis, qu’ils semblent d’ailleurs éviter, ne va pas tarder à s’énerver mais je le vois faire signe à un homme plus âgé qui semble attendre avec patience. Lorsque l’homme est choisi, des adolescents qui se tenaient près de lui viennent l’aider à prendre nos quelques bagages. Les autres indigènes déguerpissent. Notre « drogman », une sorte de guide et d’interprète, se présente sous le nom d’Hassan. Ses fils et lui nous guident sans encombre à travers la ville jusqu’à une demeure aux magnifiques portes en bois ouvragées.

Ali Bin Tarek accueille Andrew les bras ouvert, et nous invite dans sa demeure comme si nous étions de sa famille. Je ne connaissais le Moyen Orient que par les livres et les journaux, mais ma première impression est que le sens de l’hospitalité des arabes est loin d’être une légende. Dans la très belle demeure composée de cours et de bâtiments carrés et blancs, on nous donne des chambres confortables et nous partageons avec notre hôte un véritable repas de fête, succession de plats aussi variés que goûteux. Nous remarquons aussi que le poids des traditions et de la religion est plus que présent. Les femmes de la demeure sont toujours cachées en notre présence, et régulièrement des appels à la prière d’un muezzin couvrent le bourdonnement de la capitale. Toutefois, ni cet exotisme, ni notre périple en avion n’ont chassé de mon âme ma récente découverte. La soirée avec notre hôte achevée, je me résous enfin à en parler.

J’informe Anton et Peter que j’ai découvert leurs noms de famille dans le De fraternitate Bestia. Tous deux demandent à voir cette généalogie dans le maudit ouvrage. Anton reconnaît le nom d’un de ses oncles, et Peter pense identifier un cousin qui avait la réputation d’être assez étrange. Cependant ces personnes ne sont liées à leurs familles que par le biais de mariages, le sang de Nophru-Ka n’est pas en eux. Nous discutons un bon moment de cette découverte, Andrew faisant remarquer que la présence dans la généalogie du livre n’implique absolument pas une implication dans l’organisation de la « Confrérie de la bête ». En effet, je reconnais que rien ne corrobore un tel lien, et de toute façon, il est improbable que cette confrérie soit si nombreuse sans que rien n’ait jamais filtré sur son existence. Je m’abstiens de mentionner que j’ai manqué de fouiller leurs chambres, et failli demander à Mélinda de mener une enquête. Une fois passé le choc de la découverte, le souvenir de nos enquêtes et de nos combats m’avait heureusement remis les pieds sur terre… De fraternitate armorum !


Le Caire, mercredi 16 janvier 1929, 10h

Le Caire est une ville incroyable, où tous les sens sont sollicités. Les parfums d’épices inconnues se mêlent aux effluves des animaux de bât ou à l’odeur de leurs excréments, les senteurs chimiques des écoulements des tanneries laissent la place aux fumets appétissants de viandes marinées en train de griller... Ali Bin Tarik nous a assuré que deux « drogmans » ont été envoyés par le professeur Galloway pour nous emmener au chantier archéologique, mais il leur faudra plusieurs jours pour arriver au Caire. En attendant, il nous a conseillé d’essayer d’apprendre à monter sur des dromadaires, ce que nous ferons en fin d’après-midi. Ces animaux seront notre moyen de locomotion dans le Wahid el kantari.

Peter n’est pas venu avec nous dans les rues du Caire. Il s’est enfermé pour lire le De Vermiis Mysteriis, acceptant de sortir uniquement pour les leçons de dromadaire. De mon côté, j’ai dégotté une lecture plus agréable, le Lonely Planet Egypt & Sudan, 1897. J’espère que cela sera utile. Toute la ville est en effervescence, car l'exposition Toutankhamon s’ouvrira le 3 mars. Une énorme structure de la société Atlantic Blue permettra à de grands dirigeables de s’amarrer. La bonne société du monde entier a décidé de se précipiter au Caire et certains de ces riches oisifs sont déjà arrivés. Ces touristes fêtards contrastent violemment avec la population locale ; dans une écrasante majorité, les indigènes sont très pauvres et vivant sous la coupe d’une armée anglaise à la présence dissuasive.


