[CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

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Dof Man
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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Dof Man » lun. juil. 04, 2016 11:33 am

cylen... un génie !
"ce que tu dis est dénué de sens !
- fais gaffe, tu préfères des nuées de météores ?"

Cygur
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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Cygur » dim. mai 12, 2019 6:34 pm

Á l’horizon, l’Empire ; là-bas, la capitale, qu’on prétend pavée d’or, qu’on met sur piédestal,
mais c’est bien éloigné, de notre ville natale, des bagarres, des taudis, de notre espace vital.
                                                                                                                                                               
Qu’avions-nous connu d’autre, que Ptolus, cité-monde, que ses gourbis miteux et ses ruelles immondes ?
Ce fut d’abord la crasse, les odeurs des bas-fonds, planches clouées pour volets, toiles en guise de plafond,
et à coté : les quais, les navires et le large, les marins, les dockers, que le shivel rend barges.
Crécher dans les Warrens, c’est comme être insulaire : juste là, mais distants, les milieux populaires,
commerçants et étals, les couleurs des bazars, des vrais toits, des rideaux, ça déjà, c’est bizarre.
Faubourgs plus éloignés, et encore plus altiers, mais ils le semblaient tous, venant de mon quartier :
le territoire des guildes, chaussées entretenues, maisons en pierres taillées, miliciens en tenues.
Au Nord les beaux hôtels, étrangers, négociants, et quelques fortunés, qui vivent insouciants,
aux alentours les temples, dévots et processions, édifices cossus et gardes en factions.
Plus à l’ouest cousus d’or possèdent leur ghetto, cerbères à leurs portails, forteresses et châteaux,
tout ce que fin du fin de la noblesse distille. Et enfin, prodigieuse, cette éternelle Aiguille.
 
Nous faisant tous larrons : une unique occasion ; de cet avenir bouché, ce fut notre évasion.
 
Au dehors les Paledogs, les dingues et les paumés, jouent avec leurs manies, par la drogue assommés.
Mais telle fleur sur fumier, réside une merveille : sur la fortune des pauvres, l’humble Père Max veille.
Savoir ce qu’il devint, après disparition, nous souda plus encore, en passant à l’action.
Gamins trop débrouillards, pour subir, s’incliner, face au destin écrit pour ceux qui sont mal nés,
changèrent leurs conditions en lui portant secours, obtenant par la même, d’un noble le concours.
 
Von Thirpix, frère de Max, perçoit nos potentiels, et nous emménageons dans zone résidentielle,
chez alliée, Dame Nagel, respectée et illustre, mari emprisonné, et ce depuis des lustres :
être républicain, de délit d’opinion, vaut pour lui d’être en geôle, la moins pire des sanctions.
 
Années d’évolution pour devenir nous-mêmes, façonnant nos carrières comme on polit une gemme,
de la Rouquine méfiante, firent guerrière de sa foi, vraie défenseuse des faibles, et qui trouva  sa voie,
accueillant orphelins, pérennisant l’asile, fondé par le Père Max, en un lieu indocile.
 
Enfant il sut donner bien du fil à retordre, ce fut paradoxal qu’il entra dans les ordres,
Èguille sert à piquer, également à recoudre, et les deux sont utiles, quand on vient en découdre.
 
Dès gamin, dans les bourses, il sut compter les pièces, ce surnom lui resta, bien qu’il dompta l’adresse,
qu’il faut à ces gens-là, qui maîtrise l’énergie, aux travers des arcanes, et qui en font magie.
 
Capable en son jeune âge, des pires idioties, s’affranchir du réel, Random le fit aussi,
Pièce et lui s’appliquant, à geler, à détruire, à savoir comment tuer, à savoir comment nuire.
 
Malin et talentueux, toujours là, pas très loin, prodiguant connaissances, ses bienfaits au besoin,
le Murmure se fit voix, et la voix une chanson, qui chez nous procure joie, chez les autres un frisson.
 
Sac de frappe, un Mastiff, même pas peur, même pas mal : prendre coups à leurs places, est son plan optimal ;
petite frappe devint lourde, s’extirpant du vulgaire, grâce aux techniques apprises dans les arts de la guerre.
 
Minot mimant minets, observant bien placé, furtif, dextre, patient, lorsqu’il partait chasser,
Minou adopta l’arc, discret et redoutable, attendant silencieux, une ligne de mire fiable.
 
Le plus fort d’entre nous, et ce depuis l’enfance, cent pour cent offensif, négligeant sa défense,
le féroce Hugues La Main, jamais ne se résigne : gosse, adulte, même place, devant en première ligne.
 
Sa grande sœur pareillement, choisit voie militaire, préférant la distance, pour épauler son frère,
archers Minou, Bezoul, s’apprenant leur métier, pour cribler nos ennemis, de leurs flèches les châtier.
 
De l’angélique bambin rien ne reste à vrai dire, ni le bras à sa gauche, ni la face, ni le rire,
ceux du Voile l’éduquèrent, et l’enjôleur blondin, de « Velours » à « Grand Fer », changèrent en paladin.
 
Les puissants voient en nous bataillon stratégique, sans influence ou presque, et en un mot pratique :
les costauds louent leurs bras et les mages leurs esprits, nous estimons le risque et nous fixons un prix.
Le « crane noir » pour Kathru ; et pour la pyramide : une orbe de cristal, escarcelles sont moins vides.
Service d’ordre, fête chez Kath, démons sous les lampions, évitant bain de sang, presque vus en champions,
retrouvant pour Shever des pierres remarquables, dans des égouts puants, chez hommes-rats implacables,
nous faisant des contacts, petite notoriété, tissant relationnel dans la bonne société.                      
 
À Ptolus chaque instant apporte sa nouveauté, chaque rue à ses histoires, dont on aime papoter,
il s’en déroule sans cesse, des sublimes, des violentes ; avouons que ces dernières semblent bien plus fréquentes.
 
Infanticides morbides, copiant celui d’antan, qui visa Mary Key il y a 125 ans,
Kathru  qui brouille les pistes avec ses assassins, le Rat balance la planque où s’entassent ses larcins,
un bordel décati, un fantôme, puis ses cendres ; Josualdo assumant ce que Famille engendre :
les honneurs et l’opprobre rarement se séparent, il déballe sans remord, de tout il prend sa part.
 
Entrepôts Abanar, pour joailleries volées ; une comptable coupable, son amie affolée,
les deux se travestissent, pour entrer dans l’hôtel, où chambres ne sont louées, qu’à mâle clientèle.
Attifée comme sa mère, tenancier brave l’équipe, qui apporte solution à ses problèmes d’Œdipe.
Plus tard, dans la cuisine, les deux femmes, leurs dépouilles, passage vers les égouts, la descente et la fouille.
Aux tombeaux les Skavens, qui nous mettent à la peine, et viennent par tombereaux, goûter fruit de nos veines,
Shulls finissant le reste de leurs lances qui foudroient, bijoux récupérés, rendus à qui de droit.
 
Astreinte à quête d’or, la clique se précipite, vers les salles souterraines dans les Forges Maudites.
D’un coup : couloir s’écroule, on survie à la chute, nous voici plus profond, où tous nous persécutent.
Des Duergars, fanatiques, zombies, nécromanciens, protégeant de leur mieux quelques trésors anciens :
Gull affronta jadis un groupe de baroudeurs, qui eut le goût exquis de laisser ces splendeurs.
On s’aperçut plus tard, quand lieux furent explorés, que zombies colmataient galerie fraichement forée.
 
Propriétaire de cirque, le brave Hipolito, recherché par sa fille, qui nous emploie bientôt.
De bistrots en tavernes, saltimbanques, miliciens, nous renseignent ou nous mentent, ne nous menant vers rien.
La vision de sire Kas, permit de déceler, la fontaine, l’escalier, et l’endroit esseulé,
où sont Hipolito, et son geôlier vampire, qu’on terrasse non sans mal, bien qu’ayant connu pire.
Faux père de Séléna, Doppledanger rusé, se devait de périr, nous ayant abusés.
Son patron retrouvé, la caravane d’artistes, à nouveau de mille feux, peut faire briller sa piste.
 
Première mioche recueillie sous le toit de la Rousse, Aïdan marche à peine, mais derrière sa frimousse
se cache une magicienne, ou peut-être une démone, possédant compétences, qui valent qu’on se questionne.
Un faux inquisiteur, puis deux vrais également, requérant la gamine, prétendent jouer les mamans.
Èguille déboussolé : ses deux grands prêtres tués, l’Église de Gaëm doit se reconstituer,
zodar impitoyable, au sein même de leur temple, est venu les défier, comme pour faire un exemple.
 
Kathru commanditaire, et nous sommes embauchés, pour jouer les chaperons pour enfants débauchés,
filature, espionnage, d’un bordel à une secte, à forge à little street, où le mal se détecte,
invocations, démons, Josualdo en renfort, rejetons libérés, et récompense en or.
 
Après c’est Mère Nagel qui a perdu son chat, donc famille en entière qui bientôt le chercha.
Traces, indices, hommes de paille, Tikassal balancé, mais derrière lui Vladaam ont tout manigancé :
des loups-garou au sol, elfes noirs dans les arbres, c’est l’équipe composée pour nous couvrir de marbre.
La belle Épée de Pièce aiguise les appétits, des Vladaam et des autres, nous voilà avertis.
 
Avec famille Kathru nous passons un marché, elle fournit protection, et nous partons chercher
bateau pouvant voler, perdu dans les montagnes. Josualdo téléporte la troupe qui l’accompagne.
Seule la proue du bateau ne s’est pas fracassée, on la fouille et… Horreur : elle vient nous tabasser.
Immense golem de bois, que promptement nous tuâmes, un joli coup de Pièce qui absorba son âme.
Aussitôt de lourds blocs du massif se décrochent, sol devient vague de pierres sur océan de roches,
le flot nous emmenant dans entrailles minérales, via les portes de Tharsis, celles de la capitale… ?
Gauche et droite, des archers, droit devant une méduse, sur le champ nous agressent, traitant troupe en intruse.
Un tremblement de terre qui fut providentiel, nous vomit en surface, heureux de voir le ciel.
 
Nous rentrons à Ptolus, et Random nous précise que château Shard est là, sans possible méprise.
Clerksbourg, ça apparait, voici le labyrinthe, où doit être Hilda, et où fratrie s’éreinte.
Salles franchies, leurres déjoués, survivants acclamés, par ceux qui nous piégèrent en ces lieux malfamés,
un choix nous est offert par celui qui préside, par la voix de Random, notre groupe se décide :
tous indemnes, à nouveau, mais Hilda notre sœur, n’est que statue en or, château Shard est farceur.
 
Pour remédier à ça, moissonnons les avis, nécessaires pour qu’Hilda, s’en revienne à la vie :
du Forgeron Errant, jusqu’à la Pyramide, Archivistes et Delver, des expertises solides,
nous envoient vers un site, ancien laboratoire, contenant Vif-Argent, synonyme de victoire.
Que du plaisir vraiment, des monstres par dizaines, des tensions entre nous, et notre quête fut vaine…
En échange d’un anneau, c’est aux mages qu’on ramène, sœur dorée qui patiente pour une nouvelle aubaine.
 
Un Murmure en retrait, guerre des gangs et Vladaam, qui jurent leurs grands diables qu’ils voleront nos âmes,
Bezoul et Hugues qui parlent de leur récente dispute, avec Tholos Shever qu’ils traitent de fils de…
 
Ce soir c’est « Nuit des Masques », Ptolus qui se fait peur, le fond de l’air effraie, et ce n’est pas trompeur.
La liesse gagne les gens qu’importe le quartier ; rue des millions de dieux, chacun vient volontiers
jusque ‘place des trois temples’, où la parade circule, et dépose sur bûchers, des effigies de Gull.
Les flammes qui les embrasent, acmé des réjouissances, illuminent l’assistance qui s’amuse et qui danse.
Fête à l’orphelinat, nous sommes tous déguisés ; meilleur conteur manquant, les enfants sont lésés.
Escortons Dame Nagel jusque dans sa demeure ; chemin semé d’embuches, de combats, de clameurs :
morts-vivants et druide-ours, ville à feu et à sang, la milice qui s’énerve, chargeant même les passants,
Vladaam acquièrent l’Épée, skavens en embuscade, incendie dans un coin, escarmouches en cascades.
Entre Gaëm, Lothian, vingt quatre Dieux des heures, on arrive néanmoins, tous remplis de rancœur.
Fête triste, déprimante, choyant neurasthéniques, parmi Sœurs du Silence et rigides Lothianiques.
D’un seul coup, de l’Aiguille, un nuage se répand, « crânes » émergent des feux, et du sol se rompant,
sortent myriades de monstres, et le carnage commence : Ptolus face au Chaos, Familles brillent par absence…
Sanctuaire englouti, clocher des vingt quatre heures, trois coups sonnent enfin, arrêtant la fureur.
 
Ce soir c’est « Nuit des Masques », Ptolus qui se fait peur, un air de déjà-vu, et ce n’est pas trompeur.
Fête à l’orphelinat, nous sommes tous déguisés ; un instant nous suffit pour bien réaliser,
l’improbabilité d’être là à savoir, capables de déjouer la conclusion du soir.
On questionne le Voile, présent à l’affrontement, mais nul ne se souvient du tragique dénouement.
Après : Temple des heures, poser quelques questions, mais forces du Chaos ont pris leurs positions :
les lieux sont mystérieux, et le climat dérange, entre des hommes-serpents et phénomènes étranges.
Une prière commune qui nous fait voyager : par créatures grotesques, grands prêtres submergés ;
la salle où l’on déboule regorge de fanatiques, l’affrontement qui suivit fut en tout point épique.
Sur la place, c’est même pire, les forces du Tourment, redoublent d’âpreté, d’ardeur, d’acharnement.
Lors de la première nuit, carillon fut sonné, par les Sœurs du Silence qui avaient deviné
qu’actionner les leviers finirait l’intrusion, annoncerait le terme de toute cette invasion.
Cette fois c’est notre tour, de faire sonner les cloches, d’éviter que Chaos encore plus ne s’accroche.
 
Ce soir c’est « Nuit des Masques », Ptolus qui se fait peur, amertume dans regards, dépassée la stupeur,
fête à l’orphelinat, nous sommes tous déguisés, mais on frappe à la porte, quelque chose s’est brisé.
Vagabon maigrelet, demande à voir Èguille, mais le gêneur chassé, loin d’être pacotille,
avatar de Gaëm, laisse à notre attention, enfin celle de son clerc, une marque d’affection :
une somptueuse cape où se dessine un plan, qui mène vers une bicoque avec un toit croulant.
Un escalier profond, du liquide amniotique,  une forte odeur de camphre, puis couloir « organique »,
pièges et fosses, salle de lave, humant air électrique, salamandres enflammées, minotaure mécanique.
Ensuite une officine, rempruntant le boyau, au centre un homme masqué, aux moyens déloyaux.
Ses menaces exaspèrent, haro sur l’importun : le lâche nous téléporte, chez ses joyeux pantins.
Une caverne d’ivoire, mais à mieux inspecter, immense crâne de dragon parait nous abriter :
à leur tête une méduse, toujours eux Tourmentés, par dizaines ou bien plus, que nous dûmes supplanter.
Les mâchoires gigantesques qui nous vîmes souffrir, forment une « dimension » d’où l’on ne peut s’enfuir.
C’est par heureux hasard, déclenché par Grand Fer, soutenu par le Voile,  que nous nous dérobèrent.
 
Gueules de bois au matin, chez Nagel au manoir, après stupéfaction, nous cherchons à savoir,
quels sont les souvenirs parmi nos connaissances, et quel fut l’épilogue de cette dernière séance :
personne ne se rappelle des soirées précédentes, kermesse fut agréable, foule riante et dansante.
 
À nouveau besoin d’or, on file Vielle Nécropole, sur conseils des Delver qui y voient un pactole.
Grâce à leurs stratagèmes, la troupe est promptement, au beau milieu des ruines, près d’un escarpement :
bave de Ver Pourpre au sol, horizon désolé, observant promontoire où loge un mausolée.
Cherchant dans le tombeau, comme prévu, morts-vivants, défendant sans merci quelques bibelots d’antan.
Un repos mouvementé, dérangés par des ombres, puis à perte de vue, ce n’est plus que décombres :
mégapole devant nous, chaque logis vaut une tombe, d’où l’ambiance oppressante, et le silence qui plombe.
Quelques jours profitables, mais au vu des dangers, c’est sans aucun regret que nous prenons congé.
 
