[CR] Millevaux et autres jeux Outsider

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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

(suite de la page précédente)

Haze quitte donc l'Hôpital et Dionysos. Il ne sait pas pourquoi mais quelque chose lui manquera et ça le déprime encore plus, plus que la nuit et le froid. Cela lui semble aberrant. Qu'est-ce qui pourrait bien lui manquer dans un endroit pareil ? Aberrant aussi, cette idée que le Virus ne serait qu'une espèce de jeu de rôle qui parviendrait à contaminer la réalité. Mais après tout, lui aussi est roliste. Il en a joué des personnages, que ce soit IRL, sur table, ou derrière son écran sur des forums. Finalement, il comprend un peu cette notion de contamination du réel par le jeu. Il se rappelle le jeu De Profundis, un jeu de rôle épistolaire dans un univers lovecraftien. Au passage, il note que Millevaux emprunte aussi au mythe de Chtulhu. Mais surtout, l'auteur de De Profundis insistait sur le fait que chaque expérience du quotidien pouvait venir enrichir le récit. Ainsi, d'une certaine façon, on ne sortait jamais du jeu et c'était finalement une sorte de contamination du réel par le jeu. Mais avec Millevaux, ça allait plus loin. Ça allait d'autant plus loin que Haze savait pertinemment qu'il n'avait pas lu De Profundis. Ce n'était pas lui, ce n'était pas son souvenir. Mais qui ? Demian Hesse ? Que signifiait tout ça ? Il ne savait plus vraiment. Sa mémoire commençait vraiment à lui jouer des tours. Il pensait savoir qui était ce Demian Hesse mais finalement en doutait. Il ne savait plus s'il était sensé le connaître ou non. Mais, il savait aussi que ces pertes de mémoires étaient caractéristiques de Millevaux. Était-il donc contaminé ? Se débarrasser du Cruel Centipède suffirait-il à lui rendre ses souvenirs ?
Haze longea le fleuve gelé jusqu'à ce que, sous la glace, il aperçut les entrées des nids de serpents géants. Là, il devait trouver le Niaucheur. Mais comment accéder aux nids ? Fouillant dans son sac, il se dit qu'il pouvait peut-être utiliser un gros mousqueton d'escalade pour tenter de briser la glace. Mais il n'avait en réalité que peu d'espoir d'y parvenir. Malgré tout, prudemment, il posa un pied sur la glace et entreprit de traverser le fleuve. Regardant à travers la glace, il ne voit rien de vivant. Pas un poisson ni même un batracien ne peut vivre dans ces conditions. Encore moins un serpent, fut-il géant. Il fait beaucoup trop froid. Au moins, pense-t-il, il ne risque pas d'être la proie d'un reptile. Mais comment trouver le Niaucheur ?
Haze pose pied sur l'autre rive et entreprend de faire du feu. Cela le réchauffera et, peut-être, attirera le Niaucheur. Mais, contre toute attente, le feu prend bien mieux que prévu. Beaucoup trop même. Et le manteau de Haze prend feu. Il se jette dans la neige pour l'éteindre. Il y parvient rapidement mais souffre malgré tout de vilaines brûlures aux bras et au torse. Il ouvre son manteau et sa chemise et se recouvre de neige pour apaiser les brûlures. Malgré tout, il ne peut retenir ses larmes, autant de dépit que de douleur. Et il se surprend à pleurnicher comme un gamin. Pleurnicher... Niaucher comme dit Anke, son amie rôliste fribourgeoise. Le Niaucheur, le Pleurnicheur !! Est-ce possible ?
À 4 pattes, Haze gagne le bord du fleuve et contemple le reflet de son visage dans la glace. Presque torse nu, il est fasciné par les brûlures qui, remontant de son torse à son cou, le défigurent. Ou peu s'en faut qu'il ne soit défiguré en tout cas. Il fixe l'homme dans la glace. Il ne se reconnaît pas. Mais, il sait que c'est lui. Il se rappelle les mots de la Bouche. Il doit parler au Niaucheur, partager avec lui. Le Langage Noir ou le Langage Jaune. La Viande Noire ou l'Opium Jaune. Noir, c'est forcément négatif, ce sont les ténèbres, l'obscurité. Mais le Jaune, il le sait bien, c'est l'indicible, c'est la folie hasturienne ! Il se regarde droit dans les yeux et prend conscience qu'il ne sait pas quoi se dire.

« Qui es-tu, Niaucheur ? As-tu quelque chose à me dire ?
- Non, mais... en vérité je te le dis, tout a déjà commencé à changer dans les murs de la Cité Bleue. Ce qui était pur devient vermine, ce qui était laid se pare d'une beauté artificielle et contre-nature, l'homme qui était vertueux devient un pécheur et la femme qui était fidèle voit son corps enfler de concupiscence. Et le cœur même de la Cité Bleue n'est jamais tout à fait ce qu'il était hier. Les palais deviennent des cloaques, les jardins deviennent des jungles. La bête docile et servile devient un monstre sauvage, elle mord la main qui l'a nourri, force les barreaux de sa cage et part semer la terreur dans la Cité Bleue. Et des choses dorment dans des cocons, ce qu'elles étaient auparavant n'est plus que limon à l'intérieur d'une carapace, et ce qui en sortira portera le visage du Démon.
Que le Juste châtie ses semblables qui ont déjà chuté, qu'il leur donne l'absolution, qu'il traite les maladies et les difformités, ou qu'il se prémunisse lui-même contre toute forme d'impureté et de changement, le Juste devra lire en son cœur pour savoir ce que Dieu veut qu'il fasse en son Nom. »

Haze fixe le Niaucheur, les yeux grand ouverts. Il croit comprendre. Il a peur de comprendre. La maladie a commencé à se répandre à Blue City. Et, de là, elle pourra se répandre dans le monde réel. L'avenir s'annonce bien sombre. Haze a parlé le Langage Noir. Il doit maintenant partager la Viande Noire. Dans la glace, il voit que son torse brûlé est devenu noir justement. Il retourne à son sac et trouve dedans un petit couteau. De retour au bord du fleuve, il s'attaque à découper un morceau de viande carbonisée à même son torse. La douleur est insupportable. Il y a du sang partout dans la neige, sur la glace. Le visage du Niaucheur ne lui apparaît plus que derrière un voile de larme et de sang. Pourtant, malgré tout, il présente un bout de chair sombre au Niaucheur et entreprend de dévorer cette Viande Noire et crue.
Puis, il s'écroule, inconscient, dans la neige et le sang.

L'appartement de Johanna Ackermann. Elle est seule. Elle fait la cuisine. Elle a de la visite ce soir. Damon Haze, l'ex agent du FBI qui s'est occupé d'elle suite à son kidnapping par le tueur Coleman. Elle a passé du temps en soins intensifs puis, à sa sortie, Haze est revenue vers elle. Pour l’aider. Mais pas que. Aujourd'hui, ils ont une relation pour le moins ambiguë. À la limite du platonique et... d'autre chose. Elle sent bien que Haze n'en a pas fini avec cette histoire et qu'il reste auprès d'elle aussi, entre autre ou principalement pour en savoir plus sur les délires de Coleman. Et aussi sur tout ce qu'elle a ou croit avoir vécu dans cette Cité Bleue et cette forêt maudite. Mais rien de tout cela n'était réel, hein ? D'ailleurs, même le type avec qui elle s'est retrouvée là-bas a disparu. Elle ne sait même pas s'il a vraiment existé ailleurs que de son crâne. D'après certains médecins, elle aurait inventé tout ça pour tenir psychologiquement face aux sévices infligés par Coleman. Une sorte de fuite, de fugue psychologique. Oui, elle est tentée d'y croire. Elle y croirait plus facilement si Haze y croyait et se décidai à franchir le cap. Ce soir, peut-être...

« Toc Toc !
Qui est là ?
C'est moi, Sodek.
Qu'est-ce que tu me veux encore ?
Tu le sais, on a du travail. C'est bientôt le jour.
Non ! Ce n'est pas le jour. Il y a encore du temps. Beaucoup de temps avant la prochaine fois. Tu n'as aucune raison de venir m'importuner. Pourquoi ?
Pourquoi ? Mais... mais parce que tu t'es assez servi de moi, Johanna. Maintenant, c'est mon tour. Pourquoi attendre le 13ème jour du 13ème mois pour s'amuser un peu ? Qu'est-ce que ça changera ? Rien du tout !
Bien sûr que si ! Se laisser aller comme ça est le meilleur moyen de commettre une erreur qui les mettra sur ta trace, notre trace.
Mais non ! Il suffit de changer de mode opératoire. Là, ce ne sera pas pour ce que tu sais. Ce sera juste pour... s'amuser. Allez, il n'y a personne dont tu voudrais te débarrasser ?
Si ! Il y a cette femme. Edes Corso. Je sais que Damon la connaît. Je sais qu'il la voit.
Et tu voudrais qu'il lui arrive quelque chose à cette Edes Corso ? Pourquoi attendre le 13ème jour du 13ème mois ?
Tu es certain que ça ne bouleversera pas nos... tes plans ?
Certain !
Pourquoi ? Pourquoi fais tu ça, Sodek ?
Tu le sais très bien. Tu as eu ta chance, Johanna. Et tu as échoué. Maintenant, c'est moi qui prend les rênes. On va faire ça à ma manière. Ça va prendre un peu plus de temps mais ça marchera cette fois.
Sodek, pourquoi dis-tu qu'on a du travail alors que tu sais que le 13ème jour du 13ème est dans longtemps et que tu veux seulement t'amuser ?
Je dis ça parce qu'on a vraiment du travail. Certes, nous avons du temps devant nous mais il y aussi de long préparatifs et de longs rituels à accomplir pour que tout soit parfait. Tu sais bien de quoi je parle...

« Le roman qui rend fou ! » Voila quel sera désormais l'argument de vente de ce vieux roman de fantasy écrit en 1958 par un certain Jone King : La Quête de l'Ange-Paon de Yézédis. En vérité, l'intrigue importe peu. Ce qui importe, c'est ce qui s'est passé ce samedi 25 mai dans une bibliothèque de quartier d'Olympia, état de Washington. En effet, un homme d'une cinquantaine d'année en train de lire ce roman a subitement été pris de folie. Criant être l'un des personnages principaux, un certain Tad Corso – aventurier explorant une forêt hantée par des monstres nommés Horlas, l'homme s'en est pris avec les plus grande violence aux autres usagers ainsi qu'aux membres du personnel. Il a fallu l'intervention conjointe des forces de police et des services de sécurité de la bibliothèque pour maîtriser le forcené. Celui-ci a finalement succombé à une crise cardiaque. Ces derniers mots concernèrent le Roi-Volcan et parlèrent du 13ème jour du 13ème mois, un autre personnage et un moment fort du livre.