Le Caire, demeure d’Ali bin Tarek, mercredi 16 janvier 1929, 22h

Peter a pris son repas le plus rapidement possible pour retourner à son étude du livre de Ludwig Prinn. Au plein air, sur une terrasse de la maison, Andrew boit un thé en parlant avec Ali bin Tarek. Anton et moi avons préféré nous rabattre sur un pichet en grès que l’on a discrètement laissé à notre convenance. Il contient un vin excellent et plutôt corsé. Je repense à des bédouins que nous avons vus dans leur grande tenue noire, près du camp des dromadaires. Ces hommes vivent dans le désert, leurs notions sur la survie dans cette contrée hostile ont été accumulées pendant des siècles. J’ai vu qu’ils manipulaient des boîtes en métal sortis d’une toile goudronnée. Ali bin Tarek nous a expliqué que ce système astucieux permettait le matin de récupérer de l’eau de rosée même en plein désert.

Le calme de la nuit tombante est troublé par des éclats de coups de feu dans le lointain. Nous entendons une série de tirs qui semblent se répondre, et quelques cris en arabe. Malgré l’armée britannique, il semble que Le Caire ne soit pas si pacifiée que cela. Prenant congé, notre hôte ne fera aucun commentaire sur ce point.


Le Caire, ruelles du quartier copte, vendredi 18 janvier 1929, 18h

Depuis deux jours, nous nous sommes permis de prendre du repos : repas et lecture dans la salle de réception à moucharabieh de la maison bin Tarek, promenades dans les souks de la ville, visite d’un magasin où nous achetons des tenues proches de celles que j’ai vues portées par les bédouins, dîner dans le luxueux Café Groppi. Peter reste enfermé dans sa chambre et ne se joint à nous que pour la partie la moins plaisante de ces journées : la leçon de dromadaire.
Alors que nous en revenons, nous passons dans des ruelles peu fréquentées du quartier copte. J’écoute Peter expliquer à Andrew qu’il commence à entrapercevoir la structure du livre et qu’il devrait maintenant accéder à de nets progrès vers la compréhension des mystères que nous avons découvert. C’est à ce moment que j’entends Figgis hurler : « - Andrew ! Derrière vous ! Prenez garde ! »

Un homme vêtu de noir a surgi d’une ruelle adjacente, levant une lame courbe et effilée. Le poignard fend l’air alors que notre ami se tourne, et une estafilade rouge se dessine sur son plastron de lin. Deux autres types surgissent, un face à Peter, l’autre sur moi, chacun tirant un couteau incurvé de ses noires guenilles. Brandissant son arme, l’agresseur d’Andrew crie deux mots en arabe, mais c’est la lourde détonation d’un Webley qui lui répond. Le poignard vole en l’air. L’Arabe est projeté en arrière, et s’écroule inerte contre le mur.

Le visage de mon adversaire est à demi couvert par sa tenue, mais je vois qu’il est âgé et squelettique. Ses yeux sont vagues, et sa bouche ouverte aux chicots pourris se crispe dans un gémissement hideux. Son couteau plonge mais j’esquive ses coups. Celui qui faisait face à Peter a glissé et manqué de s’étaler par terre. Peter a dégainé son revolver, Andrew sa canne-épée.

La suite va très vite. Notre agresseur le plus maladroit recule pour éviter l’épée d’Andrew mais une nouvelle détonation du Webley lui arrache une partie du crâne. Je m’apprête à savater mon adversaire, mais il a reculé avec une grimace d’horreur, le buste couvert par des morceaux de son acolyte. Colt et Webley crachent une dernière salve. Le type recule machinalement de quelques pas, se pliant de plus en plus à chaque coup encaissé, puis finit par s’effondrer la main toujours crispée sur son couteau.
Andrew est superficiellement blessé, et pendant qu’Anton regarde sa plaie, je jette un œil aux trois malandrins morts. Ils sont rachitiques et ont une sorte d’énorme escarre sur le coude. Rien sur eux à part leurs poignards et leurs vêtements crasseux. La police arrive assez rapidement et ne nous crée aucun problème. Il est conseillé aux occidentaux de porter une arme et le sergent anglais nous félicite même d’avoir su nous défendre.
« Moi je dis bon débarras ! Des opiomanes… By Jove, c’est une vraie plaie pour la société. En tout cas, ces misérables-là ont trouvé à qui parler. Vous savez y faire avec les indigènes, il nous faudrait plus de gens comme vous ici. »

A notre arrivée chez Ali bin Tarek, notre hôte est catastrophé par cette agression. Il s’en excuse, semblant presque considérer que c’est une faille à son honneur, alors qu’il n’y est strictement pour rien. Nous le rassurons et le remercions une nouvelle fois pour ses attentions.


