[CR] Millevaux et autres jeux Outsider

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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

ON SE COUCHE AVEC SES MORTS

Au lendemain du combat avec la Mère Truie, on compte les retombées.

Joué / écrit le 25 & 26/03/2020 et le 02 & 03/04/2020

Jeu principal utilisé : aucun pour cette session

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Andrew Huff, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : handicap, dépendance


Passage précédent :

18. Le martyre
Suite et fin de l'épouvantable combat contre la Mère Truie !


L'histoire :

Image
Symballein, par Troum, l'ambient drone d'un monde spectral, ou voix, atmosphères, terre et mer se confondent dans un flou lointain.

Pour le Père Houillon, l'aube, bien que déchirant les ténèbres de ses branches, n'apporta que confusion. Revenant d'une expédition nocturne qu'on lui avait tu, les exorcistes arrivaient avec un mort, un estropié et deux nouveaux-venus.

Dès lors, le Père Benoît avait littéralement fait de lui sa bonne du curé. Il avait dû aménager un grabat pour la Soeur Marie-des-Eaux, faire la toilette mortuaire de Champo, fournir au Père Benoît des béquilles qui lui servaient pour ses crises de goutte.

Rouge de fatigue et d'incompréhension, il s'attela au plus dur. Madeleine Soubise sentait très fort le lait, la bouse, la bauge et le pus. Le petiot sentait le charbon. "Voici ma bassine, la pompe à bras est ici, les pierres chaudes là... Et l'essentiel est... ici !" Il montra le gros morceau de savon de lichen. Il leur pria de conserver par devers eux leurs objets précieux, et jeta leurs robes de nuit au feu, puis leur dénicha des habits de ferme dans la réserve dédiée aux indigents.

Il se dandina ensuite vers le cellier. Une lampée de kirsch lui remettrait les idées en place. Il trouva le Père Benoît en train de descendre sa bouteille.

Pour le repas du midi, le Père Houillon, qui n'avait jamais de si grandes tablées, bricola une salade de pissenlits aux croûtons arrosée d'une meurotte et accompagnée de lardons que le Père Benoît mit de son côté, lui qui pourtant aimait tant la charcuterie. Tous mangèrent en silence, agglutinés autour du founet, qui prodiguait une chaleur bienvenue dans les vieilles pierres du presbytère. Le regard halluciné de la Sœur Jacqueline, tapisserie des horreurs du monde, était impossible à soutenir.

Après le repas, la Madeleine demanda au Père Benoît la permission de faire une sortie rapide. Tout préoccupé qu'il était par d'autres sujets, il lui donna sa bénédiction à condition qu'elle se fît discrète, ce qu'elle jura ses grands Vieux.

Puis il sortit à son tour avec le père Houillon. Il lui prit les clés du presbytère, qu'il ferma à double tour. Une expédition punitive des Soubise était à craindre, malgré l'état dans lequel ils les avaient laissé.

Ils se rendirent dans la chapelle des indigents, au cœur du cimetière, afin que le Père Benoît puisse examiner le corps de l'homme tombé du ciel, à la flamme des bougies. Il étudia longuement ses fractures de chute, mais aussi la texture singulière de son oeil.
Le père Houillon s'épongea le front. "Je ne vois pas pourquoi vous voulez voir ce malheureux... Quel rapport avec votre affaire ? Les enterrements relèvent de mon domaine...
- Et la diablerie relève du mien. Il semble que nous n'en avons pas fini. Par ailleurs, j'ai besoin de vos conseils. Il nous faut mettre Madeleine Soubise et son enfant à l'abri hors des Voivres. Dans quel village pourraient-ils trouver refuge ?
- Si vous voulez les mettre assez loin, que ça soit difficile d'aller les y chercher, je dirais de monter jusqu'à Xertigny.
- Et comment peut-on s'y rendre ?
- Là, c'est le problème. Champo aurait connu le chemin. Mais voilà... Ou sinon, il y a les bohémiens, mais je leur ferais pas confiance."

Quand ils sortirent de la crypte, le ciel était devenu une chape de suie.
"Moôn, ça annonce du beau !"


Peu après leur retour, la Madeleine frappa à la porte du presbytère. Elle avait tenu sa promesse de faire court, espérons qu'elle ait été également discrète. Le père Houillon trouva la Sœur Jacqueline assise au chevet de la Sœur Marie-des-Eaux. Cela lui fit l'impression qu'elles se veillaient mutuellement, il trouva ça touchant. Puis il constata que la doyenne s'était pissé dessus.

"Ah, le chameau !"

Le cœur au bord des lèvres, il fit venir une lavandière et lui lâcha un sou avec pour mission de laver ce sale linge humain. Elle s'acquitta de sa tâche en chantant. Elle prit soin de la doyenne comme d'un nourrisson. Le crépuscule tout zébré de branchages jetait sur elles les feux d'un tableau irréel.

Le Père Benoît tendit au curé un message écrit de son calame personnel.
"Un courrier à envoyer d'urgence au diocèse, par un de vos pigeons voyageurs.
- Je ne veux plus envoyer de pigeons ! Les corbeaux les zoquent !
- Puisque c'est comme ça, je vais vous faire plusieurs copies, vous en enverrez une par jour, même après mon départ.
- Mais tout mon colombarium va y passer !
- Alors c’est que le Vieux veut. Il lui déplaît peut-être que vous ayez laissé des pigeons nicher dans votre clocher."

La nouvelle avait couru qu'en tant que nouveau chrétien, Champo aurait droit à une veillée funèbre au presbytère, et quelques personnes se rendirent, qui avec sa quenouille, qui avec son livre, qui avec son morceau de bois, son ciseau et sa gouge, au chevet du sherpa. La Mélie Tieûtieû, encore une fois venue par prodige à pied de Gremifontaine sans encombre, le Sybille Henriquet, tout contrit, étreignant sa casquette, la Bernadette, qui avait fait des beignets de pomme de terre râpées, Sœur Joseph, la maîtresse d'école : "Comment je vais faire maintenant ? Je vais devoir aller chercher les piots toute seule."

La visite la plus surprenante fut celle d'Augure, qui ne lâcha pas un mot de la soirée, se contentant de fixer tout le monde d'un regard ardent.

La Sœur Marie-des-Eaux fut portée en brancard, le tableau rappelait tragiquement la précédente veillée, qui les avait réunis autour du corps de Basile le cordelier.

La Madeleine et l'Hippolyte restèrent confinés dans le cellier, leur présence devait rester secrète.

"Je peux plus filer, dit la Mélie Tieûtieû, j'ai les yeux qui yoyottent."

La Sœur Jacqueline était posée en équilibre instable sur sa chaise, elle bavait que c'en était gênant. La Bernadette lui tint la main toute la soirée, elle prétexta le chagrin du décès pour laisser couler ses larmes.

Champo, allongé, nettoyé, apprêté, avait l'air serein, mais les bougies lui donnaient un air très vieux.

Le père Vauthier arriva un peu tard. Ses habits jaunes étaient sales et apparemment, il s'était bien fourré la culotte. Mais quand il sortit une bouteille de liqueur de poire et proposa de trinquer à la santé du disparu, personne ne se fit prier.

La nuit passa, entrecoupée de cauchemars pour ceux qui dorment et d'angoisses pour les éveillés. Ce fut la première nuit où la Sœur Marie-des-Eaux délaisser son carnet mémographique et ses récitations de l'Apocalypse. Cette nuit avait un goût de rien ne pouvait être pire. Mais c'était faux. Et pendant ce temps, quelqu'un observait, qui savait tout.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Préparation :

A. À la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : Qui va guider les exorcistes à travers la forêt pour l'exil de Madeleine et Hippolyte ? La mystérieuse Augure, le roué Nono Elie, le candide menuisier Sibylle Henriquet, ou quelqu'un d'autre ?

J'ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : "Est-ce que ce serait envisageable de faire intervenir un nouveau personnage? Celui sortirait des bois pour jouer ce rôle de guide et expliquerait qu’il observerait les autres depuis un moment. Pourquoi, comment? Pourquoi n’est-il pas intervenu avant? Vers où compte-t-il les guider? Est-il vraiment fiable? En tout cas, il saurait ce qui vient de leur arriver alors qu’il n’était pas sur les lieux."

Je ne m'attendais pas à ce que Damien propose un nouveau personnage, mais ça me convient, je vais faire avec. En fait, j'ai fusionné son concept avec un autre qui me trottait en tête et je commence à déjà bien visualiser mon futur guide, la chiffonnière Euphrasie Pierron.

B. Pas d'exercice d'écriture de Draftquest ce jour car pendant le confinement, mes conditions d'écriture sont sous-optimales, et aussi j'ai prévu un gros travail de pré-écriture avec la rédaction des feuilles de personnages de Père Benoît et de Madeleine Soubise, donc j'économise du temps là-dessus.

C. Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. Je complète mes feuilles de personnages avec quatre caractéristiques inspirées du livre L'anatomie du scénario par John Truby :
+ Son désir conscient
+ Son besoin inconscient
+ Sa faiblesse psychologique (qui pousse le personnage à faire du mal aux autres)
+ Sa faiblesse physique (dont souffre le personnage)

E. J'ai profité de l'offre gratuite du deck de cardes de base de The Story Engine et je m'en suis servi pour créer l'arc narratif d'Euphrasie Pierron, qui sera la guide pour l'exil de Madeleine et Hippolyte.

F. J'ai étoffé deux personnages, Père Benoît et Madeleine Soubise, via une feuille de personnage assez complète proposée par Jérémy Baltac pour créer des personnages de roman. Cette feuille de personnage peut par ailleurs diablement vous intéresser si vous voulez faire des personnages de jeu de rôle particulièrement détaillés !
Fiche du père Benoît
Fiche de Madeleine Soubise

G. Beaucoup de préparation pour cet épisode de transition, à laquelle je consacre mes trois heures d'écriture hebdomadaire. Je l'ai donc fusionné avec la session d'écriture suivante, ce qui m'a fait sauter une semaine de publication dans le planning !

H. Entretemps, j'ai parcouru le livre Les Vosges pittoresques et historiques écrit au 19ème siècle par Charles Charton. La couverture avait tout pour me plaire ! Mais in fine le contenu est peu exploitable. Le style littéraire, en mode Petit Futé du 19ème siècle ultra fan des Vosges, est inénarrable. Je me suis contenté de lire les chapitres concernés à la région de Bains et Xertigny (où se trouvent les Voivres) et à celle de Darney.

I. J'ai modifié mon système d'écriture. Désormais (en m'inspirant d'une technique d'Alban Paladin), les PNJ ne peuvent pas avancer sur leur objectif sans impliquer un PJ.

J. Je n'ai pas utilisé de jeu de rôle pour cette session de transition. Il y a un certain nombre de choses à mettre en place avant de commencer l'exil vers Xertigny, qui sera joué avec Oriente.


Bilan :

A. Au train où vont les choses, je pense que la prochaine session sera également jouée sans système principal. Le guide n'a pas encore été recruté et il me reste pas mal de choses à écrire avant le départ !

B. Seulement 1088 mots de récit pour cette session ! Les fiches de Jérémy Baltac ont clairement grévé ma production, mais je le dois aussi à l'écriture en temps fractionné, j'ai dû faire environ 6 sessions d'une heure pour cet épisode. J'ai beaucoup hésité à carrément arrêter Dans le mufle des Vosges durant le confinement, mais j'ignore combien de temps ça va durer, et j'ai peur de salement perdre la main entre temps. Du coup, je vois cette avancée, même à pas d'escargot, comme une forme de résistance.


Aides de jeu utilisées :
Nervure (pour la question au public)

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1088
Total : 39554


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : ajout d'un objectif pour la Sœur Joseph



Question au public :

Voici la question qui fait suite à cet épisode :

Un des personnages principaux (la Sœur Marie-des-Eaux, Père Benoîte, Madeleine ou Hippolyte) a scellé un pacte avec un souvenir précieux en gage. Lequel ? Pouvez-vous en dire plus sur la nature du pacte et du souvenir laissé en gage ?
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

KRAKEN

Un homme-tentacules en quête de l’extinction de Millevaux parcourt les mondes autour d’une ange ni morte ni vivante. Avec une rencontre effarante au final.
Un festival de jeux utilisés pour ce grand final de la troisième campagne Millevaux solo multi-systèmes par Damien Lagauzère !


Joué le 10/11/2018

Les jeux utilisés pour cette partie
Mantra/The Name of God
La trilogie de la crasse
Cœlacanthes


Avertissement : contenu sensible (voir après l'image)


Image
Reva G, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible :viol, violence sur enfants


Épisodes précédents :

1. Le Peuple des Ruines.
Damien Lagauzère reprend sa cosmogonie personnelle de Millevaux avec l’intro d’une troisième campagne solo qui amène beaucoup de pistes intrigantes et fait à nouveau planer la menace des Cœlacanthes et la perspective de nouveau cauchemars !

2. Un clou dans la main, deux trous pour les yeux
Souvenirs psychotiques d’un futur antérieur où la menace horla prend des allures de guerre totale.

3. J’ai tué pour ton nombre
Une suite multipliant les jeux, les mises en abîme, la contagion forestière et le délire numérologique.

Lire / télécharger le texte intégral de la campagne :
version traitement de texte
version pdf

L'histoire :

Je suis le Kraken. Ce n'est pas mon nom. J'ai oublié mon nom, mon passé, mon histoire. Je sais seulement que je suis le Kraken. Cet oublié est la cause de ma solitude. Je vis dans cette pyramide abandonnée par les Horlas mais au fond de moi, je me sens comme abandonné au fond de l'océan. Retrouver mon nom, connaître mon histoire, voilà qui apaiserait mon âme.

Comme chaque jour, je quitte la chambre obscure où je m'abandonne aux rêves et viens contempler ce cauchemar qu'est Millevaux. Cette année, les Bergers du Givre sont venus... et ils ne sont toujours pas partis. Cela fait bien trop longtemps maintenant que dure l'hiver. Et jamais hiver n'a ici été aussi rude. Jusqu'alors et autant qu'on s'en souvienne, les Bergers du Givre apportaient avec eux le froid de l'hiver et repartaient avec au printemps. Là, ils sont venus avec la neige et le vent. Et ils semblent décidés à ne plus quitter ces lieux.

Millevaux sous la neige. Ce serait presque beau...

Aujourd'hui, j'ai décidé de rendre visite au Niaucheur. Avant, je savais qu’il existait mais je ne savais pas où le trouver. Maintenant, depuis que cet hélicoptère est passé dans le ciel, je le sais. Et depuis, je lui rend régulièrement visite. Le Niaucheur se terre non loin des nids des serpents géants. Avec cette glace, ils sont soit partis, soit morts de froid. Je ne les crains pas. Je crains plutôt que le Niaucheur n'ait finalement rien à m'apprendre et que ses plaintes lui fassent plus de bien à lui qu'à moi. Nous verrons bien. Je serais peut-être le témoin d'un événement inédit, qui sait ?

Je descends les degrés qui me séparent du sol millevalien. Je sais qu'il fait froid mais n'en ressens aucune gêne. Cela vient peut-être de ce que le Kraken est habitué à errer dans les fonds glacés de l'océan.

Il me faut plus de deux heures de marche pour atteindre les rives du fleuve gelé. Il se jette dans un gouffre sans fond. Un jour, je me rendrai là-bas. Demain, peut-être. J'aperçois le Niaucheur. Il est là, allongé dans la neige, face contre terre, rampant vers la glace, répandant des traînées de sang noirâtre derrière lui. Je le rattrape rapidement. Dès qu'il perçoit ma présence, il se retourne sur le dos et exhibe son torse calciné et écorché vif. Dans sa main droite, la lame de son couteau est dégoulinante de sang. Il a recommencé. Il est accro à la Viande Noire. Et dès qu'il me voit, il commence à se plaindre et à pleurnicher sur son sort. D'un côté, je le plains effectivement. Je pourrais l'aider mais il ne le veut pas. De quoi aurait-il à se plaindre si je panse ses plaies ? Et où trouverait-il sa Viande Noire ? Mais, que va-t-il me raconter aujourd'hui ? Va-t-il se mettre à délirer ou seulement s'apitoyer sur son sort ? Ou va-t-il enfin me dire quelque chose d'intéressant sur... moi ?

« Bonjour, Niaucheur. Est-ce le jour ?
Le jour ? Quel jour, Kraken ?
Le jour où tu me donnes un début de réponse.
Mon pauvre ami... Regardes-moi. Regardes dans quel état je suis. Je suis pitoyable. Qu'est-ce qu'une loque comme moi peut bien avoir à donner ? Non ! Je n'ai rien à donner. J'ai tant besoin de recevoir. Mais je ne suis qu'une loque dégoûtante et repoussante. Personne ne voudrait me témoigner la moindre compassion. Toi, Kraken, tu viens me voir car tu veux des visions. Tu veux la Viande Noire. Tu ne m'aimes pas vraiment. »

Le Niaucheur a raison. Je ne l'aime pas vraiment. Je compatis à son malheur mais je sais aussi qu'il en est responsable et qu'il s'y complaît. Je n’éprouve aucune pitié ni aucune compassion pour lui. Je voudrais qu'il me donne sa Viande Noire, celle qui me donnera la connaissance. J'ai été patient. Mais aujourd'hui, je ne vais pas vainement espérer qu'il me donne. Je suis venu prendre.

« Niaucheur, donne-moi la Viande Noire. Donne-moi la Vision et la Connaissance. »

Je sors de ma réserve naturelle. Je brise ces chaînes qui me retiennent. Elles se matérialisent entre mes mains. Mon Karma est comme le lac dans lequel on vient de jeter une grosse pierre. Il y a des remous et il lui faudra du temps pour retrouver son calme mais... Je veux la Viande Noire. Je la veux maintenant.
Le Niaucheur est trop affaibli pour esquiver ou parer mon coup. Les chaînes s'abattent sur son corps déjà meurtri et le sang coule à nouveau. Pourtant, quelque chose d'imprévu arrive. Un casque translucide apparaît au niveau de son visage. Ce n'est pas comme s'il portait ce casque, non ! C'est plutôt comme si le casque s'interposait entre lui et moi. Qu'est-ce que cela signifie ? Je tends la main pour m'en saisir mais il disparaît aussitôt. Je lis dans le regard du Niaucheur qu'il ne comprend pas non plus ce qui vient de se passer mais il a quand même une idée derrière la tête.

« Expliques-toi, Niaucheur ! Qu'est-ce que ça veut dire ?
Je ne sais pas Kraken. Je te le jure !
Mais ce n'est pas la première fois que tu vois ce casque. Ne mens pas !
C'est vrai. J'ai déjà vu ce casque et le chevalier.
Le chevalier ?
Oui, l'Homme-Libre, libre comme le feu, celui des champs de feu !
Donnes-moi la Viande Noire, Niaucheur ! Je dois savoir ce que sont ces champs de feu ! »

Alors que j'abats de nouveau mes chaînes sur son visage, le casque apparaît de nouveau. Je ne lutte pas. Aujourd'hui encore, je n'aurai pas la Viande Noire, mais j'aurai le casque de l'Homme-Libre. Je fais disparaître mes chaînes. Je me penche lentement en direction du Niaucheur. Je me saisis du casque. La configuration de ma tête m'empêche de l'enfiler. Toutefois, je peux lui ménager une place au centre des mes tentacules. Une fois délicatement posé, j'enroule autour de lui mes longs appendices et attends la révélation.

Je vois ce que le Niaucheur appelle les Champs de Feu. Il y fait effectivement une chaleur accablante. Un être tel que moi, profondément attaché à la mer, ne pourrait espérer y survivre. Une fois ce constat fait, je remarque également qu'il n'y a aucune trace de Millevaux. Aucune forêt. Seulement du sable. Des dunes à perte de vue. Et ces dunes se déplacent. Elles sont vivantes. J'ignore comment et pourquoi le Niaucheur est entré en possession de ce casque mais cette vision me donne une idée. Je dois trouver l'Homme-Libre, celui qui vient des Champs de Feu. Ensemble, nous dompterons les Dunes Vivantes et chasserons la neige de Millevaux. Puis, nous chasserons Millevaux.

J'ai abandonné là le Niaucheur. Je suis reparti sans aucune des réponses auxquelles je m'attendais. Une fois de plus... J'ai même des questions supplémentaires. Qui est cet Homme-Libre ? Où sont les Champs de Feu ? Pourquoi ce casque ? Pourquoi est-il apparu au Niaucheur ? Mais surtout, et plus qu'avant, j'ai maintenant un but véritable. Libérer les Colonnes de l'influence néfaste de Millevaux et des Horlas n'est pas un but. C'est un rêve. Trouver l'Homme-Libre et lui demander, le contraindre si nécessaire, de m'apprendre à dompter les Dunes Vivantes pour chasser la neige et Millevaux, ça c'est un but ! Mais où trouver un passage vers ces Champs de Feu en ces terres gelées par les Bergers du Givre ? Le gouffre ! Là où le fleuve gelé s'enfonce dans les ténèbres. Le fond des océans est glacé. Mais en dessous, sous la croûte terrestre, le magma est brûlant. S'il reste une source de chaleur ici, c'est là que je dois chercher.

Longue est la marche qui me mène au gouffre mais j'y parviens sans effort. Je suis le Kraken. Je ne suis pas soumis à ces rigueurs comme le sont les humains. Mais, peut-être ai-je été un humain, avant ? Je ne l'exclue pas. Je le saurai, un jour.
Arrivé au bord du gouffre, je ressens pourtant une sorte de malaise diffus. Le temps est plutôt doux en comparaison des jours précédents. Mais il y a dans l'air quelque chose de corrompu, de hanté... Un Horla ? Mes sens sont en éveil. Les Yeux vont me dire si je suis effectivement en danger. Ils sont mes yeux, d'une certaine façon.
Cet endroit est désolé. Il n'y a ici que neige et glace. Cette végétation caractéristique des climats tropicaux ne supporte que difficilement les rigueurs anormales imposées par les Bergers du Givre. Leurs feuilles, courageusement, ne sont pas tombées mais leurs branches plient sous le poids de la neige. Ce fleuve jadis tranquille et source de vie est maintenant gelé. Le calme et la tranquillité d'une vie paisible et sereine ont laissé la place à l'immobilité de la mort. Plus rien ne vit ici, pas même les serpents géants. Et ce gouffre... Alors que les rayons du soleil ne percent que rarement et difficilement l'épaisse couche de nuages, la glace s'enfonce dans des ténèbres insondables. Je devrais m'y sentir chez moi.
Malgré les apparences, je ne suis pas seul. Dissimulés sous la neige, camouflés grâce à leurs vêtements de cuir blanc, ils m'observent. Mais moi aussi je les observe. Je sens leur présence. Je veux en savoir plus. Dans la paume de main, une Noix. Je fais craquer la coquille entre mes doigts et porte la chair du fruit à mon bec.
Je pensais que la Noix me dirait comment vaincre mes ennemis mais elle me fait pressentir la nécessité de la défaite. Qu'il en soit ainsi. Je demeure immobile et laisse les Bergers du Givre, car il s'agit bien d'eux, se saisir de moi. Alors qu'ils me soulèvent du sol et se dirigent vers le gouffre, je comprends. J'écoute leurs imprécations scandées en Langue Putride. Ils comptent me sacrifier, m'offrir à leur Dieu : Ithaqua, le Marcheur du Vent. Je devrais mourir. Cette chute devrait m'être fatale. Mais, je ne sais ni comment ni pourquoi, j'ai eu accès par le passé aux pensées et aux connaissances du Joueur. Je sais qu'il ne souhaite pas ma mort. Je sais qu'il joue pour savoir ce qui va se passer. Il me sauvera de cette chute mortelle pour que je continue mes aventures. Mais je sais aussi que les Bergers du Givre sont des adorateurs d'Ithaqua. C'est lui qui maintient cet hiver perpétuel sur Millevaux. Pourquoi ? Ça, je dois encore l'apprendre.
Hurlant, les Bergers du Givre me jettent dans le gouffre glacé. Confiant, je me laisse bercer par cette sensation de chute. Ithaqua veille sur les Bergers du Givre. Le Joueur veille sur moi. Au moins pour cette fois. Je n'ai pas fait l'expérience de l'impact de cette chute. C'est comme si la réalité avait cligné des Yeux. Je chutai et maintenant je suis debout, au fond du gouffre, dans le noir et le froid.
Mais je ne suis pas seul. Elle est là, la Magicienne. Elle me sourit mais son sourire est triste. Elle est préoccupée. À ses côtés gît un ange aux ailes de bois et de feuilles. Edes Corso. Je la croyais morte...

