[CR] Millevaux et autres jeux Outsider

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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » sam. oct. 26, 2019 12:18 pm

ÉQUINOXE

Le plus grand format des Sentes jamais organisé à ce jour : 24 personnes sur presque 24 heures. Un moment assez fou, dont voici le retour d’expérience.

Joué entre le 14 et le 15 septembre 2019 à Lizio, au Camp du Dragon (Morbihan)

Le jeu : Les Sentes, drames forestiers dans une réalité sorcière

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(C) Miranda Pilz


Documents audio et visuels :

En intro : Les forêts limbiques. Un morceau de noise/extratone/speedcore inspiré de cette session par Les Sentes, par Serendipity Liche ! Sous licence Creative Commons Attribution + Pas d’Utilisation Commerciale. 

Le coup de gueule d'un personnage (Confidence), enregistré par Julian, libre de droits


Albums photos :

Par Guillaume Dumaire, libre de droits

Par Julian, libre de droits

Par Ana Firoiu, libre de droits

Par Miranda Pilz, tous droits réservés

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Le briefing. Photo par Ana Firoiu, libre de droits


Mon retour personnel :

La partie du 14-15 septembre au Val Jouin, à Lizio (Morbihan), a été une consécration de ma campagne de playtests des Sentes, puisqu'on a testé à grande échelle (30 personnes inscrites, 24 après les désistements) et sur une longue durée (début de la préparation le samedi à 14h, début du jeu à 19h et jusqu'à l'aube pour les plus téméraires, débrief le dimanche matin). Cela a été un moment très riche en émotions, c'était vraiment grisant de voir les choses se mettre en place et le jeu en impro tenir sans que j'ai vraiment besoin de renforcer les choses en tant qu'orga. Il y avait certes des choses qui ont tenu du fait de mes décisions d'orga (demi-journée de préparation animée par mes soins, préparation en amont, repérage du site, création d'une intrigue globale, choix de trois temps fort pour donner une colonne vertébrale au jeu, incarnation d'un PJ qui était quasiment un PNJ vu tout le rôle moteur que je lui ai affecté), mais la structure même du jeu a aussi tenu ses promesses, et les joueuses nous ont offert tellement de scènes chouettes, contemplatives, introspectives, émotionnelles, brutales, tragiques, belles... Sans parler de leur implication dans la réussite collective de l'événement (big up à la team cuisine et à la team accessoires). Inoubliable en ce qui me concerne.

Vous avez été en nombre à me demander s'il y aurait une réédition sur un tel format et j'en suis vraiment touché. J'hésite à réorganiser un grand format des Sentes en 2020. J'ai écrit ce jeu pour qu'il soit organisé par d'autres. Si je l'anime moi-même trop souvent, on va se conforter dans l'idée qu'il faut y jouer avec moi comme orga. Donc peut-être qu'en 2020 je préférerais qu'il soit organisé par une autre personne ou par un collectif (mais je serais alors très heureux de venir en tant que simple joueur). j'en suis là aujourd'hui de mes réflexions.

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Les ateliers. Photo par Guillaume Dumaire, libre de droits


Les petits bonheurs de cette édition :

- C'était mon premier test à grande échelle (24 personnes, 10h 1/2 de jeu si on jouait jusqu'à l'aube) et pour tout dire c'était ma première expérience en la matière, tout court, j'avais jamais joué à un GN de ce format. Du coup, j'ai été emerveillé par des trucs qui étaient sûrement du "business as usual" pour des GNistes plus habituées à ces format :)
- On avait vraiment le temps de jouer avec un maximum de personnes sans bâcler les relations ou les rituels.
- J'ai été époustouflé par toutes les scènes avec vous toustes :)
- Personnellement, j'étais un peu dans le stress jusqu'au moment du repas (animation du briefing, supervision de la cuisine, c'était un peu prenant) et après j'ai vraiment pu profiter égoïstement du GN, dans une position de joueur, c'était super.
- Les nouvelles règles (fiches de communauté, missions de vie, destin) ont clairement permis de donner de l'épaisseur au jeu et de jouer jusqu'au bout de la nuit. (avant, on ne jouait qu'avec les rituels)
- C'était super cool de voir des personnes beaucoup s'approprier et travailler leur personnage en avance.
- Heureux de voir que le GN fonctionne à cette échelle. C'est très cool d'avoir des échos de pleins d'événements qui se passent dans mon dos, mi-suscités par les fiches, mi-improvisés par les joueuses.
- Le principe des réunions HRP entre représentant.e.s des communautés a bien fonctionné, ça crée un esprit de corps, on voit où on va et on corrige le tir.
- Quelques bastons très intenses, j'ai aimé participer aux foires d'empoigne, même avoir un peu de contact physique un peu rude avec les personnes les plus motivées en la matière, et faire des bastons plus safes avec d'autres, mais quand même visuellement cool.
- L'initiative des trois joueurs qui ont choisi la communauté des horlas (en prenant la communauté des animistes comme couverture) parmi les communautés facultatives a été très payante, parce que ça a polarisé le jeu (en gros, c'était exorcistes vs horlas), donnant une grande consistance à la grande intrigue
- La grande intrigue (tentative de concorde avant la saison froide, possessions par les horlas) a été très utile pour donner un squelette au jeu collectif, ça mériterait que ce genre de dispositif soit ancré dans des règles, avec des fiches d'intrigues en plus des fiches de temps fort.
- Je me suis pas mal investi dans la dramatisation par les chansons et les bruitages à la bouche, et j'ai eu le plaisir de voir que c'était repris ça et là.
- Faire une mailing list par communauté était une chouette idée. La sauce n'a pas pris pour tout le monde (la mailing list des sorcellistes était peu active et ça s'est ressenti : plus grosse communauté du GN, plus faible esprit de corps, et une communauté qui vole en éclats au bout de deux heures de jeu - même si ce processus est intéressant en terme de narration) mais pour certaines (aubergistes, horlas) ça a créé un gros esprit de corps et pour d'autres de petites concertations ont suffi à poser des bases très fertiles (exorcistes, amazonardes).

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Le parfait attirail de l'animiste. Photo par Julian, libre de droits

Les constats :

- Sur 30 invité.e.s, 6 désistements, c'était un peu triste mais c'est la vie et vu la structure du jeu (pas de personnages indispensables), aucun désistement n'empêche le GN de se dérouler.
- Demander de créer les persos en avance était une rupture du contrat (c'était pas prévu au départ) et ça a décontenancé quelques joueuses (le GN requiérait plus de préparation et de lecture que prévu) et ça m'a demandé beaucoup de temps pour coordonner tout ça et in fine le jour J il restait plein de liens à faire.
- Mon rêve de GN organisé collectivement n'a pas tout à fait abouti. D'un côté, j'ai proposé une concertation globale qui n'a pas eu lieu mais était en fait superflue (le GN est déjà assez outillé), de l'autre je n'ai pas pu/osé proposer une demi-journée de préparation avec des animateurices tournant.e.s, préférant tout animer moi-même pour que ça soit plus rapide et fluide, au vu du nombre de personnes.
- Pour nécessaire qu'elle fut, la séance de présentation des personnages / complétion des liens a été longue (ce qui explique en partie le retard d'une heure), et certaines joueuses ont eu peur de pas trouver leur place dans l'organigramme commun (elles m'ont dit après qu'en fait ça a fonctionné, puisque de toute façon tout le monde finissait avec le même nombre de liens 
- Certains des aubergistes se sont sentis trop accaparé.e.s par la cuisine (d'autres au contraire ont aimé faire ça beaucoup), en manque de jeu hors de l'auberge, et n'ont alors pu se faire vraiment plaisir qu'après la procession du pardon (donc genre vers 2h du matin). Des personnes ont proposé leur aide, mais le souci avec la cuisine, c'est qu'au final tu peux pas être plus de 5 ou 6 personnes vraiment impliquées dans la préparation.
- Un joueur qui est pas rentré dans le jeu. Lors des réunions d'orga, on a essayé de prévoir des pistes pour l'aider, mais j'ai peur qu'on n'ait pas mis nos idées en pratique.
- Les gestes et mots de sécurité ont très peu servi (à part "tout est lié" et l'art des mains) sans que ça pose problème.
- La plupart du matériel apporté par les unes et les autres... n'a pas servi. On s'est beaucoup concentré sur les relations sociales, l'interaction avec le décor, les effets spéciaux par bruitages à la bouche... Ceci dit, la décoration des deux lieux, le campement des amazonardes et des exorcistes, c'était un gros plus en terme d'immersion.
- Il y avait un super spot (le sentier des murmures) et je n'ai jamais réussi à le retrouver :)
- J'ai trouvé que changer les noms des personnages (au lieu de garder le nom des missions de vie) était confusant (le nom proposé par la mission de vie résume en un mot le concept global du perso, ça permet de se repérer facilement), on peut perdre quelque chose au passage. Par exemple, je me demande si les gens ont retenu qu'Horty (mission de vie : Source) incarnait l'espoir de la communauté.
- Je ne crois pas que les brassards « donner et recevoir du jeu » aient été utiles. Je ne suis pas certain que les joueuses en mode « donner » aient réussi à faire l’effort nécessaire à donner du jeu aux joueuses moins pro-actives. Je me demande si la disposition habituelle en terme de piochage de rituels est vraiment efficace. Je m’explique : les joueuses les plus à l’aise piochent trois rituels, celles les moins à l’aise n’en piochent qu’un : or, ça renforce ces dernières dans une position de following. Je me demande si on gagnerait pas à inverser la tendance : si les joueuses à l’aise n’avaient qu’un rituel, elles seraient contraintes de consacrer plus de temps aux rituels des joueuses peu à l’aise. Je me suis aussi félicité d’un conseil de dernière minute à une joueuse peinant à sélectionner ses rituels : il lui restait 5 rituels en main et elle ne savait pas lesquels garder. Je lui ai conseillé (ou validé sa demande, je ne sais plus) de garder les 5 en se fixant comme contrainte d’en jouer 3, ce qui visiblement l’a pas mal aidé, car elle pouvait plus facilement s’adapter.

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Une procession s'inscrivant dans un grand rituel d'exorcisme. Photo : (C) Miranda Pilz

Ce qu'il faudrait faire lors d'une réédition au même endroit :
- Penser à prendre une photo de groupe et des photos individuelles en pied
- Pour les personnes les plus équipées en matériel, arriver sur le site une demi heure ou une heure en avance pour prendre le temps de décharger / installer correctement
- Ne pas systématiser la création de personnage en avance : genre on peut créer son perso en avance mais s'est facultatif et je ne coordonne pas.
- Idée : générer aléatoirement un pool de personnages prétirés (fiches et liens créés aléatoirement), les joueuses n'ont plus qu'à s'en choisir un et lui affecter une communauté.
- Tenter un effectif plus grand (45 ?)
- Moins de choses à cuisiner : supprimer la brioche et la soupe, voire faire un GN pique-nique, où chacun.e apporte son propre casse-croûte (je l'ai fait une fois en petit effectif, et on a quand même eu des chouettes moments de bivouac quand tout le monde déballe sa bouffe, fait réchauffer sa popotte ou ses bouilloires...)
- Proposer d'amener moins de matériel. Des choses comme les tentes ou les basiques / confort / sécurité c'est très bienvenu, mais la déco et les accessoires on en avait plus trop que pas assez.

Ce qu'il faut améliorer dans les règles du jeu :
- Créer un document "set de règles de base" de 20 pages pour donner à lire (car le document en entier, ça faisait peur, alors qu'en fait les annexes sont pas à lire in extenso)
- Créer un document d'une demi-page "Créer son personnage"
- Créer des fiches questions orientées (un peu sur le mode du jeu "For the Queen" pour relancer le RP des joueuses)
- Créer des fiches d'intrigue pour remplacer l'Almanach qui n'est pas un bon support de création pour ce jeu (et d'ailleurs je l'ai ignoré pour cette édition, préférant imaginer une intrigue adaptée).

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A l'Auberge du Crapaud Boîteux, Inside le horla infiltré tend-il à Confidence un miroir déformant ? Photo : Guillaume Dumaire, libre de droits


Retour des joueureuses :

Joueur de Groin :

Bien rentré, très bonne expérience novatrice dans son déroulement et la liberté d’interprétation, quitte à se sentir parfois un peu perdudans nos liens avec certains persos. Merci à tous pour votre roleplay !


Joueuse de La Noire :

Salut à tous, j'ai la voix et la tête d'une femme revenue d'entre les morts mais nous sommes bien rentrés.
Ce fut un superbe GN avec vous, merci à tous pour votre jeu. Maintenant je dois avouer que jouer une nana antipathique qui tient les gens à distance, c'était un sacré rôle de composition pour moi, donc tournée de câlin... parce que zut quoi.
La Noire vous méprise pour la plupart, mais moi je vous adore.

Réponse de la joueuse de Teanga : e n'ai pas eu l'occasion de te le dire après le jeu : ton épine dorsale est tellement classe ! <3 Et ton masque aussi. Ça fait un moment que je veux me faire à peu près le même.

Réponse de Thomas : C'est amusant parce que pour avoir joué dans ta communauté, je te voyais pas du tout comme ça. Je voyais vraiment Noire comme une bonne personne, éventuellement une nana qui agissait violemment mais pour de bonnes raisons et j'ai adoré les situations de baston qui ont été provoquées par la défiance des gens à ton égard

Réponse de la joueuse de Noire : Elle aussi se voyait vraiment comme une bonne personne. Et effectivement elle n'était pas mauvaise au final, juste un peu extrême. ^^


Autre retour de la joueuse de Noire :

Ce week-end, j'ai exorcisé plusieurs personnes, assassiné quelqu'un avant d'accepter ma propre mort, pour revenir en fantôme et enfin me rendre compte que j'étais dans l'erreur et que toute ma vie ne fut qu'une sinistre et violente mascarade...
Oui visiblement j'aime explorer mon côté sombre ces derniers GNs...

Voilà, pendant une soirée et une nuit, je fus Rayla. Tellement accessible que personne ne connaissait son vrai nom, et que tous appelaient La Noire: une leader fanatique, antipathique, qui inspire crainte et dévotion, prête à tout pour faire ce qu'elle estime nécessaire.
Sacré rôle de composition, sacrément intéressant à jouer, surtout entourée d'aussi bons joueurs, sans parler du créateur de ce beau bébé, Thomas Munier.

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Les loups sont entrés dans les Sentes. Photo par Julian, libre de droits


Joueur de L'Oiseau :

Rentré à la maison je glande sur l'ordi, lecture d'un article, et là titre d'une partie : "TOUT EST LIÉ"...
en tout cas merci à tous pour ce jeu qui fut fantastique - à tous les sens du terme - et où cette version de l'Oiseau a pu accomplir son destin pleinement et enfin mériter son nom.
Plein d'idées magiques et du jeu qui suit, c'était vraiment génial !


Joueuse de Teanga :

Merci à tous pour le jeu, et plus particulièrement à Thomas pour l'organisation et aux Aubergines pour votre présence. Après cette troisième fois à jouer Les Sentes, j'en veux encore :D
J'espère que tout le monde a fait bon retour.
Oh, et merci aussi à tous d'avoir toléré la présence de nos chiens. Cela nous a permis de profiter pleinement du jeu, au lieu de repartir en fin de soirée, au milieu de tout. Merci à ceux qui ont joué avec, leur ont fait des câlins. Ils ne vont plus bouger pendant quelques jours avec toutes ces émotions ^^
Teanga

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A L'Auberge du Crapaud Boîteux, on trinque à l'oubli. Photo (C) par Miranda Pilz


Joueuse d’Écharde :

Merci à tou·te·s pour ce GN extraordinaire, dont j'ai encore du mal à revenir. On a pu passer par une gamme complète d'émotions très intenses, et surtout beaucoup d'amour.
Mention particulière
- aux aubergistes qui se sont décarcassé·e·s avec vaillance pour notre confort comme pour notre estomac ;
- aux joueureuses de Fume et Teanga : notre jeu a beaucoup profité de l'apport de votre tente ;
- à Thomas, qui se concentre probablement déjà sur ce qui serait à améliorer, mais à qui j'aimerais rappeler combien son très ambitieux pari est réussi ;
- à mes chères sœurs amazonardes, avec qui nous avons vécu des moments particulièrement intenses. Je parle bien entendu de Dentelle, Ruban, Mine, Perto, et même La Noire, par adoption post-mortem. Je ne vous Oublierai jamais, et Écharde s'en assurera grâce à de nombreux tatouages mémoriels.

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Au Hall de Ragnar, le torchon brûle entre les exorcistes et les sorcellistes. Photo par Guillaume Dumaire, libre de droits

Joueur d'Inside :

Un grand merci. J'ai adoré ce jeu, son ambiance, son intensité, son coté GN en kit à monter soi-même, l’implication à tous les niveaux et les talents d'impro de chaque personne présente pour fournir du corps à chacune de mes inventions tordues. Merci Thomas pour avoir rendu ça possible. Mention spéciale à mes sujets d'études préférés de l'auberge, vous avez tous été très bons. Merci et pardon à celles que j'ai embarquées dans mon histoire d'animal totem. une mention individuelle à Docte, j'ai adoré te coller tous les torts et ton apparition façon diable qui sort de sa boite a été tellement à propos. Merci Dentelle pour plein de choses mais surtout pour m'avoir laisser interférer dans ta scène d’engueulade avec Confidence. Et un mega-merci et bravo à Confidence. J'ai adoré toutes les scènes qu'on a joué ensemble, même (surtout) les plus glauques. Mais sache que je n'adhère pas du tout au concept de horla-domestique.

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Au Hall de Ragnar, Écharde la chevaleresse amazonarde est toujours sur le qui-vive. Photo par Julian, libre de droits

Joueuse de Pertho :

Heya~
Après un retour d'une durée conséquente et un bleed-out qui n'est pas encore terminé, je tenais à vous remercier toutes et tous.
Ce fut une nuit incroyable, et j'ai adoré partager avec vous peurs et tensions, pleurs et emotions.
Je souhaitais remercier particulièrement, mes soeur amazonardes qui m'ont accueillie en une cérémonie formidablement émouvante.
Merci à Dentelle/Ruban dont la perte m'a fait pleurer sans artifice, merci à écharde pour qui je suis désolée qu'elle ait du perdre encore d'autres soeurs, mais elles seront toujours là d'une autre manière. Et merci à mine pour les grandes discussions et émotions que nous avons pu avoir et son support dans mes recherches.
Mais je dois aussi remercier chaleureusement Chamagne avec qui j'ai pu vivre une scène finale formidable, et des retrouvailles inespérées bien qu'auréolées de deuil. Et surtout pour m'avoir permis de passer le voile avec une vocalisation formidable (à refaire des cérémonies avec voix)...
Vous avez toutes et tous autres une place en mes cartes, même si je n'ai cité que les personnages avec lesquels j'ai le plus interagi.
Merci~

À l'attention de Thomas surtout,
Ce fut réellement un formidable GN, touchant beaucoup de points sensibles pour ma part et avec une structure très intéressante qui me donne envie de l'expérimenter avec un petit groupe dans le sud, peut-être ensuite en organiser de plus conséquent. Et tout cas c'est une envie qui me taraude, et si une version d'envergure respectable prend place, je te tiendrais au courant ;)
D'autres aussi si vous le souhaitez.

Hmm je m'égare,
Peut être que j'écrirai quelques mémoires de Pertho,
~merci pour tout~
J'espère revoir certain.es d'entre vous
Et si vous avez besoin qu'on vous tire les cartes, vous savez qui contacter

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Lors du grand repas réunissant tout le peuple du Val Jouin, L'Oiseau explique à quel point il y voit plus clair, à présent. Photo (C) par Miranda Pilz


Joueuse de Teanga :

Dites... Je dormais sur la fin du GN. J'ai entendu plein de cris, j'ai entendu des bribes d'histoire, tout ça me rend bien curieuse... Ça vous dirait de raconter comment votre personnage a fini (voire commencé) l'équinoxe et les secrets qu'il cachait ?

Réponse de Thomas : 
Après le décès de Noire, j'ai continué les exorcismes avec Racasse, mais on s'est définitivement axé sur une acceptation du horla intérieur plutôt que sur une extraction violente. On a enchaîné quelques chouettes exorcismes, quelques uns très furtifs (de simples dialogues) et d'autres plus spectaculaires (l'exorcisme de Plop). J'ai été rattrappé par mon passé de brigand et on a tenté un dernier coup avec mes deux comparses (qui s'est avéré en fait un piège tendu à l'un des deux, Cabriole, qu'on a tabassé, dépouillé de sa mémoire et de son horla intérieur), puis la nuit allant, j'ai eu des scènes poignantes avec Dentelle / Ruban, qui a disparu dans la forêt, appelée par les sirènes de la forêt, puis avec Perto (j'ai versé ma larme quand il a fait ses adieux au fantôme de Ruban entraperçu dans le noir) que j'ai aidé à quitter notre réalité. Ensuite, j'ai eu une heure de hors-jeu avec Enzo, le joueur de Perto, puis ce fut l'aube et on a chanté la chanson de fin. On a tenu jusqu'au bout :)
J'ai eu aussi quelques très belles scènes avec Horty, accompagnant l'acceptation de sa jumelle disparue et sa catharsis opérée en aidant les autres à s'accepter à leur tour
On a aussi vu un truc magnifique avec Mentore, mais on ne sera jamais capable de vous expliquer ce que c'était :)

Réponse du joueur de l'Oiseau :
l'oiseau s'est de plus en plus transformé en oiseau au fur et à mesure de la soirée, la transformation s'accélérant à chaque événement fort (exorcisme à proximité par exemple) ; lors de la procession il a quasi-fini sa transformation, et l'a achevé dans l'auberge en repartant accompagner Inside aux forêts limbiques ; suite à une conversation avec ce dernier où il s'est rendu compte qu'il pourrait être utilise à la communauté, l'oiseau a décidé de ne pas lâcher prise complètement mais de rester lui-même au moins partiellement, ce qui lui a permis d'assister aux funérailles de Amanite et aux adieux de Viktor...
Si l'oiseau a un secret, c'est celui de sa "naissance" : il s'est réveillé (sans aucun souvenir) sous le coup de bec d'une pie (dont il a une relique autour du cou) qu'il considère comme sa mère, et a vécu longtemps seul dans un ilôt de forêt (probablement à cheval entre la forêt normal et les forêts limbiques), avec pour seule compagnie les oiseaux et/ou horlas du coin. D'où ses considérations particulières sur la mort, les oiseaux, la nature et la magie..

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Alors que progresse la nuit, la paranoïa commence à s'installer. Photo par Guillaume Dumaire, libre de droits

Joueur de Racasse :
je te dois bien un petit débrief des Sentes.

Le langage gestuel fonctionne très bien.

Les rituels donnent beaucoup d'opportunités d'enrichir et varier le jeu. Ils sont un élément très riche.
Rétrospectivement, je les préparerai un peu plus (accessoiriser, apprendre une phrase une incantation...)

Je n'ai encore pas su jouer mon destin. sans doute séduit par un destin très ambitieux, je me suis trouvé un peu petit dans mon costume pour l'appréhender. Et un peu seul aussi, j'aurais aimé le partager.

Des groupes bien définis. Si les interactions se sont avérées très fertiles et colorées ( j'ai même parfois senti comme un vertige à vouloir comprendre la situation, dans toute sa complexité), les groupes sont restés clairs dans leur rôle.

J'ai vraiment aimé la préparation, ça m'a été utile.

J'aurais aimé trouver un (peut être qu'il était là et que je l'ai oublié, possible) lieu neutre et hors jeu. Pouvoir relâcher par moments et se parler sans ambiguité. Pouvoir aussi se rencontrer tout simplement.

Je ne sais quoi dire d'autre, il y aurait tant.
Alors juste au ressenti:
Ça fourmillait d'idées et d'histoires.
J'ai eu des moments de flottement, la sensation d'apporter peu et d'être sidéré par les histoires des autres.
L'univers s'est très rapidement construit. 
Les idées de préparation me sont venues après mais c'est lié au fait que je n'ai pas fait de GN depuis plus de 20 ans sans doute.

Réponse de Thomas :
Concernant le destin, tu pouvais le lire à qui tu voulais, et puis tu avais deux personnes liées à toi pour ton destin, éventuellement tu aurais pu faire une réunion hors-roleplay avec elles pour discuter de comment mettre en place le truc. Ceci dit, dans l'absolu, il n'y a aucune prime à accomplir les éléments de sa feuille de personnage, ce sont des guides et pas des diktats, donc si tu as eu assez de jeu par ailleurs, tout va bien.

Il y avait deux lieux hors-jeu : l'arrière-salle de l'auberge des sorcellistes (où on a fait les réunions de fouines), et aussi toute zone de forêt un peu à l'écart de la vue (bon pour cette dernière, c'était pas évident, parce que ça se confondait avec le bosquet ardent). Si le site m'aurait donné plus de possibilités, j'aurais plutôt défini deux ou trois zones hors-jeu bien claires.

A moins que ça ait été un objectif de ta part, c'est pas grave si tu as peu apporté au jeu, l'important c'est de faire partie d'une grande trame, et personne ne t'oblige à être la plus pro-active des personnes, du moment qu'il y a assez de jeu pour tout le monde, et puis tu peux aussi prendre un plaisir de spectateur par moments, c'est tout à fait légitime. Par ailleurs, je sais que personnellement tu m'as apporté quelques belles scènes, notamment en conduisant des exorcismes.

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Instants sorciers. Photo (C) par Miranda Pilz


Joueur de L'Oiseau :

quelques remarques, et remarques sur tes remarques :

- tout d'abord, j'ai vraiment adoré le jeu, pouvoir faire évoluer un perso (et un que j'aime bien en plus) dans l'univers Millevaux fut fantastique ! Le jeu en méta, où on se met d'accord avant sur ce qu'il va se passer, apporte une dimension très intéressante (je n'ai pas fait que des scènes ainsi, mais cela a été intéressant chaque fois), et le côté impro plus ou moins constant, y compris pour faire des PNJ ou des ambiances musicale, ça a été vraiment super (les joueurs s'y sont vite pris, le jeu poussant naturellement à cela).

- le format (une trentaine de joueuses) me paraît idéal : pas trop gros, mais suffisemment de joueurs pour que du jeu se crée facilement, que ce soit parce qu'il y a pas mal de joueurs au même endroit où parce qu'on finit toujours par croiser quelqu'un, et que ça donne des occasions d'interagir - j'ai eu une ou deux scènes ainsi, totalement imprévues, mais totalement géniales). Moins de joueurs ne rend-il pas les choses un peu plus artificielles (là je fait appel à ton expérience puisque je n'ai pas pu tester) du fait du peu de joueurs ?

- c'est effectivement intéressant de mettre une intrigue dans les règle (au moins un choix d'intrigue) : cela a permis de faire évoluer mon perso lors de ces moments clés - ce n'était pas vital, mais a apporté pas mal, fluidifiant des choses qui auraient pu paraître artificielles sinon (typiquement, la transformation finale juste après la procession de pardon).

- concernant la mailing liste par communauté, je pense que même si ça ne prend pas toujours c'est important de le proposer. Pour les sorcellistes, ça n'a pas trop pris, mais bien que pas trop liés entre nous nous avions défini que nous étions tous là parce que cette communauté nous laissait vivre tranquillement en acceptant nos manies et travers, et ça marche bien aussi, même sans vrai lien fort (en tout cas pour l'oiseau, ça collait très bien). C'est sûr que du coup les scènes d'accueil ou de départ ont été fortes dans les autres communautés, pas trop chez nous...

- pour les liens, je pense que bien qu'il soit important de proposer aux joueurs de le faire en avance (certains vont préférer, surtout ceux qui aiment les trucs un peu secrets, je pense), c'est bien à faire en direct juste avant le jeu, parce qu'on voit les gens et on réagit à des expressions et impressions en live, et je pense que ça marche mieux comme ça - d'autant plus qu'il est important que chacun se présente (le format le permet), malgré l'oubli (on oubliera des gens, mais ceux à qui on est lié par le perso ou la communauté, on les retiendra plus facilement). Bref, je pense que ça serait intéressant de prévoir cette présentation + échange de lien en tant qu'atelier pré-jeu.

- concernant l'organisation collective, je ne suis pas sûr qu'il y en ait besoin (même si on n'a pas pu voir ce que ça aurait donné avec) - à moins que tu aies ressenti la charge trop lourdement.