Le Caire, restaurant de l’Heliopolis Palace, samedi 19 janvier 1929, 21h30

Nous dînons au restaurant du palace Héliopolis. Peter a préféré rester étudier le De Vermiis Mysteriis. J’ai du mal à croire qu’il est resté plongé dans ces pages vermoulues au lieu de passer la soirée en compagnie d’Ivy et de Mary, deux flappers toute à l’insolence de leur jeunesse, qui se sont jointes à notre table. L’orchestre enchaîne les airs de Charleston, de Black Bottom et de Low Down Rhythm, et déjà quelques groupes ont délaissé leurs tables pour danser. Le temps de finir nos cocktails et nous n’allons sûrement pas tarder à les rejoindre !

Mais l’époque n’est peut-être plus à l’insouciance. Des cris détournent mon attention vers l’entrée du palace. Un Arabe est entré en manteau de taffetas gris, il invective l’assistance dans sa langue que je ne comprends pas. Je me tourne pour le regarder quand j’entends Anton étouffer un « Hell ! No ! » Le type relève vers nous une mitraillette Thompson.

Le fracas des balles de la mitraillette se déclenche alors que bien des convives n’ont même pas prêté attention au tireur. Par chance, le gars n’a pas arrosé de notre côté, mais dans l’autre partie de la salle. Une table a été sciée en deux par les balles, un serveur s’est effondré et une femme hurle en se tenant la jambe. L’orchestre s’est arrêté net. Pendant que la panique s’empare de la salle, je prends dans mes bras Ivy et Mary et plonge au sol vers le côté, les mettant à l’abri derrière un muret. Anton a plongé aussi, tout en dégainant son Webley.

L’Arabe se tourne vers notre côté et tire une seconde rafale. Notre table et celle à côté de nous sont ravagées. Mais j’entends une détonation familière répondre. L’air est empli d’éclats de bois et de tissus, d’odeur de poudre et d’alcools renversés. Je laisse les deux filles tremblantes, et dégaine mon colt jetant un regard vers le tireur. Il recule estomaqué, jetant un regard fou vers une tache de sang rougissant son manteau. Hurlant, il maintient en titubant son arme dans notre direction et tire une nouvelle rafale qui brise des dalles et deux chaises. Je vois qu’Andrew est à terre derrière la table, ne bougeant pas...

Anton s’est redressé, un genou à terre, concentré et le bras tendu, il tire comme dans une putain de compétition olympique. La tête striée d’une trace écarlate, l’inconnu laisse échapper son arme et tombe raide en arrière. Un silence pesant retombe dans la salle. La femme blessée doit être morte ou évanouie.

Il faut un temps pour que les autres clients du restaurant, choqués pour la plupart, se hissent hors de leurs cachettes improvisées. Je me précipite vers Andrew qui n’est que très légèrement blessé par des éclats de bois. Anton vient immédiatement l’aider. L’arme au poing, je vais m’approcher du corps inerte du tireur. Avec une balle logée en plein front, les yeux braqués au plafond, il ne bougera plus, mais machinalement j’écarte son arme du pied. Lorsque la police fait irruption dans la pièce, nous levons les mains et leur expliquons calmement. Quelques personnes leur confirment nos dires. Le serveur allongé est resté sur le sol, mort. La femme touchée à la jambe est emmenée à l’hôpital. Un homme venu avec les policiers tient à nous prendre en photo près du cadavre. Ivy et Mary ont pris la poudre d’escampette. Fichue soirée…


Le Caire, ruelles du quartier copte, dimanche 20 janvier 1929, 18h30

Nous rentrons de notre leçon quotidienne de conduite de dromadaire. J’ai l’impression étrange que nous sommes observés et peut-être même suivis. Tout à l’heure, c’était un livreur, à un autre moment un gamin, et là un vieux mendiant à l’œil blanc. Je crois que Peter, Anton et peut être même Andrew partagent ce malaise. Il est peu probable pourtant que tous ces gens aient vu le journal du matin où Anton, Andrew et moi figurons en première page. Nous aurions dû nous méfier de ce photographe. Dans le quotidien, il est aussi écrit que le tireur à la Thompson a été identifié. Il s’appelait Toufik et venait du sud du Caire. Il est aussi écrit que c’était un criminel lié aux bolcheviques. Anton pourtant l’a entendu distinctement invoquer son dieu en tirant sur les clients du restaurant.


Gizeh, mardi 22 janvier 1929, 8h

Nous sommes partis à 4h du matin pour rejoindre l’expédition Galloway. Hakim et Selim, nos deux drogmans nous font passer tout près de l’incroyable site de Gizeh. Le soleil dans notre dos pousse nos ombres allongées devant ces pyramides millénaires. L’immense sphinx de pierre semble nous mettre en garde contre la mer de sable dans laquelle nous allons nous enfoncer.