Un matin aux Warrens, les miliciens pénètrent, mais leur brutalité n’a qu’une seule raison d’être ;
Ferris aurait occis la fille du commandant, qui propose clémence, si l’on traque l’impudent.
Vers le « Dernier Flacon », notre enquête nous conduit, dans une ruelle sordide, célèbre bar de nuit.
Lorsque nous arrivons, des clients prestigieux, interrogent, avec claques, les servantes du lieu.
Gracian Shever et Shulls, à poudre similaire, Hugues La Main allumette, sujette à la colère :
le choc, leur fuite, débats, qui nous firent déboucher, dans masures et bicoques, et même chez deux bouchers,
selon eux, hors d’atteinte, car nettoyant le sang et évacuant les corps dans sillage des puissants.
« Livrer Rousse en pâture, pour obtenir réponses », mériterait massacre, vaudrait qu’on les défonce…
Notre nouvelle recrue, neveu de Dame Nagel, se renseigne aux Archives, et rapporte nouvelles :
les Paledogs qui balancent culte des « Composteurs » ; égouts, frogmoth, zombies, menés par un pisteur.
‘Kraken’ gobant La Main, fit famille s’horrifier, comme le firent recherchés, marionnettes putréfiées.
 
Hilda et Hugues sauvés, grâce aux sommes récoltées, mais à cause de l’Épée, atmosphère survoltée :
chiens démons et Vladaam, chargent à répétition, nous ne dûmes nos survies qu’à Sainte Inquisition.
Posséder cette lame, pesante à nos épaules, peut-être Orvath, Dévath, rempliront mieux ce rôle.
 
On consulte un allié, seigneur Dalimothian, pour procès de Nagel, car les deux s’appréciant.
Plus vaste à l’intérieur, qu’elle n’en a l’apparence, sa tour domine Ptolus, seule l’Aiguille concurrence.
Ennemi de Sadar, reçoit les ‘Nagellites’, nous confie un élève, soudain phrase insolite :
« l’homme masqué, docteur Mohr, possède talent unique, rendre ‘vies’ aux vampires, aux liches et leurs
cliques ».
.
Dans la baie, la prison, citadelle imposante, d’où sort un Lord Nagel d’une humeur massacrante,
moqué et provoqué par un Hugues téméraire, mais qu’il sut, même sans arme, très aisément défaire ;
le vieux demande sa bague, volée par des geôliers, la clique part exaucer ce désir singulier.
Prospections sur les quais : prêteur sur gages véreux, agressif de surcroit, calmons le coléreux.
Sous-sols de sa boutique, abritent élémentaire, un démon, et ses sbires, qui sur nous se jetèrent ;
contraignant le cornu, magie fut dissipée : il nous martyrisa, avant de s’échapper.
Escouade ensanglantée, rejoint Lord impatient : pour y rendre l’anneau, la tour Dalimothian.
 
Sa bague ne lui va plus, il la donne à Mastiff ; puis évoque le « Crane Noir », qui désormais captif,
laisse derrière lui trésor, dont il connait la cache : quai, navire, équipage, les amarres qu’on détache,
pour semaines de plaisance, parmi oiseaux géants, tempêtes et récifs, ou pire cas échéant.
Magot est sur une île d’un aspect peu fréquent : pyramide à degrés, hébergeant un volcan.
Pour l’entrée, une gorgone, toxines en garniture ; en plat, élémentaire, occasionnant brûlures,
un dessert trop copieux, Githyankis embusqués : par leurs attaques mentales, notre fuite fut brusquée.
Sortilège de Random nous permit de comprendre le but de leur présence : ils venaient pour reprendre
non pas gemmes ou pièces d’or, mais leur vaisseau volé, c’est dire la pyramide, que l’on vit s’envoler.
 
Bateau, Ptolus, Nagel, et les explications ; une idée de Minou, mise en application :
terminer le frogmoth, les zombis, le bourbier ; repartons, mais cette fois, chasseurs face aux gibiers.
Les putrides ont fait place à des skavens curieux, « même engeance on liquide » considère gang furieux.
Implacable fratrie, tatillonne et rageuse, enchaine incantations, offensives ravageuses :
Èguille déchaine les eaux, et les sorciers les flammes ; repartons apaisés, pendant que noyés crament.
 
Convoité par le Voile, un sceptre sous l’Aiguille ; on s’éclaire et l’on part. D’emblée simple broutille :
colossal dragon blanc, dans des décors immenses, nous affronte et s’envole ; puis les ennuis commencent :
par outils chaotiques, géants améliorés, trahissant la présence du docteur abhorré,
même masque, même voix, même doigts mécaniques, même ton, mêmes menaces : nos assauts lui répliquent ;
toutes nos armes, nos magies, contre un simple automate, néanmoins dangereux, comme confirment nos
stigmates.
Sceptre enfin retrouvé, retour à la surface, rendre aux gardiens des morts produit de nos audaces.
 
Maintenant une énigme, toujours d’actualité : où se terre notre frère ? Dans quelle réalité ?
C’est donc fort logiquement, que nous partons fouiller, pyramides à degrés, à des hommes-bêtes dédiées.
Transition trop brutale, laissez moi résumer, ce que furent ces longs mois, d’une quête embrumée.
 
Le Rat dit l’avoir vu ; aux Warrens, une cache, jouxtant puits de mercure, que nos alliés s’arrachent,
car nous mîmes au courant tout ceux qui pouvaient l’être, pour savoir où Murmure avait pu disparaitre.
Paledogs, Inquisition, rixes inévitables ; famille prise à partie par des indésirables,
assassins Vaï discrets, payés par qui, pourquoi ? Remettons ces questions au moment adéquat.
 
Avec note du manquant, allons voir Archivistes ; que signifient ces nombres, mènent-ils à une piste ?
Relation de Dérek, Lum le fou, sur la route, qui tient Tyu en ami, qu’aucun code ne déroute ;
celui-ci voit calculs comme des coordonnées, où seul Codex perdu pourrait nous amener,
Lum pour sa part avoue qu’il tiendrait en sauveurs, ceux qui libèreraient sa machine des Shever.
 
Gibraïth, Paledog en chef, par le Rat balancé, comme l’instigateur des attaques agencées,
une visite s’imposait, débat devint combat ; le Bodak qu’est notre hôte, sa puissance exhiba :
trois fois presque défait, il se métamorphose, devenant plus violent ; d’un coup Random propose,
qu’on lui ôte son collier, admirable analyse, on s’empare de l’objet, ses forces s’amenuisent.
À sa mort, discussion. Soudain geyser de sang : Mohr surgit parmi nous, groupe convalescent,
et demande le bijou pour sa miséricorde ; au vu de nos blessures, La Main le lui accorde.
Maussades mais sains et saufs, on s’échappe du secteur, où bientôt font tueries les golems du docteur.
Nous en décimons deux, un pour l’Inquisition, et les gars des Warrens achèvent leurs ambitions.
 
Table ronde, décision : les Shever, la machine ; poliment on s’invite dans leur palais-usine.
Conférence stérile : nul prêt de l’appareil ; pourtant intéressante, pour les nombreux conseils.
                                                                                                    
Doréhamon savant, affirmant que l’anneau, qui donné par son oncle et porté par Cyno,
serait un phylactère ayant appartenu, à Shaïr le sorcier, demi-dieu devenu.
Les Warrens, une ruelle, apparait Mage De Fer, qui suggère illico que nous fassions affaire.
Étonné mais ravi de notre fermeté à retrouver Murmure, saluant nos volontés,
il propose excursion, pour remonter le temps, et soustraire notre frère à destin inquiétant.
Nous approuvons ce plan : Mage de Fer lance un sort, souhaitant chance à l’équipe ; nous changeons de
décors.
 
Un autel devant nous, à genoux, enchaînés, on reprend connaissance, nus comme vers, consternés.
Les fresques sur les murs nous décrivent les luttes, entre armées de Shaïr, et ceux qu’ils persécutent ;
hommes-serpents par milliers, mais plus particulier : dix humains au tyran par des chaînes reliées ;
leurs visages nous évoquent les surnoms qu’on se donne ; la curieuse trouvaille nous trouble et nous étonne.
Sortir est un calvaire : lac de lave et crevasse, “générateurs d’esprits“ vomissant des menaces,
effrits, daos et autres, et pour assauts finaux, morts-vivants et leur chef, possédant un anneau. 
Identique à celui qu’on voulait échanger, mais détenant esprit brûlant de se venger ;
Doréhamon trop prompt à s’en accaparer, mena une guerre mentale pour le contrecarrer.
 
À l’air libre, enfin, on aperçoit deux villes, un cours d’eau sillonnant à travers jungle hostile.
Dinosaures, cannibales, forêt inextricable ; Èguille fait des prodiges, rend rivière praticable,
en marchant sur les ondes, on parvient à cité ; après mésaventures, asile sollicité.
Village préhistorique, esclaves, matriarcat ;  des effluves de chez nous, comme on le remarqua,
Erthuo, Nagel et Kath sont les familles majeures, mais appeler ça « Ptolus », tiendrait de la gageure.
On apprend l’existence des temples des dix dieux, ceux à nos effigies, et s’informe sur ces lieux.
 
Trajet ; que du bonheur : pluie mortelle, dinosaure qui vomit des zombis, anthropophages encore…
Au sommet d’une montagne, on vit les pyramides entourant ziggourat, et les foules livides
déambulantes, sans but, jusqu’à notre arrivée ; morts-vivants humains, Shulls, qu’on ne put esquiver.
Belle victoire ; on furète, tombeaux du Loup, du Chat. Les descriptions murales que l’on y dénicha,
dépeignent résistances des peuplades assiégées, ainsi que celle des dix, venus les protéger.
Par deux fois, un esprit, personnifiant la bête auquel temple est dédié, nous assaille bille en tête.
Cependant, surprenant, car ni Hugues, ni Minou, face à sa propre « image », ne put porter de coup.
Du temple de Cyno, on débute l’inspection : ribambelle de rivaux, impose évacuation.
Les parages interdisent, repos de qualité, retour Ptolemaya, pour la sérénité.
 
Toujours cette bonne vieille jungle, ses ondées nécrotiques, mangeurs d’hommes habituels, reptiles
mésozoïques.
Rousse apprend chez les nobles que quatre pyramides furent déjà inspectées, conséquemment sont vides.
Au retour : rebelote. D’un sommet on constate, fascinante machine, non loin du ziggourat.
Exterminant non-vie, on se fraye un passage, jusqu’au grand scarabée, curieux appareillage,
d’où sort un clandestin, qui prend contrôle des morts, infâme gelée vivante, qu’on détruit sans remord.
Journal de bord : Shever, prêt à tout pour objets, trouvés au fond des temples, même nous tuer en projet.
On utilise robot, on débat très longtemps, Ptolemaya encore, instruire représentants.
 
Tyrannosaures montés, ville en ébullition, contre tribu Vladaam, guerre en préparation.
Reine d’ici, Dame Nagel, nous impose la fuite, on fait mine de partir. Mais on revient ensuite,
avec notre robot, dans une ville sous les cendres ; Ptolemaya vacille, et le Voile peut s’étendre :
partout nuées d’horreurs, trépassés en furie, anéantissent la vie, multiplient les tueries.
Dans le castel Erthuo, à la fin, réfugiés, nous subîmes les vagues des morts et leurs alliés,
des Shulls venus en force, machine à leur coté, achevant Dame Erthuo. Survient au débotté,
un Vladaam qui transforme hôtesse en adversaire ; lui absorbe les âmes, elle arrache les viscères.
Hugues la Main qui périt, Vladaam qui s’évapore, et la course effrénée jusqu’à notre transport :
serpents géants psioniques, par zombis escortés, crurent empêcher le clan de se téléporter.
 
Blizzard autour de nous, la famille qui grelotte. Puis des révélations cependant qu’on ergote :
désormais certains sorts, jusque là inactifs, ici sont efficaces, mages sont dubitatifs ;
Doréhamon, abscond, pense que troupe fut contrainte, à subir les épreuves d’une des gemmes de Prélinth.
 
De retour à Ptolus, chez Shever, sur un quai, la machine mise en joue, alors qu’on débarquait,
dizaines de Shulls qui tirent, excavant on élude ; à quelle époque sommes-nous, reste un sujet d’étude.
Dérek joue des arcanes, fait voyager la clique, jusqu’à Dailimothian et sa tour atypique.
On nous jette, nous reçoit, échange d’informations. Cape d’Èguille sent Murmure, et voit sa position :
notre clerc nous mena, où frère déambulait ; nous sommes sept jours avant, comme l’accord stipulait.

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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Soulyacémoa » dim. mai 12, 2019 8:26 pm

Mastiff un génie :pri :pri :pri
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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Dof Man » dim. mai 12, 2019 8:55 pm

Magistral !
"ce que tu dis est dénué de sens !
- fais gaffe, tu préfères des nuées de météores ?"

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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Dof Man » dim. mai 12, 2019 8:56 pm

Magistral !
"ce que tu dis est dénué de sens !
- fais gaffe, tu préfères des nuées de météores ?"

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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Soulyacémoa » mar. mai 14, 2019 11:57 pm

