[CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Critiques de Jeu, Comptes rendus et retour d'expérience
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LA CHUTE DE MONTSÉGUR ET DE LA CITÉ VOLANTE

Un récit choral, occulte, gore, mindfuck et épique au cœur d’une grande conspiration pour la contagion forestière.
Une quatrième campagne solo multi-systèmes par Damien Lagauzère, de la taille d’une novella.


Temps de lecture : 2H

Le jeu principal de cette séance : Montségur 1244, vivre les derniers moments de l'hérésie cathare, par Frederik J. Jensen

Avertissement de contenu : voir trigger warnings deux paragraphes plus loin

Télécharger le PDF de la campagne

en gros et en espérant n'oubliez personne, Corso a été joué avec Don't Rest your Head, Lucius avec Annalise, Balthus avec 1000 Years Old Vampire et The Quiet Year, Franky avec la Trilogie de la Crasse, Herbodoudiab avec l'Appel de Chathulhu, les Exorcistes avec... les Exorcistes, Spike avec Abstarct et ODD avec Never Tell me the Odd
j'ai"rythmé" la fin de la campagne avec Montségur 1244 et joué le final avec Face au Titan et Muses et Oracles ? dire que j'ai pris du plaisir à jouer est un euphémisme. j'espère juste que ce sera pas trop chiant à lire ^^

Image
pittou2, cc-by-nc


Campagnes Millevaux solo précédentes :

Campagne 1
Campagne 2
Campagne 3

La suggestion musicale de Thomas pour le final épique de cette campagne :


Trigger warning : viol
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

DANS LE GIRON DU CULÂ

Il ne fait pas bon contrarier les habitants des tourbières limbiques !

(temps de lecture : 6 minutes)

Joué / écrit le 08/06/2020

Jeu principal utilisé : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Codex Gigas, domaine public


Contenu sensible : violence sur enfants, injures oppressives


Passage précédent :

28. La Ménie Hennequin
Au cœur du voyage, alors que tout devient de plus en plus surnaturel, on se livre, on s'aime et on se chamaille.


L'histoire :

Image
Eating or Vomiting Its Tail, par Johan G. Winther, entre power electronics, drone et americana, de plus en plus loin en perdition volontaire parmi les arbres, en communion avec les esprits et les monstres, les cycles se répètent.

"Pchitt ! C'est l'heure de votre quart."

Quand l'Euphrasie tira le Père Benoît de son sommeil, au milieu de la grasse-nuit, il lui trouva l'air satisfait d'une bête qui a volé quelque chose de précieux. Ses sourcils dessinaient un accent circonflexe qui trahissaient sa jubilation.

La bouche empâtée de sommeil, le prêtre lui dit :
"On dirait que vous avez renoué avec votre certitude de dominer la situation.
- J'ai dit mon point faible, ce sont les horlas, mais pour le reste je suis forte assez. Ce que je veux, je l'obtiens. Ce que les autres ignorent, moi je le sais."

Le père fut saisi d'un frisson.

"Et qu'est-ce que vous savez de moi, par exemple ?
- Tout ce qu'il faut savoir.
- C'est-à-dire ? Vous bluffez.
- Alors je vais être directe. Je vous ai déjà rencontré, même si vous ne vous en souvenez pas. Et vous n'étiez pas un simple exécutant des basses besognes. Vous étiez l'évêque de Saint-Dié en personne.
- Qu'est-ce que vous racontez ? Je n'ai jamais été évêque ! J'ai pris la voix d'exorciste peu après mon ordination.
- C'est faux. C'est ce que vous a fait croire celui qui vous a pris votre place. Qui vous a pris votre vie.
- Comment vous pouvez savoir tout ça ? Comment vous pouvez en être sûre ?"

Elle lui empoigna le ventre à l'en pincer.

"Je le sens, c'est tout. J'amplifie les signaux faibles."

Et comme elle l'avait réveillé, elle se coucha, et sombra aussitôt dans un sommeil d'animal repu.

Le Père Benoît resta seul au milieu de la nuit et des bois, avec ses questions. Il sentait le tatouage de mouche grouiller sous sa peau.


"Il oubliera tout ce qui lui était cher, l'odeur de l'amandier et le rire de son enfant, mais il oubliera aussi ses péchés."


Image
Sphere from the woods, par Empusae, de l'ambient ritualiste pour un parcours animiste dans la forêt des rêves perdus.

11 d'Opprobre
Saint-Firmin
Jour du Pressoir dans le Calendrier Républicain

Le prêtre n'avait pas pu se rendormir, aussi fut-ce lui à presqu'aube qui leva tout le monde. Au réveil, le Polyte avait une haleine de frites alors qu'il n'en avait sûrement pas mangé depuis un bail.

"Les forêts limbiques ressemblent de plus en plus aux abords de Xertigny, nous sommes proches du but.", signala leur guide. Mais ils n'étaient pas au bout de leurs peines, car c'était maintenant une grande étendue de feigne à traverser. Les arbres se faisaient rares, surtout quelques mélèzes qui tendaient leurs branches caducques comme des oiseaux que l'automne a déplumé. Le sol était traître, une vague de bosses et de creux, où le spongieux paraissait dur, le ferme paraissait mou, masses de sphaignes se désaltérant dans l'eau acide. Les droseras s'ouvraient en soleils de rosée où les mouches mourraient engluées.

La Frazie marchait à bonne distance de sa trompe, sondant le terrain avec une perche, quand elle revint vers les autres, blanche comme un linge.

La suivait une personne des plus hideuses. Elle portait un casque fait de centaines de cupules de glands, sa face semblait couverte de cire. Il n'avait qu'un pagne pour tout parement sur son corps grêle où la tourbe dégoulinait, trop petit pour ses extrêmités, sa grosse tête et ses membres terminés par des griffes de rapace. Ses défenses de sanglier lui déformaient la mâchoire.
"Vous gnêtes perdutes ? Gne peux vous gwnider à travers marais.
- Un Cûla, siffla la Sœur Marie-des-Eaux.
- Ne vous gênez pas pour nous, répondit le Père Benoît en brandissant son crucifix. Nous avons déjà un guide.
- C'est juste une gnande gwéniche qui va vous perdre. Moi je peux gwnider.
- Sauf votre respect, on se passera de vos services."

L'être ravala sa proposition, mais leur fila le train. On aurait dit un chien sans collier. Dès qu'on lui adressait un regard, il adressait un sourire qui révélait ses gencives ou les défenses avaient été cousues. Un sourire qui veut mordre.
"Gne peux être votre gnami."

Le Polyte lui balança une pierre qui fit tomber son casque. Son crâne était une plaie à vif.

Cela n'eut vraiment pas l'air de lui plaire.

Tantôt il était derrière eux. Puis il paraissait devant eux, sortant de derrière un mélèze. L'instant d'après, il était sur leurs flancs. L'Euphrasie n'en menait pas large, pour tout dire, elle en perdait tout sens de l'orientation.


Image
Screech Owl, par Wold, du black metal presque instrumental, drone et bruitiste, pour s'enfoncer dans un brouillard de plus en plus déchiré. Attention, la première piste est plus harsch que la suite.

Le Polyte se rappela une phrase d'un conte qu'il récita comme une formule magique : "Sé té n’té recules mi, j’té reculerâ."

"Tu me megnaces ? Sale petite crevgrure !"

Le Culâ fit un bond de trois mètre et fut tout de suite sur le mioche. Le Polyte tendit les mains en avant dans un geste de défense. Ce réflexe lui sauva le visage mais pas ses doigts, les griffes du monstre en arrachèrent trois d'un coup !

Le gamin hurla comme un pourceau. La Sœur Marie-des-Eaux se jeta hors de l'étreinte de ses porteurs. Le sentiment d'urgence vitale lui avait momentanément rendu l'usage de ses jambes. Avec sa tête, elle enfonça les côtes du Cûla d'un coup de bélier, et le jeta dans le péteuillot. En réponse, il le lacéra de ses pieds, déchirant sa robe, révélant ses jambes trop maigres et sa poitrine plates, rouvrant les croûtes de ses cicatrices. Il lui planta l'opinel jusqu'à la garde dans la jonction entre la cuisse et le pubis, le Cûla couina, la douleur lui fut si affreuse, qu'ils purent tenter une fuite, la Madeleine portant son fils la tête à l'envers.

Mais la tourbière semblait se plier à sa volonté, et le sol de support douteux se fit un fieffé piège.
L'Euphrasie leur montra du doigt une grosse dalle de pierre moussue qui semblait le meilleur chemin pour leur course. Elle s'y engagea la première, mais ça s'avéra un trou d'eau, la mousse était des lentilles et ce qu'elle avait pris pour de la pierre était les reflets de la vase. Le Père Benoît lui tirait les bras, noir sous l'effort, le traquenard aspirait la guide comme une bouche, et le Culâ, boitillant, l'opinel sanglant à la main, revenait sur eux.

"Ta foutue phrase, tu l'as sortie d'un conte ?, demanda la Sœur Marie-des-Eaux au Polyte en le secouant.
- Oui, mais je me rappelle plus du reste.
- Pardonne-moi mon Vieux, parce que je vais lui redonner la mémoire de la seule manière que je connais !"

La beusse rampait à trois mètres d'eux, la mâchoire déboîtée, prêt à arracher de la gueule à coup de défense.

Le novice attrappa les moignons du Polyte et les écrasa pour amplifier la douleur.

"Iaaaargl ! Si on l'menace ça l'met en rogne, mais pour le chasser, y faut l'insulter !"

Le Cûla jeta sa carcasse en avant.

"Cul de fossé malpropre !", bouâla la Madeleine.

ça lui fit l'effet d'un coup de boule qui brisa net son élan.

"Couille cagneuse de vache !, enchaîna la Sœur Marie-des-Eaux
- Beignet à la bouse !, s'en mêla le Polyte, les larmes aux yeux de rire et de souffrance mêlés."

Chaque nom d'oiseau le faisait valser en arrière aussi bien qu'un crochet ou un uppercut.

"Espèce d'oeillet de loup sanglant de ragnoutes !
- Rognon d'hongre à la sauce !
- Vas-t'en dans ton trou de pisse, t'es trop peut !"

À chaque bordée d'injure, le prêtre d'un murmure leur donnait l'absolution, tout en tirant leur guide de la boue.