Je me penche sur Edes. Ses ailes de bois sont brisées. Les feuilles qui lui restent sont brunes et rousses. Elle a de la fièvre. Je ne suis même pas sûr qu'elle ait conscience de ma présence. Je suis le Kraken et, à ce titre, je peux me régénérer. Mais comment la régénérer elle ? En faisant comme les shamans. Je vais lui raconter une histoire. Nous allons la vivre ensemble. Ce sera une aventure symbolique et elle en ressortira guérie. J'espère. Mais quelle est cette histoire ? Je ne la connais pas moi-même...

Le Joueur a relu Immondys cette semaine. Une bande dessinée aux accents lynchesques teintés de Bacon avec, peut-être, un arrière goût de Giger. Le personnage principal, un dénommé Ange, y explore cette ville étrange mais aussi sa vie, son inconscient. Et si je lui racontais une histoire de ce genre ?

« Écoutes-moi, Edes Corso. Tu n'es pas morte. Tu es affaiblie, certes, mais tu vas t'en sortir. Nous allons tous les deux explorer une ville étrange. Nous y ferons peut-être des rencontres. J'espère qu'elles seront bénéfiques. En tout cas, nous vivrons une expérience au terme de laquelle tu reviendra parmi nous en bonne santé, régénérée. Mais avant de savoir à quoi ressemble cette ville, ta ville, interrogeons les Yeux. »

On dirait que mes mots ont fait mouche, Edes tourne son visage vers moi. Elle ouvre les yeux, ou plutôt son œil valide et la Noix que la Magicienne a placé dans l'autre. Je suis tenté de la prendre. Est-ce une bonne idée ? Qu'en pensent les Yeux ?
Une image se dessine dans l’œil valide d'Edes. La réponse !

Un couteau ! Un œil, encore ! La lame du couteau s'abat sur un visage, transperce un œil, l’œil d'Edes Corso. Mais pas l'Edes aux ailes de bois et de feuilles. Une autre. Une Edes qui a très peur. Peur de mourir. Une Edes qui vit loin de la forêt, loin de la crasse mais qui est rattrapée par la Crasse. Il y a cet homme et son couteau. Et le porc... Cet homme est le Diable. Il est déchaîné. Il faut être déchaîné, libéré des chaînes et des entraves de la morale, de toutes vertus pour l'avoir contrainte avec ce porc, pour l'avoir lardée d'autant de coups de couteau. Et pour avoir permis au porc de recommencer, après ça...

Mes tentacules frissonnent d'effroi. Pauvre Edes. Est-ce cela qu'elle doit revivre ? Peut-être ? Mais cette fois, je serai là. Je me saisis de la Noix et la remplace par une Bille. Je vois mon reflet dans la Bille. Je gobe la Noix.

Un terrain vague. Le corps d'une femme, Edes. Pas l'ange. L'autre Edes. Non loin, celui du porc. Pauvre bête... Je regarde autour de moi. Le meurtrier a disparu. Mais il y a du bruit. Des gens approchent. On dirait des mortels mais je sens que ce n'est pas le cas. Amis ou ennemis ? Ils approchent du corps d'Edes. Je suis le Kraken, je me fonds dans le décor et j'observe.

« Quelque chose cloche, dit l'un d'eux. Un homme aux lèvres minces. Tout est là mais... ça devrait être un homme. C'est toujours un homme d'habitude, non ?
Si, répond un autre homme. »

Au premier regard, j'ai l'impression qu'il a une tâche de naissance sur le visage. Puis, je me rends compte que ce n'est pas une tâche, c'est... autre chose. L'homme est mort. Et il marche. Et il parle.
Les deux hommes font le tour de la scène de crime, prenant soin de relever le moindre indice sans pour autant nuire au travail de la police qui ne devrait plus tarder à intervenir.
Le 1er homme se retourne ensuite vers celui dont je pense qu'il est mort.

« Les Mouches Cosmiques sont catégoriques. Ce meurtre est LE Meurtre. Même si la victime est une femme. C'est... l'exception qui confirme la règle.
Et tes mouches t'ont dit qui était l'assassin ?
Oui, il s'agit d'un certain Sodek NoFink.
On intervient ?
Non, la police va le trouver et l'arrêter. C'est après. Après, on reprendra le dossier. Pour l'instant, nous devons partir et laisser la police faire son travail. Ce meurtre nous apportera son lot de révélations mais plus tard. Viens, on rentre... »

Les deux hommes s'éloignent. Je sors de l'ombre. Sodek NoFink. Ce nom ne m'est pas inconnu. Pourquoi faut-il que ma mémoire me fasse tant défaut ? Que sont ces Mouches Cosmiques dont a parlé cet homme ?
Si ce Sodek s'est montré suffisamment déchaîné pour infliger ces tourments à Edes, est-ce parce qu'il s'est libéré des entraves des conventions, de la culpabilité ? Ce déchaînement et cette libération sont-ils un moyen ou le but en soi ? Et si c'était Sodek NoFink cet homme-libre que je dois trouver ? Il connaîtrait le secret des Dunes Vivantes ?
Sodek vit ici, comme vivait Edes. Edes le connaissait peut-être. Elle pourrait me le dire mais elle est morte. Elle est morte aujourd'hui mais elle n'était pas morte hier. Je me rappelle qu'il y a longtemps, ailleurs, j'ai su ouvrir des Portails à travers le temps et l'espace. À l'époque, je m'appelais Tad Corso. Si, aujourd'hui, je prenais ce nom, pourrais-je remonter ne serait-ce que quelques jours dans le passé pour trouver Edes et lui poser la question ?
Mes tentacules sourient. J'aime cette idée. Que dois-je faire pour ouvrir un Portail ?
Oh ! Les yeux sont cruels avec moi. Une Brume s'étend. Tad Corso connaît cette Brume. Et Damon Haze craint ce qui s'y cache. Les Gargouilles. Tad Corso était aux commandes d'une sorte d'exosquelette surarmé. Moi, je n'ai que mes chaînes. Et les Yeux exigent que je perde quelque chose qui m’est cher. Mes chaînes ? Et si cela me... libérait ? Deviendrai-je moi aussi un homme-libre comme Sodek NoFink ?
Je fais tournoyer mes chaînes au dessus de ma tête et les jette sur les gargouilles. Je ne sais pas si cela les blesse ou les même les ralentit. Les Yeux sont beaux joueurs. J'ai perdu mes chaînes mais... J'ai huit jours devant moi pour trouver Edes Corso et savoir si elle connaît son assassin, Sodek NoFink.

J'erre dans les rues de cette ville que je ne connais pas. Pourtant, j'ai le sentiment que je devrais. Conscient que mon apparence pourrait me causer des problèmes, j'use de cette capacité de mon totem, le Kraken, pour changer mon apparence, me camoufler, me fondre dans le décor. Alors que je prends une apparence humaine, j'entends un effroyable fracas. La terre tremble, se fend en deux presque sous mes pieds. Je manque de tomber dans une terrible gorge dans laquelle s'engouffre un blizzard des plus violents. J'entends une explosion, des coups de feu ! Les montagnes, au nord de ma pyramide ! Je suis... de retour ? Non ! C'est une hallucination due à la Noix. Mais je vois cet hélicoptère s'écraser. Je vois le Niaucheur s'extraire de la carcasse. Je le sens, il porte sur lui le Cruel Centipède. Un reflet attire mon regard qui se porte sur le canon d'une arme à feu. Impossible ! Ce ne peut être qu'un sosie ! L'Ange-Paon de Yézédis ! Que fait-il ici ? Et pourquoi tenter de tuer le Niaucheur ?

Quand je reprends mes esprits, la rue est redevenue comme avant. Et moi, j'ai un visage humain. Je ne sais plus où je suis. Je sais que ce monde n'est pas la réalité. C'est un voyage shamanique pour guérir Edes. Serais-je donc revenu, l'espace d'un instant dans la réalité. Ma réalité de Millevaux ? Mais pourquoi dans les montagnes et non auprès d'Edes ? Était-ce le présent, le passé ou l'avenir ? Je ne sais plus. Ma mémoire me joue des tours. J'y réfléchirai plus tard. Pour l'instant, je dois trouver Edes.

Savoir où la trouver ne devrait pas être très compliqué. Après tout, je suis le Kraken. L'atteindre sera peut-être plus difficile. Je fouille dans ma mémoire et y trouve mon amie, la machine-cafard. Elle écrira pour moi ce qui va arriver. Dans ma pyramide, je sais où la trouver. Mais ici, où est-elle ? Forcément, elle n'est pas loin. Mais où ? Comment la voir ?

La Noix ou la Bille ? La Bille ou la Noix ? Laquelle me donnera la vision la plus précise ? Je choisis la...

...jeunesse ! Pourquoi ce mot s'impose-t-il à moi ? Spontanément, je la cherche autour de moi, la jeunesse. Il est peu probable de la trouver ici et à cette heure de la nuit. D'autant plus que cette pluie fine chasse la plupart des noctambules. Et pourtant, elle est là, la jeunesse. Camille ! Je te reconnais ! Pourtant, ce n'est pas lui. Ce n'est plus lui. Ce n'est plus le protégé de la Magicienne. Je vois à l'intérieur de lui. Le cafard ! Immonde et énorme ! Est-ce mon amie ? Un craquement sec secoue le petit garçon. Il se secoue. Son corps se retrouve penché en avant, à la limite de tomber. Le craquement s'amplifie. Son dos s'ouvre en une béance horrible. Je vois le détail de son anatomie, comme celui d'une grenouille clouée sur la planche d'un biologiste. De là, de cette cavité, s'extrait un cafard. Un gigantesque cafard de près de 2 mètres de haut. Son « visage » est totalement inexpressif mais je ressens pourtant une certaine joie qui en émane. La joie de me revoir mais également une autre... plus malsaine.

« Les souffrances de ce petit garçon sont un délice, Kraken. Les Carogne ne l'ont pas loupé. Tu en veux ? »

Les mots ne parviennent pas à sortir de ma gorge. Je pointe du doigt la machine que le cafard porte sous le bras. Il... sourit ? Il produit une espèce de bruit de bouche puis lève la machine au dessus de sa tête. Il l’abat ensuite violemment et l'enfonce sur ce qui lui sert de crâne. Il secoue un peu la machine, la fait tourner, fait craquer ses cervicales. La machine a trouvé sa place. J'ai retrouvé mon amie, ma fidèle Clark Nova !

Je m'approche de Clark Nova. Mes doigts glissent le long des lignes de la machine. Je commence à pianoter. C'est le moment ! Le moment de (me) taper une vision d'enfer !

Je suis dans une chambre d'hôtel propre et vide. Elle donne sur une ruelle, vide également. Il pleut. Je sais que je fuis une menace. Mais je sais aussi qu'ici règne une menace tout aussi grande. Les deux menaces sont-elles liées ? Quelles sont leur nature ? C'est cela que je dois comprendre. Alors, je trouverai Edes.

Je sens que cette menace va bientôt se manifester. Je ne peux pourtant pas quitter cette chambre. D'une part parce qu'une autre menace m'attend dehors. D'autre part, il y a ici quelque chose que je dois trouver. La magicienne a l'habitude de cacher des Billes et des Noix un peu partout. Est-ce cela que je dois trouver ? Je commence par les tiroirs.
Un... pénis (?!) de métal chromé, strié de veines rouges, de 18 cm au garrot. Je ne peux m'empêcher de penser que c'est effectivement menaçant.

Mais mon sourire se fige. Je comprends ce que signifie la présence de cet objet, à qui, ou plutôt à quoi il appartient. Je connais ces êtres dominateurs et pourtant esclaves de leurs pulsions les plus viles et les plus basses. Un Soar ! Un homme-porc. J'ai trouvé dans ma pyramide des textes à propos de ce peuple, de son histoire, de sa magie... Les Soar peuvent se rendre invisibles. Il est là ! L'homme-porc est là et il m'observe. Qu'attend-il ? Pourquoi ai-je peur ? Va-t-il m'attaquer ? Attend-il seulement que je quitte les lieux ? Sait-il ce que je cherche ? Sait-il que j'ai compris qu'il était là ?
J'ouvre un autre tiroir...

Un petit sachet en plastique. Des petits morceaux de papiers découpés. Un mode d'emploi. J'ai 2 mn !

J'ai réussi !!! mais qu'est-ce que ça veut dire ? Dans tous les sens, des séries de chiffres et de lettres. C'est un code. Je le mémorise et, l'air de rien, remetd le tout à sa place en tentant de repérer le Soar. Si je devais me battre, l'emporterais-je ?

Je dois me rappeler que tout cela n'est qu'une vision, une illusion. Ce n'est pas vraiment réel. Je dois garder la tête froide. Je suis le Kraken. Je sais ce qu'est ce code. Il m'indique là où je peux trouver Edes Corso. La question n'est pas tant de savoir pourquoi ce Soar détient une information concernant Edes. Il n'y a peut-être, d'ailleurs aucun lien entre les deux. Le lien, c'est la vision. Ma vision. Le lien, c'est moi ! Cette vision me permet de trouver Edes et me met en garde contre les Soar. Mais aussi contre autre chose qui m'attend dehors. Je ne dois pas douter un seul instant de ma capacité à aller au bout de ce voyage. Je ne dois pas douter de ma capacité à guérir Edes. Mais je ne dois pas douter non plus de la réalité de la menace qui pèse sur nous. Et cette menace semble plus grande que je ne l'imaginais au départ. Quels étaient donc les plans de Sodek NoFink ?

Le Soar ne se manifeste toujours pas. Peut-être pense-t-il que je n'ai pas percé le code, que je ne suis pas une menace. C'est aussi bien. Mais peut-être tout simplement prolonge-t-il l'extase qui le cache à mes yeux ? Je ne veux pas vraiment le savoir. Ces hommes-porcs sont un mystère et j'aimerais autant qu'ils le restent. Pour l'instant, je dois sortir. Par la fenêtre, la rue semble déserte. Pourtant, je sais qu'une menace m'attend à l'extérieur. Une menace extérieure... alors que je me saisis malgré ma peur de la poignée de la porte, je comprends. Une menace extérieure. Un Dieu Extérieur ! Nyarlathotep ! Le messager et le message ! Le code ! J'ai mémorisé le code. C'est lui la menace ! Et je l'ai dans la tête. Je pâlis. Je suis tombé dans le piège du Soar. Oui, ce code va me permettre de trouver Edes, mais il va aussi me ronger. Ce code est une maladie ! C'est le Cruel Centipède !

Je tourne la poignée... Elle refuse de plier. Je dois forcer. Je tremble sous l'effort. Une horrible puanteur envahit soudain la chambre. JE DOIS SORTIR D'ICI !!!

Je suis de nouveau dans la rue. Cette pluie fine tombe toujours et se mélange à la sueur qui court le long de mon dos et trempe ma chemise. Sous mon visage humain illusoire, je sens mes tentacules s'agiter. Je le regarde sans le voir. Le cafard me tourne le dos. Il a ôté Clark Nova de sa tête et s'en retourne à l'intérieur du petit Camille afin de se repaître des horreurs qu'il a subi dans la maison Carogne. Je sens un très très mauvais Karma ! Je cherchais Edes pour la sauver et j'ai le sentiment de m'être fait avoir. Je cligne des yeux. Devant moi, une voiture aux vitre teintées me barre le chemin. Derrière, la même chose. Un homme sort de la 1ère voiture. Il porte un costume sombre, des lunettes de soleil et une coiffure mohawk teinte en orange vif qui détonne avec son look de men in black. Brodé sur son épaule gauche, je crois reconnaître ce symbole. Une swastika déformée sur une croix copte. J'ai le cafard mais... peut-être ne devrais-je pas prendre la mouche... Qu'en pensent les Yeux ?

Je suis en danger. Pour de bon, pour de vrai ! Ces types sont au mieux des humains adorateurs des cafards et au pire des cafards eux-mêmes. Dans tous les cas, ils seront moins bienveillants à mon égard que ma fidèle Clark Nova. Les Soar, les cafards ! Dans quel pétrin s'est mise Edes ? Mais pour l'instant, je dois me sortir de là. Je reprends mon apparence de Kraken. Mes tentacules se déplient et savourent cette pluie fine. Je lève les bras et les fait onduler lentement, au rythme de mes tentacules.

« Je suis le Kraken ! Ici et maintenant, je vous plonge tous dans l'obscurité. Vous allez sombrer dans le sommeil. Et à votre réveil, vous serez au plus profond de l'océan. Je suis le Kraken ! »

Alors, j'écoute les Yeux. Qu'attendent-ils de moi ?

« Kraken ! Nous sommes les Yeux. Tu dois avaler l'anarchie ! Ton sang doit couler ! »

Est-ce sous l'influence des yeux ? : ma main droite se pare de griffes longues et acérées. Le temps semble s'être figé mais c'est faux. Je dois agir maintenant ! Je lève ma main et laboure mon torse. Mon sang coule. Il est sombre comme le fond de l'océan. J'avale l'anarchie. Je la fais mienne. Je rejette toute forme de gouvernement concernant mes pensées et mes actions. Désormais, je sors de ma réserve. Je cesse d'être un témoin passif. Mon sang coule en vagues énormes et déchaînées. Il entraîne les adorateurs des cafards par le fond. Quand le calme revient dans cette ruelle. Je suis seul et je suis un autre. Ces griffes ont disparu de ma main droite. Je me saisi alors de cette clepsydre trouvée dans ma pyramide. Le temps s'écoule plus vite. Non, pas le temps. Le Karma. J'ai 8 jours pour trouver Edes mais beaucoup moins avant la catastrophe.

Malgré tout, la réalité, le monde, l'Hommonde (?), ont tenu parole. Je sais où trouver Edes ! Je vois une cathédrale. Des dunes. Tout cela se mêle dans ma tête. Edes assiste ce soir à un vernissage. Un peintre italien expose ses nouvelles toiles. Elles représentent des temples et autres lieux sacrées, mais aussi des paysages désertiques.

« Taxi ! »

A l'entrée de la galerie, je parviens à tromper la vigilance des hommes de la sécurité mais cela me coûte une nouvelle Noix. Il ne m'en reste que deux pour sauver Edes. À l'intérieur, je la cherche parmi les invités. Je ne la vois pas mais j'entends un groupe de personnes parler d'elle. Je m'approche et tente de capter leur conversation. Ils parlent d'un orchestre dans une autre salle. Elle s'y serait rendue. Je trouve effectivement cette salle mais la porte est fermée. Je colle mon oreille à la porte. Il y a effectivement de la musique. Que cette porte soit close m'intrigue. Et je me demande si les affaires dont on traite ici ont vraiment à voir avec l'art. Je dois absolument entrer. Par acquis de conscience, je tourne lentement la poignée mais la porte refuse de s'ouvrir. Et si elle était en danger ? Il ne me reste que 2 Noix. Je colle à nouveau mon oreille à la porte, tentant de capter une conversation par dessus la musique. Des gémissements étouffés. Un bruit de chute. De la vaisselle, des verres qui se brisent. Quelqu'un vient de tomber. Je le sais maintenant, je peux être brutal à l'occasion. Et j'ai renoncé à obéir à cette réserve qui était la mienne jusqu'à présent. D'un coup d'épaule, j'enfonce la porte.

Alors que je fais une entrée fracassante dans le petit salon, l'orchestre enchaîne spontanément sur une adaptation de Wagner. Edes Corso, magnifique dans cette robe de soirée, me jette un regard des plus dédaigneux. Au sol, un homme-porc en smoking est en train de se relever. D'un geste agacé, il refuse l'aide de ce congénères. Edes est la seule humaine présente mais elle ne semble pas en danger. Le Soar se relève, lisse sa veste de smoking et tente de retrouver une certaine contenance. Contre toute attente, personne ne semble gêné par le spectacle offert par ce porc ivre. Au contraire même, ils semblent attendre quelque chose. Le Soar va parler.

« Hum, désolé Edes. Je... J'ai vu... Des innocents vont périr. Et il y a... plusieurs assassins. Prends soin de toi. »

Puis, enfin, tous se tournent vers... moi !

« Qui êtes-vous ? demande Edes, calmant d'un geste les Soar s'emparant de leurs armes.
Je suis le Kraken. Le Soar a raison. Des innocents vont mourir. Tu vas mourir. Dans une semaine. Je suis là pour t'aider, Edes. Je suis le Kraken. »

A ma grande surprise, l'ambiance se détend. Les Soar rangent leurs armes et Edes s'approche de moi, visiblement très à l'aise avec la nouvelle que j'apporte. Dans un coin de la pièce, des Soar chuchotent en me regardant. Je n'entends pas bien ce qu'ils racontent mais j'entends parler de Black Rain. Ça me dit vaguement quelque chose mais impossible de faire le lien avec quoi que ce soit. Edes m'invite à m’asseoir et me tend un verre. Elle veut tout savoir. Mais avant, elle congédie les hommes-porcs. Ceux-ci refusent. Ils veulent eux aussi entendre ce que j'ai à dire. J'espère qu'elle va refuser. Je n'ai aucune confiance en eux. Heureusement, Edes reste ferme et leur intime l'ordre de quitter la pièce. L'orchestre joue toujours. Du Bach, maintenant. Le Soar ivre tente de négocier sa présence et agitant sous son nez un vieux carnet. Edes répond qu'elle aussi sait des choses qu'ils veulent savoir. Elle explique que ce que j'ai à dire ne concerne qu'elle seule et qu'ils reprendront leurs transaction là où je l'ai interrompue quand nous en aurons fini. Tenir ainsi tête à une délégation d'hommes-porcs, je reconnais ma Edes Corso.

Les Soar quittent finalement la pièce, apparemment sans rancune. Edes se retourne vers moi. Je la sens pleine d'entrain. Je lui raconte tout. Comment je suis revenu dans le passé pour empêcher sa mort. Comment je suis arrivé sur les lieux du crime en provenance de Millevaux. Et surtout, comment, de mon point de vue, sa réalité n'est qu'une vision fantasmatique, un voyage onirique afin de délivrer l'Edes Corso de Millevaux de sa fièvre. Comment va-t-elle réagir à ça ? Va-t-elle me croire ? Va-t-elle me prendre pour un fou ? Je suis... anxieux. Ma vision se trouble. Autour de moi, l'air se fige, se cristallise et forme une suite de mots. « La répétition est une forme de changement. Une malédiction. Elle ne veut pas être sauvée. »

« … serait un certain Yézédis Corso, tu comprends ? »

Edes a poursuivi son récit. Elle n'a, dirait-on, rien perçu de mon trouble passager. Mais je comprends alors certaines choses moi aussi. Edes, ici, trafique avec les Soar afin d'en savoir plus sur un de ses ancêtres. Un certain Yézédis Corso. Les hommes-porcs auraient des informations le concernant. En échange, ils veulent des informations sur Damon Haze. C'est donc pour ça qu'elle s'est approchée de lui. Yézédis Corso ? L'Ange-Paon de Yézédis ? C'est lui qui a tiré sur Haze quand son hélicoptère s'est crashé dans les montagnes millevaliennes. Je le lui dis. Et elle me confirme que Haze a quelque chose à voir avec Millevaux, qu'une de ses enquêtes, quand il était agent du FBI, lui a fait toucher certains des mystères de cette forêt. Elle sait aussi que cela est en lien avec un certain Sodek NoFink. « La répétition... » J'ai l'impression d'une boucle, d'un cycle dans l'espace et le temps entre Millevaux et cette réalité. Quoi qu'il en soit, dans ces deux mondes, Edes est liée à tout ça. Et dans ces deux mondes, son sort est des plus précaires. Et elle ne voudrait pas être sauvée ? Dois-je vraiment la laisser mourir ? Dois-je la laisser au fond du gouffre ? Et est-ce possible que ce Yézédis Corso et l'Ange-Paon soit une seule et même personne ?

Edes se tait maintenant. Et moi, je réfléchis. Peut-être dois-je me résoudre à renoncer à la sauver, dans ce monde comme dans le mien. Sa mort ici serait, comme l'a dit l'homme sur la scène de crime, l'exception qui confirme la règle. Changement et répétition... Et sa mort au fond du gouffre de Millevaux ? Quel sens cela pourrait-il bien avoir ? Peut-être n'y a-t-il finalement aucun moyen, ni aucune raison de la sauver ? Et si, pour en savoir plus maintenant, et sauver les Colonnes, je devais trouver l'Ange-Paon de Yézédis ? Et si c'était lui l'Homme-Libre ? Et si c'était lui qui pouvait m'apprendre à dompter les Dunes Vivantes ?

La malédiction... Le Soar m'a fait ingérer le code du Cruel Centipède. Il me ronge. Mon temps ici est compté et... Edes ne veut pas être sauvée. Elle est un élément du cycle. L'exception qui confirme la règle. Je pense avoir mes réponses. Je dois maintenant retourner à Millevaux. Retourner au fond du gouffre et lui annoncer qu'elle va mourir, pour le cycle.