Il commence déjà à faire très chaud. Le major Figgis et moi-même avons adopté les tenues indigènes que nous nous sommes procurées. Elles sont composées de tissus clairs près du corps, d’un ample vêtement sombre par-dessus, et d’une sorte de foulard qui nous protège la tête. Andrew et Peter ont préféré les tenues coloniales classiques en vêtements clairs et casque blanc. Cela fait à peine quatre heures que nous sommes partis et ils sont déjà écarlates et épuisés. Nous faisons halte, et avec l’aide de Hakim et Selim, ils se décident à enfiler les tenues que leur fierté d’occidentaux leur avait fait mépriser.


Oasis Al Hanaa, mercredi 23 janvier, 19h

Après deux journées à dos de dromadaire, une pause dans une véritable oasis est plus que bienvenue. J’ai cru d’abord à un de ces fameux mirages, tant ces palmiers, ces tentes et ce petit point d’eau m’ont paru insolites en plein désert. C’était bien réel pourtant, et nous sommes bien assis, autour d’un feu, à mordre dans des morceaux de moutons filandreux avec un groupe d’indigènes aux visages aussi arides que le désert qui leur sert de patrie.

Dès notre arrivée, nous avons été conviés à nous joindre au repas du Cheik Hamid Hanaa. L’homme est d’âge avancé, mais son regard est perçant et assuré. D’un geste aimable, dans son ample vêtement blanc, il nous a invités à nous asseoir près de lui, fait servir et attendu que nous mangions un peu pour entamer la conversation dans un anglais tout à fait correct :
« - Que venez-vous faire dans le Wahid el Kantari ? Vous êtes américains ? Anglais ? »

Anton fait les présentations de rigueur, puis lui répond que nous allons rejoindre l’expédition du professeur Galloway.
« Il cherche une tombe, la tombe de Nophru-Ka, mais au mauvais endroit ! » ajoute-t-il.
Après un silence, comme un temps de réflexion, le Cheik reprend la conversation.
« Je ne connais pas ce Galloway. Il n’est jamais venu me voir. Mais peut-être est-ce une bonne chose qu’il cherche au mauvais endroit… Dans les tombes des infidèles d’avant les temps du Prophète, il n’y a rien de bon pour l’homme qui respecte Dieu. »

Je perçois quelque chose dans le regard du Cheik, comme s’il savait de quoi il parle.
« Ces infidèles n’étaient-ils pas des fidèles des dieux de leur temps ? » se questionne Andrew, ce qui semble laisser le Cheik assez perplexe.
« Il n’y a pas d’autres dieux qu’Allah. Et Mohammed est son prophète » nous-répond-il fermement.
Restant sur ma première impression, je tente une question :
« Cheik Hanaa, vous semblez vouloir nous mettre en garde sur les tombes des infidèles. Et vous paraissez avoir une bonne raison pour cela. Continuez, je vous en prie… » Le Cheik nous regarde, reposant son verre de thé.
« - D’autres gens sont venus déjà pour la tombe de l’infidèle Nophru-Ka. Il y a longtemps. Pas un américain, mais un européen».
Peter réagit aussitôt : « - Un autrichien, je parie. Bon sang, ce salopard d’Hauptman… »

Anton apporte quelques explications au Cheik :
« En Roumanie, ce Hauptman a essayé de nous empoisonner ! Il a envoyé des sbires pour nous truffer de plombs… Mais ils ont trouvé à qui parler, et on leur a fait avaler leur chique. »
« Vous avez tué cet homme ? » Nous demande Hamid Hanaa, l’air de plus en plus intrigué.
Je lui réponds :
« Non, il nous a échappé. Mais on compte bien lui régler son compte dès qu’on en aura l’occasion... »
Hochant la tête lentement, le Cheik esquisse un sourire un peu triste.
« Qu’Allah vous bénisse si vous faîtes ce que vous dîtes… Cet infidèle est mon ennemi depuis qu’il a pris la vie de mon frère… »

La discussion continue un bon moment. Ici aussi, le passage du baron a laissé un souvenir sinistre. Il est arrivé en 1897, accompagné par un jeune américain et un chinois en fort mauvaise santé. Dans un état catatonique, l’asiatique dut être baigné dans l’eau de l’Oasis pendant des jours. Les étrangers emmenèrent ensuite le frère du Cheik pour les guider dans la Vallée des Vents. Et le jeune Egyptien ne fut jamais rendu à sa famille.