Le Cûla boualaît comme si les chevaux du Jugement Dernier lui passaient sur le corps, il lâcha l'opinel et clopina vers le couvert des arbres, s'oubliant à un tel point, qu'il se gamellait dans les trous d'eaux ouverts par lui-même.

"Vas te faire cuire le chou par ta femme Jésus !", termina la Sœur Marie-des-Eaux en récupérant sa lame, n'en pouvant plus de rire.

C'est ainsi qu'ils finirent tous les quatre, couverts de boue, couverts de sang, et riant comme des bossus.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1370
Total : 55610


Système d'écriture

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Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

AU REVOIR POLYTE

Quand la forêt se referme sur un destin.

(temps de lecture : 7 minutes)

Joué / écrit le 15/06/2020

Jeu principal utilisé : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)


Image
Lewis Hickes, domaine public


Contenu sensible : aucun


Passage précédent :

29. Dans le giron du Culâ
Il ne fait pas bon contrarier les habitants des tourbières limbiques !

L'histoire :

Image
Pyrrhula, par Nordvargr, entre dark ambient, drone et black art, au sein de cavernes vastes et profondes, au-delà du Temps, un environnement démesurément hostile.

C'était une aube rachitique qui secouait les arbres fanés. Le Polyte était blanc comme une fesse. La Madeleine l'avait pansé avec son foulard et des cataplasmes préparés par l'Euphrasie, mais le sang continuait à couler. Il se plaignait que ça le démangeait. La perte de ses phalanges était une chose, mais il fallait aussi craindre l'infection.

C'est alors que le Père Benoît leur montra un boqueteau de peupliers, émerveillé. Ils étaient parés de fleurs nouvelles et de bourgeons. "C'est le signe de la présence de Saint-Firmin. Il va régénérer le Polyte !
- Vous l'avez dit vous-même, Père Benoît, objecta la Frazie. C'est pas normal que tout votre saint-frusquin se manifeste. Vous y croyez trop !
- On doit essayer, pour le petit ! Il faut y aller !"

C'est vrai que le drôle avait pas l'air bien, avec sa tête de chou bouilli. Alors on tenta le risque.

Au milieu du boqueteau, se trouvait une tombe dans un style archaïque, à peine une dalle de pierre, poilue de lichens, et une croix grossièrement sculptée d'une silhouette de Jésus-Cuit. Il dégageait un parfum de rose, de cèdre et de bergamote.

Le Père Benoît défit le foulard ensanglanté qui recouvrait la blessure, et le noua autour du cou du Polyte. "C'est pour symboliser la décapitation de Saint-Firmin. Maintenant, avance et pose ta main sur le tombeau, gamin."

La Madeleine se pencha vers lui, en sourire et en pleurs. Elle rajusta le sac de pommes de terres qui lui servait de chemise. "Qu'est-ce que t'es mal fagoté, mon garçon."

Le Polyte disait rien.

Il avança dans ses sabots trop grands, et sans craindre, toucha la pierre. Le Père Benoît triturait son rosaire. Des bulles de peaux éclatèrent à la surface de ses doigts tronçonnés, puis des sortes de polypes de chair et d'os en sortirent. Le Polyte regardait ça sans frémir. Avec des bruits organiques, ils généraient de la matière à toute vitesse, et quelques instants plus tard, sa main avait retrouvé son intégrité.

"C'est un miracle, je le savais...", annonça le Père Benoît.

L'enfant se retourna vers eux, et les dévisagea avec un regard qui en disait long.

"Qu'est-ce que tu as derrière la tête, mon fils ?"

"Maman, je vais rester là. Je vais rester dans la forêt. Elle m'appelle. C'est mon domaine.
- Tu peux pas faire çà !
- Si, maman, tu le sais. C'est là chez moi et y'a que là que je serai bien.
- Mais les horlas ?
- Tout ira bien, je te le promets.
- On peut pas l'abandonner ici !",protesta le Père Benoît.

Il chercha des yeux une approbation, mais l'Euphrasie et la Sœur Marie-des-Eaux étaient du côté du petit.

"Maman, j'ai pas été en sécurité aux Voivres, et je le serai pas en restant avec toi. Dans la forêt, je me sens enfin comme chez moi.
- Vous voyez bien qu'il est victime d'un mauvais sort !, insista le Père Benoît.
- Je m'y connais en mauvais sorts, objecta la Madeleine. Si t'as trouvé ton refuge ici, je dois l'accepter.
- Maman, j'espère que tes croûtes vont guérir aussi, un jour.
- Si tu es heureux et à l'abri, alors tout ira bien pour moi, fiston."

Elle l'étreint et c'était une des rares expressions de vraie tendresse qu'elle montrât à son égard, même qu'il crut d'abord qu'elle voulait l'étrangler.

"Je t'aime Polyte.
- Je t'aime maman. Merci de m'avoir protégé pendant tout ce temps."

Puis il se tourna vers les exorcistes.

"Dans le cimetière, j'ai vu Basile, le cordelier. Il m'a dit que les cordes étaient méchantes. C'est elles qui l'ont tué, parce qu'il pouvait plus leur être utile. Quand vous rentrerez aux Voivres, vous devrez vous en méfier.
- Merci de l'information. Bonne route, gamin, je te bénis.
- Salut tout le monde. À la revoyotte !"

Ils purent le regarder encore un instant, lui le drôle avec son visage rond et doux, sa tendresse de veau, ses grands yeux, marmosé de noir, ses cheveux bouclés comme ceux de son père, son odeur de founet et de pipi.

Et il recula dans les fourrés et disparut entre les fougères aigles racornies. Il fut vite de l'autre côté du mur végétal qui couvre tout son et toute vue, et c'était comme s'il n'avait jamais existé.

La Madeleine n'avait jamais été aussi heureuse de perdre un enfant.

Mais les autres avaient quand même dans la bouche comme un sale goût de terreau. L'événement avait tout l'air d'une bénédiction, mais on repartait de là avec la nausée, avec le sentiment d'avoir foulé un lieu hanté où on n'aurait jamais dû foutre les sabots.


Image
S/T, par HKY, un post-hardcore lourd, noir, spatial, à fleur de peau : tristesse, abysse et goudron.


Au zénith, bas et lourd, on jeta trois bûches dans un rond de cendres pour faire bouillir des orties, des châtaignes et des pétenayes. Le Père Benoît s'isola de l'autre côté des talus, il avait besoin de prier, et - c'était dire son émoi - de jeûner.

L'Euphrasie se mit à genoux et avança comme un lynx vers le brancard de la Sœur Marie-des-Eaux. Elle prit ses joues dans ses mains et lécha son oeil de bois.
"La Madeleine peut tout voir., protesta le novice.
- On s'en fiche. Elle pas du genre récuse-poto."
La Soeur Marie-des-Eaux passa ses doigts sur les dents de la chiffonnière. Elle se déroba, avec un sourire qui lui remontait au-dessus des yeux.
"Tu me tortures, Frazie. Comment je vais pouvoir m'expliquer en confession ?
- T'as qu'à rien dire.
- Je voudrais bien. Mais il faut toujours y passer à un moment.
- Je plains les confesseurs qui se prennent dans le greugnot toutes vos eaux brunes de la semaine. Mais ceux d’avant se prenaient les eaux sales de toute une vie.
- Qu'est-ce que tu sais sur ceux d'avant ?"

D'humeur espiègle, la guide enfourcha le ventre du novice et fouilla dans sa besace. Elle en extirpa le carnet mémographique et le feuilleta. Le livre était gondolé d'humidité, des notes et des herbiers en tombaient.
"Rends moi ça. C'est ma vie qui est dedans.
- C'est pas ta vie. C'est que des âneries. Et ça ne m'apprend rien que je ne sache déjà sur toi.", grimaça-t-elle en plantant son ongle dans la joue du novice.
- Qu'est-ce que tu racontes ?"

Mais on entendait les sabots du Père Benoît dans les feuilles mortes, et l'Euphrasie regagna sa marmite, se régalant de voir la rougeur aux joues du novice.

Et le périple reprit, sur des couches et des couches, les corps rompus à patauger sans fin dans la litière, à porter la Sœur Marie-des-Eaux et lui à porter le poids de ses propres os qui entaillent sa chair et ses blessures intérieures, une constante rumination, pesante, et la masse des frondaisons au-dessus de leur tête, la lourdeur d'un monde à son crépuscule, une vache morte affalée sur eux.

La Madeleine jetait constamment des coups d'oeil derrière eux. "Le grand-père ou la Mère Truie sont sur nous, c'est sûr. Ils vont pas me laisser m'ensauver comme ça." Elle se grattait jusqu'au sang.

Le Père Benoît mit un genou à terre. C'était après tout un rat de messe engraissé par les paroisses où son seul sport consistait à agiter un crucifix pour ramener le calmes chez les ouailles, il n'avait pas l'habitude et les épisodes de sa vie les plus physiques étaient derrière lui. La Madeleine était quant à elle trop sur le qui-vive pour faire une porteuse efficace. Se sentant proche du but, l'Euphrasie voulait pourtant éviter qu'on fasse une pause, alors elle prit la Sœur Marie-des-Eaux sur ses épaules et partit en avant. Le novice était serré contre la chaleur de son dos, le nez dans ses cheveux et leur odeur de bois pluvial.

"Euphrasie... Pourquoi tu dis que c'est des âneries mon carnet ?
- Parce que je connais ta vie. Je suis une mnémomancienne.
- Une mnémomancienne.
- Oui. Je touche, j'accède à la mémoire. J'écoute, j'accède à la mémoire. Je vois, j'accède à la mémoire.
- Alors dis-moi ! Dis-moi nom de Vieux de l'Esprit-Chou ! Comment je suis devenue une disciple de la Madone à la Kalach ? Et ma vie d'enfant sauvage ? Et où étaient mes parents avant que l'engin agricole ne m'écrase le corps ? Et mon frère Raymond, comment il était avant sa mort ? Et mon amant le horla, est-ce qu'il est bien mort à Douaumont parce que je l'ai embrassé ? "

L'Euphrasie s'arrêta de marcher.

"ça a jamais existé tout ça. T'as eu une jeunesse normale. Tous tes traumatismes physiques ou mentaux... Tu les as inventé pour combler le vide, et ton corps y a cru."
La Sœur Marie-des-Eaux lui plaqua son Opinel sous la gorge.
" Sale menteuse ! Tu dis ça pour me mettre au supplice !"