Doréamon
Je suis né dans les sables brûlants d'Uraq et l'indigence la plus crasse,
la plus complète.
Je n'en ai pas de souvenirs précis mais comment oublier la soif et la chaleur étouffante, l’ombre suffocante de la tente ? Le point d'eau pour tout horizon et les nuées de mouches pour seule compagnie.
Puis mon père nous a conduit à la grande ville des dunes et de là, après quelques courtes années de débrouille et de survie, nous débarquions à Ptolus avec un groupe de compagnons faméliques et leurs familles. J'avais cinq ans révolus lorsque je contemplais l'Aiguille pour la première fois. Mon oncle Ferhat avait l'ascendant sur le groupe des jeunes hommes, mon père, son aîné de plusieurs années négociait, conseillait les modestes et laborieuses voies de la légalité pour des lendemains plus sûrs. Lorsque oubliant les familles, le groupe de mon oncle se constitua en compagnie de mercenaires, mortels et redoutables expédients à la solde du plus offrant, mon père n'abandonna pas son jeune frère, veillant sur ses arrières, assurant la diplomatie et les négociations pour ce loup de Ferhat sans foi ni loi, ne respectant aucune parole donnée si le prix était suffisamment élevé.
La compagnie de l'oncle s'agrandit et se coupa totalement des familles déracinées d'Uraq, ballotées sur la grande mer d'ombre et de brume et finalement échouées sur le rivage stérile de l’Aiguille, d’un désert à un autre mirage.
Cette pathétique communauté ne devait pas être la faiblesse de mon oncle. Mon père pourvoya à leurs besoins autant qu'il le pu, louvoyant aux côtés de mon oncle pour lui éviter l'irréparable : l'inimitié tenace et zélée des potentats de la Cité. De guerre lasse sans doute, après des années sur le fil ténu séparant la fin du pire, il le poussa à épouser la Dame du Belhart, une famille noble totalement ruinée et décimée mais un pied tout de même dans la tapisserie des puissants de Ptolus. Pour mon père, être le proche parent, à la fois frère et conseiller de mon oncle, toujours plus influent et arrogant, avait son prix : intimidations de la part des commanditaires, peines de prison, légères certes, mais que les hommes de plus en plus nombreux de Ferhat auraient pu assumer et vexations et humiliations quotidiennes de la part de l’oncle, comme celle de retirer à son aîné, mon père, son anneau d'adamantium, notre seul bien aussi précieux qu'inutile, l'anneau de notre famille d'éleveurs de chèvres et de chameaux, de pillards de tombes à l'occasion ou de guides dans les confins les plus arides et reculés d'Uraq depuis des générations, depuis toujours. Je venais d'avoir huit ans lorsqu'il demanda l'anneau de mon père, l'anneau du clan, pour épouser Dame Sophitia de Belhart, que vous connaissez aujourd'hui comme Dame Nagell. Pour mieux fouler aux pieds nos origines et nos traditions : l'aîné porte cet anneau et comme assisté des ancêtres, il dirige le clan en associant tous ses membres mais en jouissant d'une légitimité et d'un respect sans faille. L'anneau est une babiole en soi, je ne l'ignore pas, mais c'est un symbole qui possède la force et l'autorité que nous lui accordions. Tout cela n'a plus aucune importance, les contes du vent et du sable n'ont plus ni écho ni consistance. Avant ma neuvième année, mon père était mort d'épuisement loin de sa famille, dans des circonstances demeurées obscures, par pure mesquinerie, Ferhat ne jugeant pas utile de nous éclairer sur le sujet. Mon oncle devint Lord Nagell, ma famille, les nôtres devinrent des fantômes, des ombres de Ptolus, un mirage uraqite à l'ombre de l'Aiguille sans âge. Ma mère ne pouvait subvenir à nos besoins, l'oncle veillait toujours à nous rappeler sa puissance en nous privant de la moindre stabilité, du moindre confort évidemment, de toute sécurité et de tout espoir. Ne pouvant ni entrer en apprentissage ni exercer une quelconque besogne par la grâce de l'oncle, je commençais à mendier à cette époque, ma peau purulente et forces abcès semblaient m'y destiner. Mais l'oncle s'en offusqua bien entendu, sa réputation ne le permettait pas. Je fus bastonné à maintes reprises pour toute main tendue. Nier ? Inutile, il n'avait pas à feindre d'être étranger à tout cela, nous ne pouvions plus l'approcher dans ses beaux quartiers depuis longtemps déjà. Devenu aussi arrogant et fortuné que cruel, ma mère n'eut d'autre solution que de fuir vers l'Uraq.
Elle m’y débarqua plus mort que vif, famélique cadavre rongé par la fièvre...
Ma mère avait cependant préservé ma liberté, aussi elle pu me vendre pour une somme dérisoire (un dirham de vieil argent) à la Muqqadima, complexe et vénérable institution combinant hôpitaux, universités, observatoires, bibliothèques aux volumes innombrables et autant de cours et de salles d'entraînement physique et martial. Chaque étudiant y perfectionnait le domaine pour lequel il était le plus doué. La hiérarchie et l'autorité y régnaient depuis toujours, produisant les groupes les plus efficaces, les plus aguerris et les plus célèbres d'Uraq, mêlant le savoir, la détermination et l'agilité pour les expéditions les plus périlleuses qui soient au fin fond des pyramides d'un autre temps, lorsque les dieux étaient des rois vivant parmi les hommes. Et ces mort-vivants millénaires ne se laissaient pas dépouiller ou perturber sans imprécation ni réaction.
Quoique modique investissement, les frères de la Muqqadima me soignèrent, me formèrent, m'instruisirent et me testèrent. Après sept années pleines, je devins un dagar, entendez un delver, efficace et respecté. Ma mère, elle, avait payé notre traversée de sa propre liberté. Encore attirante malgré les affres de sa destinée heurtée, elle fut vendue par le capitaine à un gras marchand pour devenir sa cinquième épouse chargée de chaperonner ses plus jeunes mariées. Je ne la voyais presque pas mais nous demeurions proches, communiquant par écrit plusieurs fois l'an. Après sept années d'intense formation, je quittais le statut de novice : je devais choisir un domaine d'étude à approfondir, intégrer les corps expéditionnaires les plus actifs ou même quitter la Muqqadima... surtout je pouvais sortir et circuler plus librement, revoir et profiter de ma mère plus souvent.
Mais c'est à cette époque qu'elle me fut arrachée, ma réussite et ma sécurité l'avaient faite s'effondrer en quelques semaines, décompression de deux décennies d'angoisse et de misère. Elle me demanda de répandre ses cendres dans nos sables, dans le vaste océan les bordant et à Ptolus, sur la tombe de mon père. De lui je n'avais plus qu'un souvenir lointain, incertain. La fugitive image de sa main calleuse portant l'anneau gris à son doigt tel un fardeau colossal, la responsabilité ancestrale d'une large famille sans ressources ni abri. J'ignorais si mon père avait une tombe mais je savais que ma mère souhaitait m'éloigner à nouveau de cette terre maudite d'Uraq, nécropole géante à ciel ouvert, sans voile ni artifice. Elle me confia le dirham d’argent qu’elle avait reçu de la Muqqadima et conservé tel un talisman, persuadée qu’il ne pouvait rien m’arriver tant qu’elle veillait dessus. Son souffle fut happé par le vent d’est malin et suffocant. C’est dans un état second que je revins à Ptolus… pour apprendre que l'oncle avait irrité un célèbre uraqite de la Cité et que ce Sadar jouait avec lui depuis plus de dix ans dans des geôles où même la fin ne pouvait être espérée sans l'aval de son tortionnaire. Dame Nagell me reçut comme un fils injustement chassé du foyer, elle qui avait vainement essayé de nous venir en aide, il y a de cela une vie déjà. Mais je me refusais à vivre à ses crochets. Je travaillais dur pour amasser l'argent nécessaire à la libération de son époux. Delver, espion, détective pour une famille ou une autre, je réunissais en quatre ans une rondelette somme pour laquelle greffiers et avocats de mon oncle me remercient encore. Ce n'est que lorsque les orphelins que ma tante Sophitia avait généreusement recueilli (devenus ses hommes à tout faire autant que sa seule famille) disparurent soudainement, que je revins vivre au manoir Nagell. C'est sur mes deniers que nous achetions (un certain paladin Grand Fer et moi) le parchemin capable de tirer les nagellites du pétrin sous l'Aiguille où ils s'étaient fourrés.
Puis j'obtins la réouverture du procès de Lord Nagell, signifiant aux avocats de Sadar que je ne cherchais pas à le désavouer ou à le faire payer mais simplement à trouver un règlement à la situation, Lord Nagell n'étant plus une menace pour personne.
Replacer la famille Nagell dans la société de Ptolus est mon but, une famille aux activités enfin normalisées, siégeant ça et là dans les divers conseils. Eliminer mon oncle ne m'a jamais traversé l'esprit, mon père ne goûterait guère cela je le sais. Je compte le mettre à la retraite en lui montrant que l'on peut bâtir et continuer à se regarder en face, si toutefois il a encore une conscience, lui qui semble perdre l'esprit chaque jour un peu plus. Puisse-t-il consoler ma tante quelques temps, elle qui n'a partagé avec lui que l'absence et la souffrance.
Je compte relever cette maison et l'ouvrir à tous ceux qui ont souffert et quitter leur terre natale. Je vise loin mais j'avance à pas mesurés, mon ambition est de durer, d'établir une maison solide, discrète mais active dans la Cité, croquer bien entendu mais sans avoir la folie des grandeurs et pour mieux redistribuer. Je ne serai pas le plus grand marchand qui soit ni un héros comme Kathrû, grand ami de mon oncle Ferhat, ni l'incontournable gardien de l'envers de la Cité, l'ombre de Ptolus, comme l'est le redoutable et indispensable Sadar. Je travaille dans la discrétion, j'étoffe mon réseau de contacts et j'ai eu l'honneur d'être reconnu et compris par des personnalités intègres et remarquables, informées et sensibles au devenir du monde. Parmi celles-ci Dame Erthuo figure en bonne place mais il en est une autre, sans palais ni blason que je respecte encore davantage. Certaines âmes ont des visées, des buts qui dépassent notre simple condition et nos aspirations égoïstes. Je bâtirai une Maison pour les aider modestement et favoriser ceux qui partagent notre conception des choses, la sauvegarde et le salut ont en moi un allié.
Sans doute dois-je cela à mon père.
Je n'ai jamais trouvé sa tombe, peu de chances qu'Oncle Ferhat lui ait offert une sépulture sinon pour pisser dessus. Qu'importe, le passé est mort, aussi j'ai versé les cendres dans le jardin du manoir Nagell, sous le rosier blanc et le jasmin. Je suis à ma juste place ici et je vis l'instant tel qu'il se dévoile avec tous ses présents. L’anneau de la famille et la responsabilité qui en incombe me reviennent.

Je suis Doréamon, contemple mon héritage.
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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Dof Man » mer. mai 15, 2019 4:38 pm

rend l'anneau !!!
"ce que tu dis est dénué de sens !
- fais gaffe, tu préfères des nuées de météores ?"

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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Soulyacémoa » ven. mai 17, 2019 8:56 am

Cet anneau n'est pas à moi cher paladin.
Il appartient à l'aïeul Shaïr, tu connais ?
Je ne pense pas vous croiser prochainement, aussi,
le grand bonjour à Murmure et à vos frangins et frangines de ma part.

Cordialement.
Doréamon.
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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Soulyacémoa » dim. mai 19, 2019 3:39 pm

Nouvelle du Vent

Mon frère, approche, n'aie pas peur de moi.
Je suis comme toi frangin, nous sommes tous les fils du Vent...
Viens l'ami, je te parlerai de Béadín et plus important encore,
je te parlerai de Cyguer et de nous autres Zomeghis, de notre Ancienne la Matriarche ainsi que de notre Aïeule à tous,
Atho, la Grande Déesse Mère.
Approche, nous sommes tous frères, nous sommes vraiment tous les mêmes bien que vous l'ayez oublié. Viens mon frère, je vais te rappeler tout cela car ça ne doit pas être négligé et parce que nous sommes les gardiens de cette mémoire. Voilà, écoute ce qu'il nous est permis de relater sur ces temps anciens. Assieds-toi près du feu, partage mon pain et mon savoir.

Aux temps premiers était une désolation sans vie et sans forme. Alors Atho la Déesse Primordiale a soufflé et les éléments se sont apaisés, l'énergie sombre et le chaos se sont figés tandis que les plans et la vie elle même sont apparus, jaillissant de ce pur souffle de vie, de ce don généreux d'amour et de liberté. Zòmira la Matriarche a entendu ce souffle premier lors d'une
de ses visions, comme les cris et les gémissements d'une femme aux heures de la délivrance m'a-t-elle dit, le corps transpercé par la souffrance et l'âme traversée par l'ivresse et la joie de la vie... Atho, Mère de toutes mères et de toutes choses enfanta ses premières filles : Sùryash la voûte céleste qui nous couvre tous avec équité et nous observe, Gaïane la terre qui nous supporte tous et nous nourrit et enfin Tarò Besméra l'onde profonde des mers et des océans qui nous attire tous et nous subjugue.

Nul ne connaît le dessein de la Grande Mère, pas même nous Zomeghis, pourtant ses enfants préférés. Moi je crois qu'Elle
a créé tout cela spontanément, gratuitement et qu'Elle laisse
venir les choses, laissant grandir ce mystère qu'est la vie sans chercher à le contrôler. Nous ne sommes que des poussières insignifiantes dans Son courant d'air vivifiant.

Elle est la Matrice créatrice et le souffle de l'existence même.

Bientôt Ses filles connurent la prodigalité et la générosité
de leur Mère bénie : Elle leur accorda toutes libertés et
elles engendrèrent des filles nombreuses.
Ce furent des âges d'or pour la création.
Puis vinrent les premiers fils, les premiers dieux, ombrageux
et corrompus. Enfin s'éveillèrent dans cet univers déjà vieux
et fourbu les races et les peuples qui parcourent ce monde et le mal grandit encore avec eux, les flanquant telle une ombre que je vois sur tous les visages que je croise. Sache que les petits frères qui ne perçoivent pas le souffle salvateur d'Atho ont
le visage sombre, une tâche vermeille que rien ne saurait dissimuler à nos yeux, parfois luisante même lorsqu'ils s'apprêtent à commettre une forfaiture ou un crime.
Et ils errent vainement dans l'obscurité...
La Grande Déesse souffle sans discontinuer sur le monde et
ses réalités. Qui tend l'oreille et ouvre son œil intérieur peut L'entendre, ici même, à cet instant précis. Parmi les peuples
et les nations, une frange de la famille qui marche debout sait écouter, une tribu humaine entend et obéit à la Voix qui souffle dans le vent. Effectivement Zoltaïa l'Aînée, la Mère de tous les Zomeghis, n'était-elle pas née de Son souffle béni même ?
Notre peuple n'est pourtant pas destiné à répandre le culte
de la Grande Déesse, culte qu'avant et plus qu'aucun autre
Elle mérite : Atho Mère de toutes choses et de tous dieux.
Notre communauté n'a pas vocation à guérir ce monde de ses travers et de sa folie destructrice. Nous ne sommes pas là pour panser vainement ses vives et larges cicatrices écarlates qui saignent abondamment depuis toujours. Votre monde est un monstrueux prédateur perpétuellement enragé qui se mord le flan, se mutile et se dévore, tentant d'atteindre et d'arracher le siège de sa souffrance, la fureur rouge qui couve en son sein : le cœur de Panthéa ou Pangée comme vous l'appelez, oui le cœur du Monde est bien ce grand Marais rouge, cette fosse pourpre
et putride dont nous n'approchons jamais. Nous ne le nommons pas dans notre langue. C'est Tabou... Non frère, nous ne cherchons pas à sauver ce monde de lui-même, nous ne
sommes là que pour nous rappeler Atho à chaque instant,
pour témoigner de Sa présence et vivre sous Son regard et Sa bienveillance. Elle nous accepte comme nous sommes et nous acceptons donc le monde tel qu'il est. Elle nous a fait don de la liberté et c'est un bien précieux. Nul ne peut tourner son visage vers Atho sous la contrainte ou par conformisme, Elle n'accepte que ceux qui viennent à Elle librement, grisés par Son souffle enivrant. Nous n'avons ni religion ni pays ni drapeau.
Où souffle le Vent nous allons. Parce qu'on ne nous comprend pas, on nous traite de voleurs de poules, de sorciers ou
d'oiseaux de malheurs, mais cela ne nous atteint pas.
Les gens ordinaires ne comprennent pas notre volontaire errance, perpétuelle, éternelle. Notre manque d'ambition et d'appétit pour les biens matériels, qui sont autant d'entraves asservissant les êtres, échappe au commun. Nous pouvons voler une miche de pain si la faim si familière nous tenaille mais
nous ne cherchons pas la fortune qui permet de s'installer durablement, car seule l'errance est la vie véritable. Nous ne cherchons pas davantage le confort car les objets nous aliènent et nous possèdent à la longue, aussi bien que des chaînes.
Seuls les gens cultivés ou puissants de ce monde nous regardent pour ce que nous sommes objectivement : des guérisseurs sans égaux, des artisans sans pareils (des joaillers particulièrement : oui, nous savons associer le vent sacré aux gemmes et à l'or rutilant), des musiciens hors pairs célébrés et appréciés de
par le monde entier, des devins inégalés car le Vent qui inspire fous et sages, poètes et prophètes est en nous : notre Mère insaisissable est toujours proche de Ses enfants bénis. Des cavaliers et marins exceptionnels aussi, voyageurs infatigables depuis la nuit des temps. Ainsi nous perçoivent les gens sagaces sur nos roulottes ou dans nos longues barques plates qui jamais ne s'arrêtent... Et pourtant, même ces personnes instruites et ouvertes - inutile de te préciser qu'elles ne constituent pas la majorité de nos cousins humains ou humanoïdes - ne peuvent nous cerner, comprendre ce pur Souffle de vie et de liberté brutes Qui nous habite, nous anime.
Nous n'avons pas d'écriture. Notre Tradition, la plus vieille au monde, est orale et notre langue archaïque, si chantée et entendue, demeure secrète : il est interdit de l'enseigner aux cousins, j'entends aux non Zomeghis et certains noms sacrés d'esprits ou de lieux ne sont presque jamais prononcés...

Non, nous ne cultivons pas le secret. Simplement nous donnons de l'importance et de la considération à ce qui nous est précieux, comme on chuchote des mots d'amour, loin des regards et de l'agitation, de la fange et des marécages de votre quotidien. La plupart des petits frères ne savent que se défier de nous ou nous jalouser pour être si différents et pour survivre encore et encore à toutes les calamités rouges qui secouent le monde.
Pourtant, nous sommes tous les mêmes mon frère...
T'es-tu déjà demandé pourquoi le sang est rouge, le tien comme le mien ? Est-ce qu'une humeur et une couleur jaunâtres n'auraient pas été plus attendues, plus assorties à nos constituants, comme le jaune pisseux de l'urine ou de la bile ?
Ce rouge est une malédiction qui coule dans nos veines à tous, autant d'affluents d'un même et unique fleuve incarnate.
Mais un seul Souffle nous anime également frère,
ne l'oublie jamais.
Nous Zomeghis, ne craignons ni le manque, ni la perte, ni la fin.
Nous avons foi en l'avenir et nous sourions à la mort lorsqu'elle nous rappelle vers notre Mère Atho. Ainsi vivent les fils du Vent inspirés, parmi leurs pauvres frères aux âmes désertes. Oui, où que nous porte le souffle puissant de notre Mère, nous y allons en confiance, nus mais éveillés, prêts à goûter en conscience
les trésors cachés de la Vie. Nous sommes comme ces grands oiseaux migrateurs à la saveur sans pareille qui survolent le grand Marais mort sans crainte. Nous sommes les oiseaux de
la vie échappant au marais inquiétant et piégeant, scrutant la vie s'épanouir loin de lui dans toutes les directions...
Notre peuple est éparpillé sur le monde telle la poussière dispersée par le Vent, Vent aussi capricieux et joueur que sage et omniscient. Notre communauté est pourtant organisée d'une manière tout à fait exceptionnelle, peu de Cités ou de Royaumes peuvent se targuer d'un système aussi efficace et réactif.
Nos représentants communiquent incessamment et sans discontinuer : nos porteurs, nos messages comme nos caches vous échappent même en pleine lumière. Il nous arrive de
nous servir à votre insu de vos caravanes, voire de vous,
pour transporter une marque, une réponse, un présent.