Nous montrons au Cheik, la carte que nous avons ramenée de Roumanie. Après l’avoir observé un moment, il nous montre une carte militaire de l’Empire britannique qu’il a en sa possession. Un nom est noté dessus, T. E. Lawrence. Il me semble que c’est le nom d’un militaire anglais qui a combattu avec les arabes contre les turcs pendant la grande guerre. Hamid Hanaa compare sa carte avec la nôtre, puis nous indique en dessinant une sorte de triangle.
« - L’endroit que vous cherchez est ici, dans cette zone… »


Désert du Wahid el Kantari, jeudi 24 janvier, 8h du matin

Cela fait plusieurs heures que nous avons quitté l’oasis Al Hanaa. Notre colonne de dromadaires sillonne la mer de sable sous un soleil déjà brûlant. Nos drogmans s’alertent soudain, et nous montrent l’horizon. Et de l’écume vaporeuse du néant de sable, nous voyons émerger quelques formes… des cavaliers… des cavaliers armés… forts d’une douzaine et qui nous chargent.

«- Les pillards du désert… Ils vont nous tuer…» murmure Hakim, blême de terreur.
Peter le secoue
« - Ne perdons pas de temps. Ils sont encore loin et on peut les semer, allez ! ALLEZ !»
Nous éperonnons nos dromadaires qui détalent aussitôt. En quelques instants, nous parvenons à mettre une certaine distance dans la vue de nos poursuivants. Mais au bout d’un moment, ma monture commence à renâcler. Elle marmotte et bave en s’obstinant à tourner sa tête vers la gauche.
« Eejit, c’est tout droit ! »
Je la talonne, en tirant sur son mors. Mais la bestiole se cabre en blatérant. Je rattrape de justesse mon fusil presque éjecté de sa sacoche par la secousse. Et sans rien comprendre, je bascule et je me retrouve le cul dans le sable.

J’ai juste le temps de me redresser et de crier pour signaler ma chute. Les cavaliers ne sont pas encore sur nous mais je sens que mon sort est scellé. Peter crie aux autres de revenir vers moi, et je vois Anton et Selim se rapprocher alors que j’arme mon fusil.
Selim tremble :
« - Non, il ne faut pas tirer. Ce sont juste des voleurs… »
Anton lui colle un fusil dans les bras. Andrew et Peter sont venus nous rejoindre et sortent leurs armes pendant qu’Hakim tente de calmer nos dromadaires qui ne se sont pas dispersés. Dans mon viseur, un des cavaliers agite en l’air un sabre courbe. Je tire, et il chute de sa selle avec un cri aigu.

Epaulant leurs fusils, les dix cavaliers restant nous chargent. De petits nuages de fumée sombre éclatent autour d’eux, accompagnés du fracas des détonations. Les balles sifflent autour de nous alors que j’attrape les deux grenades russes que me tend Anton. Le major a juste le temps de se baisser. Sous mon bras, je sens qu’une balle a transpercé ma tenue bédouine... Une volée de sable se soulève juste à côté d’Andrew. En tirant, un des pillards tombe de son dromadaire. Il se relève l’instant d’après en criant après la bête qui détale.

Les brigands rechargent leurs armes en chevauchant. La bande se divise en deux groupes, comme pour nous prendre dans un étau. Mes camarades répliquent presque d’une seule salve. Et un des cavaliers s’effondre tête en avant sur sa selle. Je lance ma première grenade sur les assaillants les plus avancés. En un coup de tonnerre, deux cavaliers et leurs dromadaires sont déchiquetés devant mes yeux.

Hakim et Selim jettent leurs armes, et rompent le rang en hurlant. Les hommes du désert continuent de nous contourner, chargeant leurs fusils et échangeant des cris en arabe. Comme dans un ralenti, je vois Andrew les canarder, les coups de feu alternant avec le cliquetis de la gâchette de son Mauser. Je lance notre seconde grenade. Elle explose trop loin et ne soulève qu’une vague de sable.
Un des Arabes fait des signes aux autres indiquant Hakim et Selim en train de courir. Le Webley d’Anton tonne et l’homme se tasse sur sa selle.
«- J’ai touché leur chef ! » crie le major.

Les pillards ne reviennent pas vers nous. Leur chef blessé prend déjà la tangente. Les cinq autres, sabres au clair, ont bifurqué vers nos drogmans. Nous essayons de les couvrir, tirant une nouvelle salve. J’en touche un au dos, qui glisse à moitié de sa monture et se fait traîner par la bête paniquée. Peter en aligne un second, qui lâche son sabre et bifurque pour s’enfuir avant de chuter à son tour. Andrew tire jusqu’à épuiser son chargeur, et un troisième bandit se détache de sa selle pour mordre le sable. Malgré tout, les deux derniers rattrapent les fuyards. Le jeune Selim est fauché en pleine course et s’écroule sans un bruit. Hakim se retourne tendant ses mains en implorant pitié. Les sabres lui tranchent le visage et la gorge, changeant ses supplications en cri étranglé…

Onze cadavres humains et animaux jonchent le désert autour de nous. Andrew ne détache pas son regard des corps lointains de Selim et Hakim.
« - C’est triste, mais c’est ce qui arrive quand des hommes quittent le rang» soupire le major en rechargeant son arme.
« By Jove, je n’ai plus qu’une balle en réserve… »
Peter pointe plusieurs de nos dromadaires égayés dans les sables :
« Il faut récupérer ces satanées bestioles au plus vite. Elles portent l’eau, et on va vite avoir soif !»