Je suis de retour au fond du gouffre. Edes est toujours en proie à la fièvre. Est-ce un effet de l'obscurité mais je lui trouve l'air méfiant. Et elle a raison. Je suis de retour pour lui annoncer mon échec. Pour lui faire part de son souhait de mourir. De la nécessité de sa mort pour que se poursuive le cycle. Je sens des images se former à l'arrière de mon crane. Cela parle d'oubli, d'amnésie. Je les refuse. Je vacille. Je me tourne vers la Magicienne. Elle s'agite dans l'ombre. J'ai le sentiment horrible d'avoir oublié quelque de primordial. Mais quoi ? Je sombre... Est-il possible de tomber encore plus bas ?

Je suis de nouveau à la surface. Au bord du gouffre, celui-là même où j'ai abandonné Edes et la Magicienne. Une assemblée de corbeaux est attroupée autour de l'abîme aux parois garnies de racines et grouillantes de vers. Au fond, j’aperçois les Abysses qui remontent pour envahir Millevaux. Alors, certains corbeaux se transforment en humains et en humaines. Leur mutation est horrible. Leurs corps se tordent, se déchirent. Les os saillent et le sang coule. Les chairs sont à vif. Ces craquement et crissements sont effrayants. Je les reconnais. Ce sont des Corax. Peuvent-ils m'apprendre quelque chose ? Je ne suis pas leur ennemi. Mais le savent-ils ?

Je m'approche de l'un d'entre eux, nouvellement transformé en être humain. Ses gestes sont lents et mesurés. Il émane de lui une odeur parfumée plutôt agréable. C'est étrange en ce lieu. Il m'a l'air sympathique et j'essaye de lui paraître sympathique également. Pourtant, quand il parle, il me prend de haut. Il dit qu'eux, les Corax, sont la race à venir, et que l’humanité a démérité de sa suprématie. Je lui rappelle que ces propos ne sont nullement provocateurs me concernant puisque je ne suis pas humain. Je suis le Kraken. Pas un humain. Et si les humains ne méritent plus d'être les maîtres de cette terre, doivent-ils pour autant disparaître ? Ne peut-on pas tout simplement les laisser en paix ? Aujourd'hui, il ne s'agit pas tant de maintenir les humains au sommet de cette hiérarchie que de chasser cet hiver qui n'en finit plus et qui tue même les Horlas. Je lui parle de l'alliance entre Ithaqua et Shub'Niggurath. Je lui parle aussi des Dunes Vivantes et de l'Ange-Paon de Yézédis. Je lui dis que la Magicienne et Edes Corso sont au fond du gouffre et qu'Edes n'en sortira pas. Mais moi, je dois trouver l'Ange-Paon. Les Corax peuvent-ils m'aider ? Il me dit que oui. Je lui demande s'il a quelque chose pour moi. Mais non ! Il n'a rien à m'offrir. Au contraire même. Il exige de moi... une épidémie ? Je ne comprends pas. Ou plutôt, j'ai peur de comprendre. Aurais-je ramené avec moi le Cruel Centipède ? Ou une « version » ? Le code trouvé dans la chambre du Soar serait toujours dans ma tête ? Et le Corax le veut ? Il tend la main dans ma direction. Je ne peux pas lui donner ma tête ! Mais lui, peut-il extraire ce code ? Non ! Et il m'explique même que cela me tuerait de le faire. Ce code risque donc de me tuer à petit feu et cela me tuerait de tenter de l'extraire. Mais, si je ne l'extrais pas, puis-je l'effacer de ma mémoire, le remplacer par autre chose, l'écraser ? Oui, mais... par quoi le remplacer ? Un autre code, je lui dis. Ou par ce que je cherche. Au-delà des Dunes Vivantes, de l'Ange-Paon et de l'Homme-Libre, ce que je cherche par dessus tout, c'est mon nom ! Mon nom... Je réalise alors que cela forme un palindrome. Je m'en ouvre au Corax. Il sourit et sa main tendue vers moi en attente de quelque chose devient une main tendue en attente d'être serrée. Je crois m'être fait un nouvel ami. Il se sépare alors de la chaîne pendant à son cou. Il me ta tend et m'explique que cette pépite lui permettra de me retrouver où que je sois. Alors, il me viendra en aide, mais une seule et unique fois. J'ai compris et le remercies.
Je regarde au fond du gouffre. Point de Magicienne ni d'Edes. Les ténèbres continuent de progresser lentement mais sûrement vers la surface. Plus que jamais, je dois retrouver l'Ange-Paon. Et plus que jamais je dois retrouver mon nom.

Je quitte alors l'assemblée des Corax. Je me dirige vers les montagnes. C'est là, pour ce que je m'en rappelle, que l'Ange-Paon a tiré sur Haze. Sur le trajet, je fais toutefois un détour par le Noyer. Je n'ai plus ni Noix, ni Bille. Et la Magicienne ne m'en a pas donné d'autres.

La route conduisant aux montagnes me fait m'arrêter dans cette clairière où s'élève un gigantesque Noyer. Malgré l'hiver, il regorge de fruits. Aussi, je m'autorise à en manger une et à en garder une autre pour plus tard. Je n'ose en prendre plus. Je croque la Noix et m'enfonce dans un profond sommeil.

Je suis le Kraken. Tout n'est que ténèbres autour de moi. Il fait froid et sombre comme au fond de l'océan. Je me sens seul, si seul. Et soudain, alors que je commençais à me perdre dans ma solitude, je sens une présence. Elle est diffuse, lointaine. Mais elle est bien présente et je la sens bien intentionnée à mon égard. Je pointe mes tentacules dans ce que je crois, ce que j'espère être sa direction. Mais c'est de la folie que je ressens alors ! Je vois d'horribles Gargouilles s'animer dans les Brumes de Millevaux. Qu'est-ce que cela signifie ? Qui s'interpose ainsi entre mon nouvel ami et moi ? Où est-il ?
Horreur ! C'est une vision d'horreur ! Comment ai-je pu me retrouver sur le territoire de Celui Qui Rêve Au Fond de l'Océan ? Chtulhu ! Je le vois ! Je le sens ! Sa menace plane sur nous, sur moi ! Mais il y a toujours de l'espoir. Je me concentre et cherche mon étrange ami. Je veux lui transmettre cet espoir qu'au-delà de la mort et de la folie, il y a... l'amour ?
Quelque chose fonce vers nous ! C'est lui, le Messager, Nyarlathoptep !
Je suis en proie à une terreur indicible. Mais, je sens toujours la présence de mon ami et cela me donne de la force. Nyarlathotep peut venir, je suis prêt ! Quel que soit le message des Dieux, je suis prêt à la recevoir. Je suis le Kraken.
Et mon ami du rêve est une amie. Un ange. Edes Alom. Qui es-tu ? Es-tu liée à Edes Corso ? Si oui, je suis désolé d'avoir dû la laisser mourir mais c'était son choix. Au fond d'elle, elle souhaitait participer du cycle. Mais, ô Edes, j'aurais vraiment voulu faire plus. Je voulais te sauver. Crois-moi !

J'ouvre les yeux. Je suis assis, dos contre le Noyer. Sur mes genoux, un vieux carnet. Il n'y a pas de titre. Je l'ouvre et crois reconnaître l'écriture. Mais en vérité, je ne suis sûr de rien. Est-ce la mienne ? Peut-être ? Peut-être pas ? Ma mémoire me joue des tours.
Non, ce n'est pas moi. Ce n'est pas mon journal. C'est celui d'un certain Dorso, un légionnaire romain. Je lis qu'enfant il a été mordu par un serpent. Un Horla ? Un de ces homme-serpents à 7 têtes ou un serpent géant comme ceux qui nichent sur les abords du fleuve ? Ce Dorso s'est ensuite engagé dans la légion. Envoyé combattre en Germanie avec son ami Lento, c'est là qu'il se fait mordre et devient un être de la nuit se nourrissant du sang d'autrui. Il serait donc ainsi devenu une sorte de Horla lui aussi. Le journal raconte aussi comment il s'est disputé avec son ami Pavo au sujet d'une pierre, d'une amulette. Un peu comme celle que m'a donné le Corax ? Pavo ? Le Paon en latin. Cet homme serait-il l'Ange-Paon ? Quelle horreur ! Quelle froideur lorsqu'il raconte comment il s'est nourri de sa propre mère. Puis comment, de retour à Rome, il n'a cessé de tuer pour survivre. Qui est ce Thot-Hermès ? Ce serait à son initiative qu'il aurait étudié l'alchimie. Sous son influence involontaire, il aurait appris à créer des goules, s'ajoutant à ses serviteurs mortels. Ce fragment de journal se conclut par ces mots : « En effet, je relis les lignes de mon journal et constate que ces souvenirs ne sont plus les miens. Ce ne sont plus que des mots... Je gagne en âge et celui que j'étais disparaît. Il devient une... fiction ! »
C'est un étrange cadeau que tu m'as fait là Edes Alom. Tu as bravé le territoire de Chtulhu. Tu as risqué de subir le courroux de Nyarlathotep pour me transmettre ce fragment de journal. Dorso, Pavo le paon, Thot-Hermès... Qui m'attend au sommet de ces montagnes ?

C'est un bien étrange spectacle qui s'offre à moi alors que j'approche du sommet. Un hélicoptère est la proie d'un assaut mené par un essaim de gargouilles. Au sol, des cris attirent mon attention. C'est lui ! Je le reconnais à la couleur de ses ailes. L'Ange-Paon de Yézédis ! Yézédis Corso. Le légionnaire Dorso. Il pointe son fusil en direction de l'engin volant mais ne tire pas. Nul besoin. Les gargouilles font du bon travail et le pilote a manifestement perdu le contrôle de l'appareil qui perd très- trop ? - rapidement de l'altitude. Il est à bord ! Je le sens. Je ne sais pas qui il est mais je sens que lui aussi, comme moi, est porteur du Cruel Centipède. Qui est-il ? Dois-je lui porter secours ou le laisser mourir ? Le Kraken est un témoin, pas un acteur... Mais peut-être qu'aujourd'hui je suis l'Homme-Libre, celui des Champs de Feu, le Dompteurs des Dunes Vivantes. Je dois agir. Je veux savoir comment cet homme c'est retrouvé en possession du Cruel Centipède. Et je veux que l'Ange-Paon accède à ma requête et m'enseigne. Mais ce dernier semble vouloir que l'homme meure. J'ai une idée !
Je m'approche calmement de l'Ange-Paon. Il ne semble pas avoir pris conscience de ma présence. Il continue de tirer en hurlant et je dois faire attention à ne pas prendre une balle perdue. Une fois à porter de voix, je lui dis :
« Je suis le Kraken ! Je repose à plus de 6 000 mètres au fond de l'océan. Je me sens si seul depuis que j'ai perdu la mémoire. Retrouver au moins mon nom apaiserait mon âme. Je suis le Kraken ! »
Un dernier de coup de feu claque comme un coup de fouet. L'Ange-Paon se tourne alors vers moi, l'air étrangement conciliant.
« Je suis l'Ange-Paon de Yézédis. Je vis au sommet des montagnes du Roi-Volcan. Moi aussi, je me sens seul. Moi aussi, je ne sais plus qui je suis. Mais je me suis fabriqué un peuple, le Peuple des Gargouilles. Je ne suis plus seul. Je suis l'Ange-Paon de Yézédis ! »

Je le regarde, circonspect. Devrais-je moi aussi me fabriquer un peuple de pierre pour ne plus être seul ?

« Tu as raison, Ange-Paon ! Moi aussi, je veux me fabriquer un peuple. Et si cet homme qui tombe du ciel devenait le premier membre de mon peuple ?
Non, Kraken ! Lui, Haze, doit mourir !
Pourquoi ?
Je dois tenir ma promesse.
Soit ! Je ne ferai pas de toi un parjure. Mais puis-je te faire cette proposition ? Laisses moi conduire cet homme vers la mort et, en échange, apprends moi à dompter les Dunes Vivantes. »

L'Ange-Paon a l'air intrigué.

« Et comment comptes-tu t'y prendre, Kraken ?
Je compte lui faire ce qu'on nous a fait. Un être peut mourir même si son corps ne meurt pas. Il lui suffit de perdre tout ou partie de son identité. Pour toi, je vais altérer cette identité, sa mémoire, et cela le conduira vers la mort. Je n'ai qu'à m'approcher de lui pour ce faire. »

L'Ange-Paon ne se dépare pas de son expression amicale mais pointe néanmoins son fusil vers moi.

« Non, Kraken ! Haze doit et va mourir ! Ici et maintenant !
Soit, mais accepteras-tu malgré tout de m'enseigner?
Non ! Jamais ! Les Dunes Vivantes transformeront Millevaux en désert et moi seul serai le Roi-Soleil de ce désert à venir !
Soit, dans ce cas, je te volerai tes secrets. Je les prendrai par la force ! »

Et alors, je sers dans ma main l'amulette offerte par le Corax. J'espère qu'il saura comment s'y prendre contre Yézédis. Ai-je vraiment raison d'agir ainsi ? Ne vais-je pas le payer plus tard, ou même... maintenant ? Il me reste une Noix. Une dernière. Je la croque pour forcer le destin, mon Karma, ? et obtenir ce que je désire... Étrange sensation de quitte ou double ! Je … Glisse...

...le long d'un intestin géant avec tout un tas d'espèces fossiles ou disparues : des limules, des ichtyosaures, des ammonites et des choses gerbantes avec des tentacules écumantes de foutre primordial.

Cœlacanthe !

J'émerge dans la poche à merde du Cœlacanthe, qui est pleine à ras bord de fange liquide et de squelettes de dinosaures morts. Je mourrais étouffé si je n'étais pas le Kraken. Je mourrais écrasé par la pression si je n'étais pas le Kraken. Je ne suis pas chez moi au fond de cet océan de merde mais je peux y vivre, y survivre.
Une silhouette au loin. Je la reconnais. La Magicienne ! Que fait-elle là ? Elle est... étrange. Elle a des branchies à la place du sexe et sous les joues. Et ses mains et ses jambes commencent à évoluer en pseudo-nageoires. Elle me fait un signe de la main. Elle me montre une direction. Le bas. Je lui fais confiance.

Je me retrouve maintenant aspiré dans une forêt immergée. Il y a de l'eau à perte de vue, dans tous les sens, au-dessus de ma tête, en-dessous. L'effet de la pression est titanesque. Je mourrais si je n'étais pas le Kraken ! Il y a des arbres gigantesques aux branches moisies par l'eau. Des milliers de cœlacanthes mous et fluorescents remontent des Abysses. Je suis au fond de l'océan mais je ne suis pas chez moi. Cet océan est celui des Cœlacanthes. Je veux retrouver ma pyramide. Je veux retrouver mon nom. Peu m'importe maintenant d'être l'Homme-Libre, le Dompteur des Dunes Vivantes. Je suis le Kraken et je veux retrouver mon nom ! Je remonte vers la surface.

Je suis maintenant à la surface. Mais il n'y a pas d'eau. Par où suis donc arrivé ? Je ne sais pas. C'est une petite pièce aux murs blancs. Il y a peu de meubles mais tout est propre. Par la fenêtre, je vois que je ne suis plus à Millevaux. Derrière moi, j'entends du bruit. Il y a quelqu'un dans ce petit appartement. Silencieusement, je m'approche. Il y a une porte entrouverte. Je l'ouvre doucement. Je suis accueilli par l'ombre d'un Soar. Pas tout à fait un Soar. Un homme-sanglier. Son corps translucide est dans un état de putréfaction avancé. À deux pas devant lui, je vois un homme, de dos, penché sur son bureau. Il tape sur le clavier de son ordinateur. Je me tourne vers l'homme-sanglier. Il s'appelle NoAnde. Je ne sais pas comment je le sais mais... Quand je le dépasse, il disparaît. L'homme qui tape à l'ordinateur est le Joueur. Ça aussi, je le sais. Et je sais qu'il sait que je suis là. Pourtant, il ne se retourne pas. Il sait que s'il se retournait, il ne me verrait pas. Pourtant, je suis là. Nous le savons tous les deux. Je suis là, hein ? Ne te retournes pas, Joueur ! S'il te plaît !

Le Joueur est tenté de se retourner mais résiste !

Je m'approche et lis par dessus son épaule.

« Bonjour Kraken. C'est un peu bizarre de (ne pas) te voir ici. Tu n'as pas besoin de parler. Je sais ce que tu veux. Tu veux retrouver ton nom ; je vais te le dire. Tu veux dompter les Dunes Vivantes pour chasser Ithaqua et les Bergers du Givre. Je vais les chasser. Ne t'inquiètes pas pour Haze. Finalement, il n'est pas mort. Et l'Ange-Paon de Yézédis ne semble pas disposé à mourir non plus. Son histoire va continuer encore un peu. La tienne, par contre, va s'arrêter là. Pour l'instant. Tu reviendras, Kraken, en tant que Kraken ou... qui sait ? Je ne sais pas encore. Je t'aime bien, Kraken. Je pense que ce serait bien que tu reviennes. Mais plus tard. Pour l'instant, j'ai d'autres projets. Je vais laisser les Dunes Vivantes s'occuper de Millevaux. Moi, nous, nous allons devoir nous occuper d'autres mystères planant aussi autour de Millevaux mais peut-être plus vastes encore. Je te parle de la Crasse, de l'Hommonde. Tu le sais, Millevaux contient bien des mondes en son sein, les Forêts Limbiques, les mondes des Déités Horlas. Même cette région des Colonnes est un peu comme une « poupée russe », un Millevaux dans Millevaux. Et bien, j'ai découvert que Millevaux était également une partie d'un univers plus vaste composé lui-même de bien des mondes. Et ces mondes ont été tués. Je sais que les Mouches enquêtent. Je veux percer ce secret. Je veux explorer ces mondes. Et j'aurais besoin de toi pour ça Kraken ; donc, ne t'inquiètes pas, tu reviendras. Mais, j'ai l'impression de tourner autour du pot, Kraken. Je repousse ce moment car même si elle n'est que provisoire c'est quand même une fin et ça me rend un peu triste. Mais bon, je t'ai promis de te dire ton nom alors je vais te le dire. Je vais même faire mieux. Je vais te dire TES noms, car tu en as deux !
Le premier nom que je te révélerai est Demian Hesse. Mais Demian Hesse est lui aussi une sorte d'avatar. C'est le pseudonyme que je prends, parfois, pour jouer ; car oui, c'est un jeu. Un jeu de rôles dont toi, Kraken, est un personnage, présenté à d'autres par celui qui se fait appeler Demian Hesse mais qui est en réalité, et c'est le deuxième nom que je te révélerai, Damien : le Joueur ! Et oui, je suis le Joueur ! Et tu es mon personnage que joue en utilisant, parfois, le pseudonyme de Demian. Tu comprends ?
Les Dunes Vivantes vont certainement ravager les Colonnes. Mais Millevaux reviendra d'une façon ou d'une autre car j'aime cette univers. J'ai encore envie de l'explorer. Nous aurons donc encore des Horlas et des Coelacanthes à combattre. Nous croiserons encore la route de la Magicienne, ou du Magicien, je ne sais pas encore. Et maintenant, nous croiserons aussi des Mouches, dont je pense qu'elles seront nos alliées ; Nous croiserons aussi des Cafards et des Soar. J'ai un peu plus de doutes les concernant.
Il est 17h02. Il pleut. C'est la fin, pour l'instant. Je vais me retourner et il n'y aura personne derrière moi. Ni Kraken, ni fantôme de NoAnde. Haze est perdu quelque part mais je sais qu'il va s'en sortir. L'Ange-Paon de Yézédis n'est pas encore mort lui non plus. SiAber a toutes les qualités requises à mon goût pour être recruté par Black Rain. Et Edes et Tad pourraient bien m'être utiles de nouveau...

Je n'ai pas besoin de me retourner. Je sais bien qu'il n'y a personne derrière moi. Pas vrai ?


Commentaires de Thomas :

A. "Retrouver mon nom, connaître mon histoire, voilà qui apaiserait mon âme." En effet, dans Millevaux il y a tout un tas de personnes qui ont comme quête personnelle de retrouver leur nom de naissance

B. "Cette chute devrait m'être fatale. Mais, je ne sais ni comment ni pourquoi, j'ai eu accès par le passé aux pensées et aux connaissances du Joueur. Je sais qu'il ne souhaite pas ma mort. Je sais qu'il joue pour savoir ce qui va se passer." Le retour de la mise en abîme > On attend une confrontation plus directe avec le joueur ! :)

C. "Le Joueur a relu Immondys cette semaine. Une bande dessinée aux accents lynchesques teintés de Bacon avec, peut-être, un arrière goût de Giger. Le personnage principal, un dénommé Ange, y explore cette ville étrange mais aussi sa vie, son inconscient. Et si je lui racontais une histoire de ce genre ?" Cool que le personnage plonge dans la mémoire du joueur pour raconter une histoire à Edes !

D. " Je suis tenté de la prendre. Est-ce une bonne idée ? Qu'en pensent les Yeux ?
Une image se dessine dans l’œil valide d'Edes. La réponse !
Un couteau ! Un œil, encore ! La lame du couteau s'abat sur un visage, transperce un œil, l’œil d'Edes Corso." Intéressant la symbolique que tu développes autour des yeux... Je suppose qu'ils symbolisent entre autre le regard du joueur ?

E. "Un craquement sec secoue le petit garçon." Dans Coelacanthes, le sexe de Camille est inconnu.

F. "La malédiction... Le Soar m'a fait ingérer le code du Cruel Centipède. Il me ronge. Mon temps ici est compté et... Edes ne veut pas être sauvée. Elle est un élément du cycle. L'exception qui confirme la règle. Je pense avoir mes réponses. Je dois maintenant retourner à Millevaux. Retourner au fond du gouffre et lui annoncer qu'elle va mourir, pour le cycle." Le mystère s'épaissit alors que les protagonistes se multiplient tout comme les lignes temporelles. Mais le fait de devoir reconstituer la mort d'Edes Corso rappelle le scénario de Mantra avec Euridyce. A cette étape de la lecture, je me demande si ce n'est pas le Kraken lui-même qui va la tuer pour boucler ce cycle.

G. "Ce n'est pas mon journal. C'est celui d'un certain Dorso, un légionnaire romain. Je lis qu'enfant il a été mordu par un serpent. Un Horla ?" En théorie, Millevaux (et donc les horlas) n'existait pas dans le passé, mais on peut interpréter l'intervention d'un horla à cette époque comme une contagion chronologique opérée par Millevaux, ou une prémisse de Millevaux.

H. "Et alors, je sers dans ma main l'amulette offerte par le Corax. J'espère qu'il saura comment s'y prendre contre Yézédis. Ai-je vraiment raison d'agir ainsi ? Ne vais-je pas le payer plus tard, ou même... maintenant ? Il me reste une Noix. Une dernière. Je la croque pour forcer le destin, mon Karma, ? et obtenir ce que je désire... Étrange sensation de quitte ou double ! Je … Glisse...

...le long d'un intestin géant avec tout un tas d'espèces fossiles ou disparues : des limules, des ichtyosaures, des ammonites et des choses gerbantes avec des tentacules écumantes de foutre primordial." OK, je viens seulement de comprendre que pour obtenir un effet désiré, Kraken doit croquer une de ses noix et affronter un cauchemar de Coelacanthes :)

I. "À deux pas devant lui, je vois un homme, de dos, penché sur son bureau. Il tape sur le clavier de son ordinateur. " Ah, ben la voilà cette confrontation directe avec le Joueur que j'appelais de mes voeux :)


Réponse de Damien :

Hey, salut:) oula, clair que ça remonte oui ^^ je me rappelle pas de tout (l'effet Millevaux sans doute ^^ ) [Note de Thomas : mes commentaires ont été écrits 5 mois après cette partie...]
pour la symbolique de l'oeil, elle tient entre autre à ce que dans The Name of God les autres joueurs incarnent... les Yeux. Autant reprendre ça donc ^^
et pour le sexe de Camille, certes il est indifférencié mais va savoir pourquoi, ça s'est mis comme ça. Donc, j'ai pas cherché plus loin. Et puis je me suis dit qu'il était indifférencié justement pour qu'on puisse choisir.
Sinon, pour les paradoxes temporels, comme j'ai introduit des éléments relatifs à Mantra et la Trilogie de la Crasse, je suis parti d'une vision un peu quantique de l'espace temps. Tout est partout et en même temps mais c'est notre nature humaine qui nous oblige à ordonner toutes ces expériences dans l'espace et le temps, créant ainsi les notions de passé, présent et futur. Mais là, comme on peut voyager d'une réalité à l'autre, d'une époque à l'autre, que tout est entremêlé et confus... ben... rien n'est vrai, tout est permis quoi ^^
Pour l'instant, j'ai mis de côté ce mix Millevaux/Mantra. J'attends d'avoir fini de relire la Trilogie de la Crasse et de recevoir Mantra et Mantoid pour partir dans un nouveau truc.
En ce moment, je joue un 2nd Grey Cells avec des bouts de Bois-Saule et Coelacanthes dedans. Ensuite, je compte partir sur du Chtulhu plus « classique », notamment pour tester le Solo Investigator Handbook et divers mini jdr relatifs à Lovecraft. Mais, j'aimerais en profiter pour caler des outils des Vertiges logiques et ainsi, à voir, donner finalement une sorte de cohérence à tous ces petits one shot. Mais bon, déjà, finit Grey Cells entier ^^

ah ouais, non sinon quand m^me... pour le final, j'avais que ça a été un grand moment pour moi ? c'est con à dire mais... je ne suis pas sûr qu'on puisse faire ça lors d'une partie sur table classique à plusieurs. c'était quand même une première pour moi et je trouve dingue ces émotions qu'on peut finalement ressentir en jouant... tout seul ?
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LES THERMES DES ANIMAUX

Test du mode donjon pour cet hommage au Voyage de Chihiro qui marque la fin de la campagne de la contrée du Canal !