Fort heureusement pour vous, nous ne visons nulle domination ou pouvoir car nous sommes un véritable Etat, sans frontières ni capitale. Oui sans faiblesse.
Bien sûr nous nous rencontrons : nous nous réunissons physiquement tous les sept ans. Et c'est une joie et un devoir pour tous ceux des nôtres qui le peuvent d'assister à la grande Assemblée pour célébrer Atho et la vie bouillonnante dont Elle nous a gratifiés. Ineffable, indescriptible semaine :
l'Assemblée Zomeghie est une chose inimaginable. Nous honorons à cette occasion cet inestimable don de la vie mais aussi les mystères de la Mère Primordiale. Pas moi, tu t'en doutes un peu frangin, mais ceux et surtout celles dont l'âme
est la plus habitée par le Vent, inspirée par Atho qui guérit
tous nos maux, qui nous guide et nous comble de Ses secrets.
Et la première de nos sages est notre Ancienne qui fédère toutes les tribus Zomeghies : la Matriarche, respectée et obéit. Elle se nomme Zòmira et c'est mon arrière grand-mère, mais de ça je
te parlerai plus tard frangin. Tous les soixante-dix ans, une nouvelle Matriarche est désignée lors du Jubilé de la Grande Déesse : notre lien sans âge avec Mère Atho est renouvelé, réaffirmé et les générations à venir bénies. D'importants évènements secouent la région lors du Jubilé afin que personne ne vienne en troubler le déroulement, ainsi vont les choses et la sagesse du pauvre monde soumis au Vent tout puissant de la Grande Déesse. Entourée des dignitaires inspirés de notre nation, qui en constituent le Cercle, son conseil, la Matriarche est la gardienne de notre Tradition et de ses plus grands
secrets, de son savoir autant que de sa sagesse.
Nous avons nos coutumes, nos rituels de mariage, nos croyances et nos tabous, nos amulettes et nos filtres, nos pratiques liées à la naissance et à la mort, nos rites de passage
et même nos bourreaux chargés d'éliminer, sans haine, sans barbarie inutile ni représailles possibles, quiconque désobéirait à l'Ancienne et au Conseil des sages, quiconque divulguerait notre précieux héritage ou ne respecterait pas le noyau essentiel de nos croyances au sein même d'une de nos nombreuses communautés, cellules d'un même corps sain et bien vivant, celui du peuple Zomeghi. Un malheureux peut en principe nous quitter, abandonner ses coutumes ancestrales, mais il devrait d'abord au cours d'une cérémonie terrifiante, aussi solennelle que puissante, opérante et contraignante, jurer de taire nos secrets et de les enfouir en lui à jamais.
De mémoire Zomeghie, cela ne pas arrivé une seule fois...
Qui pourrait nous tourner le dos pour adopter votre mode de vie, un voyant s'est-il déjà crevé les yeux pour rejoindre des aveugles paralytiques, incapables de s'assumer ou de s'entraider et inconscients des beautés du vaste monde, pétrifiés derrière leurs hautes palissades et leurs certitudes fumeuses ?

Autrement, nous sommes libres de parcourir terres et mers, de vagabonder et de marauder, d'errer ou de nous promener, de commercer ou d'être pirates ou encore bandits de grands chemins...

La plupart des nôtres survivent avec de simples et inoffensives petites combines en marge des innombrables villages, bourgs
et grandes cités que vous avez fondées. Nous connaissons le chatoiement de vos manteaux de pourpre et de vos couronnes, le pâle reflet de vos armures et de vos lames aiguisées, l'enchantement coloré de vos marchés et le faste de vos palais ainsi que la désolation de vos geôles et la misère de vos vies égoïstes et insensées... Mais ni vos richesses ni vos imprécations ne nous font oublier ou désespérer de la Grande Mère : Atho souffle en nous, la liberté nous revient toujours, tel un héritage sacré, un bien propre, car on ne saurait arrêter une nuée de poussière dansante, portée par Son Vent béni.
Indéfectiblement nous gardons la foi et l'espoir même au milieu de la plus écrasante nuit indigo : le meilleur est toujours à venir. On ne peut nous arracher l'espoir, gravé en nous, comme est inscrite dans nos poitrines la liberté. Si nous connaissons bien à votre instar le malheur et l'affliction, nous ne pouvons sombrer totalement dans ces abîmes car le Vent impétueux et sacré
de la Vie tempête en nous.

Oui, nous vivons sans peur et nous mourrons avec le sourire.
Tu comprends frangin, alors toi aussi ne te laisse pas aller
et chante avec nous...

Cyguer et moi n'avons pas le même père, pas plus que nos douze autres frères et sœurs, ce qui est sans la moindre importance car nous avons bel et bien la même mère, Sòfolia, elle-même fille de Cœlofa, aînée des seize enfants de notre vénérée Matriarche, l'Ancienne : Zòmira. Et tout indique qu'au prochain Jubilé
(nos devins ne sont-ils pas les meilleurs l'ami ?), dans dix-neuf années, non, crois-moi, le temps illusoire n'y peut rien, notre mère sera désignée, élue Matriarche, tu m'entends ? Gardienne de notre peuple, aussi nombreux que les étoiles, bien qu'épars sur toute la surface de la terre et des océans, à l'exception du Marais, totalement impropre à la vie.
Zòmira la prépare depuis longtemps déjà. Et nous devons nous préparer aussi, nous ses quatorze enfants, ses centaines de neveux et milliers de cousins, petits cousins... Car les plus proches parents de la Matriarche reçoivent une bénédiction accrue de Mère Atho, grâce qui doit rejaillir sur notre peuple entier. Nous devons être prêts à entrer pleinement
et efficacement au service des nôtres.
Le temps de l'errance et de l'insouciance, de la découverte et de la formation sera fini. Un autre voyage nous attendra, plus exigent, plus intérieur. Nous serons alors comme l'air qu'on respire frangin, invisibles et indispensables au sein de notre peuple, lui-même toujours aussi insaisissable et invisible à vos yeux aveugles. Quelques dizaines par ci, cinq ou dix par là, plus rarement des groupes d'une à quelques centaines ci ou là... Nous vous sommes si familiers que vous ne nous voyez plus, sans jamais pouvoir réaliser un seul instant notre nombre. Une myriade indénombrable en réalité, une nasse insoupçonnable, un canevas universel aux mille couleurs et langues du monde. Réfléchis donc, as-tu déjà passé un bois, un village, un col enneigé, une foire ou une rivière sans croiser ne serait-ce qu'une de nos roulottes ou l'une de nos longues barques qui nous conduisent en procession incessante sur les chemins sacrés de l'errance. Peux-tu compter tous les brins d'herbe sur la tête échevelée de Gaïane ou les étoiles de Sùryash qui ne cachent rien de la destinée des hommes ? Peux-tu compter les grains de sable qui constituent la parure de l'envoûtante Tarò Besméra ?
Peux-tu les dénombrer mon frère ? Le peux-tu ?
Nous sommes le sel de la terre, le secret même de la Vie.
En mettant en contact les peuples et leurs savoirs, nous sommes à l'origine insoupçonnée de toutes vos Civilisations. T'entends ça ? Oui mon frère, bois un coup à notre santé, c'est pour moi. Salùd...
Il faut que je te dise encore : nos enfants sont désirés, ils grandissent choyés et heureux sans connaître de limites ou de frustrations. Ils peuvent connaître la faim et la disette mais ils reçoivent un dépôt combien plus précieux... Ils savent dès avant de savoir parler, bien avant de pouvoir le formuler clairement qu'ils ne mourront jamais de faim quand bien même elle leur sera une compagne sacrément fidèle tout au long de leur vie.
Oui, ils reçoivent cet optimisme, ce souffle de Vie dans les veines qui les conduira sur des chemins à eux seuls réservés, pleins de mystères et d'émerveillement qu'aucun coffre ni aucune magie ne saurait receler. Nos enfants grandissent sans être écrasés ou formatés, ils développent pleinement leur personnalité. Ils goûtent à la vraie vie et à la solidarité exceptionnelle qu'induit le Souffle subtil de notre Grande Mère dans nos communautés, dans notre nation. A l'adolescence, nos jeunes sont autonomes et responsables, ils brûlent d'envie de découvrir un peu plus le vaste monde et de jouir de leur liberté si précieuse. Lors d'un rite de passage vers l'âge adulte,
on nous laisse entrevoir les talents et la carrière qui nous correspondraient et nous épanouiraient le plus. Puis nous sommes libres, les seuls êtres véritablement libres au monde, libres de vivre et de sillonner terres et mers et de nous répandre comme une lèpre maudite ou comme un baume miraculeux,
de détrousser les gras marchands ou d'étudier auprès des plus grands apothicaires, druides, médecins, chamans et guérisseurs de tous ordres, de tous horizons...
Nous pouvons exceller comme personne dans les arts magiques et martiaux : toutes les techniques développées çà ou là sont notre héritage ; l'élevage ou la pêche, la mine ou la forge n'ont aucun secret pour notre peuple, le commerce et les trafics nous appartiennent. Oui, nous sommes bien le sel de la vie. Nous ne connaissons pas de frontière, notre savoir et notre expérience sont décuplés, démultipliés. Certains quittent le cocon du clan ou de la famille pour fonder un foyer propre, quelques jeunes couples se lancent sur l'interminable sentier de la Vie, camouflés sous les oripeaux de la survie et de la détresse.
Mais tous, quelque chemin qu'ils empruntent, vivent la
grande Tradition sacrée de l'errance, faisant à chaque instant l'expérience de la singulière et subtile présence d'Atho, Mère de toutes choses. Nos jeunes errent et vivent en toute liberté sur
les traces du Vent jusqu'au rassemblement de la nation.
Le prochain aura lieu dans cinq années, un battement de cil...
Moi j'ai pris la route avec Cyguer et notre jeune frère Liberto, ainsi que quelques autres jeunes du clan. Après quelques mois seulement, nos routes se sont séparées, Cyguer et moi avons suivis de bravaches et joyeux compagnons rencontrés lors d'une mémorable aventure. Liberto et les autres ont suivi leur propre chemin : la liberté ne peut hélas pas tenir toute entière dans
le cœur d'un seul homme... et elle fait parfois souffrir.
Mais bientôt nous le retrouverons ainsi que tous nos frères
et nos proches, tous les nôtres et nous partagerons avec eux
les trésors infinis de nos aventures d'errance...

Je ne connais pas mon père et je fus, quelques mois seulement après ma naissance, confié au groupe du célèbre Baalabane : conteur, charlatan et devin de génie. Entouré de tous les siens (de joyeux compagnons, chasseurs, tanneurs, bricoleurs, acrobates, jongleurs, dresseurs, guérisseurs, herboristes, détrousseurs et apprentis mages) j'ai vécu une enfance inoubliable jusqu'à mes sept ans. La doyenne du groupe de Baalabane - une douzaine de roulottes et une famille soudée de plus de quatre-vingts âmes - Mihaela, sage-femme et soigneuse de renom me choya particulièrement. Jusqu'à ses sept ans, Cyguer quant à lui, fils d'un capitaine au long cours mi Zomeghi mi cousin, fut élevé sur les barges silencieuses d'un autre groupe, sous la direction de Bratù et de sa doyenne Zahra. Avant d'être rassemblés, à ses sept ans (et donc huit pour moi) nous n'avons vu que très occasionnellement notre mère Sòfolia, mais son affection et son regard ne nous quittaient jamais au travers des messages et présents que notre peuple a le génie de faire parvenir avec diligence, n'importe où, n'importe quand.

Et le regard de notre arrière grand-mère Zòmira nous était tout aussi familier, scrutateur et exigeant, bien plus pesant que celui de notre mère. Nous avons vécu quelques années bénies
auprès d'elles deux jusqu'à ma quinzième année, approchant la Matriarche avec autant de joie et de simplicité que de déférence et d'admiration. Potions, fumées, amulettes protectrices et décoctions diverses, poisons autant que remèdes ne pouvaient suffire à masquer le secret lové dans ses yeux verts, réceptacles d'une présence puissante et d'une sagesse vivante que nous ressentions sans le moindre doute, sans le moindre voile.
Après notre rite, nous avons saisi à bras le corps notre liberté, affranchis de la famille et du cocon protecteur du lignage comme du clan. Et depuis je veille jalousement sur mon frère qui me surprend un peu plus chaque jour. Pourquoi l'ont-ils nommé Cyguer, ce n'est pas de chez nous ? Je l'ignore...
Mon nom à moi a un sens explicite dans notre langue :
Béadín signifie la "porte des dons".
Bien que personne ne semble connaître mon père et que ma mère affirme ne plus savoir qui pourrait l'être - près d'une quarantaine d'hommes auraient partagé sa couche le mois de ma conception ; une femme libérée dîtes-vous ? - c'est un magnifique prénom qui me vaut l'estime des miens et m'a sans l'ombre d'un doute apporté un caractère jovial et positif.
Effectivement, je suis toujours confiant en mon destin et curieux de tout ce qui existe, persuadé qu'Atho veille sur nous Telle une Mère attentionnée. Je me dois de témoigner cet espoir sans pour autant chercher à convaincre à l'inverse d'un prêtre au mieux zélé, voire fanatique et intransigeant.
Alors tu me trouveras fredonnant de vieux chants Zomeghis particulièrement apaisants ou déclamant nos sages adages ancestraux dont chacun peut faire son profit s'il le veut.
Car la parole est liée au souffle et celui-ci procède d'Atho Mère des Vents. Pour sûr, j'aime les paraboles et les sagesses et je suis sociable, affable et généreux : reprends un peu de poisson l'ami, ne te gêne pas, allons sers-toi encore du vin. Comment pourrais-je dormir serein si mon frère du soir n'a rien dans le ventre ? J'aime jacter c'est un fait, mais je sais aussi me taire et écouter s'il le faut. Je préfère tout de même conter et palabrer mais si l'envie m'en prend, je peux aider avec mes modestes moyens celui que je juge digne de recevoir un coup de pouce du Destin ou un grand coup de pied au derrière... Ce faisant, je demeure toujours sous l'influence directe du Vent Sacré qui anime les terres, les mers et le vaste ciel qui nous coiffe.
Sais-tu que nous partageons tous, sans exception, une même bulle d'air, tous unis à chaque respiration, encore et encore ?
Et ce souffle n'est ni à moi ni à toi, on le rend bien à notre dernier souffle, alors il faut savoir apprécier ce don précieux... Bois mon ami et chante nous quelque chose, un air de ton pays !

Nous Zomeghis sommes élus et bénis et je crois que les autres peuples nous détestent pour cette raison. Où que crache la pluie furieuse de vos crasseuses cités, elle tombe toujours sur nous. Comment t'expliques ça mon ami ? Ne t'en fais pas mon frère, chaque chose est à sa place, cette mauvaise réputation nous sert de couverture chaude pour poursuivre notre vie, celle que nous avons choisie, libres, oui libres de toute entrave ou contrainte, libres de suivre la course du Vent invisible aux autres mais Auquel nous prêtons constamment attention, lorsque les autres oublient et dorment. Atho inspire tous les êtres fous ou sages,
la Vie elle-même, mystérieuse et impétueuse.
Ceux qui dorment aussi sont à leur place.
C'est comme je te le dis mon frère : la Vie, ce grand mystère...
La Vie, je te dirais bien son nom en Zomeghi, tu comprendrais.
Oui tu comprendrais tout alors, mais je te le répète,
ce n'est pas permis d'enseigner les mystères
et la langue sacrés aux cousins éloignés...

C'est que je cause beaucoup mon ami...
Tu dois être fatigué, tu peux dormir si tu préfères.
Regarde comme les étoiles brillent d'un drôle d'éclat cette nuit. Je crois bien que je vais m'en cueillir une pleine brassée.
C'est un bon signe ça ou je ne m'appelle pas Béadín...