Haze émerge lentement et douloureusement de son inconscience. Il a l'impression qu'on s'agite autour de lui. Il sent des mains qui le palpent sans ménagement. On est en train de lui faire les poches ! Il se retourne sur le dos aussi vite qu'il peut et tente de voir à qui ou à quoi il a à faire.
« Edes ? »
Non, ce n'est pas elle. Impossible. Qu'est-ce qu'Edes ferait ici. Et puis, son œil ? Comme une coquille de noix. Et... ce déguisement ! Ces ailes en bois... Haze tente de se redresser en prenant appui sur son coude.
« Edes ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Qu'est-ce que tu... ?
Qui es-tu ? D'où tu me connais ?
C'est moi, Damon.
Les seuls démons que je connais sont ceux que j'ai tués ! Es-tu un Horla ? Tu ne ressembles pas à un Cœlacanthe.
Non,non Edes. C'est moi, Damon Haze. Rappelles-toi, on est... ami.s Enfin plus ou moins. Plus que moins même. Enfin, tu vois ce que je veux dire ? »
Il semblait bien que non. Cet étrange sosie d'Edes, qui répondait pourtant à son nom, fit un petit bond en arrière, s'arma d'une dague et fixa Haze avec méfiance.
« Euh, Edes... J'ai vu le Niaucheur. Il m'a dit que la corruption allait se répandre. Qu'elle s'était déjà répandue. Ça a déjà commencé. Elle traverse les mondes. Les Justes doivent éradiquer les démons... au nom de Dieu. »
Haze, en jouant franc jeu autant que possible, espérant ainsi apaiser cette femme et gagner sa confiance. Il savait qu'il n'était clairement pas en position de force. En cas de combat, elle l'emporterait certainement. Et puis, peut-être que tout ça aurait du sens pour elle.
La femme, Edes ? le fixait toujours mais son visage prit une nouvelle expression, moins menaçante. Elle semblait étonnée, surprise, mais aussi plus attentive.
« Tu parles comme lui
Comme qui ?
Le Fondateur de notre famille, l'Ange Guerrier, le Rêveur. Tad Edes Corso. C'est de lui que je tiens mon nom et mes dons. C'est grâce à lui que j'entends les Lwas en songe. C'est notre devoir d'aller dans le cauchemar combattre les Cœlacanthes. Tu ne dois pas y aller. Tu ne peux pas. C'est à nous, les Corso héritiers du don du Fondateur, qu'incombe cette tâche. Et les Powl nous aident en attirant sur nous la bienveillance des Lwas. »

OK, cette femme est folle. Elle ressemble à Edes. Elle répond au même nom. Mais elle est folle. Comment se tirer de ce mauvais pas ? Haze ne pense plus qu'à une chose, se tirer le plus vite possible. Pourtant...

« Je dois me rendre à la Prison du Roi-Volcan.
Non ! N'y vas pas ! Cet endroit est maudit. On ne peut y accéder sans danger que le 13ème jour du 13ème mois.
Quoi ? Qu'est-ce que tu dis ? Que sais-tu du tueur du 13ème jour du 13ème mois ? »

Et Haze eut une vision. Un flash. Il se rappelle alors une conversation avec Johanna. Dans sa cuisine. Elle était en panique totale et lui a parlé du tueur. Elle disait le connaître. Elle disait que c'était lui, Sodek Nofink, qui tuait chaque 13ème jour du 13mois. Lui aussi, comme Coleman voudrait ouvrir une Porte aux Cœlacanthes. Mais il aurait un plan à long terme. À beaucoup plus long terme. Cela ferait longtemps que Sodek mûrit son plan. Il aurait même commencé à tuer avant Coleman. Et Sodek voulait tuer... Edes !

Haze ne savait plus. Edes avait-elle été assassinée ou non ? Si oui, cette fille était un fantôme et il était... certainement pas au Paradis. Où ça alors ? L'Enfer ? Le Purgatoire ? Était-il mort lui aussi ? Dans le crash de l'hélicoptère... Avait-il basculé dans ce monde de folie et de cauchemars dont parlait Coleman, ce Millevaux ? Et jamais un téléphone quand on en a besoin ! Il aurait bien eu besoin des conseil de Contrôle à ce moment précis.

« Edes... Es-tu... Vivante ?
Évidemment, imbécile ! Je ne serais pas là à te parler sinon. Mais je suis la dernière, la seule survivante. Mon clan, toutes mes familles ont péri dans la fracture. Seules... enfin, nous avons pu remonter de l'Abysse.
Nous ?
Oui, la Magicienne. Elle aussi a pu remonter. C'est elle qui m'a tiré de là. Elle m'a sauvé, cette fois encore. »

Et Edes tapotait du doigt la coquille de noix qui lui servait d’œil.

« La Magicienne ? Je dois la voir. Où est-elle ?
Je suis là, Damon-Demian. »

Haze reconnut tout de suite cette silhouette. Ce long manteau et cette toque en fourrure. Le Magicien ! La Magicienne... C'était pourtant bien UN Magicien qu'il avait interrogé dans les locaux de la police d'Olympia quand il enquêtait sur Coleman ?

« Je dois rêver, lâcha-t-il dans un souffle. Mais je ne veux pas.
Tu vois, rebondit Edes. Tu parles encore comme lui. Le Fondateur disait ça lui aussi. Il devait rêver mais ne voulait pas. »

La magicienne l'observa avec un certain amusement. Elle fouilla dans sa besace et tendit devant lui ses deux paumes ouvertes.

« La Bille ou la Noix ? Le 13ème jour ou le 13ème mois ? Choisis ! »

Et le visage de la Magicienne se fendit d'un large sourire. Haze flairait l'arnaque à plusieurs kilomètres. Il ne voulait pas choisir. Et pourtant... Il fixa Edes droit dans les yeux. Dans l’œil et la Noix... Vas pour la Noix ?

Et il saisit la...

Le réfectoire d'un hôpital. Non ! Le réfectoire DE l'Hôpital. Les patients sont en train de manger. Soudain, l'un d'eux se lève. Pris d'une crise de démence, il renverse sa chaise. La bave aux lèvres, il se jette sur son voisin et lui plante sa fourchette dans la gorge.
Le patient 58,un homme d'une cinquantaine d'années, est rapidement maîtrisé par les Blouses Blanches. Sodek, comme beaucoup d'autres patients, est resté impassible. Il a tout de même remarqué que le patient 58 a les épaules couvertes de pellicules. Mentalement, il prend des notes. Aujourd'hui, le 58. Avant-hier, le 71. Demain, le 46...
Pour Sodek, n° 82, tout est clair. Ceci est un message. Et qui dit message, dit messager. Et qui dit messager dit... Nyarlathotep !

Ville de XXXX. Ce parc d'attractions est particulièrement bien gardé, de jour comme de nuit, car son sous-sol abrite des locaux de la Compagnie. Aujourd'hui, ici-même, le chef-instructeur Snyder participe à une réunion du Département Spécial de la Compagnie avec des cadres de l'Ingénierie Mnémonique et de la Mythographie.
Ce matin, tout le monde tente de faire bonne figure mais, contrairement à ce qui se passe en surface, l'ambiance n'est pas à la fête. Le désespoir et la peur se lisent dans les regards des uns et des autres. La nouvelle est tombé et elle est mauvaise. Très mauvaise. Blue City est en proie à une corruption d'origine inconnue. Des noms reviennent néanmoins : le Cruel Centipède, Shub'Niggurath, le Roi en Jaune, Millevaux.
Snyder tente malgré tout d'être rassurant. Il a une piste, affirme-t-il, un atout. Ce nouvel agent, Haze. Il connaît Millevaux. Il y a encore une chance de sauver Blue City... et le monde.

OMNISCIENCE :

Depuis quelques jours, depuis qu'il a tué deux membres de sa communauté, SiAber se sent mal. Ce ne sont ni les remords, ni la culpabilité mais des images étranges qui lui sont venues en rêve peu de temps après qui le rongent. En réalité, ce ne sont pas des rêves mais des souvenirs. Mais, ce ne sont pas les siens. Ce sont ceux des personnes qu'il a tuées. Il voit ainsi la première dans une cabane à moitié en ruine, sorte de taverne, perdue dans des marais. Là, il boit en compagnie d'une bande de dégénérés qui ont tout l'air d'une bande de cannibales. Tous, ils rient en buvant et se donnant de grandes tapes dans le dos. Son autre rêve lui paraît plus intéressant. Même si plus mystérieux. Il revoit la Prison du Roi-Volcan. Ce membre de son clan s'y est rendu. Il a vu, dans ces ruines, le Roi-Volcan et le Roi-Volcan lui a donné un nombre. Ce nombre était le 13.

Aujourd'hui, SiAber a suivi la Magicienne dans la forêt. Ou plutôt, elle s'est laissée suivre. Arrivée au Noyer, elle lui fait face et, lui tendant les mains, paumes ouvertes, lui propose de choisir entre une Noix et une Bille.
SiAber choisit la...
Ses visions le transportent dans un autre monde ou un autre temps. Il ne sait plus. En tout cas, cela n'a rien à voir avec ses visions habituelles. Là, il ne se contente pas de voir fugacement, partiellement, ce qui va advenir. Ses visions lui donnent... une mission. Il doit accomplir quelque chose pour accéder à une vision « Primordiale », quelque chose d'important, de capital !

Quand il ouvre les yeux, SiAber reconnaît cette étrange pyramide au Nord-Ouest des Colonnes. Mais quelque chose a changé. Quelque chose de majeur. De radical ! Il neige !!! La pyramide. La forêt. Millevaux est sous la neige !
Une silhouette se dessine à l'une des entrées de la pyramide. Un Horla ! Il a un corps d'homme mais sa tête est un amas de tentacules grouillants. Le torse de la créature est scarifié au niveau du cœur. Ces cicatrices, SiAber le sait, symbolise le nombre 13. malgré la neige et le froid, le Horla ne porte qu'un long pagne de couleur pourpre. Il a les bras levés en croix et semble dans une sorte de transe qui le fait onduler lentement. Autour de lui, l'air se cristallise en pétales de fleurs tombant à ses pieds. Fragments de rose en hologramme...
SiAber est terrifié. Pourtant, le Horla semble inoffensif. Il ne bouge pas. À se demander s'il a conscience de la présence de SiAber. Pourtant...
« Je suis le Kraken ! L'oubli m'a jeté au fond d'un océan de solitude, à 13000 m de profondeur. Retrouver mon nom apaiserait mon âme... Parce que le joueur le sait, je le sais et tu le sais. La forêt est Millevaux est Shub'Niggurath. La neige est Ithaqua. La Magicienne est à tes côtés. »
Et à ces mots, le Kraken s'en retourne à l'intérieur de la pyramide, laissant SiAber là, interdit. Un raclement de gorge à sa droite attire son attention. La Magicienne est là... à ses côtés. Mais quelque chose a changé chez elle. Son long manteau glisse sur ses épaules qui se révèlent être en acier. Des symboles sont gravés dessus. SiAber s'approche pour mieux les voir mais la Magicienne recule et remonte son manteau. Elle le regarde droit dans les yeux. SiAber jurerait qu'elle tente de le charmer. Elle fouille dans ses poches et en sort une Bille et une Noix.
« Choisis »
Et SiAber choisit la...

Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? Là, de jeunes garçons sont la proie de horlacanthes qui leur arrachent les bourses avec une arme-cactus électrique, sans anesthésie. L'arme les cautérise. Puis ils restent parqués ici, vivant captifs dans leur propre merde. Qu'est-ce que ça veut dire ? Que doit-il faire ? Sauver un enfant ? Lequel ? Déjà, il cherche un endroit d'où pouvoir mieux observer la scène sans être vu des Cœlacanthes.
Une fois à l'abri derrière... Derrière quoi ? SiAber se rend alors compte que si les enfants et les Cœlacanthes lui apparaissent très nettement, tout me reste est flou. Concrètement, il lui est impossible de dire où il est, à quoi ressemble cet endroit. Cela lui donne presque le tournis. Il doit même se concentrer pour que les enfants ne deviennent pas flous eux aussi. Il sent qu'il doit agir vite. Aussi, il relâche les araignées qu'il a en lui et les envoie faire diversion. Il espère ainsi attirer ailleurs l'attention des monstres pendant qu'il s'emparera d'un enfant (mais lequel et pourquoi celui-là plus qu'un autre?) et s'enfuira par cette porte qu'il sait (mais comment?) être derrière lui sur sa gauche.
Il se recroqueville alors sur lui-même et ouvre grand les yeux et la bouche. Il sent alors des milliers d'araignées s'agiter et sortir de son corps. Alors qu'elles se mettent à recouvrir deux horlacanthes opérant sur de jeunes garçons, SiAber rampe dans la direction opposée. Il s'approche d'un enfant et le tire par le bras. Il lui plaque la main sur la bouche pour l'empêcher de crier et, alors que les monstres se débattent avec les araignées, il le tire vers la sortie. Mais avant de passer la porte, il tire deux Noix de sa besace et lui en tend une. Et lui dit :
« Je suis le Corvidé ! Ici et maintenant je te donne cette Noix pour transporter ton âme dans la vie suivante. Je suis le Corvidé !
Écoute les yeux, répond le garçon. Ils te disent de répéter ton mantra pour accéder à la Vision. Ils te disent que mon sang doit couler »

SiAber acquiesce. Il sort une dague de sa besace et entaille la main du garçon. Alors, le décor cesse d'être flou. Et la porte apparaît nettement. Il entraîne le garçon.

Dehors, dans la neige, la Magicienne est là. Elle attend.

« Camille ! Viens ! »

Elle ouvre grand son manteau et le jeune garçon s'y réfugie, à l'abri du froid. Alors qu'elle le referme sur eux deux, elle prend soin de laisser nues ses épaules d'acier. SiAber s'approche et parcourt du doigts les étranges gravures en langue putride. Il comprend...

Le Cruel Centipède, une nouvelle forme de Millevaux, cette maladie qui ronge l'espace et le temps. Cette corruption. Cette putréfaction. L'univers, les univers meurent ! Il(s) se décompose(ent) et Millevaux sont ses miasmes protéiformes et pourrissant qui en émanent et se répandent, condamnant ce qui reste du cadavre de l'Hommonde à une lente désagrégation. L'Hommonde ? Qu'est-ce que c'est ?
SiAber a un mouvement de recul. La Magicienne se retourne et lui présente son autre épaule. D'autres gravures, mais pas en langue putride cette fois. Les « Dunes Vivantes », la paix contre la nocive alliance.
SiAber fixe son regard sur la Magicienne mais elle ne lui accorde plus aucune attention. Elle ne songe plus qu'à réchauffer et cajoler le jeune Camille. Mais il sait ! Il sait que les Dunes Vivantes l'aideront à vaincre la neige, à vaincre la forêt, à faire reculer Millevaux !

SiAber ouvre les yeux. La Magicienne, celle aux épaules de chair, est face a lui. Elle lui sourit. Quelque chose dans son regard lui dit qu'elle sait. Elle sait tout ! Tout ?
Elle lui tend les mains, paumes ouvertes. L'une est vide. Dans l'autre, il reste une...
SiAber s'en saisit...

Il reconnaît cet endroit. Il est consacré au Roi-Volcan. Devant la porte, deux personnes semblent l'attendre. Un homme, plutôt mal en point, à l'air nerveux, se présente comme étant un certain Damon Haze. Le femme prétend s'appeler Sodek NoFink et elle fait peur à SiAber. Elle lève la main et déclare.
« Le Roi-Volcan m'a donné un nombre et ce nombre est... »

Et d'un geste, elle nous invite, ce Haze et moi ,à entrer dans la prison du Roi-Volcan. Elle n'a pas besoin d'en dire plus, Haze et SiAber ont très bien compris ce qu'il doivent faire : trouver le Roi-Volcan pour qu'il leur donne leur nombre.
SiAber se rappelle que tout cela n'est qu'une vision. Rien n'est réel. Pas encore. Il sait, en tant que chaman du clan des Arbres, qu'il a la main-mise sur une partie de ce qui va se passer. Ce Haze est certainement un homme bon, mais s'il veut savoir, percer les secrets, SiAber doit trouver le Roi-Volcan avant lui.
Haze entre et prend immédiatement le couloir sur sa gauche. SiAber, lui, demeure immobile et se concentre. Mais il a du mal à conserver son calme. Une voix résonne en lui. « Commence par la dernière chose ! Le monde est un cut-up ! »
Ses yeux lui piquent d'une façon vraiment désagréable. Ça bourdonne dans sa tête. Il farfouille dans sa besace et en sort une carte. Une sorte de lame de tarot. Mais dessus, il y a des mots. Sur tout le pourtour de la carte, des mots. Au milieu de la carte, des mots ! Un titre : Soudain... Juste en dessous : « Commence par la dernière chose. Perds ton calme. Aide l'ennemi ou le monstre. Un tremblement de terre. Une personne a en fait un dédoublement de personnalité. » Il y a bien d'autres mots sur cette carte mais SiAber ne parvient pas à les lire. Il comprend que cette douleur dans sa tête et dans ses yeux est la rage qui tente de sortir. Il comprend que l'ennemi qu'il doit aider est Sodek. Il comprend que cet homme dans ce corps de femme, Sodek, souffre d'un dédoublement de la personnalité. Et quand il se concentre sur la terre, pour écouter les conseils des racines des arbres, il entend les prémices d'un tremblement de terre. La dernière chose à faire... serait de rester dans cette prison dont ce qui reste des ruines va bientôt s'effondrer sur ceux qui seront à l'intérieur. Et il aidera son ennemi, Johanna, en la délivrant de Sodek. Tuer Sodek ! Ce serait vraiment la dernière chose à faire. Comment percer ses secrets s'il meurt ? Ça, ce serait vraiment la dernière chose à faire. « Perds ton calme ! »

SiAber pousse un grognement et sort de la prison. Il se plante, les deux pieds dans la neige, face à Sodek et crie :
« Je suis le Corvidé ! Ici et maintenant, pour maintenir l'équilibre entre la vie et la mort, je vais transporter ton âme dans sa vie suivante ! Je suis le Corvidé ! Je vais vider ton corps ! »

Sodek s'empare alors de son arme, une sorte de pistolet-cactus, et la braque en direction de SiAber. Mais quelque chose l'empêche de tirer. Les Yeux de la forêt sont braqués sur eux. Ils vont dire à SiAber ce qu'il doit faire. S'il accepte, alors Sodek mourra.

« Tout cela est un cycle dont l'ivresse te guérira... Mais Haze mourra...
J'accepte ! »

Alors, la terre se met à trembler. Derrière lui, les ruines de la prison du Roi-Volcan s'écroule. Le bruit est tel qu'on entend même pas les cris de Haze. SiAber enfonce profondément ses pieds dans la neige. Il sent les vibrations de la terre. Il veut se transformer en arbre pour tuer Sodek mais quelque chose ne fonctionne pas dans son mantra. Le Corvidé est là. Il fait obstacle. Il s’immisce. Alors que SiAber tente de plonger ses racines dans le sol à la recherche de celles de son totem, il sent les cornes de son masque pousser. Vers le haut, dans le ciel. Mais aussi vers le bas, dans son crane. Les bois s'enfoncent dans son cerveau et cheminent tout le long de son système nerveux. Jusqu'au bout de ses pieds, de ses racines, pour enfin s'enfoncer dans la sol. Les bois vont jusqu'au bout de ses doigts qu'ils transpercent pour devenir d'improbables griffes. SiAber lève les bras en direction de Sodek et ses branchages s'allongent à toute vitesse, transperçant Sodek de part en part. Alors, le sang de Sodek se mêlant à la sève de SiAber, ce dernier sait. Il sait qui est la Terre et il sait qui est la Neige qui la recouvre. Ithaqua, le Marcheur du Vent, s'est allié à Shub'Niggurath. Il a recouvert Millevaux de son manteau de neige protectrice, figeant ainsi la forêt dans un hiver éternel. La Neige, la poudre, la poussière d'ange, l'ivresse, la défonce, l'hubris, la folie dionysiaque... La Neige d'Ithaqua est cette cocaïne qui maintient Millevaux dans une perpétuelle folie. Johanna était folle. Folle car habitée par Sodek NoFink. Les meurtres perpétrés par Sodek n'avaient pas pour seule vocation d'ouvrir une porte aux Cœlacanthes. Sodek savait ce que Johanna ne savait pas. Ces meurtres n'avaient pour seule vocation de sceller l'alliance entre Ithaqua et Shub'Niggurath. Sodek savait pour l'Hommonde ! Il savait que l'Hommonde était mort et que sa mort, sa décomposition avait engendré un cycle d'entropie. Or, l'entropie c'est la vie ! La mort de l'Hommonde était donc synonyme de vie. Mais cette décomposition s'achèverait nécessairement par la disparition totale du cadavre de l'Hommonde, signifiant alors la fin de la vie, de toutes les formes de vie ayant émergé de ce corps mort. Toutes les formes de vie dont Millevaux, les miasmes s'échappant de ce corps en putréfaction. Ces miasmes portés par le vent qui se répandaient et contaminaient le Néant, accélérant (involontairement?) la décomposition du cadavre de l'Hommonde. Les hommes que tuait Sodek n'étaient pas que d'anciens patient de l'Hôpital, ils étaient aussi, à ses yeux, des symboles de l'Hommonde, un vieil homme mourant. Tel était donc le secret de Sodek. SiAber n'était pas certain d'avoir tout saisi ni tout compris. Mais cela, il le sentait, ne lui appartenait plus. Sous son masque, par sa bouche de bois, les araignées quittaient son corps par milliers. Elles courraient le long des branches jusqu'à Sodek et tissaient leur toile autour de lui. Certaines commençaient à le manger, à pondre. SiAber se sentit étrangement vide quand la dernière araignée eut déserté son corps de chair et de bois. Mais alors, une mouche vint se poser sur lui. Et d'autres arrivèrent. Elles, elles achèveraient de comprendre tout ce que cela voulait dire...

SiAber ouvre les yeux. Il est dans une clairière. Au centre, un gigantesque noyer. Au pied de l'arbre, un vieux grammophone. Il y a un disque posé dessus. SiAber remonte la mécanique en tournant la manivelle. Une musique dissonante et discordante se fait entendre. Puis une voix...