Le jeu : Marchebranche, aventures initiatiques dans un monde de forêts en clair-obscur

Joué le 31/03/17 à la Convention Eclipse

Personnages : Nox, Sargus, Melchior, Manneken, Edyn

Image
wwww.twinloc.fr, cc-by, sur flickr


L'histoire :

La forteresse du bout du monde. Un grand rempart de l'ancient temps arqué sur la façade d'un ravin sans fond d'où cascadent les eaux des fleuves dans le vide. A l'horizon, nuages à perte de vue. C'est ici que le monde s'arrête. Avant la muraille, une forêt qui semble en tout point normale. Sauf qu'il y a des bruits étranges et quelque chose dans le paysage qui trouble l'oeil.

Au pied du rempart, cinq marchebranches.

Il y a Nox, une marionnettiste humaine entre 35 et 40 ans, avec une grande cape violette et et des breloques. Elle porte un bâton avec des poupées et des carillons.
Il y a Sargus un homme-loup de deux mètres de haut. C'est un forgeron et un tatoueur magique. Son corps porte les affres du temps des batailles en milieu rude, son oeil gauche est blanchi. Il porte un pagne, un collier de dents et un bâton-masse.
Il y a Melchior, un pisteur de personnes disparues. Son visage est très vieux, tanné comme de l'écorce, mais ils est de corpulence jeune et robuste. Ses vêtements et son bâton sont rustiques. Il parle peu, mais sa présence est rassurante.
Il y a Manneken Pithe, un gastromancien accro au raifort qu'il mange par quantités sans plus vraiment en sentir le goût. Il a cinquante ans, il est jovial, à l'aise dans la basse société. Son bâton est une énorme cuiller à soupe à laquelle il suspend sa marmite.
Il y a Edyn, un homme-chat mage et devin de trente ans. Il a l'oeil aiguisé, il est d'un naturel serein et tranquille. Il porte un bâton sculpté en feuilles et en végétaux qu'il fait tourner pour détecter ou lancer des sorts.

Devant eux, une grande porte en forme de bouche de poisson à travers la muraille aux pierres cyclopéennes. Sur les côtés, des glyphes dans une langue de l'ancien temps. L'entrée des thermes des animaux.

Les marchebranches ont été missionnés dans ces ruines par trois commanditaires qui se sont mis d'accord pour les y envoyer en espérant chacun que les missions seraient remplies à peu près en même temps, et donc que la malédiction de l'aggravation les épargne tous. Les marchebranches se rappellent des missions de façon vague. Mais leurs commanditaires leur ont donné un tarot pour chaque mission. Si on plonge dans le tarot, on peut retourner dans le passé, au moment du rendez-vous avec le commanditaire, afin de poser toutes les questions nécessaires.
Il y a la carte du 6 d’épées : un commanditaire veut qu’on lui dise si les thermes sont un bon endroit pour que viennent s'y installer les vétérans de guerre.
Il y a la carte du 10 de deniers : un commanditaire veut que les marchebranches négocient avec les horlas qui hantent ces lieux pour que ceux-ci arrêtent d’agresser ceux qui traversent les forêts limbiques. On leur a donné un objet pour payer les horlas : un portant d'eau qui transforme ceux qui en boivent en horlas.
Il y a la carte du 2 de coupes : un commanditaire leur a demandé de redonner de la vigueur à un taureau décharné en lui donnant un bain. Le taureau s'appelle Soupir et il les accompagne.

Au-dessus de la porte d'entrée-poisson, une tour est construite sur les remparts, elle semble de facture plus récente, plus ciselée, quoiqu'également en ruine. Manneken aperçoit que sur la terrasse du plus haut niveau de la tour, il y a un jardin qui n'est pas encore tout à fait sauvage, et qu'y pousse une variété de raifort qu'il connaît pour être aussi rare qu'exceptionnelle. Manneken escalade les escaliers aux marches surhumaines qui mènent aux remparts pour atteindre la tour. Sargus et Nox lui emboîtent le pas. Ils ouvrent avec précaution la porte de la tour et découvrent des coques de noisettes géantes au sol, et un escalier en colimaçon. A l'étage du dessus, on entend des grognements.

Ils pensent avoir affaire à un écureuil géant assez dangereux. Ils partent alors dans la forêt récolter des noisettes géantes qu'ils pourraient lui offrir. Ils trouvent des traces de pattes d'écureuil de taille gigantesque. Elles s'arrêtent au pied d'un immense frêne... et pas d'un noisetier. Ils voient alors un bouleau se déplacer derrière la frange des autres arbres... et s'immobiliser quand les marchebranches le repèrent. Les arbres de cette forêt sont mobiles ! Ils suivent alors les traces de racines et retrouvent le noisetier géant. Sargus allume un feu et Mannekin prépare une noisette à la mode gastromantique, mais elle est juste bien préparée : il échoue à y insuffler sa magie.

Pendant ce temps, Edyn et Melchior attachent Soupir et s'aventurent au-delà de la porte poisson. Ils y trouvent des bancs de pierre de toute taille et un escalier en colimaçon. Ils arrivent dans une salle souterraine encombrée par une forêt qui pousse à l'envers : les racines au plafond et les frondaisons au sol. Ils errent au milieu des branchages et trouvent une fontaine sur laquelle une énigme est inscrite, dans leur langue. Les gravures semblent s'estomper rapidement. Heureusement, ils résolvent l'énigme avant qu'elles ne s'effacent tout à fait. Toute la forêt à l'envers éclate alors en poussière de feuilles et d'écorce. La voie est libre. Deux portes se révèlent. L'une surmontée d'un symbole de pierre qui représente un bébé, l'autre d'un symbole qui représente une goutte d'eau. C'est cette deuxième porte qu'ils choisissent. Ils accèdent à une grande salle de bain. Il y a des grands bassins de pierre, certains assez grands pour acceuillir un éléphant, d'autres sineux pour acceuillir un serpent. Il y a aussi des grands baquets de bois. Tout est couvert de mousse, les tuyaux n'amènent plus d'eau, et l'appareil censé réchauffer l'eau semble n'être plus relié à la chaudière. Ils remontent chercher Soupir et les autres marchebranches.

Ensemble, ils remontent à la tour. Nox monte l'escalier en premier. Elle passe une marionnette à l'étage supérieur. La marionnette se fait démonter en morceau et la moitié de son bâton est arraché ! Une tête passe dans l'escalier, c'est celle de l'habitant des lieux, un écurours d'une taille colossale ! Après un moment de panique, les marchebranches arrivent à amadouer l'animal. Il se tasse dans un coin et cajole un gland géant dont Manneken sait qu'il est capable de produire un chêne en une fraction de seconde si on l'ouvre. Manneken se rend à la terrasse. Il mange du raifort et ça le ramène dans le souvenir de la première fois où il a mangé du raifort, quand il en sentait encore le goût. Il avait été gravement blessé lors d'une bataille et ceux qui l'avaient soigné lui avaient fait manger du raifort pour le ramener à la conscience. Il récupère des graines de raifort et aussi quatre tubercules en forme de visage : il sait que celui qui en mange peut transformer son visage en copiant le visage d'une personne dont il se rappelle.

Depuis la terrasse, Manneken voit aussi un grand vol de corbeaux noirs qui arrive du continent. Cela ne lui dit rien qui vaille. Il évalue qu'ils arriveront dans une heure au plus tard. Il voit aussi que des bouches d'eau déversent des cascades dans le vide. Il y a donc encore de l'eau au coeur du rempart : remettre en route les thermes des animaux relève du possible.

Les marchebranches se demandent comment les animaux pouvaient entrer dans les thermes, car l'escalier en colimaçon n'est adapté qu'aux hommes. Ils marchent un long moment sur les remparts et atteignent une nouvelle entrée. Celle-ci va dans les sous-sols par une rampe : c'est bien l'entrée des animaux. Ils arrivent dans une grande salle-couloir encombrée de tuyaux gigantesques, rouillés et couverts de lianes baveuses. Ils comprennent qu'ils devraient pouvoir réparer les tuyaux, c'est juste une question de temps.
Ils entendent qu'à l'extérieur les corbeaux sont en train de se battre avec l'écurours. Ils se résignent à laisser l'écurours se débrouiller tout seul, afin de gagner du temps dans leur exploration avant d'être eux-mêmes confrontés aux corbeaux.

C'est alors qu'un étrange chat souriant perché dans les tuyaux vient à leur rencontre. Il semble manifester un vif intérêt pour Nox. Nox lui offre deux balles de jongle, et alors le chat se met à jongler avec la même technique qu'elle ! Nox constate alors avec effroi qu'elle ne sait plus jongler ! Nox lui chante une chanson. Le chat se met à miauler en suivant la même mélodie, et Nox constate qu'elle ne sait plus chanter ! Edyn identifie ce chat comme étant un horla. Ils veulent lui parler car il pourrait les aider à se repérer dans les thermes ou à mener les négociations avec les horlas de ces lieux. La mort dans l'âme, Nox se met à parler au chat et le chat apprend alors à parler... avec la voix de Nox !
Manneken teste un de ses tubercules magiques. Son visage se transforme pour devenir comme celui de Nox. Il demande de l'aide au chat-horla et lui promet un tubercule en échange, ce qui motive tout à fait le chat, qui adorerait avoir le visage de Nox.
Le chat continue à coller Nox et celle-ci est au désespoir. Elle se demande si ce chat est un mâle ou une femelle... et constate alors c'est une chatte ! Elle va regretter d'y avoir songé ! Elle découvre alors qu'elle a perdu son propre genre ! Elle a maintenant le corps d'un ange (sans les ailes).

Si le chat les guide, les marchebranches sont proches du but, mais au vu des mésaventures qu'ils ont vécu, il leur faut considérer les choses avec prudence. Ils décident de sauter dans une de leurs cartes de mission. Sargus, Nox et Melchior sautent dans le six d'épées, tandis que Manneken et Edyn restent surveiller le chat. Ceux qui ont sauté dans la carte atterrissent... dans leurs corps du passé ! Nox constate avec bonheur qu'elle donc retrouvé toutes ses facultés et son apparence. Ils voient bien dans le regard de Manneken et d'Edyn que ceux-ci ne sont pas dans la connivence... ils restent les marchebranches du passé. Ils sont dans une auberge, attablés avec leur premier commanditaire. Celui-ci s'appelle Innocent, c'est un ancien guerrier-châtaigne bourru et balafré. Ils l'interrogent et comprennent que c'est important pour lui de trouver un havre pour tous les vétérans de guerre qui ont connu des horreurs comme lui. Pour autant, ils découvrent aussi que le vétéran attend des marchebranches de tuer les horlas qui vivent dans les thermes afin de rendre l'endroit viable.

Ils retournent dans le présent, perplexes. La carte du six d'épées est tombée en poussière. Nox vit de plus en plus mal l'insistance du chat à la copier. Sargus lui chuchote qu'il est prêt à encaisser une noirceur et tuer le chat d'un coup de masse. Nox temporise.
Les marchebranches interrogent le chat sur les corbeaux noirs et celui-ci leur explique qu'il y a longtemps, vivait ici un dieu noir, avec des animaux noirs à son service.
Sur la réparation des thermes, le chat leur dit que c'est possible mais il va falloir gérer l'araignée-horla qui gérait auparavant la chaudière et qui est devenue folle.

Les marchebranches sautent dans la carte du deux de coupes. Ils se retrouvent dans une ferme qui longe de grandes prairies. Leur commanditaire est le paysan Cornebouc. Nox trouve qu'il y a quelque chose qui cloche dans son discours, et à force de le cuisiner, il finit par leur apprendre la vérité. Soupir est amoureux de la vache Pirouette, sa meilleure laitière. Mais tous deux font partie de clans de bovins rivaux, et leur amour interdit a déclenché une véritable guerre dans les prairies. Or, Cornebouc a besoin de la paix pour que sa ferme soit florissante. Il a d'abord empoisonné Soupir pour lui faire perdre sa vigueur, mais Pirouette est resté amoureuse de lui. Alors il a eu l'idée d'utiliser le prétexte de sauver Soupir (il souhaite garder le beau rôle aux yeux de Pirouette, sinon sa production laitière va chuter) pour envoyer ce taureau malade avec des marchebranches inexpérimentés dans un donjon dont il espère bien que le taureau ne revienne pas vivant...

Nox veut jeter le chat dans ce souvenir pour s'en débarasser, mais les autres marchebranches l'en empêchent. Ils retournent tous dans le présent. La carte du deux de coupes tombe en poussière. Le chat est prêt à les guider dans les thermes. Ils projettent le taureau dans leur dernière carte de tarot : il est bien plus facile à transporter comme ça.

Le chat les guide à travers les souterrains jusqu'à un niveau profond : la cour des horlas. Il y a de grands bassins de pierre remplis de boue, de jus ou de vomi, dans lequelle se prélassent des monstres de toutes sortes et de toute taille, certains mignons et curieux comme de grands oiseaux jaunes tout ronds, d'autres agressifs et carnivores. Au milieu d'eux trône le roi des horlas, un bouc à la tête fondante garni de huits serpents rouges infinis en guise de pattes. Quand les marchebranches débarquent là, les horlas s'exclament en choeur : "ça sent l'humain !!!! ça empeste l'humain !!!"

Les marchebranches arrivent pourtant à temporiser et obtiennent audience auprès du roi des horlas. Ils l'avertissent de l'arrivée des corbeaux noirs. Le roi des horlas pense qu'il s'agit des troupes du Seigneur Sorcier, le fils du dieu noir. Le Seigneur Sorcier semait la terreur grâce à son armée de horlas mais ses plans de conquête du monde ont été mis à mal depuis qu'un marchebranche a croqué le fruit rouge qui a retransformé tous les horlas du monde en humains, à l'exception de ceux qui se terrant dans la forteresse au bord du monde. Le Seigneur Sorcier vient sans doute les enrôler de force dans son armée.

Ensuite, les marchebranches négocient pour que les horlas cessent d'agresser les voyageurs des forêts limbiques. Le roi horla demande en échange à la fois le portant d'eau dont l'eau transforme les horlas, mais aussi il veut guider un des marchebranches vers l'atelier des marionnettes, où existe un artefact qui peut retransformer à nouveau les humains en horlas. Manneken arrive à persuader le roi horla que cela jouerait contre lui : ce serait offrir une armée au Seigneur Sorcier sur un plateau, et au final, même la forteresse du bord du monde ne sera pas épargnée. Le roi horla accepte de se contenter du portant d'eau, mais il veut qu'un des marchebranches boive de cette eau pour vérifier que ça fonctionne.

Le chat-horla exige son paiement. Manneken remange un tubercule pour retrouver son apparence initiale. Et il donne un tubercule au chat qui le dévore aussitôt. Il a maintenant le visage de Nox ! Et Nox vient de perdre son visage !

Sargus se dévoue et se transforme alors en loup-berger. Des petites boules de laine sortent de son corps et deviennent ses moutons. Désormais, si un village lui accorde l'hospitalité, ses moutons peuvent se transformer en loups et agir selon ses ordres. Sargus est plutôt ravi de cette transformation, même si ça pourrait lui apporter encore plus de problèmes que son apparence actuelle.

Un peu désespérée, Nox goûte aussi de l'eau alors même qu'on ne lui avait rien demandé. Elle se transforme en une hyène qui se nourrit des remords des gens. Le chat-horla fond en larmes. Il ne voulait pas que Nox souffre, lui qui l'admire tant. Il est incapable de rendre ce qu'il a volé. Il s'en veut terriblement. Et Nox la hyène se repaît doucement de ses remords.

Manneken goûte aussi de l'eau et se transforme en boule de glu jaune et géante. Il mange son dernier tubercule et la boule de glu a maintenant son visage. Il englobe tous les marchebranches et saute dans la dernière carte.

Ils sautent dans leurs corps du passé (et ne sont donc plus des horlas) et se retrouvent dans une hutte miséreuse. Valsphaigne, le dernier commanditaire les a nourri avec juste une galette d'épautre et quelques pois chiches. C'est une fillette avec des yeux sans couleur, vêtue d'une modeste tenue de feuilles et de branches. Elle leur explique qu'elle veut que les forêts limbiques deviennent un endroit sûr. Elle a un peu de sang horla, ce qui fait qu'elle peut être guide pour ces forêts limbiques, elle en profitera pour escorter les personnes qui en ont vraiment besoin.

Les marchebranches refont toute l'aventure dans ce monde alternatif. Cette fois, ils viennent en aide à l'écurours quand il affronte les corbeaux noirs qui s'avèrent géants. Ils évitent le chat-horla et retrouvent la cour des horlas par leurs propres moyens. Quand il s'agit de démontrer au roi-horla l'efficacité du portant d'eau, ils font boire le taureau. Celui-ci se transforme en taureau-cerbère à trois têtes. Est-ce que ça va plaire à Pirouette ? On verra bien.

Les marchebranches sont retourné au village des commanditaires. Ils sont dans la hutte de Valsphaigne et l'informent que la voie vers les forêts limbiques est désormais libre. Elle leur dit de ne surtout en parler à personne, car il existe des gens mal intentionnés qui feraient mauvais usage de cette information. Elle leur donne leur carte de tarot, esquisse un mauvais sourire, ouvre une brèche dans la paroi de sa hutte vers les forêts limbiques. Les marchebranches comprennent qu'elle va sûrement vendre ses services de guide au plus offrant et non au plus méritant. Ils lui font promettre de ne jamais faire traverser un agent du Seigneur Sorcier.

Valsphaigne promet puis disparaît dans la brèche.

Etait-elle si pauvre qu'elle le prétendait ?


Image
La carte finale du Monde du Canal ! Notez qu'une partie a été dessinée par un joueur

Feuilles de personnages :

Nox
spectacle, esprit, marionnettiste

Sargus
artisan, force, tatouages magiques

Melchior
pisteur (de personnes disparues)

Manneken Pithe
Artisan, force, gastromancien

Edyn
Mage, âme, devin


Ma préparation de donjon :

Equipement :
Le taureau Soupir
Un portant d'eau qui transforme ceux qui en boivent en horlas.

Les cartes de souvenir :

Le 6 d’épées : Innocent, ancien guerrier-chataîgne qui inspire la sérénité. Veut qu’on lui dise si les thermes sont un bon endroit pour les vétérans de guerre. Entourloupe : désire qu’on tue les horlas pour cela.
Le 10 de deniers : Valsphaigne, Une fillette guide des forêts limbiques vêtu de feuilles de chênes. Fait semblant d’être pauvre, en fait elle est riche. Veut que les marchebranches négocient avec les horlas pour franchir que ceux-ci arrêtent d’agresser ceux qui traversent les forêts limbiques. Leur a donné un objet pour payer la négociation : Un portant d'eau qui transforme ceux qui en boivent en horlas. (objet qui fut la récompense du seigneur noir pour avoir permis la capture de horlas pour son service)
Le 2 de coupes : Cornebouc, un vacher (vieux, genre indé.) avec une vache grasse (Pirouette), un taureau maigre (Soupir) (deux clans de bovins rivaux) : il faut redonner de la vigueur au taureau en lui donnant un bain. En réalité, Cornebouc espère que le taureau mourra dans le donjon, il veut éviter une union qui entraînerait une guerre des prairies.

Donjon :

1 (forêt) – 2 – 3 – 4 – 5 (tour)
6 – 7 – 8 – 9 -10
11 -12 -13
14 (sous-sol secret)
15 (forêt limbique)

1- Forêt mouvante / cascade. Au pied de la tour 5. Péri : challenge d’un handicap : vérifiez d’abord auprès de la joueuse concernée si elle est d’accord que le handicap de son personnage soit challengé. Cascade mène vers 12. Escalier / Entrée des bains mène vers 3.
2 – La pouponnière (en ruines) landau où vit le premier né des horlas : un bébé au visage de hyène, se nourrit d’un remords, donne une noirceur à la place. Peut sortir maintenant que c’est piégé.
3 – Le labyrinthe de la forêt inversée. Par défaut, sortie aléatoire pour chaque mbr (sauf s’ils s’encordent) : 1, 2 ou 4. Enigme, permet de débloquer le labyrinthe et de révéler une salle secrète.
porte mène vers 2 (piégée, celui qui passe la porte a une pulsion de meurtre, veut tuer le premier qui va sous sa vue. Pour détruire ce piège ? Péter un mur)
porte mène 4
4 – Les bains crasseux. Bassins de pierres et lourds baquets de bois. Serpillères, brosses et balais prennent la poussière.
Si on lave les bains, apparition de la sorcière des bains, et des baigneurs en fantômes. Donne un objet ou une récompense dont les marchebranches auraient besoin.
Retourner un baquet pour trouver passage vers 7
5 – Tour, squattée par un écurours belliqueux, qui attaque les PJ. Dans la bataille, on peut lui voler un gland : qui donne des arbres-défonce roche. Vue depuis là permet de voir le bord du monde, le monde du canal. Vols de corbeaux du seigneur noir.
6-
7- Laboratoire d’alchimie des sels de bain. On peut looter des sels, mais à chaque fois apparaît un horla. Le premier sel est un poison anti-horla. Si un mbr empoisonne l’eau, il tue tous les horlas au profit de une noirceur.
Porte mène vers 6 et 8
8-

9-

10- Arrivée d’eau obstruée. Il faut la déboucher.

11- Chaudière. Hantée par homme-araignée. Il faut la remettre en marche.

12-

13- Cour des horlas

14- Sous-sol secret : une carte de tarot à la clé

15- Forêts limbiques


Commentaires :

Durée :
Briefing et création de personnage : 1/2 heure. Aventure : 3h1/2. Debriefing : 1/4 h.

Profil de l'équipe :
Expérimentée

Défi :

Je voulais tester le mode donjon de Marchebranche. Au lieu de faire plusieurs missions dans des endroits séparés, on fait plusieurs missions dans un seul endroit, plus précisément un donjon. Histoire de pousser le clin d'oeil au jeu old school jusqu'au bout. J'ai utilisé mes méthodes de création de donjon. J'ai tenu à préparer à l'avance, à la fois parce que je doutais de pouvoir improviser tout un donjon, et aussi parce que le donjon paraîtrait plus concret et plus équitable s'il était préparé à l'avance. J'ai prévu 15 pièces pour 3-4 heures de jeu et je me suis donné une heure pour préparer, pas une minute de plus. Au bout d'une heure, j'avais juste mes missions et la moitié des pièces : je me suis résigné à improviser le reste en cours de route.

Mise en jeu / retour personnel :

La première partie de l'aventure était un peu lente. On passait beaucoup de temps sur chaque pièce. J'avais peur que l'équipe s'ennuie (mais si la joueuse de Nox m'a dit ensuite que non). J'ai réalisé que comme j'avais bien préparé ces premières pièces, elles étaient longues à joueur parce qu'entre la prépa et l'impro, il y avait beaucoup d'épreuves à gérer.
La deuxième partie de l'aventure était très différente ! Quand les marchebranches ont exploré la salle aux tuyaux, je me suis dit qu'un tirage de monstre errant relancerait les choses. Et le hasard a donné le chat-horla, dont l'intervention a amené une tension très forte ! C'est aussi là que l'équipe a décidé d'utiliser les cartes de tarot. Au départ, j'avais prévu cet artifice parce que je voulais démarrer directement aux portes du donjon, d'où cette idée de leur donner juste de vagues instructions avec possibilité de reposer des questions au commanditaire plus tard. Mais l'équipe a fait un usage émergent des cartes de tarot très sympa, parce qu'elle leur offrait l'opportunité de troquer leur corps du présent contre un corps du passé, où qu'elles pouvaient servir de sac sans fond, pour y stocker le taureau par exemple. C'est un super moment de vertige logique.
Quand ils ont demandé au chat-horla s'ils pouvaient servir de guide, je m'en suis servi comme prétexte pour zapper la dizaine de pièces inexplorées et aller directement jusqu'à la cour des horlas où j'avais prévu mon climax. J'étais un peu déçu de ne pas faire mon donjon pièce par pièce comme je l'avais prévu, mais ça m'a appris que ça aurait été trois à quatre fois plus longs. Donc, même si vous prévoyez une soirée entière : ne faites pas un donjon à 15 pièces. 7 ou 8, c'est amplement suffisant. Ou alors faites des pièces vraiment simples : évitez de prévoir une ou deux péripéties à chaque pièce comme je l'ai fait.