L'Euphrasie déglutit.

"Je m'attendais pas à ce que tu me croies. Je me doute bien que tu préfèrerais ta version des faits, parce que ça fait de toi un héros, ça fait de toi le personnage d'une histoire. J'ai que de la banalité et de la mythomanie à t'offrir en échange. Mais réfléchis un peu. Tu vois dans quel monde on vit ? Tu te doutes pas que de telles erreurs sont possibles ? Qu'on peut se fourvoyer dans des embranchements qui nous entraînent n'importe où ? Tu n'as jamais essayé de percer à jour toutes ses dissonnances ? Tu t'es jamais étonnée d'être chez les exorcistes alors qu'on n'y forme que des oublieux ? C'est la règle : on ne recrute que des amnésiques chez les exorcistes. Il faut être vierge pour affronter le territoire des forêts limbiques et se préparer à la lutte contre les démons. En définitive, t'es pas un enfant-soldat qui a été recruté de force par le diocèse. T'es comme la Sœur Jacqueline, t'es comme le Père Benoît, une page blanche sur laquelle l'Eglise a écrit les ridicules prières qui permettent de dormir la nuit."

Il s'ensuivit un silence pachydermique. Il fallait que le novice digère.

Le crépuscule noircissait comme du papier brûlé.

"Euphrasie...
- Oui ?
- En quelle année sommes-nous ?
- Tu veux pas le savoir."


Loin derrière, juste assez près pour les voir encore, le Père Benoît et la Madeleine suivait, l'un pas reposé et l'autre pas rassurée.

Elle prit ses mains, cloquées, dans les siennes, boudinées.

"Il faut quand même que je vous le dise...
- Quoi ?, demanda le Père Benoît, avec dans les yeux l'appêtit de confesse.
- Merci. Merci pour tout ce que vous avez fait pour moi."


Et enfin, la guide écarta des branches, la forêt s'évasa en essarts, il y avait des clôtures bouffées par les champignons, et derrière, une vache vosgienne au dos semé d’étoiles.

"C'est le premier signe. On approche de Xertigny, constata l'Euphrasie
- La vache... Elle ressemble à celle qu’avait tué le fils Domange."


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1894
Total : 57504


Système d'écriture

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Message par Pikathulhu »

ÉQUINOXE, l'autre versant


Nompardéfaut nous livre sa vision du GN Equinoxe. L’occasion d’appréhender l’expérience sous un tout autre angle, avec un vécu et une histoire qui m’ont complètement échappé, ce qui est une caractéristique grisante des GN dès qu’ils rassemblent plus d’une dizaine de personnes.

Joué entre le 14 et le 15 septembre 2019 à Lizio, au Camp du Dragon (Morbihan)

Le jeu : Les Sentes, drames forestiers dans une réalité sorcière

Compte-rendu originel d'Equinoxe

(rédigé en écoutant du Arabrot : album "who do you love", , et "Die Nibelungen" )

L'objet de ce compte rendu est de me permettre de repasser les différents évènements du week-end en vue de m'en former une idée critique.

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La nuit. Photo (C) par Miranda Pilz


1. Pendant la préparation du GN

Nous sommes arrivés avec 1/2h de retard sur les lieux mais avons néanmoins eu le temps de nous installer un peu avant le début. Je me suis équipé puis ai déposé le reste de mes affaires inutiles (90%) sur le lit, j'allais le regretter plus tard. Les présentations des personnages et la création des liens de visu était je crois une bonne chose. Cela permettait de faire connaissance avec les fouines et de connaître les personnages. J'ai peu de chose à dire sur les exercices qui ont suivi si ce n'est qu'ils sont importants pour se mettre progressivement dans un état d'esprit adéquat.

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Un animiste rôde.Photo (C) par Miranda Pilz


2. Déroulement du GN (je est le personnage, [je est la fouine])

Nous étions trois écorchâtres chacun intégrés à une communauté différente. Pour ma part, cela faisait plusieurs semaines - peut-être un mois ou deux - que j'avais rejoint la communauté des sorcellistes. Ce groupe ressemblait à un assemblage d'individualités que la providence aurait réuni faute d'avoir pu trouver de projet satisfaisant leurs aspirations ailleurs. Et parfois cela suffit à constituer une société. Parmis eux, il y avait une femme, Mine et son chat. À mon arrivée j'avais fait don du fruit de mes cambrioles afin de me faire accepter, mais par la suite, c'est à elle que je destinais le gros de mes dons. ELle n'avait jamais semblé à sa place dans ce groupe, et j'avais des projets pour elle. Je souhaitais qu'elle rejoigne notre petite conjuration d'écorchâtres. Finalement l'électrochoc qui allait la tirer de ses liens allait être la mort dramatique de cette fille, la soeur d'Ortie.

Image
L'exorcisme. (C) Miranda Pilz

Ce qu'il y avait de plus dramatique n'était pas la fin tragique de cette enfant en elle-même mais le traitement que sa soeur s'infligeait à elle-même. Elle trainait le corps de sa défunte soeur par une chaine - une entrave qui l'attachait, la liait, et l'empêchaierait de faire son deuil si l'on ne l'en privait pas. L'en priver j'en faisais ma mission, prendre et donner. Traînée - car c'est ainsi qu'on l'appelait - avait été une exorciste avant sa mort et ses derniers avaient insisté pour accomplir leurs rituels auxquels les sorcellistes se prêtèrent aussi. C'est ce qui décida Mine à me consulter. Ces rituels odieux avaient été la goutte faisant déborder le vase, elle en était désormais convaincue, elle devait se détacher des sorcellistes, les chaines de cette communauté n'étaient pas pour elle. Je ne pouvais qu'abonder en ce sens et lui proposait de la présenter à des "amis" dès que possible.

Les rituels accomplis, l'assemblée s'était dissoute, les exorcistes étaient repartis à leurs affaires, les sorcellistes se réunirent. Nous discutâmes des évènements. Des protestations se levaient à l'égard des exorcistes, pourtant ils s'étaient tous prêtés à leur jeu. Ortie était partie en compagnie de l'Oiseau et Amanite nous confiant sa soeur et son désir de la réssuciter. En son absence, Doina la Mémographe me proposa de participer à un rituel visant à contrer ces plans de résurection et nous y travaillâmes jusqu'à parvenir à nos fins. Cela ne se fit pas sans interruptions liées aux visites impromptues d'exorcistes ou d'animistes et il n'y eut pas d'effet sensitif particulier si ce n'est que Traînée put être libérée de sa chaîne jusque là indécelable. Je m'emparais alors de cet objet puissant et précieux aux yeux d'Ortie

Image
Les sorcellistes et les exorcistes. (C) Miranda Pilz
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SEPT DE PÉRIL


La confrontation avec un cerf-horla, avec la promiscuité de Little Hô Chi Minh Ville et avec la folie d’un orage sec d’égrégore. Un enregistrement de partie par Claude Féry, qui poursuit la campagne Les Brimbeux.

(temps de lecture : 3 min)

Le jeu : Dégringolade, un jeu de rôle Millevaux pour accepter l’oubli comme condition essentielle au bonheur, par Claude Féry

Joué le 07/04/2019

Lire/télécharger le mp3 (première partie)
Lire/télécharger le mp3 (deuxième partie)

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Korona Lacasse, cc-by, sur flickr.com


Partie précédente de la campagne des Brimbeux :
19. Le thé noir du souvenir *
Où les aventuriers humains et artifices prennent ensemble le riz dans un foulard et boivent le thé noir du souvenir qui les plonge dans Little Hô Chi Minh Ville. Un récit et un enregistrement de partie par Claude Féry, qui poursuit la campagne Les Brimbeux.

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Photo : Claude Féry, par courtoisie


L'histoire :

Voici la première partie du témoignage audio de la session jouée le 7 de péril et qui conclue l'épisode 8 douleurs des morts.
Il est peu satisfaisant. Cela tient pour l'essentiel à mon jeu et la façon dont j'ai présenté les choses.

Voici la seconde partie du témoignage audio de la conclusion de l'épisode 8 de Dégringolade.
A l'écoute, la fiction tient un tantinet la route et l'atmosphère est présente avec quelques moments forts. Reste que le résultat demeure loin de mes attentes et de ce qu'aurait pu donner l'histoire des fulgurés d'Azerailles si j'avais pris le temps nécessaire et laissé plus de champ aux garçons.

Ce soir, nous avons convenu avec les garçons que nous emprunterons Les Sentes pour notre prochaine incursion en Millevaux. Nous jouerons sur table. Mathieu conservera son personnage de robot et (nous éprouverons probablement un peu plus, et je l'espère un peu mieux, la conscience du fer blanc). L'idée est de "confronter" la dimension un peu droite et rigide du robot au mysticisme des Sentes.

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Photo : Claude Féry, par courtoisie



Retour de Thomas après écoute :

A. Suggestion : lors du 17 Péril, refaire un événement en lien avec le discours de Dal Saroth
Cet épisode est-il donc sis dans Little Hô ?

B. D’habitude le son est très équilibré mais sur le stoner doom de la rencontre avec le cerf, on a vraiment du mal à vous entendre

C. Hé hé les horlièvres m’évoquent le jackalope ou le Lièvre de Marche de Cœlacanthes

D. Beaucoup d’allers et retours dans le temps : tu fais des essais de vertige logique ?

E. J’émets l’hypothèse qu’ici le jeu des questions ne fait que retarder la partie au lieu d’étoffer les personnages ou relancer l’action. J’ai l’impression que c’est vécu comme une intrusion (avec, toujours selon mon impression, des appels au système pour éviter la conséquence d’une question)

F. J’aime bien quand tu demandes à Gabriel ce qu’est l’attracteur, il te répond dZ/dt, ça fait très SF old school

G. Je me demande si l’apport important de Little Hô ne t’a pas empêché de jouer les fulgurés d’Azérailles

H. Le quiproquo entre goupils, horchats et fouines m'a fait rire :)


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Photo : Claude Féry, par courtoisie


Réponse de Claude :

B. C'était mal dosé en partie. J'ai choisi de conserver le déséquilibre pour demeurer fidèle à ce que nous avons éprouvé

D. Des essais manifestement peu concluants
Trop de cinématique, donc pas de vertige

E. Les questions étaient destinées à ce que Mathieu joue l'impact, ce qu'il avait fait la fois précédente et qu'il n'a pas fait
Cette partie est ratée à cet égard
Ce qui surnage c'est l'atmosphère et la tension
Les lièvres de marche étaient perçus d'abord version Sacré graal puis Malédiction
La ronde, rituel aussi est passée

F. Oui mais Mathieu aurait dû reconnaître la formule (il est détenteur d'un b. i. a et de formation scientifique)

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équation de l'attracteur d'edward lorenz

Il n'était pas assez concentré sur la partie.
De plus, il était dans une posture où il estimait que son personnage ne pouvait pas avoir de connaissances scientifiques.
C'est la raison d'être d'une partie de mes interventions
Lui dire qu'il pouvait établir un lien et en jouer le résultat.