- rentrer dans le jeu ça vient beaucoup de chacun je pense, même quand on nous apporte du jeu il faut être dans l'ambiance de l'ensemble, sinon ça ne marche pas trop - j'avoue que je ne sais pas quelles pistes pourraient être mise en place pour ce genre de cas...

- pour la décoration, on aurait effectivement dû prévoir d'arriver en avance :/
mais je pense que c'est important d'en avoir quand même, ça aide pour l'ambiance (là le site était déjà bien décoré, mais si les pièces avaient été plus nues, cela aurait peut-être été moins sympa comme ambiance ?)

- appeler les gens par leur mission de vie peut être intéressant, à tenter éventuellement, même si le nom ajoute quelque chose, les joueurs les ont choisis avec le perso en tête, c'est donc souvent révélateur, donc peut aider au rôle-play je pense.

- quelques persos pré-tirés peuvent aider, au moins pour se faire une idée de ce qui est possible, et pour ceux qui auraient eu des difficultés à créer leur perso avant (que ce soit par manque d'inspiration ou de temps), ça fait bouée de sauvetage.

- le côté pic-nique peut être sympa, ça allège la charge des aubergistes (qui ne font plus que s'occuper des boissons, et peuvent se concentrer sur demander le paiement, chose qui s'est très peu faite, j'ai l'impression, peut-être parce qu'il fallait penser à faire le manger).

- sinon j'ai déjà un concept pour un autre perso, qui jouerait à fond sur l'oubli (en gros, il est ce que les gens lui disent qu'il est, parce qu'il ne se rappelle vraiment quasiment rien)...


Réponse de Thomas :

Je pense pas qu'un nombre réduit de personnes empêche une impro correcte, j'ai eu des parties magiques à 4-6 personnes avec les règles actuelles. Mais c'est surtout plus intime et en effet tu as pas les moments de coïncidences / rencontres sérédenpidité que tu as sur un grand format.

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Dans le fol espoir d'endiguer les possessions horlas, les exorcismes continuent. Photo par Guillaume Dumaire, libre de droits


Retour de la joueuse de Doina :

Pour le concept de perso, ça a été plus compliqué que prévu, je l’ai surtout joué avec L'Oiseau, au moment où je lui ai crevé les yeux, le reste du temps tout arrivait un peu rapidement pour que j’en fasse quelque chose de spécial, et puis il faut avouer que j’étais bien rouillée et que c’était plus facile de jouer un peu en retrait que d’essayer d’embarquer les autres dans mes propres intrigues… mais je suis preneuse d’un bis repetita, nos amis animistes m’ont ouvert des voies que je ne pensais pas avoir l’occasion d'explorer :D 

réponse de Thomas :

C. Ils ont l'air d'avoir drôlement drivé le jeu ces animistes, j'aurais bien voulu être une petite souris pour voir un peu plus leurs actions, parce qu'in game tout ça m'est passé sous le nez (comme également, beaucoup des actions des exorcistes) :)

D. J'ai pu jouer un peu avec toi, notamment en t'entraînant dans les forêts limbiques (puisque j'étais lié à toi pour te montrer quelque chose que tu n'aurais pas voulu voir :) ) mais je regrette de n'avoir pas passé plus de temps avec toi !

Image
Ambiance fantômatique au campement des amazonardes. Photo (C) par Miranda Pilz


Retour de la joueuse de Confidence :

Je réagis à l'après partie bien en retard. Mais je voulais tous vous remercier pour cette chouette expérience.
Et merci pour les photos.
A bientôt pour une prochaine partie ! ??
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » mar. oct. 29, 2019 10:08 am

ET DES LOMBRICS

Claude Féry adapte ce jeu solo en jeu à deux pour une version magnéto. A écouter si vous ne craignez pas les lombrics et tout ce qui fouaille dans le sol

Le jeu : Bois-Saule, errance en solitaire dans les ténèbres sauvages de la forêt de Millevaux

Joué le 26/02/2019

Lire / télécharger la création de personnage (mp3)
Lire / télécharger la partie (mp3)

Image
Dan Brekke, cc-by-nc, sur flickr


Voici le témoignage audio de ma tentative première de Bois-Saule
Je ne suis pas un grand adepte du jeu en solitaire et j'avais un peu peur d'affronter seul Millevaux alors j'ai demandé de l'aide à Xavier qui voulait que nous jouions tous les deux le mardi soir.
Alors nous avons joué et cela nous a beaucoup plu.
Bonne écoute 


Réponse de Thomas :

Je vais écouter ça avec grand intérêt ! Figure-toi que j'avais justement pressenti la possibilité de jouer à deux à Bois-Saule, une personne s'arrogant le personnage, une autre gérant plutôt le décor et les figurants. Doinc je suis ravi que tu l'ais pressenti également, et testé. Je suis très curieux de voir ce que ça donne. [Post-note : j'ai moi-même testé la formule plus tard, voire ces deux parties enregistrées :
L’apprenti qui m’aimait
La chasse aux dieux


Retour de Thomas après écoute :

A. Il y a un plaquage immersionniste qui empêche de voir la mécanique, du coup je serais curieux de savoir si tu as utilisé toutes les contraintes du jour ou seulement quelques unes.

B. Comme tu prends une voix pour faire le MJ, on dirait que le MJ est une voix dans la tête du perso

C. J’ai supposé que la fin de la journée tombait sur « un doute émis ». j’ai bon ?


Réponse de Claude :

A. C. Oui
J'ai suivi tout sauf manifester la présence du destin fatal et  l'almanach que j'introduis qu' en fin de journée. Notre péripétie était l'exploration, en l'occurrence l'usine de produits chimiques voisine. Considères-tu que je me suis trop éloigné de ce tu entendais diffuser ? 

B. Je me suis imaginé être son goupil, au sens d'Arbre... Alors j'ai réussi 


Thomas :

A. Personne n'a à te dire comment jouer et surtout pas moi qui souhaites justement que Millevaux m'échappe. C'est juste que si j'avais fait jouer cette partie en duo, j'aurais sans doute verbalisé les jets de dés. Mais ton approche de taire les jets de dés est correcte, elle est juste plus immersionniste.

Claude :

En l'occurrence après avoir créé le personnage de Léo et que Xavier en ait fait la présentation j'ai demandé à Xavier des lancers de dés en indiquant le point concerné et lui donnant le résultat pour peu qu'il ne le spolie pas de sa découverte.
J'ai le témoignage audio de la présentation si ça t intéresse.

Voici le lien vers le seul élément extérieur aux procédures de Bois-Saule

Thomas :


Ah oui, il est totalement badass cet escargot qui aspire les vers de terre comme des spaghettis !
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » jeu. oct. 31, 2019 8:08 pm

UN EXORCISME DANS LE POULAILLER

Où l'on en apprend plus sur les lunaires habitants du village, et sur les turpitudes morales de nos deux nonnes exorcistes.

Joué / écrit le 31/10/2019

Jeu principal utilisé : Les Exorcistes, de Batronoban et Trickytophe (auquel j’ai aussi pas mal contribué avec le texte de l’Apocalypse de Millevaux et tout le chapitre sur la résolution diceless)

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
normanack, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : cruauté envers les animaux


Passage précédent :
2. La folie du cordelier


L'histoire :

Image
Black Goat of the Woods, par Black Moutain Transmitter, entre synthés à la Carpenter, musique de giallo et dark ambient, une promenade en forêt où la tension ne redescend jamais.

Une silhouette dans les ténèbres. La main et le visage fracturé. 

La Soeur Marie-des-Eaux était tendu, l'Opinel en avant, à bout de nerfs, respirant à haute cadence.

C'était juste la statue du Jésus-Cuit que Basile avait abîmée et qui était remisée là depuis.

Le novice replia sa lame, mais il quitta le grenier avec le sentiment que quelque chose clochait.

Elles bénirent la maison des Thiébaud et firent quelques prières avec les parents, pour les rassurer. La mère Thiébaud tartina la Soeur Marie-des-Eaux de teinture d'iode, un genre de placebo pour gérer sa morsure de loup.

"Alors il est pas possédé par le démon, mon petit ?
- Non, non... Pourquoi ça s'appelle le Chaudron ici, demanda la Soeur Marie-des-Eaux
- Oh, c'est juste une histoire, d'une peute femme par là qui faisait des choses dans un chaudron. Le père, quequ'cétait-y d'l'histoire de la femme au chaudron ?
- Oh, division, je peux pas tout m'rappeler !
- Il faut toujours que tu passes ton temps à me raminer !
- Bobi, si Felix est rentré ?"


"Et que le Seigneur Vieux soit sur vous, et que sa volonté soit faite, en forêt comme au ciel, lui qui veille sur nous avec son fils Jésus-Cuit, et l'Esprit-Chou."

C'était à peine rentrées au village que les deux soeurs durent se joindre à la messe de l'après-midi. L'abbé Houillon baptisait un nourrisson. Il rappela en chaire l'importance de baptiser les enfants au plus tôt pour ne pas qu'ils errent dans les forêts limbiques en cas de décès. Il en appela aussi à un rapide retour d'une nouvelle statue que le diocèse ne manquerait pas de faire parvenir, par l'entremise des deux chanoinesses qu'il présenta cordialement. Il y avait pas mal de monde, apparemment les voivrais étaient pieux, et les figures locales ne manquaient pas de se montrer, le maire Fréchin, la cuisinière Bernadette, l'oncle Mougeot à cancanner dans les rangs du fond. Mais pas de trace des Soubise.

"C'est drôle, leur confia l'abbé Houillon après la cérémonie, mais après toute cette affaire, on se sent mieux pendant l'office. Avant, j'étais exténué, en sueur, fatigué, et les ouailles pareilles. Comme si les prières nous tiraient des efforts surhumains. Et là aujourd'hui, je me sentais tout léger. C'est peut-être le changement de saison. Mais bon, c'est pas tout ça, je regrette que vous ayez été blessé, remettez vous vite et ensuite vous pourrez rentrer au calme à Saint-Dié, dans la montagne.
- J'ai envie de rendre visite aux Soubise, d'abord, répondit la Soeur Marie-des-Eaux."

La Soeur Jacqueline passa son tour. Elle insista d'ailleurs pour que son novice reste à se reposer, mais que voulez-vous, une tête de mûle pareille pourrait donner des leçons à Maurice.

La doyenne préféra traverser la grand-rue, direction l'Auberge du Pont des Fées proposer son aide pour le repas. C'est sur le chemin qu'elle croisa un étonnant cortège. Des marmots encordés qui descendaient le village, menés par un homme du même non-âge que la Soeur Jacqueline, le teint tanné, avec un drôle de chapeau et des yeux bridés. Comme la Jacqueline était accorte avec les gens, il s'entame vite une discussion ponctué par les chants et les plaintes des gamins pressés. L'homme s'appelait Champo et il conduisait les enfants entre leur maison et leur école, c'était là son métier au village. Difficile de savoir qui habite à un endroit depuis quand vu qu'on ne se souvenait de rien, mais - et quand bien même c'était peut-être lui le seul véritable autochtone - Champo ne faisait pas couleur locale.

"Vous voyez cette corde, il y a un noeud par enfant. Ils sont tous encordés et moi je tiens la corde, c'est le moyen le plus sûr de leur faire traverser la forêt pour le sentier de l'école. C'est la corde de vie. C'est Basile qui l'a faite. Je dis qu'il y a quelque chose de sa bienveillance dedans. Et on en a besoin. Parce qu'il y a pas que les renards enragés et les crevasses dans la forêt comme danger. Il y a les tulpas aussi.
- Les tulpas ?
- Oui, c'est dans ma religion. Ce sont des choses qui ont une apparence humaine. Elles sont fruits de nos pensées. "
En bout de cordée, il y avait un gamin au greugnot tout noir de saleté que les autres tenaient visiblement à l'écart, et qui inspirait un mélange de dégoût et de pitié. C'était le plus jeune des Soubise.

C'est autour d'une tartine de fromage de tête - en profitant de l'absence de la Soeur Marie-des-Eaux - que le trouble de la Soeur Jacqueline s'accrut. Comme si aux Voivres on en savait plus long que dans le catéchisme. Alors qu'elle savourait la terrine constituée de morceaux de tête de porc, la Bernadette lui avoua :
" Vos exorcismes, je crois pas que ça soit utile à plus qu'à rassurer les gens un temps.
- Pourtant, c'est que le diocèse nous a enseigné. Quand la médecine est incompétente, c'est qu'il faut pratiquer un exorcisme.
- Le truc, c'est que c'est pas le Diable qui est derrière tout ça. C'est autre chose. Mais on vous apprend pas ça dans vos livres. Dans le Petit Albert, par contre, il y a les réponses, pour sûr."

On ouvrit la mirabelle offerte par le Père Thiébaud. Elle était vraiment forte, c'était pas loin de l'alcool pur. On trinqua à la sécurité des habitants des Voivres, et la Soeur Jacqueline avait un beau sourire.


"Vous voyez, ici je suis une esclave."

Madeleine Soubise avait d'abord été très réticente à ouvrir les portes de sa ferme à l'ecclésiastique. Mais la Soeur Marie-des-Eaux dégageait une telle aura de souffrance qu'elle finit par se reconnaître en elle, et la concevoir comme une alliée qui vivait des affres comparables. La cuisine où elle lui avait servi une chicorée trop épaisse était d'un grand dénuement. Sol de terre battue, papier peint déchiré, un gros poele qui occupait toute la place, et deux chiens pelés qui occupaient le reste. L'intérieur sentait fort la vache et pour cause, Madeleine Soubise sentait la vache et l'étable était juste derrière la porte, d'ailleurs quand la Soeur Marie-des-Eaux demanda les commodités, elle lui indiqua cette porte : on faisait directement dans le fumier. La fermière portait manteau même en intérieur, elle transpirait. Elle avait la peau toute rouge là où elle n'était pas couverte de croûtes sourdant du pus : un eczéma que la pingrerie des Soubise interdisait de soigner. 

Tout le paradoxe des Soubise était là. De l'aveu de Madeleine, la ferme sortait des cochons gros comme des mammouths, mais tout le reste était à vau-l'eau. La Soeur Marie-des-Eaux n'avait croisé que des vaches maigres jusqu'à l'os au milieu d'un péteuillot qui constituait toutes les terres des Soubise. Pour tout dire, il avait failli louper la ferme, le bâtiment était en ruine, entièrement recouvert de lierre et des arbres en ressortaient. Mais il y avait des sous dans la caisse. Une gôyotte qui ne servait jamais, puisque les Soubise n'achetaient rien et se refusaient tout confort. 

"Je peux voir vos cochons ?
- Pour sûr non, il faut pas les déranger, si je vous les montrais, je me ferais sacrément houspiller."
On aurait dit qu'elle parlait du Père Fouettard plutôt que de parler de son mari.
La Soeur Marie-des-Eaux ne put voir aucun des membres de la famille des Soubise.
"Vous attendiez un enfant récemment ?
- Non, non, pas du tout !"

Le soir venu, la Bernadette lui confirma que c'était impossible à vérifier, attendu que Madeleine Soubise ne se montrait jamais, et que son entrevue avec le novice avait tout d'un événement exceptionnel.

Le novice s'était senti épié à son départ de la ferme. Par quelqu'un, ou par quelque être.

La convalescence lui servit d'excuse au novice pour refuser de manger plus qu'une ou deux patates, et la Soeur Jacqueline se fit encore taper sur les doigts quand elle voulût accepter du pâté lorrain, la bonne tourte à la viande de porc marinée dans du vin rouge. Les hommes prisaient de la fougère séchée, et Fréchin paya une tournée générale de sirop de bourgeons de sapin, qui ravit le palais privé de viande de la Soeur Jacqueline.

Image
Malkhut, par Dédale(s), un bourbier de dark ambient bruitiste et texturé, qui s'enfonce dans des territoires de plus en plus ténébreux, humides, caverneux, utérins, vers un abandon de soi et une transe horla habitées de gargouillis, de grognements et de chauves-souris toutes de malignité tressées.

Alors ce fut la chambre, et encore des cordes de bougie passées à griffonner dans le carnet. Ensuite la Soeur Marie-des-Eaux rabacha des extraits de prière d'exorcisme :

"Cessa decipere humanas creaturas, eisque æternæ perditionis venenum propinare : desine
Ecclesiæ nocere et ejus libertati laqueos injicere. Vade satana, inventor et magister omnis
falIaciæ, hostis humanæ salutis."

C'était des prières à retenir par coeur et à ne surtout pas tourner en latin de cuisine ; aussi le novice avait raison de les réciter tous les soirs, et la Soeur Jacqueline lui emboîta le pas bien que la tête tournée par les excès de bonne chère de la journée.

Mais ensuite, la Soeur Marie-des-Eaux poussait le zèle à réciter des fragments de L'Apocalypse, un texte apocryphe, et à mesure que la bougie faiblissait, sa voix se faisait de plus en plus cassée et haletante, les flammes rendaient son visage spectral :

"Et l'Homme qui survivra à la chute, son esprit chutera encore à l'intérieur de lui-même. Sa mémoire comme une Babylone spirituelle s'effondrera sous le poids de sa démesure. Il oubliera tout ce qui lui était cher, l'odeur de l'amandier et le rire de son enfant, mais il oubliera aussi ses péchés.

Car après la chute, la colère de Dieu n'aura de cesse que de tourmenter les survivants, pour qu'ils vivent dans la crainte de son Nom. Cette colère sera l'amoncellement, comme une tourbe primordiale, de tout ce que les Hommes ont oublié de vertueux et de vicieux. Et ce limon spirituel grossira des craintes divines et vénielles des Hommes, et de toutes leurs pensées, qu'elles soient des prières ou des péchés de tentation ou d'intention. Comme le Nil qui s'enfle de tous ces alluvions, grande sera la colère de Dieu et elle s'incarnera dans mille fléaux, elle les gonflera de son limon. Ainsi, chacun verra la forêt et ses êtres se peupler de ses hantises les plus intimes, porteuses du souffle punitif du Très-Haut ; ainsi chaque homme et chaque femme souffrira dans son propre enfer, créé par Dieu à son image pour le mettre à l'épreuve et le punir du péché d'orgueil des générations précédentes, et du péché d'ensauvagement des générations futures."


La Soeur Jacqueline se réveilla au milieu de la nuit, dans les odeurs doucâtres de la fumée de bougie. Le corps de son novice bruissait comme du bois mort.

La doyenne était en nage, envahie d'un sentiment qu'elle ne pouvait définir, le ventre lourd et chaud. Sans doute à passer du temps à causer avec elle dans la journée, elle avait rêvé de la Bernadette. Elle était avec elle sur un radeau qui dérivait au fil de l'eau entre les arbres et...

Elle avait fait un rêve érotique.

Elle tourna et se retourna dans sa couche, et comme pour chasser son émoi, mais presque à contrecoeur au vu de la phrase enquiquinante qu'elle réinvoquait, elle se repasse les dernières paroles de Soeur Marie-des-Eaux émises en guise de bonne nuit :
"Demain, nous irons exorciser Basile."

Elles mirent un temps fou à pouvoir l'annoncer à la Mère Thiébaud car quand elles retournèrent chez elle, elle était en train d'éviscérer un poulet, et l'odeur de la tripaille, prenante, et la vue des entrailles étalées sur la toile cirée avaient bloqué les soeurs un temps, sans parler des bonnes manières, et vous prendrez bien une chicorée, qu'elle fit réchauffer dans la casserole sans se laver les mains, la même chicorée qui se faisait réchauffer dix fois avant d'être finie. Elle avait les ongles des pouces longs et noirs.

La mère Thiébaud ne fut pas du tout rassurée par ce revirement de position, et elle pleurnichait tout en aidant à porter les seaux d'eau bénite vers le poulailler : "Mon petit il est pas possédé par le Malin, c'est sûr, il est bien trop innocent pour ça...
- Si c'est le cas, alors il n'a rien à craindre. Ce n'est qu'une procédure de sécurité."

Le Père Thiébaud traînait à la suite, les mains croisées derrière le dos, et raminait : "Oh l'travail, oh l'travail..."

Champo les avait accompagnées, il semblait clair qu'elles avaient besoin d'un guide pour se rendre à nouveau au Chaudron vu les péripéties de la veille. Il les avait encordées comme des enfants mais elles n'avaient pas bronché. Maintenant, il se tenait sous le poulailler, ce n'était pas son rôle de les suivre là-haut.

"Ne t'inquiète pas Basile, ça va bien aller, dit la Soeur Marie-des-Eaux en lui tenant le visage, essayant de lui transmettre au-delà des mots l'affection qu'il avait à son égard et qu'il ne prodigait pas vraiment aux autres membres de l'humanité.

La Soeur Jacqueline avait allumé six bougies autour d'eux, et elle priait à voix basse, tentant de calmer l'atmosphère. L'odeur d'ammoniaque était peu supportable et les poules qui caquetaient en bas rompaient le sacré.

Basile tremblait de peur, il ne comprenait pas ce qu'on lui voulait. Et quand la Soeur Marie-des-Eaux annonna les premières paroles en latin d'une voix forte et tendue, il ne put retenir un long cri désarticulé :

"Deus cœli, Deus terræ, Deus Angelorum, Deus Archangelorum, Deus Patriarcharum, Deus
Prophe-tarum, Deus Apostolorum, Deus Martyrum, Deus Confessorum, Deus Virginum,
Deus qui potestatem habes donare vitam post mortem, requiem post laborem ; quia non est
Deus præter te, nec esse posset esse nisi tu creator omnium visibilium et invisibilium, cujus
regni non erit finis : humiliter majestati gloriæ tuæ supplicamus, ut ab omni infernalium
spirituum potestate, laqueo, deceptione et nequitia nos potenter liberare, et incolumes
custodire digneris."

Et il cachait son visage dans ses mains quand le novice brandissait la croix. Il se pissait dessus.

Il attrappa un bout de ficelle auquel il avait des noeuds, un chapelet d'amateur, et il égrénait les prières qu'il connaissait. 

"Notre Vieux qui êtes aux cieux,
que ton nom soit plantifié,
que ton peigne vienne,
que ta volonté soit faite dans la forêt comme au ciel..."

La charpente du poulailler craquait comme un navire en perdition.

Maintenant c'était le moment le plus désagréable, et la Soeur Jacqueline se dévoua pour ouvrir le bal.

Il fallait pleurer, alors elle se frotta le visage avec de l'oignon, elle savait que les larmes sincères viendraient plus tard, bien assez tôt. Les yeux injectés de sang, elle se confessa :

"Notre vieux, je confesse le péché de lexure par pensée.
J'ai convoité une personne, j'ai convoité la cuisinière."

La Soeur Marie-des-Eaux se tourna vers elle avec un visage tordu par la désapprobation. Cela n'était pas du tout correct de sa part de la manifester, mais le novice n'avait aucune notion des conventions.

"Que vas-tu mettre en oeuvre pour expier ton péché ?, demanda-t-il. C'était la requête rituelle.
- Nous irons dormir au presbytère, je ne lui adresserai plus la parole et je ferai pénitence."

La Soeur Jacqueline se redressa. Les larmes sincères étaient venues bien rapidement. Elle pris le relais du novice pour brandir le crucifix vers Basile et prêcher en latin :

"Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Ab insidiis diaboli,
Libera nos Domine."

C'était au tour de la Soeur Marie-des-Eaux de morfler :
"Notre vieux, je confesse le péché de colère par intention. J'ai envie de frapper plusieurs personnes aux Voivres, de planter mon Opinel dans leurs chairs. J'ai envie qu'ils souffrent comme ils font souffrir et qu'ils meurent comme ils tuent. Pardonnez-moi mon vieux de vouloir me substituer à votre sainte justice."

Image
Frjee feather EP, par Forest Swords, un post-rock dub psyché et mazouté à souhait !

"Que vas-tu mettre en oeuvre pour expier ton péché ?
- Je vais m'infliger ce que je voulais leur infliger." Et lentement, le bras empesé par son pansement, il ouvrit sa robe pour se larder la poitrine. La Soeur Jacqueline eut le temps de lui retirer la lame, pesant de tout son corps, avant qu'il n'ait pu s'entailler vraiment sérieusement, mais déjà il y avait du sang partout. 

Il régnait une atmosphère de folie furieuse, entre le sang, l'ammoniaque, les gémissements de Basile, la sueur. A la lueur des bougies, l'air était comme tordu, une manifestation commune lors des exorcismes mais qui semblait prendre ici une ampleur inhabituelle et nouait le ventre.

Basile était résorbé en position foetale, et les soeurs s'écroulèrent sur lui, fourbu.

Comme à chaque fois, il n'y avait pas eu de démon à exorciser. Basile était juste ce qu'il était, un simple d'esprit, influençable, qui avait commis une bêtise sous l'emprise de la boisson, et elles venaient de mettre en grand péril ce qu'il lui restait de santé mentale, juste pour vérifier un soupçon.

A leur sortir, Champo les regarda avec l'air attéré d'un témoin impuissant. On avait fait du mal à son ami, et c'est en se sentant bien merdeuses qu'elle réempoignèrent la cordée pour retourner aux Voivres.

Le sherpa se garda d'émettre un jugement, il fit même mine d'être jovial sur le trajet du retour, au milieu des sapins huileux qui bavaient sur le sentier, et derrière le rideau de ténèbres qui cachait des choses hostiles.

En revanche, il ne fit aucun commentaire, à part ce mot, à l'arrivée :
"Vous savez, les tulpas ne sont pas tous néfastes. Certains sont de bon conseil et essayent de nous prévenir du danger des autres."

Elles le quittèrent pour se rendre à l'office du soir, elles étaient à moitié cassées mais elles ne pouvaient se dérober à leur devoir et elles avaient besoin de la communion pour se laver de ce qui était advenu.

La Soeur Jacqueline évita le regard de la Bernadette, à contre-coeur.

La Soeur Marie-des-Eaux refusa les soins que la cuisinière lui offrait, par solidarité avec la doyenne, qui se chargea, du coup, d'examiner les chairs meurtries du novice, dans la chambre, à la lueur de la bougie, alors qu'il griffonnait les mésaventures de la journée dans son fichu carnet.

La Soeur Jacqueline frissonnait d'émotions contraires à voir Soeur Marie-des-Eaux torse nu, corps grêle et noué de cicatrices comme autant de chemins de vie, palpitant de jeunesse et de colère.

Il y aurait supplément de Pater et d'Ave à murmurer durant la nuit.

"La Soeur Jacqueline, Champo vous a-t-il expliqué ce que c'était des tulpas ?"

Et c'est au coeur de la nuit qu'un cri du novice réveilla la doyenne, et peut-être tout l'étage avec :

"Cette histoire de tulpa, c'est la clé ! On a fait fausse route depuis le début !
- Qu'est-ce que vous racontez ?
- Demain, on retourne au Chaudron."


Lexique :

raminer : critiquer, disputer
Division ! : juron
péteuillot : zone de gadoue
gôyotte : cagnotte, fortune cachée
greugnot : visage, bouche



Jauges communes :

Sainteté : 5
Bougies : 5
Chemin de Croix : 1


Bilan : 

J'ai utilisé une aide de jeu intitulée Session Zéro, pour étoffer le passé de mes deux personnages principaux. Session Zero est un jeu de rôle créé par Meghan Cross, traduit par Axel Roll et
publié gratuitement avec l’aimable autorisation de Meghan Cross.
Relecteurs : Angela Quidam, Gaël Sacré, Matthieu Braboszcz
Le jeu implique de tirer 5 cartes par personnage, mais je n'en ai tiré que 3, pour ne pas alourdir. Je ne sais pas encore à quel point je vais exploiter ça, mais vous pouvez retrouver les trois souvenirs (oubliés) de chaque nonne dans les deux feuilles de personnage.
J'ai atteint une fois trois croix et j'ai donc considéré que les nonnes étaient désormais sous la surveillance des Soubise.
J'ai fait deux trois tirages de l'Almanach, mais pas de Muses & Oracles.
La prochaine session va nous faire arriver à un pinacle de l'économie de jeu des Exorcistes, et ça va permettre de clôturer après le climax de chapitre que j'avais envisagé...


Feuilles de personnage :

Deux Soeurs du Très-Saint-Sauveur (ordre chanoine, couvent à Saint-Dié)

Soeur Jacqueline

Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l'oubli, n'a pas de souvenir d'avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu'elle ait eu récemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu'elle ait été cloîtrée pour contrer son penchant à la luxure, et qu'on l'ait incité à oublier son passé (onction à l'eau bénite d'oubli ?)