Retour du joueur de Sargus :

La noirceur, c'est vraiment dissuasif. [Ma réponse : surtout au niveau 0. J'ai fait jouer ce one-shot comme l'épisode pilote d'une campagne, ainsi que je le fais toujours. Et ça me paraît important de passer pour le niveau 0 afin de vraiment comprendre l'impact des noirceurs. Dès le niveau 1, on peut encaisser bien plus de noirceurs sans être hors-jeu.]
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LA CONFESSION

Quand la peur rampe dans les cœurs et que l'amour se fraye un chemin.

Joué / écrit le 10/04/20

Jeu principal utilisé : aucun pour cette session

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Wenceslas Hollar, domaine public

Contenu sensible : aucun


Passage précédent :

19. On se couche avec ses morts
Au lendemain du combat avec la Mère Truie, on compte les retombées.



L'histoire :

Image
A Grave is a Grim Horse, par Steve Von Till, de l'americana forestière et résignée, les confessions d'un bûcheron perdu à jamais.

Cinq d'Opprobre
Sainte Fleur
Jour du Saule dans le Calendrier Républicain

Alors que l'aube pointe le bout de son nez comme un oiseau timide, les bruits de la nuit cèdent enfin le pas aux bruits du jour, les bruits des hommes. Quelque part au sommet des collines du Chaudron, le père et la mère Bourquin sont allé glaner les pommes pourries que les Thiébaud veulent bien leur laisser dans leur verger. Ils sont là, penchés, sous les pommiers tordus entre la respiration des champs et la muraille de la forêt, à se grimoler : "Va plus vite ! Ramasse aussi celle-là", ramassant toutes les véreuses, les tavelées, les pâmées, les cancéreuses qui pourraient encore être bonnes pour le tonneau, et ma foi pour la bouche quand on n'a pas les moyens d'être difficile.
C'était comme ça aux Voivres, avec le petit matin venaient la clameur des familles qui s'aboyaient mutuellement sur le greugnot et des "Reste pas échoté !" et des "Oh, l'travail !" et des "Qu'est-ce tu bassottes ?", on se rouspète, on se houspille, le travail n'est jamais assez bien fait, assez vite fait, assez tôt fait. On s'engueule à longueur de temps parce qu'ici on ne connaît pas d'autres façons de se dire qu'on s'aime.

C'est cette aube froide qu'on réchauffe en se râminant, qu'a choisi la Sœur Marie-des-Eaux pour demander le sacrement de la confession. Comme il n'était pas capable de se lever et de s'asseoir dans le confessionnal, le Père Benoît se rendit à son grabat. On mit la Sœur Jacqueline de côté. Certes, elle aurait été bien incapable de comprendre ce qui allait se dire, mais le prêtre ne pouvait supporter sa présence ni son regard.

Il ne laissa qu'une bougie pour émuler la pénombre du confessionnal et se cacha derrière un paravent.

La Sœur Marie-des-Eaux, allongé, fixant les fissures du plafond qui lui évoquaient avec effroi les frondaisons de la forêt, commença. Ses lèvres étaient sèches, et les mouvements de ses mâchoires lui appuyèrent sur tout le corps :
"Bénissez-moi mon Père, car j'ai péché.
- Tu peux parler, mon enfant."

La Sœur Marie-des-Eaux n'avait jamais aimé le confessionnal. Elle ne supportait pas que son interlocuteur soit caché. Certes, il s'effaçait pour se faire la voix du Vieux. Mais en était-on bien sûr ? Qui parlait et qui écoutait à ce moment ?

Un homme ? Le Vieux ? Le Diable ? Ou autre chose encore ?

"Je commets un péché grave. Je suis hantée par le doute.
- Vous ne devez pas douter. Les desseins du Vieux sont partout. Parfois hors de notre portée, mais bien présents et constatables à chaque instant, aussi concrets que tous les arbres qui nous entourent.
- Alors comment expliquer notre échec ? On avait les prières, les alliances magiques, les vêtements bénis et tout le Saint-Frusquin et on s’est quand même fait frâler !
- Il ne vous appartient pas d'en juger. Le Vieux seul sait si nous avons réussi ou échoué, et l'une issue comme l'autre relevaient de sa volonté.
- Comment pouvez-vous dire des choses pareilles avec autant d'aplomb ?
- N'ajoutez pas le blasphème, je vous en prie.
- ..."

La voix derrière le paravent, toujours douce comme une pomme cuite au four, si c'était bien celle du prêtre, sortir de son devoir de réserve :
" Pensez-vous que les voivrais méritent d’être sauvés ?
- Certains sont perdus, mais certains méritent d'être sauvés, oui. Sans doute beaucoup. J'ai du mal avec mes prochains, mais j'ai vu beaucoup de braves gens ici. Alors, je vais continuer à me battre. Même si c'est un combat qu'on a choisi pour moi.
- Avez-vous peur ?
- Oui, j'ai peur. J'ai peur à chaque instant. Mais j'avance tout de même. Car il n’y a pas d’issue de secours.
- Au nom du Vieux, de Jésus-Cuit et de l'Esprit Chou, je vous l'absolution. Allez en paix."


Hippolyte se réveilla en sursaut. Dans l'obscurité du cellier, le seul repère familier était l'odeur de pus chaud qui émanait de sa mère, et son ronflement de chaudière. Le marmot n'avait pas de moyen concret d'exprimer la teneur de ses sentiments, alors ça partit de façon organique, il se pissa dessus.

Au cimetière des Voivres...

Quand il était entré à reculons...

C'est un mort qui l'avait touché.

Ou plutôt le souvenir d'un mort.

Il pensait que son enfance chez les Soubise l'avait préparé à tout. Mais non. Face à un tel viol mental, il n'était pas prêt.


Le zénith se fit à peine remarquer tant les nuages couvraient le ciel, ulcérés, chargés de pituite et de morgue. Les cloches de l'église battaient à tout rompre, tentant en vain de conjurer le mauvais temps qui s'annonçait.
L’église était pleine pour l’enterrement de Champo. Une partie des gens étaient dehors, drapés dans leur manteaux, et se faisaient porter du vin chaud en douce.
La Sœur Marie-des-Eaux, installée sur un brancard devant le premier rang, était partagé entre l'émotion de voir autant de monde pour son ami et l'amer constat de la présence de certains, comme le fils Fréchin, qui faisaient de cette messe un bal des hypocrites.
Le Père Benoît avait usé de ses prérogatives pour diriger la messe en personne, le curé Houillon étant relégué au rang d'officiant. Deux cercueils, fabriqués par Sybille Henriquet le menuisier, étaient devant l'autel. Celui de Champo et celui de l'inconnu tombé du ciel.
Lors de son sermon sur la chaire qui menaçait chute à cause du moisi, il en profita pour insinuer que la diablerie se cachait dans le cœur du village, et fit quelques allusions voilées aux Soubise, espérant saper leur réputation sans les accuser directement. Il ne forçait pas la voix, sûr de ses effets, peut-être un peu trop parce que déjà dans le village, certains le surnommaient le Père Benêt.

La Madeleine et le Polyte étaient restés cachés au presbytère, enfermés à double tour avec la Sœur Jacqueline qu'on n'avait pas osé montrer. L'angoisse montait dans cette petite prison froide. L'avenir était une roncière d'inconnu. Madeleine ne pouvait s'empêcher de se gratter les croûtes du visage. Ses ongles étaient encrassés de sang. Que fallait-il penser de cette proposition d'exil à Xertigny. Qu'est-ce qui les attendait sur le voyage ? Et quelle conséquence aurait le geste qu'elle avait accompli lors de sa sortie la veille ?


Image
Time and Space, par Kaosmos, piano au fur et à mesure augmenté de réverb pour la traversée de la désolation.

Après l'office, le Père Benoît évita les ouailles. Il n'avait pas l'énergie de se lancer maintenant dans de la politique de clocher, quand bien même c'était nécessaire pour éteindre l'influence des Soubise. Il laissa donc le curé Houillon gérer tout seul les commérages du Nono Elie, de l'Oncle Mougeot et du Père Fréchin, et se traîna en béquilles derrière le presbytère.

Les linges de la Sœur Jacqueline étaient mis à sécher. Le Père Benoît se dit qu'il serait bientôt temps de les rentrer, l'air était humide comme une éponge. Il se dit aussi qu'il était à l'endroit où la Sœur Marie-des-Eaux s'était fait bastonner, et il sentait comme une rémanence de cet événement, comme une ondulation dans l'atmosphère, une migraine qui pointait.

Il allait s'assoir et prier quand une vision fantômatique le fit sursauter.

Une femme se tenait devant lui. Elle était derrière la corde à linge et la coiffe de nonne mise à sécher lui masquait le visage. Elle portait une robe faites de haillons et de fripes qui sentait la graisse, mais assemblée avec un certain goût et dans une profusion de couleurs inhabituelle. Ses bras étaient garnis de bracelets et ces mains de bagues, elles étaient toutes de pauvre facture mais chacune semblait porter son histoire personnelle : bagues de fiancailles, alliances, bagues de deuil, armoiries. Elle portait sur le dos une grande hotte garnie de tissus de rebut : une chiffonnière.

Elle écarta le linge et dévoila son visage. Ses cheveux, qu'elle avait très noirs, étaient noués dans une coiffe rouge. Sa moustache fine et ses sourcils qui se rejoignaient donnaient un sucroît à sa présence déjà ardente. Mais surtout, elle avait ce regard, infiniment perturbant, de ceux qui vous reconnaissent et que vous reconnaissez pas.

"Bonjour Père Benoît. Je m'appelle Euphrasie Pierron, je viens de Fieuzey et vous avez besoin de moi.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça, mon enfant ?
- Vous vous en êtes pris aux Soubise et vous avez emporté la Madeleine et le Polyte avec vous. Vous voulez les exiler à Xertigny. Mais personne ne voudra vous y conduire, sauf moi. Je ne le ferai pas gratuitement, mais les deniers du culte pourront pourvoir à mon aide.
- Comment avez-vous connaissance de tout ça ?"
Le Père Benoît tentait de garder sa voix tout sucre tout miel, il voulait cacher son trouble.

"Ne me demandez pas comment je sais les choses. Félicitez le fait que je sache des choses. Vos protégés sont en grand danger s'ils restent aux Voivres, et vous aussi, vous avez besoin de mettre du champ.
- Comment je peux croire en vos capacités de guide ?
- Regardez ma hotte. Je n'ai pas pu glaner autant de chiffons en me cantonnant aux Voivres. Je fais des grandes tournées. Je connais la forêt comme ma poche. Et je le répète, vous n'avez pas le choix. Vous n'avez pas fait un savant calcul en mandant la calèche et le mercenaire pour le seul trajet de l'aller. L'évêque aurait pu vous financer ces deux choses sur un temps plus long. Mais j'ai idée que ce n'était pas dans son intérêt de vous faciliter les choses."

A chaque nouveau fait que cette inconnue ajoutait, la stupeur enflait à gros bouillons dans le ventre du prêtre.

"Cessons de discuter, voulez-vous, mon Père. Je suis votre seule chance et vous le savez. Alors, faites rapidement le nécessaire pour que nous partions."


Vauthier, le pilier de comptoir de l'Auberge du Pont des Fées, avait un poste idéal. Au bistrot, on voit passer toute la vie du village, il en savait plus lourd qu'un confessionnal, et s'il n'oubliait pas au fur et à mesure, il aurait pu faire chanter tout le voisinage comme la chorale de l'enfant Jésus. C'est dire s'il s'est régalé quand il a vu le Grand-Père Soubise faire irruption, lui qu'on n'avait pas vu sorti de sa ferme de mémoire d'homme, c'était comme une apparition des temps préhistoriques. Il avait l'air fin plus vieux que ce que Vauthier aurait imaginé, comme frité par un accident grave dans son dedans.
"La Bernadette, j'ai des cochons à te vendre !
- Je t'en prendrai plus.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Et comment tu vas nourrir tous tes becs à pâté lorrain ?
- Je me débrouillerai. Ils mangeront autre chose.
- Fais pas ta fière avec moi, rougit-il, parce que ça va partir ! Et puis où ils sont la Madeleine et le Polyte ! Tu sais forcément !"

La Bernadette sortit de son comptoir, et le força à reculer.

"T'es plus fort assez et je t'obéïrai plus. Va-t-en maintenant. Vas au diable.
- Comme ça, tu sauras où me retrouver, sâprée sorcière !"

Et il disparut comme ça, bouffé par le crépuscule. Vauthier demanda vite : "Une pomme !"

La Bernadette lui servi un verre de ce cidre distillé qui est si blanc dans le verre et si parfumé dans la gorge. C'était quelque chose de plus raffiné que son greugnot de nain jaune avait l'habitude de lamper. Mais quand on vient de voir passer le diable en personne, ça s'arrose.


Jacqueline...

Je n'ai pas voulu ça.

Pourquoi as-tu refusé mon aide ?

Pourquoi n'ai-je pas tenu tête plus tôt ?


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Préparation :

A. À la fin de l'épisode précédent, j'ai posé cette question au public : Un des personnages principaux (la Sœur Marie-des-Eaux, Père Benoîte, Madeleine ou Hippolyte) a scellé un pacte avec un souvenir précieux en gage. Lequel ? Pouvez-vous en dire plus sur la nature du pacte et du souvenir laissé en gage ?

J'ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : "le Père Benoit a passé un pacte précisément pour « oublier » le « souvenir » qu’il a laissé en gage? Par exemple, il aurait pu commettre un crime ou juste mener une vie luxurieuse avant d’entrer dans les ordres et le Horla (pourquoi pas? ^^) qui garderait ce souvenir l’en aurait libéré tout en s’en délectant. Mais, peut-être que dans cette vie il aurait acquis des connaissances qui pourraient lui être utile dans son combat actuel. Aussi, il voudrait malgré tout récupérer ses souvenirs. Ou alors, quelqu’un de cette époque le reconnaitrait? Pourquoi pas ce guide à venir?"

Voilà qui étoffe encore le passé de Père Benoît ! Je l'ajoute au programme !

B. Pas d'exercice d'écriture de Draftquest ce jour car pendant le confinement, mes conditions d'écriture sont sous-optimales pendant le confinement, donc j'économise du temps là-dessus.

C. Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. Je continue ma lecture de romans du terroir. En ce moment, je lis Raboliot de Maurice Genevoix, l'histoire d'un braconnier et sa lutte à mort contre un gendarme. L'écriture est remarquable à chaque phrase, le portrait de la nature et de la forêt saisissant, à la loupe, et les personnages ont tous quelque chose d'animal. C'est un chef d'œuvre du genre qui va forcément m'influencer. A rapprocher de Sang Noir, de Bertrand Hell. Bémol principal, ce livre fait l'apologie de la chasse et de la pêche, alors j'ai du mal avec l'étiquette qu'on lui donne de roman écologique, ou du moins ça peut s'insérer dans l'écologie de son époque (1925), mais soyons clair, en 2020 tout écolo qui continue à manger de la chair animale passe complètement à côté de son combat. Je dois en revanche un peu nuancer ce que je dis sur Raboliot. Le livre dépeint de grands tableaux de la souffrance animale, poissons qui agonisent, vertèbres brisées des lapins... J'ignore si Genevoix cherche à attirer notre compassion dans ce roman, mais dans un de ses suivants, la Dernière Harde, on assiste au massacre de toute une troupe de biches et de cerfs, donc rétrospectivement on peut se demander s'il fait autant l'apologie de la chasse que ça. Raboliot est peut-être une sorte de anti-héros, un ensauvagé. S'il était un personnage d'Ecorce, ce serait un tueur, celui qui a le crime dans le sang, et qui pratique la chasse non par vocation mais par instinct. Cela ne rachète pas le carnivorisme à mes yeux, l'argument carnivorisme = instinct ne le rend pas plus noble, mais j'aimerais apporter cette nuance et suspendre mon jugement sur le livre.


Bilan :

1900 mots, je retrouve un tirage un peu plus décent !

Mon interlude s'étire un peu en longueur, mais ce n'est pas du luxe de présenter quelques évolutions avant de quitter les Voivres et commencer la partie d'Oriente. Au moins, mon guide est déjà présenté ! A priori, un dernier épisode sans système et on attaque Oriente !

Aides de jeu utilisées :
La Stèle au cœur des plaines
Nervure (pour la question au public)

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1922 mots
Total : 41476 mots


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : j’ai enlevé Madeleine et Hippolyte, qui sont maintenant des PJ, remplacé le père Soubise par le grand-père Soubise, et mis à jour l’objectif de la Mère Truie.


Question au public :

Voici la question qui fait suite à cet épisode :

Qu'est-ce qui donne aux exorcistes de l'espoir ?
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

BARBELÉ

Aux Voivres, ça ne cesse jamais de friter.

Joué / écrit le 13/04/20

Jeu principal utilisé : aucun pour cette session

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Devil's Rope Museum, cropped + contrast by Dake, cc-by-sa, sur Wikimedia Commons

Contenu sensible : queerphobie, ultraviolence, aliénation


Passage précédent :

20. La confession
Quand la peur rampe dans les cœurs et que l'amour se fraye un chemin.



L'histoire :

Image
Weiland, par Empyrium, du dark folk en noir et blanc, une sorte de moyen-âge fantasmé par les romantiques allemands, à la recherche d'une lumière dans la forêt.

A la presque-nuit, les premières grosses gouttes commencèrent à taper sur les carreaux et les gouttières du presbytère. Le Père Benoît contemplait le spectacle de la forêt dégoulinante derrière la vitre. Il finit sa prière, agenouillé au pied de son lit, puis se redressa et retroussa le bras de sa soutane. Il prit de l'eau dans une cruche, la bénit et commença à masser la marque qui s'étendait de son poignet jusqu'à sa clavicule, une longue fresque tatouée à l'encre de résine noire, avec des effets de relief qui trahissaient une technique sarcomantique et qui animaient l'image d'une vie maléfique. Epousant le détail de ses veines, on pouvait voir le dessin de sentiers qui parcouraient les flancs boisés des Hautes Vosges jusqu'à une sinistre masure dotée d'une enseigne. Et partant de son poignet, pour se multiplier au fur et à mesure jusqu'à profuser aux alentours de la maison, des mouches que l'encre semblait doter de mouvement, elles suivaient le roulement des muscles, et on si on espaçait son regard, on jurait qu'elles s'étaient déplacées.

"Si je n'étais pas mort de faim, de fatigue et de froid, je n'y serais pas entré, soupira le Père Benoît
On ne se sentait pas le bienvenu, à l'Auberge aux Mouches."

Il était ainsi, enté dans sa chair, ce souvenir dont il aurait tant voulu se débarasser, et chaque regard vers sa peau lui donnait des revoyottes rapides et très floues, des visages dans l'auberge, lui rentrant à l'intérieur, ce qu'il avait vu et ce qu'il avait dû commettre et encore les mouches, les mouches, les mouches.

Bzzzzt... Bzzzzzzt....

Cela faisait trop longtemps que ce vrombissement l'avait tranquille. Il chercha à les repérer dans sa chambre, les mouches à merde, les mouches grasses, les mouches piquantes, peut-être cachées derrière le crucifix au mur, collées aux vitres en sanglots, mussées dans les fissures du plafond, ou encore butinant le pot de chambre.

Mais elles n'était pas visibles. Elles n'étaient qu'audibles, les maudites.

"C'est bien, Bzzz, Bzzzz... Tu vas donc aller à Xertigny... Alors nous progresserons dans notre enquête... Sur cette mort inexpliquée... Sur ce crime impuni...
- Si je le fais, vous me laisserez enfin tranquille ?
- Bzzz, nous verrons. Tout sera fini quand le mystère sera résolu."


La Sœur Marie-des-Eaux n'avait plus la force ni l'envie de prier, de réciter l'Apocalypse ou de tenir son carnet mémographique. Il s'était endormi depuis longtemps sur son grabat quand la grasse-nuit emplit le presbytère de son huile, la Sœur Jacqueline ronflant à ses côtés, qui parfois claquait des lèvres pour lâcher quelque mot d'enfant en plein sommeil.

L'homme avait crocheté la porte arrière, et s'était introduit à pas de loup dans la demeure. Il ouvrit très doucement une chambre, constata que sa proie n'y était pas, puis en essaya une autre. Quand il tomba sur le cellier, il vit, se repérant aux simples lignes des choses comme un rapace nocturne, la forme de la Sœur Marie-des-Eaux, déjà à moitié morte, enfin à sa merci. La Sœur Jacqueline ne constituerait pas un obstacle.
Alors il se pencha sur le novice, contempla un instant son regard. Si sûr de lui, il murmura : "J'ai jamais si tu étais un homme ou une femme...". Et il referma ses deux grosses pognes autour de son cou, et serra très fort le fil de fer barbelé qu'il portait.
"Tiens crève dans ta clôture, sale vache !"

La douleur fut si intense qu'elle réveilla aussitôt la Sœur Marie-des-Eaux pour le plonger illico dans une revoyotte.

C'est une revoyotte très abstraite. Marie se trouve en face d'un petit enfant en habits noirs, la mine grave mais innocent. Il est devant une fontaine couverte de mousse, au cœur d'un bois de hêtres et de chênes. Il tend les bras vers le gamin, il crie son nom :
"Raymond ! Mon petit frère !"
Il veut l'attrapper mais ses mains passe au-travers de lui et de la fontaine, qu'elles percent comme un rideau. Il boit la tasse.

Il est dans une rivière qui file à toute allure, des troncs dérivants le heurtent, des branches le griffent, il coule, l'apnée dure longtemps, trop longtemps...

Il se réveille ! Les piques du barbelé lui rentrent dans la gorge, il y a du sang partout sur les draps, et penché sur lui, la gueule crispée par une forme de plaisir presque orgasmique, le fils Fréchin !

La Sœur Marie-des-Eaux est incapable de se défendre. Sa seule consolation, c'est d'avoir pu se confesser avant que ça n'arrive.

Mais le sourire dégueulasse sur le visage de son assassin est coupé d'un coup. Un autre homme, massif dans l'embrasure de la porte, lui a planté une faucille dans le dos.

"Fallait que je l'arrête. Fallait que je l'arrête, ce tueur."

Celui qui disait ça, c'était un autre tueur. C'était le père Fréchin, le maire. Il avait fait justice à sa manière.

Le Père Benoît accourut juste derrière. Son premier réflexe fut de se jeter à genoux pour prononcer l'absolution et fermer les yeux du fils.

Pourvu que je ne sois pas arrivé trop tard. Pourvu que je lui ai épargné les forêts limbiques !

Il emporta le maire à l'extérieur, déployant une force qu'on ne lui soupçonnait pas, suffisante en tout cas pour déplacer la grosse masse du moustachu qui gueulait : "Fallait que je l'arrête ! Ah vinrat de nom de Vieux ! Mon fiston ! Pourquoi t'as eu mon sang de tueur ? Et toi, Marie, oublie pas, toi aussi t'es un tueur ! On doit vivre avec ça, on est maudits !"

Laissant au père Houillon le soin de faire barrière au maire, il se précipita tout en nage dans sa chambre, ouvrit sa valise en bois dont le vernis se craquella, un tas de choses qui s'avéreraient des plus utiles, et il freugna dedans pour en dénicher les meilleurs éléments. Sa bible, un exemplaire noir tout simple et tout ratatiné par les multiples compulsions, son goupillon, des fioles d'eau bénite et de sel bénit, son crucifix qui avait la patine des objets mémoriels puissants et les arêtes d'une arme de corps à corps, ses instruments d'autopsie qui ici seraient utiles pour administrer les secours d'urgence, et enfin sa collection de daguerrotypes dont les motifs métalliques perclus d'oxydation avaient saisi des silhouettes de horlas.

"Maintenant, siffla-t-il entre ses dents, ça n'est plus une mission d'exorcisme. Cela n'est plus une mission sous vos ordres, satanées mouches. Maintenant, c'est une affaire personnelle."