A ta santé mon frère !
Archer hors pair, As du backstabb
Prêtre de St Dugall, Soigneur infatigable
Beau(x) parleur(s) aux propos ineptes et...nigmatiques
Charmeur invétéré, Aliéné tricéphale tout acquis aux Tristes Trucs
Amateur de chants impies, Adepte de Loki, Invocateur du Gel éternel

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Soulyacémoa
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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Soulyacémoa » lun. mai 20, 2019 3:58 am

Nouvelle du Sable

Où il est question de la sinistre lame Nafsalqadim, la souffleuse de vies, une longue épée qui reposait dans les ruines d'une pyramide antique, enfouie sous les sables du temps, de l'oubli autant que de la légende. Un enfant, Shams et un groupe d’une quinzaine d’aventuriers l'ont trouvée après avoir affronté bien des dangers : pièges innombrables, mort-vivants hargneux et malédiction irrémissible... Il n’était qu’un jeune enfant, c’est vrai, chargé de graisser les pièces d’équipement sensibles au sable, de cirer les armures de cuir abimées, d’enrouler cordes et harnais, d’allumer torches et bougies ou de tenir la vermine éloignée du camp et des rations. Il pouvait lui être demandé de se faufiler par une lézarde ou un conduit étroit, de descendre au fond d’un puits mais le plus souvent il n’avait qu’à apprendre, observer et anticiper le moindre besoin des pilleurs. Un apprenti ? Bien moins que cela, un orphelin tombé dans un nid de scorpions et de serpents aussi vils que mortels. Un orphelin exploité aussi bien qu’un esclave.
Mais il était là ce jour précis et il survécu, ainsi que deux de ses maîtres, voleurs et guerriers, explorateurs, entendez pilleurs de tombes et détrousseurs de voyageurs à l’occasion.
Ce jour funeste, ce n’est pas les mains vides qu’ils quittèrent les profondeurs du caveau sous les dunes d’horreur et de sable. Non, ils n’eurent pas cette chance…

Ils pensèrent vendre leur découverte à la Muqqadima : l'antique épée passait presque inaperçue au milieu du fabuleux trésor traîné dans les huit sacs, une infime part arrachée au cœur doré de la lugubre montagne. Comme toujours, les pieux et respectables greffiers de la Muqqadima fermeraient les yeux sur l’origine assurément douteuse de la marchandise sans âge. La Muqqadima, complexe et vénérable institution combinant hôpitaux, universités, observatoires, bibliothèques aux volumes innombrables et autant de cours et de salles d'entraînement physique et martial. Chaque aspirant y perfectionnait le domaine pour lequel il était le plus doué. La hiérarchie et l'autorité y régnaient depuis toujours, produisant les moines et les combattants les plus efficaces, les plus aguerris et les plus célèbres du pays d’Armel, mêlant le savoir, la détermination et l'agilité pour les expéditions les plus périlleuses qui soient, plongées à l’aveugle au fin fond des pyramides d'un autre temps, lorsque les dieux étaient des rois vivant parmi les hommes impuissants. Et ces mort-vivants plus que millénaires ne se laissaient pas dépouiller ou perturber sans imprécation ni réaction.
Seules les sépultures des grands souverains et prêtres intéressaient les hauts initiés de la Muqqadima. Toute leur connaissance n’avait d’autre finalité que de faire renaître les savoirs et pouvoirs de ces temps mythiques, de s’accaparer les reliques sans pareille qui avaient focalisées des énergies démesurées pour le compte de mortels passés à la postérité, voire à l’immortalité,
toujours de la pire des façons.
Le peuple adulait la Muqqadima, les citadins comme la nébuleuse de tribus superstitieuse et violente entourant le cœur désolé du continent d’Armel, de Sable, littéralement.
La Muqqadima assurait son unité culturelle en brassant des aspirants de tout le continent, elle arbitrait les conflits qui duraient trop longtemps, elle protégeait le peuple des abominations sans âge enfouies sous les sables et œuvrait à restaurer la grandeur armelite. Mais la vérité ne siège ni aisément ni durablement dans le cœur de l’homme, bien versatile. Le vent brûlant du désert érode la roche la plus pure comme il égare l’esprit le plus déterminé. Il abat les colonnes des temples et l’orgueil des palais qui croyaient défier le temps, défigure les statues et écorne les plus secrets des sarcophages. Il dessèche les plus brillantes civilisations comme il assèche les cœurs les plus fermes et les plus vertueux.
Son baiser ardent anéantit l’oubli et la perte eux-mêmes. Quelque chose n’en finit plus de pourrir au cœur de ce continent, un Mal incandescent et insondable y sourde, contaminant sans fin les terres et corrompant les pauvres hères qui les parcourent.
Peut-on imaginer que l’antique Muqqadima échappe aux affres et à la malédiction du désert ? Comment blâmer les détenteurs de la tradition, peu à peu éventée, presque évanouie, chaque jour un peu plus consumée par le mal irrémissible du désert comme il en va de toute chose. L'épée légendaire d'un des premiers rois de Sable, celle de Sethmon le Sombre et de ses cruels successeurs manquait bien entendu à l'inventaire des objets étudiés à la Muqqadima, ainsi que tous les artefacts et trésors de Thêbatoth, capitale occultée et introuvable de la première et inégalable civilisation des Seigneurs des Sables. Presque un mythe, Thêbatoth, berceau de la magie et de la royauté, autant dire berceau de la tyrannie absolue et symbole même du désespoir et de la servitude. L’esclavage et le sacrifice des uns assurant la grandeur des autres, depuis toujours penseriez-vous ? Non, l’iniquité et le crime ont un berceau, un début : il sont nés avec la fondation de Thêbatoth.

Shams comme ses maîtres ignorait qu’ils avaient découvert un puits d’air menant à la formidable nécropole des princes de sable ; ne vous méprenez pas : le siège de leur pouvoir, leur trône éternel d’où ils contemplaient le monde se désolant et se lamentant.
Nul ennemi à leur mesure, nul peuple insoumis, nul tribu d’origine à choyer :
de formidables prédateurs, féroces et insatiables, une meute sans attache dominant le monde connu.

Surpris par une tempête aussi soudaine que violente, les pillards firent face après les hurlements et les coups de fouet du ciel à une montagne sombre, un gigantesque pic à peine érodé, enfoui l’instant d’avant sous une mer de sable ocre, des dunes aussi vieilles que le désert. Comment auraient-ils pu deviner que l’insaisissable Montagne des vrai rois se dressait face à eux ? Qui prête foi à pareilles légendes, déjà chimériques pour les chroniqueurs armelites les plus anciens ? Qui croirait qu’une montagne puisse changer de lieu voire d’époque, qui aurait pu savoir, qui aurait pu affirmer que Shams et ses loqueteux maîtres contemplaient La Montagne, la citadelle qui inspira toutes les pyramides depuis les temps immémoriaux à ce funeste jour. Passés le grondement de la terre et la fureur du ciel, les pillards de l’immense aiguille sombre s’approchèrent, attirés par des grottes qui ne leurs semblaient pas naturelles. Des cavités troglodytiques béaient, des mains géantes avaient dû fouailler ainsi les entrailles minérales, ou des milliers de bras sans relâche. Nulle peinture, nul bas-relief ou sculpture ne pouvait laisser présager de l’importance de la découverte. Le bourdonnement de la tempête de sable grondait encore à leurs oreilles, leurs crânes vibraient, leurs esprits déboussolés ne comprenaient pas les imprécations lugubres qui se répandaient dans le lointain depuis cette colossale antenne. Puis le silence s’abattit sur la minuscule poignée d’hommes déjà couverte de poussière. Sans un mot, sans comprendre l’importance du lieu et sans égard pour la solennité de l’instant, le doyen des visiteurs de tombes fit signe à la troupe d’avancer, désignant une des anfractuosités les plus accessibles. Shams pouvait-il comprendre que la voix qu’il percevait résonnait dans sa seule tête ? Leurs pas ne produisaient pas le moindre son pas plus que leurs gestes sûrs. Leurs tympans meurtris ne pouvaient encore rien saisir du silence interdit et anormal les environnant, même les nuées de poussière tourbillonnantes ne savaient plus siffler et vrombir. Leur cauchemar de sable avait débouché sur le cauchemar d’un autre, comme une porte entre deux rêves…
Shams a perdu le souvenir net de la descente, seule la voix emplissait sa conscience, de coïncidences en accidents, d’exploration heurtée et sanglante en fuite éperdue, l’appel qui sourdait en lui s’est fait chairs trépassées, os acérés, animés par un esprit malin sans nom, une âme dense flottant dans cette colossale cathédrale minérale, soudain incapable de la retenir, une volonté obscure et destructrice, un rouge dessein inachevé, une énergie bien trop longtemps contenue.
Il ne se souvient que de la lumière aveuglante au bout de la galerie. Seuls deux pillards plus morts que vifs emportaient avec eux des sacs débordant de butin ainsi que le talisman emprunté à la plus ancienne et grossière des statues, surplombant le premier sarcophage : une énorme parure de platine et de lapis lazuli, destinée à altérer la magie et la matière comme jamais depuis ainsi qu’il l’apprendrait plus tard. Même les plus hauts dignitaires de la Muqqadima ne croyaient guère en son existence. Aussi quel prix pourraient-ils fixer à l’inestimable, à l’inconcevable, à ce qui surpassait de si loin leur échelle de côtes ?
Mais la voix ne provenait pas de la mythique Parure des Dons ; et la très sainte Muqqadima décida avec autant de lucidité que d’avidité de s’emparer de cet inestimable et improbable trésor qui venait à elle.
Shams demeurait caché auprès du premier pillard, le plus mal en point des deux rescapés, consumé par la fièvre, sous la protection de l’immense anneau de tentes qui s’écrase contre les hautes murailles naturelles de Wadi Fethan, la plus grande cité du pays armelite, une épine de verdure dans l’œil du désert et le siège principal de la puissante Muqqadima.
Le second pillard, Mahios sélectionna quelques pièces de choix du butin et franchit une des huit portes de la cité. Graissant quelques pattes déjà bien adipeuses, il arriva sur l’esplanade verdoyante de la première école de l’histoire des hommes, la Mère du monde : la Muqqadima.
Mahios ne garderait pas le souvenir des palmiers et des fontaines, ni celui de l’odeur entêtante des massifs de fleurs colorés. Révélée sa marchandise, on le fit patienter à l’écart dans une salle haute et fraîche, à l’abri de l’impie lumière aveuglante et desséchante. Des kheyyens, frères jurés de la Muqqadima toujours vêtus de noir, surgirent de derrière les lourdes tentures qu’il n’avait pas toutes remarquées et d’autres frères franchirent la lourde porte de bois sculptée et renforcée de disques de fer qu’il avait franchie près de vingt minutes plus tôt. L’issue fut barrée, la fuite rendue impossible par les lanières inflexibles des fouets qui lui saisirent les membres et le cou. Entravé, une interminable descente débuta dans les entrailles sombres et insoupçonnées de la Mère du peuple armelite. Torture et magie noire eurent raison de lui, il avait pourtant parler avant même qu’on ne le touche, négociant, suppliant tant qu’il le pouvait. On le tortura de la plus abjecte des façons : l’horreur ne s’improvise pas et les maîtres bouchers étalèrent leur prééminence dans ce savoir faire. Il ne varia jamais dans son récit, la vérité est une version plus aisée à tenir. Après des heures de sévices, les sortilèges vinrent lui faire espérer la fin de son supplice. Prêtres et mages feignirent ignorer qu’on le traitait ainsi. Ils s’en indignèrent et on le soigna. Il délivra la vérité toute nue, mais encore une fois cela sembla ne pas suffire : les arcanes noirs ne laissèrent de lui qu’une carcasse meurtrie et vidée. La vie l’avait enfin quitté… Mais les grands prêtres séquestrèrent son âme, la passèrent au tamis acéré de leurs introspections, défirent scène après scène, instant après instant de ce que Mahios avait vécu depuis l’apparition de la Montagne.
Aucun détail ne leur échappa, il leur fut bien plus utile mort que vif et coopératif.
Les frères noirs investirent les allées faiblement ombragées de l’anneau où se dissimulaient Shams et Wadjir, se contorsionnant de douleur et délirant maintenant au sujet de la funeste et inéluctable malédiction des premiers rois. Shams ne lui prêtait nulle attention, se tenant la tête dans les mains et pressant sur ses oreilles sans pouvoir atténuer la voix métallique et féminine qu’il entendait, comme s’il surprenait et s’immisçait dans les pensées d’une autre, sans pouvoir s’y soustraire.
Les cris, la rumeur et la panique enflèrent pour les atteindre malgré la vaine barrière de ses bras enserrant sa tête. Un coup d’œil furtif à l’extérieur lui permit de comprendre que cette portion de l’anneau était passée au peigne fin par de très nombreux kheyyens de la Muqqadima. L’absence de gardes pour une si basse besogne alarma le gamin : la Muqqadima voulait mettre la main sur ce butin, sur Wadjir et lui ! Et les gémissements et râles du pillard agonisant finiraient par attirer les frères qui fouillaient méthodiquement chaque tente ou taudis, chaque échoppe, comptoir ou étalage de fortune, se rapprochant d’eux inexorablement, de tous les côtés à la fois comme s’ils les encerclaient sciemment. Il plaqua sa main sur la bouche de Wadjir mais celui-ci, les yeux révulsés, comme absent lui saisit soudain la gorge et la pressa de toutes les forces de la folie et de l’agonie. Crissements, craquements, souffle interdit. La vue de Shams se brouilla, l’obscurité s’imposa… et la voix se fit plus proche, l’interpellant directement pour la première fois, une voix aussi suave que moqueuse :
« Besoin d’aide Shams ? Quelle mort détestable… mais il faut bien accepter de finir si tu es faible. Veux-tu que je te rende fort, veux-tu de l’aide ? »
Shams aurait été bien incapable de parler mais au fond de lui, sa conscience en déroute désira cette aide, se raccrocha à cet infime espoir de survie. L’instant d’après il sentit le contact glacé de l’épée noire et lourde, il ressentit sa soif, sa fureur et il découvrit en ouvrant les yeux les restes de Wadjir, la tête et le torse hachés, réduits en un amas indiscernable : abjecte bouillie d’os, de pulpe et de nerfs baignée de sang.
Une intense énergie traversa Shams, lui redonnant bien plus que la pleine
possession de ses moyens, lui qui venait d’échapper à la mort un instant plus tôt.
Il s’élança au dehors, l’énergie glaciale l’électrisait toujours, l’épée sifflait et jurait telle une démente… mais lui seul la percevait. Tout, autour de lui avait pris une teinte grisâtre, un voile brouillait sa vue comme s’il observait son environnement derrière un très épais rideau de pluie. Les frères noirs et les gens de l’anneau semblaient se mouvoir au ralenti, les sons lui parvenaient atténués, étouffés. Surtout, il réalisa que nul ne pouvait le voir… ni le toucher. Ils passèrent à travers lui tel un spectre et c’est comme spectateur sans la moindre prise sur ce songe étrange qu’il parvint à s’éloigner de Wadi Fethan. Il redevint tangible et visible à la tombée de la nuit, loin sur la route du sud qui longe l’erg aux fleurs de sel écarlates. Il reprit ses esprits comme on se réveille d’un rêve lourd et inachevé.

Il entendit le martèlement de sabots derrière lui et celui de la voix voluptueuse dans sa tête.
« Assez dormi. Kheyyens, soldats et chasseurs de primes vont te poursuivre, l’alerte est déjà donnée, le désert est sur tes traces Shams. Comme ils ont raison de te craindre...
Mais pour l’heure il te faut une monture alors essaye de ne pas les laisser passer. »
Deux cavaliers remontaient la piste rocailleuse, deux coursiers galopant vers le prochain ksar dont les tours ocres se devinaient au loin. L’ayant aperçu, l’un d’eux sorti son sabre et le chargea pour l’éliminer ou pour forcer le passage vers le fort. Le second s’écarta légèrement et de son très court arc décocha une flèche précise et silencieuse qui atteint l’enfant au bras d’arme… mais il ne lâcha pas la garde de la lame sombre et disproportionnée pour lui. La douleur et la peur firent vaciller Shams, l’instinct de survie se raccrocha encore à cet alliage vibrant et glacial qu’il tenait et le tenait. Nafsalqadim joua sa partition, en un instant le cavalier au sabre perdit son avant-bras, tranché net au-dessus du coude et son fin cheval vit ce même coup lui tailler l’encolure très profondément. Puis, de ce petit bras chétif et traversé d’une flèche de bois durcie à la cendre, l’épée des rois nécromants s’élança, trait de haine pure qui atteignit l’archer en plein cœur et réapparut aussitôt dans la main de Shams avant même que sa victime désarçonnée et son arc ne touchent le sol.