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Photo : Claude Féry, par courtoisie
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

À BON PORT

Enfin, c’est à l’arrivée à Xertigny ! Mais s’annonce-t-elle sous les meilleurs auspices ?

(temps de lecture : 5 minutes)

Joué / écrit le 22/06/2020

Jeu principal utilisé : aucun pour cette session

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Rauenstein, cc-by-sa

Contenu sensible : cruauté envers les animaux


Passage précédent :

30. Au revoir Polyte
Quand la forêt se referme sur un destin.


L'histoire :

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A Bureaucratic Desire For Extra Capsular Extraction, par Earth, les tout premiers élans du drone, massif, répétitif, lysergique, chthonien.


Enfin, ils y étaient. Au sommet d'une côte, presque disparue au milieu de la presque-nuit, ourlée dans les replis du temps et de l’espace, Xertigny étendait ses maisons et son clocher. La ville apparaissait plus grosse que Les Voivres, et plus préservée également, nichée dans le piémont. Le froid y mordait bien davantage qu'aux Voivres, et on retrouvait cette sensation d'humidité proche d'un givre au creux de la moelle. Le ciel griboulu d'étoiles se reposait sur les collines hérissées de sapins.

"Je suis soulagé de nous voir arriver. Chacun de mes os est fatigué.", fit la Sœur Marie-des-Eaux. A ces mots, la Frazie eut une drôle de grimace, comme si ça lui faisait de la peine de voir le novice comblé.

En remontant la route de Bains, ils constatèrent la première anomalie. Le cimetière, sur leur droite, était immense, et s'étendait sur tout le flanc de la colline, avec des tombes et des chapelles de toutes époques et de tous styles. Le Père Benoît bénit la nécropole, comme pour conjurer le sort.

Les noms des rues aussi étaient étranges. Prolongeant la route de Bains, ils passèrent la Rue du Commandant Saint-Sernin. Si les maisons étaient en meilleur état et plus nombreuses qu'aux Voivres, elles ne formaient qu'une ligne de front derrière laquelle la forêt reprenait déjà ses droits, ce qui donnait à ces façades une allure de décor de théâtre.

Au croisement de la rue du manège, une bande de paysans était attroupée sous un abri au pied d'un calvaire, autour d'un pressoir. Le bruit des pommes écrasées se mêlait à l'odeur du jus extrait, la promesse du cidre. C'était un groupe de bons gars et de bonnes filles, ça chiquait, ça fumait des cigarettes de foin, ça buvait des coups et y'avait des plaisanteries grivoises, bref ça faisait plaisir à voir. La Frazie prit une mesure d'avance sur les exorcistes pour s'en aller deviser avec les presseurs.

Ils avaient des étoiles dans les yeux à l'écoute de ce qu'elle lui proposait, et lui donnèrent des sous. La Sœur Marie-des-Eaux eut un haut-le-cœur quand il comprit ce qu'elle leur avait monnayé.

La guide les rejoint et les conduit plus avant, si bien qu'ils n'eurent le loisir de deviser avec les presseurs, qui les regardaient avec une drôle d'expression.

"Porte-moi, Frazie, le Père Benoît n'en peut plus."

La Sœur Marie-des-Eaux profita de ce moment en apparté pour lui expliquer sa façon de penser.

Le clocher de l'église sortait des frondaisons comme un diable de sa boîte. On sonnait le glas, ce bourdon reconnaissable entre tous, qui donne le frisson, et rappelle la proximité de la mort.

"Sâprée bonne femme, t'as volé nos souvenirs et tu les as vendus aux Xertignois !
- Je ne vous ai rien volé. Te sens-tu plus oublieux qu'avant ?
- Mais tu as commis un autre crime : tu nous as donnés en spectacle.
- N'aie crainte, puisque tes souvenirs sont faux, alors c'est comme si c'était un autre qui avait joué l'acte pour toi.
- Peut-être que mes souvenirs sont faux, mais ma peine est réelle."


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Null & Void, par 0, du black metal dépressif cristallin et mélodique pour la plainte éternelle d'un corbeau dans la tempête.


L'Euphrasie botta en touche : "On va demander le gîte à la famille Chassard, je les connais bien."

C'était à droite après l'église, à remonter la rue de Plombières. Depuis-là, on voyait, épousant le flanc de la colline, un château de style néorenaissance. Les embrasures des portes et des fenêtres étaient en pierre de taille avec motifs décoratifs sculptés, la toiture mansardée portait des clochetons, et des cheminées monumentales.

"Le château des brasseurs, expliqua l'Euphrasie. Il paraît que dans son ventre, y'a des souterrains qui courent sous toute la surface de Xertigny."

Les Chassard ouvrirent leur porte et les accueillirent sans chichis. La maison paraissait trop petite pour le nombre de personnes qui y vivaient, et ça sentait le sapin vernis. Jeunes filles, bonshommes et vieillardes étaient là pour la veillée, les uns prisant, les autre filant, tous habillés de noir.
"Chez nous on porte la tenue de grand deuil pendant un an. Et ma foi, comme y'a quelques décès qui se sont suivis dans la famille, ça fait un moment qu'on porte cette couleur."

Les gamins furent priés d'aller coucher cette nuit dans la paille, afin qu'on réservât leur lit aux invités, et la bassinoire ne fut pas de trop pour réchauffer les couches qu'engourdissait le froid d'altitude.

"Vous en faites une tête, Euphrasie, signala le Père Benoît quand ils euront un moment hors de la curiosité de leurs hôtes.
- C'est bien la maison des Chassard, ils ont bien le faciès des Chassard, mais...
- Mais ?
- C'est pas les Chassard que je connais."

Ce soir-là, la Sœur Marie-des-Eaux reprit ses récitations de l'Apocalypse :

"Comme le Nil qui s'enfle de tous ces alluvions, grande sera la colère du Vieux et elle s'incarnera dans mille fléaux, elle les gonflera de son limon. Ainsi, chacun verra la forêt et ses êtres se peupler de ses hantises les plus intimes, porteuses du souffle punitif du Très-Haut ; ainsi chaque homme et chaque femme souffrira dans son propre enfer, créé par Dieu à son image pour le mettre à l'épreuve et le punir du péché d'orgueil des générations précédentes, et du péché d'ensauvagement des générations futures."

À travers la cloison, la chiffonnière écoutait son amour réciter la prière doloriste, avec la passion qu'on a pour les personnes graves et renfrognées.

Et dans le remous de la grasse-nuit, le novice se vit en rêve dans le confessionnal. Il était sans doute là pour avouer à la personne derrière le grillage qu'il avait fauté avec l'Euphrasie. Derrière le panneau, aucun bruit. Quel prêtre glouton attendait le fruit de sa mémoire ? Le Père Benoît ? Le Père Houillon ? Ou le diable ?

"Pardonnez-moi mon père, car j'ai péché..."

Sa gorge se bloqua net, alors qu'il réalisait ce qui clochait. Il pencha la tête. Il avait de la boue jusqu'à la ceinture.

Le péteuillot, les eaux sales des générations et des générations !

Encore une fois, la Sœur Marie-des-Eaux se redressa en sursaut, le cœur battant, le souffle court. Son lit trop bassiné l'avait mis en sueur. Plaqué à la fenêtre, le tapis de la noire-nuit était hanté par quelques cris impossibles à identifier.


12 d'Opprobre
Saint-Wilfried
Jour du Chanvre dans le Calendrier Républicain

Le lendemain matin, on put traîner jusqu'à l'aube, et le petit-déjeuner leur fut servi avec les mouflets. C'était des manalas, et ces petits bonhommes étaient si ronds, si chauds, si vivants que ça coupa l'appêtit à tout le monde
Les Chassard ne posaient aucune question, ça en devenait gênant. Ils n'eurent même pas une remarque sur le temps, qui pourtant était passé de l'hiver à l'été durant la nuit.

La Sœur Marie-des-Eaux grimaça. Il y avait toute une bande de mouches dans la cuisine, qui n'avaient rien à faire là en cette saison. Et les enfants les attrappaient avec une agilité folle. Ils ouvraient leur paume, souriant d'y voir l'insecte pris au piège, et l'écrasaient entre les ongles du pouce et de l'index. Ils contemplaient un instant la purée de chitine, puis s'en débarassaient d'une chiquenaud et chopaient une nouvelle proie.
"On les a dressés à tuer les mouches. Faut bien qu'ils se rendent utiles.", commenta la mère Chassard.

Ils prirent congé et convinrent ensemble qu'on chercherait un autre logis pour le soir prochain. Au dehors, un chariot remontait la rue de plombières. Il était chargé de cordes.

Des nœuds coulants pour les pendus.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1318
Total : 58822


Système d'écriture

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Message par Pikathulhu »

MILLEVOLODINE

Un mini-récit autour du test d'un théâtre post-soviétique, par Chestel !

Le jeu : Inflorenza, héroïsme, martyre et décadence dans l’enfer forestier de Millevaux

Joué le 31/07/2019 à l'Udocon

Image
Konrad Lembcke, cc-by-nc, sur flickr


Le théâtre : Millevolodine

Un théâtre à la manière du post-exotisme. Des personnages dont on ne sait s’ils sont vivants ou morts, des moines-soldats, des sorcières orphelines, des camarades de désastre et des révolutionnaires bicentenaires. Composé à six mains par Côme Martin, Eugénie et Olivier (aka Orféo)

Ma 4e partie de l'Udocon : Inflorenza, avec Eugénie la chef de la résistance au tarif de 2 cigarettes (mais ce n'est pas ce que vous croyez), Côme Martin en fanatique vengeur, Orfeo² en vieil enfant conteur privé de voix, Sammael99 le balladin mangeur de chat et moi-même, chesen colosse rongé par la culpabilité et les radiations.