Mots-clefs :
- Soeur Exorciste
- Inspire la confiance
- Cuisinière
- Contemplative
- Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s'en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d'apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées


Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Personne n’est parfait. Quel est le plus gros mensonge que vous ayez jamais énoncé ? À qui
l’avez-vous révélé ? Pourquoi avoir menti ?
J'étais la servante d'une Mère Truie. Je l'ai révélé (sous la torture) à l'archevêque de Saint-Dié. J'ai menti parce que j'étais infiltrée chez les chanoinesses, mais l'archevêque m'a sauvée de l'emprise de la Mère Truie et m'a accordé l'eau d'oubli.

Les anniversaires sont toujours prétextes à de grandes fêtes. Décrivez votre anniversaire le
plus mémorable. De quel anniversaire s’agissait-il ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
C'est l'anniversaire de mon entrée au couvent. Il est mémorable parce que j'ai vraiment le droit de manger beaucoup à ce moment et parce que personne n'évoque jamais la date exacte de mon entrée.

Un amour passé fait toujours partie de votre vie. Depuis quand étiez-vous amoureuse ?
Qu’aimiez-vous le plus chez cette personne ? Comment votre histoire s’est-elle terminée ?
J'ai été amoureuse d'une batelière qui menait les pélérinages vers la fontaine d'oubli. J'aimais la langueur de cette personne. L'histoire s'est terminée quand j'ai dû boire l'eau d'oubli.

Soeur Marie-des-Eaux

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide détermination. Paranoïaque et violente. A reçu une formation de mémographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c'est la chose qui l'a marqué le plus alors qu'elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d'abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l'Apocalypse.

Mots-Clefs :
- Soeur Exorciste
- Opinel
- Mémographe
- Combattante
- Âne

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Jacqueline, s'en rappelle mais ne veut pas lui remettre ça dans les dents. La naïveté de Soeur Jacqueline a failli leur coûter la vie en enfer. 

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d'égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)

Passé oublié (tiré avec Session Zéro)

Il y a quelqu'un de spécial à qui vous avez ouvert votre cœur. Décrivez votre premier amour :
Était-ce réciproque ? Qu’est-ce que vous aimiez le plus chez cette personne ?
Je pense que c'était réciproque. C'était un être de cicatrices et de souffrance, alors il me comprenait sans parler, c'est ça que j'aimais le plus chez lui. Notre amour était réciproque et c'est ça qui l'a perdu, il est tombé en miettes quand je l'ai embrassé.

Un son particulier vous fait toujours sourire. De quel son s’agit-il ? Comment est-ce devenu
un son rassurant pour vous ? L’entendez-vous encore maintenant que vous avez commencé à
voyager ?
C'est le son de l'eau courante. Cela évoque la vie et la pureté qui continuent à se trouver un chemin, malgré tout. Je ne l'ai pas beaucoup entendu durant mon périple, aussi je m'intéresse à découvrir où sont les ruisseaux aux Voivres, on m'a parlé des Forges Quenot.

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre
enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?
C'était un lapin dodu et je l'emmenais partout avec moi. Mais un jour, on m'a fait manger du civet et j'ai appris que c'était mon lapin. C'est le dernier souvenir que j'ai de mes parents.
 
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » mar. nov. 05, 2019 7:40 am

LES INTRUS

Histoires de fantômes chez soi : une partie d’horreur en famille par Nitz, jouée avec Inflorenza !

Le jeu : Inflorenza, héroïsme, martyre et décadence dans l'enfer forestier de Millevaux

Joué en ligne le 23/10/2019

Compte-rendu de partie initialement posté sur L'Auberge Virtuelle

Image
Greg Moore, cc-by-nc, sur flickr


Le pitch :

"Je propose une partie courte (2h top chrono) des Intrus. Création originale.

Vous incarnez au choix les membres d’une famille dysfonctionnelle qui emménage dans une nouvelle maison, ou les esprits qui la hantent. Alors que la famille compte bien tout faire pour resserrer leurs liens grâce à cette nouvelle maison, les fantômes n’ont qu’une envie : les en chasser coûte que coûte.

Le ton de la partie peut être horrifique, dramatique, poétique ou grand-guignol, ou tout à la fois, c’est selon les envies des joueuses.

Comment ? système de jeu hautement narratif basé sur Inflorenza
Inspirations : Les Autres / Beatlejuice
Niveau films, les Autres (Amenabar). Shining (Kubrick). El orfanato, mama sont deux belles productions. La série de Lars Von trier peut être intéressante : les fantômes de l’hôpital / kingdom hospital. En mode années 80 beetljuice est immanquable, ghost, poltergeist, amitiville, fantôme contre fantôme, fantôme avec chauffeur, Ghost busters même si n’a plus grand chose à voir."


Compte-rendu rapide :

Merci à @Alquen et @Illuminati pour votre richesse créative : une belle histoire triste avec des personnages forts. Une belle réussite en ce qui me concerne.

nota : @alquen nous n’avons pas noté le nom de ton personnage, qui n’a été révélé qu’à la toute fin de la partie, je me permets de la nommer ici “Roberta”, n’hésite pas à rectifier !

Je mets le CR ici à destination des curieux et de @munier.thomas

le jeu utilisait le moteur d’Inflorenza avec un théâtre customisé (et pas l’univers de millevaux) avec deux trois ajouts : chaque joueur a amené un média (en l’occurence trois chansons/musiques) et posé une question à propos de la maison. Un joueur interprétait le spectre, deux autres des membres de la familles. Nous avons joué sans MJ (Nitz avait le rôle de confident ou facilitateur) et avec des instances.
Franck - je veux aider mes filles à surmonter la mort de leur mère. Pearl Jam - Daughter.
Alyssa - je veux épouser Ashley. Foo Fighters - Walk
Roberta - Je ne veux pas avoir de contacts avec les vivants. Silent Hill 4 - the room - original soundtrack - room of angel

Pourquoi la végétation pousse elle si vite autour de la maison ?
Comment se fait-il que, sans raison, des affaires disparaissent de la maison ?
Qui est cette étrange vieille femme qui frappe à la porte tous les jours à 22h00 ?

Suite au décès de sa femme, Franck (Nitz) est anéanti. Il doit veiller sur ses filles, Allysa l’ado rebelle (illuminati) et Wendy la petite princesse (pnj). Il veut les aider à surmonter le décès de leur mère. Auteur de roman fantastique, il décide de vendre la maison familiale et de s’installer dans un ancien manoir prêté par son éditeur. Rapidement, Alyssa constate que ses affaires disparaissent, en particulier la tablette qui lui permet de communiquer avec son amoureuse. Elle accuse Wendy, mais la petite parle d’une femme dans le grenier. La famille explore le grenier et affronte la poussière pour retrouver la tablette d’Alyssa. Alyssa s’installe dans la tour est, du moins une partie, car les cris des lames de l’escalier menant à l’étage l’ont dissuadé d’envahir l’étage. En effet, c’est le lieu préféré du spectre. Franck développe une obsession contre la végétation qui envahit tout, notamment le jardin couvert. Alyssa tente de le dissuader de tuer la végétation, mais Franck est possédé par le spectre, il se taillade et ignore sa fille. Quand les branches sont enfin coupées, on découvre le corps squelettique d’une femme.

[Epilogues] Franck sacrifie les relations qu’ils auraient pu bâtir avec ses filles pour se consacrer corps et âme au meilleur roman de sa carrière, consacré à l’histoire de ce spectre, [Roberta Milgram], une jeune femme de haute naissance mise à la rue par son père car elle était enceinte. Elle finit par se suicider dans cette maison.
Alyssa ne parvient pas à surmonter le deuil de sa mère et l’absence de relations avec son père, et se pend dans la tour est.
Roberta renonce à ne pas avoir de liens avec les vivants, et elle veille à sa manière sur la famille, mais la mort d’Alyssa la marque profondément.

Une étrange femme vient toquer à la porte de la maison. Un Franck décharné lui ouvre, fait un signe de tête et referme la porte. On revoit cette dame avec une faux en sautoir frapper à la porte d’un bloc opératoire. Quand on lui ouvre, l’électrocardiogramme fait retentir son bip fatidique.

Bilan :

Nitz :
je suis satisfait, ça fait un moment que j’essaie des choses et cela génère beaucoup de frustration. Je voulais une partie pour le plaisir et le pari est gagné. Je suis toujours surpris d’à quel point Inflorenza (et les conseils de jeu qui l’accompagnent) nous rend créatif.
une bonne partie pour tout le monde. La fiction est chouette.
Partie un peu courte, on doit pouvoir réduire le briefing et jouer plus.
Pas de souci pour se passer de MJ. Le théâtre, même rudimentaire, joue bien son rôle.
Inflorenza semble impliquer des parties aux accords mineurs (souffrance, sacrifice) : peut-il jouer en majeur (transformation, prix à payer) ?


Illuminati :
Partie sympa avec @Alquen et @Nitz. Tout le monde a été ponctuel, on a bien pris le temps de discuter avant de lancer la machine, chaque joueur a apporté des éléments pour jouer.

J’ai bien aimé découvrir Inflorenza dans un autre cadre que l’expérience que j’ai eue (théâtre d'inspiration Patient 13 https://t.co/redSdMfd0l).

Alquen :
Très bonne partie.
Malheureusement trop courte pour nos imaginations débordantes.
Une deuxième partie ne serait pas de refus pour donner des retours pertinents.

Quant à Roberta, je crois que son nom était Merida quelque-chose.
Je pense que le système de cadre peut beaucoup varier l’expérience de jeu.
Encore faut il qu’une communauté se créé autour.


Thomas :
Merci beaucoup Nicolas pour ce CR ! Je le relayerai si vous me l’autorisez. Pour répondre à ta question, je dirais que ça dépend en fait beaucoup de l’interprétation que les joueuses vont faire des souffrances (qui peuvent justement être interprétées comme des transformations, ainsi que les puissances) et des sacrifices (qui peuvent être interprétés comme des prix à payer). Mais pour être certain d’avoir des transformations et des prix à payer, Inflorenza Minima est un outil plus sûr.


Là où s’est passé toute la magie :

Image
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » mer. nov. 06, 2019 8:37 am

PURIFICATION

La violence monte au village et la légitimité des exorcistes est remise en cause.

Joué / écrit le 05/11/2019

Jeu principal utilisé : Les Exorcistes, de Batronoban et Trickytophe (auquel j’ai aussi pas mal contribué avec le texte de l’Apocalypse de Millevaux et tout le chapitre sur la résolution diceless)

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux


Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Timothy Vogel, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : cruauté envers les animaux, suicide, infanticide


Passage précédent :

3. Un exorcisme dans le poulailler


L’histoire :

Image
A Night in the Woods, par Dino Van Bedt, post-americana sans paroles, avec drone et field recordings, une traversée séminale et ténébreuse de la forêt de Millevaux. Composé spécialement pour Millevaux !

La lumière de la presqu'aube, filtrée par les ramures des arbres, vient effleurer le visage du novice, et avec ses rais et les cris des corbeaux vint le cortège des souffrances et des rhumatismes qui lui rappellent qu'il est vivant et le tirent du sommeil. Machinalement, il effleure sa plaie des doigts. Sans y réfléchir, il avait planté son Opinel dans le sillon d'une ancienne blessure, et l'avoir rouvert avait sorti un souvenir traumatique des tréfonds où il dormait.

Belle, dans le sang de la révolte.
Blanche, dans le chaos de la guerre.
Seule
Parmi les chapelles, les arbres, les morts...
La Madone à la kalach

Alors qu'il était plus jeune, la Soeur Marie-des-Eaux l'avait suivie. Elle avait cru en elle, elle avait cru qu'en prenant les armes on ferait tomber les maires et les curés et les gendarmes, et que tout le monde serait libre, et qu'il serait enfin libre, pas seulement physiquement, mais mentalement. Et les voilà qui entrent dans le diocèse, les armes à la main, juste la Madone et les sauvageons qui la suivaient, et Marie-des-Eaux se fait planter une baillonnette dans le thorax, et la Madone tombe sous ses yeux, le sang de la Madone macule son visage et ses mains, Marie-des-Eaux crie et les gendarmes et les curetons le clouent au sol...

La Soeur Marie-des-Eaux s'écroule de son lit, dans un bruit si fort qu'il tire du sommeil la Soeur Jacqueline, pourtant si peu matinale.

Alors, elle sort aussi du lit et s'emploie, à contrecoeur, à rassembler son bâluchon.

La Soeur Marie-des-Eaux met un temps infini à se redresse, perclus qu'il est de ses douleurs anciennes comme récentes, et complètement chamboulé à la suite de ce flachebacque. Pourtant, il ne désirait rien moins que de se souvenir, c'est ancré dans ses gènes de mémographe. Mais avait-il pourtant envie de revivre de telles choses ? A quel point son engagement sacerdotal était-il sincère ou le fruit d'une aliénation ? Fallait-il creuser encore davantage dans cette direction où viser au déni qui permettait à une Soeur Jacqueline de vivre sereinement ?

"Nous devons faire preuve de plus d'humilité et donc nous priver de votre hospitalité, Bernadette. Croyez bien que j'en suis navrée."

La Soeur Jacqueline avait la voix tremblante et rougissait au point d'occulter sa couperose.

"Je ne m'en fait pas, conclut la Bernadette en lui tendant une réserve de beignets de pommes de terre dans un torchon huileux. Je sais que vous reviendrez."

La Soeur Jacqueline décampa pour échapper à son sourire.

Mais la Soeur Marie-des-Eaux s'était attardé dans le bar. Dès l'ouverture, Vauthier était là pour la première tournée de schnaps. L'ivrogne local semblait être le seul à partager avec Champo la passion pour les vêtements de couleur jaune, encore que les sessions étaient mouchetés et ravaudés de diverses façons. Il était tout ratatiné autour de son sourire et de sa moustache, on avait envie de faire copain avec lui. On avait envie de lui payer un coup, et c'était bien là le projet de Vauthier dont la langue se délia dès lors que le novice se sépara d'un caps pour lui payer le prochain verre.

"C'est vrai qu'on a fait boire Basile. Il nous faisait de la peine, tout dégingandé à vendre ses cordes au village. On a voulu le dérider.
- Qui ça, "on" ?
- Ben, moi pis surtout ceux qui avaient le moyen de payer des coups : le fils Fréchin et le fils Domange.
- On peut leur parler ?
- Pour sûr. Mais Fréchin, c'est le fils du maire, alors son père a comme qui dirait mis de la graisse sur la charrue, pour qu'on bwâle pas trop dans le village. Il a fait pression pour que les Thiébaud rachètent le Jésus Cuit et enferment leur fils, et il a payé un tonneau de bière de lichen au père Houillon pour qu'il en fasse pas toute une histoire. Mais depuis, le fils Fréchin y parle pas de cette histoire et il s'est même pas repointé au bistrot.
- Et le fils Domange ?
- Oui, vous pouvez allez le voir, mais gaffe c'est un caractériel. Je lui laisse me payer des coups mais j'pense quand même qu'il a été fini à la pisse d'âne. Vous buvez pas un canon ?
- Non. Ce schnaps que vous buvez là, c'est une liqueur d'oubli. Je tiens au peu qui me reste.
- Vous avez tort. L'oubli, c'est une bénédiction. Je ne suis plus fâché avec personne, je fais tous les jours de nouvelles rencontres et j’ai n’ai plus le fardeau d’une épouse. Moi, l'oubli, je trinque à sa santé, vindiou !"

La Soeur Jacqueline fit quelques allers et retours entre le presbytère et des maisons où les vieux avaient besoin de soins et de prières. Elle n'arrivait pas à se défaire de l'idée qu'on l'observait derrière le couvert du feuillage. Pourquoi fallait-il que la forêt soit ainsi collée au cul des maisons !

C'est dans une des quelques friches où on avait pu couper les ronces et mener des bêtes que la Soeur Marie-des-Eaux trouva le fils Domange. Il était petit et tanné, avec des yeux de fouine et une odeur entre celle du biscuit et du fumier. Il voulait faire rentrer une vache à l'étable, et la bête avait dû trouver une paquerette à déguster, parce qu'elle voulait pas avancer. Le fils Domange l'agonit de vindiou et de vinrat et de coups de pieds, mais comme la bête avançait encore pas assez à son idée, il se saisit de sa fourche, les piques pointées sur elle.

Cela activait une sorte de pilote automatique chez la Soeur Marie des Hauts, qui fonça à travers les hautes herbes, sans plus vraiment rien voir de ce qui se passait, juste une bouillie de rayons et de branchages. Mais il souffrait de deux blessures graves sans convalescence, et il trébucha et se ramassa dans les bouses à deux mètres du fils de paysan, quand ce dernier planta la fourche dans la panse de la vache. Elle pousse un beuglement aussi court qu'incongru, et s'écroula dans l'herbe comme un navire qu'on saborde. Elle pissait le sang par la panse, et elle rendit l'âme la tête dans les bras de la Soeur Marie-des-Eaux, elle la regardait avec des grands yeux aux cils garnis de mouches, et visiblement elle voulait lui communiquer quelque chose, mais cette tentative fut victime de l'éternelle tragédie du langage entre les hommes et les bêtes, et elle creva comme ça sans avoir rendu son message.

Le fils Fréchin se tenait debout, les bras ballants. "Vindiou, le père va me tuer."

La Soeur Marie-des-Eaux était un genoux à terre, dans un état lamentable, son bras bandé tout raide tenant son Opinel. 

"Il aura pas besoin."

Il le plaqua contre un arbre et lui coinça son schlass juste en dessous de la bite. 

Sous le coup de la colère, la plaie à la poitrine du novice se rouvrit. Le fils Domange voyait un nuage de sang couvrir sa robe et comprenait plus rien. Il ne dut son salut qu'à la réouverture de sa blessure, qui rappela à la Soeur Marie-des-Eaux son voeu de non-violence de la veille.

"Petit merdeux, tu vas me dire tout de suite tout ce que tu sais sur la fois où vous avez fait boire le Basile.
- Pitié, monsieur, on voulait juste s'amuser ! Plus on lui payait des canons, plus il nous parlait des voix qui y'avait dans sa tête. Et pis ils nous disaient qu'elles voulaient le protéger, et ceux du village. Qu'y avait un problème avec la statue du Jésus-Cuit. Et puis quand il a été bien foingé, il s'est levé, il est sorti et pis il a pris une longue bûche dans le tas de bois de l'Auberge et il est allé à l'église.
- Tu m'feras un Notre Vieux et deux Je vous salue Marie." Et de conclure en lui pétant le nez d'un seul coup de poing. Elle entendit parfaitement le shroc de la cloison défoncée et ses jointures lui firent un mal de chien pendant un sacré moment.

ça lui rappelait son geste avec plus de délice que n'importe lequel de ses gribouillis mémographiques ne l'aurait fait.

Image
A Given to the Rising, par Neurosis, du post-hardcore sludge et massif, le plus forestier des albums de Neurosis, une chasse morbide vers le secret de l'existence.

"Je vous salue Marie, vous êtes bénie entre toutes les femmes,
et Jésus-Cuit le fruit de vos tripailles est béni"

Tout le monde se retourna quand la Soeur Marie-des-Eaux arriva en retard à la messe. Impossible de faire une entrée discrète avec les lourds panneaux de fer et de bois. A voir la gueule que tira le père Houillon, il savait que ça allait quimper dur sur sa couenne.

Il se traîna vers un banc du fond, derrière un pilier, comme si son espoir de disparaître pût être exaucé.

"Soeur Marie-des-Eaux, nous avons à te parler."

Il y a des phrases comme celles-là qui font leur chemin à travers les broussailles de l'oubli et nous ramènent comme l'odeur écoeurante des souvenirs de merde et des surprises pourries.

ça faisait d'autant plus mal que l'abbé Houillon n'était pas seul à se tenir là dans ce presbytère. La Soeur Jacqueline le flanquait en hochant la tête d'approbation. Le novice lui décocha le regard qu'on réserve aux traîtres, mais la Jacqueline était trop rassurée par la présence du père Houillon pour se sentir dans son tort.

"Ecoutez, je suis reconnaissant au Diocèse de vous avoir envoyées toutes les deux, et vous lui transmettrez ma gratitude. Mais je ne pense pas que l'archevêque approuverait votre attitude. Le diocèse ne pratique l'exorcisme que sur demande, et personne ne vous a rien demandé. Et surtout pas de vous bagarrer comme un chiffonnier avec mes ouailles. Je pensais vous demander de rester encore vous reposer, mais c'est allé trop loin. Rentrez à Saint-Dié maintenant."

Il était de plus en plus écarlate. Malgré son bouillonnement intérieur, la Soeur Marie-des-Eaux se retint de répondre, ça n'aurait fait qu'empirer les choses.

"Ma Soeur, ajouta la Soeur Jacqueline, je pense que tu dépasses les bornes de notre mission apostolique. Il faut revenir à la raison.
- Les bornes de notre mission ?, éclata le novice, C'est toi qui dépasses les bornes ! Tout ce que tu veux, c'est pouvoir poser ton cul alors que des diableries sont à l'oeuvre !
- Il suffit !, éclata le prêtre. Vous faites vos bagages et vous partez ! Mais avant, Soeur Marie-des-Eaux, j'exigerai de vous entendre en confession !"
La Soeur Marie-des-Eaux lui claqua la porte au nez. 
"Allez au diable, si c'est ce que vous voulez !"

Il ne se fit pas prier pour reprendre le chemin avec Maurice. Pas question de traîner et de faner l'haleine du prêtre dans le confessionnal. La Soeur Jacqueline suivait derrière. Elle n'avait pas osé dire au revoir à la cuisinière, alors elle mangeait un beignet de patates pour se souvenir d'elle.

Champo les croisa avec sa corde. Il tirait une tête de six pieds de longs. 
"Vous savez pas ?
- Quoi, on sait pas ?
- Ben, Basile.
- Quoi, Basile ?
- Il s'est pendu dans le poulailler.
- Comment ça ?
- Si c'est pas possible, finit Champo entre deux sanglots, égrainant les noeuds de sa corde de sherpa. Basile le disait souvent. La corde de vie... (il montrait les noeuds qui servaient à encorder les enfants) La corde de mort..."
Il montrait l'extrêmité de la corde, nouée pour former une massue. Bien maniée en la faisant tournoyer au dessus-de sa tête, une telle arme aurait pu assomer un ours.


Les deux soeurs avaient suivi les indications de Champo pour trouver le ruisseau de la Forge Quenot, au milieu de la forêt après l'Etang Lallemand. Les cabanes de chasse étaient abandonnées, trônant comme des miradors d'une autre époque. Il y avait un fatras d'orties et de sous-bois qui faisait de l'endroit un secret bien gardé. Elles passèrent entre des roches plates néolithiques que les voivrais évitaient soigneusement comme des vestiges païens qu'elles étaient. Mais la roche la plus impressionnante, avec une large cupule évasée, indéniablement une stèle de féminité, portait des empierrements tous frais. Les cultes druidiques existaient donc bien aux Voivres, à l'abri des regards.

C'est le ruisseau des Forges Quenot que les soeurs avaient demandé à voir.

Le temps était venu pour la désobéïssance et l'action, et pour cela il fallait d'abord bénir les eaux et se purifier.

Penchée sur le ruisseau et craignant d'y chuter, la Soeur Jacqueline se retenait à des arbustes d'une main et faisait ses ablutions de l'autre. Mais la Soeur Marie-des-Eaux se dénuda et y plongea entièrement, la morsure de l'eau glacée lui rappela qu'elle était vivante, et la lava de ses souvenirs les plus malsains.

La Soeur Jacqueline était statufiée devant ce corps noueux et marqué de cicatrices en rangs aussi serrés que les pattes de mouche sur le carnet de mémographe. Elle sentait qu'elle avait chaud et elle ne comprenait pas trop pourquoi.


C'est ce moment là que choisit le mal pour attaquer, et le fait qu'elles avaient consacré le lieu n'y changea rien.

D'abord le vent trembla comme une feuille, puis ce fut une véritable bourrasque, un vortex de racines qui s'emparèrent d'elles et les traînèrent dans le plus hideux des cauchemars, et ni la pugnacité du novice ni la foi de la doyenne ne furent de taille à résister.

"je vous aime tous,
mais, je vous en prie,
sauvez mon enfant !"

C'est d'abord cette voix grognante qui leur parvient à travers le diaphragme des mondes qui se collisionnent. Elles sont complètement sonnées, elles sentent dans leur crâne même, comme si il y avait un problème d'osmose, qu'elles ne sont plus dans le même monde. Quant à savoir si elles sont dans un rêve, dans un souvenir, dans le futur ou dans je ne sais quelle foutue autre endroit des forêts limbiques, impossible à déterminer. C'est une salle souterraine dédiée à la chose médicale vu l'abondance de lits en fers-blancs. Il y a des grands piliers avec des arcs-boutants qui soutiennent des voûtes de pierres bourrées de racines, on est dans la crypte d'un château ou d'une cathédrale. De la brume suinte des pores du plancher jusqu'à leurs genoux. Sur un lit, une femme au corps sublime, le ventre tendu, est en plein travail.

Elle a une tête de cochon.

Et visiblement, vu qu'elles sont les seules et que leurs bras sont déjà maculés de sang, les soeurs sont responsables de l'accouchement.

ça se présente très mal. L'enfant est coincé. Il y a trop de sang. Sa tête est trop grosse. On entend des couinements.

Elles s'esquignent sur la patiente mais c'est très difficile. Soeur Marie-des-Eaux est trop nerveux pour manier le forceps, la Soeur Jacqueline s'en charge mais malgré ses efforts et sa douceur, l'enfant n'avance pas et elle a peur de trop déformer son étrange tête.

Une nouvelle fois, la mère supplie qu'on sauve son enfant.

La Soeur Marie-des-Eaux avise une scie. 
"Il faut préserver la vie ! On doit sauver l'enfant, il n'est pas baptisé !"

Il pousse la Soeur Jacqueline, trop tard pour les forceps.

Mais la doyenne emploie toute sa volonté et met la Soeur Marie-des-Eaux au sol d'un seul coup de poing.

Avant que sa tête ne heurte le dallage et lui coupe les circuits de la consicence, le novice entend :

"T'as rien compris. C'est pas un enfant."

Et elle écrase sa tête entre les forceps jusqu'à ce que ça fasse schlorp. 

Elle vient de sauver la mère.

Et les racines et les ronces de cette vision d'enfer les relâchent et elles se retrouvent dans l'eau, complètement hagardes


Bilan :

Peu d'aides de jeu sur cet épisode (un seul tirage de l'Almanach. je me rends compte d'ailleurs que je devrais privilégier mes autres aides de jeu, Oriente et Muses & Oracles, car les tirages de l'Almanach sont un peu trop denses en univers), mais en revanche, j'ai bien utilisé l'économie du jeu Les Exorcistes, et atteint 6 bougies ce qui m'a permis de jouer un moment-clé du jeu, une Réminiscence. Pour le coup, j'ai utilisé une Réminiscence du livre (la première de la liste), en millevalisant juste un peu le décor. Par le fait du hasard, j'ai eu à jouer cette Réminiscence dix minutes avant la fin de ma session d'écriture, ce qui correspond au chrono d'une Réminiscence, donc c'était rigolo de devoir respecter peu ou prou la limite de temps. 

J'ai eu beaucoup de plaisir sur cette session d'écriture, on monte en tension, c'est chouette.

L'épisode s'est un peu écrit tout seul parce que j'avais accumulé une liste de scènes (choses que je fais quand je maîtrise en campagne) et je les ai juste ordonnées au début de la session et ça m'a fait un plan que j'ai suivi.

Je pense en avoir fini avec Les Exorcistes, j'ai exploité les aspects majeurs de l'économie, donc je pense que la prochaine session se fera avec un autre jeu. J'hésite entre Inflorenza, qui va beaucoup plus driver la narration et y injecter de l'aléatoire, ou L'Empreinte, si je veux mettre en scène une menace des Soubise qui se fait imminente. On plonge dans l'inconnu, car avec ces deux systèmes, je risque d'abîmer ou de tuer mes persos. Mais il faut prendre ce risque : le proverbe "rien n'est sacré" employé pour l'univers de Millevaux et certains jeux Millevaux doit tout autant s'appliquer à mon écriture romanesque. 