Il récupéra la monture valide et décida de quitter la piste et l’erg pour s’engager dans le désert sableux, aride et stérile. Au lever du jour il serait visible à des kilomètres et sa trace aisée à suivre si le vent ne s’en mêlait pas. En sacrifiant sa monture, il pourrait atteindre une des petites oasis qui bordent le Grand Ancien, l’océan de dunes et de sable pur au cœur du continent armélite, parcouru de concrétions rocheuses, veines minérales et saillies évoquant le squelette titanesque d’un dragon ou d’une autre aberration des premiers temps du monde. Certaines caravanes marchandes dans la mâchoire du Grand Ancien préfèrent voyager de nuit pour éviter les grosses chaleurs et les mauvaises rencontres. Caravaniers, nomades et voyageurs s’aperçoivent davantage aux heures moins chaudes du jour dans la zone des puits et des oasis, sorte de rivage du Grand Ancien où une myriade de campements et de petites cités constellent le pays armélite comme les étoiles le ciel nocturne.
Il galopa toute la nuit avec la sensation coutumière d’être seul au monde dans le désert. Sa raison sait bien à quel point c’est ridicule et éloigné de la vérité, mais comme à chacune de ses immersions dans cet océan de sable depuis qu’il a vu le jour, le doute l’a envahi un instant. Après des heures de grand galop, son cheval agonisant, il accepta ou décida de l’abattre, difficile de faire une nette distinction entre les deux volontés qui le traversent et l’habitent, se croisant, s’éloignant ou s’épousant parfois. Il avait brisé et ôté la flèche de son bras sans ressentir la moindre douleur. A son appréhension avait instantanément répondue l’énergie glaciale de l’épée. Il marcha. Il a marché, sans direction ni but, longtemps, habitant les ténèbres sans peur, grisé par sa formidable lame.
Rien de plus dangereux que lui ne maraudait cette nuit.
Ce furent les flammes d’un petit bivouac aperçues à l’horizon qui le tirèrent de sa torpeur. La nouvelle de sa recherche, son nom et sa tête mis à prix l’y avaient-ils devancés ? Le vent et le rêve colportent des messages pour qui sait tendre l’oreille, certains savoirs anciens se pratiquent encore parmi les nomades aussi naturellement que l’on respire ou tire le sabre. Dans les cités, sorciers et mages n’ignorent pas non plus les subtiles voies et voix du vent.
Il s’approcha, l’épée lui sembla soudain légère. Il la sentait toujours aussi nettement mais il ne la voyait plus. Ce prodige ne l’étonna même pas, une conscience profonde en lui le comprenait, là où deux egos se rejoignent comme un isthme fin mais solide entre deux mondes.
Voilà qu’on le hèle et le salue, qu’on l’invite à partager un breuvage ainsi que le veut la tradition de l’hospitalité. Quittant les ténèbres où l’épée le dirigeait sans peine, il venait de repasser les portes de la normalité et s’approcha très lentement du feu comme on apprivoise un animal sauvage. On le toisa bien sûr, on guetta les alentours et on s’abstint de le questionner sur sa blessure et le sang dont il était maculé de la tête aux pieds. Mais on se garda également de le soigner sans qu’il ne le demande et on l’écouta, on attendit qu’il offre, en plus de sa gentilé et des nouvelles comme le veut l’usage, le récit de son malheur. La véridicité est le mortier solide sur lequel est tissée la confiance, lien vital du désert qui engage l’hôte et l’auditoire quoique confesse l’invité. Mais Shams se contenta de leurs galettes de mil sauvage, de leur viande séchée et de leur lait de chamelle caillé. Il savait qu’il les offensait mais ayant accepté leur nourriture, il pourrait tout de même finir la nuit sans risquer d’être égorgé comme un possédé ou de se retrouver esclave ou encore d’être abandonné, entravé en plein désert. Il repartirait à l’aube, dans un peu plus d’une heure maintenant, avec ou sans l’obole d’une outre d’eau, il serait fixé bien assez tôt. En tous les cas il ne leur avait donné aucune raison de ne pas informer le réseau tentaculaire et insaisissable du désert de
la présence d’un enfant en fuite couvert de sang. Bien avant les premières lueurs de l’aube, l’engourdissement du sommeil irrésistible et les litanies incessantes de Nafsalqadim avaient achever de mettre l’enfant dans un état second où le cauchemar du réel et du songe se mêlent.
« Tue-les ou ils te livreront, ils te vendront pour un tapis.
Ils parleront, te dénonceront, laisse-moi les éliminer, laisse-moi faire ça pour toi...
- Non ! »
Le cri du garçon se perdit dans le semi comas où il luttait contre l’influence de l’épée.
Presque au même instant des cris horrifiés et des rugissements bestiaux retentirent suivis de brefs bruits de combats. Shams était maintenant sur ses pieds, bien éveillé. Le calme revint, le pan de la tente jouait sous le vent et des grognements immondes et inquiétants se laissaient entendre, des bruits d’os rongés, broyés…

Aucun doute, des bêtes fauves se tenaient juste là au milieu des quelques modestes tentes du camp. Shams ne ressentait aucune crainte, il sortit sur le pas de la tente. Ni léopard à dents de sabres des gorges de Djebel Harr ni lion écarlate de l’erg rouge pas plus que de hyène des sables aux yeux globuleux presque aveugles et à la mâchoire redoutable, tapie sous le sable en attendant sa proie malheureuse. S’il n’en n’a jamais vu il a souvent entendu parler des vers de dunes, des lézards hurleurs ou des vautours géants mais ce qui se tient devant lui n’est rien de tout cela. Il reconnaît les livrées marron cousues de jaune et les écharpes de soie pendues aux calottes de cuir brunes des coursiers de la veille, morts la veille ! Le bras sectionné du premier ne laisse nulle place au doute : ce sont les hommes d’hier, ou des choses apparentées à ces hommes… L'odeur diffuse du sang et des viscères répandues lui arrachèrent un haut-le-cœur. Apparitions cauchemardesques, les deux créatures se tenaient à quatre pattes, leur peau méconnaissable était devenue un épais cuir pourpre très sombre, comme calciné et lustré par un mucus nauséabond. Leurs traits n’étaient plus que vaguement humains, atrocement difformes et torturés. Leurs yeux noirs où luisait un minuscule point rougeâtre révélaient la démence, d’immenses crocs déformaient leur gueule et des griffes acérées terminaient chacun de leurs membres. Vision dérangeante, aura glaciale...
L’une des goules, de ses crocs givrés avait déchiqueté la gorge d’une des nomades et aspirait bruyamment jusqu'à la dernière goutte de son sang. Le second monstre brisait des os et un crâne comme de vulgaires morceaux de bois sec. Une femme presque sectionnée en deux croisa son regard, elle tremblait comme une tenture sous la tempête, son sang avait généreusement été offert en sacrifice aux esprits protecteurs des sables pour qu’ils ferment les yeux. Elle supplia Shams de l’achever, sans un mot, sa main secouée de spasmes se leva un instant vers lui, la terreur emplissait ses yeux, fenêtre de son âme dévastée. A l’agonie, elle craignait encore de souffrir davantage, elle craignait encore les goules sans même l’espoir de survivre, comment la vie pourrait-elle s’accrocher plus longtemps à sa carcasse brisée,
la vie s’écoulait d’elle comme l’eau d’une outre percée, avidement épongée par le sable complice…
Il céda à Nafsalqadim qui acheva la malheureuse avec délectation.
Au même instant, semblant ignorer l’activité de Shams, les goules, apaisées, s’éloignèrent sans un regard pour lui, certainement repues. D’abord lentes et pataudes, elles disparurent bientôt chacune dans une direction opposée à une vitesse stupéfiante et insoupçonnable.
Il se décida à partir lui aussi avec l’aube naissante, après avoir fait le plein d’eau et de vivres puis sélectionné un robuste dromadaire, rien de plus. Dans le désert profond, le poids est l’ennemi. Il se lava le visage et les mains, frotta vainement le sang puis prit encore le temps d’enrouler un long turban mité autour de sa tête, décidé à s’enfoncer sans attendre dans les mâchoires ardentes du Grand Ancien, du Grand Rouge.
Il progressa sans repère ni destination précise. Le marteau du fléau solaire écrasait la réalité vibrante et fumante, réduite à l’état de mirage insignifiant sur l’enclume du sable infiniment étendue. Il ne put éviter continuellement les points d’eau et les oasis aimantant la faune autant que les tribus du désert. Si Nafsalqadim s’occultait à l’approche des populations, il la sentait toujours parfaitement dans sa main, inamovible, inflexible et bavarde…
En côtoyant et en écoutant nomades et caravaniers ces derniers jours, il apprit que deux petites cités des environs avaient connu une même mystérieuse et effroyable expérience : chacun ne parlait que de ces cimetières, dunes entières de macchabées qui se seraient... animées, ébranlées, libérant des squelettes blanchis attirés par les vivants, pauvres vivants surpris et attaqués en pleine nuit avec une sauvagerie inouïe. Beaucoup évoquaient même un gigantesque squelette de plusieurs mètres ayant semé la désolation dans les campements nomades alentour. Shams comprit, il sut d’une façon aussi certaine qu’inexplicable que c’était bien lui le responsable de tous ces malheurs. Nafsalqadim appelait les trépassés,
les manipulait sans seulement qu’il s’en rende compte.
Ses noires litanies s’étaient effectivement intensifiées, bien que lui demeurant impénétrables.
Il l’interrogea, se tourna vers cette part d’elle en lui, voluptueuse et ombreuse, nébuleuse et vénéneuse, vertige de puissance métallique et de ténèbres rougeoyantes.
Et il comprit.
Nafsalqadim convoquait les morts, lent et lugubre mais incessant processus qui exigeait d'elle une énergie considérable, énergie qu’elle puiserait dans la terreur et la vie même de ses victimes. Les cadavres récents, décédés il y a quelques lunes, quoique décharnés feraient des zombis efficaces, travailleurs agiles et dotés d'une force insoupçonnable. Les morts des époques plus éloignées, offrandes prélevées par le Grand Ancien ou ossuaires attendant sagement dans leurs nécropoles oubliées des vivants, constitueraient des légions de squelettes, lents et souvent incomplets mais pourvus de griffes redoutables et d’une endurance sans commune mesure dans le règne du vivant. Quant aux victimes de la Souffleuse de vie elle-même, elles reviennent d’entre les morts sous la forme de ces goules ou warshans, monstres redoutables attirés par l’énergie vitale dont ils se nourrissent. L’horreur vissée à sa main, pulsant et tramant toujours ses sombres desseins, Shams tenta de fuir en lui-même, état second qui lui serait bientôt une seconde nature.
Errant telle une âme en peine, ne sachant que faire ni où aller et incapable de se défaire de Nafsalqadim, il se cacha dans la région pour éviter de dévaster davantage toute la terre armelite.
Il erra, s’enfonçant maintenant dans le Grand Ancien chaque jour un peu plus, loin des cités et campements principaux, loin des voies et veines du commerce, loin du chapelet de points d’eau constituant les nervures de la civilisation armélite. Ses réserves furent bientôt plus qu’entamées, il avait égaré sa monture sans pouvoir la retrouver, lui-même perdu sans retour dans la tempête de son esprit et le labyrinthe ocre s’étendant à l’infini autour de lui. Il avait sombré au plus profond de l’océan infernal du Grand Ancien. Ses lèvres étaient boursouflées, ses yeux clos ne voulaient plus s’ouvrir pour contempler sa déroute et ses pieds n’étaient plus que deux vastes brûlures purulentes. Même avec l’influx de l’épée, sa mort n’était plus qu’une question d’heures. Nul charognard ne viendrait profiter de sa carcasse, ici au centre du continent armélite, au cœur précis du Grand Ancien, dans l’œil de la rouge et ardente désolation, siège de tout mal et siège selon les légendes de la nation des djinns.
Mais il était bien seul ici et il serrait le mal absolu dans ses mains,
le laissant ronger et corrompre son âme chaque seconde un peu plus.
Au neuvième jour de sa dérive, les amarres de sa conscience et de sa volonté presque évanouies, il avait traversé le cœur du Grand Ancien, auquel nul mortel n’avait échappé et se trouva aux prémices des concrétions rocheuses du Djebel Harr, contreforts blancs et bruns où il se sentit épié, talonné dès qu’il en foula le sol. La folie le guettait, il pouvait presque la voir, la toucher. Nul djinn ne se manifesta à lui. Dans une gorge profonde qui déboucha sur un cirque naturel de calcaire sans issue, l’écho de paroles résonna soudain comme le tonnerre sur la paroi claire et vierge de toute voie humaine à ce jour. Une vraie voix, celle d'un homme, réel, vivant !
Mais ce n’était pas la seule voix qu’il percevait...
« Je me nomme Ramesh, étoile du matin de l’ordre de Samarh.
Qui que tu sois soumets-toi et j’épargnerai ta vie. »
Le paladin n’en revenait pas, ses yeux voilés par la sueur trahissaient sa stupeur à la mesure de sa déception : il s’attendait à affronter un démon effroyable ou un spectre redoutable mais il faisait face à un tout jeune enfant d’environ huit ou neuf ans, tout frêle, la tête hérissée d’une couronne brune et frisée, totalement couvert de sang et de poussière, traînant péniblement une longue lame sombre qui raclait le sol.
« Aidez-moi je vous en prie... »
-Tu m'entends petit ?
- Je vous entends… je l'entends aussi, l'autre voix, votre compagne qui vous conseille de vous méfier de moi.
- Tu la perçois ? C’est Fraemaïa, ma fidèle épée.
Je suis son bras, plus que cela, c’est mon alter ego, nous poursuivons un but commun.
Elle a senti une de ses sœurs reprendre conscience quelque part dans cet enfer de sable armélite, mais sa trace était trop faible, diffuse et incertaine jusqu’à ces légions de mort-vivants et ces carnages dans son sillage.
- Je ne voulais pas ça. Quand deux gardes m'ont attaqué, j'ai réagi d'instinct. C’était pour me protéger, je ne voulais pas ça, mais l'épée m’a échappé. Elle s'est gorgée de leur sang et de leurs âmes volées, totalement hors de contrôle… Elle vous craint, je le sens. Car manipuler toutes ces goules et rappeler à la vie tous ces morts a presque épuisé son énergie. Elle vous hait. Je peux le sentir aussi.
Aidez-moi...
- Je vais t'aider. Fraemaïa lit en elle comme dans un livre ouvert.
- Elle en fait autant à l’instant même.
- Ne crains rien, Fraemaïa a le dessus sur sa sœur, son énergie sacrée et radiante s'est accumulée et développée depuis de très nombreuses années, bien avant que je ne la porte et elle est à mes côtés depuis tant d’années déjà, une vie... Elle va inhiber cette souillure, la contenir pour l’empêcher de te contrôler ou de relever les morts dans les parages. Bientôt elle sera inconsciente et tu pourras t’en libérer mon garçon. Comment t’appelles-tu ?
- Shams Almishaï. Et après que m’arrivera-t-il ?
- Le cauchemar sera terminé.
- Mais j’ai tué des gens ! »
La main de Shams s’est crispée de toutes ses forces sur la garde de Nafsalqadim, légèrement revigorée par cet accès de colère et de haine.
Le paladin un instant surpris tente d’apaiser l’enfant :
« Tu apprendras à te le pardonner, ce ne sera pas aisé mais un jour tout cela sera derrière toi. Je ne peux ni te conter ni même te compter toutes mes erreurs et les nombreuses vies innocentes qu’elles ont coûtées. Tu feras avec et tu vivras avec ces visages torturés, mais tu ne les oublieras pas, rassure-toi. Et crois-moi petit, un jour tu en tireras une force et une détermination accrues pour combattre le mal rouge du monde. Il en va ainsi, celui qui n’a pas chuté ne peut haïr les ténèbres et les combattre de tout son être. Tu deviendras l’instrument du juste châtiment grâce à cette blessure, à cette tâche sur ton âme, si tu le veux, si tu choisis de te relever et de donner un sens à tout ça. »
Shams desserra la mâchoire et l'étau de sa prise sur la garde.
« Fraemaïa montera la garde, elle ne dort jamais, rien ne saurait la distraire ou la surprendre ne t’en fais pas. Mais toi et moi, nous devons nous reposer,
m'est avis que tu n'as pas plus dormi que moi ces derniers jours. »

Dormir, voilà bien des jours et des nuits confondus que Shams n'avait fermé l'œil.
Son corps vacillant et ses yeux rougis en attestaient.
Avant que le paladin ne puisse réagir. Shams s’effondra sur lui-même, vidé,
bien au-delà de l’épuisement physique, totalement vidé.
« Soit petit, nous ferons halte ici même, au beau milieu de cette… arène,
si c’est ce que tu veux. »
Le feu allumé, le guerrier sacré jeta une couverture sur le gamin. Il ne pouvait prendre le risque de le déplacer, il ne devait pas prendre le risque d’entrer en contact avec Nafsalqadim, la légendaire Souffleuse de vies, celle qui possède et désespère les âmes, disposant ou dispensant de la vie à sa guise. Ramesh s’installa en tailleur et pria, méditant jusqu'au milieu de la nuit avant qu’un sommeil léger ne l’emporte enfin.
Il somnolait depuis deux heures lorsque Fraemaïa le réveilla.
« Ça y est, j’ai vaincu mon indigne sœur. Elle ne s’éveillera plus jamais,
du moins pas tant que je la garderai près de moi et que nous accomplirons notre juste devoir.
- Tu es la justice incarnée. Gloire à Celui qui t'a forgée. »
Il tendit la main pour ôter celle de Shams de l'épée infâme, l'épée des premiers tyrans et des nécromants originels. Mais il ne parvint pas à la dégager ! Il força sans plus y parvenir ni réveiller l’enfant qui dormait, presque comateux après tant de nuits de veille.
« Fraemaïa, comment est-ce possible ?!
- Je l'ignore, il nous faut interroger les savants de l'Ordre. Peut-être quelque manipulation de ma vile sœur sur l’âme de ce faible mortel m’aura échappée, une dissimulation, une fourberie d’une façon ou d’une autre.
- Mais un lien subtil existe bel et bien.
- Peut-être une trace du sang maudit de ces monstrueux rois des sables coule-t-il dans les veines de l’enfant. Ce n'est pas à exclure. L'œil de la justice ne doit pas refuser de regarder la vérité, il nous faut explorer toutes les pistes et agir en conséquence.
- Il peut s'agir de ça comme cela peut être tout autre chose.
- Tranchons-lui la main, c’est notre devoir et actuellement notre unique garantie de...
- Non Fraemaïa ! Non... Je refuse de faire ça. Tu lis en moi clairement : je ne sais pas pour quelle raison je m’y refuse, je l'admets… Ta sœur pourrait être bien plus dangereuse sans ce pathétique porteur, ce n’est qu’un gosse, je ne sais pas... Nous le guiderons et l’escorterons jusqu’au krak de Régaïa. J’espère qu’il sortira du bon de cette décision.