Prisonniers d'un train qui nous mène vers un truc pas cool, échappés dans la toundra enneigée et radioactive, à la recherche d'un amour, d'une vengeance, d'un slogan. C'était beau, glauque, onirique. J'ai réussi à finir fusillé par des ombres sur un mur dans les restes d'une centrale nucléaire éventrée tout en étant jeté dans le trou des chiottes du train par le personnage d'eugénie. J'adore ce jeu.

J'ai aussi noté le moment de panique d' @Orfeo² qui était prêt à me "X"er alors que je prenais un nourrisson dans les mains.

Du coup, j'ai été inspiré pour un jeu "slogan" où on joue des leaders politiques qui scandent un et un seul slogan lors de manifestations jusqu'au changement de gouvernement. Je le teste et va pour trop long pas lu. »
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Message par Pikathulhu »

L'ENVOÛTEMENT AU NOIR

Pour cette suite du séjour à Xertigny, test de mon projet de bac à sable profond Écheveuille, avec Inflorenza comme système de résolution. Or, les dés ont ordonné une issue des plus tragiques !

(temps de lecture : 8 minutes)

Joué / écrit le 29/06/20

Jeu principal utilisé : Écheveuille, un jeu de rôle tout en un pour s’égarer dans l’infini des forêts de Millevaux en solitaire comme à plusieurs.

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)


Image
Jon Nagl, cc-by-nc-nd, sur flickr


Contenu sensible : racisme, mutilation, cannibalisme, ultraviolence


Passage précédent :

31. À bon port
Enfin, c’est à l’arrivée à Xertigny ! Mais s’annonce-t-elle sous les meilleurs auspices ?


L'histoire :

Image
Gran Poder, par Orthodox, du doom metal avec un rare chant clair, entre drone et liturgie, une cloison étouffante pour icônes salies.

Le zénith projetait une chaleur malade sur la ville, qui dorait les facades d'où aucun bruit ne venait, sans silhouette derrière les vitres. La Sœur Marie-des-Eaux avait emprunté des béquilles aux Chassard, et le bruit de sa claudication était le seul à troubler l'étale. La troupe n'eut pas le temps de se remettre de la dernière vision que le Père Benoît fendit le groupe pour courir se réfugier à l'abri des chênes. "Je vais pas bien !"

Il eut juste le temps de se défroquer avant que ses entrailles ne lâchent une bouse fumante sur une taupinière. "Satané bon Vieux, j'ai chopé une de ces déclichotes comme ils disent par ici !"
Sa soutane n'avait pas été épargnée par les projections.
"Oh, Seigneur Jésus Cuit tout puissant !"
Il soufflait à qui mieux mieux. Son ventre gargouillait, pris de volonté propre.

Les mouches tétaient sa chiure.

"Bzzt Bzzt, miam, Bzzt Bzzt... Nous voilà arrivées à bon port.
- Quand donc allez-vous me fiche la paix ? N'avez-vous donc aucune pitié par un homme que l'inconfort afflige ?
- Bientôt... C'est à Xertigny que nous pensons trouver des indices concernant le crime sur lequel nous enquêtons.
- Allez-vous donc enfin de me dire quel défunt motive de tels efforts d'investigation de votre part ?
- Çà vous plairait pas... Vous verrez bien en temps voulu."

Tout en se refroquant, le prêtre regarda son tatouage. Les mouches étaient revenues dedans. Elles se taisaient à nouveau, les maudites. S'il voulait s'en débarasser, il se retrouvait donc contraint de collaborer à un jeu de pistes. Et s'il n'avait toujours aucune idée de la victime, il commençait à se figurer l'assassin. Ce pouvait bien être le diable en personne.


Il fallut attendre le crépuscule pour enfin retrouver âme qui vive, après avoir frappé aux portes des heures sans succès. Même l'église et le château étaient fermés.

"Je commence à comprendre ce qui se passe et j'aime pas du tout çà.", siffla l'Euphrasie.

Ce fut enfin une petite vieille qui les apostropha, à hauteur de la route de Dounoux qui descend vers les flancs vertigineux des piémonts.

Elle était toute drôle, avec sa canne, sa bouche édentée qui yoyotte, la patate fripée qui lui servait de nez et son fichu à fleurs sous lequel partaient s'évaser les rides de son visage. "Qui qu'c'est-y que ces diots-là ? Vous êtes pas des camps-volants par hasard ?", grinça-t-elle, plissant des yeux pour mieux les discerner. La Frazie la foudroya de son regard au charbon, à la fois étonnée de voir une xertinoise inconnue de plus, et fatiguée d'une énième insulte raciste à son encontre. Elle voulait tirer au clair toute cette histoire.

"Nous cherchons le gîte pour la nuit. Et comme vous pouvez le voir, nous sommes entre gens du Vieux, fit la guide en désignant le novice et le prêtre.
- Oh mais fallait le dire tout de suite qu'y avait monsieur le curé, par l'Esprit-Chou ! Entrez don', j'allais justement faire du ragoût !"

Il fallait un peu s'enfoncer derrière les troncs pour atteindre une maisonnette d'où s'échappait une forte odeur de cuisine : les oignons, le vin cuit et la barbaque.
En temps normal, le Père Benoît eut l'eau à la bouche, mais cette fois-ci ça eut plutôt l'effet de lui retourner le bide, et il fila faire la grosse commission sous les sapins.
"Bobi, on dirait bien qu'il a une coulante des cent dix mille diables le monsieur le curé !", commenta la vieille.
Sur le flanc de la maison, une stère de bois attendait la hache, posée sur un billot.
"Au fait, moi, c'est la Germaine Peutot ! Mais vous pouvez m'appeler la Mémère !"

La Madeleine et la Sœur Marie-des-Eaux se détendaient. Elle les mettait à l'aise, avec son rire aigre et son odeur de vessie. Mais l'Euphrasie était sur ses gardes.

"Vlà-t-y pas qu'mon mari est toujours pas rentré ! Ah c'est pas rien que le Pépère Peutot ! Il est sûrement resté au bistrot !"

Le rez-de-chaussée n'était guère qu'une cuisine et un escalier qui grimpait raide. Il y avait là le founet et ses marmites laissées à frémir, et son mur, tous carossés de suie au point de composer une seule masse. Et les portière d'un garde-manger d'où émanaient l'odeur âcre du faisandé. C'était sans doute le charnier où laissait le gibier et les salaisons à pourrir pour qu'ils déploient tous leurs arômes sous l'action des asticots.

La Sœur Marie-des-Eaux oublia toute sa sympathie pour la Mémère Peutot, alors que celle-ci s'exclamait, grimpant l'escalier :
"Bon je vais devoir découper la viande asteure ! Ah si mon filou de mari était là pour le faire à ma place !"

Alors que leur hôte était montée à l'étage, le novice écarta les portes du placard. Il y avait là, pendu à un crochet, un bras flapi et grêlé de taches de vieillesse. Et trônant sur un vase à gros sel, une tête humaine, celle d'un petit vieux, jaune comme une mirabelle trop mûre, avec encore son béret vissé sur le crâne et la langue qui pendait.


Image
Screech Owl, par Wold, du black metal presque instrumental, drone et bruitiste, pour s'enfoncer dans un brouillard de plus en plus déchiré. Attention, la première piste est plus harsch que la suite.

La vieille redescendait les marches, appuyée à la rampe d'une main, tenant une feuille de boucher de l'autre, toute caillée de sang.

"On dégage !", hurla la Frazie !

Pur réflexe de guerre, le novice lâcha une de ses béquilles et fendit l'air d'un arc-de-cercle ascendant à coup d'opinel, déchirant le bassin de la Mémère.
"Mais vous êtes beurzou ou quoi ?", couina-t-elle, avant d'aussitôt répliquer, feuille de boucher décrivant une orbe de mort, la Sœur Marie-des-Eaux se recula juste à temps, tombant à la renverse.
Leur guide était déjà au-dehors, mais la Madeleine ne put se résoudre à la suivre. Elle se saisit d'une marmite bouillante et la balança en plein dans la tronche de la Mémère !

Accroupi dans les fourrés, son cul pleurant toute la substance de son corps, le Père Benoît vit la Frazie au-dehors et comprit que l'enfer s'était déchaîné. Il se précipita aussitôt vers la maison, la soutane retroussée sur son ventre, tenant son caleçon long sur les genoux, serrant les fesses à s'en rendre la face apoplectique !

La Mémère Peutot sauta sur la taille de la Sœur Marie-des-Eaux et elle pesait sur lui comme un tombereau de fumier. Le novice lui planta son opinel en plein dans la chair flasque qui lui servait de poitrine, ça triçait du sang dans toutes les directions, sans pour autant que la Mémère Peutot en paraisse plus affaiblie que ça. La Madeleine plaqua la tête de la vieille sur la rambarde de l'escalier et lui referma la porte du garde-manger dessus à coups répétés. La tête du Pépère Peutot aux pieds du Père Benoît, il était dans l'embrasure, la cognée à une main, un crucifix dans l'autre, et le caleçon sur les chevilles.

La Mémère Peutot brailla dans un râle d'outre-tombe. Sa peute gueule était éclatée comme un chou dans un jeu de massacre, le nez brisé et plaqué sur la joue, un oeil explosé et des chicots pendant de la bouche. Elle rabattit son couperet avec autant de force qu'une guillotine, et la Sœur Marie-des-Eaux tourna la tête juste à temps, ce fut sa coiffe qui prit le coup, mais il se retrouvait cloué au sol !

"Mortuus est Satanas !", bouâla le Père Benoît. Il enfonça la hache dans la clavicule de la vieille cannibale, puis dans le dos, bruit des vertèbres rappelant les noix cassées, et frappa, et frappa encore, bouillie d'hémoglobine, et la Madeleine en rajoutait à coups de sabot, et ça jurait ses vindiou et ses vinrats, plus personne ne comprenait rien à ce qu'il faisait, la Sœur Marie-des-Eaux cherchait à récupérer l'opinel dans le cœur du monstre, tout en voulant retirer sa coiffe, si bien qu'elle n'arrivait à rien. La morte-vivante exultait, un animal au greugnot réduit en pulpe, les coups la ratatinaient sans la tuer, le prêtre ouvre sa valise pour panique pour chercher l'eau bénite, il défait les boucles dans le mauvais sens, la valise s'ouvre en grand et déverse son contenu sur le sol de pierre, les fioles tombent et se brisent, et v'là t'y pas que d'un bras presque arraché à son corps, la Mémère Peutot retire la feuille de boucher, l'élève haut au-dessus de sa tête et le rabat à pleine vitesse sur la tête de la Sœur Marie-des-Eaux !