Lexique :
vindiou, vinrat : jurons
bwâler, quimper : râler


Jauges communes à la fin de la session :

Sainteté : 6
Bougies : 0
Chemin de Croix : 2


Feuilles de personnage :

Deux Soeurs du Très-Saint-Sauveur (ordre chanoine, couvent à Saint-Dié)

Soeur Jacqueline


Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l'oubli, n'a pas de souvenir d'avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu'elle ait eu récemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu'elle ait été cloîtrée pour contrer son penchant à la luxure, et qu'on l'ait incité à oublier son passé (onction à l'eau bénite d'oubli ?)

Mots-clefs :
- Soeur Exorciste
- Inspire la confiance
- Cuisinière
- Contemplative
- Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s'en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d'apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées


Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Personne n’est parfait. Quel est le plus gros mensonge que vous ayez jamais énoncé ? À qui
l’avez-vous révélé ? Pourquoi avoir menti ?
J'étais la servante d'une Mère Truie. Je l'ai révélé (sous la torture) à l'archevêque de Saint-Dié. J'ai menti parce que j'étais infiltrée chez les chanoinesses, mais l'archevêque m'a sauvée de l'emprise de la Mère Truie et m'a accordé l'eau d'oubli.

Les anniversaires sont toujours prétextes à de grandes fêtes. Décrivez votre anniversaire le
plus mémorable. De quel anniversaire s’agissait-il ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
C'est l'anniversaire de mon entrée au couvent. Il est mémorable parce que j'ai vraiment le droit de manger beaucoup à ce moment et parce que personne n'évoque jamais la date exacte de mon entrée.

Un amour passé fait toujours partie de votre vie. Depuis quand étiez-vous amoureuse ?
Qu’aimiez-vous le plus chez cette personne ? Comment votre histoire s’est-elle terminée ?
J'ai été amoureuse d'une batelière qui menait les pélérinages vers la fontaine d'oubli. J'aimais la langueur de cette personne. L'histoire s'est terminée quand j'ai dû boire l'eau d'oubli.

Soeur Marie-des-Eaux

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide détermination. Paranoïaque et violente. A reçu une formation de mémographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c'est la chose qui l'a marqué le plus alors qu'elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d'abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l'Apocalypse.

Mots-Clefs :
- Soeur Exorciste
- Opinel
- Mémographe
- Combattante
- Âne

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Jacqueline, s'en rappelle mais ne veut pas lui remettre ça dans les dents. La naïveté de Soeur Jacqueline a failli leur coûter la vie en enfer. 

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d'égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)

Passé oublié (tiré avec Session Zéro)

Il y a quelqu'un de spécial à qui vous avez ouvert votre cœur. Décrivez votre premier amour :
Était-ce réciproque ? Qu’est-ce que vous aimiez le plus chez cette personne ?
Je pense que c'était réciproque. C'était un être de cicatrices et de souffrance, alors il me comprenait sans parler, c'est ça que j'aimais le plus chez lui. Notre amour était réciproque et c'est ça qui l'a perdu, il est tombé en miettes quand je l'ai embrassé.

Un son particulier vous fait toujours sourire. De quel son s’agit-il ? Comment est-ce devenu
un son rassurant pour vous ? L’entendez-vous encore maintenant que vous avez commencé à
voyager ?
C'est le son de l'eau courante. Cela évoque la vie et la pureté qui continuent à se trouver un chemin, malgré tout. Je ne l'ai pas beaucoup entendu durant mon périple, aussi je m'intéresse à découvrir où sont les ruisseaux aux Voivres, on m'a parlé des Forges Quenot.

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre
enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?
C'était un lapin dodu et je l'emmenais partout avec moi. Mais un jour, on m'a fait manger du civet et j'ai appris que c'était mon lapin. C'est le dernier souvenir que j'ai de mes parents.
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » ven. nov. 08, 2019 10:33 am

L'ASTROLABE

J’utilise le jeu de rôle Fripouille pour maîtriser un des tous premiers scénarios Millevaux faits par la communauté. Où l’on s’amuse à détourner un scénario d’action lovecraftien pour en faire une aventure hautement contemplative.

Joué en ligne le 13/02/2019

Le jeu : Fripouille, par Claude Féry, aventures rapides aux accents de donjon moisis dans la forêt de Millevaux

Le scénario : L'Astrolabe, une excursion dans un Paris végétal et tentaculaire, par Patrick Cialf

Lire / Télécharger le mp3

Voir sur youtube

Image
crédits : Animaux, Martin LaBar, xaotica, licence cc-by-nc, galeries sur flickr.com
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » lun. nov. 11, 2019 3:05 pm

L'ENFANT DISSOCIÉ

Avec Batronoban, nous menons un double table complètement dément sur le scénario trashissime écrit par Christophe Siébert ! Une expérience qui préfigurera le jeu de rôle Coelacanthes.

Le jeu : Millevaux Mantra, guerre et contagion entre univers forestiers

Joué le 27 mai 2017 au festival Alchimie du Jeu

Avertissement sur le contenu (voir après l'illustration)

Image
Illustration inspirée de la séance, (C) par Thibault Boube

Contenu sensible : pornographie, viol


Le scénario :

L'enfant dissocié est un scénario de Christophe Siébert écrit pour le jeu de rôle Mantra (dont Millevaux Mantra est un crossover, reprenant sa mythologie et son gameplay en condensé, la fusionnant avec celle de Millevaux, et apportant un système de résolution par dé assez chaotique).

Le scénario de Christophe Siébert est l'un des plus trashs qu'il m'ait été donné de lire. Je n'avais pas reçu de claque équivalente depuis les jeux de rôle Warsaw ou Notre Tombeau. Sous couvert de sauver le multivers (et même le monde réel !), les personnages vont explorer plusieurs zones : un cirque infernal et orgiaque, un jungle tueuse, une montagne sacrée peuplée par des choses folles... et le Méta-Monde, autrement dit le monde des joueuses, le monde réel.

Le scénario reprend une forte imagerie SM, punk et gore, et implique que les personnages soient amenés à forniquer avec des monstres, ainsi qu'à subir ou infliger un certain nombres de sévices, ou encore affronter des créatures lovecraftiennes et des dieux hindous. La mythologie de Mantra n'est pas en reste avec une revisitation crado de la mort de l'Homme-Monde, qu'on retrouvera exploité à fond dans La Trilogie de la Crasse, avec Batro et Siébert aux commandes justement.

Les occasions de croiser Batro en convention sont assez rares puisque nous vivons aux deux extrêmes opposés de la France, alors nous avons voulu marquer le coup en organisant un double table Millevaux Mantra avec ce fameux scénario.

Ce fut un sacré défi car je n'avais maîtrisé un truc aussi déviant.

Nous avons voulu exploiter le potentiel du jeu en double table au maximum, et Millevaux Mantra s'est avéré un jeu parfaitement adapté pour cela. Nous avons constitué deux équipes de personnages qui jouent le même scénario, mais dans deux réalités parallèles différentes. Et nous avons convenu que les personnages s'échangeraient d'un monde à l'autre aussi souvent que possible. Pour cela, on est parti du principe qu'à chaque fois qu'un personnage passait sur un autre monde, on demandait sur cet autre table un volontaire pour prendre sa place dans le monde d'origine. Pour procéder à ces échanges de personnages, on a employé divers moyens : on le faisait sur la mort d'un personnage, sur un certain score au dé de compétence, on plaçait des portails un peu partout dans le décor...

L'idée était que les personnages puissent s'échanger des conseils d'une table à l'autre, sachant qu'il fallait prendre en compte un biais ; les deux aventures étaient un peu différentes, parce que c'était une réalité parallèle, et parce que Batro et moi ne maîtrisions pas de la même façon : on n'avançait pas tous les deux aussi vite, on amenait l'exploration dans des endroits différents... Il me semble avoir été assez chaotique, mais je parie sur le fait que Batro l'a été encore plus que moi, prenant des libertés sur le scénario, introduisant des cut-ups complètement dingues, utilisant un tarot spécial...

Je n'ai pas de souvenir précis de la fiction, et de fait je voudrais éviter de divulgâcher le scénario.
Mais j'ai plein d'anecdotes en tête, dont un paquet vont aboutir plus tard sur mon jeu de rôle Coelacanthes.

+ L'intro du scénario se passe à Paris. Ici, on a insisté sur un Paris qui commence sérieusement à se déglingué : la contamination par Millevaux a commencé.
+ Un personnage de clodo toxico bien trash, tout à fait dans le ton.
+ La scène d'intro du scénario, avec la fécondation onirique des personnages par le bébé-démon au phallus énorme.
+ Un début dans le musée de l'art asiatique, devenu un squat végétalisé, qui va être envahi par des tueurs.
+ Une rencontre avec la divinité hindoue de la mort dans un des camions du cirque, avec derrière un projo qui diffuse un western. Un personnage touche l'écran et il passe au travers, se retrouvant projeté dans l'autre monde, avec une transformation cut-up au passage.
+ Un personnage veut se taper la cartomancienne du cirque, et un autre, venu d'un autre monde lui dit : "t'es fou, elle est trop moche !" (visiblement, elle était effectivement trop moche dans le monde de Batro). C'est à mon souvenir la seule relation sexuelle impliquant un personnage durant la partie, sur ma table du moins. C'est d'ailleurs mon regret : le scénario propose que les personnages fassent du sexe avec les divers monstres qu'on peut rencontrer, mais en fait ils n'ont aucune raison de le faire. C'est ce genre de scènes que j'ai voulu reproduire dans Coelacanthes, mais en donnant cette fois-ci de bonnes raisons pour que les personnages passent à l'acte.
+ Les descriptions des scènes du cirque d'après le texte du scénario ont été assez affolantes, même si je n'ai pas eu l'occasion de décrire la plus chelou, avec les motards dans la boule qui font du sexe tout en roulant.
+ On avait caché des billes dans le gymnase où se jouait la partie, et lors d'une réminiscence, les joueuses ont dû aller les récupérer.
+ On a fait une autre réminiscence encore plus méta où cette fois-ci, il fallait que toutes les joueuses récupèrent l'effet personnel d'une personne présente dans le gymnase.
+ Les personnages ont été fécondés par le bébé démon et vient l'heure de l'accouchement. En ce qui me concerne, j'ai demandé au petit groupe de joueuses qu'il me restait de feindre l'accouchement, ce qui a donné lieu à des situations GNistiques assez instructives. L'un des joueurs a mimé son accouchement sans connaissance précise sur le sujet, donc il a hurlé de façon stéréotypée, tandis qu'un autre joueur [qui est maïeuticien dans la vraie vie !] l'assistait. L'une des joueuses a mimé la respiration pré-natale, tout en nous confiant que dans la vraie vie, elle avait accouché seule. C'était des moments forts. L'un des joueurs n'a pas voulu feindre l'accouchement, j'ai alors pensé que le jeu le mettait mal à l'aise et je l'ai donc exempté de le faire, considérant que son personnage accouchait quand même. J'ai appris plus tard que la personne était surtout fatiguée et perturbée par un élément extérieur à la partie, mais je me félicite néanmoins d'avoir pris cette décision en matière de sécurité émotionnelle (je dois avouer que par ailleurs, on a été très légers sur la sécurité émotionnelle durant cette partie, et ça aurait carrément pu poser problème, d'où l'importance de la sécurité émotionnelle dans Coelacanthes).
+ Les personnages ont subi une tonne de transformations chelou tout au long de la partie, en témoigne les feuilles de personnage : ça m'a énormément plu et j'ai essayé de le reproduire dans Coelacanthes.
+ Le temps nous manquant, on a skippé toute la partie jungle pour bien profiter du cirque et ensuite arriver directement au temple dans la montagne.
+ On a alors regroupé les deux équipes (la montagne est un plan à part, accessible des deux mondes) et c'est moi qui ai pris la maîtrise, Batro n'étant plus qu'en support. J'ai décrit un vieux qui les rencontrait sur le temple, et qui lui aussi avait été fécondé. Il a accouché d'un enfant... par les testicules ! Elles se sont mises à gonfler puis à éclater, libérant sa progéniture. On a fait le compte des enfants qui restaient dans le groupe (certains avaient fait le choix de tuer leur enfant ou d'empêcher la naissance), et on a estimé qu'il y en avait assez pour que les PJ arrivent à sauver le monde. (Cet histoire d'enfantement a été largement reprise dans Coelacanthes).

Voilà, c'était une expérience assez forte, Batro et moi avons essayé de nous donner à fond, et j'ose espérer que le plaisir était aussi aux rendez-vous pour les deux tables. En débriefing, j'étais vraiment tout gêné, car j'avais vraiment peur qu'on ait choqué tout le monde. C'était étonnant de voir des joueuses qui m'avaient semblé timides et fragiles repartir en disant : "Non, non, ça allait." Préjugés de ma part, donc. Je me rappelle aussi d'une joueuse quittant la table en disant : "Il faut que j'aille me changer les idées... Trop de phallus..." J'ai pu redébriefer par écrit avec cette personne, heureusement il n'y avait pas d'offense, elle a revanche reprécisé que c'était une des expériences les plus horrifiques qu'elle ait vécu en JDR.

C'était absolument ouf, inutilement obscène, et avec Batro nous aurons ensuite le plaisir de remettre le couvert deux fois avec deux doubles tables de Coelacanthes.

Image
Illustration inspirée de la séance, (C) par Thibault Boube


Feuilles de personnage (fragments) :

Idéal : Je veux goûter chaque plat du monde (barré puis remplacé par "baigner dans les déchets organiques"
Objet : couteau ouvragé (perdu), moulin à prière (perdu)
Déjà-vu : j'ai su me cacher d'un tueur en série

Pierre, 17 ans
animateur
idéal : l'élévation de l'humanité
objet fétiche : lunettes
déjà-vu (barré) : J'ai été le premier à traverser la mer des sanglots 

Kathy, 30 ans, restauratrice d'art
idéal : -
objet fétiche : bracelet ancien
Physique quelconque
Déjà-vu : je me fonds dans l'ombre_
Devenue en cours de jeu Laura, 26 ans, assistante juridique, objet fétiche : boucles d'oreilles, une boucle d'oreille de Lola

Dranode, 66 ans
Métier : Agent d'entretien (devenu ascète)
idéal : autonomie du physique
objet fétiche : amulette-fleur de vie (devenue une lame de rasoir)
Physique : très mince
Déjà-vu : Je suis le créateur de l'Homme-Monde

Albert Rabord, 28 ans
Peintre
Idéal : trouver la beauté parfaite (devenu : faire la création parfaite)
Objet : Pinceau (devenu : couteau de cuistot)
Physique : fort (devenu : trapu)
Déjà-vu : J'ai détruit en créant la vie
Devient une parque en cours de jeu.

Queo, 27 ans
barman
Idéal : liberté de choix de vie pour chacun (devenu : la vie est une fête éternelle)
Objet fétique : briquet
Physique : avenant (devenu : costaud)
Déjà-vu : J'ai détruit une planète (devenu : J'ai fait pourrir tout un village)

Idéal : je veux rester humain
Objet : un pied de biche
Déjà-vu : je vais chasser des animaux en forêt
devenue : Marion, tatouage, veste de furet, idéal : aider les gens, déjà-vu : chasse

Francis Waltz
Objet : montre à gousset (très à cheval sur l'heure, jamais déréglée)
Idéal : comprendre tous les mystères
Déjà-vu : saloon, pianiste, un mort par terre, trois danseuses, un poker, deux mecs au bar : scène dans un saloon totalement décrépi, je tue un homme
Devenu : Francis Waltz, objet : skate et sachet de dés Cthulhu, idéal : l'enfer sur terre, déjà-vu : A Serbian Film

Julie
Idéal : je veux permettre aux papillons de vivre heureux
Objet : une perle de verre qui chante le danger et la mort
Déjà-vu : les fous ! Ils ont ramené des arbres-souches de l'expédition ! Ces choses sont capables de faire pousser une forêt en une nuit.
Devenue : Lucie, étudiante en lettres, cheveux longs,  bruns.

Idéal : Comprendre le sens des plantes (soigner, manger, cultiver, éliminer les mauvaises)
Objet : petite poupée en tissu (devenue : alliance de mariage)
Déjà-vu : Pour réussir un sortilège, j'ai dû sacrifier mon enfant. 
Autre déjà-vu, perdu en cours de jeu : J'ai sauvé un ami in extremis (escalade)
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » ven. nov. 15, 2019 10:31 am

FACE À LA DIABLERIE

Les exorcistes font enfin la rencontre du véritable démon qui faisait peser sa menace sur le village. Et ça va faire très mal ! Je passe ensuite à un nouveau jeu de rôle avec le vénéneux L'Empreinte.

Joué / écrit le 14/11/2019

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Dan Noyes, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : cruauté envers les animaux, suicide, mutilation

Passage précédent :
4. Purification
https://outsiderart.blog/2019/11/06/dan ... ification/


L'histoire :

Image
Dwelling In A Dead Raven For The Glory Of Crucified Wolves, par Wolfmangler, du drone dark folk riche en cuivres et en chant sinistre, à la fois murmuré et grogné, pour une chasse funèbre entre chiens et loups.

Soeur Marie-des-Eaux encaisse mal le choc. Quand Soeur Jacqueline reprend ses esprits et revient au monde matériel, c'est pour voir le novice se noyer dans le ruisseau des Forges Quenot.

Elle s'empare de sa main grêle et tire de toutes ses forces. Un instant, ça ne semble pas être suffisant, mais le temps d'après le corps du novice suit tout seul. Champo avait dévalé le talus et avait tiré l'autre poignet. Le novice ne s'étale pas en remerciement, il s'empare aussitôt de sa robe pour la jeter sur sa nudité. Le sherpa n'a pas l'air intéressé par la chose, mais ça ne change rien à la pudeur de Soeur Marie-des-Eaux, qui n'a vraiment confiance qu'en Jacqueline. Un peu confiance.

Les voilà maintenant en haut du talus. Champo a allumé un feu et elles se réchauffent à proximité de la pierre maternaire. Craquements d'escarboucles qui procurent une fausse intimité, une fausse sensation de réconfort. En forêt, il faut toujours être aux aguets.

"Je pense que vous voulez retourner chez les Thiébaud. Je voudrais vous accompagner.
- Pour quelle raison ? Vous nous tenez sans doute responsable de la mort de Basile.
- Je ne raisonne pas en termes de cause à effet, de bien ou de mal. Certes, votre exorcisme lui a fait du mal, mais c'est trop tôt pour faire un lien avec son suicide. Et c'est trop tôt pour savoir si vous avez bien fait ou mal fait. Mais je pense une chose : il y a ici des forces néfastes, et les habitants des Voivres sont trop péteux pour prendre les choses en main. Vous êtes des étrangères et vous venez nous aider alors que tout le monde vous crie de vous mêler de vos oignons. Moi, je pense que vous êtes bien intentionnées et que c'est mon devoir de vous aider, pour protéger les gens de ce village, en priorité les enfants.
- On ne peut pas accepter, c'est un païen, siffla la Soeur Marie-des-Eaux.
- C'est surtout un homme de bien, coupa la Soeur Jacqueline. Qu'il soit baptisé ou non, c'est un don du ciel pour la mission que tu veux tant dont on s'acquitte."

C'est donc à trois qu'ils remontèrent la grande-rue, en direction du Chaudron. Quand la Soeur Jacqueline vit la Bernadette sur le pas de la porte, son coeur se serra. Quelque chose se noua dans ses tripes, comme si ses chairs se calcinaient, comme si la merde lui remontait le long des intestins, ça faisait un mal de chien comme elle n'en avait jamais connu. Elle s'approcha de la Bernadette, et comme cette dernière ne la repoussait pas, elle se sentait étrangement mieux. L'odeur de graillon et de transpiration de la cuisinière était comme un baume pour le feu qui lui bouffait le bide.
"Alors vous remontez au Chaudron ?
- Oui.
- Soeur Jacqueline, je vous en prie, faites quelque chose pour moi.
- Tout... ce... que... vous voudrez...
- Ramenez-moi la corde du pendu. Elle ne doit pas tomber en de mauvaises mains.
- O... oui...
- Faites attention aussi au petit. Je comprends pas pourquoi il veut pas se faire soigner. Je comprends pas comment il arrive à tenir debout avec toutes ses fractures.
- C'est... C'est sa rage qui le maintient en vie.
- C'est ça, c'est un renard enragé. Prenez garde à sa morsure."

La Bernadette lui prit sa main. La doyenne sentit le contact physique avec une acuité qui lui fit peur. Le fourmillement dans ses articulations, les ongles de la cuisinière enfoncés dans sa peau, le frottement de leurs deux épidermes. Puis la Soeur Marie-des-Eaux la tira de façon bourrue et la séparation fut douloureuse comme un déchirement musculaire.


Il régnait une pluie pisseuse qui détrempait les chemins et collait aux frusques, charriant une odeur de grès qui donnait presque la nausée.
Champo les fit passer par un chemin différent, pour brouiller les pistes. Au détour de la ferme des Fournier, avant les Faignottes, ils empruntèrent un chemin tout encombré de pierres semées avec anarchie dans l'humus. Ils passèrent à côté d'une maison en ruines, "le château de paille", d'après leur guide, d'où dégorgeaient des masses de foin moisi.

La Soeur Jacqueline jetait des regards nerveux derrière son épaule.
"On nous suit... On nous guette..."

Crâ !

Seul le cri d'un corbeau répondit à cette remarque. Il y avait un tel fouilis de broussailles et de branches noueuses, que les tréfonds de la forêt étaient difficile à discerner, malgré la chute des feuilles.

Leur éventuel espion bénéficiait de l'avantage du terrain.

Puis il y eut une côte à descendre, avec des ornières si profonde que les deux soeurs, percluses qu'elle étaient, n'arrivaient pas à avancer sans l'aide du sherpa qui tirait leur cordée comme à la manoeuvre.

Enfin un chemin à niveau mais tout aussi accidenté que les précédents, longeant un étang obstrué par les lentilles d'eau, un verger de pommiers retourné à l'état sauvage, et juste avant l'écurie des Thiébaud, un entrepôt passablement abandonné, dont le dernier usage semblait être pour le stockage des stères de bois en attente de la découpe, et qui était rendu à l'empire des buissons d'orties, des ronces, des poutres effondrées et des bâches déchirées.

Ils trouvèrent les Thiébaud dans leur cuisine. Dans un triste état. La nourriture était carbonisée dans la poêle sur la cuisinière à bois, le père soliloquait dans son fauteuil et la mère était au trente-sixième dessous, du vomi sur son tablier à fleurs, hagarde. Ils étaient tellement diminués qu'ils étaient à peine conscients du sort de leur fils.

"Bobi, si Félix est rentré ?"

La Soeur Marie-des-Eaux se mit en tête de chercher le chat, dans l'espoir que ça leur redonnerait un peu le moral.

Au pied du poulailler, la Soeur Jacqueline et Champo trouvèrent l'Elie, un chasseur du village. Il était là, le fusil cassé, en bottes de plastique et béret, avec son chien, et comme qui dirait il occupait tout l'espace avec se bedaine et ses yeux de faucon, un peu ici en terrain conquis comme le sont partout les chasseurs. Il portait un jeune chevreugne dans ses bras, avec une grande douceur, comme on porte un enfant. Un enfant avec trois impacts de balle au flanc, et le chargea dans la benne de son tracteur avec délicatesse, amoureusement pour ainsi dire.

La Soeur Jacqueline se dit qu'il avait de la veine que la Soeur Marie des Eaux soit en train de chercher le chat.

Il expliqua qu'il était sur la trace d'un gibier quand il est passé devant la ferme des Thiébaud, et s'est arrêté pour les saluer. Voyant leur état, il s'est dit qu'il irait voir le Basile, et c'est lui qui l'a découvert.
"Je l'ai décroché. Je pouvais pas le laisser comme ça."

L'Elie est le seul équipé d'une CB dans le village, un outil à la fois pratique pour le chasseur et le cancanneur qu'il est. C'est ainsi qu'il a prévenu la mairie et que Champo a été mis au courant par proximité. Ensuite, il a repris sa chasse et là il s'apprêtait à rentrer. Champo l'aida à descendre Basile en bas du poulailler pour le mettre dans la benne contre le chevreugne. On aurait vraiment dit deux enfants, tous deux avec une tête paisible dans la mort.

"Félix ? Minou, minou !"

La Soeur Marie-des-Eaux était monté sur le pont, c'est toujours là que ces cons de chats viennent se cacher.

Au premier étage, il y avait toujours ce relents d'oignons et de jus de pommes ranci mais pas de trace du matou.

Un bruit.

Le novice monta le raide escalier du deuxième avec précaution, il avait l'air aussi esquinté que ses propres abattis et craquait sous ses pieds pareil.

Cette fois, le mémographe qu'il était ne put s'empêcher de s'arrêter sur les cartons de revue. Un observateur extérieur aurait pu le voir feuilleter avec avidité les pages hors d'âge du journal La Liberté de l'Est. Les étranges événéments de l'âge d'or défilaient sous ses yeux, de l'encre qui sentait le moisi, des photos bleuâtres. Deux hommes chauves. Les irradiés de Forbach. Et des considérations sur le danger nucléaire. Voici ce qu'un observateur extérieur aurait pu voir.

La gorge de la Soeur Jacqueline se noua quant au terme d'une pénible escalade, elle arriva dans les combles du poulailler. Trois poules gloussaient sous la poutre principale. Le filet de lumière à travers la vitre de plastique éclairait le noeud coulant que l'Elie avait laissé sur le plancher. Il y avait ça et là tout ce qui restait du Basile : des cordes avec d'étonnants noeuds de marins, des baugeottes finement tressées, des bombonnes de jus de pomme à moitiée parées d'osier, et puis de ridicules jouets en ficelle.

Elle prit la corde de pendu dans ses mains, et songea à l'autre corde que le Basile leur avait offert, qui pendait à sa ceinture.

Elle sentit que quelque chose bougeait.

La Soeur Marie-des-Eaux cligna des yeux, et comprit au fourmillement dans son crâne qu'un temps indéterminé s'était écoulé à compulser des archives sans importance pour ceux qui les produisirent et cruciales pour les personnes d'aujourd'hui qui tombaient dessus.

Des particules de poussière volaient dans la lumière qui perçait du toit.

Il tourna la tête vers la pièce où était remisé le Jésus-Cuit, invisible car dans l'angle mort. Sur le plancher fragile de cette pièce, il y avait un petit corps roux inerte.

La Soeur Jacqueline secouait la poêle sur la cuisinière. Il fallait que la mère Thiébaud mange quelque chose, alors elle avait jeté quelques oignons et des patates dans cet ustensile qu'avaient cuirassé les fossiles noirs d'années et d'années d'huile brûlé.

L'Elie faisait la conversation au Père Thiébaud mais c'était pas évident.

"Bobi, si les Etienne sont rentrés des affouages au Beaulieu ?
- C'est pas bon, ça... Il parle de chantiers agricoles qui datent d'il y a trente ans. Les deux-là, on dirait qu'ils était complètement sucés."

Difficile de savoir si le plus effrayant était que le Père Thiébaud soit retombé dans le passé ou si c'était que l'Elie soit capable en toute conscience de dater des choses aussi anciennes.

ça commençait à sentir bon les oignons et les patate, et ça faisait un peu oublier la misère généralisée.

Image
The Dynamic Gallery of Thoughts, par ...and Oceans, du black metal orné de claviers de toutes parts, maléfique, mélodique et racé.

Le novice s'avança pour se pencher sur le chat. Le plancher grinça.

Félix était mort. Il était tout sec, comme momifié. Comme sucé.

La Soeur Marie-des-Eaux sentit une force qui lui chopa le cerveau à pleine mains et commença à presser.

Cela aurait pu sonner n'importe qui d'autre, mais cette attaque sournoise et violente activa son mode guerre.

Le novice vit aussitôt volte-face, l'Opinel lancé en arc-de-ciel comme une prolongation naturelle de son bras. Son poing vient se briser à moitié sur la surface de son assaillant.

La statue de Jésus-Cuit !

Tous dans la cuisine entendirent des bruits de lutte monumentaux et se précipitèrent dans le salon en croyant que ça venait de là.

C'est ainsi qu'ils virent le plafond s'effondrer sous le poids de la statue et du novice. Sous la secousse, l'horloge comptoise du salon perdit l'équilibre et s'éclata sur le dos de la Soeur Marie-des-Eaux. La statue était explosée en trois morceaux et - une foutue - CHOSE - en émergeait, comme un amas de ronces d'où pendaient des grappes d'humeurs visqueuses et des ocelles qui luisaient d'un éclat noir. La chose s'aggrippait au corps du novice par ses crampons, labourant sa robe et ses chairs. Le novice chercha à frapper son ganglion central, une masse de métastases orné d'un sphuncter suceur, mais les ronces lui bloquèrent le poignet en en faisant gicler le sang dans une scène christique. Une ronce-sphuncter se jeta au visage du novice - "Non, non, NOOON !" - et lui rentra dans l'oeil, directement, traversant l'orbite comme une pointe dans une planche. Et maintenant, elle n'avait plus qu'à aspirer sa cervelle. Plus rapide qu'une absorption télépathique.