« Je suis le Corps Vidé. Je ne suis ni un bon ni un mauvais présage. La dernière âme que j'ai accompagné au repos est celle de Johanna Ackermann. C'est dur de vivre entre la vie et la mort... »

SiAber se met à pleurer. Il se dirige vers l'arbre et cueille une poignée de Noix.


Haze ouvre les yeux dans une salle de bain. Les murs sont fait de carrelages vieillots, la faïence est fendue. Les robinets sont ouvragés avec raffinement mais très abîmés et gouttent en permanence. Il fait froid et la fenêtre ouverte donne sur la forêt, on entend des chouettes. Le bidet et le lavabo sont sales. Il y a une baignoire remplie d'une eau grise où surnagent des feuilles mortes. Une étrange musique vient de... impossible à définir. Haze reconnaît l'album Body and Soul de Cabaret Voltaire. Il se plante devant la glace et ne se reconnaît pas. Face à lui se tient un enfant. Une fille ou un garçon, difficile d'en être sûr juste en regardant ce visage triste.
Haze s'approche de la baignoire. Quelque chose de fatal va arriver, il le sent. Mais il sent aussi que...
Il se plonge dans l'eau sale. Il aspire une grande goulée d'air et plonge la tête la dans l'eau en fermant les yeux. Quand il les ouvre à nouveau, il est de nouveau dans cette forêt enneigée. Il entend toujours la musique. Devant lui, un vieux bâtiment en ruine. Adossée à un mur, une cigarette à la bouche, Johanna. Non, Sodek NoFink !

« Edes ? Elle est morte ? Tu l'as tuée finalement ?
Oui, et j'ai fait ça salement si tu veux savoir. Comme un porc... »

Haze se jette sur Sodek ! Mais il pare le coup, lui saisit le bras, le retourne et manque de lui démettre l'épaule.

« Ne fais pas l'enfant ! Calme-toi. On attend quelqu'un.
Qui ça ?
Je ne sais pas trop. Un chaman du Clan des Arbres. Sais-tu où nous sommes ?
Non.
La prison du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan doit me donner un nombre.
Un nombre ?
Oui, mais... C'est compliqué, Damon. Tout ça te dépasse. Nous dépasse. Tout a un sens mais ce n'est pas forcément à nous qu'il incombe de le saisir. C'est la tâche du Joueur. Nous ne sommes que des révélateurs. Des pions améliorés. Mes morts ont un nombre et le Roi-Volcan en a un aussi. Je tuerai à nouveau, comme j'ai tué Edes et comme j'ai tué ces nombres. Mais il me faut aussi le nombre du Roi-Volcan. Le Roi-Volcan est bon mais il lui faut un sacrifice. Ce sera toi ou lui. »

Haze se tourne dans la direction indiquée par Sodek et voit un homme étrange. Aucune idée d'où il surgit, ni même de comment. Ses vêtements de cuir et de fourrures sont sales, couverts de terre et de sang. Il porte un masque, sorte de sac de toile sur lequel sont fixées des cornes de cerf.

Sodek se tourne vers le nouvel arrivant, lève la main et déclare.
« Le Roi-Volcan m'a donné un nombre et ce nombre est... »

...d'un geste, elle nous invite, ce type et moi, à entrer dans la prison du Roi-Volcan. Elle n'a pas besoin d'en dire plus, tous deux ont très bien compris ce qu'il doivent faire : trouver le Roi-Volcan pour qu'il leur donne leur nombre.
Haze ne sait plus si tout cela est bien réel, mais s'il veut savoir, percer les secrets, il doit trouver le Roi-Volcan avant ce type. Haze entre et, plantant l'homme dans l'entrée, prend immédiatement le couloir sur sa gauche.

Haze n'a aucune idée de comment trouver ce foutu Roi-Volcan. Il n'a même aucune idée de ce à quoi il peut bien ressembler. En tout cas, tout ça est lié à Millevaux. Et il porte une part de Millevaux sur lui : le Cruel Centipède. Après avoir vérifié que l'autre gars ne l'avait pas suivi, il se saisit du Cruel Centipède et le fixe du regard, espérant un signe. Aucune réaction de la part de cette chose mais... Haze se rend compte qu'il entend toujours cette musique. Toujours le même album du même groupe. Ça n'a pas de sens. Si, ça a forcément du sens. Réfléchis Haze !

Cabaret Voltaire, Body and Soul. Cabaret, une scène, un spectacle, une illusion. Voltaire, un philosophe, les Lumières, LA Lumière, la métaphysique. Body, le corps, mortel, un corps mort. Le meurtre métaphysique ! Soul, l'âme. Une âme, celle de qui ? La sienne ? Celle de Johanna, de Sodek ? De ses victimes ? L'âme ? Qu'est-ce que l'âme ? Une illusion. Un produit permettant à un organisme de percevoir son unité en vue de mettre en place les stratégies de préservation de son intégrité. Une illusion, un spectacle, un cabaret... Paul Singer, Dionysos, l'a dit. Tout ça n'est qu'un petit théâtre. Et si ce qui était le plus important aux yeux des hommes n'était qu'une illusion, un spectacle ? À destination de quel spectateur ? Qui se réjouit du spectacle de nos âmes ? Un Dieu ? Le Joueur ? Des Dieux ? Millevaux est hanté par des Dieux.
Haze croit comprendre. Il y a un message derrière tout ça. Ce spectacle est à destination de quelqu'un. C'est bien un message. Mais qui dit message dit messager. Et qui dit Messager dit Nyarlathotep ! Nyarlatothep ! Le messager des Dieux, le message et le moyen de communication. Et quel meilleur moyen de communication pour un Dieu fou qu'une série de meurtres ? Les meurtres de Sodek ne sont pas que les bornes d'un rituel visant à ouvrir une porte aux Cœlacanthes. C'est aussi un message. Un message chiffré puisqu'à chaque victime correspond un nombre. Mais lequel ? Des... coordonnées. Tous ces chiffres doivent être des coordonnées, ou un code dont le Roi-Volcan aurait la clé ?
Haze secoue la tête. Comment sait-il que les victimes de Sodek ont chacune un nombre ? Johanna lui a raconté une partie de son histoire. Mais celle-là ? Il ne sait plus. Mais il sait que ce que sait le Joueur, les personnages le savent également. Ou du moins, ils peuvent accéder à quelques bribes de ce savoir. La musique ! C'est ça ! Haze comprend. C'est le Joueur qui écoute cette musique. Là, maintenant, tout de suite, il a accès au Joueur !

Soudain, la terre tremble ! Quelques briques tombent du haut des murs. Haze sait qu'il n'en a plus pour très longtemps. Mais il sait ce qu'il doit chercher. Les Yeux ont menti. Il ne mourra pas ! Ou alors, il mourra pour renaître.

La terre tremble de plus en plus et ce sont maintenant des pans de murs entier qui s'écroulent. Haze regarde autour de lui et ne trouve nul part où se mettre à l'abri. Dans sa main, il tient toujours le Cruel Centipède. Il a une idée. Ça va marcher. C'est obligé !

Il libère alors le Cruel Centipède. La créature tombe au sol. Elle se met à grandir et se tortille, s'enroule sur elle-même en un motif compliqué. Haze, grâce au Joueur, reconnaît ce motif. C'est la rune Hshl et le nombre du Roi-Volcan est le 1808. Haze cligne des yeux. Un horrible bourdonnement de mouches lui vrille le crane. Il se sent aspiré par le Néant dans lequel gît le cadavre de l'Hommonde. Ça n'a aucun sens. Pas encore... Il doit mourir pour renaître...

Haze a donné rendez-vous à Johanna sur le front de mer. Il comptait prendre un verre avant de l'emmener au restaurant mais... la conversation a pris une autre tournure. Sodek s'est invité. Non en tant qu'interlocuteur mais malgré tout en tant que sujet. Johanna a peur. Elle fait de son mieux pour garder une certaine contenance mais Haze sent bien qu'elle est à deux doigts de craquer. Il sent aussi que c'est le bon moment.

« Johanna, c'est toi qui a tué Edes ?
Oui. Enfin, c'est Sodek.
Et tout ça a à voir avec son « grand plan » ?
Bien sûr. Il n'y a pas de hasard. Ces autres victimes ont un nombre. Mais pas Edes. Elle, c'est différent mais ça fait aussi parti du plan. Ce meurtre là, c'est comme... une fractale. Un fragment de rose en hologramme. C'est l'univers...
Des nombres ?
Oui, chaque victime avait un nombre, un numéro... à l'Hôpital. Je crois que tout ça forme une série. Je ne sais pas trop. Il ne m'a pas tout dit. Mais il y a une histoire de nombre.
Et Edes, pourquoi cette mise en scène ? Pourquoi le... porc ?
Parce que... c'est comme ça. Partout. Partout où Le Meurtre a lieu, il y a... le porc. Et le Tueur... Des fois, c'est un tueur en série. Des fois, c'est un enfant. Des fois, il est aveugle. Des fois, il a des cornes sur la tête. Mais tout le temps, il y a le porc...
Est-ce que... est-ce que je vais mourir ?
Oui, mais... pour renaître... »

Haze a reçu un appel anonyme. On lui a donné rendez-vous dans un terrain vague. Il doit venir cette nuit. Seul, évidemment. Et sans arme bien sûr. Son interlocuteur a déclaré travailler pour quelqu'un qui avait quelque chose à lui remettre pour la Compagnie. Il n'a pas voulu en dire plus mais cette référence à la Compagnie était suffisante pour qu'Haze prenne le risque d'accepter ces conditions.
À l'heure dite, une limousine aux vitres teintées fait son apparition, phares éteints. Le véhicule s'arrête à une dizaine de mètres de Haze. Il fait mine de s'approcher mais la porte du conducteur s'ouvre. Celui-ci fait mine de porter la main droite au niveau de son aisselle gauche et, de la main gauche, lui fait signe de rester là où il est. Haze obéit. Le chauffeur ouvre alors la portière arrière. Le chauffeur se penche et échange quelques mots inaudibles avec son patron. Il ferme la portière et se dirige vers Haze. Sans un mot, il lui remet une boîte. Haze ne peut s'empêcher de l'ouvrir. Dedans, une fiole en verre. Et dans la fiole, le Cruel Centipède. Le chauffeur se barre les lèvres de son index puis, les deux paumes levées, fait signe à Haze de reculer. Marchant à reculons, le chauffeur regagne la limousine et redémarre.
Haze range la boîte dans la poche intérieure de sa veste. Il en est convaincu, l'Horreur vient de prendre une nouvelle forme, arpentant le monde au milieu des mortels...