"Non !"

C'est le cri de l'Euphrasie qui, regrettant sa lâcheté, s'est engouffrée de retour à l'intérieur.

Elle a attrappé le bras de la cannibale et le couperet est planté dans son corps.

"Par Jésus-Cuit, tu fuis ou je te recuis...
Par l'esprit-Chou... Rentre dans ton trou !", dégoise-t-elle en vomissant du sang.

Tout le monde est pétrifié.

Le visage de la Frazie n'a jamais été aussi dur, une pierre de taille, un accent circonflexe et un tiret noirs. C'est le visage d'une femme trop fière pour être une martyre.

"Par mon crachat tu repars dans ton terrier"

Et de lui éclabousser la gueule avec le rouge de sa gorge.

" Par mon regard.... tu cesses d'exister !"

La Mémère Peutot bouâle à la mort, sa tronche n'est plus qu'une omelette et c'est comme le bruit de la dernière déchirure au moment de l'arbre qui s'écroule, et la Madeleine brandit le grand pot à sel au-dessus de sa tête, et le brise sur le monstre, la terre cuite éclate, libérant une avalanche de gros sol et les bas morceaux mis à conserver dedans, les mains du pépère, ses pieds, ses oreilles et la masse informe qui furent ses bourses et sa queue.

Marie serra Euphrasie à toute force dans ses bras, elle retira la feuille de boucher, mais ça ne fit que libérer l'hémorragie.
"Je te demande pardon... pour t'avoir dit toutes ces bêtises... annonna Euphrasie.
- Tais-toi !"

Marie prit sa tête dans ses mains et l'embrassa à pleine bouche, Euphrasie lui rendit son baiser, lèvres pour lèvres, langue pour langue, dent pour dent, et le Père Benoît se sentait bien sûr trop con pour réagir, et même pas plus d'ailleurs quand le crâne d'Euphrasie se déforma, des plumes lui sortant du cuir chevelu avec un bruit humide, et sa bouche se déployer pour devenir un bec, et Marie à pleines lèvres et pleine langue dans son bec, et Euphrasie maintenant avec une tête de corbeau, et Marie la serrant de plus en plus fort à mesure qu'elle rétrécissait et se ratatinait et que sa peau crachait des rémiges aussi noires que l'étaient ses sourcils et sa moustache, la première cause de l'envoûtement.

Et enfin, c'était, tenant juste dans ses bras, un corbeau que Marie, une dernière fois, infiniment, désespérément, embrassait.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1880
Total : 60702


Système d'écriture

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Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

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L'ESCORTE

Deuxième test de Choc en retour, le jeu le plus minimaliste dans Millevaux. Ambiance glauque au rendez-vous !

Le jeu : Millevaux choc en retour, le jeu de rôle Millevaux le plus simple au monde, en une carte à jouer.

Joué le 12 juin 2017 à mon domicile

Image
Thomas Fisher Rare Book Library, UofT cc-by-nc & Delphine Ciolek, par courtoisie

Personnage :
Le mercenaire


L’histoire :

Un mercenaire avec une armure et une épée est chargé d'escorter la fille du seigneur à travers la forêt. Ils doit la conduire vers un autre fief pour ses épousailles. Elle est dans une chose à porteurs qu’il porte avec l’aide de Gildas, un autre mercenaire. Les fenêtres de la chaise sont voilée, elle n’en sort jamais, ils ne la voient jamais.
Gildas est sympathique mais un peu roublard sur les bords.
Pour les accompagner, Tranbert le chambellan. Un nobliau bien habillé et coincé du cul. Il ne fait rien, c’est juste l’inspecteur des travaux finis bien habillé coincé du cul.

Le terrain accidenté et porter la chaise ne va pas de soi.
Les arbres sont noirs, leur écorce est rugueuse. Il y a des champignons blancs géants.

Ils rencontrent un trappeur qui propose son aide.

Bivouac. Le trappeur va chasser. Gildas propose une partie de 421 au mercenaire et perd sa ration de vin.
Il propose de tuer le trappeur, qui est un ennemi potentiel. Le mercenaire refuse. Alors que Tranbert et Gildas s’endorment, il monte la garde. Il entend le hululement d’un hibou, qui se mue en cris de monstre.

Le trappeur revient, il dit avoir entendu la bête. Une chose apporte le mauvais œil sur la forêt. Il insiste pour être payé maintenant de son effort. Une fois payé, il se couche et s’endort. Le mercenaire le tue.
Gildas reprend la garde. Le mercenaire fait semblant de dormir.
Gildas passe la tête dans la chaise à porteurs. Interrogé par le mercenaire, il dit qu’il a vu un coffre (sûrement la dot due à la famille du marié). Il dit aussi que la princesse est bizarre. Il propose au mercenaire de voler le coffre. Le mercenaire regarde derrière le voile de la chaise à porteurs. Il est fatigué, il ressent un grand vertige. Dans la chaise, la princesse est maigre. Elle a les yeux troués.

Le lendemain, la troupe s’arrête devant un ermitage. Le mercenaire discute avec une vieille ermite dans une petite maison en pierre moussue. Elle dit que le mauvais œil est sur la forêt.

Ils passent la nuit à côté de l’ermitage. Tranbert cède à l'appel du monstre.
Gildas se barre avec le coffre.
Tranbert revient, griffé. Il dit qu'il faut marier la princesse à la bête. Le mercenaire refuse, alors Tranbert se rue sur lui. Le mercenaire le tue mais Tranbert avait des griffes et lui a labouré la jambe.

Le mercenaire repart seul en traînant la chaise à porteurs.
Fatalement, la chaise chute. Il en sort le corps momifié de la fille du seigneur.

Il revient à l’ermitage, il se fait soigner et en échange, accepte que l’ermite procède à l’enterrement de la momie. Plusieurs hypothèses se bousculent dans sa tête : peut-être que la princesse était destinée à épouser un nécromancien, ou peut-être qu’elle devait être conduite dans ce fief pour y être exorcisée. Dans les deux cas, cela expliquerait que le seigneur leur ait caché la vérité. Mais aucune de ces hypothèses ne se concrétisera puisque maintenant, la princesse va aller dans la terre.

Le mercenaire rentre chez lui, laissant l'ermite gérer la momie.


Playlist :

Earth, Special Low Frequencies Version, l’album séminal du courant drone, un mur sonique d’oppression totale et pachydermique.


Commentaires :

Durée : ¾ d'heure

Comme j'avais affaire à un joueur débutant, il a pris peu d'initiative. A moins que ma maîtrise ait donné peu de liberté d'action. Mais il a quand même pris des décisions importantes. A un moment, j'ai un peu glitché (j'avais fait exprès de me passer de l'Almanach comme source d'inspiration, pour rester sur le seul matériau brut de la carte) mais l'impro s'est finalement mise en place. J'étais content de l'ambiance assez glauque de la partie. Millevaux choc en retour s’avère être un outil absolument suffisant si on est un MJ expérimenté et qu’on recherche une ambiance simple et old school.

Conçu deux années plus tard, le jeu de rôle Bois-Saule doit beaucoup à cette ambiance si particulière que nous avons vécu ce jour-là.
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

À LA RECHERCHE DE LA REVOLUTION - ÉPISODE 1

Passionarias évanescentes, communisme magique et nouilles bien cuites sont au programme de ce premier opus de campagne particulièrement ouf, qui évoque aussi bien Antoine Volodine que Christophe Siébert. Un récit par Gudrun.


Le jeu : Little Hô-Chi-Minh-Ville, du panasiatique-dystopique-biopunk par Thomas Munier

(temps de lecture : 14 mn)

Hello, avec un ami on vient de commencer une campagne de Little Hô-Chi-Minh-Ville. Donc petit compte-rendu de notre première partie.

--->attention si vous êtes sensible vis à vis du gore et des bébés ceci peut vous mettre mal à l'aise<---

Image
Ken Ohyama, cc-by-sa, sur flickr

Création du personnage :

1/ Cetan est un techie tibétain tatoué au look pratique qui passe inaperçu. Il cache son visage derrière un masque noir et trimballe du matériel électronique dans un sac à dos.

2/ On obtiens 2 sur 1d6, tu as donc deux membres de ta famille à charge, c'est qui ?
Ce sont ses deux parents, dont il a oublié les noms. Ils ont fui le Tibet pour venir ici. En cours de route une explosion déclenchée par un horla les a amputés. Ils ne trouvent donc aucun travail et sont rejetés à cause de leur difformité.

3/ Ici tout le monde fait commerce, qu'est ce que tu vends ?
Cetan fait du commerce d'informations. Il pirate des souvenirs, espionne, enquête, et transmet. Il a trimballé des kilotonnes d'infos compromettantes, toutes oubliées. Il a un carnet bourré de notes diverses et variées avec une palanquée d'infos cruciales griffonnées à la hâte. Régulièrement il re-découvre des choses en fouillant dedans.

4/ Ici tout le monde espère, c'est quoi ton espoir ?
Cetan est anarchiste. Il souhaite que les boss soit chassés suite à un soulèvement des crève-la-faim. Il veut que tout soit collectivisé et partagé de manière égalitaire. Bref il espère l'avènement d'un communisme de crevard.e.s plus basé sur l'entraide que le communisme bureaucratique du Viet-Minh.

5/ Ici tout le monde se drogue, c'est quoi ton fix ?
Cetan consomme l'extrait d'une plante qui concentre l'Égrégore. Ça lui insuffle des visions. Sa dealeuse au visage déformé porte un grand manteau, un monocle, des prothèses, un chapeau poussiéreux et diverses extensions biopunk.

6/ Où est ce que tu habites ?
Il habite avec ses parents dans un très gros complexe en béton. Ç'a été un bunker de l'armée puis un lieu pour parquer les malades de la vérole et c'est aujourd'hui un endroit en marge de la ville où s'entassent des estropié.e.s, des marginaux et des reclus. Il vit dans une cellule métallique aux parois crasseuses encombrée par le rouleau de prière tibétain de ses parents (fervents bouddhistes).