Puisse le Bien guider nos âmes et nos pas. »
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Soulyacémoa
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Re: [CR] - Le donj du vendredi soir présente:D&D 5 dans le dodé!

Message par Soulyacémoa » lun. mai 20, 2019 4:07 am

Nouvelle du Rouge

Si je pouvais je serai concis.
C'est pas comme si j'avais une prise sur tout ça.
Par où commencer, comment l'expliquer : je m’appelle Hakab et je dois mourir avant ma fin, avant que ce qu'il reste de vie dans mes veines ne s'éteigne, noyé dans les méandres rouges et ardents de l'insondable horreur...

Il le faut.

Même si la mort complice me nargue et s'évertuera à ne pas me prendre, pas avant qu'il ne soit trop tard. Elle me l'a juré lors de nos fiançailles incarnates.
Et elle m'aimera bien au-delà de cette vie. Son étreinte glaciale m'est promise à jamais.
Ma mort ne me sera pas une libération... pour vous encore moins.

Je ne mentirai pas.
Ma bonne étoile est rouge, sanglante.

Enfant déjà je me tenais à l'écart, enfant déjà le rouge me suivait comme un ru, bruissant à mes oreilles totalement sourdes aux joies du monde, un ruisseau en devenir, bouillonnant d'impatience, oui si près d’entrer en crue, pas encore fleuve et cherchant déjà à déborder de son lit étroit pour tout emporter.

N'avais-je pas déjà déchiré le frêle voile qui me séparait de la vie pour apparaître, damné hurlant dans une mare de sang bien trop petite pour étancher ma soif ?
Oui n'avais-je pas déjà emporté ma mère pour venir au monde,
me privant de la tendresse maternelle que je percevais si naturelle aux autres enfants.
Seul déjà, je me tenais au milieu des autres, attentif et sensible au rouge. Déjà...

Mes compagnons d'enfance étaient les amis de mon frère, j'étais près d'eux, avec eux,
mais je n'étais pas l'un d'entre eux. Je n'étais que le frère et je ne cherchais rien de plus.

La vie n'avait pas d'emprise sur moi. La joie, le désir m'étaient inconnus dans leurs deux modalités ordinaires : possession et paraître m'étaient profondément étrangers.

A l'instar de tout enfant du village, je volais une poule ou une part de tarte avec délice,
avec joie - mais sans peur - et j'étais impatient de me mesurer aux autres, d'éprouver ma force et mon habileté, en forêt ou au bord de la rivière comme face au moindre obstacle qui se présentait à moi. En cela je n'échappais pas à la routine sans cesse renouvelée que le génie de la vie impose à tout gamin...

Mais assouvis les besoins primaires de mon corps, chaque expérience laissait place en moi à la mélancolie, à un abîme de frustration et d’hébétement. Une confusion familière derrière laquelle, peu à peu, j'ai commencé à distinguer un appel sourd, pressant et avide, là, au plus profond de mon être, comme une vibration incessante
derrière le rideau si pathétique et inachevé du réel.

L’écho rouge et puissant du Marais...

La vie m'offrait toutes ses lumières illusoires et colorées,
toutes ses généreuses promesses sans pouvoir m'aveugler ou seulement m'éblouir durablement
comme tous ces faibles vivants autour de moi, entièrement empêtrés dans ses rets grossiers.
Mon royaume rouge n'est pas de ce monde… Incomparable Marais.

Les uns aspirent à devenir, à parvenir et bien plus cherchent à posséder, à amasser encore et toujours davantage.
Chacun planifie sa destinée, ploie les chemins du succès, de l'aventure ou de l'honneur.
Et combien pour cela empruntent des raccourcis, dérobant, arrachant, s'accaparant au prix du sang, sans relâche ni scrupule, sans se poser la moindre question.
Gesticulants et insatisfaits vivants, toujours en quête d'autre chose, éternels quémandeurs, si fragiles, si prévisibles dans leur instabilité.

Pâles ombres d'une malingre flamme de bougie, ballottée, torturée, si prête de disparaître sans réellement exister.


Pâles ombres essayant de s'agripper à l'existence, attirées par la lumière,

insignifiantes ombres, fébriles,

vacillantes...


Elles n'ont pas le temps de se demander ce qu'elles doivent éclairer ou bâtir en ce monde...
Que les voilà déjà soufflées, éteintes, arrachées à la vie.

Elles ne sont pas le Mal,
ni de près ni de loin, non...

Ces pauvres vivants ne sont pas le rouge.

Les cités prospères avec leurs bas-fonds et leurs prisons,
les multitudes de champs féconds comme les innombrables champs de batailles :

les deux faces d'une même imposture, rien d'autre que la vie des deux côtés de la pièce.

L'entraide des gens, leurs mille et une voies et vérités pour se ressembler et s'opposer ;
mais se rassembler encore, grégaires et s'ingénier à vivre, obstinément, quelles que soient leurs croyances, leurs cultures ou leurs langues si diverses...
La vie les inspire, la vie foisonnante, débordante d'imagination et de rêves.
La vie qui se transmet telle une lèpre furieuse sans jamais devoir cesser d'ouvrir des possibles.
La vie qui ne revient jamais en arrière, fuite en avant éperdue
sans prendre un seul instant précieux pour se retourner dans sa vaine course folle.

La vie anime le monde, l'habite et le pousse inlassablement en avant, toujours plus avant sur la corde raide du temps.

La vie tombera tôt ou tard au fond du précipice, le temps lui-même n'y peut rien. Et je sais ce qu'elle redoute et trouvera en bas. Je le sais…
Elle s’enfoncera inéluctablement.

La vie hante le monde, le possède et chacun est abusé par cette illusion obsedante, ce voile permanent que l'on tient pour éternel. Mes yeux à l'éclat rouge sans pareil contemplent cette carcasse morte et puante pour ce qu'elle est...

Jamais à ma vue ne se dérobe le rouge. Prodigieux et bouillonnant Marais.


Mon père a essayé de lutter contre cela sans le comprendre vraiment. Il a essayé de se rapprocher de moi, m'a emmené quelques fois avec lui lors de ses longs périples lorsque la vie l'habitait encore. Il aurait dû emmener mon aîné et lui transmettre ce qu'il devait savoir de son activité mais il sentait intuitivement le gouffre, l'absence de vie en moi.
Il ne me détestait pas pour avoir aspiré la vie de son épouse.
Après l'incident comme il l'appela, il m'a haït pour ce qu'il a distingué en moi, sans pouvoir le nommer ou seulement en parler. Il s'est détesté pour n'avoir pu m'aider ni se sauver lui-même.

Il a vu en moi un fugace aperçu du feu primordial et a sombré,
égaré entre désespoir, terreur et alcools, autant qu'il a pu s'en procurer, dérisoires élixirs tendus comme des filins entre la vie et son naufrage sans retour.
Il perçut en moi, un bref instant, la source rouge, l'océan sans rivage, une infime lueur de cette tempête qui déchire le ciel de la vie et noie l'espoir de toute terre, de tout début ou fin,
de tout sens et de toute croyance... Atteint par les effluves du Marais, il n'est jamais revenu de ce regard rouge et plein, vermeille œillade incomparable : une seule gorgée du nectar grenat de ce calice fait mien, et il a perdu pied sans haut ni bas, sans direction ni but, sans avant ni après, sans pourquoi ni fin.
Funeste, profond égarement sans retour. Grandes Terreurs au Marais rouge.

Je n'avais pas d'amis, plus de père sinon cette enveloppe de douleur aliénée. Je n'avais pas de mère depuis ma naissance, pas d'appétit durable pour la vie,
comme si elle glissait vainement sur moi jour après jour, en dépit de ses multiples masques : expériences et innovations offertes à profusion, à l'infini chaque seconde de mon existence, s’enfonçant, dérivant inexorablement vers le rouge.

Mais la vie ne manque pas de ressources : avec mon frère, elle avait planté en moi sa plus dangereuse et profonde banderille, parvenant à s’arrimer à mon sort coûte que coûte.

Je sais que la nécessité impérieuse qu'il soit, qu'il vive était une manœuvre réussie de cette garce de vie, cette illusionniste qui n'abdique jamais. Elle a rendu cela possible, incontournable.
Mon frère, le Paladin...
Pauvre guerrier saint, que peuvent son inspiration et sa foi
face à l'incendie qui ronge mon âme ? Non le preux Cygmir ne peut rien contre l'haleine rouge, la traînée de désolation brûlante qui m'habite.

Mais si je mourrais - si j'avais cette chance - alors ce frère pourrait, sinon guérir, apaiser les souffrances et soulager ce fil corrompu du destin qui m'a sculpté dans le chaos rouge du Mal originel pour votre malheur.
Il n'aurait de cesse de secourir la vie, de la rétablir dans ses chimériques et prétendus droits si précaires au nom de ce lien qui nous a rapprochés à jamais ce frère et moi. Et peut-être même alors, si je mourrais avant l'irréversible fin, pourrait-il contenir ma furie dans la mâchoire rouge des bois marécageux de Vhêz,
où je dois être abandonné après mon hypothétique ultime souffle,
pour ne pas semer l'écarlate désolation de par le monde...

Priez pour qu'il vienne à bout de moi… Je ne crois pas que quelqu'un d'autre y parviendra jamais. Je dois mourir avant toi Cygmir, mon frère : la seule entrave que la vie aie réussi à m'imposer. Je dois mourir avant de te perdre, avant de te tuer...

Sinon en mon cœur rouge me revient de très loin le souvenir diffus de ce que vous appelez pitié. Oui j'ai pitié de ce monde si je devais te survivre frangin.

Les enfants ont peur du noir parce qu'ils devinent que quelque chose de brûlant luit dans les ténèbres. Le noir n'est pas la couleur du Mal. Le noir est une couleur de la vie, un de ses multiples artifices pour masquer le souverain rouge.
Pour cacher la soif rouge, on tolère le parjure, le voleur et l'assassin même, on honore le chef de guerre qui guide et sauve les siens en écrasant tant d'autres de ses semblables
et on envie le fortuné, le puissant qui ne se définit que par les masses crasseuses et indigentes qui lui tendent les mains ou louvoient près de ses domaines et de sa demeure...
La vie a créée ces soupapes.

Le Mal est au-delà...

Il habite le rouge et flanque la vie, inséparable, indissociable,
affleurant chaque instant sans chercher à déborder ou à percer son voile infime. On ne peut que s’enfoncer dans l’irrésistible et ineffable rouge. Le Marais immobile ne s’agitera pas, ne se lancera pas aux trousses de la vie si contingente et illusoire. Rien ne peut se comparer ou se mesurer à lui...
Le Mal est rouge, il n'est pas l'ombre projetée par le bien ou la vie. Non !
La vie n'est que la gangue qui est apparue pour entourer, tenter de juguler et supplanter le Mal.
Le Mal était avant toute chose. Le Mal est la raison d'être du bien, non l'inverse.

La vie n'est qu'une scorie, une vaine réaction du destin comme pour mettre en scène l'explosion inéluctable du rouge originel, sans tension, sans précipitation aucune car il n'est pas d'autre futur possible.
Rouge sera la fin du chemin.
Rouge est la fin de toute chose.
Inscrite dans l’incomparable éclat grenat du Marais Rouge...

La vie n'est rien de plus qu'une contingence se parant de multiples couleurs pour oublier sa peur, oublier le rouge...
Une anomalie qui cherche à se protéger de sa source d'existence même, qui essaie de se convaincre de sa réalité chimérique en occultant le Mal...
Un leurre à destination d'elle-même pour ne pas regarder en face son néant intrinsèque et sidérant.

La vie est néant, poussière, simple fumée de l'astre rouge.
La vie essaye, se hasarde et espère... en vain.

Nul enjeu pour le Mal, nul combat à mener. Nul échappatoire au règne sans partage du rouge.
Le temps se lassera et la vie se flétrira avant longtemps.
Le rouge de la passion, du lien et du sang, le mince filet rouge de la vie elle-même se dissipera,
laissant apparaître la grande soif rouge qui seule est et restera.

Rouge est le Mal. Rouge est mon étoile.

Le cœur du plus vert des serpents comme du chien le plus fidèle, le cœur avare du nain et celui de l'elfe noir comme celui de tout humain est rouge et instigue au mal, bercé par le souvenir indistinct, la pulsation universelle du Mal du Marais, rouge, profond, incontournable...
Le cœur infernal de toute chose, noyau rouge qui se dévore et irradie les univers, se refroidissant en apparence en surface, où naît la vie, cherchant des raisons pour l'expliquer, des filtres pour le dissimuler, l'oublier et le nier, autant de façons de prouver son élection, sa prééminence grenate sur toute chose. Le rouge ne refroidit pas en mon cœur éteint, cierge allumé à la source abondante, dans la plaie originelle et sanguinolente de Vhêz.
Le Mal n'est pas dans un enfer reculé, éloigné par l'esprit humain en déroute dans d'hypothétiques cieux embrasés ou des souterrains glacés et inaccessibles.
Le Mal n'est pas feu ni glace, il n'est ni air ni terre ni éther.
Le Mal est le rouge. Le Mal est en nous, à chaque instant et il nous happe irrésistiblement vers les lueurs mortes du rouge.

En moi il affleure inexorablement vers une éruption sans commune jouissance, sans commune pareille. Je lui appartiens depuis toujours. Rouge route que la mienne.

Du rouge...

Il m'est apparu avec une clarté aveuglante dans la forêt marécageuse de Vhêz, si célèbre de par le monde auprès de tous les frileux mortels. Une légion entière de paladins y disparut, ils y errent encore sans savoir qu'ils sont morts, dénaturés à l'extrême, dévoyés, sanguinaires âmes torturées, irrémédiablement abîmées… Lorsqu'ils réapparaissent de temps à autres, les bardes ne manquent jamais de les saluer, en autant de langues que la peur dilue la vie.
Et ils sont loin d'être seuls.
Combien de milliers de campements évanouis au réveil,
combien de voyageurs progressant côte à côte, soudain séparés par des milliers de lieues ou autant de siècles et ne trouvant que la souffrance dans leur errance sans fin. Combien de héros aux ossements si blancs dans la noirceur paisible de ce lieu d'effroi, oui combien de compagnies d'aventuriers et de mercenaires ont nourri les hôtes de ce puits silencieux, déserté, immobile mais si grouillant, enragé et hanté par les esprits acquis au rouge. Combien de caravanes de marchands égarées au pire des endroits, où c'est toujours le mauvais moment.
Combien d'âmes happées par des abominations sans âge et sans nom, affrontant la pure terreur, l'horreur indicible, arpentant les chemins morts de leur propre dégénérescence, insoutenable et indescriptible, foulant les terres maudites de la Porte Rouge, en apparence boisées ou marécageuses et parsemées de nombreuses grottes...
Combien de voix portées par l'écho du silence sourd et complice, combien de regards allumés tels des chandelles lugubres dans l'obscurité débordante et hostile de ces bois rouges sans la moindre vie, pourtant inlassablement parcourus et animés par le rouge souverain. En parler ainsi en trahit le parfum, toute image est bien insuffisante, seul celui qui s'y engage sait ce qui peut s'y terrer. Rouge étreinte sans retour… Rouge est le Marais.
Nul n'y trouve son chemin car il conduit en des lieux qui ne sont plus ou ne seront jamais. Nul n'y fait fortune car la vie illusoire s'est depuis longtemps retirée de ses sentiers maudits.
J'y ai pénétré, j'y ai été admis ; là, dans la pulpe véridique de la lumière de sang, j'ai rencontré mon destin, la route qui conduit inéluctablement à la rouge origine. J'avais neuf ans selon mon père et votre mesure du temps.