Spprr---lotch !

C'est en résumé le bruit hideux que produisit la chose quand la Soeur Jacqueline écrasa la poêle chaude sur son ganglion central.

C'en était fini du véritable démon qui hantait Les Voivres.



L'écurie de l'Auberge du Pont des Fées était calme. Les chevaux respiraient avec silence. La chaleur et l'odeur du crottin formait comme un cocon. La Soeur Jacqueline soignait l'oeil de son novice du mieux qu'elle pouvait. Celui-ci n'avait pas eu la force de refuser qu'on se replie à l'auberge, mais refusait encore que la Bernadette s'occupe de lui. Il brossait le dos de Maurice et lui donnait de l'avoine par petites poignées que l'âne avalait goulument, avec une tranquille approbation. Cela apaisait le novice et occultait un peu l'immense douleur qui le crevait de toutes parts.

Après l'attaque de la chose dans la statue, ni le maire ni le prêtre n'avaient eu à coeur de maintenir l'exil des deux nonnes. Tout juste si le père Houillon avait rappelé qu'il y aurait séance de confessionnal dès qu'elles seraient un peu sur pied.

Le mal qui tirait le ventre de la Soeur Jacqueline s'était un peu adouci depuis qu'elles étaient revenues à l'Auberge, mais elle ressentit le besoin de laisser là le novice et trottiner jusqu'aux cuisines sous prétexte d'aider. Dès qu'elle vit la Bernadette affairée aux fourneaux, penchée sur ses gamelles le front humecté de sueur et les lunettes embuées, elle sentit que ça la bouffait moins.

"Vous prendrez bien du saucisson tant que la Soeur Marie-des-Eaux n'est pas là pour faire la police."

La Soeur Jacqueline hocha la tête. La cuisinière lui tendit une rondelle rouge presqu'à portée de sa bouche. La doyenne s'en empara, c'était graisseux au toucher et chaud et acide sous la langue.

"Je ne comprends pas ce que votre novice a contre la charcuterie. C'est tout le terroir des Vosges.
- Elle aime les créatures du Vieux plus encore que les hommes, je crois.
- En attendant, faudrait bien qu'elle prenne des forces. Parce qu'elle vous expose à un grand danger, sachez-le. Et ça m'inquiète parce que je tiens à vous."

Ces derniers mots eurent plus d'impact que la Soeur Jacqueline ne l'aurait imaginé. Elle se sentait fondre comme si elle était elle-même une rondelle graisseuse de saucisson dans une bouche gourmande. Elle essaya de passer un coup de balai dans ces pensées.

Image
What has become of the one i love ?, par Yseulde, du post-americana lunaire et lo-fi pour un feu de camp introspectif à l'infini.

"Ce que vous avez vu... au Chaudron. C'était un horla. Il se nourrissait de l'énergie mentale des gens qui allaient à la messe.
- Un horla ?
- Bien entendu, vous n'avez jamais entendu parler de ce terme. Ils vous ont pas bien préparé vos curés exorcistes, au Diocèse. Ils vous ont tout expliqué de travers, avec leurs histoires de diable."

Elle tira un tiroir pour montrer le noeud coulant qui y était caché au milieu des couteaux de cuisine.

"Encore merci pour ça. J'en ferai bon usage.
- Bon usage ?
- Ecoutez, Soeur Jacqueline, je vous suis reconnaissante pour ce que vous avez fait pour le village et je veux vous aider. J'ai appris dans le Petit Albert deux ou trois choses qui pourraient vous être utiles. Vous voudrez bien de mon aide ?
- Naturellement.
- Tant mieux, parce que si vous continuez à taper dans les taupinières, vous pourriez bien trouver d'autres horlas. Maintenant, je vais vous montrer comment cuisiner des rognons."

La chair de foie de veau rissolait dans la poêle, emplissant les narines de son fumet. La main ridée de la Bernadette tenait le poignet de la Soeur Jacqueline pour la guider, doucement mais fermement.


La voix de la Soeur Marie-des-Eaux égrénait les faits de la journée et de la veille. Il avait besoin de dire à haute voix ce qu'il inscrivait dans son carnet mémographique maintenant qu'il était borgne.

ça raisonnait dans la tête de la Soeur Jacqueline allongée, en proie à la brûlure qui lui tenaillait le ventre et descendait, et bien consciente que ça n'aurait pas été convenable d'aller visiter la cuisinière à cette heure-ci pour se calmer.

La voix du novice énumérait le récit de leur calvaire d'une façon monocorde qui dénaturait ce qu'elles avaient vraiment vécu, et renforçait la conviction que la Soeur Jacqueline avait sur la vacuité du dogme mémographique.

Puis ce fut, alors que la bougie s'étouffait dans sa fumée, l'habituelle litanie des prières d'exorcisme et de l'Apocalypse :

"Et ceci sera l'œuvre du Démon. Car le Démon est entré dans la demeure de l'Homme quand celui-ci lui a ouvert la porte et l'a accueilli à bras ouverts. Il a laissé le Démon marcher dans les rues et les palais de Babylone et il lui a servi du vin et l'a appelé Fils de l'Homme.
Et le Démon lui a donné ce qu'il nommait des bienfaits : la vie, la fertilité, l'abondance, et toutes les bêtes et les choses à son service.
Et l'Homme s'est bandé les yeux, il a goûté au fruit tendu par le Démon et il a mordu sa chair grouillante d'asticots sans prendre garde à son goût infect. Et l'Homme a sacrifié les êtres et les choses innocentes au Nom du Démon, il a embrassé la bouche du Démon, et il a dit : « J'embrasse la bouche du Fils de l'Homme."

La Soeur Jacqueline murmurait en écho pour faire acte de participation, mais sans conviction. Et la voix de son infortuné novice s'éteint dans un souffle comme la flamme de sa bougie, pour sombrer dans un sommeil où la fatigue extrême, l'exténuation terminale du corps, avait pour un temps triomphé sur la souffrance.

Mais pour la Soeur Jacqueline, la nuit s'étirait comme une rivière polluée, dans la rumeur des chats-huants, le roulis des feuilles mortes et la brûlure qui la tiraillait encore plus dans l'inaction. Elle descendit le main le long de son ventre et se massa les bourrelets dans l'espoir que ça se calme.



Lexique :

péteux : peureux
pont : grenier
baugeotte : gros panier à anse double


Bilan :

Un long préambule joué sans jeu de rôle attitré, puisque rédiger la fin de l'arc du Jésus-Cuit m'a pris les deux premières heures, sans suport des Exorcistes, et avant de créer mes feuilles de personnage avec L'Empreinte, réservée au nouvel arc consacré aux Soubise. Avec cette création, j'entérine le fait que Champo fait directement partie de l'équipe. Je flippe un peu parce que je pense que mes personnages vont en baver, avec d'importants risques de mort, mais je m'attends à ce que la nouvelle menace soit vraiment balèse et donc je dois pas les surprotéger. Allez, comme on n'est quand même qu'au début du roman, je règle la difficulté du jeu en mode intermédiaire. Je me dis que Champo servira de fusible, mais sait-on jamais, ce n'est peut-être pas lui qui va y passer, et quelque part ça m'arrangerait, j'aimerais bien faire une session d'Oriente centrée sur lui.

Bon allez, je change d'avis. Je passe en mode cauchemar pour montrer ce que L'Empreinte a dans le ventre et pour sortir de ma zone de confort. En revanche, je vais rester à un jet de dé par acte.

J'ai en revanche utilisé Oriente et Muses et Oracle, un tirage de chaque, pour raconter le voyage au début de l'épisode. J'ai passé beaucoup de cartes Oriente avant de trouver mon bonheur avec la carte "Quelle bête vous suit partout ?", qui fait le lien avec le fait que les Soubise ont mis les soeurs en filature. Je tire une carte Muses et Oracles et là, parfait, je tombe sur une icône de corbeau. Y a-t-il un lien entre les Corax et les Soubise ou la Mère Truie ? La suite nous le dira !

J'ai encore une fois utilisé des anecdotes très personnelles mais je me garderai bien de vous dire lesquelles.


Notes liées aux règles de l'Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I - Introspection + Tentation


Feuilles de personnage

Champo (créé avec L'Empreinte)
Vocation : Vagabondage
Métier : guide
Attitudes : Combattre la menace / Fuir la menace


Soeur Jacqueline

Feuille créée avec L'Empreinte :

Vocation : Sorcellerie
Métier : Nonne exorciste
Attitudes : Ressentir de la fascination pour la menace / Agir selon ses propres objectifs dans l'ignorance de la menace

Feuille créée avec Les Exorcistes :

Vice :
+ La luxure

Vertu :
+ La prudence

Description physique et personnalité :
Cinquantaine, visage rond et couperosé par la bière de lichen, yeux un peu fixes. Bonne vivante. Assez affectée par l'oubli, n'a pas de souvenir d'avoir jamais quitté le couvent de Saint-Dié

Bref historique :
Il est possible qu'elle ait eu récemment une vie en dehors du couvent. Il est aussi possible qu'elle ait été cloîtrée pour contrer son penchant à la luxure, et qu'on l'ait incité à oublier son passé (onction à l'eau bénite d'oubli ?)

Mots-clefs :
- Soeur Exorciste
- Inspire la confiance
- Cuisinière
- Contemplative
- Intuitions

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Marie des Eaux mais ne s'en souvient pas. Aurait été sa formatrice ou sa compagne d'apprentissage en exorcisme ?

PNJ Favori :
Bernadette, la tenancière du Pont des Fées

Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Personne n’est parfait. Quel est le plus gros mensonge que vous ayez jamais énoncé ? À qui
l’avez-vous révélé ? Pourquoi avoir menti ?
J'étais la servante d'une Mère Truie. Je l'ai révélé (sous la torture) à l'archevêque de Saint-Dié. J'ai menti parce que j'étais infiltrée chez les chanoinesses, mais l'archevêque m'a sauvée de l'emprise de la Mère Truie et m'a accordé l'eau d'oubli.

Les anniversaires sont toujours prétextes à de grandes fêtes. Décrivez votre anniversaire le
plus mémorable. De quel anniversaire s’agissait-il ? Qu’est-ce qui l’a rendu si mémorable ?
C'est l'anniversaire de mon entrée au couvent. Il est mémorable parce que j'ai vraiment le droit de manger beaucoup à ce moment et parce que personne n'évoque jamais la date exacte de mon entrée.

Un amour passé fait toujours partie de votre vie. Depuis quand étiez-vous amoureuse ?
Qu’aimiez-vous le plus chez cette personne ? Comment votre histoire s’est-elle terminée ?
J'ai été amoureuse d'une batelière qui menait les pélérinages vers la fontaine d'oubli. J'aimais la langueur de cette personne. L'histoire s'est terminée quand j'ai dû boire l'eau d'oubli.


Soeur Marie-des-Eaux

Feuille créée avec L'Empreinte :

Vocation : Combat
Métier : Nonne exorciste
Attitudes :
Combattre la menace / Se rapprocher par erreur de la menace


Feuille créée avec Les Exorcistes :

Vice :
La colère

Vertu :
La force

Description physique et personnalité :
Jeune, borgne (cache-oeil), cheveux courts, visage androgyne (tout le monde la genre au masculin). Un air de froide détermination. Paranoïaque et violente. A reçu une formation de mémographe et tient un registre de tous ses souvenirs (pattes de mouche)

Bref historique :
A connu une jeunesse très traumatique (elle a notamment aimé un horla, mais celui-ci est mort quand ils se sont embrassés, étonnement c'est la chose qui l'a marqué le plus alors qu'elle a été victime de choses plus violentes), au terme duquel elle a d'abord reçu une formation de mémographe puis de soeur exorciste. En guerre contre les figures du mal. Assez attachée au voeu de chasteté. Fascinée par le texte de l'Apocalypse.

Mots-Clefs :
- Soeur Exorciste
- Opinel
- Mémographe
- Combattante
- Âne

Lien avec autre PJ :
A sauvé la vie de Soeur Jacqueline, s'en rappelle mais ne veut pas lui remettre ça dans les dents. La naïveté de Soeur Jacqueline a failli leur coûter la vie en enfer.

PNJ favori :
Basile, le cordelier (ses cordes sont vecteurs d'égrégore, elles lui ont révélé la statue de Jésus)

Passé oublié (tiré avec Session Zéro) :

Il y a quelqu'un de spécial à qui vous avez ouvert votre cœur. Décrivez votre premier amour :
Était-ce réciproque ? Qu’est-ce que vous aimiez le plus chez cette personne ?
Je pense que c'était réciproque. C'était un être de cicatrices et de souffrance, alors il me comprenait sans parler, c'est ça que j'aimais le plus chez lui. Notre amour était réciproque et c'est ça qui l'a perdu, il est tombé en miettes quand je l'ai embrassé.

Un son particulier vous fait toujours sourire. De quel son s’agit-il ? Comment est-ce devenu
un son rassurant pour vous ? L’entendez-vous encore maintenant que vous avez commencé à
voyager ?
C'est le son de l'eau courante. Cela évoque la vie et la pureté qui continuent à se trouver un chemin, malgré tout. Je ne l'ai pas beaucoup entendu durant mon périple, aussi je m'intéresse à découvrir où sont les ruisseaux aux Voivres, on m'a parlé des Forges Quenot.

Vous aviez un compagnon fidèle en grandissant. Décrivez l’animal qui a accompagné votre
enfance. Comment est-il devenu votre compagnon ? Est-il toujours votre animal ?
C'était un lapin dodu et je l'emmenais partout avec moi. Mais un jour, on m'a fait manger du civet et j'ai appris que c'était mon lapin. C'est le dernier souvenir que j'ai de mes parents.
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » lun. nov. 18, 2019 11:54 am

LE CRAFOUGNA

Une exploration de la forêt du dessous qui se solde avec la rencontre d'un croquemitaine issu de cauchemars enfantins... et un choix difficile. Un enregistrement de partie par Claude Féry !

Joué le 22/02/2019

Le jeu : Fripouille, par Claude Féry, aventures rapides aux accents de donjon moisis dans la forêt de Millevaux

Lire / télécharger le mp3


Image
illustration : Gustave Doré, domaine public


Épisodes précédents de la campagne :

* : partie enregistrée
** : partie enregistrée, sans compte-rendu écrit

1. Les Brimbeux*
Premier test du jeu par Claude, Gabriel et Mathieu Féry. Création de personnages et menues péripéties autour d’un cadenas mémoriel et d’une crête de punk.

2. Trouille *
Suite de la campagne menée dans les hortillonnages normands, une petite Venise maraîchère hantée par de dangereux horlas à tête de courge. Avec un test de « pas de côté » sur la prise de narration lors des jets de dés.

3. Le voleur de gidouille *
Une partie toute en narration, avec d’étranges rencontres et d’étranges reliques.

4. Que meure la bête **
Une séance entière de planque pour échapper au monstrueux propriétaire de la gidouille.

5. Mala **
Une partie des plus étranges au cœur de la forêt hantée par un horla, sans presque aucun jet de dés.

6. Je suis un Caillou *
Quand l'égrégore permet toute la puissance d'une chanson. Suite de la campagne des Brimbeux avec un détour mécanique par le jeu de rôle Sève !

7. Écoute **
Un épisode marécageux en quête de nourriture et d’un copain disparu. Une partie rythmée par une scansion hallucinée tirée d’une fiction audio de Carine Lacroix.


8. Kipande, les Galeux *
Un interlude à la campagne des Brimbeux, joué avec Sève, l’occasion d’un périple en barque ronde sur les terres inondées des hortillons, avec un accent toujours plus mis sur la mise en scène et la narration.

9. Samaël *
Alors que la terre est de plus en plus soumise au déluge, un jeune vacher rejoint le groupe des brimbeux.

Alphonse *
Alternance de paysages et de rencontres étranges, et interrogation sur le jeu descriptif VS les émotions des personnages.

10. Rouge *
Une exploration de la forêt du dessous.

11. Marie *
Suite des pérégrinations des petits brimbeux dans la forêt du dessous, avec la rencontre de ses étranges habitants… et d’une femme astronaute. La collecte des noix pour les futurs rêves a commencé.


L'histoire :

C'était le récit d'une incursion dans la forêt du dessous, plongée dans les abysses pour les Brimbeux
Chacune des images correspondait à une étape dans le périple.
Je les avais assemblées préalablement dans un montage vidéo avec ma playlist pour la partie afin de gérer le rythme de l'incursion dans le cauchemar.
C'était sur le principe pour moi d'un grand confort pour développer l'ambiance que je souhaitais conférer à la partie.
Cela c'est révélé efficace et pertinent pour Mathieu et Xavier tandis que cela a été perçu comme un frein, au même titre que les "énigmes" pour Gabriel. Cette partie fut appréciée par Mathieu, a fortement impressionné Xavier et a déplu à Gabriel.


Commentaires de Thomas :

Voici mon retour après écoute !

A. Tu as encore fait un gros travail pour intégrer la fiction audio. Peux-tu me donner les références de cette fiction, par ailleurs. Il nous faut la créditer
B. Mathieu a l’air au courant de ce qui se passe. Il avait écouté la fiction audio à l’avance ou tu l’as briefé ?
C. Entre le cut up et le fait que quelqu’un doit manger une noix pour que les PJ obtiennent leur souhait, on voit que tu importes du Cœlacanthes (et du Charogne également ? )
D. Il y a aussi du Inflorenza Minima avec des choix mortels (donner un souvenir au Crafougna, manger la larve)
E. Bonne idée de matérialiser sur la table les larves par des figues
F. L’apocalypse de Millevaux, le goupil… Les différents Millevaux se mêlent de plus en plus


Réponse de Claude :

A. Bien sur il s'agit de

Doppelgänger de Tarik Noui

B. Non ni écouté, ni briefé.
Je leur propose ma réinterprétation et en miroir j'intègre leur réaction tenue pour vraie

C. Cœlacanthes SEULEMENT.

D. Et E. J'ai des goûts bizarres en matière culinaire et j'étais parvenu avant la partie Xavier que les figues fraîches étaient des larves. La réaction et le dilemme étaient sincères car je les avais prévenus qu'ils devraient agir en méta.
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » mer. nov. 20, 2019 11:07 am

UN CLOU DANS LA MAIN, DEUX TROUS POUR LES YEUX

Souvenirs psychotiques d’un futur antérieur où la menace horla prend des allures de guerre totale. Nouvel épisode de la troisième campagne solo Millevaux multi-systèmes par Damien Lagauzère !

Les deux jeux utilisés :
Omniscience, de Christophe Breysse, combattre l’invasion extraterrestre avec des visions prémonitoires
Cœlacanthes, de Thomas Munier, l’abomination forestière

Image
megan ann, cc-by, sur flickr


Épisode précédent :

1. Le Peuple des Ruines (joué avec The Quiet Year)
Damien Lagauzère reprend sa cosmogonie personnelle de Millevaux avec l’intro d’une troisième campagne solo qui amène beaucoup de pistes intrigantes et fait à nouveau planer la menace des Cœlacanthes et la perspective de nouveau cauchemars !


Le Contexte :

A cause de l'Oubli, plus personne ne sait aujourd'hui quand Millevaux s'est abattu sur le monde, ni où cela a commencé. On n'a également oublié comment l'humanité a chuté et même si elle a tenté de se défendre contre les Horlas de Shub-Niggurath.

La Terre, ou du moins ce qu'on en connaît, n'est plus aujourd'hui qu'une immense forêt. La végétation a envahi et réduit à l'état de ruine tout ce qui faisait la civilisation et l'orgueil des hommes.
Les zones saines sont celles subissant le moins l'influence de l’Égrégore et/ou des radiations. On les reconnaît à l'absence de faune et de flore mutante, à l'absence de Horlas.
On rencontre, dans la zone des Colonnes, une faune mutante sous la forme d'insectes et de serpents géants. Là, les Horlas ont pris la forme d'hommes-serpents à 7 têtes. Mais, malgré une apparence similaire, ils demeurent tous différents.
La nature ne s'adapte pas, elle reprend ses droits. Elle envahit tout. Toutefois, la neige s'est récemment abattue sur cette frange tropicale de Millevaux. mais peut-on parler d'adaptation ?
Pour voyager, on se protège en empruntant des chemins connus, en étant groupés, armés...
On trouve de la nourriture dans la forêt. Et de l'eau dans les fleuves et rivières ou autres sources non polluées par les radiations et l’Égrégore.
La faune et la flore ne sont pas les seules à avoir muté pour s'adapter. Certains humains également. Physiquement sous l'influence des radiations et de l’Égrégore, ou spirituellement et psychiquement par le chamanisme ou le recours à des drogues hallucinogènes.

Dans la zones des Colonnes, on ne connaît que cette communauté dirigée par un conseil d'anciens issus principalement des familles Ande, Powl et Corso. Ce clan est nomade mais se pose parfois pour des durées assez longues dans des endroits plus accueillant que d'autres, jusqu'à ce qu'ils cessent de l'être. Alors, ils reprennent la route. Ils suivent en cela les conseils des Arbres recueillis par les chamans Andes et des Lwas que les Powl entendent dans le Rêve. Les Corso, eux, sont les meilleurs guerriers du clan.
Dernièrement, Edes Corso a fait parler d'elle. Ayant déjà du sang Powl dans les veines, elle a acquis le titre de membre de la famille Ande. Elle a pris la tête d'une expédition en direction de la pyramide flottante et s'est alliée avec la Magicienne, cette étrangère venue d'on ne sait où et qui a mis tout le monde en garde contre les Cœlacanthes.
Et si tous ces changements étaient l'annonce d'une catastrophe pour le clan ?

SiAber est un « Connecté ». Mais, à la différence des autres chamans de la famille Ande, il ne peut étendre ses racines dans le sol pour accéder à la mémoire de la Terre. Lui au contraire, peut étendre ses branches et ses feuillages dans le ciel pour avoir des visions de l'avenir. Aussi, il a des visions du futur mais, contrairement aux autres chamans Ande, il est soumis à l'Oubli frappant les Millevaliens. Aussi, privé de mémoire, il est aussi privé de légitimité. Privé de racines, on ne le prend pas au sérieux. Il est un peu comme un paria au sein du clan.
Il n'y a pas de luttes d'influence pour le contrôle des Connectés comme SiAber. D'ailleurs, à l'heure actuelle, il est le seul à voir le futur. Quant à savoir s'il y en a eu d'autres avant lui, on évoque parfois le nom de NoAnde mais toujours avec de la réserve, voire de la crainte. C'est un être quasi-légendaire. Rien n'atteste qu'il a vraiment existé.

Il n'y a pas vraiment de mouvement de résistance face aux Horlas. On pourrait considérer que chaque humain ou groupe humain qui lutte pour survivre sans être corrompu par l’Égrégore et l'influence de Shub-Niggurath est un résistant. Ou, s'il y a une résistance, le clan n'en connaît pas l'existence.

Les envahisseurs sont donc les Horlas. Dans la régions des Colonnes, ils prennent la forme d'hommes-serpents à 7 têtes mais peuvent avoir bien d'autres formes dans d'autres régions de Millevaux. Depuis son arrivée, la Magicienne met tout le monde en garde contre une nouvelle menace, d'autres Horlas qu'elle appelle les Cœlacanthes.

SiAber :
Avant d'être « Connecté », il suivait l'enseignement des anciens afin de devenir chaman des Arbres. Mais la décisions des Arbres le concernant fait qu'on l'a mis au ban de la famille et du clan. Depuis, il poursuit seul son propre chemin spirituel, consignant par écrit le récit de ses visions. Pour des raisons connues de lui seul, il ne tente pas spécialement d'attirer l'attention ni de mettre en garde quiconque contre les menaces qu'il voit. Il laisse ce rôle à la Magicienne. Qu'a-t-il vraiment vu pour se conduire ainsi ?
Physiquement, il a muté depuis que les Arbres lui ont infligé cette tare ou ce don. Il a désormais des cornes de cerf, comme des branches qui le relient au ciel. Sinon, par la force des choses, il est devenu solitaire et discret. Il se fait facilement oublier. Il passe facilement inaperçu malgré ses cornes. Pourtant, il met un point d'honneur à porter un masque, une cagoule blanche masquant son visage mais pas ses cornes. Elle ne possède que 2 trous pour les yeux et 2 autres pour les cornes. Personne n'a vu son visage depuis longtemps mais tout le monde s'en moque car on ne lui prête finalement que peu d'attention. Mais, si ce ne sont ses cornes, qu'a-t-il vraiment à cacher ?
Aujourd'hui, SiAber passe le plus clair de son temps seul à consigner par écrit le récit de ses visions. Il ne les fait lire à personne, n'en parle à personne. Personne ne lui pose de question. Il est là. Il observe le présent et le futur et note tout sans rien dire à personne.
Il observe avec beaucoup d'attention tout ce qui se passe autour d'Edes Corso et de la Magicienne mais sans jamais y prendre part ou donner son avis.


I-Synthèse du récit :

L'action se situe dans cette zone tropicale de Millevaux que les membres du clan de SiAber nomment « les Colonnes ». Ils ont investi ces ruines, proches d'un fleuve, et y ont acheminé des blocs de roches des montagnes du Nord-Est afin de construire des abris en dur. Le climat y est favorable à la culture d'arbres fruitiers. Il y a de l'eau douce en abondance. Ils seront là à l'abri du froid pour un bon moment. Certes, il y a un nid de serpents géants dans le fleuve et des insectes mutants, mais pas assez pour rendre la zone inhabitable. On parle aussi de ces Horlas hommes-serpents mais on en voit finalement pas. Et si ce n'était que des rumeurs ? Pour l'instant, tout semble aller en faveur du clan.

SiAber est en proie à de nouvelles visions qu'il consigne dans ses carnets. Parallèlement, il est aussi le témoin des changements qui animent le clan, notamment suite à l'arrivée de la Magicienne et à l'importance croissante d'Edes Corso au sein du clan. Là encore, il observe et note.

Les enjeux, au moins pour SiAber, consistent en savoir si ces visions sont liées à ce qui est en train de se passer au sein du clan. Et quel est l'avenir du clan ? Cette ère de tranquillité va-t-elle durer ? Comment savoir ? Comment se préserver de dangers à venir ? Que signifient ces visions des Colonnes sous la neige ? S'il y a un danger, comment aider son clan ? Comment sauver sa peau ?

Dans son entreprise pour en savoir plus, pour comprendre, SiAber va déjà se heurter aux membres de son clan qui le rejettent et refusent de l'aider, voire de le laisser agir à sa guise. Il va aussi se heurter à Edes si elle devait penser qu'il est une menace pour ses plans. Il va aussi devoir faire face non seulement à la faune et à la flore locale mais aux Horlas et à ces fameux Cœlacanthes contre lesquels la Magicienne les met en garde.

Toutefois, s'il n'obtient aucune aide de la part des membres de son clan, il pourra compter au besoin sur la Magicienne autant que sur les esprits des Arbres qui ont un projet pour lui.


II-L'histoire :

Après la Magicienne, c'est une jeune femme nommée Tanya qui arrive aux Colonnes.

Elle est blessée et dans un état de panique totale. Une fois soignée et calmée, elle explique appartenir elle aussi à un clan de nomades, Ceux de l'Oeil Sublime. Ils sont passés à proximité d'une étrange pyramide, un peu plus loin, au Nord-Ouest. Là, ils ont été attaqués par des Horlas ressemblant à des hommes-serpents à 7 têtes. Elle craint d'être la seule survivante.