Six d'Opprobre
Saint Bruno
Jour de l'Âne dans le calendrier républicain

Dès presque-aube, ils étaient sur le pied de guerre. L'averse qui avait commencé contraint le prêtre exorciste a enfiler des guêtres pour protéger ses bas de soutane du péteuillot. Il alla tambouriner à la porte de l'Auberge du Pont des Fées. La Bernadette, toute tirée de son sommeil, lui bouâla dessus qu'il allait réveiller ses clients, mais aussitôt qu'il lui eût expliqué la raison de sa venue, le bien-être de sa maisonnée n'eût plus aucune importance, et elle se couvrit d'une toile de jute pour le servir au presbytère.

Quand elle vit dans quel état se trouvait la Sœur Marie-des-Eaux, elle sanglota : "Mon pauvre enfant, mon pauvre enfant !"

Mais elle se tourna bien vite vers la personne pour qui le Père Benoît l'avait mandée :

"Sœur Jacqueline, ma sœur, tes amis vont partir. Tu vas rester avec moi maintenant et je vais m'occuper de toi."

Et elle caressait sa coiffe et portait sa main au visage potelé de la doyenne, qui elle restait sans expression, comme une chouette empaillée.

"Viens, lève-toi, ma chère. Je vais bien prendre soin de toi, et pour toujours.", et elle aida la nonne-enfant à sortir de sa couche, elle mettait son bras sur son épaule et leurs joues se touchaient.

"Viens, viens..."

La Sœur Marie-des-Eaux les laissa partir, d'abord parce qu'il n'était pas en état de faire grand chose à part endurer son mal, et ensuite parce qu'au bout du compte, c'était le plus juste.

Quand elle fut sortie du presbytère avec son amour de Jacqueline, la Bernadette plongea la main dans son tablier pour vérifier à tâtons la présence de ses deux fétiches.

Le morceau de la corde avec laquelle Basile s'était pendu, et le morceau de bois du confessionnal arraché par l'opinel de la Sœur Marie-des-Eaux.

Alors ça a marché.


Pendant ce temps, le curé Houillon, son anneau de cheveux tout hirsute autour de sa tonsure à cause de l'affreuse nuit passée, faisait ses dernières recommandations au père Benoît :

"Alors vraiment, vous voulez prendre la Sœur Marie-des-Eaux avec vous ?
- Oui, si je le laisse là, il sera victime de nouvelles tentatives d'assassinat. Et vous seriez également mis en danger en l'hébergeant. Donc on va le porter avec nous. Il a une grosse capacité de résilience, et vous le retrouverez tout aussi nerveux qu'avant quand nous reviendrons.
- Benoît... N'essayez pas d'être son père. Vous pensez pourvoir à son salut parce qu'il est actuellement vulnérable. Mais c'est et ça restera toujours une beusse enragée.
- C'est une brebis égarée. On l'a dressé et maintenant il peut être un bon élément du troupeau.
- Par ailleurs, je vous en supplie, ne prenez pas ces affaires d'exorcisme trop à cœur. Ici, ce que demandent essentiellement les villageois au prêtre, c’est de prier pour chasser les orages, les plaies climatiques, et le feu. Ce sont des païens à peine débourrés. Plus vous en ferez, plus ça se retournera contre vous.
- Il suffit, Père Houillon. Gardez à l'esprit que je suis votre supérieur. Il m'appartient de juger de la pertinence des actes que je commets au nom du Vieux, et je vous intime de vous conformer à mes décisions. Rappelez-vous encore les courriers que je vous ai préparé. Ils doivent tous traverser la forêt et les montagnes qui nous séparent de l'évêché. Le Vieux aura vos pigeons en sa sainte garde.
- Entendu, mon père, j'obéïs une fois de plus et je me charge d'enterrer les morts."


La Frazie Pierron les attendait dans l'arrière-cour, sa hotte sur le dos, son fichu dégoulinant sur ses sourcils de charbon. Les arbres chialaient de l'eau par toutes les feuilles, et au milieu de tout ce marasme, elle était apparue comme le diable en personne.


Le Père Benoît prit les manchons avant du brancard, la Madeleine Soubise, toute voilée dans un grand châle, prit les manchons arrières et ensemble ils soulevèrent la Sœur Marie-des-Eaux qui ne pesait rien, et traînant le Polyte dans leurs guêtres, ils suivirent la chiffonnière qui s'empressait de monter la côte.

Ils avaient juste dépassé le panneau du village que le père Houillon les rattrappa, couvert d'une bâche et haletant comme un mort-né :
"Le... Le... Le Père Soubise...

Ils l'ont retrouvé... Mort... Enfermé dans sa fosse à purin !"

Et pour appuyer cette nouvelle, la pluie se mit à dégueuler de plus belle tout ce que le ciel avait dans ses tripes, il faisait noir comme dans le cul du loup, et le martellement sur le pavage herbu de la route sonnait comme les tambours du Déluge.

Ce sale de temps d'peau d'chien, c'était pas naturel.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Préparation :

A. Pas d'exercice d'écriture de Draftquest ce jour car pendant le confinement, mes conditions d'écriture sont sous-optimales, donc j'économise du temps là-dessus.

B. Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.


Bilan :

A. Au début de cette séance, j'ai incorporé une des suggestions de Damien Lagauzère : "Et si le Père Benoit avait un souvenir tatoué ou gravé à même la peau, quelque chose qu’il ne voudrait et ne pourrait ainsi oublier? Un peur comme dans le film Memento ^^ Cela ferait office pour lui de mobile à ses actions même s’il en a oublié l’origine. Il suivrait « les ordres » de ce souvenir. Cela pourrait être un passage de l’Apocalypse ou une historiette tirée de l’almanach."
J'ai fait un tirage sur l'Almanach comme suggéré, et ça m'a donné : "Si je n'étais pas mort de faim, de fatigue et de froid, je n'y serais pas entré, soupira le Père Benoît
On ne se sentait pas le bienvenu, à l'Auberge aux Mouches."
Pour finir de m'inspirer de Damien Lagauzère et de ses influences, je suis parti du principe que les mouches sont les créatures qui enquêtent sur le meurtre de l'Hommonde dans La Trilogie de la Crasse, sauf qu'ici elles enquêtent sur le meurtre du Vieux...

B. Les effets de système donnent des scènes très intéressantes ! Après celle du tatouage des mouches, voici que je tire "un PNJ avance sur son objectif". Je tire un objectif et j'obtiens "Le fils Fréchin veut tuer un exorciste !" C'est déjà une scène de ouf, d'autant plus que je l'ai faite comboter avec l'objectif du père Fréchin, et ça ne vient pas comme un cheveu sur la soupe car les deux ont été mentionnés lors de la scène de l'enterrement (coup de bol en ce qui concerne le fils ! ). Je continue à appliquer mon système à fond : ayant choisi une arme particulièrement dégueulasse qui inflige une grande douleur et fait frôler la mort, je suis forcément tenu d'appliquer les règles d'Ecorce, et donc la Sœur Marie-des-Eaux a une revoyotte ! J'applique ensuite d'autres tables, qui me disent que le Père Benoît s'implique davantage. Ensuite, je tire un terme de patois sur une table : freugner (ce qui veut dire fouiller), ce qui m'invite à inventer cette valise du Père Benoît et tout son attirail d'exorciste qui je l'espère servira prochainement !

C. Je bénis également les listes d'équipement, car ça m'a permis de recaser les fétiches préparés depuis longtemps par la Bernadette :)

D. Je choisis de finir ma session d'écriture un quart d'heure plus tôt, parce que je suis arrivé au terme de mon script qui précède le voyage. Prochaine séance, on joue l'exil avec Oriente !


Aides de jeu utilisées :

Almanach

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1847 mots
Total : 43323 mots


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : dans les objectifs des PNJ j'ai enlevé le fils Fréchin et j'ai rajouté les mouches, j'ai rajouté un passé et une liste d'équipements pour le Père Benoît.


Question au public :

N'ayant pas eu de réponse à ma question posée dans l'épisode précédent, je me permets de la reposer :

Qu'est-ce qui donne aux exorcistes de l'espoir ?
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

COULEUR DES MORTS

Animaux, robots et prédateurs dans cet enregistrement de partie par Claude Féry !

Le jeu : Dégringolade, un jeu de rôle Millevaux pour accepter l’oubli comme condition essentielle au bonheur, par Claude Féry

Joué le 23/03/2019

Image
Greg Johnson, cc-by-nc-nd, sur flickr

Lire / télécharger le mp3

Lire / télécharger le pdf de la préparation

Episode 8.4 de la campagne Les Brimbeux.
Voir la liste des épisodes précédents.


Bonjour,

Voici le témoignage audio de la suite des aventures des brimbeux.
Je me suis efforcé de questionner les joueuses sur leurs intentions tout en conservant mon dispositif propre à Dégringolade. Nous avons joué un conflit physique entre Nalion et Hermann qui s'est soldé par un statut quo mais qui a incité Mathieu à acquérir une perle de souvenirs dangereuse. C'est la première partie de notre errance du 23 de marche.
La seconde partie, après un black-out sollicité auprès des joueuses, était plus apaisée et contemplative.
Nalion s'est éloigné pour chasser, a abattu un grand cerf blanc et rencontré un artifice.
A sa découverte, après un bref échange ils sont partis chercher les autres pour qu'ils se réfugient dans l'abri de l'artifice.
Chaque joueuse a envisagé la suite...
Nous avons joué une heure seulement et nous jouerons la suite la semaine prochaine.
Mathieu a hâte de jouer la conscience du fer-blanc, Xavier est jaloux de ne pas avoir de robot, mais ça viendra et Gabriel a entamé la lutte finale !
Bonne écoute !

Image
Gabriel joue hermann l'opérateur radio_photo Claude Féry, par courtoisie.jpeg


Retour de Thomas après écoute :

A. Le concept de Gabriel comme quoi l’emprise fait entrer les objets en lutte des classes contre les glaneurs, c’est génial:)

B. le fond noise du début rend la partie particulièrement oppressante, mais j’ignore si c’est corrélé avec l’urgence et la dangerosité réelle de la diégèse, et au rythme du jeu, de la narration.

C. L’égrégore crée des interférences dans les postes de radio, c’est cool :)

D. J’aime le terme de horchat pour désigner un chat horla

E. Intéressant de laisser Xavier déterminer la nature du horchat en posant une question au personnage et en la tenant pour vraie, idem pour le devenir de Serge-Claude demandé à Mathieu. Après, en tant que MJ, à quel point tiens-tu leurs déclarations pour vraies ?

F. L’emprise capitaliste et l’égrégore bourgeoise : très bonne tirade de Gabriel:)

G. A nouveau un passage sur la chasse, une chose qui me semble présente dans la plupart des épisodes des Brimbeux. Mes convictions véganes en sont quelques peu heurtées, car la chasse semble trop souvent présentée comme le seul moyen de subsistance (avec le vol d’oeufs et la consommation de lait), alors que les végétaux semblent absents du régime des personnages, que ce soit dans les déclarations des joueuses ou dans tes propositions de MJ, en direct ou par l’entremise des figurants. J’ai personnellement exposé les propres problèmes que j’ai rencontré dans le fait que Millevaux prêtait le flanc à une apologie malvenue de la chasse, apologie que j’ai moi-même commise dans mes parties et dans mes textes, et sur laquelle je tente de revenir de plus en plus (voir le podcast Du respect des animaux ) Si cela t’est possible en tant qu’omnivore, crois-tu que par la suite ton propos sur la chasse puisse être plus nuancé ? Ma proposition est la suivante : que les gibiers soient considérés comme étant un peu plus que des choses sans conscience ni volonté ni famille ni sensation de douleur.
Ceci dit, cet épisode particulier me semble apporter un début de nuance. Le meurtre du cerf blanc me semble être un début de dilemme moral, par la mort absurde du cerf, la dramatisation musicale et les questions morales posées au chasseur (le personnage de Mathieu) auquel il répond : « Je ne suis qu’un prédateur parmi les autres. Je vis, je meurs »

H. A la question « Qu’est-ce qui déclenche ton attention ? », Mathieu répond que le cadavre du cerf a été déplacé et en tant que MJ, tu nies ce fait : pourquoi ?

I. J’aime ce concept de robots sortis de l’hibernation, rouillés, végétalisés et inadaptés à ce nouvel environnement, à cette nouvelle époque, et j’ai hâte de les voir se mettre en branle lors d’un épisode motorisé par La conscience du fer-blanc

J. La réflexion de Gabriel comme quoi l’égrégore sape le travail des glaneurs montre l’intersection entre ruine, égrégore et oubli

K. Idée d’antagonistes pour Dégringolade / Charogne : Les oblitérateurs brisent les objets mémoriels et même la mémoire des gens, car se souvenir est une offense à l’ordre des choses


Image
Xavier joue Gaster le jeune bûcheron, Matieu joue Nalion le régulateur_ photo Claude Féry, par courtoisie.jpeg


Claude :

B. L'idée dans le choix de ce morceau de Z K (H3O) the last man in europe II était de poursuivre dans la lignée de la tension établie sur le final de "Les coeurs secs" et d'offrir un environnement qui suggère un contexte ou les ondes d'égrégore se manifestent à tous, même si Herrman est le seul à les décrypter en tant qu'opérateur-radio.

E. L'idée que je suis est que tout ce qui est dit est tenu pour vrai. Donc ce qu'ils déclarent est vrai, même si cela doit être contredit plus tard par une autre interprétation.

G. Dans ma version de l'Astrolabe, je précise que les glaneurs qui n'appartiennent pas aux corps mentionnés dans la prime directive sont des champignonnistes, et les champignons constituent l'ordinaire des Glaneurs. Je l'ai rappelé dans le premier épisode de dégringolade et les provisions qu'ils perdent sur la route sont des champignons. La viande est le privilège des régulateurs et en lieF avec le statut. Pour moi, leur régime alimentaire en partie carné se conjugue avec leur rôle. De même dans fripouille je précisais que la communauté des Brimbeux sur les hortillons se nourrit pour l'essentiel de cresson cultivé dans les hortillonnages. Mes héros brimbeux sont des végétariens, voire végétaliens sauf choix contraire des joueuses.
Le concept de chasse a été réintroduit dans notre campagne par les perles de souvenirs retenues par Mathieu pour son personnage de Nalion. Comme tu le précises j'ai commencé à jouer en tant que forêt sur le caractère sauvage et finalement cruel de la chasse à laquelle se livre Nalion.

H Et en lien avec G. Non ce n'est pas à ce moment que Nalion constate la portée de son geste. Il a atteint le Bois, la Reine du Bois en tuant ce cerf blanc. Elle reviendra vers lui et il devra en rendre compte. Mais lui n'est que prédateur. Il n'attache pas d'importance au cerf pour ce qu'il fut, ce qu'il est ou ce qu'il sera. C'est une simple proie. J'avais précisé au début de la scène que quelque chose lui rappelait la vision fugitive de la scène avec Serge-Claude. C'est l'artifice qui était le point de la scène. Mais d'évidence le cerf a bougé, est reparti et reviendra. Ce qu'il a dit est vrai, mais il ne le savait pas pour mieux le savoir plus tard.
Probablement que cela reviendra avec le prochain épisode de Bois-Saule que nous jouerons et qui permettra à Léo de rejoindre le groupe dans l'abri.
Précision sans doute utile, le cerf blanc a été débité placé pour partie dans la gibecière de ce dernier pour partie et le reste de sa dépouille abandonnée aux charognards et un bon tiers réservé dans les fourrés. Ce sont donc les portions du cerf blanc vivifié par le contact avec ses enfants, les buissons qui viendra demandé au chasseur des comptes. Un mélange improbable de chairs sanglantes couvertes de liserons qui viendront lui demander : tu as mangé mon corps tu as bu mon sang et que donnera tu en retour pour le bois et éteindre la soif de sang ?

K. Super, merci !


Thomas :

G. Oups, au vu des nuances que tu apportes, je réalise que j'avais peut-être repeint mon souvenir de la campagne en noir. Merci pour ces précisions !

H. Ah ah j'attends donc le retour de ce cerf !
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LE DÉLUGE

Premières étapes de l'exil jouées avec Oriente, frappées sous le sceau d'une pluie maudite et d'un climat de défiance mutuelle.

Joué / écrit le 24/04 et le 25/04/20

Jeu principal utilisé : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Brian Gonzalez, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : terreurs nocturnes


Passage précédent :

21. Barbelé
Aux Voivres, ça ne cesse jamais de friter.


L'histoire :

Image
Grote Mandrenke, par Troum, de l'ambient orchestral et drone, spectral, caverneux, infini et introspectif.

Le petit groupe progressait tant bien que mal, patinant dans la gadoue. Les premières lueurs de l'aube étaient tressées de pluie, si bien qu'il fallait donner la lanterne pour voir le chemin. A la grande surprise de Madeleine, la Frazie Pierron leur fit éviter le Grand Bois, ils prirent à l'opposé, vers la Grande Fosse. "Les chemins les plus directs ne sont pas les plus sûrs."

La Sœur Marie-des-Eaux parlait peu, tout à son supplice. Mais à l'approche de la Grande Fosse, alors que la chiffonnière avait mis un peu de champ pour partir en reconnaissance, le novice siffla entre ses dents, à l'intention du Père Benoît, parlant comme si la Madeleine, tenant pourtant les manchons arrière du brancard, n'était pas là :
"Je repense... au Père Soubise. Je ne sais pas qui lui a fait ça, mais cela m'a fait entrevoir que nos méthodes ne sont pas les bonnes.
- Qu'est-ce que vous entendez par là, ma sœur ?
- La prière, l'eau bénite, tout le chambard... C'est bien, mais ça suffit pas. Pour exorciser... il faut tuer."

Il pleuvait tellement, on parlait peu de toute façon, parce qu'on ne s'entendait pas. Malgré la lanterne, on dévissait souvent du sentier pour se heurter aux troncs et aux rochers. La guide monta sur un vieux ceriser en train de décrépir sur le promontoire, et jeta un oeil à l'horizon au-dessus des cimes. On ne voyait que la canopée à perte de vue, il y avait juste le clocher des Voivres qui dépassait. Le ciel était zébré d'un formidable rideau de pluie sur tout le nord et le nord-est, leur direction en somme. Lorsqu'elle redescendit, la Frazie Pierron préféra dire que ça crachait dans toutes les directions. Pas la peine qu'ils comprennent trop vite qu'ils étaient maudits.

"Moôn, vous voilà fin puisés ! Rentrez, ma foi donc, rentrez ! Hé ben, vous v'là beaux !"
A la Grande-Fosse, ils se restaurèrent chez la Sœur Robert. Son école, l'une des quelques maisons de ce lieu-dit tout d'une côte, était fermée par ce temps. "Vous allez descendre par la Colosse, alors ? C'est pas le chemin, et puis ça va être raide vu comment ça s'annonce là-haut. On dirait que le Vieux a décidé d'ouvrir toutes les vannes. Champo aurait peut-être pu faire traverser les petiots, moi je peux pas. Je vais les chercher que par le beau."

La Sœur Robert était meilleure enseignante que cuisinière. Elle leur servit une tourte à la migaine qui était un vrai étouffe-chrétien, seul le Père Benoît parvint à finir sa part. Tout le monde tirait la gueule. Ils étaient à peine partis que personne ne se faisait confiance. L'institutrice en rajoutant une couche en râminant après son "collègue" monsieur le curé et son incapacité à gérer la crise : "De toute façon, celui-là, il s'est toujours débrouiller pour éviter les ennuis !"


Image
Hex; Or Printing In The Infernal Method, par Earth (americana dronisante et instrumentale pour western sous acide)


Le Père Benoît eu du mal à décoller de table quand la chiffonnière sonna l'heure du départ. Il n'était pas habitué à l'aventure, ou plutôt c'était le genre d'animal a musarder la plupart du temps pour faire preuve de formidables accélérations quand c'était nécessaire. Cependant, il s'agissait désormais d'une course de fond, et il fallait franchir la Colosse avant que ne finisse le crépuscule.

Au moment où l'Hippolyte remettait son bâluchon sur son dos, l'Euphrasie se pencha sur lui. Il pouvait sentir son haleine de poivre et de digitale quand elle lui fit cet avertissement : "Hippolyte, là on a vu ta maîtresse, et c’est quelqu’un de gentil. Mais à partir de maintenant, tu devras te méfier de toute personne qui nous approchera, connue ou inconnue."

Le chemin faisait des lacis qui rendaient la descente très longue. Mais hors de question de couper par les talus, de s'aventurer entre les arbres. C'était le domaine des darous et autres bestioles. Au fond, on entendait la rivière du Coney, grossie par les eaux. Les façades de grès rose de la carrière accompagnaient leur chemin, et les gros blocs grêlés de galets qui lui avaient été arrachés avaient l'apparence de météorites. Sa robe trempée de boue, sa hotte que noircissait l'averse, ses sourcils dégoulinant, l'Euphrasie Pierron marchait au devant des autres, les ignorant presque.

Elle se concentrait sur le passé. Elle plongeait dans les autres épisodes de pluies diluviennes qui avaient marqué son parcours, et celui des autres mémoires qu'elle avait exploré. Elle traversait les rideaux d'eau, comme on passe sous les branches d'un saule pleureur pour pénétrer une autre dimension, en roulant entre ses doigts ses bagues qui recelaient tant de déjà-vus.

Elle passait ainsi de drache en torrant, au fil des âges, accompagnant d'autres vosgiens et vosgiennes qui avant elles durent recevoir cette pluie du jugement dernier sur leurs épaules.

Cette exploration dura des jours et des jours. Elle marcha aux côtés d'une brodeuse, d'un bouvier, d'un braconnier, d'une sarcomantienne, tous inconscients de sa présence. Tous arpentaient la forêt sous des trombes et des trombes, qui à la recherche d'une époque perdue, d'un être aimé, d'un objet précieux, ou fuyant une menace, glissant dans leurs sabots crottés. A travers le fouillis des taillis, l'Euphrasie discernait le regards de horlas, tout en froideur, fossiles d'un autre temps.

Elle sentait bien que si elle les voyait, ils les voyaient aussi. Et sauraient remonter jusqu'à elle.

L'Euphrasie fit corps avec la vie de ces damnés, elle poussait les chariots pris dans la glu des ornières, elle posait une main sur l'épaule d'un enfant en pleurs, elle criait pour avertir d'une chute d'arbre que la foudre avait fauché.

Et puis il y eut cette phrase d'une mariée à la robe couverte de bout, tenant son bouquet pour le protéger des intempéries, sa voilette criblée de ronces : "Il tombe des cordes !"

C'était une expression anodine, mais elle frappa la chiffonnière avec toute l'ardeur de la vérité.

Ce sont elles qui nous en veulent. Ce sont les cordes.

Mais alors, les cordes se firent hallebardes. Dans les méandres des souvenirs imbriqués, tout le monde criait, et la chiffonnière comprit qu'elle avait trop tardé au cœur de la lessiveuse. Elle courut pour se frayer un chemin à travers les voiles devenues cataractes, des branches arrachées aux arbres lui cinglaient les flancs, un gigantesque mugissement retentit, était-ce encore la tempête ou pire encore ? Elle était perdue, perdue dans le mufle de la bête.

Dans le mufle des Vosges !

Le Père Benoît la secouait comme s'il voulait en faire tomber des quetsches. "ça va ?". Tout le monde était puisé, mais leur guide avait l'air d'avoir piqué une tête dans le Coney, elle était maculée de boue, transie, on aurait dit qu'elle s'était pris dix ans dans la gueule.
"ça va... C'était rien.
- A l'avenir, répliqua-t-il sans bonhommie, évitez de partir trop en avant. Nous n'avons pas de guide de rechange."

Il était presque-nuit quand ils émergèrent du bois de la Colosse et atteignirent la Forge de Thunimont, et ses friches industrielles, son Coney grondant adossé au Canal de l'Est où tourbillonnaient les flots en claquant contre les écluses rouillées et couvertes de mousse.

Ils bivouaquèrent dans la carcasse de l'usine Peaudouce, dont le toit tenait encore. Les immenses vitres formaient une constellation de verre brisé d'où s'échappaient des branches comme autant de pseudopodes. Une grande variété d'oiseaux nichaient dans les poutres pourries par la rouille, qui s'envolèrent en criant à leur arrivée. La chiffonnière vérifia l'absence de corbeaux, de pies ou de geais parmi eux et estima que l'endroit serait fiable pour une nuit.

Madeleine installa son fils sur des ballots de couche-culottes. Il peina à s'endormir, le temps que le feu réchauffe l'humidité de leurs corps.

Il était là, grelottant dans le cimetière. Il sentait la main du trépassé se serrer sur son épaule. La main de Basile. Dans son autre main, il tenait la corde. La corde de l'école, qui servait à Champo pour les guider. "Les cordes, bredouilla Basile... Pardon pour les cordes...