Le meurtre d'Edes Corso a fait la une de tous les journaux et l'ouverture de tous les JT nationaux et même internationaux. La riche héritière était très célèbre et les journalistes ont adoré décrire encore et encore les détails les plus salaces de la scène de crime. Les blessures au visage mais surtout... le porc. Célébrité et argent oblige, la police a mis les bouchées doubles sur l'affaire. Des croisements effectués à la suite de prélèvements d'ADN ont permis de remonter jusqu'à une certaine Johanna Ackermann. Il semblerait donc que cette femme ait été présente sur toutes les scènes de crime. Pas seulement celle d'Edes Corso mais aussi celles de ces hommes dont la mort était attribuée au Tueur du Calendrier.
Ackermann s'est rendue sans opposer de résistance. Lors des premiers interrogatoires, elle a peiné à raconter ce qu'elle savait. On aurait dit qu'elle racontait une histoire vécue par un autre. Puis, au détour d'un entretien avec un des experts psychiatres, la personnalité de Sodek NoFink a fait son apparition. Il a tenu alors des propos plus qu'incohérents, affirmant que oui toutes ces morts, même celle d'Edes Corso s'inscrivaient dans un vaste plan. Oui, ce plan était interrompu mais, après tout, le mal était fait et rien n'empêcherait plus sa réalisation. Ici ou ailleurs... il affirma également que ce n'était pas par hasard qu'Edes Corso s'était entiché de cet ancien agent du FBI. Elle savait qu'il était mêlé à tout ça. Et elle savait qu'elle allait mourir. Il alla même jusqu'à dire que c'était pour l'approcher lui, Sodek, qu'elle avait fait la connaissance de l'ex agent Haze. Tout ça faisait donc parti de ce fameux plan. Aucune logique là-dedans, aux dires du psychiatre. Les délires d'un fou. Ou plutôt, d'une folle. C'était certainement par unique jalousie qu'elle s'était attaquée à Edes Corso. Et pour les autres hommes, une enquête sur l'enfance de Johanna fit état d'une hospitalisation en maison de repos. Là, il semblerait qu'elle fut abusée par un autre patient pouvant présenter des ressemblances avec ses victimes en tant que Tueur du Calendrier.
Ackermann fut condamnée à être internée en institut psychiatrique de haute sécurité pour une durée de 13 ans.


Réponse de Thomas !

A. Encore un grand merci pour ce CR qui s’avère être à nouveau une novelette !

B. Damon Haze et Edes Corso en couple, la rencontre de deux persos principaux de la première et de la deuxième campagne, c’est enthousiasmant ! Tu es train de tisser ta saga personnelle à travers Millevaux.

C. J’adore le côté super méta de voir Millevaux comme un virus libéré sous licence creative commons, afin que n’importe qui puisse créer ses propres souches mutantes ! Pour l’exactitude, Millevaux n’est pas en creative commons mais dans le domaine public. Je pense qu’ « open source » serait le terme qui collerait mieux à ta fiction, pour sa connotation hacker.

D. Sympa de voir certaines thématiques de Millevaux (l’emprise, avec cette forêt tropicale enneigée, et l’oubli) se retrouver exploitées dans ce CR !

E. La contamination des mondes par Millevaux est un thème récurrent de Millevaux Mantra, j’ignore à quel point tu exploites ce jeu dans ta campagne (juste le contexte ? Aussi les tables ? Ou aussi le système?)

F. « une bouche dessinée sur le mur scande « Je suis Dionysos ! La Voix de la Bouche ! Dansez ! Chantez, les ivres et les fous ! » : la bouche dessinée chante vraiment où les paroles sont justes écrites sur le mur ?

G. « Haze plonge sa main dans sa poche et en tire un jeu de cartes. Il en sait pas ce que ce jeu fait là. Il n'aime pas jouer aux cartes. Enfin, pas spécialement. Juste comme ça, il en tire 2 au hasard : 10 de cœur et 5 de trèfle. » Je suppose qu’il s’agit des cartes à tirer dans le jeu « Le Tueur du Calendrier » motorisé par Protocol ? J’aime beaucoup cette mise en abîme !

H. Encore un trip méta avec le personnage qui base ses réflexions sur le jeu de rôle épistolaire De Profundis… qu’il n’a en réalité pas lu : la pervasivité entre le personnage et le joueur joue à plein.

I. Un petit extrait de l’Apocalypse selon Millevaux fort à propos suivi d’une dégustation de sa propre chair carbonisée, un moment tout cronenbergien !

I. Le Roman qui rend fou : hommage au roi en jaune et nouvelle poupée gigogne narrative avec cette référence à Tad Corso, le PJ de ta deuxième campagne Millevaux:)

J. Les références à Patient 13 sont de plus en plus appuyées. A ce sujet, je ne peux que conseiller L’Hôpital, un crossover Millevaux / Patient 13 par Eugénie.

K. SiAber possède les souvenirs des personnes qu’il a tuées : clin d’œil à Ecorce, je suppose ?

L. Intéressant que l’enfant sauvé de l’abattoir par SiAber dans un des cauchemars de Coelacanthes s’avère être Camille, l’enfant d’un autre des cauchemars de Coelacanthes:) Tout ceci préfigure un maelstroms de liens logiques entre tous les éléments de ta campagne.

M. Les gravures sur la chair de la Magicienne évoquent la sarcomantie, l’art de remodeler la chair qui est pratiqué à Millevaux, avec du « liquide sarcomantique » et des baguettes de bois

N. Est-ce que la « lame de tarot » que prend SiAber est une carte de Muses & Oracles ?

O. « Les hommes que tuait Sodek n'étaient pas que d'anciens patient de l'Hôpital, ils étaient aussi, à ses yeux, des symboles de l'Hommonde, un vieil homme mourant. » Est-ce qu’on peut dire que Sodek s’en prenait à des anciens PJ ou a des PNJ-clés, commentant des meurtres au caractère très méta ?

P. Retour à la Maison Carogne pour Haze. Finalement, ce scénario de Coelacanthes s’avère central dans ta cosmogonie de campagne. Je me demande ce que donneraient d’autres zones méta de Coelacanthes, comme le Château Illogique qu’on trouve en zone 9 dans le cauchemar d’Alice.

Q. Est-ce que les nombres du Roi-Volcan (et d’autres) que recherchent Sodek NoFink correspondent à des numéros de carte, comme par exemple les cartes de Muses & Oracles ?

R. « Cabaret Voltaire, Body and Soul. Cabaret, une scène, un spectacle, une illusion. Voltaire, un philosophe, les Lumières, LA Lumière, la métaphysique. Body, le corps, mortel, un corps mort. Le meurtre métaphysique ! Soul, l'âme. Une âme, celle de qui ? La sienne ? Celle de Johanna, de Sodek ? De ses victimes ? L'âme ? Qu'est-ce que l'âme ? Une illusion. Un produit permettant à un organisme de percevoir son unité en vue de mettre en place les stratégies de préservation de son intégrité. Une illusion, un spectacle, un cabaret... Paul Singer, Dionysos, l'a dit. Tout ça n'est qu'un petit théâtre. Et si ce qui était le plus important aux yeux des hommes n'était qu'une illusion, un spectacle ? À destination de quel spectateur ? Qui se réjouit du spectacle de nos âmes ? » : tout ceci m’évoque, en plus de la métaphore méta, les palais mentaux, reflet de l’inconscient des personnes, dans Little Hô-Chi-Minh-Ville, et le fait que ces palais soient sous surveillance.

S. J’adore le fait que le personnage entende la musique qu’écoute le joueur. On poursuit la mise en abîme. Pour te confier une anecdote personnelle, il m’arrive très souvent de rêver que je mets en place une partie de jeu de rôle (souvent d’ailleurs sans pouvoir la concrétiser), ou de « réaliser » que mon rêve est en fait une partie de jeu de rôle, et sur un rêve particulièrement intense, j’ai justement entendu une bande-son.
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

TOMBÉ DU CIEL

Entre un prêtre exorciste qui avance ses pions, une escapade enfantine au cimetière et un mystérieux cadavre, un épisode construit avec un programme d'écriture de plus en plus complet et automatisé.

Joué / écrit le 10/02/2020

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Image
Stella Maris, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible :

Episode précédent :

13. La main et la couronne
Alors que les adversaires montrent les dents, les exorcistes s'organisent pour la dernière bataille. Retrouvez ici la réponse à la première question au public, et bien sûr une nouvelle question !


L'histoire :

Image
What has become of the one i love ?, par Yseulde, du post-americana lunaire et lo-fi pour un feu de camp introspectif à l'infini.

Dans cette fin de jour qu'est le crépuscule vosgien, une brume noyée de feuille mortes, humide comme sortie du lavoir, tombant toujours trop tôt, les questions se multipliaient au village. Déjà on jasait, et qui du Nono Elie ou qui de l'Oncle Mougeot seraient les plus prompts à répandre des rumeurs concernant la venue du Père Benoît. La seule chose certaine dans ce salmigondis de spéculations qui généraient déjà des faits par la seule force de leur existence, c'est que les choses ne seraient plus comme avant. Le prêtre exorciste du Diocèse était là : de tous les vosgiens il était le seul censé capable de tenir le diable par la queue. Mais que ferait-il des mortels ?

La première action publique qu'il fit souleva bien des conjectures. Avec une pique à mirabelliers, il tira le lierre qui rampait sur les murs de l'église.

Le Nono Elie argua qu'il était un peu diot et qu'il se prenait pour la bonne du curé. L'Oncle Mougeot rumina : pour lui, le Père Benoît faisait comprendre à tout le monde qu'il était là pour faire le ménage, sans tarder, et qu'il n'avait pas peur de se retrousser les manches.

L'Oncle Mougeot avait élu le bistrot du Pont des Fées pour quartier général de ses couâries, le Nono Elie était avec les bouilleurs de cru au Grand Bois. On puisait de l'eau dans le vieux château d'eau tout fissuré, elle coulait à gros bras dans les décalitres et les cuves de l'an passé, qu'il fallait rincer à grand renfort en prévision de la distillation prochaine. Les moins vaillants rentèrent dans leur pénate avant la presque-nuit. Le Grand Bois mérite bien son nom, c'est que forêt, ça n'est plus le domaine de l'homme, alors on traîne pas quand vient le soir. Mais le Nono Elie restait, il avait son fusil et son tracteur et puis il avait quelques ares de terrain dans le secteur, alors il alla les inspecter pendant que ses cuves dégorgeaient.

Bon, des champs, c'était juste des clairières aussitôt prises à la forêt aussitôt reprises, mais bon le Nono Elie était comme les autres fermiers, il comptait sur le moindre are, il fallait rien perdre, que ce soit par la forêt ou par les clôtures baladeuses des voisins. Alors quand il vit des corbeaux, vinrat des beusses grosses comme des blaireaux !, qui becquettaient ses grains semés de la veille, son sang ne fit qu'un tour. Il tira un premier coup de carabine qui dispersa les volatiles sans en toucher aucun. Chaque cartouche était précieuse, mais nom de Vieux il avait pas eu sa revanche, alors il tira à nouveau et vit une masse noire glisser dans l'obscurité pour retomber derrière le couvert des sapins. "En voilà un qui l'a pas volé, vindiou je l'ai bien mouché !"

Tac tac tac !

La Soeur-Marie-des-Eaux se redressa d'un coup sur sa couche, l'Opinel à la main. Quelqu'un qui frappe à la porte de la yourte en pleine grasse-nuit, c'est pas normal. Son coeur battait la chamade, contracté comme un utérus parturiant. Ses réflexes de vétéran finiraient par la tuer !