Edes Corso profite du récit de Tanya pour obtenir l'autorisation des anciens de se rendre à la pyramide. Là, il s'agit notamment de porter secours aux éventuels survivants.
Ce n'est que plusieurs jours plus tard qu'Edes et ses hommes reviennent. Ils sont tous blessés et choqués. Plus de la moitié d'entre eux ont été tués dans la bataille qui les a opposé aux Horlas polycéphales. Edes elle-même a perdu un œil et, le craint-on, la raison. Alors, la Magicienne prend les choses en main. Elle nettoie la plaie d'Edes et place une de ses noix dans l'orbite creuse. Cela semble calmer Edes qui sombre dans un semi-coma. Au bout de plusieurs jours de cette léthargie, ses proches constatent que des sortes de branches lui poussent dans le dos. Au fil des jours, ces branches grandissent et se garnissent de feuillages, offrant à Edes une sorte de paire d'ailes végétales. La coquille de noix a parfaitement trouvée sa place dans l'orbite creuse. À tel point qu'Edes prétend entendre la voix des arbres. Examinée par l'ancien du clan Ande, ce dernier reconnaît la véracité de ses propos et lui donne le statut de membre de la famille Ande. Fille de la famille Corso ayant du sang Powl dans les veines et maintenant membre des Andes, Edes est maintenant perçue comme un personnage des plus importants de la communauté. Toutefois, cela n'est pas sans susciter certaines interrogations, notamment quant à une possible contre-attaque des Horlas.

SiAber, comme à son habitude, a observé tout ça de loin. Le destin d'Edes Corso l'interroge. Moitié Corso, moitié Powl, elle intègre maintenant la famille Ande. Il sent que le vent souffle plus fort dans la cime des Arbres depuis que la Magicienne a fait son apparition. Si Edes entend désormais la Voix des Arbres, SiAber veut savoir ce qu'ils lui ont dit. Il se rappelle alors sa dernière vision. Alors qu'il interrogeait les Arbres justement, la Magicienne faisait irruption. Opportunité ou menace, il doit en avoir le cœur net. Quel que soit le destin que lui réservent les Arbres, il l'acceptera.
Mais, alors qu'il s'équipe de ses outils de chaman, SiAber est pris à parti par des membres du clan qui lui reprochent de préparer un sale coup, d'avoir contracté avec les Horlas. Il a beau nier et tenter de s'expliquer, rien n'y fait. Après les reproches, ce sont les insultes. Et après les insultes, ce sont les coups qui s'abattent sur lui.
SiAber tente de les raisonner, en vain. Alors, la douleur monte, grandit. Mais une Voix grandit aussi. Pas celle des Arbres. Celle du Corvidé. Alors, SiAber cherche du regard les Yeux de la forêt. Ils lui diront ce qu'il doit faire pour que la combativité du cerf devienne sienne et qu'il parvienne à se défaire des opposants. Aussi, soudain, il se redresse et clame d'une voix forte « Je suis le Corvidé. Ici et maintenant, pour maintenir l'équilibre entre la vie et la mort, j'invoque la combativité du cerf ! » L'espace d'un instant, ses adversaires stoppent net. SiAber, quant à lui, attend la réponse des yeux.
Et les yeux de la forêt se mirent à parler :
-Tu dois aller au bout de cette altercation, dit le 1er.
-Et nous offrir les yeux du perdant, dit le second.

Alors SiAber brame ! Dans sa sacoche, il saisit une poignée de clous. Il en prend un dans chaque main et se jette sur l'opposant le plus proche de lui. Tous deux, sous le choc de l'impact, se retrouvent à terre. Animé de la combativité du cerf, SiAber immobilise rapidement son adversaire. A cheval sur son torse, il lui enfonce un clou dans chaque œil. Il se tourne ensuite lentement vers l'autre et se passe l'index sous la gorge. Il se saisit alors de sa dague et lui saute dessus. Bien qu'il soit solidement campé sur ses jambes, SiAber le jette lui aussi à terre et lui plante plusieurs fois sa dague dans la gorge. Le sang gicle et SiAber brame. Quand il arrête de hurler, le silence de la forêt n'est troublé que par les gémissement de l'aveugle qui convulse à terre. SiAber s'approche de lui et, de la pointe de sa dague, lui retire les yeux qu'il offre ensuite aux Yeux de la forêt. Et les Yeux ne sont pas avares. Après lui avoir fait don de la combativité du Cerf, ils lui font maintenant don d'une de ses effroyables visions de l'avenir dont seuls les Arbres et les Yeux connaissent les secrets et les significations. SiAber a l'impression qu'on le saisit par les cornes et qu'on le jette à terre. Alors que, hurlant, il se débat dans les feuilles et la boue, il voit !

SiAber reconnaît cet endroit mais il n'est pas comme il devrait être. Il s'agit de cet hôpital en ruine au Sud des Colonnes. Il est toujours envahi de plantes grimpantes mais aussi, et c'est nouveau, de feuilles de vigne. Et surtout, il est sous la neige. Il y a un escalier qui monte. La haut, il entend des rires et des chants. À mesure qu'il gravit les marches, la neige est remplacée par des algues et une indescriptible odeur de poisson mort. Plus il monte et plus il est difficile pour lui de se rappeler que ce n'est pas normal. Les Colonnes ne sont pas sous la neige. Les Bergers du Givre ne sont pas encore arrivé. C'est trop tôt. Ce n'est pas le moment. Au milieu des marches, il se saisit la tête à pleines mains. Tout devient... clair ? Il avance.
Dans une grande pièce, une troupe d'hommes et de femmes, à moitié nus, chante et danse au pied d'un trône de fortune. Sur ce trône, un homme revêtu d'une toge grecque et d'un énorme masque à tête de scarabée. Au dessus de son épaule, sur sa gauche, une bouche dessinée sur le mur scande « Je suis Dionysos ! La Voix de la Bouche ! Dansez ! Chantez, les ivres et les fous ! »
SiAber fait un pas en arrière, de peur qu'on le remarque. Alors, il distingue un fragment de miroir brisé encore fixé à un mur. Il y plonge son regard mais n'y trouve pas le sien. Qui est cet homme au costume sombre ? SiAber le connaît-il ? Il ne sait plus. Tout ce qu'il sait, c'est qu'il est celui qui porte la maladie ! Le Cruel Centipède !
Millevaux sous la neige ! Le Cruel Centipède ! Dionysos, la Bouche, des fous ! Que va-t-il advenir de son clan ? Vont-ils devoir quitter les Colonnes ? La menace que représentent les Bergers du givre est-elle pire que ce qu'il redoutait ? Que doit-il faire ? Prévenir les anciens ? Trouver cet homme ? Lui reprendre le Cruel Centipède ? Et Dionysos ? Et les fous ?

Cette vision n'est pas comme les autres. Qu'est-ce que ça veut dire ? Il comprend mieux maintenant le sens d'une des ses visions précédentes. Il doit, plus que jamais, interroger les Esprits des Arbres. Il doit comprendre le sens de cette vision. Et ce, même si la Magicienne doit lui jouer un sale tour.
Il s'approche d'un arbre, un noyer. Mais pas Le Noyer. Il pose la main sur le tronc, se saisit d'un clou et l'enfonce à travers le dos de sa main comme sa vision le lui indiquait, comme certains rites anciens des Ande l'indiquaient. Plus personne aujourd'hui ne communique ainsi avec les Arbres. Aujourd'hui, les Arbres et les hommes communient par l'Esprit. Mais à une époque, ils communiaient par le sang. SiAber ne sent pas la douleur. Il ressent la présence d'un corps étranger dans sa main. Il sent son sang s'écouler et se mêler à la sève de l'Arbre. Il attend. Il attend le message de l'Arbre. Il attend la Magicienne. Qui viendra en premier ?
La Magicienne !
« Le culte de Shub-Niggurath gagne en puissance, SiAber. Une nouvelle race de Horlas, les Cœlacanthes, s'apprêtent à déferler sur les mondes pour répandre Millevaux. La malédiction du Cruel Centipède se répandra comme des pétales de fleurs portés par le vent. »
Alors, elle se tait et lui tend une noix. Une Noix !
SiAber a toujours sa main gauche clouée au tronc du noyer. Il regarde la Noix. Il regarde la Magicienne. Il cherche l'origine de ce soudain vent violent. Il sait qu'il doit accepter la Noix. Il a peur mais il sait qu'il doit l'accepter.
« Magicienne, resteras-tu près de moi ?
- Non, mais tu ne seras pas seul face aux Cœlacanthes. Les Araignées seront tes alliées. Elles sont en toi désormais. De même, si tu es en danger et souhaites quitter le monde des Cœlacanthes, prends une Noix. Mais, saches-le, dans ton combat contre les Cœlacanthes et pour une raison que toi seul peut connaître, les plaisirs de la chair, que tu les désires ou non, te sont plus que jamais interdits. Tu en mourrais. »

SiAber comprenait. Ou du moins, il pensait comprendre. Il avait peur mais se saisit de la poignée de Noix que lui tendait la Magicienne. Il y en avait maintenant 7 dans sa main. 7 Noix pour combattre les Cœlacanthes. Alors, il ferma les yeux et se mit à rêver...

Il rêve. Il sait qu'il rêve. Ce ne peut être la réalité. Autour de lui, les arbres sont débités en tronçons replacés n'importe comment dans l'espace. On croise des chevreuils et des blaireaux découpés mais encore vivants, réhybridés avec des troncs, des branches et des fougères. Au fond de la forêt, on aperçoit un portail aquatique phosphorescent et le monde se reconfigure autour. Le sol se déplace et se redécoupe en permanence.
L'espace d'un instant, SiAber est enclin à céder à la panique. Mais, il se rappelle les enseignements du Corvidé : sois digne en toute circonstance ! Que doit-il faire face à ça ? Que peut-il faire ? Au milieu de ce chaos, il tente de rester serein, droit, immobile, rigide. Il tente de faire sienne la grandeur et la majesté du Cerf. Il veut, il espère devenir ainsi le pivot autour duquel s'organisera ce chaos. Il ferme les yeux. Il respire profondément et entonne son mantra.
« Je suis le Corvidé. Je suis le présage du retour de l'ordre et de la sérénité. Je suis l'axe et l'équilibre nécessaire entre la vie et la mort. Le chaos est la vie. L'immobilisme est la mort. Le chaos est la mort, l'ordre est la vie. »
SiAber a les yeux fermés mais il sent tout autour de lui les Yeux s'ouvrir. Que doit-il faire pour stopper tout ça ? Les Yeux vont parler. Les Yeux ont peur de cette lumière aquatique. Il faut l'éteindre. Fermer ce portail. Barrer la route aux Cœlacanthes. Il faut retourner au vide, au tombeau. Il faut... offrir un sacrifice.
SiAber ouvre les yeux. Les Yeux ne sont plus là. Il regarde autour de lui. Il sent qu'il ne peut bouger sous peine de se retrouver lui aussi découpé et redécoupé par ce chaos qui massacre la forêt. Pourtant, que sacrifier ? Et comment ? Il se rappelle alors les mots de la Magicienne. Les araignées. Elles sont en lui.
SiAber ferme de nouveau les yeux et regarde au fond de lui-même. Il finit par les voir monter, les araignées. Elles sont là, par centaines, par milliers. Elles n'attendent que son ordre pour déferler. Son regard se porte alors sur une de ces horribles chimères et les araignées sortent. De partout ? De ses yeux, ses oreilles, son nez, sa bouche... partout ! Et elles courent, volent, jusqu’à la créature qu'elles recouvrent et dévorent. Quand il ne reste plus rien qu'un tas d'os, le portail se referme.
La forêt est redevenue normale. Du moins, le semble-t-il. SiAber regarde tout autour de lui. Nulle trace du chaos qui régnait il y a encore quelques instants. Nulle trace des araignées. Prudemment, il fait un pas en avant. Rien d'anormal. C'est en marchant qu'il se rend compte que sa main n'est plus clouée à l'arbre. Il comprends alors qu'il n'est pas revenu, qu'il est toujours dans le rêve de la Magicienne. D'ailleurs, n'est-ce pas elle, là-bas, devant cette maison en terre cuite ? Si ! Elle l'aperçoit et l'invite à entrer. La maison se réduit à une seule pièce, avec des fours et des athanors en ébullition. Chouettes, chats sauvages, araignées et crapauds grouillent dans les ombres. Racines, fougères, lierre et champignons envahissent les lieux. Deux grandes armures humanoïdes faites de terre cuite et de matériaux composites trônent au milieu. La Magicienne explique qu'il faut aller demander l'aide… de la personne qui incarne la Magicienne pour avoir une chance de vaincre les Abysses. Pour cela, SiAber doit monter dans cette armure-golem faite de ses souffrances. Cette armure lui permettra de supporter le passage vers le Méta-Monde.
SiAber n'est pas sûr de comprendre. Il doit demander de l'aide à celui qui incarne la Magicienne dans un autre monde ? Le Méta-Monde ? Et il ne peut gagner ce Méta-Monde que grâce à cette armure ? SiAber fait le tour de ce que la Magicienne appelle une armure-golem. Elle est de grande taille et grossière. Elle faite de terre, de boue, de branchages et de feuillages. Au toucher, elle paraît solide. Il se concentre. Il tente de capter les Esprits des Arbres. Il a besoin de conseils. Doit-il écouter la Magicienne ? Qu'est-ce que le sort lui réserve ? Les chamans de la famille Ande peuvent devenir des arbres et planter profondément leurs racines pour accéder à la mémoire de la Terre. Mais lui, est un paria. Il peut se changer en arbre seulement pour étendre ses branches vers le ciel et tenter de connaître l'avenir. Mais sa mémoire et celle de la Terre lui sont fermées. Sans un mot, il sort de la maison de terre. Une fois dehors, il enfonce ses pieds dans le sol. Il tire de sa sacoche de la poudre d'encens qu'il répand à ses pieds. De sa dague, il s'entaille la paume de la main et recouvre la poudre de goutte de sang. Au fond de lui, il sent les araignées refluer. Il sent les cornes du Corvidé s'agrandir. Ses pieds s'enfoncent dans la terre. Il lève ses bras. Ses bras s'allongent. Ses doigts aussi et se couvrent de feuillages. SiAber est un Arbre entièrement tourné vers le soleil. Il cherche la lumière. SiAber est un arbre. Un Noyer !
Il voit ! Il voit un animal mythique traqué. Quel animal ? Traqué par qui ? Pourquoi ? Un Noix tombe au sol. Il voit un nid de serpents géants. Une seconde Noix tombe au sol. Un nom. Sodek NoFink !
SiAber ouvre les yeux et tombe à genoux. Il n'est plus qu'un homme. Non ! Il se redresse. Il est le Corvidé, le Présage. Il se relève et retourne à l'intérieur de la maison en terre cuite. Il jette un regard qu'il souhaite plein d'assurance à la Magicienne et se laisse recouvrir par l'armure-golem. Il entend comme un assourdissement bruit d'aspiration puis... Plus rien.
Quand il ouvre les yeux, il est à genoux, dans la boue. L'armure-golem a disparu et il se rend compte qu'il pleure. Il relève la tête et voit... un vieux bâtiment. Il s'agit d'une ancienne prison envahie par la végétation. Il y a encore des barreaux à certaines fenêtres. Un chant résonne. Pas autour de lui. À l'intérieur de lui. « le Roi-Volcan m'a donné un nombre et ce nombre est le 13 » Il sent la panique l'envahir. Que s'est-il passé ? Où est l'armure ? A-t-il vu celui qui incarne la Magicienne dans le Méta-Monde ? Il ne se rappelle de rien. Rien ! Sauf... Traquer les serpents-géants jusque dans leur nid et... Sodek NoFink ! Mais avant tout, il doit retourner aux Colonnes. Il n'a aucune idée de là où il est. Il le saura peut-être, sûrement même, s'il regarde d'en haut. Il tire une nouvelle poignée de poudre de sa sacoche et accomplit le rituel faisant de lui un haut et majestueux Noyer. Et de la haut, du bout de ses branches, il voit les Colonnes, à l'Est.
De retour parmi son clan, SiAber s'attend à être pris à parti à propos de la mort des deux membres du clan dont il est responsable. Mais, comme souvent, personne ne prête attention à lui. Aujourd'hui tous les regards sont tournés vars une nouvelle venue. Une jeune femme blessée racontant que son clan a été décimé par un groupe de Horlas à tête de serpents. Sous son masque, SiAber sent la sueur perler à son front…


Réponse de Thomas :

Encore un grand merci pour cette nouvelle partie !

A. Tu prends un parti pris de temporalité intéressant mais assez casse-gueule en situant cet épisode avant l’arrivée des Bergers du Givre et la migration du Peuple des Colonnes. Comment comptes-tu retomber sur tes pattes ?

B. SiAber, ce nom est un jeu de mots, une nouvelle variation sur le thème du « oui mais », en quelque sorte ce personnage est un miroir de NoAnd, un descendant, un double planaire ?

C. J’aime beaucoup la façon dont tu entrelaces les paradigmes d’Omniscience (les élu.e.s voient le futur) avec ceux de Millevaux (les élu.e.s voient le passé) pour en dégager des problématiques. En tout cas, le personnage de SiAber et ses visions sont bien psychotiques !

D. A la fin du cauchemar de Coelacanthes, je m’attendais à ce que SiAber te rencontre en personne, comme c’est arrivé avec Corso, dans ton appartement désaffecté par Millevaux que tu as par ailleurs déjà décrit durant la première campagne. Mais en fait, il n’a qu’une vision relative au Patient 13. On pourrait en déduire que cette campagne est vraiment dans une couche très inférieure de réalité. Patient 13 serait le personnage de Damien, et Patient 13 serait le joueur de la Magicienne, de SiAber et des autres...


Damien :

et bien, pour le A, je n'en ai encore aucune idée ^^ je verrais ce que ça donne. je n'ai pas d'idée préconçue quant à la nature des Bergers du Givre donc tout peut encore arriver pour le B, SiAber est effectivement un jeu de mot mais n'a pas forcément de rapport avec NoAnde... enfin, pour l'instant. on verra , ptete à l'avenir. Pour le C, le recours à Tu Es Un Arbre me permet de justifier que certains perso gardent la mémoire mais SiAber est un paria, un peu comme les "inversés" dans certaines tribus indiennes. lui, perd facilement la mémoire mais peut voir l'avenir. Pour son cauchemar, disons que je me réserve aussi pour la suite ^^ je lui ai fait voir l'Hôpital car c'est en lien avec la suite que je suis en train de jouer et j'aime bien l'idée qu'il ait tout oublié de ce qu'il a fait dans le Méta-Monde. là encore, l'avenir me dira qui il a vraiment vu, ce qu'il a vraiment fait. pour l'instant, on ne sait pas. mais, logiquement, il aurait dû me voir oui. c'est ptete d'ailleurs ce qui s'est passé mais il ne s'en rappelle pas. il a ptete effectivement rempli sa mission après tout... ou pas ^^


Thomas :

Tu as utilisé Tu es un Arbre dans ce CR ? Si tu y penses, ça pourrait être utile que tu mentionnes les systèmes utilisés dans tes prochains CR (juste du name dropping, pas besoin de plus)


Damien :

ouais, j'adore ce jeu ^^ j'ai juste remplacé la pioche de jetons par... des noix ^^ pour ce scénar là j'ai donc utilisé surtout Omniscience mais aussi, donc, Tu es un arbre et The name of God pour ce qui est de l'archétype du Corvidé que j'ai complété avec les mot-clé du cerf mentionnés dans Mantra.
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » jeu. nov. 21, 2019 11:33 am

LE VIEUX NOUS VOIT

Emportées par la folie ambiante au sein du village et par leurs vieux démons mémoriels, les deux nonnes exorcistes partent en quenouille.

Joué / écrit le 19/11/2019

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Fedee P, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : érotisme, violence sur les enfants


Passage précédent :

5. Face à la diablerie
Les exorcistes font enfin la rencontre du véritable démon qui faisait peser sa menace sur le village. Et ça va faire très mal ! Je passe ensuite à un nouveau jeu de rôle avec le vénéneux L’Empreinte.


L'histoire :

Image
Anro, par Sachiko, de la musique tribale ritualiste pour un trip chamanique qui commence mal et qui finit complètement de travers.

ça lui faisait drôle de toucher sa propre peau, ce n'était pas une chose qu'on était habituée à faire au couvent. Elle passa son ongle à l'intérieur de son nombril et ça lui fit comme l'impression d'un contact étranger et ça lui remuait des choses dans le ventre, elle entendit des gargouillis et sentit des volumes circuler dans ses tripes.

A partir de ce moment, le massage commença à l'apaiser, mais elle sentait aussi que son mal ne ferait qu'empirer si elle arrêtait trop vite. Elle devait même monter en intensité, et la chaufferie descendait de son ventre jusqu'à son bassin.

Elle pensa à la Bernadette, et c'était une pensée bien innocente parce qu'elle associait sa brûlure à la cuisinière et si la voir calmait son ardence, y penser et la visualiser pourrait peut-être aussi y contribuer.

Elle concentra sa rêverie sur le visage de la Bernadette et s'imagina passer ses doigts dans ses cheveux comme franchissant une broussaille inexplorée. Elle frémissait de tout son corps, il faisait un froid de caveau dans la chambre et les ronflements de la Soeur Marie-des-Eaux pareils à des râles accroissaient la tension. Incidemment elle imaginait des histoires si son novice se réveillait, la surprenant en plein acte d'auto-médication et spéculait beaucoup de choses sur ses possibles réactions.

Elle revint en pensées à la Bernadette. Sa main pesait comme un chaud poids mort sur elle-même, engourdie et parcourue de fourmillements, pour ainsi dire autonome. Elle s'attarda sur le grain de beauté posé sur la joue de la cuisinière, gonflé comme un soufflé. Dans son rêve, la Bernadette lui accordait un sourire de laisser-faire, alors elle approcha son doigt vers la tumeur, quel mal y avait-il à ça, et la toucha d'abord timidement, puis la massa avec un doigt, puis deux.

Et cela réveilla une turbidité en elle depuis longtemps endormie, elle se sentit comme investie par un limon qui s'étirait vaseusement dans ses entrailles, elle passait sa main dans des fougères et des raies manta qui pour fossilisées qu'on aurait pu les croire, étaient bien réactives et palpitantes, et elle se sentit comme un marécage empli d'une langueur qui venait du fond de la préhistoire.

De la seule main qui lui obéissait encore, elle se couvrit la bouche pour que la Soeur Marie-des-Eaux n'entende pas ce qui remontait de sa gorge.

Je ferai une prière. Oui, je ferai une prière demain pour expier.


Blam !

En guise de lever, la Soeur Marie-des-Eaux chuta de son lit comme une masse. Un flachebacque lui était revenu en rêve et l'avait littéralement flanqué par terre.

C'est quand la chose lui avait crevé l'oeil. Le choc avait été si brutal et porteur de mort imminente que ça avait réactivé sa mémoire profonde.

C'était dans les tunnels rances de la Ligne Maginot, comme traversant son orbite, que le flachebacque l'avait projeté, au milieu des mille bruits d'humidité, gargouillis viscéraux et goutte-à-goutte. C'était la planque où la Madone à la kalach l'avait formé avec d'autres enfants-soldats. Elle la revoit en train de remonter sa mitraillette avec les lianes dégoulinantes derrierre elle comme un rideau, et son visage aux trois quarts recouverts d'un masque de bois rouge vernis, qui lui donne justement ces traits imperturbables, sa beauté de statue. La Soeur Marie-des-Eaux est aux aguets parce que c'est un souvenir lucide, sur lequel il peut influer et enquêter. Il s'apprête à poser des questions et s'y prend avec beaucoup de précautions, car à partir de ce moment il va lui être impossible de discerner le passé réel du passé revisité. Une lampe à huile hors d'âge éclaire la scène à grand-peine, ménageant plus le mystère que la vérité.

Il est couché sur une froide dalle de béton couverte de lichen. Dans les mains son carnet de mémographe qui arbore ses toutes premières pattes de mouche. Quelque chose a changé dans leur relation. D'une maîtresse à penser politique, la madone serait devenue sa mentoresse en mémographie ? Il sent qu'il vient d'avoir un flachebacque, sûrement aidé par la madone. Une technique de mémoire corporelle qui lui a permis de faire remonter le passé de ses organes et de ses douleurs. La Soeur Marie-des-Eaux est devant un choix mortel : laisser la tourbe noire de ce souvenir remonter ou poser des questions.

"Tu t'agites trop. N'essaie pas de remonter. Tu vas ressentir une très grande douleur mais c'est signe que tu touches au but."

Sa voix était monocorde. Mono-corde. Comme artificielle. Mais en même temps une des choses les plus rassurantes que la Marie-des-Eaux ait jamais expérimentées.

Alors il fit le deuil de ses questions et s'abandonna aux conseils de sa mentoresse. Celle-ci s'assista par des touchers rituels, ses mains étaient molles, sans poids et glaciales. Elle agissait sur ses points de pression pour réveiller les douleurs profondes. La Marie-des-Eaux avala une grande goulée d'air froid et plongea en lui-même aussi profondément qu'il n'était jamais allé, et ce fut comme une immersion dans un bain de carbone en fusion. Ce n'était pas douloureux à proprement parler, mais plutôt comme un déchirement ontologique qui lui écartelait les os et les muscles, une détresse à laquelle ne pouvait répondre qu'un cri blanc à faire trembler les voûtes de la ligne Maginot.

Et pourtant, le souvenir profond n'était qu'une scène de paix.

L'endroit où il arriva comme en passant au travers d'une vierge de fer, ce fut dans les bras de son amant, et quelque chose lui criait que ça avait été son seul amant, c'était quelque part à Douaumont dans une forêt au parfum de cordite et de gaz moutarde à l'apparence tranquille d'un piège en sommeil, eaux empoisonnées au plomb, humus truffé de mines, arbres criblés de shrapnels.

Image
Water’s Ruins par Loki Fun Lilith, du dark ambiant noisy, inondé dans une cave sous un marais sous un arbre sous une voix d’outre-tombe.

La Marie-des-Eaux s'étonne d'avoir accès aux odeurs avec une telle acuité alors qu'il était au fond du fond d'un souvenir, et pourtant l'arôme de plumes mouillées lui remontait en plein des ailes de Préscience qui entouraient son corps pour le consoler d'un trauma, qui lui encore échappait à sa portée. Il la surmontait de deux pieds et sa tête - ou plutôt ses trois têtes de belette - reposait sur la sienne. Son haleine était chaude et musquée.

La Marie-des-Eaux plongea son regard dans les yeux noirs de Prescience, se sentant pour la seule fois de sa vie en confiance avec quelqu'un, sachant que Prescience avait accès tout de lui et ne s'en servirait jamais contre lui. Du moins, c'est que la Marie-des-Eaux du passé ressentait, mais celle du présent n'osa pas interférer, préférant connaître ce qu'elle avait expérimenté à l'époque.

Des tirs de carabine crevaient le silence, comme si une traque était sur le point d'aboutir. Mais Prescience était calme. Et la Marie-des-Eaux était sur le point d'avouer une chose qu'il savait déjà.

Et l'oxygène disparaissait de la forêt, comme happé. La Marie-des-Eaux retint sa respiration autant qu'elle pu, serrant le corps anarchique de Prescience, mais rapidement il n'en tint plus et remonta à la surface, et comme écharpé par les ronces sur son passage, se réveilla avec une violente décharge et s'écroula du lit.

La Soeur Jacqueline eut bien du mal à en sortir de son côté, comme fondue dans le matelas, et honteuse et percluse.

Elles descendirent au bistrot où une chicorée les attendait dans des tasses en étain, aux côtés de deux assiettes de fèves, de la porcelaine de collection avec des motifs naïfs de forêt et d'amoureux qui venaient de chez l'oncle Mougeot, grand pourvoyeur en antiquités. Le Vauthier levait déjà le coude au schnaps, comme on avale un détergent alors qu'il n'y a plus rien à lessiver. Il leva son verre à la vue du novice et de ses bandages, comme en signe de compassion.

La Bernadette entama la conversation avec la doyenne, qui ne sut s'y soustraire, magnétisée. La Soeur Marie-des-Eaux vit une silhouette derrière la vitre translucide de l'entrée et se présenta à la porte pour ouvrir. C'était Champo.

"Je vous ai cousu un cache-oeil. J'y ai brodé un mandala qui vous portera bonheur."
Derrière, on entendait les marmots chanter la comptine :
"Cuit, cuit, Jésus cuit.
Cuit, cuit, Jésus cuit, on l'a bouilli !"
Les mômes s'arrêtèrent à la vue du bandage ensanglanté.
" Je vous remercie. Mais je vais devoir le personnaliser."
Il décrocha le crucifix de bois qu'il avait en sautoir et l'accrocha au cache-oeil. Si les gens n'accordaient pas encore assez de crédit à son titre de nonne exorciste, cet apparat allait pouvoir aider.

Il y avait un marmot en bout de corde, les autres le tenaient à l'écart et se plaignaient de son odeur.
"Qui c'est celui-là ?
- C'est Hippolyte, le dernier-né des Soubise."