Les cordes...

Elles nous veulent du mal !"

Son cri de terreur sortit la Sœur Marie-des-Eaux de ses propres cauchemars. Le staccato qui martelait la toiture lui fit s'étonner d'avoir dormi si longtemps d'une traite. Il vit alors la chiffonnière qui montait la garde. Derrière le feu, elle avait une tête à faire peur. Le novice lui demanda :

"Sors-moi dehors. J'ai besoin d'être un peu seul à l'air libre."

L'Euphrasie traîna son brancard sur la rive du canal de l'Est. La lune gibbeuse se diluait dans les eaux couvertes de lentille, se mêlant aux anneaux des gouttes. La chiffonnière retourna à l'intérieur de l'usine. Nul doute qu'elle gardait un œil sur lui, mais il fallait se contenter de cette relative intimité.

L'œil de la Sœur Marie-des-Eaux se baignait dans l'immensité inondée du ciel. Il sortit de son corsage un objet qu'il avait gardé près du cœur, avec son chapelet. Un petit os de Maurice. Il l'embrassa bien fort, puis le jeta en cloche. Il était urgent de faire le deuil, car il n'y avait pas de place pour la peine.

Une pie le rattrappa en plein vol et s'enfuit dans le liseré des sapins noirs. La légende autour de cet oiseau avide d'objets mémoriels se vérifiait-elle ? Ou fallait-il y voir une affiliation avec ces frères et sœurs corvidés au plumage d'ébène ?

Amis et ennemis, les visages se brouillaient tellement.


7 d'Opprobre
Sainte Carine
Jour de la Belle-de-Nuit dans le Calendrier Républicain

La chiffonnière les tira du sommeil dès presque-aube. Le bivouac était compromis, d'après elle. Le Père Benoît protesta, tout le monde avait besoin de repos. "Vous aurez tout le temps de dormir au paradis, mon père." L'insolence de cette va-nu-pieds, de cette gagne-néant, confinait à la mutinerie. "Déjà, vous nous avez interdit de prendre un repas sur nos réserves hier soir, et maintenant vous rationnez notre sommeil alors que la route semble bien longue au vu des tours et des détours que vous nous faites faire si j'en crois les cartes.
- Cette carte, vous pouvez aussi bien allumer le founet avec, mon Père. Elle date du temps d'avant, vous y fier pour vous mener à bon port, ce serait comme demander des conseils de sobriété au gars Vauthier."

Elle les fit grimper à marche forcée jusqu'à la Cense des Coupes. Sur leur droite, le ravin qui dévalait jusqu'au Coney était vertigineux et montrait tout le flanc de la forêt bouffi de brumes et délavé par la flotte.

Sur leur gauche, quelques prairies naturelles qui formaient le lieu-dit du champ du Fays.

Au milieu, tenant tête aux précipitations, un être vénérable, millénaire.
Un hêtre aux dimensions sans mesure, ses branches creuses soutenues par une centaine de béquilles de bois.


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Préparation :

A. Lors de l'épisode précédent, j'ai posé la question suivante : Qu'est-ce qui donne aux exorcistes de l'espoir ?. J'ai eu cette réponse de Claude Féry : "Ils fuient vers un havre, un sauf lieu dont ils ignorent tout ou presque. Ils savent la gangue de boue et de miasmes hivernaux qu'ils laissent derrière eux. En perspective, une eau pure, une mer (lac) ou ils pourraient laver leurs souvenirs les plus chers de toute cette souillure. Un souvenir invité, inventé, sans cesse mieux dessiné dans les frimas d'égrégore et qui peu à peu sourd en eux tous"

Je l'ajoute à mon programme !

B. Pas d'exercice d'écriture de Draftquest ce jour car pendant le confinement, mes conditions d'écriture sont sous-optimales, donc j'économise du temps là-dessus.

C. Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. J'ai terminé la lecture de Raboliot, de Maurice Genevoix, et je confirme que c'est un chef-d'œuvre en matière de roman d'inspiration pour Millevaux (à mettre en parallèle avec, dans un tout autre genre, La Forêt des Mythagos). J'adore l'animalité des personnages principaux, les descriptions ultra évocatrices de la forêt et du monde paysan, j'adore le personnage de Raboliot et le personnage de Souris (une jeune prédatrice de dix ans). J'ignore si Maurice Genevoix était pro ou anti-chasse, mais les portraits de morts d'animaux sont saisissants. Lors de la grande scène de braconnage, les comparaisons entre les exécutions d'animaux et les massacres de la grande guerre sont assez éloquents (on parle de "compagnies" de perdrix qui se font faucher par les tirs), sachant que Genevoix est justement un vétéran de cette guerre, dont il a témoigné de l'horreur dans plusieurs livres.


Bilan :

A. Dans cet épisode, après des signes avant-coureurs disséminés précédemment, j'ai commencé à exploiter cette réponse de Damien Lagauzère à la question : Quel est l'événement dont la nature (rationnelle ou surnaturelle) va faire débat au sein des exorcistes ?
Sa réponse était : "Et bien là comme ça tout de suite, je pense à 2 évènements. Le 1er serait… la pluie! La question serait alors de savoir pourquoi une averse poserait des questions justement. Serait-elle la conséquence d’une menace lancée par une sorcière, une sorte d’imprécation? Aurait-elle été précédé de signes qu’un villageois aux talents d’haruspice aurait pu interpréter? S’agit-il d’une pluie acide ou surnaturelle? Et en 2nd, je pensais à l’intervention d’un Horla… mais un gros ^^ un truc énorme du genre d’un rejeton de Shub-Niggurath qui jaillirait du fond de la forêt. Là encore, pourquoi? A-t-il été appelé? Arrivet-t-il par hasard? Je n’en sais rien ^^"

B. La semaine fut compliquée, et j'ai bien failli ne pas trouver le temps de faire ma session d'écriture ! A l'avenir, je dois être plus intransigeant sur le fait que c'est ma priorité au début de la semaine. Je me dis souvent que d'autres priorités peuvent passer avant, mais la plupart de mes priorités sont un peu artificielles ou en tout cas peuvent bien attendre un ou deux jours... Je respire mieux quand j'ai fait ma session d'écriture de la semaine, alors je vais renforcer ma discipline pour que ça soit bouclé dès lundi ou mardi.

C. Je me suis programmé entre dix et quinze questions d'Oriente. J'avais peur que ça soit léger, mais en fait ça sera largement suffisant : je n'ai répondu qu'à deux questions pour le moment !

Aides de jeu utilisées :
Jeu de cartes du vertige logique
Des story cubes artisanaux
Géoportail
Calendrier lunaire
Nervure (pour la question du jour)

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1771 mots
Total : 45094 mots


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : ajout d'Hippolyte Soubise dans les personnages principaux


Question au public :

Comment les voyageurs font-ils pour ne pas céder à la paranoïa ?
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Message par Pikathulhu »

AU NOM DU FILS

Un test par Michel Poupart de son nouveau jeu Millevaux, autour de l’histoire d’une mère et son enfant en proie aux difficultés, et de ruines qui décèlent des noirs secrets et des artefacts à la mémoire d’éléphant.


Le jeu : Millevaux Mémoires Vives, par Michel Poupart (en développement)

Image
Giles Cook, cc-by, sur flickr

J'ai un bêta testeur pour Millevaux : Mémoires vives. D'une part, j'utilise un mix des règles de Red Rock et du FU (les personnages n'ont pas de points de vie, mais une liste de conditions, et je part du principe qu'un pj qui accumule trop de conditions se retrouve trop mal en point pour être jouable - soit parce qu'il est aux portes de la mort, soit parce qu'il à viré coucou

j'ai lancé l'aventure de test par la situation de départ des loups de Sainte Mort. Le héros à sauvé une jeune femme et son enfant de l'attaque d'une petite meute de loups affamés (il en a tué la plupart avec son fusil à pompe). La femme le loge chez elle pour la nuit (c'est l'hiver dans le royaume d'Auvergne) et elle lui explique qu'elle vit dans une cabane isolée dans la forêt depuis le moment où son père, qui était le dirigeant du village de Sainte Mort à été tué par un rival, et que celui-ci l'a exilée avec sa mère hors des murs du village.
Sa mère est morte il y a deux ans, et, la nuit où elle l'a veillée, un étranger est entré dans sa cabane. Il l'a aidé à creuser une tombe, et ils ont fait l'amour. Il est repartit le lendemain, et 9 mois plus tard, elle à donné naissance à son fils.

La jeune femme (Laenna) garde son enfant dans des couvertures, et elle prend bien soin de ne pas monter son visage au personnage (et comme le joueurs n'est pas d'un naturel curieux, ce "détail" à glissé sur son neurone comme la pluie sur les plumes d'un canard). S'il l'avait regardé de plus près, il aurait remarqué que les yeux du garçon sont rouges et brillants. Laenna vient d'apprendre que le tyran est mort et que c'est à nouveau un membre de sa famille qui dirige le village. Elle demande donc au pj s'il veux bien ramener son enfant à Sainte Mort dés le lendemain. Mais comme il ne veut pas s'encombrer du gamin, le héros persuade la jeune femme de le conduire dans la communauté par elle même. Il lui propose ensuite de partir en voyage avec lui. Après quelques courses dans la boutique du village (et, là non plus, le joueur ne m'a pas demandé à quoi servait le curieux levier installé prés de la porte du magasin), il est parti à l'aventure en compagnie de Laenna. Comme le pj est un "chasseur de trésors", il a demandé à la jeune femme si elle connaissait un lieu "intéressant" dans la région. Elle l'a alors guidée dans la forêt jusqu'à un gros bloc de roche situé à 4 heures de marche du village. Le sommet du rocher à été aplani pour lui donner la forme d'un autel et l'entrée d'une caverne se trouve à sa base.

Cette grotte est assez petite et à plusieurs endroits ses parois sont renforcées par des ouvrages de maçonnerie. Laenna explique au héros qu'elle est venue deux ou trois fois avec sa mère dans ce lieu obscur pour y rencontrer d'étranges hommes vêtus de robes de bure grise qui dissimulaient leurs visages sous de grandes capuches. Elle se souvient qu'alors, une ouverture s'ouvrait vers une sorte de puits au fond de la caverne. Mais ce passage a ensuite été fermé par un mur. Au centre de la caverne se trouve une sorte de petit autel fait avec un tronçon rectangulaire de pilier en ciment. Sur ce présentoir se trouve une statuette qui représente une créature ailée au visage recouvert par une masse de tentacules assise sur une sorte de trône. Elle est encadrée par deux petits braséros en acier (et vides). Le joueur à eu la sagesse de dire que le personnages ne touchait à rien de tout cela. Le héros à ensuite utilisé le pic d'escalade qui lui sert autant d'outil que d'arme pour abattre une partie du mur de pierre situé de l'autre côté de la caverne. Il a mis au jour un petit tunnel en pente qui conduit directement au sommet d'un puits qui s'enfonce de cinq ou six mètres dans le sol. En grattant les concrétions qui se sont déposées sur les parois du puits, le pj a constaté que ce dernier n'était pas d'origine naturelle. C'est en fait un puits d'aération (qui à été recouvert par de la terre et des roches après un éboulement). Le fond du puits est rempli par un empilement d'ossements (les restes des victimes sacrifiées par les cultistes). Les os et les restes de vêtements qui forment une pile haute de deux mètres sont anciens (les plus récents sont là depuis au moins 50 ans). Un passage s'ouvre dans le fond du puits, il conduit à un couloir de type "base militaire souterraine" (avec des plafonds aux angles arrondis et des lampes protégées par du verre blindé). Plusieurs portes métalliques se trouvent dans ce couloir. Des indications faites à la peinture rouge sont encore visibles sur certaines d'entre elles. Ces portes sont des sas qui ressemblent à ceux des sous-marins (il faut tourner un volant central pour les ouvrir). Certaines de ces portes s'ouvrent (ou sont déjà ouvertes), d'autres restent fermées (leur mécanisme d'ouverture est bloqué par la rouille). Dans ce couloir (qui fait plusieurs angles de droite et de gauche), le personnage va aussi découvrir deux cadavres assez récents (ils sont là depuis cinq ou six ans), celui d'un homme âgé vêtu de cuir et celui d'un autre, plus jeune, qui porte encore une combinaison de mécanicien de couleur beige. Les deux corps se trouvent dans une zone de combat, ils portent des signes de blessures très nettes (faites par une lame très tranchante) et ils ont été dépouillés de tout ce qu'ils portaient (en particulier leurs armes et leurs munitions). Pourtant, dans une poche de la combinaison du mécano, le héros va trouver deux objets : Une photo (imprimée sur du papier), où sont visibles les visages de trois personnes âgées d'une vingtaine d'années (deux hommes et une femme). L'homme à droite de l'image porte des lunettes de soleil. Ai-je précisé que le personnage porte des lunettes de soleil pour dissimuler des yeux rouges et brillants qui lui permettent de voir dans le noir ? Le second objet est une boite circulaire (de la taille d'une boite de bonbons savoyards) dont l'extérieur est en bois précieux, mais dont le poids indique qu'elle contient un mécanisme en métal.

Le héros va ensuite découvrir un laboratoire divisé en deux salles séparées par une vitre en verracier épaisse de 10 cm et un sas fait du même matériau. La première salle contient du matériel d’enregistrement, des ordinateurs, un bureau recouvert de piles de documents mangés par la moisissure, et, dans un angle, deux cages où se trouvent des squelettes de chiens. La pièce a été dévastée et tous ses équipements ont étés brisés (apparemment à coups de poings). La seconde salle est un bloc chirurgical. le sas de verracier qui les sépare à été brisé depuis l'intérieur du bloc opératoire. Deux cadavres humains se trouvent dans cette seconde pièce (ceux d'un médecin et d'une infirmière). Le personnages va y récupérer quelques scalpels et quatre doses (dans des capsules de verre) d'un produit jaune fluorescent, qu'un des documents de la première salle décrit comme étant du sérum tératogène, d'une machine à la forme étrange (une étiquette indique qu'il s'agit d'un casque d'injection cérébral). Ce laboratoire et envahi par l'humidité et les moisissures et les événements violents qui s'y sont produits datent de plusieurs siècles (peut être même du temps de l'Avant).

A son extrémité, le couloir se termine sur un escalier métallique qui conduit vers un niveau inférieur. Quand il s'en approche, le héros entent un premier "appel mental" de la créature qui est enfermée dans les sous sols de cette antique base militaire. Elle est satisfaite de sentir sa présence. Elle savait qu'il finirait par revenir, pour la délivrer de sa prison.

La boite en bois est en fait une sorte de boite à musique. une encoche permet de l'ouvrir en deux parties égales reliées par une charnière. Le "dessus" de la boite contient deux bandes de petits miroirs (hauts de deux centimètres et larges de quatre (une sur la face extérieure du couvercle, l'autre forme un cercle au centre de la boite). Une fois le mécanisme mis en marche, ces deux bandes tournent rapidement dans des sens différents (ce qui fait que les miroirs reflètent la lumière avec un effet hypnotique qui tient à la fois du kaléidoscope et du stroboscope. L'autre partie de la boite, le "socle", semble être un simple bloc de bois clair passé au verni. Une fine rainure large de deux millimètres forme un cercle dans l'épaisseur du bois. Du côté de la charnière, une petite tige de métal argenté au sommet arrondit dépasse de la rainure. Elle ne fait que deux millimètres de haut, mais il est possible de la déplacer en la faisant glisser dans la rainure avec le bout d'un doigt. La tige offre une légère résistance lorsqu'elle est déplacée (comme si le fait de la pousser mettait en tension un ressort ou un mécanisme). La tige se bloque d'elle même après avoir été "remontée" sur un tour complet de la rainure. Elle repart en arrière dès qu'elle est relâchée (aucun système de blocage de la tige n'est visible - tout simplement parce qu'il n'y en a aucun). La tigette parcourt la rainure avant de revenir à sa position initiale en une minute (et il est impossible d'arrêter son mouvement). Pendant cette minute, la boite fait entendre un air de musique (qui est audible jusqu'à dix mètres) et les miroirs tournent dans des directions opposées. Si la tige est tournée dans le sens horaire, elle se contente de jouer de la musique et de faire tourner ses miroirs (à moins que vous ne décidiez qu'elle crée d'autres effets "imprévus", comme l'ouverture d'une porte, l'activation d'un sortilège ou d'une malédiction, à moins que la musique n'attire les spectres et les fantômes qui se trouvent à proximité). Si la tige est tournée dans l'autre sens (de la gauche vers la droite), les miroirs vont tourner dans l'autre sens et l'air sera joué à l'envers (ce qui peut représenter une expérience désagréable, voir même inquiétante pour les personnages). Le seul effet secondaire que va provoquer la boite à musique sera de passer en un instant dans la forêt limbique (avec toutes les personnes et les objets mobiles qui se trouvent à moins de dix mètres).

La suite de l'aventure ? Demain
C'est le début de mon exploration de ma vision personnelle des Millevaux. Un choc frontal entre Résident Evil et les légendes russes (avec un soupçon d'ambiance manga)
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

CES LIENS QU'ON DILUE

On dirait que vous avez réponse à tout et remède à tout.
- Pourtant face à ce qui nous attend, je n'ai ni réponse ni remède, mon Père.


Joué / écrit le 28/04/20

Jeu principal utilisé : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Shawn Harquail, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : aucun


Passage précédent :

22. Le déluge
Premières étapes de l'exil jouées avec Oriente, frappées sous le sceau d'une pluie maudite et d'un climat de défiance mutuelle.


L'histoire :

Image
The Black Flux, par Virus, entre black metal à chant clair sous zéro absolu, post-punk solidifié et jazz martial, une longue incantation nihiliste et raffinée qui traverse la moelle.

"Qui a fait ça ?, demanda le Père Benoît ? Qui a maintenu les branches de cet arbre ?
- Qui donc ? Vous vous en doutez pourtant... Les païens, bien sûr."

Une odeur de vase montait du sol. L'Euphrasie Pierron traversa le champ où ses sabots s'enfonçaient comme dans une éponge, et caressa l'écorce.

"Il y a des champignons intéressants à cueillir entre ses racines."

Le Père Benoît, ne supportant plus l'idée qu'elle ne s'éloigne, s'aventura à son tour dans le champ avec le brancard. Madeleine et le Polyte furent bien obligés de suivre.

"Champo... C'est toi ?", susurra la Sœur Marie-des-Eaux.

Le guide avait émergé de derrière le hêtre. Son visage ne remuait pas, ses rides semblaient plus creusées qu'avant.

"Qu'est-ce que tu fais là ? Où étais-tu ?
- Perdu dans les sentiers.
- Dans quels sentiers ?
- Les sentiers de mes destins morts-nés.
- Où çà ?
- Dans la forêt des si-seulement.
- Qu'y as-tu vu ?
- Ces visages chéris qui me hantent.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Trouver une issue..."

Le novice chuta du brancard, rampa vers son ami, tendant les bras vers lui comme une araignée désarticulée.

"Champo..."

La Frazie lui coinça la main sous son sabot.

"N'y vas pas, petit..."

Et se tourna vers le sherpa :

"Par Jésus-Cuit, tu fuis ou je te recuis.
Par l'esprit-Chou rentre dans ton trou.
Au nom du Vieux, quitte ces lieux.
Et par la voix de tous les anges qui volent dans les forêt du Très-Haut, et en vertu de mes trois doigts croisés, je te chasse, apparition maligne, par cette griffe de loutre tu te reglisses sous les eaux, par mon crachat tu repars dans ton terrier, par ton regard tu arrêtes d'exister !"

La mine de Champo se renfrogna, et il partit à reculons se musser derrière la largeur du tronc.

Le Père Benoît siffla :
"Se pourrait-il que je lui ai donné l'absolution trop tard ? Il erre dans les forêts limbiques ?
- C'est possible, conclut la chiffonnière. Ou alors c'est un horla qui a pris son apparence pour se nourrir sur nous. Dans tous les cas, on a assez traîné. Rechargez votre novice, mon père, nous repartons.
- Bande de salopards !, bouâla la Sœur Marie-des-Eaux. C'était lui, c'était Champo et vous l'avez chassé ! Il y a des places bien au chaud qui vous attendant en enfer !
- Il suffit, interrompit Père Benoît en la portant sur son dos pour la réinstaller de force. Nous reparlons plus tard de vos blasphèmes et de votre insoumission. Et pour ce qui est de savoir où se trouve l'enfer, bien malin celui qui en a la carte..."


La traversée de la Cense des Coupes se fit à travers une aube que cisaillait la pluie d'eau lourde, dans les effluves de champignons que le trop-plein éclate.

Pour conjurer le mauvais sort, le Père Benoît lut des extraits de sa Bible jusqu'au moment où il dut la ranger parce qu'elle partait en bouillie, et sa voix perça à peine le martèlement des gouttes :

"Car, encore sept jours, et je ferai pleuvoir sur la terre quarante jours et quarante nuits, et j'exterminerai de la face de la terre tous les êtres que j'ai faits."

Les eaux grossirent et s'accrurent beaucoup sur la terre, et l'arche flotta sur la surface des eaux. 19 Les eaux grossirent de plus en plus, et toutes les hautes montagnes qui sont sous le ciel entier furent couvertes. Tout ce qui se mouvait sur la terre périt, tant les oiseaux que le bétail et les animaux, tout ce qui rampait sur la terre, et tous les hommes."

"Ils sont morts, je le sais, ça ne fait pas de doute ; ils sont morts, car tout ce qui m’est extérieur est mort."

"Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la fenêtre qu'il avait faite à l'arche. Il lâcha le corbeau, qui sortit, partant et revenant, jusqu'à ce que les eaux eussent séché sur la terre."


Image
Wandervogel des Waldes, par Lord Lovidicus, du dungeon-synth aux accents de folk médiéval, patient, nostalgique et atmosphérique.


L'averse faisait tellement de bruit que la Frazie Pierron dût bien frapper une vingtaine de fois à la porte de la Mélie Tieûtieû pour qu'elle vienne leur ouvrir.
"Whoit mon Vieux j'ai bien de la misère mais vous c'est encô pé ! Venez don ouar par ici, vous êtes puisés comme les chaussettes d'un garde-pêche ! Rentrez dedans, et clanchez bien la porte derrière vous qu'on soit pas inondés ! Et mettez des flappes à vos pieds !
- Qu'est-ce qui sent si bon par ici ?, demanda le Père Benoît, soudain ragaillardi.
- Vous avez ben schmiqué ! Whoit c'est ren du tout ! J'ai fait ma provision de beignets de râpées pour la semaine, mais ma foi vous arrivez à temps, vous aller les manger, j'en referai ! Et j'ai une tarte aux brimbelles sur le founet ! Et pis encô de la liqueur de bourgeons de sapins ! Et pis vous prendrez ben une petite lichette de vin rouge !"

La Mélie Tieûtieû fut pleine de prévenance pour la Sœur Marie des Eaux qu'elle avait d'évidence en sympathie. Elle lui proposa cent fois de resservir, cent fois ce fut décliné.
Elle s'approcha de lui pour lui marmonner à l'oreille :
"il est bien goulafe votre curé de Saint-Dié, ça fait plaisir ! Comment il m'a bien margolé tout ça !"

Le temps de la chicorée fut mis à profit pour le couâroil, parler de tout et de rien, évoquer les chers disparus, et enfin l'heure propice pour toute vosgienne de rappeler ses malheurs :
"C'est qu'on est cagneux, on tient plus debout et par ce temps mes rhumatismes ils dansent la soyotte dans mes os !"
Cela fit sourire le novice, qui aimait à trouver des complices en douleur.

L'Euphrasie Pierron s'absenta pour aller quérir des simples et des petneilles dans les chênaies alentours, au milieu des ruines de Gremifontaine. Quand la Mélie Tieûtieû la sentit assez loin, elle se redressa sur sa chaise, resserra sur sa tasse ses mains pleines de taches, et fixa les exorcistes avec ses lunettes à double foyer. Son bec de lièvre tremblait :
" Mais qu'est-ce qui vous prend don d'aller vous enterrer à Xertigny avec pour guide cette grande guéniche, ce camp-volant, qu'est tout juste bonne à repriser nos vieilles culottes ? Elle a vous dit quoi ? Qu'elle vient de Fieuzey, c'est pas vrai, elle vient de nulle part, ou alors du pétieu du monde, cette bonne amie du diable !"

A son retour, la Frazie les trouva encô en train de couârer. Elle dit en tirer des coudes pour que ça reparte : "Faut pas se laisser ramuser par elle, il est l'heure d'y aller !"

"Voilà, fit la Madeleine quand ils repartirent de chez la Mélie Tieûtieû, c'est pas dit qu'on recroise un villageois avant d'être arrivés. On vient de quitter le monde des vivants."