7/ Inventes toi deux contacts

Un peu plus bas dans le complexe, dans une cellule pleine d'encens et d'attrape-rêves, on peut trouver Hassam, un voyant aveugle. C'est un escroc, ses prédictions sont claquées au sol, mais beaucoup de gens passent par chez lui. Une partie de ce qu'on peut encore appeler la "bonne société", des boss, des gens importants. Ça lui permet d'être au courant de beaucoup de choses. Comme informateur il est excellent.

Chan-po est son ami. C'est un communiste membre du Viet-Minh, il est un peu stalinien sur les bords mais à part ça il est gentil.

8/ Explique quelque chose qui cloche dans ta vie sans que tu te souviennes clairement pourquoi
Cetan a également une autre amie nommée Cheza. Il en a été amoureux mais a abandonné l'idée d'une relation avec elle. Il ne se rappelle plus pourquoi il a laissé tombé. Tout ce qu'il sait c'est qu'un passage de son carnet explique qu'il ne faut surtout pas essayer de sortir avec elle. Ses notes ne précisent pas pourquoi.

9/ Ici tout le monde a des dettes, tu en dois une à qui ?
Cetan a une dette envers le gang des "Nouilles bien Cuites".

La partie :

Encore un accouchement.
Alors qu'une femme crie dans l'appartement voisin, Cetan se réveille sur son matelas envahi de cafards. Il va dans son palais mental : une tour moyen-âgeuse avec une vue magnifique. Il va consulter sa messagerie : des pigeons voyageurs biopunks avec des faces reptiliennes et des pattes d'insectes. Un des pigeons est porteur d'un message vocal. On lui demande de découvrir où se cache le self de soleil rouge, une héroïne de la révolution vietnamienne.

--->Pourquoi es tu obligé d'accepter ?
C'est un message des "bras d'aciers", maîtres de toutes les fabriques de prothèses. Si ils sont fâchés contre lui, il lui sera impossible de se procurer des prothèses pour ses parents. Et en plus ils ont des infos sur lui.

--->Pourquoi ça a toutes les chances de merder ?
Soleil Rouge est peut être juste une légende.

Alors qu'une araignée géante emporte le cadavre du bébé dont a accouché la voisine, Cetan descend voir Hassam. Celui-ci est en train de s'entretenir avec un cadre du Viet-Minh. Il lui fait des prédictions qui le brossent dans le sens du poil "vous serez secrétaire du parti". Comme paiement, Hassam lui demande le code d'accès aux archives du parti. Le cadre trouve ça cher alors Hassam lui chuchote une info à l'oreille. Le viet minh s'exclame "oh les cochons !" et donne le code à Hassam. Ensuite Cetan s'entretient avec Hassam au sujet de Soleil Rouge. Hassam lui propose le code d'accès en échange d'un service. Haffez, un gamin des rues que Hassam utilisait comme informateur a été capturé par des lazaréens, sans doute pour être zombifié. Il faudrait que Cetan sauve le gamin. Cetan accepte et chope le code. Ensuite il va s'assoir dans la cage d'escalier et sort un ordinateur qui mêle matière bio dégoulinante et câbles électriques. Il tente de pirater les archives. Ça foire et il se fait capter par le cadre du Viet Minh qui était aussi dans la cage d'escalier. Il se retrouve ainsi poursuivi par un genre de mao-Tse-Toung avec un gun qui tire des lasers rouges. Il trace dans l'escalier, sur des toits, sur des passerelles, toujours canardé par le stal', et fini par lui échapper. Entre deux immeubles, au milieu de décombres de voitures, il trouve une ancienne planque où devaient se cacher des petites frappes il y a longtemps. Il se dit que la seule chose à faire c'est d'aller physiquement aux archives du parti.
Mais pour ça faut les trouver.

Sur un forum paramilitaire, il accède à un PDF qui liste des QG du parti :
-le 14e secrétariat du parti est caché sous un chantier
-dans les toilettes d'une librairie il y a un accès à une planque du parti
-dans un club de boxe du parti, on peut trouver un gant de boxe qui cache une clé permettant d'accéder à un palais mental où le parti planque des trucs
-Sous des canalisations, il y a une usine de fabrication de nouilles où bossent des enfants. Ils ont un syndicat clandestin. Le directeur du syndicat a le code d'accès à une planque du parti qui est dans les canalisations.

Il se rend au chantier. C'est un immeuble en construction grouillant d'ouvriers surplombé par une grue vérolée de végétation. Il essaie de s'y infiltrer mais rien n'a de sens. Il s'aperçoit que ce chantier est une illusion : il s'est fait tabasser dans la rue et on l'a drogué. Il reprend ses esprits. On lui a piqué du matos mais rien de grave. Il va se requinquer dans un bar puis se met en quête du vrai chantier.

Une sorte de micro-fleuve tendance ruisseau traverse Little Hô-Chi-Minh-Ville, tout le monde l'appelle "la Pisse" (pas besoin d'expliquer pourquoi). Au bord de ce ruisseau, un chantier naval de construction d'un genre de paquebot étriqué. Les ouvriers pataugent avec de l'eau jusqu'au torse. Il s'infiltre dans le chantier naval et découvre également un noeud de télécommunication du parti. Il en note les coordonnées pour pouvoir l'écouter plus tard. Il trouve le conduit d'aération qui mène au spot secret du parti, il entend les bruits d'une réunion. Il attend que les viet-minh sortent. Quand ceux-ci sortent, habillés avec des uniformes militaires de gradés de l'URSS et des ventouses au pied pour remonter le conduit, il voient cetan. Cetan arrive à les embrouiller en leur disant qu'il vient les prévenir qu'un mystérieux homme en rouge cherche à s'en prendre aux cadres du parti. Ils se disent que de toute façon, que ce soit vrai ou pas, avec l'égrégore cette rumeur se concrétisera tôt ou tard. Il offre de booster leur sécurité numérique et les cadres acceptent.

Il booste leur sécurité numérique et pèche des infos :
-les lazaréens ont essayé d'empêcher la révolution vietnamienne en diffusant la vérole
-soleil rouge est un sujet sensible, toutes les infos sont dans un dossier papier dans la planque du parti liées à l'usine de nouilles
-les Viet-minh préparent le grand matin rouge, l'aboutissement de plusieurs années de travail
Il gagne également une immunité pour Hassam, il envoie l'ordre aux militant.e.s de base de protéger Hassam.

Il se taille et va dans les canalisations pour trouver l'usine de nouilles. Dans les conduits, il se fait attaquer par un scolopendre qui se jette dans sa bouche et infeste son corps. Il arrive à l'usine. Des tonnes d'enfants travaillent sur des métiers à tisser qui produisent des nouilles. Ielles sont surveillé.e.s par des artifices avec des mixers à la place de la tête. Visiblement les enfants qui ne produisent pas assez vite se font broyer la tête. Il demande à parler au secrétaire du syndicat, ça intéresse les mixers. Le soir ils demandent aux enfants dans leur dortoir « qui est le directeur du syndicat ». Les enfants ont peur. Les robots vont des étincelles avec leurs lames. Ils menacent d'en tuer un au hasard si le directeur du syndicat ne se dénonce pas. Un enfant pleure et serre les dents comme un kamikaze, il va mourir mais ne trahira pas le syndicat. Cetan a déconné. Il désactive les robots. Il propose aux gamins de s'enfuir. Ielles ne veulent pas. Il est essentiel pour le grand matin rouge qu'ielles restent dans cette usine. Par la suite elle sera collectivisée et servira à nourrir le communisme, mais pour le moment le parti n'a pas intérêt à ce que les enfants fuient. Chen, la directrice du syndicat au cheveux roses, demande toute fois à Cetan de trafiquer les robots pour qu'ils soient moins durs avec elleux. Cetan foire et réveille les robots qui redeviennent aggressifs. Cetan se fait hacher par les robots et meurt.

Plus tard, il est ressuscité par les enfants grâce à la magie du marxisme-léninisme. Pour l'avoir ressuscité, les enfants lui demandent de re-trafiquer les robots. Cetan demande a avoir accès aux archives sur soleil rouge. Les enfants acceptent si il consent à assassiner le patron des « nouilles bien cuites ». Le matérialisme dialectique injecté dans son corps le fera exploser sous le poids de ses contradictions si il ne le fait pas.

Il se rend dans un conduit et tape un code dans un boitier caché dans une canette vide, il accède à un placard rempli de documents. Il apprend que soleil rouge est une expérience contre-nature du parti communiste vietnamien. C'est une femme dans le corps de laquelle on a injecté l'esprit de la révolution. Elle est bardée de super pouvoirs et entraine la révolution autours d'elle. Elle a passé sa vie droguée et manipulée pas des bureaucrates communistes. Elle a largement contribué à la révolution vietnamienne. Par la suite, elle a plus ou moins servie de super-héroïne du bloc soviétique. Lors de l'avènement de Millevaux, elle a été perdue. Un horla s'en est emparé puis elle est tombée entre les mains des gnomes. Actuellement son self serait quelque part dans une des réserves des gnomes, mais où précisément ? Le parti ne sait pas.

À ce stade Cetan veut retrouver soleil rouge, mais pas pour la donner aux boss ou aux viet-minh, il veut qu'on cesse de la considérer comme une chose : qu'elle soit libre.

Cetan se rend alors à l'Église lazaréenne pour sauver Haffez. Il attend qu'un lazaréen sorte pour le choper dans une ruelle et lui matrixer la tête pour qu'il libère le gosse. Le seul lazaréen à s'aventurer est un gros musclor avec une masse d'arme. Cetan lui propose un aménagement du palais mental. Le type accepte et se rend avec lui dans le palais mental. Celui-ci est une salle de torture où des robots torturent des souvenirs de déjeuners de famille. Cetan arrive à tout trafiquer pour que le type ne soit plus lazaréen. Le palais mental devient un champs de fleur. Le mec accepte de libérer Haffez.

Ils sortent du palais mental et l'ex-lazaréen entre dans l'église. On entend des bruits métalliques, des hurlements puis des coups de feu. Le mec sort avec Haffez dans ses bras en hurlant « COUREZ !!! »
suivent une cohorte de zombies avec des kalashnikovs. Le groupe fuit dans le quartier, canardé par les zombies. Ils s'en sortent vivants et arrivent sur une place. Haffez a les deux jambes cassées, il demande à Cetan si il peut lui prodiguer des soins. Cetan ne peut pas, il est embêté. Haffez dit que ce n'est pas grave, qu'il a une autre solution. Un type passe avec un attaché caisse, Haffez lui tire dessus avec un gun et le tue sur le coup. Il tend une scie à Cetan et lui demande de scier les jambes du type pour qu'il puisse récupérer ses jambes. Cetan s'exécute mais il est très décontenancé.
Après ça Cetan va se coucher chez lui.