Il réveilla la Soeur Jacqueline et ouvrit la porte de la yourte comme un commando l'aurait fait. Derrière, c'était le Père Benoît, une lanterne dans une main, un bâton de marche dans l'autre.

"Tout est lié, fit-il.
- Tout est lié, répondit la Soeur Marie-des-Eaux, étonné de voir utilisé le salut mémoriel, dont lui-même avait dédaigné l'emploi aux Voivres, par pur dédain des conventions sociales. Mais après tout, le Père Benoît était un civilisé, et cet usage ne pouvait qu'agréer au mémographe qu'était la Soeur Marie-des-Eaux.
- Voici mon histoire : je suis le Père Benoît, je suis le prêtre exorciste du Diocèse. C'est moi qui vous ai formé, Soeur Jacqueline, puis qui vous ai demandé de former Soeur Marie-des-Eaux. Je suis ici sur la demande du Père Houillon, afin de chasser le diable de ces terres.
- Voici mon histoire : je suis la Soeur Marie-des-Eaux, et je suis une ancienne enfant-soldat. J'ai été intégré au couvent des Soeurs du Très-Saint-Sauveur et en effet, c'est la Soeur Jacqueline qui m'a formée à l'exorcisme dans les forêts limbiques. Nous sommes venues aux Voivres par mandat du Diocèse. Donc, pour ce qui est de chasser le diable, nous nous en occupons déjà, Père Benoît.
- Fort bien, je n'en attendais pas moins de vous. Mais la durée de votre absence, et le dernier pigeon voyageur du père Houillon ont incité l'évêque à me mander d'urgence à mon retour de Gérardmer pour prendre les choses en main. J'ai plus d'expérience que vous, je suis habilité à célébrer les offices nécessaires, et vous êtes sous mon commandement.
- ... Mais pourquoi nous réveiller à la grasse nuit ?
- Ne me posez pas de questions. C'est à la Soeur Jacqueline, votre supérieure, que je tiens à parler. J'ai eu fort à faire et j'ai appris sur le tard que vous résidiez chez un païen. Ce ne se peut. Je vous somme donc de rassembler les affaires et de rentrer au presbytère."
Sa figure joufflue était comme une lune à la lumière de la lanterne.

La Soeur Marie-des-Eaux avait la rage au ventre et la Soeur Jacqueline aurait bien voulu rester dormir près du poêle, mais c'eut été créer un grave incident diplomatique que de désobéïr, aussi refirent-elle leur bâluchon et repartirent-elles sous les railleries des hulottes à travers le Moulin aux Bois, sur les traces du Père Benoît et du Père Houillon qui l'avait d'abord guidé, puis ensuite suivi comme un petit chien.

"Ne soyons pas de vilains hôtes, servez donc une collation à nos soeurs, ordonna le Père Benoît avec toute la douceur de celui qui n'est jamais discuté. Sans brésailler, le prêtre leur réchauffa un fricot de toffés avec de la tarte au munster. Comme à son habitude, la Soeur Marie-des-Eaux repoussa la tarte au munster comme toute autre nourriture venue d'une bête, mais honora les toffés. Et comme à sa déshabitude, la Soeur Jacqueline bouda l'un et l'autre.

Le Père Benoît avait par ailleurs conscieusement fouillé le presbytère, et trouvé le buffet secret où étaient rangées les meilleurs bouteilles. Au grand dam de son hôte, forcé de leur servir un Gris de Toul tout couvert d'une noble poussière.

"Hum... Un petit Jésus Cuit en culotte de velours !
...
J'étais à Gérardmer, et j'ai dû y enquêter sur la disparition du chasseur le plus renommé du secteur. J'ai interrogé ses proches, et j'ai compris qu'il tenait commerce avec une femme suspectée de diablerie, une ondine, disaient certains. Les battues n'ayant rien donné, on a fini par draguer les torrents, et on a retrouvé son corps. En voilà encore un qui a voulu serrer le diable dans ses bras de trop près.

...

J'ai aussi vu la Pierre Charlemagne. J'ai consacré ce lieu païen. Saviez-vous que l'empereur Charlemagne en personne venait dans les forêts de Gérardmer chasser le cerf et le loup ? J'ai beaucoup prié devant la pierre, pour que ce saint empereur nous ait en sa garde. Je crois que nous en aurons bien besoin, car nous chassons là un terrible gibier."


Deuxième d'Opprobre

Saint-Léger dans le Calendrier Chrétien
Jour de la pomme de terre dans le calendrier républicain


"Oh l'travail !"

C'est dans la fraîcheur de l'aube que l'exclamation du père Thiébaud résonna. Des rouge-gorges l'observaient depuis les tuiles ébréchées et les gouttières rouillées du Château de Paille, qui donnait son nom au lieu-dit où les divagations du père l'avaient conduit de bon matin.

Etalé dans le péteuillot de la terre semée, baigné par les respirations du sol et la lueur timide qui perçait des frondaisons, gisait le corps d'un homme. Il était beau, il était jeune et il était nu comme un ver. Sa peau était déjà bleue. Ses bras, son cou et ses jambes étaient disloqués comme s'il avait chuté de très haut, et d'ailleurs les branches cassées coincées autour de son buste laissaient penser la même chose. Il portait au flanc des marques de plomb, mais ça n'aurait pas dû pouvoir tuer un homme de sa taille.

Le père Thiébaud ne le connaissait pas, ne l'avait jamais vu aux Voivres, mais pourtant son visage anguleux et ses cheveux sombres lui rappelait celui des colporteurs qui venaient de temps à autres échanger des graines ou boire un pot au Pont des Fées.

"Oh, l'travail !"

Il s'éloigna, les mains jointes derrière le dos, reprenant sa coûarie avec les fées.


"T'as volé ! T'as volé un sou, Soubise ! Voleur, tête de chou !"

Le congé forcé de Champo poussait les enfants à l'inaction et leur école buissonnière n'était pas tendre. Quand Hippolyte Soubise fut surpris à caresser un sou, juste une pièce à l'effigie de Napoléon III, les autres mouflets en déduirent qu'ils l'avaient volé. Il eut beau se justifier, qu'on le lui avait confié pour aller acheter du grain pour les cochons, personne ne voulait croire qu'un Soubise puisse posséder un sou, et donc il venait de la poche de quelqu'un, probablement d'un autre des enfants, oui, il fallait le rendre à l'enfant à qui il l'avait volé, d'un coup, chaque gamin se souvient avoir eu un sou sonnant et trébuchant dans sa poche, et s'il n'y était plus, c'est que la main crochue de l'Hippolyte l'en avait soustraite, à n'en pas douter ! Bientôt, puisque tout le monde avait été volé, on soupçonna le cadet des Soubise de dissimuler toute une goyotte dans ses habits, et le Cyrille Chaudy l'attrappa par les pieds et le secoua, mais il ne fit tomber que des poux.

"J'suis pas un voleur !" Ce qui était énervant avec l'Hyppolite, c'est qu'il ne pleurait pas. Il accueillait les vexations comme une statue sainte accueille les chiures des corbeaux. Sans broncher.

Alors on s'énerva, c'était un voleur, sûr de sûr, et puisqu'il s'en défendait, il fallait engager le code judiciaire des enfants.

"Si t'es innocent, alors tu dois nous ramener une pierre du cimetière ! A reculons !"

L'Hyppolite sembla se prêter de bonne grâce à l'injonction, mais à l'intérieur, c'était tempête sous un crâne. Certes, il était bien plus habitué à l'occulte que les autres mioches, après tout son père et son grand-père étaient des sorciers et ils hébergeaient la Mère Truie qui est un horla, mais finalement sa mère avait réussi à le tenir le plus possible à l'écart de tout ça : aussi n'en avait-il compris que très peu. Mais là, aller au cimetière, c'était du sérieux.

Il marchait à reculons, trébuchant dans ses sabots. Devant lui, la masse des gamins criant, pressés de rentrer manger un frichti, mais tout aussi préssés de voir l'Hyppolite connaître un mauvais sort. Derrière, lui les murailles en ruines de ce cimetière, et les pierres tombales dont on n'avait pas encore enlevé les cordes qu'un vent malicieux avait déposées.

Derrière lui, il y avait toute la masse de la mort.

Sous ses pieds, il sentait les racines.

Sous son nez, une odeur de pipi chaud venait surplomber tous les arômes rances de sa personne.

Un vent glacial lui balaya la nuque. Enfin, il voyait le portail tout corrodé, tombant à moitié. Sans regarder par terre, il se pencha, tatonna, sur le sol il touchait des racines, des bêtes, et enfin sa main se referma sur du minéral.

Mais il traînait trop ! Déjà ce qui se trouvait là s'en prenait à lui.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression
Acte III - Introspection + Tentation + Agression
Acte IV - Introspection + Tentation


Préparation :

A. A la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : Que vont entreprendre les nonnes pour s’attirer la sympathie de Père Benoît ?

J'ai eu cette réponse :
Damien Lagauzère : Et bien, peut-être qu’elles pourraient mettre un peu d’eau dans leur vin et être un peu plus consensuelles, tenter d’apaiser les tensions entre elles et la population. Elles peuvent peut-être « tendre la main » et proposer d’organiser un sorte de fête pour célébrer la venue du père et enterrer la hache de guerre, même si elles n’en pensent pas un mot. Ce serait aussi, pourquoi pas, l’occasion d’observer les villageois et faire un rapport circonstancié sur la situation au père, quitte à dévoiler involontairement des informations à un éventuel antagoniste.

Je me suis rajouté cette réponse dans mon script, vous verrez quelle tête ça a :)

B. J'ai découvert que pour remplacer les saints, les jours du calendrier républicains nommaient des fruits et légumes et autres éléments de la vie rurale. Je vais rajouter cette mention car je la trouve vraiment évocatrice. https://fr.wikipedia.org/wiki/Calendrie ... _d'automne

C. J'ai fait le décompte du nombre de mots des 13 épisodes précédents (en comptant seulement la partie récit) : 30542 mots. On est déjà dans le registre de la novella ou du roman court ! Je ne me projette pas dans un roman très long, alors je dirais que 100 000 mots serait un maximum : ça correspond à la taille de mon roman Hors de la Chair, ce qui correspond, si je garde une cadence d'écriture approchante (et ce n'est pas sûr, car à multiplier les protocoles, je pense que j'écris moins de mots par épisode)... à 42 épisodes. Je retrouve ma projection initiale de 40 à 50 épisodes. Je trouve ça assez encourageant. Cela veut dire qu'écrire le premier jet d'un roman, pour coûteux en énergie que ça semble, est peu coûteux en temps si on a les outils pour écrire vite (et je les ai ! Par Shub-Niggurath, je les ai ! ) : 40 à 50 sessions de 3 h d'écriture, soit 120 à 150 heures, soit l'équivalent d'un mois de travail salarié (semaines de 35 heures). Et j'aurais certainement pu économiser un tiers de ce temps si je n'avais pas réalisé toutes ces mentions techniques ! La relecture / réécriture prend forcément du temps, mais honnêtement ça prend beaucoup moins de temps que le premier jet (surtout un premier jet aussi travaillé). Je dirais une heure de correction pour cinq heures d'écriture, soit 24 à 30 heures, bref une semaine de travail salarié... C'est très encourageant, je devrais faire breveter ma méthode ! :)

D. J'ai complété les fiches de personnages avec une information importante : la liste du matériel important. Les personnages ont collecté quelque matériel notable et ça me semble important d'en garder trace si je ne veux pas commettre d'impair.