D'un pas aussi décidé que sa convalescence le lui permettait, la Soeur Marie-des-Eaux se diriga vers le gamin tout marmosé de noir et tout débraillé qui servait de souffre-douleur aux autres.

Il le chopa par le col et lui glissa son Opinel sous les narines.
"Dis-moi ce que tes parents trafiquent avec les cochons !"

ça se sentait que le mouflet en menait pas large, il était sur le point de fondre dans ses sabots et de lâcher tout ce qu'il savait sous la menace de l'exorciste au surin.

C'est alors que Champo tira en arrière le poignet de la Soeur Marie-des-Eaux avec un noeud coulant de sa corde. Il voulait protéger le môme placé sous sa tutelle et aussi sauvegarder le peu de réputation de l'exorciste.

Image
Within The Darkness Between The Starlight, par Nhor, entre piano à fleur de peau et black metal atmosphérique, un temple gothique de nature, d'émotions et de ténèbres.

Mais ce dernier fit passer le sherpa par-dessus son épaule, et en un éclair il avait déjà ramassé sa lame et il serrait la gorge du petit avec le noeud coulant tout en pointant son arme à un millimètre de l'oeil.

"Viens ouâr par ici, toi !
- Pitié monsieur, si vous aimez le Vieux et notre seigneur Jésus-Cuit, me faites pas de mal...
- Alors mets-toi à table, petit merdeux !"

C'était trop pour Champo, il voulait pas perdre le môme, il sentait dans sa mémoire en miettes qu'il en avait déjà trop perdu et qu'en perdre un de plus, ça lui déracinerait le coeur, alors il repoussa la Soeur au prix d'une serieuse estafilade sur la joue. Il avait l'Opinel planté dans la chair, et il le serrait de l'autre main à s'en faire saigner comme un cochon, il fixait l'exorciste en tremblant, avec un regard à s'en débrider les yeux.

La Soeur Jacqueline tira la Soeur Marie-des-Eaux : "Mais qu’est c’que t’broyes ?". Elle ne comprenait même pas à quoi ça rimait, vu que l'intérêt du novice pour les Soubise lui était passé au-dessus de la tête. Elle entraîne son novice à l'intérieur de l'auberge, au plus vite, pour éviter le scandale.

"Soeur Marie-des-Eaux ! Le Vieux nous voit !
- Quoi qu'c'est qu'il peut voir à travers les arbres ?"

Mais celui qui a vraiment impressionné la Soeur Marie-des-Eaux au point de lui faire renoncer à son interrogatoire violent, c'est Champo. Sa plaie à la joue s'est ouverte et pleut le sang. Des racines de colère en sont sortis et irriguent les rides de son visage. Voici ce qui se passe quand on provoque un homme dans un monde où les émotions font tout vriller.


"Faut qu'on te soigne, Champo. La Bernadette est guérisseuse, elle va t'arranger ça."

Le sherpa voulut bien se faire examiner par la cuisinière après avoir mené les enfants à l'école.

ça se passait, comme toutes les choses importantes, dans la cuisine et ses fumets. La Bernadette avait fait bouillir des pinces et dans le four y'avait des coualés à chauffer. La Soeur Jacqueline se dit que ces petits bonhommes en brioche dont les arômes lui remontaient dans les narines faisaient partie d'un réseau de signes qu'elle peinant encore à déchiffrer. Mais bon, la cuisinière lui offrit en guise de frichtic un maugin et de la confiotte de gratte-cul alors elle pensa à autre chose. Et puis ça la calmait toujours d'être à ses côtés.

"Vous avez tellement bouâlé qu'un horla vous a poussé dessus.", fit la Bernadette en retirant à la pince des vermicelles violettes de sa blessure.
- Moi j'appelle ça un tulpa. ça fait partie de moi, c'est moi qui l'ai créé.
- Ben soit je te le laisse et il va bien s'enticher, soit je te le retires mais alors je te retires un bout de toi-même.
- T'es une sâprée bonne femme, toi. Ben tant pis, je peux pas prendre le risque que ça se développe. Retire-le moi."

Et elle enleva de sous la peau de son visage et de son cou, et peut-être que ça venait du coueur, tout un amas dégueulasse de pseudopodes, comme une étoile de mer, qui portait le souvenir d'une personne chère au coeur de Champo, une personne qu'il n'avait pas su sauver, et maintenant après être perdue en forêt, elle était aussi perdue de sa mémoire, comme si Champo avait lui-même accepté qu'on scie la corde de vie qui la reliait à lui.


Lexique :

Marmosé : barbouillé
broyer : faire, fabriquer
coualés : petits bonshommes en brioche (équivalent des manalas alsaciens)
bouâler : râler
frichtic : casse-croûte
confiotte : confiture
gratte-cul : Fruit de l'églantier
maugin : tarte au fromage blanc


Bilan :

J'essaye de diversifier mes tirages d'inspi, alors j'ai utilisé La Stèle au cœur des Plaines pour localiser le flachebacque et le sous-flachebacque de la Soeur Marie-des-Eaux.
Durant ce flachebacque, où je teste mon premier vertige logique pour ce roman, j'ai été tenté de prendre des décisions autonomes pour le novice, mais il m'a sauté aux yeux que ce n'était pas ludique, aussi j'ai imaginé le dilemme "souvenir profond OU question" (Inflorenza Minima's style) et je l'ai tranché aux dés.

J'ai composé Prescience avec un tirage de Muses & Oracles et deux tirages de la table des détails forestiers.

Le lexique vosgien m'a été bien utile pour remettre un peu de patois dans tout ça.


Le mode cauchemar à l'Empreinte, ça pique les yeux. Je peux pas laisser les empreintes se développer sur mes personnages si je veux qu'ils survivent. Ce qui m'a donné une bonne scène de guérison d'empreinte pour Champo. Bref, les règles ont permis de commencer à mettre en avant le sherpa et c'est bien cool.


Notes liées aux règles de L'Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I - Introspection + Tentation + Agression
Acte II - Introspection


Feuilles de personnage :

Les feuilles de personnages sont maintenant centralisées et mises à jour sur cet article
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » lun. nov. 25, 2019 10:36 am

INFLORENZA RPG ACTUAL PLAY #11 : EIREANN ARCHIPELAGO

Though Ireland is divided into a thousand island, the heart of the land is still united.

Read / download the mp3 version
Youtube version

Actual Players : Felondra (from the blog "Une Pincée de Fel"), Marc Vallières (from the Aventureux Podcast) & myself

Image
'J', andy patterson, dawn_perry, incubi portrait studio, onanie, Jacek Sniecikowski, licence cc-by-nc, gallery on flickr.com


Inflorenza is a french RPG where you play heroes, bastards and martyrs in the forest hell of Milesvale (english beta-version here)

It deals with horror and beauty, sacrifice, power and suffering, and forest. Forest everywhere. Inflorenza is the game to live in hell, to fight for your soul and to die of love.

Eireann is a theater from the Inflorenza book, written by Kantelder.

The Eireann Archipelago is made of islands surrounded by a mystical mist. It carries people from one island to the next, as if it was in phase with the one being transported.

We try to show all the respect we have for native people from Ireland, but as we are not concerned people and as this is roleplay (fictionial and partly improvisated), we may have made some mistakes and misinterpretations, so please tell us in the comments.

Marc and Felondra are born-french speakers but their english is fluently. Mine is unfortunately far from perfect, i thank you for you leniency :)

This actual play is in public domain.
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » mar. nov. 26, 2019 9:41 am

ABSOLUTION

Quand les villageois montrent leur vrai visage, les choses sont bouleversées.

Joué / écrit le 25/11/2019

Jeu principal utilisé : L'Empreinte, de Thomas Munier, survivre à une transformation qui nous submerge

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Christophe Surman, cc-by-nc-nd, sur flickr

Contenu sensible : cruauté sur les animaux, érotisme, abus sexuel


Passage précédent :

6. Le Vieux nous voit
Emportées par la folie ambiante au sein du village et par leurs vieux démons mémoriels, les deux nonnes exorcistes partent en quenouille.


L'histoire :

Image
Aokigahara, par Flowers for Bodysnatchers, dark ambient forestier à pianos fragiles.

"Pourquoi vous entêtez-vous à accompagner les exorcistes ?, risqua La Bernadette.
- Avant, répondit-il sans que la présence de la Soeur Jacqueline, je le faisais parce qu'elles agissaient pour nous protéger. Maintenant, je reste avec elle pour les empêcher de nous faire du mal."

La Soeur Marie-des-Eaux sortait par l'écurie. Il avait tout son paquetage sur le dos, ce qui n'était pas une chose rare, il était conditionné à agir comme s'il fallait toujours être prêt à décamper. Il caressa le museau de Maurice pour se calmer un peu. C'est ça, il avait besoin de se calmer.

"Où allez-vous ?, lui demanda la Bernadette.
- Je dois aller me confesser. Le Père Houillon me l'a demandé et je pense que ça va m'aider à y voir plus clair.
- Vous voudriez bien me rendre un service ?
- ça dépend...
- Oh pas grand-chose... J'aurais juste voulu que vous me rameniez un morceau de bois du confessionnal.
- Bernadette... Je vais le faire parce que je sens que vous pourriez nous être utile, mais ce que vous me demandez ne me plaît pas. Je vous garde à l'oeil. Je vous garde à l'oeil de près."

"C'est çà, mon petit. Garde-moi à l'oeil", soupira la Bernadette une fois que la Soeur Marie-des-Eaux s'était allé vers l'église en passant par les taillis, comme un écolier fautif.

Le novice passa par le presbytère, évitant la grand-porte. Il pesta quand il vit qu'il y avait quelqu'un d'autre dans la nef en plus du père Houillon. Le Sybille Henriquet achevait la statue du Jésus-Cuit en bois qu'on lui avait commandé. L'ouvrage était rustique mais exhalait une simplicité bienvenue, à l'image du sculpteur, un petit gars qui avait l'air de toujours sourire, histoire de montrer ses quenottes noircies par les cigarettes de foin et la rude bouffe locale. Il sentait la colle à bois, la sciure et le tabac froid, et il avait une petite boucle d'oreille, ce qui était la seule excentricité de ce gars en salopette. Il s'éclipsa, comprenant qu'il était de trop.

"Ainsi donc vous nous faites l'honneur de votre présence, ironisa l'abbé Houillon.
- Finissons-en."

L'intérieur du confessionnal était obscur, comme on pouvait s'y attendre, et empestait le moisi et l'odeur de pieds. On y respirait avec peine, des spores vous rentraient dans la bouche et les narines. Tout le bois était mou, et il fut impossible de trouver une partie sèche de banc pour s'assoir.

Elle ne voyait pas le prêtre mais sa présence derrière le vantail était palpable, et son souffle asthmatique remplissait tout l'espace.

"Bénissez-moi mon Père, car j'ai péché.
- Je te bénis. Parle en toute confiance. Le Vieux est avec nous et t'écoute.
- ...
- Tu peux parler. Alors, comment qu'c'est ?
- Vous savez, ce diable qu'était dans le Jésus-Cuit. Y vous barattait le lait de la tête pour s'en goinfrer.
- Oui, c'est possible. Il faudra ouâr ce qu'en dira le diocèse.
- Qui qu'c'est-y qui m'fait croire que vous faites pas la même chose ? Que vous vous bâfrez pas de nos confessions ? Et si je ressortais d'ici vidé de mes souvenirs ?
- Whoit donc, on se calme, vous êtes pas un poulet et je vais pas vous vider. Dites ce que vous avez sur le coeur, si vous voulez l'absolution.
- Je m'en suis déjà confessé pendant l'exorcisme.
- Je ne suis pas sûr que ça soit régulier. Confessez-vous ici. Au pire, dites-vous que c'est juste une couârie.
- Pfff... Bon. Avec mon opinel, des fois je ressens le besoin de trancher des choses."

Il en profita pour découper un bout de confessionnal, faisant mine d'illustrer sa parole par du bruit.

"Et j'aurais bien tranché la gueule de ceux qui font du mal aux bêtes aux Voivres. Je peux pas supporter ceux qui font ça.
- Bien, c'est bien. Et c'est tout ?
- C'est tout.
- Eprouves-tu du repentir ?
- Oui.
- Sans mentir ?
- ...
- Au nom du Vieux, de Jésus-Cuit et de l'Esprit-Chou, je te donne l'absolution. Tu réciteras un Notre père qui êtes si vieux."


Quand la Bernadette revint dans le restaurant, ce fut pour trouver la Soeur Jacqueline au plus mal. Elle ne tenait plus sur ses jambes et la Bernadette dut l'aider à monter l'escalier pour qu'elle aille s'allonger. La nonne cumulait le trouble qui jouait avec son corps depuis l'avant-veille et le traumatisme d'un choc mental reçu au moment où elle avait écrasé le ganglion central de la chose qui vivait dans la statue de Jésus-Cuit. Tuer fait beaucoup de mal. Il fait du mal à celui qui tue. Le choc mental est comme une violente décharge électrique qui résonne dans vos os et vos organes des jours et des jours durant. Et il y a le flachebacque, ce souvenir de l'être qu'on tue et qui vous saute à la gueule et s'imprime sur votre vision et dans vos sens comme un filtre persistant.

Il y a d'abord l'abominable sensation d'être dans le corps d'un horla, de respirer par ses sphuncters, de remuer par ses pseudopodes, de sentir l'hémolymphe circuler dans ses vaisseaux, d'être enfermé dans une statue-galerie, et puis ce mélange de délice et d'horreur à consommer l'énergie mentale des humains massés dans l'église, et de percevoir par là-même des grappes de souvenirs, de prières, de bonnes et de mauvaises pensées, à peine digérées.

La chose n'avait pas à proprement parler de perception du temps, aussi sa compréhension des choses n'était pas nette. Mais ce qui marqua la Soeur Jacqueline, ce fut une sensation. La sensation d'être en concurrence. Il y avait au moins deux forces qui disputaient les vapeurs mentales à la chose enkystée dans le Jésus-Cuit. L'une était massive et complexe, l'autre était multiple et faible, mais déterminée.

Quand la Soeur Jacqueline reprit ses esprits, ce fut avec un haut-le-coeur à la fois dû à la réincorpation et à l'effroyable découverte qui était la sienne. Plus moyen de se voiler la face. Elle était allongée dans des draps, il eut fait froid si le corps de la cuisinière, penché sur le sien, n'irradiait pas autant de chaleur. Elle se sentait molle et comme pesant des tonnes. Elle avait une barre de migraine sur le front et son odorat exacerbé captait la moindre des nuances, les fumets de graisse et d'hormones émanant de la Bernadette, les chaleurs paillées de l'écurie et le lisier qui schlingue charrié par le vent en provenance de la ferme Soubise.

La fenêtre était fermée par un volet, si bien qu'en plein jour il fallait la bougie pour y voir. Mais ça ne manquait pas, les vomissures de cire recouvraient l'endroit comme les fientes dans un poulailler. Il y avait des coqs sans têtes pendus à sécher sur les poutres, et des colliers de coquilles d'escargots remplis d'humus et d'autres matières. Sur la table de nuit, un petit tabernacle peut-être volé dans une chapelle, qui contenait Le Vieux sait quoi, et un livre entouré de ficelles et d'hameçons, ouvert sur une page calée par un bougeoir fait avec une serre de corbeau, et sur les pages tannées une écriture ondoyante certainement effectuée sous auto-hypnose, à faire passer les pattes de mouches des mémographes pour des merveilles de calligraphie. On ne pouvait rien y reconnaître sauf des symboles que la Soeur Bernadette avait appris à identifier lors de sa formation d'exorciste : caractères hébreus et pentacles. Des lichens et des vers couvraient l'ouvrage qui leur faisait office d'habitat naturel. Le Petit Albert.

"Vous ne m'avez pas remontée dans ma chambre.
- Non, ce n'est pas votre chambre, c'est la mienne.
- Vous, vous êtes...
- Une sorcière, je suppose. Mais si je vous ai entraînée ici, c'est pour vous manifester ma confiance en vous et mon désir de vous soutenir.
- Votre désir...
- La sorcellerie, ce n'est pas ce qu'on vous raconte à l'église ou au diocèse. Pratiquer la magie ne fait pas de tous des servants du diable. Ce sont deux choses distinctes à vrai dire. Et vous avez de puissants ennemis, et moi, je peux être votre amie...
- Mon amie...
- Je sens que vous êtes souffrante et je peux vous soulager.
- Me soulager...
- Laissez-vous faire et vous irez mieux et vous aurez fait de moi votre alliée.
- Me laisser faire..."

La Bernadette approcha sa tête sur la tête de la Soeur Jacqueline. Son haleine sentait l'ail et le persil. Elle écarta les paupières de la nonne et lui lécha la cornée. Elle lui enleva son voile et passa ses doigts gonflés dans la poisse de ses cheveux gris en sueur. Elle avait des ongles longs qui griffaient les habits de la nonne, sauf ses annulaires qui étaient coupés courts. Elle s'en servit pour lui explorer les canaux auditifs. C'était vraiment étrange cette sensation à la fois d'être comblée et de servir de marionnette, de s'abandonner. La Soeur Jacqueline était incapable de déterminer si elle consentait ou non à ce qui était en train de se produire. Commettait-elle alors un péché ?

La Bernadette lui prit la main et l'apposa sur son opulente poitrine. "Sens mon coeur". Celui-ci battait comme celui d'un boeuf et en même temps la nonne sentit que le sien était comme planté d'épines. Elle décida qu'elle était victime d'un sort, qu'elle était prise, oui c'est ça, qu'elle était sous l'emprise de la cuisinière, comment appeler autrement ce sentiment de manque et de dépendance qui l'abritait, et ses inclinations ô combien contraires à ce qu'on lui avait enseigné au couvent ?

Si elle était sous l'emprise, oui comme un enfant coincé sous des draps trop chauds, alors elle n'était pas responsable de ce qui suivrait, elle ne commettait pas de péché, elle n'aurait rien à confesser. Si elle couvrait son ventre de baisers, c'était en dehors de sa volonté. Si elle mordait la chair tout autour du grain de beauté de la Jacqueline, c'était dans un état second. Si elle la laissait la malaxer comme une glaise fertile, c'était comme dans un rêve.

Elle oublia le froid d'automne qui traverse les murs comme du beurre, elle n'était plus qu'une fournaise et seule la Bernadette avait le pouvoir de l'accompagner alors qu'elle se sentait littéralement fondre. Elle la laissa retirer sa robe et ses jupons, en fait elle l'aurait aidée si ses mouvements n'avaient pas été si gauches. La cuisinière sortit un bocal de terrinne de la commode, elle en tartina les chairs de la doyenne, et en mit dans sa bouche pour qu'elle l'avalât avec langueur, alors qu'ensuite de sa tête elle se frottait à son araignée intime.

L'expérience qui s'ensuivit rappella à la Soeur Jacqueline l'auto-médication de la vieille, mais en cent fois plus ardent, en cent fois plus réel. Elle avait le sentiment de procéder là à quelque rite inédit dont seul son corps avait le souvenir, une réminiscence païenne que visiblement on avait tenté, l'oubli aidant, de lui enlever au couvent, mais c'eut été comme déraciner un chardon, on ne peut jamais couper tout le rhizome, et là c'était en train de repousser, le feu dans son ventre et le moyen de le satisfaire, par l'entremise de la Bernadette, elles étaient deux femmes dans la fleur de l'âge et leurs corps sinon leurs esprits savaient quoi faire. La Soeur Jacqueline se fit plus entreprenante, elle enleva chaque bouton de la chemise de la cuisinière comme s'il était lourd comme du plomb, elle délivra les mystères gras et ridés qui avaient auparavant peuplé sa nuit, elle parcourut chaque varice avec avidité, elle lécha là où s'était salé, là où c'était mou, là où c'était humide. Alors que la Bernadette allait de son côté droit au but, la Soeur Jacqueline sentit monter en elle des vagissements que seules ses années de couvent purent l'aider à contenir.

Ainsi donc, c'était cela d'être prise dans les sorts.

Et à ce moment-là, la Bernadette sentit en elle quelque chose qu'elle pressentait à peine, et elle se garda bien de faire des remarques à ce sujet pour le moment.

Image
Static Tensions, par Kylesa, metal, hardcore, punk, stoner, sludge, héroïque et vengeur, l'album de fer et de plomb pour la dernière des expéditions punitives


La Soeur Marie-des-Eaux sortit encore de l'eglise par le presbytère. Il ne comprennait pas cette honte qu'il avait d'aller à confesse. Quelque chose clochait.

Derrière le presbytère, c'était des ronces et des orties, et une masse de chênes aux racines couvertes de glandaies. On était à deux pas de la grand-rue et pourtant en terre étrangère. Et personne n'allait entendre ce qui allait se passer, la main qui bloque d'un rondin la porte du presbytère et les deux paysans qui sortent des fourrés. Y'avait le fils Fournier avec son pif de travers, et aussi celui que le novice identifia comme le fils Fréchin, vu l'air de famille avec le maire. Il était plus jeune et portait fièrement l'habit traditionnel, chemise blanche, gilet noir et sabots. Il avait un peu la gueule de son père mais en plus ovale et il était encore plus grand que lui, avec un grand sourire de petit con. Ils avaient tous les deux des fléaux et pourtant la moisson était passée depuis un temps...

L'opinel du Novice était déjà sorti, mais le gars derrière lui dévissa le poignet et la lame roula dans les fourrés.

Pour une fois, la Soeur Marie-des-Eaux freina ses réflexes de survie et prit une seconde pour analyser la situation. Le gars derrière elle avait disparu. Les deux fils à papa avait pas tout à fait l'air dans leur état normal. On aurait dit des clébards enragés.

Pour le novice, ce fut l'hésitation de trop. Le fils Fournier était petit et pas costaud mais il frappa aussi fort qu'il était bête et lui brisa l'épaule net. Le fléau du fils Fréchin s'écrasa sur ses vertèbres et le cloua au sol.


Lexique :

schlinguer : puer
couârie : discussion


Notes liées aux règles de L’Empreinte :

Menace : une Déité Horla (la Mère Truie)
Lieu de départ : Les Voivres
Avancement :
Acte I – Introspection + Tentation + Agression
Acte II – Introspection + Tentation + Agression (en cours)


Bilan :

Toujours dans l'idée de varier les inspirations aléatoires, j'ai fait deux tirages de Nervure (le prototype, qui comporte juste une centaine de questions orientées à la For The Queen) lors de la création du passé de Champo avec Session Zéro.
Parmi les inspis aléatoires également utilisées : Almanach, Oriente

Une session difficile car j'étais fatigué, j'avais franchement envie de dormir, mais j'essaye de fixer ma session d'écriture à la première après-midi entièrement vacante de la semaine, donc pas question de déroger pour manque d'énergie. Il vaut mieux que je fasse des sessions difficiles plutôt que de trouver des prétextes pour reporter toujours d'un ou plusieurs jours, et finalement louper une semaine, voire ajourner totalement le projet.


Feuilles de personnage :

Les feuilles de personnages sont maintenant centralisées et mises à jour sur cet article

Nouveauté par rapport à la fois précédente :
1 empreinte de plus pour Soeur Jacqueline.
Un passé oublié pour Champo (tiré avec Session Zéro)
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » jeu. nov. 28, 2019 9:34 am

AVOIR UN BON COPAIN

Une partie de Mycorhizes jouée par Messenger sur un mois, marquant le rapprochement entre un misanthrope désabusé et un clochard pratiquant l'hédonisme de l'errance (jouée par moi-même et je dois dire, pas mal inspiré de Bukowski). Cette partie s'est démarquée par ses thèmes sombres et une certaine crudité de langage.

Le jeu : Mycorhizes, jeu de rôle textuel (SMS ou réseaux sociaux) à deux dans l'univers de Millevaux

Joué durant le mois de Juillet 2019

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l'image)

Image
cleanzor & centrifuga theatrante, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : infanticide, cannibalisme


L'histoire :

Joueur d'Ange :
Mon nom: Ange
Mon objectif: Rentrer chez moi

Thomas :
Donc si ton objectif de jonction, c'est "rentrer chez toi", est-ce que ça veut dire que le lieu de jonction, c'est chez toi, ou est-ce que ça veut dire que la jonction est une étape importante pour rentrer chez toi ?

Ange :
Pour le moment, je ne sais pas. On peut laisser le mystère
si ça te va

Thomas :

ok
Ange est un nom/prénom que je considère épicène. Comment faut-il genrer ton personnage ?

Ange :
C'est fait pour ?

Thomas :
OK, alors genre inconnu
Mon personnage : Misfit. Mon objectif : trouver un copain d'errance. je te laisse faire le premier msg ?

Ange :
La pluie s'abat sur mon lourd manteau de plume. J'avance dans un champ de blé sauvage que je caresse de mes mains. Depuis plusieurs mois déjà, j'envoie des messages comme des bouteilles à la mer.

ll Les nuages se sont-ils endormis ?
Le vent sait-il où je suis ?
Mon errance est-elle infinie ?
Petite lune, montre-moi un abri... ll

Misfit :
Je trébuches dans les ronces sous la lune. Je suis tellement ivre que seul mon corps est conscient, mon esprit est comme anesthésié.
ll (date inconnue) Hey comme ça tu ne trouves plus ton chemin ? Moi je connais tous les chemins alors suis-moi... ll
Tu aperçois un gamin qui court, en hardes, torse nu, pieds nus, à travers le champ en direction de la forêt, il cherche à se réfugier de la pluie qui tourne à l'orage.

Ange :
Je m'accroupis et ouvre mes bras en croix malgré la lourdeur de mon manteau, dont les plumes dégoulinent d'eau de pluie. Dans un bref un flash lumineux, je ressemble à un oiseau déployant ses ailes pour s'envoler.
C'est la première fois qu'on me répond.
|| Qui es-tu ? ||

Misfit :
l'enfant vient se réfugier sous ton manteau. Il ouvre des grands yeux et ne semble pas pouvoir parler hormis d'étranges sifflements
et raclements de gorge
ll Je suis Misfit, j'ai roulé pas mal ma bosse dans la forêt. Je ne m'attarde jamais longtemps au même endroit, parce que les gens dans les communautés me tapent vite sur le système.ll
Hrp : n'oublie pas que tu dois aussi faire le décor et les figurants pour ma pomme ? ll

Ange :
J'embrasse l'enfant et le laisse réfugier sous mon manteau. Puis je le regarde, je l'inspecte sous toutes ses coutures. Qui est-il ? Que fait-il ici ? Cela fait si longtemps que je n'ai pas croiser d'être humain.
|| C'est la première fois qu'on me répond. Où es-tu ? Peux-tu m'aider ? Je veux rentrer chez moi... ||
Tu es tellement ivre que tu avances au hasard de tes pas. Chacun pas est d'ailleurs de plus en plus lourd et tu laisses de lourdes traces derrière toi. L'impact de tes pieds sur le sol résonne comme un tambour, jusqu'à ce dernier pas que tu fais dans le vide. Lorsque tu reprends conscience, tu réalises que tu as fait une chute au bord d'une falaise et que tu tiens en équilibre au dessus du vide.

Misfit :
L'enfant ne parle pas, il n'émet que des sons étranges. Il a des attitudes toutes aussi étranges, comme s'épouiller la peau avec les dents. Il te regarde avec de grands yeux comme une poule qui aurait trouvé un couteau. Qu'est-ce qui fait que tu as envie de le recueillir malgré son comportement étrange ? II Oui, je peux t'aider, j'ai dit que je connaissais tous les chemins. Coquin de sort, il faut d'abord qu'on se retrouve...ll Mon pas ivre me guide toujours où je dois aller. Je dois l'écouter et ne pas faire machine arrière. J'ouvre mes mains pour poursuivre ma chute.

Ange :
J'ai toujours passé ma vie dans la solitude. Un enfant. Peut être qu'un jour j'en ai voulu un. Je ne me souviens plus. La solitude, ça je m'en souviens. Les rares compagnons que j'ai eu dans mon périple n'ont pas été tendre avec moi. Un enfant. L'innocence. Qui sait, peut être réside en lui le dernier fragment d'innocence de ce monde pourrissant.
|| Il faudra que tu m'en dises plus sur toi. Je ne sais pas si j'ai envie qu'on se rencontre ||
Tu chutes. Tu voles même, l'espace d'un instant. Et la chute n'en est que plus violente. Tu es bientôt entrainé par dans un courant et tu commences à boire la tasse. Heureusement, tu es tombé dans un fleuve. Pourquoi es-tu sur la route finalement ?