Il se réveille le lendemain alors qu'une personne se fait déchirer le corps par un voleur d'organes à l'étage du dessus. Il passe dans le couloir où un cafard géant bouffe un tout petit rat. Il descend chez Hassam qui traite avec un gnome. Le gnome essaie de savoir quand aura lieu le grand matin rouge. Le voyant lui chuchote un truc et le gnome est surpris. Ensuite le gnome appelle un type qui était dans le couloir « JÉRÔME ! » ledit jérôme vomit un bébé devant Hassam. Ce qui constitue le paiement (Hassam doit souvent traiter avec des araignées dévoreuses de bébé). Cetan demande à Hassam des infos sur le patron des nouilles bien cuites. Celui-ci vit dans un arbre géant encastré dans un immeuble. L'arbre est plein de monstres. En échange de l'info, Hassam demande un service : il a engrossé une personne au troisième étage. Or on lui a prédit que ses enfants essaieront de le tuer, du coup il faut que Cetan se démerde pour que le bébé ne vienne pas au monde.

Soudain Cetan reçoit un appel des « bras d'acier ».

Les commanditaires s'impatientent, ils veulent des résultats, ils le suspectent de vouloir trahir. Ils lui donnent rendez-vous dans un restaurant. Cetan y va. Le restau est inondé, tout le monde a de l'eau jusqu'aux genoux. Sur une banquette, des types en costard aux bras métalliques l'attendent. Ils lui demandent de les suivre en cuisine. Là, un cuisinier tranche une tête humaine pendant qu'un cafard géant prépare une soupe. Ils ont l'air habitués à ce qu'on règle des comptes dans cette cuisine. Cetan se fait plaquer au mur par des bras métalliques. On l'accuse d'être un traître, de pas aller assez vite et de bosser pour les rouges. Il dément mais un nain monté sur un tabouret enfonce son bras dans son oreille et va chercher la réponse dans son palais mental. Il essaie de crypter ses souvenirs mais tout ce qui se passe c'est qu'il oublie ses parents. Le nain confirme aux boss que Cetan joue un double-jeu. Le boss attrape un implant bionique dans la soupe du cafard « hé ! Ma soupe à l'implant bionique ! ». Le boss lui explique qu'avec cet implant dans le corps il sera obligé de faire la mission, et vite, sinon il va exploser et finir en hachis parmentier sur le pavé. Le bras métallique lui fourre l'implant dans la bouche. Cetan tente de résister mais le boss est plus fort. Il se mange une grosse mandale métallique dans la gueule, il saigne du nez. Il se refait péter la gueule puis on l'envoie finir sa mission.

Titubant et couvert de sang, Cetan doit aller se faire soigner chez un spécialiste. De ses blessures et des merdes qu'il a dans le corps : un scolopendre, du matérialisme dialectique et cet implant (tous menaçant de le faire exploser pour des choses contradictoires). Il brouille les ondes de l'implant et cherche le premier médecin venu. Il s'effondre dans l'entrée de chez Sarkar le noir, un médecin-nécromant. Le vampire au costume kitsch l'installe dans une salle pleine de tentures noires sur une table d'opérations. Cetan demande à être soigné. Le vampire lui ouvre le bide avec ses crocs. Il en retire le scolopendre, le matérialisme dialectique (un marteau et une faucille coincés entre ses organes) et l'implant qu'il casse consciencieusement avec le marteau. Ensuite il cherche du fil pour recoudre mais n'en a plus. Alors il prend la perruque de son assistante-cyborg et lui recoud le bide avec. En échange des soins, il demande une dose de chronodrogue.

Cetan va chercher de la chronodrogue dans les bas-fonds. Dans les rues, des affiches annoncent le grand matin rouge qui vient...

Retour du joueur :
-l'univers est fun, on va pouvoir faire beaucoup de choses avec
-le d12 donne moins de chances de faire 7-9, le système apocalypse, c'est mieux avec 2d6

Retour du Meuji :
-on a pas appliqué toutes les règles (on a un oublié de gérer les Schaft pendant les deux tiers de la partie et on a pas fait la phase de mort subite pour cause de gestion compliquée de notre temps de jeu) mais ça a plutôt bien fonctionné.
-le fait le joueur auto-gère ses PV c'est assez stylé, ça marche bien, et souvent il se blesse davantage que je n'aurais osé le blesser.
-le fait qu'il n'y ait pas d'argent est un générateur d'histoire infini : à chaque fois que le PJ à besoin d'un truc ça génère une quête. C'est un mécanisme d'impro super pratique
-globalement le jeu aide beaucoup à improviser, j'ai tenu 4h de jeu avec 3 lignes de notes et c'était pas gagné au départ

Si il vous vient des pistes à nous suggérer pour la suite n'hésitez pas...


Commentaires de Thomas Munier :

A. Un grand merci pour ton retour de partie !

B. Ta partie avait vraiment l'air turbo-cool, à la fois très représentative de Little Hô-Chi-Mnh-Ville et de Millevaux.

Il y a des détails à chaque phrase que j'adore, j'en cite quelques-uns comme ça : " Cetan arrive à les embrouiller en leur disant qu'il vient les prévenir qu'un mystérieux homme en rouge cherche à s'en prendre aux cadres du parti. Ils se disent que de toute façon, que ce soit vrai ou pas, avec l'égrégore cette rumeur se concrétisera tôt ou tard."

"Des tonnes d'enfants travaillent sur des métiers à tisser qui produisent des nouilles. Ielles sont surveillé.e.s par des artifices avec des mixers à la place de la tête. Visiblement les enfants qui ne produisent pas assez vite se font broyer la tête."

"Plus tard, il est ressuscité par les enfants grâce à la magie du marxisme-léninisme."

"Le type accepte et se rend avec lui dans le palais mental. Celui-ci est une salle de torture où des robots torturent des souvenirs de déjeuners de famille."

"Là, un cuisinier tranche une tête humaine pendant qu'un cafard géant prépare une soupe. Ils ont l'air habitués à ce qu'on règle des comptes dans cette cuisine."

" Ensuite il cherche du fil pour recoudre mais n'en a plus. Alors il prend la perruque de son assistante-cyborg et lui recoud le bide avec. En échange des soins, il demande une dose de chronodrogue."

C. J'ai remplacé exprès le d12 par les 2d6 pour avoir des résultats plus chaotiques. Mais si ça vous déplaît, vous pouvez remettre 2d6

D. Je suis très heureux de voir que tu as fait une partie aussi foisonnante en détails en improvisant massivement. Quels outils d'impro as-tu utilisé ? Les questions ? Les principes ? Les tuiles d'inspiration ? Les conséquences des moves ? Le fait de décrire un détail de la ville entre chaque déplacement ?


Réponse de Gudrun :

Content que ça t'ai plu :)

1/ Le texte de présentation du contexte est déjà un outil en soi. Pour parler comme Acritarche, il y a du potentiel ludique de ouf dans chaque phrase. Le fait de le lire m'a donné des idées et m'a pas mal inspiré. Quand j'étais perdu, je posais mon doigt au hasard sur les factions et je faisais intervenir ce que j'avais choisi.

2/ Les questions m'ont aussi bien servi. Les questions ça marche pas toujours, certains groupes aiment pas ça ou manquent d'inspi mais là ça a bien marché. Il faut dire qu'avec le joueur on a pas mal l'habitude de créer ensembles, on a des réf' communes, etc, ce qui aide. Quoi qu'il en soit, j'ai pu m'appuyer sur une partie de ce qu'il a inventé (et le reste me servira plus tard).

3/ Comme dit dans mon CR ce qui m'a le plus aidé c'est l'absence de l'argent. L'obligation de rendre des services/fluides corporels/objets/quêtes/etc à chaque fois que tu interagis avec un PNJ c'est un super terreau à bac à sable. Ça génère une structure de manière autonome et ça laisse de l'espace de cerveau au MJ pour réfléchir au contenu des péripéties. Concrètement, l'agenda du joueur était toujours chargé, il n'y a eu aucun moment où il n'avait rien à faire, et en terme de motivation c'était parfait puisque toutes ses micro-quêtes étaient des paiements pour des choses utiles auxquelles il avait eu droit. Par exemple à l'issue de la partie, le joueur se retrouve avec son projet personnel (libérer soleil rouge) mais doit en plus gérer trois micro-quêtes : ramener la chronodrogue au médecin-vampire, empêcher un bébé de naître et assassiner le chef des nouilles bien cuites dans son arbre-donjon. En plus des micro quêtes, des menaces et des évènements à venir se sont générés tous seuls (le grand matin rouge, les bras d'aciers, l'homme en rouge) et en dernier recours j'ai deux de ses contacts qui sont encore non utilisés. Aucune de ces péripéties n'était prévu au départ, sur ma feuille j'avais juste l'idée qu'il devait retrouver le self de soleil rouge, l'héroïne du communisme. C'est vraiment un truc que ton jeu m'a fait découvrir et que je réutiliserais sûrement dans d'autres jeux.

4/ Les conséquences des move aident aussi. Au départ j'avais peur que les moves soient trop chargés mais en fait ils aident bien à improviser. Ils indiquent une direction beaucoup plus précise que des move de dungeon world (jeu auquel on est habitués avec mon pote) mais qui reste assez flou. Peut être qu'au fil des parties ça deviendra répétitif, je sais pas, on verra... En tout cas pour le moment ça marche bien.

5/ j'ai essayé de décrire un détail de la ville à chaque déplacement mais je l'ai oublié pas mal de fois

6/ Après mon outil d'impro basique c'est simplement de me forcer à rajouter un détail bizarre à chaque scène tout le temps. La table de thèmes peut servir pour ça mais en l'occurrence je l'ai utilisée que deux fois sur toute la session.

7/ La technique de mettre tous les éléments sur une feuille et de barrer au fur et à mesure, ça à l'air cool et je pense que je l'utiliserais pour la session suivante (mi-août probablement)

Le sous-titre et l'image sont nickel et je suis ok pour que ça soit diffusé.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.

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