Sous un soleil de plomb, nous mettons quatre heures à réunir toutes nos bêtes, à les calmer et retrouver notre eau. Nous montons ensuite un abri de tentures, comme le faisaient Hakim et Selim. Les heures les plus brûlantes de la journée arrivent, et ni nous ni nos bêtes ne pouvons rester en plein soleil. Nous profitons ensuite de cette pause forcée pour décider de notre future direction. Le campement de Galloway ne devrait plus être très loin à l’Est. D’après l’heure et la position du soleil, Anton et Peter commencent à estimer la direction du Levant.

Il me revient alors en mémoire un vieux truc appris en France pendant la guerre. Je pose ma montre à plat après l’avoir remontée pour que son heure corresponde à celle du soleil. Quand l’aiguille des heures pointe le soleil, la médiane avec le 12 m’indique l’axe nord sud… D’après cette astuce, nous devons corriger notre future direction d’une quinzaine de degrés pour aller vers l’est.

Nous finissons à peine d’en parler quand Peter alerte le docteur Figgis sur l’allure épuisée d’Andrew. Notre ami a croisé les bras comme s’il grelottait, ses yeux semblent vagues, la peau de son visage est devenue écarlate.
Notre pauvre ami bredouille :
«- Je ne me sens très pas bien… ma tête me lance… je crois… J’ai bu trop d’eau tout à… Oh… Oh…… Mummy…. »
Anton se précipite vers lui et lui pose sa main sur son front, puis lui prend le poignet.
« Damn it ! Il nous fait un coup de chaleur! Ramenez-moi de l’eau ! Plusieurs outres ! VITE, IL PEUT Y RESTER !!! »

Avec Peter nous nous précipitons et ramenons de l’eau. Andrew a tourné de l’œil. Anton nous demande de le tremper complètement, ce que nous faisons en lui vidant plusieurs de nos réserves d’eau dessus. Après un temps, le docteur Figgis semble un peu rassuré.
« Sa température a baissé. Bon sang, c’était moins une ! C’est soudain comme ça… Son corps ne régulait plus la chaleur et sa fièvre est montée en flèche. Quand on arrive à ce point-là, on ne transpire même plus, la tension peut s’emballer et le cœur lâcher… Sans parler des dégâts aux organes ou au cerveau si la température… Là… il reprend connaissance. Andrew, ça va ? Vous me remettez ?»


Campement de l’expédition Galloway, vendredi 25 janvier, 20h

Hier, Andrew était dans un tel état d’épuisement que nous avons été obligés de retarder notre départ. Pendant la nuit, nous avons alterné les gardes afin de ne pas être pris au dépourvu par un retour des bandits. Toute la journée suivante, nous avons sillonné le désert. Sur la fin, c’est un appel lointain à la prière de Maghrib et quelques lumières qui nous guidèrent vers le campement.

Notre arrivée dans le soleil couchant suscita l’émoi du camp entier. En nous félicitant, on nous aida à descendre de nos bêtes. On nous donna un peu d’eau à boire. Un grand Arabe à la barbe taillée vînt nous accueillir, se présentant comme Katif chef des terrassiers. Il s’étonna de l’absence de Selim et Hakim, et parut interloqué quant Andrew lui expliqua qu’ils avaient été tués par des bandits.
« - Menez nous à Galloway ! Il nous attend. » Coupa sèchement Anton.

Nous entrons dans la tente du professeur, menés par Katif. Galloway nous salue en se levant de son siège. Deux jeunes hommes sont à ses côtés, apparemment des étudiants. L’un d’eux est si blond que je me demande d’instinct si ce n’est pas un boche. Peter doit avoir pensé la même chose. Il lui adresse un « Guten Tag ! » qui déclenche un bref échange de regards étonnés entre les trois archéologues.