Misfit :
Comme tu l'as aidé à se mettre à l'abri de l'orage, l'enfant semble attaché à toi et te suit ensuite. Mais vous arrivez devant un sentier façonné par le pas des hommes et des bêtes, et le gamin se met à le suivre, tant en tirant ta manche pour que tu l'accompagnes. Que fais-tu ?
ll Tu as beau jeu de me poser des questions ! Je suis juste un vagabond, un clochard forestier, je suis plus digne de confiance que ces pourris qui vivent confinés dans les enclaves, capable des pires choses pour préserver leur petite sécurité. Mais toi, tu ne m'en dis pas beaucoup sur toi ! ll
Je suis sur la route parce qu'au départ je suis un trimard, j'allais de communauté en communauté pour vendre mes bras. Mais une fois je suis arrivé dans une communauté et on avait pas de taf pour moi. Après, j'ai créché j'ai une femme qui disait être ma tante mais au bout d'un moment on s'est plus entendu elle m'a foutu à la porte. Après je suis reparti sur les chemins. Bon, y'a peut-être aussi que j'ai picolé deux ou trois fois, mais grosso modo je me plais plus au milieu des hommes.

Ange :
L'enfant m'emmène sur un chemin qui me fait peur: celui des hommes. Son innocence l'aveugle. Les hommes sont mauvais mais il ne le sais pas encore. Non, mon enfant, ne prend pas cette route. C'est celle qui dévoilera le pire de toi même... Je m'agenouille et lui lâche la main. D'un simple geste de la main, je lui dis non.
|| Pourtant tu es un homme. Tu connais les chemins de ce monde et moi je suis perdu. Mais rien ne me dis que tu n'es pas comme eux. Tu veux en savoir plus sur moi ? Qu'est-ce qui me dit que ce n'est pas pour faire ce qu'ils ont déjà fait ? Prouve-moi que tu es digne de confiance... ||
Quelles étaient les relations que tu entretenais avec cette femme ? Amie ou Amante ? Tu ne t'entendais plus avec elle à cause de quelle genre de dispute ? A quoi ressemblait ce village et pourquoi n'y avait-il pas de taf ?

Misfit :
L'enfant te fait un signe en portant la main à sa bouche pour te faire comprendre qu'il a besoin d'aller chez les hommes pour trouver de la nourriture. II dis-moi où tu te trouves et je te dirai comment trouver un chemin plus sûr, si ça te convient comme test de confiance... ll Ben elle disait que c'était ma tante, alors peut-être qu'elle a essayé de me baiser mais j'ai dit non elle était trop vieille. Tu sais, le village c'était la carte postale habituelle. Des baraquements en tôle et en parpaings et avec ça ils se prenaient pour des milords, comme si j'étais pas assez bien pour eux parce que je dormais à la belle étoile plus souvent qu'à mon tour. C'est pas vraiment que ça manquait de taf, il y avait toujours à faire pour réparer leurs fichues baraques qui fuient de partout ou pour se battre contre la forêt pour cultiver trois betteraves; mais c'est juste que j'aimais pas leur façon de travailler. J'ai bossé pour un gars à réparer sa toiture mais une fois je suis arrivé en retard le matin, juste un peu bourré quoi il m'a viré et moi je lui ai dit d'aller se faire foutre.

Ange :
Je suis tourmenté. Non, je ne veux pas revoir d'humains, pâles pantins de chair dénués d'intelligence. Je fais signe à l'enfant que je lui trouverai de la nourriture et tente de le rassurer.
|| Le problème c'est que je ne sais pas où je suis. Il y a un champ de blé et un bois un peu plus loin. Peux-tu réellement savoir où je me trouve à partir de ces infos ? J'en doute ! ||
Tu continues donc sur le chemin, après ta chute. Tu t'éloignes de plus en plus de la dernière communauté dans laquelle tu as vécu. Un vent de liberté souffle sur tes traces. Bientôt, tu arrives devant une cahute, une sorte d'abri de fortune en tôle. Une bonne odeur de potée émane de l'habitation.

Misfit :
l'enfant te suit en traînant des pattes. Il va dédaigner toute la nourriture que tu lui proposeras par la suite, bien qu'il semble littéralement mourir de faim.
ll J'ai pas mal roulé ma bosse et y'a pas trente-six communautés qui arrivent à faire pousser du blé dans les essarts. T'es à côté du village des Défricheurs. T'as dû voir un sentier marqué d'une borne à tête de loir qui y conduisait. Si tu veux me rejoindre, il faut au contraire t'enfoncer dans la forêt à l'exact opposé. Fais pas gaffe aux ronces. T'arriveras à un vieil orme frappé par la foudre, on refera un point à ce moment là. ll
Une soupe... Moi qui suis déjà trempé comme une soupe. Je frappe à la porte pour demander aux tauliers l'aumône de leur potée.

Ange :
L'enfant me fait de la peine. Je décide d'ignorer pour le moment son état. Il faut que j'avance. Je me dirige donc à l'opposé du sentier de terre pour m'enfoncer dans la forêt et suivre les indications de mon compagnon éthéré. J'espère qu'il n'est pas comme les autres...
|| Merci. Je vais faire comme tu m'as dit. Je t'accorde ma confiance. Ne me déçoit pas. ||
Avant même que tu ne frappes à la porte, une jeune femme frêle et pâle ouvre la porte. Elle est vêtue de belles soieries et sent le parfum de rose. A ta grande surprise, ses cheveux sont de fins filaments d'or qui ondulent sur ses épaules au gré de sa respiration timide. "Je t'attendais voyageur. Entre. Réchauffe toi, nourris-toi et prend du repos."

Misfit :
Tu arrives au vieil orme frappé par la foudre, mais il y a une surprise. Il y a un homme en haillons, occupé à veiller un petit bébé dans un lange noir. Le nourrisson a l'air souffrant. L'enfant te fait de gros yeux comme s'il insistait pour que tu prennes le temps de les aider.
Cette donzelle sent le piège à plein nez. Mais j'ai deux problèmes : j'ai la dalle, et je suis accro au sexe. HRP : Si ça t'ennuie qu'il y ait des scènes sexuelles, je t'invite à faire Revisitation ou tout simplement à me notifier les lignes et les voiles en la matière. Dejà de base, j'ai pas prévu que mon perso soit un agresseur sexuelle, bien qu'il soit mal dégrossi FIN HRP Du coup, je sais que je vais avoir des problèmes, mais après tout c'est pas moi qui vais devoir les gérer mais le Misfit de demain. Du coup, je me fais pas prier pour entrer dans le cabanon d'un si joli petit lot et de sa potée odorante.

Ange :
Aidez les gens, très peu pour moi. Je laisse les hommes à leurs problèmes en général. Mais là, il y a un bébé. Une être peut être encore pur, immaculé des horreurs de ce monde. Je serre la main de l'enfant et me dirige vers le vieil homme
|| Tu avais raison. Il y a bien un vieil orme... Reste à me prouver que c'est le bon chemin l'ami. ||
La jeune femme te laisse entrer sans un mot et t'invite à t’asseoir. La table est dressée, un bol de soupe t'attend. Si tu en manges, tu te rendras vite compte qu'elle remplit l'estomac et a un arrière de goût de viande bouille, chose rare dans la région. Après un court instant, ton esprit s'embrume. Les vapeurs d'encens et le parfum de rose te prennent à la gorge. La jeune femme aux cheveux d'or s'allonge lascivement sur sa couche et défait sa robe.

Misfit :
L'enfant a l'air très heureux que tu ailles les aider. Tu inspectes le bébé et si en effet il a l'air souffrant, tu connais les herbes qui pourraient le soulager. Est-ce que tu prodigues tes savoirs médicinaux ?
ll C'est le bon chemin, mais je te donnerai de nouvelles instructions plus tard, là je suis un peu occupé hé hé. Mais tu n'as qu'à m'en dire plus sur toi de ton côté, en attendant. ll
Bon, le piège se referme, mais je vais pas me laisser piéger sans en profiter. Je me désape aussi, révélant mon corps crasseux et grêlé de maladies de peau. Je suis prêt à faire la bête à deux dos.

Ange :
Sans un mot, je me dirige vers la forêt où j'espère trouver de quoi soigner le bébé. Puis, je prépare ma concoction sans chercher à en savoir plus sur ces gens. Je ne veux pas m'attacher, me laisser distraire.
|| Je cherche à rentrer chez moi. Seulement, je ne sais pas où c'est. J'ai la sensation que ce n'est pas loin, que c'est quelque part à l'horizon. Je veux fuir les hommes et leur méchanceté. Je veux rentrer chez moi où je serai à l'abri... Voilà tout ce que tu as besoin de savoir l'ami. ||
Le piège se referme en effet comme tu l'avais prévu. Mais est-ce que savoir est suffisant pour vaincre ? Dans la volupté de l'instant, tu te perds dans les arômes parfumées de la jeune femme. Bientôt, tu n'as plus envie de repartir. Se poser, fonder une famille, vivre en heureux sédentaire... Tiens, ça sonne pas mal après tout, n'est-ce pas ? Finalement, qu'est ce qui te donnerait encore la force de continuer à voyager ?

Misfit :
Le vieil homme, perclus de fatigue, s'est endormi contre l'orme. Pendant que tu étais concentré sur la préparation de la décoction, tu as laissé l'enfant veiller sur le bébé. Tu entendais juste des petits bruits mais tu ne t'es pas inquiété. Puis un hurlement. Tu t'es retourné, mais le mal était fait. L'enfant avait développé une tête de corbeau et avec son bec il avait extirpé les yeux du bébé de ses orbites et les avaient dévoré ! Cet enfant, en fait, c'est une stryge, un Corax sans intelligence !
Je ne m'attendais pas à ce genre de piège. je pensais qu'en plein acte, elle se transformerait en horla pour tenter de me bouffer. mais quand je la vois sitôt la chose consommée commencer à faire des plans sur la comète et m'emprisonner dans ces bras, là je comprends le vrai piège. Ce qui me donnerait la force de continuer à voyager ? mais si je voyage, c'est par faiblesse, par facilité. Pour échapper à toutes les chianteries qu'implique la vie de couple : devoir bosser, être fidèle, s'occuper de quelqu'un, rester sobre... Ce n'est pas mû par le courage et la force morale que je vais me barrer, mais par la plus grande lâcheté, en pillant son garde-manger au passage.

Ange :
Voilà pourquoi je ne me mêle pas des affaires des hommes: cela finit toujours mal. D'une manière ou d'une autre, je fais du mal à quelqu'un en fin de compte. Je me lève donc et m'enfuis. Je veux rentrer chez moi. J'ai envie de laisser derrière moi les horreurs de ce monde. Tant pis pour les enfants, les femmes et les hommes. Qu'ils aillent tous en enfer. Je ne veux plus rien de tout cela.
Comment résistes-tu à cette tentation ? Comment te défais-tu de cette emprise ?

Misfit :
Puisque tu es si blasé.e des hommes, pourquoi veux-tu rentrer chez toi ? Et comment réagis-tu quand tu vois la stryge te filer le train, visiblement inconsciente d'avoir fait quelque chose de mal ?
Je me cogne la tête sur le bois du lit, jusqu'à littéralement pisser le sang. En général, la douleur permet de faire passer ce sentiment d'euphorie qui est le signe que je suis en train de m'attacher comme un chien s'attache à ses chaînes. Je ne vaux pas mieux qu'un clebs, d'ailleurs personne ne vaut mieux, mais au moins je suis libre.

Ange :
A vrai dire je ne sais pas ce qu'il y a chez moi. Je ne sais pas où c'est non plus. Je ne sais pas qui y habite. Je ne sais pas à quoi ça ressemble. "Chez moi" est une essence, deux mots qui portent une charge énorme. J'ai l'intuition que "chez moi" est un lieu pur, sans méchanceté, sans horreur, sans souffrance. J'en ai assez de ce monde de merde et je veux rentrer chez moi. Je sais que "Chez moi" existe, je l'ai intuité dans mon sommeil. Maintenant, il faut que je souffre pour l'atteindre.

Quant à la Stryge, je fais tout pour la semer. Je l'ignore tant bien que mal. Si elle me gène, je devrais m'en débarrasser.
Tu reprends donc peu à peu conscience. La jeune femme aux cheveux d'or est toujours sur toi mais elle n'est plus aussi belle, ni aussi jeune. Le parfum se dissipe et tu commences à voir que la hutte dans laquelle tu te trouves est un vrai capharnaüm, sales et en désordre, où rampent des insectes et des rats. Le festin n'était rien d'autre que des restes de viandes avariées. Bref, le charme se dissipe avec le doux parfum de rose.

Misfit :
La Stryge te file le train, elle connaît mieux la forêt que toi, et donc même quand tu t'aventures dans des maquis perclus de ronces et d'orties et de souches renversées, tu n'arrives jamais à la semer, juste à te perdre davantage. L'enfant a repris sa forme humaine, il te suit la gueule pleine de sang et a pas l'air de comprendre en quoi il t'a déçu.
ll Désolé pour mon silence, j'étais un peu occupé... Mais je commence à bien voir où se trouve ton chez toi... Je peux vraiment m'y amener. Depuis l'orme, tu dois longer la rivière aux ordures, suis toujours l'affluent qui a le plus d'ordures à sa surface et tu me trouveras. Si t'es plus à l'orme, il faut d'abord que tu y reviennes.ll
Je dis à la femme : "Tu sais, si tu voulais me donner à bouffer et te prendre un coup de rein en échange, t'étais pas obligée de faire toutes ces manières, j'suis pas difficile... Mais bon, tu me facilites la tâche. T'as voulu m'embrouiller, comme toutes les autres, comme tous les autres. Alors, c'est plus facile pour moi de te dire bye bye. je t'embarque ces bouteilles de vieux pinard. Compensation pour ta tromperie.

Ange :
Je ne sais pas si je dois faire confiance à à Misfit. Et si il était comme tous les autres ? Et si il essayait de me berner ? Et si il était violent, sauvage, dégoûtant, ... humain ? Je m'assoie un instant et je médite. Je pèse les pour et les contre. Cette personne ne m'a pas menti pour l'orme. Mais j'ai peur d'être encore déçue. D'une voix sans expression, je lance à la Stryge: "T'en penses quoi toi ?"
La femme te regarde avec un sourire. "Dommage, tu aurais été délicieux..." Tu réalises alors ce que tu viens de manger. La viande avariée n'était certainement pas du porc.

Misfit :
La Stryge te jette un regard plein de confiance... de confiance en toi. Qu'est-ce qui fait que tu ressens le besoin d'avoir quelqu'un sur qui te fier, malgré ton dégoût de l'humanité ?
"OK, là c'est marre, je dis". Je descend la moitié de la boutanche d'un cou, puis je la brise sur une table et je la lui plante dans la gorge, tout en lui gerbant à la gueule.

Ange :
Certainement un vieux réflexe conditionné. Je suis perdu alors je demande mon chemin. L'humanité me dégoûte mais au fond de moi, cette part de naïveté qui n'a pas encore été écrabouillé par la méchanceté humaine espère encore que les autres sont dignes de confiance. Cette part de moi se rapetisse de jour en jour. Le jour où elle disparaîtra complètement, le jour où cette naïveté primitive sera anéantie, je ne sais pas si je serai capable de vivre encore. Je me tourne vers la Stryge. Si cette bête me fait confiance à moi, je peux faire confiance à un homme. Une dernière fois ?
|| OK, je vais me diriger vers l'orme. J'attends tes instructions là bas ||
La tension redescend. Le parfum se dissipe. La scène se fige. Que ressens-tu ?

Misfit :
La stryge est fatiguée. Il faut que tu la prennes dans tes bras pour la ramener jusqu'à l'orme à travers le fouillis de végétation
ll Je t'ai déjà donné mes instructions : suis la rivière de déchets. Je serai au bout s'il m'arrive pas de pépin en chemin. ll
Je me sens... dégoûté. Une grosse gueule de bois physique et morale. Je pisse sur les restes de la cabane et je me casse. Ce soir je dormirai à la belle étoile et même si on se gèle les couilles et qu'on est à la merci des prédateurs on est mieux que dans le giron d'une vieille folle, qu'elle se prétende belle ou tante ou toutes ces personnes qui disent savoir ce qui est bon pour moi alors qu'elles feraient mieux de s'occuper de leurs fesses.
HRP pardon pour le niveau de langage je sentais le personnage comme ça, j'espère que ça te gêne pas trop, sinon je peux faire un effort pour le faire évoluer FIN HRP

Joueur d'Ange :
HRP: je ne sais pas ce que tu en penses, mais on peut faire la jonction non ?

Thomas :
oui si tu veux. On voit ça lundi ?

Joueur d'Ange :
tu me diras comment ça marche ?

Misfit :
Et bien d'abord, on va se retrouver, on va peut-être échanger un peu et après il y aura quelques questions cruciales
(je démarre, histoire de gagner du temps)
Arrivé au bout de la rivière de déchets, tu trouves en effet Misfit qui t'attend, en train de cuver dans les feuilles mortes. "Et bien te voilà. On va pouvoir se mettre en route. Du moins si ton dégoût de l'humanité te pousse à me mettre un coup de couteau entre les omoplates au moindre faux pas"

Ange :
Je suis surpris par ce ton direct et cette franchise. Je tiens toujours la stryge endormie dans mes bras. "Je te fais confiance jusqu'à ton prochain faux pas, en effet..."

Misfit :
alors je vais être cash et t'en dire plus sur ta destination. Je vais t'amener chez toi comme promis mais ça ne veut pas dire t'amener quelque part, au contraire. Ton chez toi ce sera la route, c'est le seul endroit où tu seras bien, et ton seul foyer ce sera un copain.
HRP : A moins que tu ressentes le besoin de dialoguer plus avant avec Misfit d'abord, tu dois répondre à ces questions :
+ Quitte-tu Misfit ou continuez-vous la route ensemble ?
+ Essaie-tu de tuer Misfit ?
+ Maintiens-tu l'objectif que tu t'étais fixé pour votre jonction ? Si non, quel est
ton nouvel objectif ? FIN HRP

Ange :
Je regarde l'homme en face de moi avec surprise. On peut voir que je suis très déstabilisé par cette réponse. Je ne m'attendais pas du tout à cela. Tout en gardant le garçon dans les bras, je m'avance vers Misfit et je m'assoie à côté de lui. "J'ai bien peur de ne pas comprendre... Eclaire-moi."

Misfit :
chez toi, c'est nulle part. N'espère retourner d'où tu viens et retrouver les tiens. Tu n'y trouveras que ruine et désolation, que la mesquinerie et les atrocités des sédentaires, ceux là-bas qui se prétendaient ta famille et tes amis, tu n'y verras que des monstres, aussi humains soient-ils. Ton vrai chez toi, c'est pas ton ancien chez toi que tu as oublié et que tu idéalise, mais c'est ton nouveau chez toi, la route, à toujours fuir cette humanité qui nous débecte tous les deux. C'est pour que ça que je suis ton guide idéal : parce qu'on va au seul endroit qui sera bien : nulle part

Ange :
Je regarde le ciel avec mélancolie et soupire. Petit à petit, cette illusion que je m'étais fabriqué de toute pièce sur mon "chez moi" se détricote. Et si Misfit avait raison ?

"Et toi ? Tu cherches un chez-toi aussi ?"

Misfit :
Ben non, je cherche juste un copain, et peut-être un chien.

Ange :
Je m'attendais à quelque de plus profond et je regarde maintenant Misfit avec méfiance. Je pensais que nous allions être sur la même longueur d'onde, mais ce qu'il dit fait l'effet d'un coup de fouet sur mon esprit. Comment ai-je pu me laisser berner ne serait-ce qu'une seconde par ce type qui ne comprend définitivement pas ce que je ressens.

"OK... Montre moi le chemin alors !" dis-je avec un ton neutre. Ma frustration est visible et mon humeur changeante est suspecte. Dès que Misfit a le dos tourné, je lâche l'enfant et tente de le poignarder. Je terminerai mon voyage seule: nos destinations ne sont pas compatibles.

Misfit :
Est-ce que je maintiens mon objectif (trouver un copain d'errance) : oui, du moins je crois que j'y suis parvenu, ne sachant pas ce qui se trame. Alors que je te tourne le dos, je dis juste une chose : "Par contre, il faudra tuer la stryge. On peut pas se coltiner une créature qui bouffe les yeux des bébés"
Est-ce que j'essaye de te tuer : Non, j'ai confiance en toi.
Tu dois maintenant répondre à cette dernière série de questions :
Misfit accomplit-t-il son objectif (trouver un copain d'errance) ? Je pense que non, vu ce que tu viens de dire, mais je dois quand même te demander.
Si Misfit essaye de te tuer, y survis-tu ? Question caducque, puisque Misfit n'essaye pas de te tuer

Ange :
D'accord avec toi: Misfit ne trouve pas son copain d'errance
Je continuerai de voyager avec la Stryge

Misfit :
Est-ce que ton personnage accomplit son objectif ? Non, il ne trouvera jamais son chez-lui. Il quitte Misfit alors que son corps est à peine froid, entraînant la Stryge avec lui. Peut-être créeront-ils un nouveau chez eux, l'ancien est sûrement perdu.
Misfit est mort comme il a vécu, sans fleurs ni couronne


Discussion après-jeu :

Thomas :
Merci beaucoup d'avoir joué !
As-tu des commentaires ?

Joueur d'Ange :
Merci pour la partie.
Je te ferai quelques commentaires quand je trouverai le temps de mettre tout cela à plat
qu'en as tu pensé ?

Thomas :
Et bien c'était la première fois que je faisais pas réseau sociaux, donc les échanges sont plus développés que par sms, c'est intéressant (mais en revanche c'est plus décousu vu que ni l'un ni l'autre on avait les dispos de répondre tous les jours). Je pense que toi et moi on est parti sur une pente plus noire qu'à l'accoutumée, moi ça m'intéresse pour changer, j'espère juste que ça ne t'a pas dérangé

Joueur d'Ange :
Concernant la partie:
- J'ai bien aimé dans l'ensemble. J'ai retrouvé avec plaisir l'univers de Millevaux
- J'ai eu beaucoup mal à me positionner dans la narration. J'ai beaucoup joué par forum quand j'étais plus jeune et cette expérience s'en rapproche pas mal. Ceci dit, le format facebook ne permet ni l'immersion (confort de lecture, image, mis en forme de texte) ni le plaisir littéraire (messages en général court, pas spécialement fouillé)
- J'ai eu du mal à trouver des accroches pour ton personnage. Les quelques obstacles que j'ai tenté de mettre en oeuvre ne me satisfont pas à 100%, d'une part parce que Misfit n'avait pas d'attache à part la route, d'autre part peut être parce que j'avais du mal à me mettre dans le jeu à cause du format. J'aurai aimé trouver mieux, plus poignant, plus percutant, plus pertinent.
- J'ai un peu de regret de ne pas avoir réussi à exploiter à 100% mon personnage, surement pour les mêmes raisons que pour Misfit
- In fine, j'ai dû déployer des outils à moi pour tenter de trouver de quoi avancer: poser des questions, trouver des attaches, poser un choix moral, ect. Bref, j'avais l'impression de jouer un version bâtarde de Terres de Sang et Inflorenza Minima. Cela ne veut pas dire que c'était pas cool, au contraire. Une simple sensation de flottement en jeu, de difficulté de positionnement de ma part.
Voilà voilà !
Merci pour la partie en tout cas. C'était très cool ?

Thomas :
Merci beaucoup pour ton retour ! Pour la petite info, Mycorhizes est plus ou moins un hack de Inflorenza Minima, donc c'est en effet utile d'y réincorporer des notions de Minima. Par ailleurs, je pense que Les Forêts Mentales, spécialement étudié pour le format forum, t'aurait peut-être davantage convenu au vu de ton retour.
Mon choix de personnage a pu en effet poser problème, je m'en rends compte. j'ai fait un personnage de clochard inspiré de Bukowski, et du coup, c'est presque littéralement un murder hobo. ça n'est pas impossible de trouver des attaques morales pour un tel perso, mais ça prend du temps, c'est plus difficile que, par exemple, mon précédent perso de Mycorhizes qui était un père de famille
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu » jeu. déc. 05, 2019 10:27 am

AUX JOURS D'HIER, LA RONDE DE L'OU LI

Suite de la campagne Les Brimbeux. Les personnages, devenus mémographes vont rencontrer une vieille femme qui confond les différents personnages incarnés par la même personne et affronter une tempête d'égrégore. Un enregistrement par Claude Féry

Le jeu : Dégringolade, un jeu de rôle Millevaux pour accepter l’oubli comme condition essentielle au bonheur, par Claude Féry

Joué le 03/03/19

Image
Roberto Saltori, cc-by-nc, sur flickr



Le contexte :

Voici le témoignage audio de l'épisode 8 de notre campagne "Les Brimbeux" joué le trois de marche avec Dégringolade
Il est est intitulé "aux jours d'hier, la ronde de l'ou li".
Bonne écoute !

Voici aussi un discours d'ambiance, Prime Directive.

Voici ma petite banque d'images que j'envisage d'utiliser pour mener l'épisode 8 de ma campagne Les Brimbeux baptisée "aux jours d'hier, la ronde de l'ou li".
L'idée actuelle est de jouer cet épisode sur huit sessions, majoritairement avec Dégringolade, mais certains avec Sève/Fripouille au retour ou à la rencontre de Chupdia et de Nalion, de Gaster et Samael, de Hermann et Smerdy, ou bien encore avec Bois-Saule lorsqu'ils retrouveront Léo.

Image


Retour de Thomas après écoute :

A. Le speech d’intro est impressionnant.

B. Super ambiance, vraiment très millevalienne, mais vraiment très peu de temps de parole pour les joueurs.

C. « Tout est lié » : j’ai bien senti la référence aux Sentes:)

D. Intéressant que la vieille femme confonde le perso de xavier avec son personnage de Bois-Saule (qu’elle va finalement retrouver dans votre campagne Bois-Saule avant de mourir dans ses bras).

E. La musique est vraiment géniale.

F. J’adore le concept de tempête d’égrégore.

G. Excellent la musette en clôture pour le côté nostalgique d’un jeu basé sur l’oubli

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Réponse de Claude :

B. Je dois lâcher la pastille. Et je dois me cantonner à des questions que posent les figurants et les décors.

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Épisodes précédents de la campagne des Brimbeux :

* : partie enregistrée
** : partie enregistrée, sans compte-rendu écrit

1. Les Brimbeux*
Premier test du jeu par Claude, Gabriel et Mathieu Féry. Création de personnages et menues péripéties autour d’un cadenas mémoriel et d’une crête de punk.

2. Trouille *
Suite de la campagne menée dans les hortillonnages normands, une petite Venise maraîchère hantée par de dangereux horlas à tête de courge. Avec un test de « pas de côté » sur la prise de narration lors des jets de dés.

3. Le voleur de gidouille *
Une partie toute en narration, avec d’étranges rencontres et d’étranges reliques.

4. Que meure la bête **
Une séance entière de planque pour échapper au monstrueux propriétaire de la gidouille.

5. Mala **
Une partie des plus étranges au cœur de la forêt hantée par un horla, sans presque aucun jet de dés.

6. Je suis un Caillou *
Quand l'égrégore permet toute la puissance d'une chanson. Suite de la campagne des Brimbeux avec un détour mécanique par le jeu de rôle Sève !

7. Écoute **
Un épisode marécageux en quête de nourriture et d’un copain disparu. Une partie rythmée par une scansion hallucinée tirée d’une fiction audio de Carine Lacroix.


8. Kipande, les Galeux *
Un interlude à la campagne des Brimbeux, joué avec Sève, l’occasion d’un périple en barque ronde sur les terres inondées des hortillons, avec un accent toujours plus mis sur la mise en scène et la narration.

9. Samaël *
Alors que la terre est de plus en plus soumise au déluge, un jeune vacher rejoint le groupe des brimbeux.

10. Alphonse *
Alternance de paysages et de rencontres étranges, et interrogation sur le jeu descriptif VS les émotions des personnages.

11. Rouge *
Une exploration de la forêt du dessous.

12. Marie *
Suite des pérégrinations des petits brimbeux dans la forêt du dessous, avec la rencontre de ses étranges habitants… et d’une femme astronaute. La collecte des noix pour les futurs rêves a commencé.

13. Le Crafougna **
Une exploration de la forêt du dessous qui se solde avec la rencontre d'un croquemitaine issu de cauchemars enfantins... et un choix difficile.

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