E. Toute cette rigueur peut sembler inutile. Elle est toute imprégnée de méthodologie rôliste (et sans doute d'une pointe de procrastination). Elle me semble pourtant pertinente dans le cadre d'un roman. Tout le monde connaît des lecteurices qui font attention aux détails et traquent la moindre incohérence dans l'espoir de se ruiner leur plaisir de lecture :) Lors d'un entretien, un journaliste avait demandé à Raymond Chandler ce qu'il était advenu d'un certain personnage et ce dernier avait répondu : "Je l'ai tout simplement oublié." Même si en tant que lecteur, j'aurais une grande indulgence pour ce genre d'erreur, je crois qu'une partie du lectorat ne goûte guère ces lacunes. Et je pense aussi qu'avoir une cartographie assez nette de la situation en évolution m'aide à construire un récit. Donc c'est bon à prendre. Certes, ça ressemble à de la maniaquerie de geek programmateur appliqué à l'ââârt du roman, et c'est bien ce que c'est. Pour le meilleur et pour le pire.

F. [note du 03/02/20] Toute cette préparation m'a pris beaucoup de temps. J'ai donc décidé d'arrêter ma session d'écriture de la journée. Je reprendrai la semaine prochaine.

G. [10/02/20] Actuellement, pour mon roman, j'ai un programme de telle façon : "script ou jeu -> idée tirée sur une table -> un PNJ avance sur son objectif". D'une je vais rajouter à ce programme un moment de métanarration, de deux, je vais rendre ce programme aléatoire, donc au d4 : "Script ou jeu / 2. idée tirée sur une table / 3. un PNJ avance sur son objectif / 4. métanarration"

H. Je me suis décidé à essayer Draftquest pour la suite de mon roman feuilleton.
https://www.draftquest.fr/
J'avoue que j'avais fantasmé une sorte de logiciel en ligne qui générait un tas de contraintes créatives. Je me suis créé un compte gratuit et je dois avouer que j'ai été un peu déçu. La version gratuite vous génère un tirage aléatoire d'images... et c'est tout. Le compte en ligne vous propose certes d'autres services (enregistrement en ligne de votre premier jet, possibilité de le rendre public, rappels par mail si vous n'avez pas suivi la cadence d'écriture que vous vous êtes fixée) mais qui ne sont pas utiles en ce qui me concerne. Je me demande ce que propose la version payante en plus.
Draftquest propose aussi des formations en ligne, mais il n'y en a plus eu depuis 2017.
Il y a aussi un lien vers un livre au titre alléchant "Oser écrire son premier roman en dix minutes par jour"... qui n'est malheureusement pas disponible (et de toute façon, je n'ai pas les moyens financiers d'acheter des livres).
En revanche, on peut encore trouver des exercices d'écriture, accessibles et gratuits : https://www.draftquest.fr/exercises/ Si j'enlève les quelques exercices associés à l'univers de la Horde du Contrevent, il reste 24 exercices génériques. Je vais donc tenter de faire un tirage aléatoire d'exercice par session.
Et par ailleurs, je vais aussi tenter d'exploiter le tirage d'images que me propose Draftquest, histoire de dire que j'aurai tiré la substantifique moelle de ce site.

I. Le premier exercice tiré aléatoirement s'appelle "La Théorie du genre" et pose ces questions :
1/ Quel est le genre de votre récit? 2/ Pourquoi, personnellement, avez-vous choisi ce genre? En quoi vous intéresse-t-il? 3/ Quelles sont, objectivement, les contraintes qu'impose ce genre?

Je vais donc y répondre :
1/ Roman du terroir post-apocalyptique
2/ En connexion avec mes racines et avec les thèmes que j'explore depuis 14 ans.
3/ Il faut que différents éléments soient présents : la vie rurale, la forêt, le surnaturel, les indices du post-apocalyptique. La principale difficulté est de recycler les éléments du roman du terroir sans contredire l'aspect post-apocalyptique. J'ai par exemple eu cette difficulté car je voulais décrire des scènes de ripaille avec beaucoup de spécialités culinaires locales, mais ça contredit le caractère post-apocalyptique où la pénurie est censée régner. J'ai solutionné ce problème en avançant le fait que ceux qui ont des denrées abondantes ont fait un pacte avec les horlas ou un autre genre de pacte faustien (l'emploi d'innovations technologiques concernant les Fournier, qui pourrait leur valoir le courroux de la forêt. On peut aussi imaginer que certains vivent sur le dos des autres, c'est peut-être le cas du Père Benoît). On voit quelques contre-exemples : la ferme de Bourquin périclite parce qu'il n'a pas pactisé, et Champo et Marie-des-Eaux vivent dans l'ascèse.
Par ailleurs, la présence d'engins agricoles est également liée soit des innovations technologiques post-apocalyptiques, ou à l'égrégore qui maintient des reliques en état de fonctionner (c'est le cas du tracteur du Nono Elie).

J. Je suis en pleine lecture de deux superbes roman tout aussi inspirants l'un que l'aûtre, d'un côté "La Forêt des Mythimages", de Robert Holdstock, sans doute l'oeuvre de SFFF la plus adéquate à l'esprit de Millevaux, et de l'autre, "Les défricheurs d'éternité" de Claude Michelet, un roman du terroir historique, qui retrace la lutte de moines contre la forêt, la guerre et la misère dans l'époque d'après Charlemagne.


Bilan :

K. A peine ai-je (enfin !) commencé à écrire ma session 14 que m'est apparu un problème avec mon programme. Tout d'abord, je me suis dit que si je n'utilisais plus vraiment mes aides de jeu, c'est parce que je ne m'imposais pas. J'ai donc rajouté une cinquième entrée à mon programme : un tirage sur une aide de jeu. Et pour éviter de toujours privilégier les mêmes aides de jeu, j'ai également randomisé leur usage avec cette table des aides de jeu :
1. Oriente 2. La stèle au coeur des plaines 3. Muses et Oracles 4. Almanach 5. Les larmes du Soleil 6. Nervure 7. Lexique gore 8. Table des détails forestiers 9. Image de Draftquest 10. Tarot de Marchebranche
Mais je me suis rendu compte qu'avec ce programme actuel, je n'avais plus qu'une chance sur 5 de tomber sur l'entrée "script ou jeu" ! C'est bien trop peu. J'ai déjà le sentiment que je n'avance plus assez vite dans mon intrigue principale (nous en sommes au 10ème épisode joué avec l'Empreinte et le 3 ou 4ème joué sans jets de dé ! ). J'ai donc pondéré mon programme, quitte à modifier la pondération à l'avenir pour changer le ryhtme d'évolution de l'intrigue :

1-4. Script ou jeu
5. idée tirée sur ma table des idées
6. un PNJ avance sur son objectif
7. métanarration
8. tirage d'une aide de jeu

L. Malgré tout cette programmation et cette randomisation, je fonctionne aussi pas mal à l'instinct, j'essaye de suivre la logique spontanée des choses. C'est ainsi que je recycle le salut mémoriel "Tout est lié", venu des Sentes https://outsiderart.blog/millevaux/les-sentes/ car au moment où la Soeur Marie-des-Eaux ouvre la porte, je me dis que le Père Benoît n'a aucune garantie que le novice se souvienne de lui. Après, ça peut paraître bizarre que le salut n'ait jamais été utilisé auparavant, mais on peut se dire que ce rite éminemment social était circoncis aux régions civilisées du diocèse. En bon mémographe, la Soeur Marie-des-Eaux le connaît forcément, mais son caractère asocial a pu le dissuader de l'utiliser aux Voivres.

M. Comme je l'ai dit, la mise en place de toutes ces procédures supplémentaires m'a coûté du temps, je n'ai d'ailleurs fait que çà la semaine précédente ! Mais j'ai l'impression que ça paye. L'écriture est désormais vraiment fluide. Je ne m'angoisse pas sur ce que je dois coucher sur le papier. Veillons désormais à conserver le mouvement et à être moins verbeux sur la technique lors des prochains épisodes.

Aides de jeu utilisées :
Table des détails forestiers
Muses et Oracles
Nervure (a inspiré la question de fin)

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1898
Total : 32440


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications :
MAJ : ajout d'un passé oublié pour Soeur Marie-des-Eaux
Liste d'équipement de la Bernadette, de la Soeur Jacqueline, de Champo et de Père Benoît
Rajout d'un objectif de PNJ pour le Père Benoît, mise à jour de l'objectif d'Hyppolite Soubise



Question au public :

Voici la question qui fait suite à cet épisode :

A quelle personne imprévue les nonnes vont-elles accorder leur confiance ?
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LE SABLE

Un trip post-apo désertique entre Moebius et Miyazaki pour ce test à phénomène imposé. Avec des illustrations par Agathe Pons, merci à elle !

Joué le 28/05/17 à Toulouse au festival Alchimie du Jeu

Le jeu : Le Témoignage, personnes confrontées à un phénomène qui les dépasse, par Thomas Munier

Personnages : Quartz, Saïd, Sari, Nikolas Van Gelder (alias le Toubib), Le Murmurant (alias l’aveugle)

Suggestion d’écoute pour ce récit : Chalice Hymnal, par Grails

Image
Agathe Pons, libre de droits

Le contexte :

Nous jouons un thème que j’ai imposé : le phénomène est « le sable », il s’agit d’un mystère qui dépasse les personnages, et ça se passe dans un futur post-apocalyptique désertique. De mystérieuses moissonneuses se sont mises à récolter le sable du désert sans qu’on sache pourquoi.


L’histoire :

Un aveugle, le murmurant, escorte un malade à travers le désert de sable

La « ville » est composée de murs balafrés de murailles avec une porte de fer.

Il frappe à la porte et on les conduit à Nikolas Van Gelder, le Toubib. Le malade est dans un état avancé, ses veines sont rouges. Il porte la combi et le médaillon des Creuseurs de Sable. Quartz, le gamin orphelin, gueule car il aime pas l’aveugle qui a prophétisé la mort de ses parents.

Trois hommes partent.

Un père reproche à Saïd, le riche marchant, d’avoir pris l’eau de son fils (dans le désert, l’eau sert de monnaie). Saïd lui montre la machine à eau et son entrepôt, tendant à expliquer que les prélèvements ont été faits dans la légalité et la justice. De dépit, le Père s’en va avec Mère et fille.
Quartz échoue à les rattraper, se met en colère.
Le lendemain, le murmurant part avec une momie sur le dos. Le toubib l’arrête, il profane la momie. Bruit de moissonneuses de sable.

L’ancienne réclame une séance chamanisme pour expliquer le mystère des moissonneuses.