« Messieurs bienvenue à vous ! Je suis le docteur Ronald Galloway. Et voici deux courageux et brillants étudiants… américains… venus m’aider dans nos fouilles, Lawrence Daniels et Richard Mac Farland. Et vous avez déjà rencontré notre fidèle Katif, le chef de nos terrassiers. »
Katif s’avance :
« - Professeur, Selim et Hakim ont été tué par des brigands. »
Galloway se tourne vers nous interloqué.
« Selim, Hakim… Tués… Mais quelle horreur! Est-ce vrai ? Mais je vous en prie, asseyez-vous, asseyez-vous… Racontez-nous ce qui s’est passé. »

Nous faisons un bref récit des circonstances de la mort des deux drogmans ; l’attaque des pillards, notre défense acharnée...
Lawrence Daniels n’a toujours pas allumé la cigarette qu’il a dans le bec et Galloway nous regarde les yeux interloqués.
« Mais messieurs, vous êtes de sacrés durs à cuire ! Ce devait être la bande de brigands du Kemal. Ce hors-la-loi sème la terreur dans la région depuis des mois et personne n’ose se frotter à lui.»
Mac Farland ajoute en se grattant le crâne :
« Vous n’avez pas eu de chance. D’habitude, Kemal évite les occidentaux et ne s’en prend qu’aux autochtones ! ».
Anton hausse les épaules :
« Hé bien ce Kemal va moins faire le malin maintenant. A l’heure qu’il est, il doit chanter comme un ténor avec la balle que je lui ai logé dans le buffet. A moins qu’il n’ait déjà passé l’arme à gauche…»


(A VENIR)
- Vendredi 25 au coucher du soleil (prière de Maghrib) : Confrontation de Katif - Conversation avec Galloway - fuite du contremaitre et de deux terrassiers
- Samedi-dimanche : réparation de la chenillette ; découverte d'une lettre de Hauptman dans la tente de Katif ; Galloway accepte de détacher un étudiant et 6 terrassiers pour chercher dans cette nouvelle vallée
- lundi : arrivée dans la vallée du tombeau ; découverte d'un linteau derrière une roche "tombé là" à l'aide d'un dynamitage ; attaque nocturnes de 6 créatures (byakees) ; opération nocturne sur un terrassier et sur Andrew suite à ce combat ;
- mardi fin de matinée : arrivée impromptue de Galloway et ses terrassiers, prévenus par 3 de nos terrassiers ayant fui le combat nocturne
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Re: [CR] Cthulhu mix V4 à V6 - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » ven. oct. 26, 2012 11:48 am

Evolution des personnages :

Nous avons TOUS acquis un peu de bouteille, progressé dans certains champs.
Celui commun à tous, c'est une petite base en allemand (5-15%) et en équitation sur dromadaire (5% pour moi qui ai raté mon apprentissage, environ 10% pour les autres).
Tous autour de 40% en vigilance.


* Liam Conroy : bon détective, le seul ayant de vagues notions de survie et de débrouille (très vagues, mais ça a déjà servi).
Il est le 2nd personnage du groupe a décrypter un minimum le latin, et un très bon bagarreur (environ 65%).
Pas trop mauvais en tir (environ 45%). C'est un peu le touche-à-tout du groupe (pas de point "saillant" ; peut-être des trucs genre discrétion et interroger), son point fort étant son poing fort (bonus d'impact) et ses relations permettant d'activer des recherches et enquêtes à distance. Egalement très bon en fouille (i.e. TOC, environ 70%). Assez robuste (13 PV)
Niveau vécu :
- guéri avec une légère séquelle d'une grave blessure à l'arme tranchante reçue au cours de la campagne ;
- conn. du mythe : 17%
- santé mentale à mi-parcours de l'épisode "SoT" : environ 50% ;
- aplomb actuel : 1 point
- une affliction en virulence (0) ; passage en sanatorium très ancien (juste avant la campagne) ;


* Andrew Plumdington : Le plus jeune, l'antiquaire.
Bonnes ou très bonnes connaissances en décorticage de bibliothèque, évaluation d'objets, fouille, escrime (notamment à la canne-épée), grec ancien, et des notions d'anthropologie, d'astronomie et de photographie.
Malgré sa profession, c'est le plus "robuste" du groupe (seul de blessure grave à 8, pour 15 PV de mémoire), et l'un des plus rapide (13 en agilité). Mais pas des poings d'acier (+0 impact).
Niveau vécu :
- en cours de guérison d'une blessure reçu récemment ; doit rester prudent et bien s'hydrater après avoir frôlé la mort sur un coup de chaleur ;
- conn. du mythe : 13%
- santé mentale à mi-parcours de l'épisode "SoT" : environ 55% ;
- aplomb actuel : 0 point
- nyctophobie en virulence (0) ; sort tout juste du sanatorium ;