Maltho le vieux shaman du bourg m'a demandé de lui confier mon mal après ce jour où tout a basculé, dans le cœur sombre de la faille vermeille. Où l'œil rouge vous contemple, la parole est impuissante, inopportune et inepte. Mutique depuis l'instant où mon don m'avait été dévoilé, le vieillard présomptueux espérait pourtant que je lui parle de mon mal, du Mal, pour pouvoir m'en défaire... Muet malgré son insistance, souvent même absent à moi-même, il sondait mon esprit en me demandant de ne pas refouler mes souvenirs. Comme si le rouge pouvait être décrit… Comme s'il était enfoui en moi alors qu'il occupait tout l'espace de mon être. Il invoquait l'esprit souverain de l'ours pour chasser le mal, vainement. Il agitait alors les plumes sacrées en implorant l'esprit de l'aigle de me guider mais celui qui porte la vision aux tenants des anciennes traditions ne sut pas me trouver dans les brumes et le brouillard rouges. Les défenses du sanglier devaient lui donner la force de vaincre mes fantômes, mes peurs et mes traumatismes, si seulement il parvenait à entrer dans l'invincible citadelle rouge de mon esprit. Il se croyait en mesure de cicatriser le temps et de guérir le vertige de la mort ainsi que tous les maux oppressants qui habitent le cœur rouge du monde que j'ai foulé et qui bat et danse à jamais dans les ruines du temple de mon âme subjuguée. Le rouge avait débordé en moi, il saturait ma conscience et chaque cellule de mon corps, je le sentais prêt à suinter et jaillir de tous les pores de ma peau. Maltho ne parvenait pas à percer la couche épaisse du manteau pourpre dont on m'avait gratifié comme un cocon dont devait jaillir le pire. Il croyait qu'il restait quelque chose de moi derrière mon mal ; combien il se trompait : ma conscience noyée au fond du rouge n'était pas en apnée ou désespérée, elle n'attendait pas d'être secourue. Elle n'attendait que sa dilution totale, son immersion définitive, ne comprenant pas pourquoi elle n'avait pas encore fusionné, épousé sans retour le rouge comme la goutte de sang insignifiante rejoint l'océan vermeil, séjour de repos des Grands Anciens, inlassablement baignés dans l’incomparable et ardente sollicitude du sacrifice rouge. Le mal brûlait partout, faisait rage en moi, se décuplait encore d'instant en instant grisé par lui-même. Et ce pauvre fou voulait éteindre l'incendie primordial, le déchaînement et le débordement infini du rouge en soufflant dessus de tous ses dérisoires espoirs d'enfant, de sa naïve croyance. Curieuse crédulité, impuissance de la vie...
Lorsque son cadavre fut découvert, même sa vieille épouse Maëva ne put soutenir la vision que le rouge lui avait offert. En y repensant je retrouve le goût de son cœur et de son effroi sur ma langue, comme sur l'instant même. Nul chasseur pas plus que la druidesse endeuillée ne sut dire quelle force, quelle créature avait pu répandre ainsi, littéralement répandre le pauvre Maltho sur chacun des murs, sur le sol et le plafond, désintégrant ses chairs carbonisées par la célérité prodigieuse de l'attaque, annihilant la forme du corps que la vie avait tenacement maintenue à l'existence jusqu'alors. La cage thoracique apparente épurée du corps liquéfié et vidée de ses organes nobles, gisait parmi quelques os, lambeaux de chair fumés et cheveux épars.
Le feu invincible l'avait saisi répondant à son appel. Il voulait connaître la soif rouge.

Bien des villageois quittèrent notre communauté.
Pour surmonter sa peine et redonner aux habitants de Bastelle un semblant de sérénité, la doyenne Maëva repris ses activités et parmi les patients de la druidesse, je fus l'un de ceux qui bénéficia le plus de ses soins et de son attention. Pour surmonter mon choc et me guérir, elle voulait mettre en scène la vision qui me hantait et m'empêchait de vivre, de parler et d'avancer selon elle. Il fallait la donner à voir, à connaître pour qu'elle me quitte ! Elle voulait que je la dessine, elle, se chargeant de la conter et de la chanter pour éliminer le mal. Elle récita mon chant de mort comme si j'étais un guerrier sur le point d'entamer un combat désespéré, mon dernier combat. Elle escomptait ainsi que le mal meurt avec ce chant et que la santé me revienne. Mais je n'étais pas malade ni sur le point de périr. J'étais souffrant mais ce n'était que le symptôme, le fruit de cette transformation profonde et brutale, le résultat de l'avènement du chasseur rouge en moi. Mon chant de mort devrait attendre. Il attendra et je le composerai moi-même. Tu y seras mentionné mon frère bien que tu ne me sois pas apparu dans la vision rouge, bien que tu ne sois qu'une ruse de la vie pour ajourner l'inéluctable. Et Maëva qui tentait toujours de percer ma vision, obstinée druidesse, encore effondrée. Oui, elle voulait saisir cette vision, me gavait d'herbes, fortifiantes je crois et de champignons hallucinogènes aussi infects qu'inefficaces, pour que je rêve ma vision dans un état second et sous la protection futile de ses rituels, à grand renfort de fumées entêtantes, de vapeurs odorantes, de suppliques et de libations écœurantes.
Elle espérait s'insinuer dans ma vision pour m'en éloigner, l'extirper de moi, la défaire fil par fil comme on défait une broderie, une tapisserie et enfin la dissiper comme elle l'avait tant de fois accompli au cours de sa longue pratique de guérisseuse.
Mais mon esprit lui était fermé.
Elle ne pouvait saisir la logique du labyrinthe rouge en moi, appréhender l’ineffable et carmin Marais. Elle ne percevait que des symptômes - néfastes à ses yeux - le silence et le peu d'appétit pour la vie, sans savoir que je gardais par devers moi le trésor qui m'avait été offert au cœur du rouge. Aussi, ayant retrouvé un certain équilibre après l'explosion et la débauche incarnate d’énergie qui avait emportée Maltho, je lui donnais des signes d'une légère amélioration. De la tête je répondais à ses questions : je lui laissais croire que cauchemars et absences éveillés s'espaçaient. Après quelques semaines j'allais dans son sens et acquiesçait lorsqu'elle m'encourageait à apprendre un métier et à aider mon foyer, mon père brisé par l'alcool. Elle me proposa plusieurs pistes. D'un signe de tête encore, je retenais la proposition de la forge de Bevan. La druidesse déboussolée par la perte de Maltho trouva du réconfort dans la prétendue amélioration de mon état... Elle tint à me recommander elle-même au forgeron Bevan, craignant son caractère revêche.
A sa grande surprise et satisfaction, il accepta sans poser de questions.


Ce jour là dans le pourpre bayou de Vhêz, cet instant là plus exactement, j'ai rencontré mon étoile, l'astre rouge.

Mon père m'avait emmené avec lui pour la quatrième fois. Un périple de presque trois mois mais ce qui devait arriver au-delà du premier mois n'aurait plus d'importance, rien de ce qui arriverait après cette mémorable rencontre n'aurait plus jamais d'importance. Mon géniteur préparait le déjeuner, les bêtes étaient entravées et je me suis engagé dans la forêt marécageuse qu'il avait soigneusement évitée et contournée pendant un jour entier et qu'il m'avait pourtant bien interdit d'approcher.

Une dense obscurité aussi froide que compacte m'environna. Mes yeux n'ont pas eu besoin de s'acclimater à la pénombre. Tout ici m'était étrangement familier et la faible luminosité me convenait parfaitement. Je ne crois pas avoir beaucoup marché, glissant, flottant sur l'appel rouge qui m'attirait irrésistiblement. J'étais de retour, mon corps serpentait, dansait et mon esprit planait, s'extasiait, fluide et comblé.
Dès les premiers pas, tout m'a semblé suspendu : le son de la vie, la pâle lumière et le temps d'ordinaire si subtil qui ne s'écoulait plus du tout ici. D'autres sons me parvenaient presque, lointains, échappés d'autres lieux et d'autres époques. Pas un animal, pas un être vivant dans cette forêt pourtant habitée, si imposante et malveillante, dont les racines plongent dans le secret même du rouge, la baignant de cette énergie frénétique. Hantée, parcourue de présences, de silhouettes torturées qui m'accueillaient, m'effleuraient même. Certaines portaient des armures, des uniformes d'un autre temps ou d'un autre monde et d'autres voûtées, sournoises, velues ou ailées n'avaient plus grand chose d'humanoïde. Nulle arme n'était apparente sur ces prédateurs formidables.
Leurs yeux seuls auraient terrassé le plus endurci des hommes s'ils l'avaient souhaité...
Les distances m'échappaient, mon équilibre et mon toucher étaient embrouillés, mon intellect embrumé par tout ce rouge enivrant. Seul mon instinct me guidait, vif et décuplé.

Déchirant le voile intimiste et impie de l'obscurité, une vive langue de feu apparut soudain juste devant moi, m'aveuglant d'abord puis baignant tous les éléments de ce sanctuaire rouge d'une surexposition lumineuse, comme si l'éblouissante lumière écarlate jaillissait des objets, des arbres et du sol eux-mêmes.
Comme si le cœur carmin du feu brillait en chaque chose ici.

Les trois chasseurs qui semblaient m'attendre quelques pas plus loin autour d'un feu et de brochettes ruisselantes m'étaient étrangement familiers eux aussi. Ils m'invitèrent en cette nuit de l'âme à me joindre à eux. Leurs gestes étaient comme ralentis, leurs voix se perdaient dans l'immensité de cet espace sans où ni comment.
« Viens, prend place » ai-je perçu sans qu'aucun son ne puisse cesser de flotter vainement dans cette infinie désolation. Le vide dévorant, la folie menaçante, le rouge pur.
Les distances n'avaient plus de réalité, les époques se chevauchaient et se traversaient sans interruption ni logique. Le rouge affleurait, je le sentais, il grisait mes sens saturés de sa présence.
« Fais comme chez toi ».
Les trois me fixaient impassibles.
Les bois reprirent vie d'un coup, comme si je franchissais un imperceptible rideau de feu et rejoignais soudain le tableau lointain que je contemplais de l'extérieur l'instant d'avant. Le vent s'insinua sinistre entre les branches, les animaux hurlèrent leur détresse et le froid m'assaillit traîtreusement dans le dos où la chaleur du feu ne me pouvait me caresser.
En même temps que les sons retrouvèrent leur chemin dans ce tissu de réalités, une gerbe d'étincelles mit fin à la surexposition qui baignait la scène et le temps s'écoula soudain de nouveau, déliant mes gestes et ma pensée sur le champs. J'étais au cœur d'un bois profond, enténébré, face à trois hommes aux arcs courts et aux longs couteaux affutés apparents, affalés devant leur feu de camp. Et nous n'étions pas seuls. L'un des hommes encapuchonnés me tendait une pique encore fumante. La viande exhalait une odeur que je n'identifiais pas alors mais que je pressentais exquise, inexplicablement. Les deux autres ne me regardaient plus, confortablement calés contre une souche fossilisée pour l'un et des fontes de cuir usées pour l'autre. Mais une certaine tension se devinait, se sentait en eux. L'un des trois tressaillait, ses mains se crispaient et se relâchaient en un ballet hypnotique que je savais dangereux, mortel...

« Tu nous as trouvé sans mal on dirait. Puisque tu es là, goûte ça et dis nous ce que tu en penses. »
Je savais intuitivement que mon père n'était plus, peut-être n'était-il pas né ou était-il déjà mort depuis une éternité, s'il avait jamais existé. Personne ne m'attendait plus cette nuit, en ce lieu inviolable et introuvable auquel j'avais accédé sans peine. Le jour n'était plus. La nuit était claire, plus claire même que la prime journée si sombre entre ces arbres étouffants, lorsque j'avais pénétré la forêt et m’étais enfoncé pour la première fois dans le Marais.

J'identifiais le morceau de viande : c'était un foie, mais de quelle vie s'agissait-il ?
Peu importait, sans hésiter je me gavais de viande, sans avoir seulement faim mais avec frénésie. Je le dévorais à la façon d'un animal, d'un grand carnivore, avalant les morceaux déchiquetés, arrachés, sans presque les mâcher. Je sentais encore les effluves de vie fraîchement échappée, un arrière-goût encore prononcé de peine, de terreur, le goût de la vie. C'était un foie humain, je le savais maintenant. Je m'en souvenais ou le comprenais avec une acuité déconcertante.
Et quelques souvenirs de l'homme sans foie me parcoururent alors. Les chasseurs parurent satisfaits, presque soulagés de me voir finir cet abat et d'autres encore. Les tiens et les miens peut-être Cygmir et bien d'autres dans tous les cas. Leurs yeux étincelaient et me dardaient avec intensité. La pression et une certaine forme de solennité étaient palpables.
« Le Rouge !
Fixe-le au-delà du feu, écoute l’au-delà des flammes... »
Les silhouettes éthérées ou au contraire bien tangibles qui nous entouraient s'étaient dispersées l'une après l'autre, déjà absorbées par des images et des lueurs qui m'échappaient. La chasse éternelle avait repris ses droits.
Je plongeais mon regard dans le rouge. Aussitôt happé par l'astre insaisissable qui dansait au cœur des flammes, j'eus seulement le temps de reconnaître encore un visage... mon propre visage parmi les dernières présences à s'attarder autour de notre bivouac. J'étais plus âgé, mes traits étaient durs, féroces. Mon regard me transperça. La peur me saisi véritablement lorsque mon propre regard dément se posa sur moi, si vulnérable à cet instant.
Plusieurs vies s'écoulèrent durant cette étreinte du rouge...
Après mon immersion dans le mal primal, régénéré, habité et conscient de son énergie rouge incommensurable, je ne devais plus jamais connaître cette sensation de faiblesse.
Oui Rouge est mon étoile.

Lorsque je retrouvais mes esprits, mon père paniqué veillait sur moi – encore cet entêtant rêve, cette vie fade s'imposant à moi de toutes ses forces, avec ces visages usés et si peu crédibles. Mais le rouge ne me quittait plus... - Il faisait jour de nouveau. Nous avions chevauché avec une seule monture aussi loin que la bête avait pu nous porter avant la tombée de la nuit. Je l'entendais chuchoter, le voyais pleurnicher et sentais son cœur pulser pathétiquement dans sa poitrine malmenée. Mon père m'interrogea avec ménagement mais j'étais totalement mutique.
Lorsque je sortis de ma profonde confusion, pour seule communication je le fixais de tout le rouge qui inondait mon être. Il se noya dans le rouge abyssal de mon regard. La désolation s'installa sur les ruines incendiées de son âme, le vent rouge du désert primordial l'étreignit et le consuma. Il ne put le supporter, de mes yeux hurlant des larmes rouges, je le lacérais, le transperçais et cela le terrifia encore bien plus que l'idée de ma perte. Il dira pendant des mois m'avoir quitté du regard seulement deux petites minutes avant ma disparition puis m'avoir appelé sans réponse. Il m'aurait retrouvé après dix minutes à l'orée de la lugubre forêt.
J'étais couvert de sang ; pas le mien… Il nous ramena jusqu'à Bastelle au prix d'un effort inconcevable sur lui-même. Il savait m'avoir perdu et pire, il savait que celui qu'il ramenait convalescent, presque mort, était un affront à la vie et un danger plus redoutable qu'il n'en pourrait jamais imaginer. C'est la peur qui le fit me ramener au village et non l’affection. Il n'oublia jamais l'acuité du regard plus que dérangeant, aliénant, destructeur et si plein du rouge. Mon père n'osa plus jamais me fixer dans les yeux. Il savait ce qui y rougeoyait et sa conscience évanouie en gardait le secret...

Lorsque Bevan me prit pour apprenti, près d'un an après m'être ressourcé dans le rouge, mon père n'avait pas dessaoulé un seul jour depuis notre retour. Il espérait en finir à sa façon.
Bevan le stoïque forgeron ne me dit pas un mot durant des semaines. Il ne me demandait rien, pas même d'observer. Il travaillait dur et me scrutait en silence lorsqu'il se reposait.
Je fus le premier à rompre ce silence, ce sas salvateur. D'une voix erratique, trop longtemps laissée au repos mais sans la moindre hésitation je lui avouais :
« Je t'ai vu Bevan dans la forêt, je t'ai reconnu autour de ce feu, au cœur du rouge Marais... »
Archer hors pair, As du backstabb
Prêtre de St Dugall, Soigneur infatigable
Beau(x) parleur(s) aux propos ineptes et...nigmatiques
Charmeur invétéré, Aliéné tricéphale tout acquis aux Tristes Trucs
Amateur de chants impies, Adepte de Loki, Invocateur du Gel éternel

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