Saïd offre de réparer Pikou (le doudou de Sari) si Sari va à la rencontre des Moissonneuses. Ils partent tous les deux sur un chameau diesel.
Quartz les suit en land speeder.

La Moissonneuse capture l’Ancienne. Le Peuple en combi fait demi-tour.

Dans le sillage de la moissonneuse, la roche est à nu. On voit des feldspath étincelants et des fossiles.

Quartz entraîne Sari de force loin des moissonneuses.

Le Toubib scrute une moissonneuse avec des jumelles hi-tech. Saïd tripe sur la roche.

Pendant ce temps-là, dans la ville, l’atelier d’un souffleur de verre. Serait-il un traître ?

Saïd veut convaincre le Toubib de s’équiper en clinique. Il lui offre une gourde et prend sa combi.

Quartz entraîne Sari dans l’arrière-boutique, la baffe, elle pleure.

Pour la calmer, il lui offre des bocaux de sable coloré, devant lesquels il s’émerveille autant qu’elle.

Quartz souffre d’avoir perdu sa haine du sable.

Image
Agathe Pons, libre de droits

Le Murmurant avoue à Quartz qu’il a fait tuer ses parents car ils en savaient trop sur le sable.
Quartz braque son fusil sur lui.
Le toubib intervient. Quartz se planque derrière lui.

Le murmurant les amène devant la tombe des parents de Quartz, dans le désert.
La rivière de sable emporte le Toubib. Quartz le sauve, tout en criant :  « Papa ! ». Mais en le tirant de là, il découvre que les veines de son père adoptif sont rouges…

Saïd est ruiné par collectionnite de sable. Il répare Pikou et le rend à Sari pour qu’elle l’aide.

La Nuit Chamanique. Le Murmurant, possédé, accuse l’Ancienne : une myriade d’expressions se succèdent sur son visage.

Image
Agathe Pons, libre de droits

Saïd et et Sari sont devant la moissonneuse. On entend son cœur qui crisse.
Les hommes des étoiles qui conduisent la moissonneuse emportent Saïd. La moissonneuse se dirige vers Sari. Saïd est époustouflé par la beauté du monde et l’innocence de Sari.


Feuilles de personnage :

Quartz
Un enfant, le sable a tué à sa famille (sables mouvants) : il déteste le sable.
Ce qu’il va perdre : sa haine du sable.
Ce qu’il va sauver : son père adoptif.
Événement bouleversant (vécu avec Saïd) : Voir quelqu’un mourir à cause du sable

Le Murmurant
Ce que je vais perdre : ma capacité à croire en autrui
Ce que je vais sauver : un secret très convoité
Événement bouleversant (vécu avec Saïd) : j’ai vu la fin du monde
A quoi je ressemble, qui je suis ?
Je suis celui qu’on oublie, celui qui panse les plaies. Vieil aveugle optimiste qui parle aux esprits

Saïd
Marchand (chameaux-diesel)
L’eau est la monnaie
Je possède des citernes et des gardes (menés par Amir)
Ce que je vais perdre : toute ma fortune
Ce que je vais sauver : Mon innocence / sensibilité au beau : l’inexorable
Paraît : aimable, affable, préoccupé par les gens
Réellement : vénal, avide
Événement bouleversant : la fin de l’équilibre économique, la « folie du sable » / La mort de quelqu’un (vécu avec Sari?)

Sari
Ado 15-16 avec un doudou (Pikou) et une petite radio avec des piles qui diffuse du bruit
Ce que je vais perdre : la vue, la vie ?
Ce que je vais gagner : une raison de grandir
Événement bouleversant : va être témoin de quelque chose d’important sans qu’il s’en rende compte (avec Quartz)

Nikolas Van Gelder
Soigneur-médecin
Ce qu’il va gagner : sa maladie se met à lui donner des délires qui s’apparentent à des visions et le font tendre vers l’illumination et sa renaissance sous une autre forme.
Ce qu’il va perdre : Simplement sa vie. Il mourra des conséquences de sa maladie et se rendra compte que son remède est inutile
Événement bouleversant : Il a besoin du sang de Sari pour avancer le remède, celui-ci semble immunisé malgré les contacts qu’il a avec les malades. « Artisan » d’un changement de monde.
Apparence : Portant un « distille » qui lui permet de recycler son eau. Sec et portant une barbe courte qui masque le début de sa maladie.
Ce qu’il est en réalité : Il se pose en homme de « science » pour ce qu’il en reste. Il est surtout mort de peur à l’idée de sa mort prochaine et cherche clairement son intérêt.

Image
Agathe Pons, libre de droits

Retours de l’équipe :

Retour personnel :
Le récit ne rend pas forcément honneur à ce qui a été dit ou ressenti durant la fiction. Cela tient à ma mémoire défaillante, mais aussi sur le fait qu’il y a pas mal de sensations qui ne passaient pas forcément par ce qu’on racontait, mais par comment on percevait ce qui était raconté. Parfois, il suffisait de dire en peu de mots qu’une moissonneuse émergeait du sable avec des hommes en combi sur son dos pour que surgissent des images mentales assez fortes.

Joueuse de l’aveugle :
+ Très sceptique sur le jeu au départ.
+ Mais malgré quelques lenteurs ou difficultés, ça a bien marché.
+ Le jeu réfléchit beaucoup à l’ellipse.
+ A la fin, on a évoqué la substance de ce qui aurait pu être raconté.
+ J’ai aussi testé Terres de Sang et ça fait aussi partie de ces story games où on est très guidées au début et ça manque en cours.
+ Comme Happy Together, on cherche pas forcément les fins / conclusions / morales et ça fait des fictions qu’on voit peu.

Joueur du Toubib :
+ Jamais tenté de la narration partagée comme ça. Plutôt une bonne expérience. On a pu manquer de temps mais 1/2h en plus aurait suffi, sinon on aurait perdu en rythme.
+ C’est mon premier jeu sans dé mais ça me gêne pas car je suis pas très fan des jets de dés.
+ Le plus dur c’est de bien doser la répartition de la narration.
+ Sur l’univers de jeu, j’aime bien l’idée de se mettre d’accord sur un cadre.
+ Le cadre m’a bien parlé. Bien satisfait.
+ La scène qui m’a surprise, c’est la scène de la tombe, de la rivière de sable et du campement. C’était chouette.

Joueur de Saïd :
+ Très très satisfait. Je suis client des jeux narrativistes.
+ La seule déception, c’est de pas avoir continué pendant quelques heures.
+ Mon challenge, c’était d’être en équilibre avec les autres participant.e.s
+ Pur plaisir de jeu. La tête pleine de moissonneuses, de chameaux-diesel, d’étendues de sable sous les étoiles.
+ Peut-être dans une V2, proposer un format de temps de parole (peut-être avec un sablier) parce que mon point faible, c’est de prendre trop de temps de parole.
+ Je ferais bien avec mon groupe quand on tentera des jeux expérimentaux.

Joueuse de Sari :
+ C’était la deuxième fois que je fais du JDR et d’habitude, c’est plus standard. J’ai eu un peu de mal à prendre la parole et j’ai jamais pris le contrôle sur le décor et les figurants. J’ai apprécié que d’autres me tendent des perches. Donc j’ai bien aimé.

Retour à froid de la joueuse de Sari :

Voilà, je profite d'avoir fini mes dessins mais d'être encore un peu dedans pour te faire un "vrai retour" (je pense que dimanche après la partie, j'avais d'abord besoin de debriefer avec moi-même avant de vraiment pouvoir débriefer avec les autres...Et je ne suis pas très loquace ni extravertie en plus :) ).

Comme je l'ai dit, ma seule expérience de jdr était ma partie de longue haleine avec le joueur de Saïd et quelques collègues, dans l'univers très manga de Anima.
Un univers que j'apprécie mais sans plus, si aujourd'hui je prends plaisir à jouer, c'est plus pour l'aspect convivial et parce que mine de rien en un an je me suis un peu attachée à mon perso.

Et bien je dois dire qu'en une heure et demie je me suis plus attachée à un perso simple d'esprit avec un ours en peluche et une radio crachotante.

Si j'ai été un peu prise au dépourvu sur ta partie, c'est plutôt dans le bon sens du terme. Et si l'objectif qui te tient à cœur est de faire ressentir des émotions fortes à tes joueurs, alors ce fut une réussite critique avec moi.

Après y avoir réfléchi, j'ai pu distinguer plusieurs raisons à cela :

Le jeu en lui-même : Même si j'ai eu du mal à me sentir à l'aise, les "règles" du jeu sont très inspirantes je trouve. J'aurais du mal à exprimer vraiment pourquoi, mais je pense que pour moi (et c'est sûrement voulu), ça appelle à quelque chose d'assez poétique, subtile, onirique, absurde...Avec une grande place pour le non-dit, l'imagination, la porte ouverte.

La thématique : je dois dire que le sable ça m'a inspiré.

La sensation de libération : pas de dés, pas de fiche perso, pas de calcul à faire, rien qui vient interrompre mon esprit en vadrouille dans les dunes ensablées.

La sensation de lâcher prise : Pour une partie d'une heure et demie, je n'ai pas eu peur de ce que mon personnage pouvait perdre. Je n'ai pas joué en essayant d'être "rentable" (pour moi, pour le groupe, pour l'xp...), je l'ai joué en essayant des choses plus risquées, donc plus intenses.

Ton savoir-être, et celui des autres joueurs : Je pense que je ne serais pas allée bien loin si on ne m'avait pas donné la parole, si on ne m'avait pas proposé des interactions possibles. J'ai réalisé à la fin que je n'avais pas pioché une seule bille de moi-même et qu'elles étaient toutes venues des autres joueurs.
De plus, j'ai trouvé que dans l'ensemble, tout le monde autour de la table est resté assez concentré sur la partie, et ça a beaucoup joué. J'aurais nettement moins profité de l'expérience si les PJ non présents sur une scène se mettaient à papoter de choses et d'autres, voir à s'esclaffer (un regret sur le bazar ambiant autour de nous mais c'était impossible de faire autrement).

La minute de silence : J'ai trouvé ça d'une simplicité et d'une efficacité remarquable :)


Bref, j'ai beaucoup apprécié, et je me suis sentie un peu chamboulée.

Il y a régulièrement dans ma vie des événements, parfois assez insignifiants, des rencontres, des occasions, qui me "reconnectent un peu à moi-même", d'une manière ou d'une autre. Cette partie est un de ses événements, cela m'a rappelé que j'aime rêver, que j'aime l'étrange, et que j'aime sentir que je peux être créative lorsque je me sens inspirée. Comme tu ne me connais pas, tu ne pouvais pas le deviner, mais cela faisait bien un an et demi que je n'avais pas sorti un pinceau.

Voilà,
Ce n'est vraiment, vraiment pas dans mes habitudes de dire autant à quelqu'un que je connais si peu, mais je me suis dit qu'en remerciement de cette partie qui m'a vraiment touché, peut-être que cela te serait précieux d'avoir ce retour un peu plus profond et sincère que les trois mots que j'ai réussi à mettre bout à bout en fin de partie.

Donc merci à toi ! :)
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