* Anton Figgis : Médecin-militaire. A vrai dire bon médecin (environ 75% en médecine et 70% en 1ers secours), EXCELLENT tireur au pistolet (près de 80%), le seul à parler l'arabe, il est costaud (bonus d'impact). Mais c'est le moins robuste (12 PV).
Etant bon en orientation (autour de 35-40%, comme moi), il m'a souvent servi de co-pilote (avion, chenillette, voiture, ...).
N'ayant pas vécu l'intégralité des aventures, il est moins affecté mentalement et moins connaisseur du mythe.
Niveau vécu :
- aucune blessure grave ou majeure reçue ;
- conn. du mythe : 8%
- santé mentale à mi-parcours de l'épisode "SoT" : environ 80% ;
- aplomb actuel : 3 point
- aucune affliction


* Peter Van de Velde (mon personnage) : Avocat. Celui qui a reçu la meilleure éducation, mais aussi touche-à-tout dans certains des domaines des plus éloignés, du fait de son vécu en 1917-18 (pilote engagé volontaire avant l'entrée des USA dans la guerre ; puis affecté au sol comme aide mécano, brancardier, infirmier, assistant d'opération médicale...).
Le "plus" polyglotte du groupe (outre l'anglais à 90%, français et néerlandais à 25-30%, latin 45%, allemand 18%, roumain 10%).
Bon pilote d'avion (autour de 45% désormais) et de véhicule terrestre (autour de 45-50%), ou copilote si nécessaire (autour de 40% en orientation), bon assistant de table opératoire (médecine à 30%, 1ers secours au-dessus de 40%), c'est aussi le meilleur mécanicien (profession mécanicien qui va passer les 20%), c'est le baveux donc de bons scores (40 - 55%) dans quasiment toutes les compétences sociales.
Clairement pas une "bête" physique (+0 en impact, agilité à 9, athlétisme et bagarre à un niveau désormais correct, mais vers les 30-35%), il devient pas mauvais en tir (pistolet à 40+%).
Niveau vécu :
- aucune blessure grave ou majeure reçue ;
- conn. du mythe : 26% (la lecture de certains ouvrages aide ! :mrgreen: )
- santé mentale à mi-parcours de l'épisode "SoT" : 38% ;
- aplomb actuel : 1 point
- somnambulisme en virulence (0) ; passage assez ancien en Sanatorium, avant que nous ne quittions les USA ;
Dernière modification par Silenttimo le ven. nov. 09, 2012 11:42 am, modifié 3 fois.
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Re: [CR] Cthulhu - Fungi de Yuggoth

Message par Silenttimo » ven. oct. 26, 2012 1:09 pm

J'ai retrouvé les parties 1 et 2 (sur 3) de l'épisode 3 et les ai insérées dans la chronologie des "messages sur le fil".

Manque le principal : le dénouement.
Faut avouer que la dernière séance d'un scénario de Cthulhu est souvent propice à un emballement des choses, notamment de l'action (ou de la fuite, c'est selon) nécessitant de lancer pas mal de dés, et donc moins propice à la rédaction et à la prise de notes !

Nous sommes donc dans notre 6e aventure (7e pour Liam) :

- épisode (-1) : "la maison Corbitt" - Liam Conroy et Melinda (devenue depuis PNJ) ;
- épisode (0) : "le maître des engoulevents" - Liam Conroy, Andrew Plumdington et Peter Van de Velde se rencontrent (Melinda déjà PNJ - Anton Figgis pas encore présent) ;
- épisode 1 : "suffer little children" - 3 investigateurs ;
- épisode 2 : "the dreamer" - 3 investigateurs, Anton Figgis nous rejoint en cours de partie (mais en pointillé sur ce scénario ainsi que sur le suivant) ;
- épisode 3 : "The T... in the W..." - 4 investigateurs (Anton en pointillé)
- épisode 4 : "Castle dark" - 4 investigateurs
- épisode 5 : "Sands of time" - 4 investigateurs
- épisode 6 : titre à venir ; nombre d'investigateurs incertains, selon le dénouement de l'épisode 5 !! :P


Certaines parties ont été volontairement modifiées et/ou omises par le MdA (un épisode dans des montagnes US !?), avec une reprise des VO ultérieures de cette campagne (épisode 1).
Dernière modification par Silenttimo le ven. nov. 09, 2012 11:40 am, modifié 1 fois.
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Re: [CR] Cthulhu - Fungi de Yuggoth

Message par dogboy » ven. oct. 26, 2012 1:29 pm

Toujours aussi chouette !
But soon the flames will fade, and only dark will remain.

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