C'était encô le crépuscule quand ils s'arrêtèrent mais on aurait juré qu'il faisait déjà nuit. La progression avait été des plus lentes, il n'y avait pour ainsi dire plus de sentier, c'était le royaume des hêtres, des saules et des bouleaux, et on ralentissait le pas pour éviter les cahots qui auraient fait se rentrer les os du novice les uns dans les autres. La Mélie Tieûtieû leur avait confié des toiles de jute, mais c'était déjà des serpillières.

La Madeleine reconnut à peine l'étang au pied de la côte Jeandin qui servait d'étape. C'était l'étang de la Bernerie, ils y étaient allé une fois pêcher des truites, mais là c'était presque devenu un lac. La masure qui leur servit d'abri protégeait à peine de l'eau, si bien qu'on échangeait régulièrement ses places pour que ce soit pas toujours les mêmes qui soient puisés. La Frazie cala des branches au-dessus des murs, alluma un feu et leur fit cuire le fruit de ses cueillettes, ce qui réchauffa un peu l'atmosphère, tant et si bien que le Père Benoît toléra qu'elle entame une veillée, et qu'elle récite un conte :

"Il porte toute une forêt sur sa tête

Son brame est une tornade

Couchant les arbres comme fétus

Immense l'emprise

Et la force

Du Dieu Cerf !"

Les vagues du feu faisaient jouer les ombres sur ses sourcils, sa moustache et ses yeux ardents. La Sœur Marie-des-Eaux aurait juré que ceux-ci ne la quittaient jamais.

Le Polyte était tout ouïe, tout engourdi par les frissons de l'aventure.

Le Père Benoît pensa à les enjoindre de pas trop croire à tout ça, il savait bien le coût de ces croyances. Mais il préféra profiter de leur attention détournée pour couârer avec la Madeleine :

"Vous savez que je peux vous donner le sacrement de la confession si vous en avez besoin."

La Madeleine se grattait une croûte quand il l'aborda. Elle se gratta plus fort. Le sang coula, et avec lui l'odeur de la peau à vif.

"J'ai l'âme en paix, je vous remercie.
- Madeleine, voyons. Je sais que c'est vous qui avez tué votre mari en le poussant dans la fosse à purin. C'est pour vous venger que vous vous êtes absentée l'autre jour.
- Nânni. Il a eu accident, c'est tout. Mon mari a toujours été maladroit."

Les yeux du Père Benoît étaient plus délavés que l'étang. Les yeux d'un jugement qui monte sous les eaux de la tristesse et de la bienveillance.


C'est à la presque-nuit que s'ouvre la bouche des belles-de-nuit. La Frazie revint des marécages avec une pleine brassée de leurs pivots. "Pour vos crises de goûte, c'est souverain", fit-elle au Père Benoît avant de lui céder le tour de garde.
"On dirait que vous avez réponse à tout et remède à tout.
- Pourtant face à ce qui nous attend, je n'ai ni réponse ni remède, mon Père."


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Préparation :

A. Lors de l'épisode précédent, j'ai posé la question suivante : Question du jour Comment les voyageurs font-ils pour ne pas céder à la paranoïa ?. J'ai eu cette réponse de Damien Lagauzère : Mais pourquoi ne pas succomber à la parano justement? ^^ Surtout si un Horla (ou autre chose) profitait de ces « cordes » qui tombent pour prendre l’apparence de feu Champo et réveiller quelques vieilles rancœurs ^^

J'ai mis en application sa suggestion retorse au tout début de cet épisode !

B. Pas d'exercice d'écriture de Draftquest ce jour car pendant le confinement, mes conditions d'écriture sont sous-optimales, donc j'économise du temps là-dessus.

C. Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. En ce moment, j'attaque La Terre, d'Emile Zola. Un sacré morceau en perspective ! Je vous en dirai des nouvelles.



Bilan :

A. "Ils sont morts, je le sais, ça ne fait pas de doute ; ils sont morts, car tout ce qui m’est extérieur est mort." Cette citation n'est pas extrait du texte biblique du Déluge, mais du livre Le Déluge, de JMG Le Clezio :)

B. Alors j'ai un peu trop tendance à dérouler mon script en oubliant de tirer des cartes d'Oriente. Je n'en ai tiré qu'une ! :) Alors que par ailleurs j'ai utilisé énormément d'aides de jeu cette fois-ci...

C. Cet épisode ne fait que 1600 mots, mais j'avoue avoir passé beaucoup de temps sur le langage, notamment sur le passage chez la Mélie Tieûtieû.

Aides de jeu utilisées :
Almanach (pour débloquer la rencontre avec Champo).
Muses et Oracles (qui m'a donné le mot "champignons". L'ayant déjà utilisé, je l'ai répété :) )
Almanach (le conte de la Frazie reprend mot à mot le texte d'un dicton de l'Almanach)

Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1630 mots
Total : 46724


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : aucune


Question au public :

Cette fois-ci, je vous pose une des questions de mon deck d'Oriente :

Les voyageurs vont déceler les traces d'un groupe d'humains mais l'Euphrasie va leur déconseiller de s'en approcher. Pourquoi ?
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Message par Pikathulhu »

LES ROCHES DRUIDIQUES

Toujours sous la pluie battante, la troupe s'entortille dans des domaines forestiers de plus en plus oubliés du Vieux.

(temps de lecture : 8 mn)

Joué / écrit le 05/05/20

Jeu principal utilisé : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Daniel Stark, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : aucun


Passage précédent :

23. Ces liens qu'on dilue
On dirait que vous avez réponse à tout et remède à tout. / - Pourtant face à ce qui nous attend, je n'ai ni réponse ni remède, mon Père.


L'histoire :

Image
Death will someday set you free, par Ghostly Graves, du folk occulte pour western fantôme.

La Sœur Marie-des-Eaux est dans une maison. La pluie tape aux fenêtres avec des bruits de doigts de vieille femme. Le froid lui laboure les chairs. Il fait presque-nuit mais il y voit comme en plein jour. Et pour cause : il y a des bougies. Partout dans la demeure, chandelles, cierges, candélabres, et le parfum de la cire à pleines narines. Des piliers posés sur les tables ou par terre, des votives dans leur contenant en étain. Le plic-ploc des gouttes fondues, les fumerolles. Le novice se traîne de pièce en pièce, incapable de marcher, mais partout la masse informe de la cire est là. Des monticules de cire étalés sur les meubles, avec leurs multiples têtes de flamme et leur stalactites qui dégouttèlent jusqu'au sol. Il rampe dans des bouses blanches et chaudes.

Marie hurle. Ce sont toutes les bougies de toutes les veillées mortuaires !

La main de la Frazie est plaquée sur sa bouche :
"Chuuuut... C'est pas une bonne idée de crier en pleine forêt."
La Sœur Marie-des-Eaux retire la main de la chiffonnière. Elle est chaude et la tient très fort. Son visage dans son fichu de couleurs est comme une icône détrempée, qui le fixe avec intensité.
"Vous vous laissez aller au désespoir. ça n'est pas bon du tout. Vous êtes une bête blessée, et votre sang va attirer les prédateurs. Vous devez me promettre de retrouver la force et le courage que je sens en vous."
On entendit gémir une créature de la nuit.
Elle était tout près, avec son odeur de torchon mouillé et son haleine d'herbes. La Sœur Marie-des-Eaux regardait la danse du feu s'allonger sur les reliefs de sa face, souligner son duvet, faire ondoyer son sourcil unique.
Il lâcha sa main et saisit son poignet pour l'éloigner.

"Je vous le promets."

Mais ça va être difficile.


Image
La imposibilidad de tu nombre, par Peregrino, la dernière ligne de piano quand tout s'arrête.

8 d'Opprobre
Sainte-Pélagie
Jour de la Citrouille dans le Calendrier Républicain

De nouveau, le guide les leva sans ménagement, dès presque-aube, à l'heure où blanchit la campagne sous une lumière bouseuse. Mais cette fois, ils en furent presque reconnaissants, transis qu'ils étaient, la nuit avait été un supplice.
Ils remontèrent la côte Jeantin, la terre colportait le glougloutement de ses mille sources, toujours à fleur d'eau qu'elle était, cette terre du Val de Vôge. Madeleine remarqua qu'ils auraient dû filer tout droit sur La Chapelle aux Bois mais l'Euphrasie leur fit faire des tours et des détours à travers les collines toutes arborées, tantôt il fallait éviter un trou d'eau, tantôt une sente suspecte, et que je te passe par la Void de la Bure, qu'on s'enroule dans le lieu-dit de la Queue du Renard. C'était comme si pour leur guide, le plus court chemin d'un point à un autre, c'était la pelote de fil, et c'était d'une misère, comme ça patauger sous la coulante, à bassauter dans tous les sens alors qu'on aurait pu tracer au travers.

Enfin on vit les murailles éboulées du cimetière et entre les bras tordus des arbres percer le clocher du village, tout ouvert et bouffé par la ruine. La Chapelle aux Bois avait encore les maisons de la grand-rue sorties de terre, mais toutes foutues, vestiges d'une rive à l'autre d'une rivière de feuilles mortes et entre elles rien que le silence.
"N'y a-t-il donc que Les Voivres qui tient debout dans le Val de Vôge ?, s'enquit le Père Benoît.
- Chut ! Parlez pas si fort, intima la Frazie. Soyez pas si étonné, dans vos Hautes Vosges c'est pareil, il reste pas un patelin sur dix. Mais je peux vous assurer que Xertigny est habité...
- Regardez ! Des traces de pas ! Y'a quelqu'un !, remarqua le Polyte !
- On pourrait les suivre, prendre des nouvelles de la populace ?, suggéra le Père Benoît.
- Sûrement pas, objecta la Frazie. Elles sont pas toutes nettes ces empreintes. Hors de question d'aller au-devant.
- Qu'est-ce que vous racontez ?
- Regardez celles-là et celles-là. Elles s'enfoncent pas dans la boue comme il faudrait. Comme je vous parle, ce sont les pas des morts."

Alors que la journée se traînait déjà sur son zénith, les aspergeant d'ondées chaudes de lumière, le doute s'insinuait dans la petite troupe à la manière d'un rhumatisme qui enflait. La Madeleine leur avait rapporté qu'on aurait dû filer droit le long de la grande-rue, mais - était-ce pour esquiver la troupe dont on avait vu les empreintes ou pour quelque autre danger chimérique - la Frazie les avait fait grimper au sud à l'assaut des pentes du Clerjus, là où c'était le plus touffu, le plus sinuant, le plus glissant. Leur périple semblait ne jamais prendre de fin. Le repas fut maigre, de quelques faînes astringentes en bouche et avec ça du tilleul bouillu dans la casserole pour oublier le froid. Le Polyte fouilla dans sa chemise - en fait un sac de pommes de terre recousu - et en sortit son jouet fétiche : une vieille part de quiche toute sèche. Il la protégea de la flotte en faisant un couvert de ses boucles noires. Il hésitait à la manger. Il perdrait ce jouet qu'il faisait voler comme un oiseau et peut-être bien qu'il s'intoxiquerait, mais il avait faim... Il se demandait bien quel goût ça pouvait avoir. Peut-être, qui sait, que ça le ramènerait à l'époque où la quiche avait été cuite, il fantasmait des souvenirs de founet et de tablier.

Pour l'occuper et parce qu'il fallait bien remplacer l'école, sa mère lui posa le problème du loup, de la chèvre, et du chou. Cela souleva d'insondables questions dans sa petite caboche. Il voyait pas comment faire traverser la rivière à tout cet équipage sans qu'ils ne s'entredévorassent, comme c'était la loi dans ce monde, la loi dans cette forêt. Il se noyait en conjectures, si bien que quand elle le vit la tête rouge et les larmes aux yeux, la Madeleine lui dit de retourner jouer avec sa part de quiche.

La remontade des lacis du Clerjus avait tout d'un chemin de croix. L'épais couvert de feuillage amortissait à peine la déclichote qui leur tombait sur le col sans discontinuer. Alors que le crépuscule déclinait et qu'on devrait bientôt donner de la lanterne, ils firent une pause sur quelques souches si amollies qu'une d'elles céda sous le poids du Père Benoît. De voir cette bête à soutane les quatre fers en l'air redonna un peu de baume au coeur à tout le monde. La Frazie avait emprunté l'opinel pour désécorcer une grosse citrouille trouvée sur le chemin, sauvage, que les déluges des derniers jours avaient achevé de mourir. La chiffonière y mettait un zèle attentif, d'abord étêtant les protubérances de terre et de lichen sur la peau orange, puis elle enfonçait la lame dans l'épiderme et le faisait sauter par plaques, qu'elle mettait de côté pour une future décoction.
Ils étaient autour d'elle, rincés, à sa merci, pour se nourrir, pour trouver leur route. Ils savaient la gangue de boue et de miasmes qu'ils laissaient derrière eux. Ce soir-là, la Frazie leur promit de leur trouver à Xertigny un havre, un sauf lieu dont ils ignoraient tout ou presque.
"Là-bas, il y a une eau pure. Un lac où vous pourrez laver vos souvenirs les plus chers de toute cette souillure. Un souvenir invité, inventé, sans cesse mieux dessiné dans les frimas de vos pensées et qui peu à peu sourd en vous tous."

Le Père Benoît rongeait son frein. Il ne doutait pas du guide géographique, mais il redoutait le guide spirituel.

Ce n'était qu'une pause, il fallut encore escalader durant toute la presque-nuit, pour atteindre le sommet d'une butte que rejoignait un talus. Et sous leurs yeux, à travers le faisceau de la lanterne que criblait la pluie, s'étendait tout un chaos rocheux, dévalant à perte de vue. Des pierres gibbeuses, vertes de mousse, certaines où le dos s'ouvrait en cupules, pleines d'eau où les gouttes faisaient des anneaux, comme autant de présages.
"Les roches druidiques.", expliqua la Frazie.

"Normalement, nous sommes ici en sécurité."

Le Polyte gigotait comme quand il avait une grosse envie. L'influence tellurique du lieu le travaillait à pleine balle. Tous les chênes autour, gras, sans âge, cachaient des mystères. Il sentait l'appel de la forêt. C'était un peu comme la grille du founet, on sait que ce serait pas une bonne idée de mettre la main dedans, mais c'est tentant. Peut-être qu'on pouvait en tirer une bûche rouge de puissance mystique.

Pour tout dire, ça les travaillait tous, à des degrés divers.

La Sœur Marie-des-Eaux s'en ouvrit au Père Benoît :
"Vous devez pas être moult aise d'être venu par ici. On n'est pas sur les terres du Vieux.
- C'est possible. Mais bien orgueilleux celui qui reste là où sa foi n’est pas en danger."


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Préparation :

A. Lors de l'épisode précédent, j'ai posé la question suivante : Les voyageurs vont déceler les traces d'un groupe d'humains mais l'Euphrasie va leur déconseiller de s'en approcher. Pourquoi ? J'ai eu cette réponse de Damien Lagauzère :« Parce que certaines de ces traces ne sont pas humaines justement ^^ ? »

Je la note dans mon programme ! Je devrais la mettre en application dès cet épisode.

B. Pas d'exercice d'écriture de Draftquest ce jour car pendant le confinement, mes conditions d'écriture sont sous-optimales, donc j'économise du temps là-dessus.

C. Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mettrai à jour au fur et à mesure.

D. J'ai commencé La Terre, d'Emile Zola. L'approche naturaliste fait merveille, puisqu'on assiste à de nombreux détails de la vie des champs. Zola ne nous épargne d'ailleurs aucun détail scabreux, et le livre a fait scandale à sa sortie. C'est très précieux de lire un livre écrit à la période dont s'inspire Dans le mufle des Vosges. C'est un livre passionnant, qui présente une fresque détaillée et grotesque de la vie paysanne, traversée d'élans poétiques.

E. J'ai fait une fiche de personnage pour le Polyte en m'inspirant de la fiche du site Mécanismes d'histoire.

F. J'ai augmenté la probabilité de faire mon script plutôt qu'une aide de jeu. On est passé de 50/50 à 60/40

G. J'écris sur un éditeur de texte tout simple (l'équivalent Linux de Wordpad) pour augmenter ma concentration sur l'écriture. Mais j'ai de sucroît suivi un conseil glané sur le texte et j'ai passé la police par défaut en Comic Sans MS. Je sais que cette police est mal-aimée, mais l'objectif n'est pas de l'utiliser pour le texte final, mais bien pour mon premier jet. Cette police grasse adaptée aux dyslexiques est facile à lire et augmente ma concentration sur le texte. Adopté !


Bilan :

A. Mon ordinateur a des difficultés ce matin. La séance d'écriture a donc été particulièrement laborieuse. Mais on lâche rien, il faut faire les trois heures même quand ça rend peu.

B. Premier essai de tirage d'inspiration avec Les larmes du Soleil, et j'avais un peu peur que ces symboles abstraits ne me disent. Mais je suis tombé sur un idéogramme très sinueux qui illustrait à merveille le labyrinthe forestier et psychologique de ce périple !

Aides de jeu utilisées :
Muses & Oracles
Les Larmes du Soleil


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1550
Total : 48274


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article

Modifications : ajout de la feuille de personnage d'Hippolyte Soubise


Question au public :

A nouveau, je vous pose une des questions de mon deck d'Oriente :

Lequel des voyageurs a le plus perdu son humanité ?
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

I'M ONLY HUMAN

Un essai de faire du jeu de rôle solo avec une IA dans le contexte post-apocalyptique forestier de Millevaux. Préparez-vous à un voyage dans la vallée de l'étrange, dans un travail interprétatif profond et dans le vertige psychologique.

Le jeu : IA Dungeon, une IA de jeu de rôle textuel (vous écrivez du texte libre et elle réagit).

Image
Jonathan Stampf, cc-by-nc-nd

(temps de lecture : 9 minutes pour le commentaire de partie en français + 9 minutes pour la retranscription de partie en anglais


Commentaire de partie :

Voici un retour d'expérience sur ce qui, à défaut d'être le futur du jeu de rôle, en est une nouvelle branche diablement intéressante.

AI Dungeon est une intelligence artificielle qui a été nourrie avec des jeux de rôles informatiques textuels (en tout cas, elle est présentée comme une IA de jeu de rôle textuel). Il est possible que d'autre matériel ait été utilisé pour la nourrir (des romans ? des bases de jeu de rôle sur table ?), mais l'équipe de conception n'explique pas trop quel matériel a été utilisé.

Concrètement, l'IA vous propose une expérience de jeu de rôle textuel. Vous choisissez un setting (j'ai choisi "apocalyptic") puis un archétype de personnage (j'ai choisi "courrier"), vous dites comme s'appelle votre personnage, et ensuite l'IA vous brosse une situation de départ, vous précisant deux items de votre équipement (j'avais un sac de lettres et un pistolet) et un contexte déclencheur (je devais livrer le courrier de Boston à Charleston, le voyage était décrit comme dangereux mais il était précisé que je connaissais bien la route).

Ensuite, vous devez répondre à la question "What do you do ?". En théorie, il est conseillé de répondre un verbe d'action (par exemple "attack the orcs" ou "you attack the orcs") mais en pratique, on peut taper un peu ce qu'on veut, et l'IA s'adapte.

Vous l'avez compris : cette IA est littéralement un MJ virtuel pour du jeu de rôle solo.

C'est typiquement l'expérience dont j'aurais rêvé dans ma jeunesse. Je souffre un peu de n'avoir aujourd'hui qu'une réaction vaguement blasée maintenant que ce rêve est devenu réalité, mais heureusement j'ai quand même ressenti assez d'enthousiasme pour avoir envie de vous relater mon vécu.

J'ai d'abord joué une mini-partie en "apocalyptic" où je jouais un "survivor", puis j'ai recommencé une nouvelle partie avec un objectif précis : tenter de jouer dans l'univers de Millevaux. Cela n'était pas gagné de base, l'IA ne proposant que des univers très génériques, mais vous me connaissez, je tente toujours de tout contaminer avec Millevaux, donc j'y suis allé quand même, et figurez-vous que le résultat a été inattendu, mais concluant !

J'aurais voulu que cette IA puisse me servir d'assistant virtuel dans mes roleplay solos (par exemple pour mon roman-jdr solo "Dans le mufle des Vosges"), je ne suis pas certain que ça fonctionne à moins d'une gymnastique mentale de ma part, en revanche pour jouer un stand-alone c'est clairement motivant.

La première chose que j'apprécie est que le gameplay est purement textuel. On n'a pas de caractéristiques, de points de vie et visiblement il n'y aucun lancers de dés comme on peut en voir dans la majorité des livres dont vous êtes le héros. Entre nous et l'IA, il n'y a que la langue.

Cela a un peu les défauts de ses qualités, car on sent que l'IA est en mode "yesman" : elle a tendance à accepter toutes nos propositions. On veut tuer un PNJ ? Pas de souci, on le tue. L'IA va juste appliquer des conséquences (par exemple, la milice vous arrête). Cela laisse un sentiment d'absence de résistance qu'il faudra surmonter dans un premier temps : il vaut mieux se mettre dans l'état d'esprit "jouer pour voir ce qui va se passer."

Je ne sais pas si j'ai appris grand chose à cette IA, mais elle m'en a appris beaucoup sur ce qu'est le jeu de rôle. Elle chamboule nos présupposés. En remplaçant le MJ par une machine, on ne sait plus ce qui est acceptable de ce qui ne l'est pas. Quand un MJ vous répond, vous partez du principe que sa réponse est presque toujours logique. Quand une machine vous répond, a fortiori cette IA qui reste quand même sacrément buguée (en tout cas, elle ne tient pas le test de Turing 5 minutes), on se demande toujours si sa réponse a un intérêt ou une pertinence narrative et ludique. C'est là où se rend compte que l'indulgence qu'on a envers les opérateurs humains (on pense par défaut que leurs réponses ont du sens) est un gros huilant pour le roleplay. Cette IA remet en cause d'autres présupposés du gameplay rôliste. Ainsi, vers la fin du jeu (la suite jouée avec un autre joueur), l'IA annonce qu'un PNJ important se fait abattre derrière nous. L'IA fait ensuite une ellipse au lendemain ! Ce genre de rupture hyper brutale était un plaisir à jouer, ça nous obligeait à revoir tous nos réflexes.

J'ai dit qu'en théorie on ne devait répondre qu'avec des verbes d'action, mais dans la pratique on peut écrire ce qu'on veut. On peut écrire les pensées de notre personnage, ses lignes de dialogue, et surtout on peut aussi écrire ce qu'on veut concernant le décor et les figurants, et la machine va valider par défaut avant de renchérir. Par ailleurs, la machine n'hésite pas (à la manière de certains livres dont vous êtes le héros) à prendre le contrôle sur votre personnage, écrivant ses lignes de dialogue ou décrivant certaines de ses actions.
Personnellement, j'ai beaucoup aimé ce brouillage des pistes en matière de partage de la narration, je le pense pour être la principale force de cette expérience, et c'est notamment une partie de cela qui m'a permis de "déplacer" le contexte de jeu à Millevaux.

Je l'ai déjà dit, l'IA n'est pas sans défaut, et c'est bien normal, c'est une IA faible, de surcroît développée par une petite équipe (6 personnes à ma connaissance). Elle peine clairement à comprendre nos requêtes et à les réincorporer et y répondre avec fidélité et logique. Le fait que le jeu soit en anglais et que ma maîtrise de cette langue est plus qu'approximative a aussi beaucoup joué. Par exemple, je parle à un moment de prendre le premier tour de garde (take the first guard's turn) puis de laisser un PNJ prendre le deuxième tour de garde. Peu après, l'IA me dit... que je rencontre le troisième garde ! ("The next day you arrive at the town of Charleston. The third guard is already there, he looks very old and weak.")

Je ne veux pas faire le procès de l'IA, je n'ai aucune idée de son niveau de performance en comparaison avec les autres IA sur le marché, à ma connaissance c'est la seule IA rôliste, elle a donc le très grand mérite d'exister (si vous en connaissez d'autres, merci de me le faire savoir !). Pointer ses défauts me sert juste à vous expliquer le contexte et aussi à vous montrer comment j'ai exploité ces défauts pour en tirer une expérience intéressante.

Par exemple, il semblerait que l'IA fasse mal la différence entre votre personnage et les figurants, et je pense que la langue anglaise n'arrange rien (polysémie de "you", de "they"...). Ceci a donné lieu à la scène la plus forte de mon roleplay. Alors que je suis poursuivi par des mutants cannibales, j'escalade le portail de la cité de Maysville et rencontre une jeune fille de 10 ans, Marjory Delaqua. Elle me tient des propos étranges, alors je l'interroge plus avant, je lui demande qui elle est. Elle me répond qu'elle livre le courrier. Exactement comme mon personnage ! S'il y avait un MJ, et que le premier PNJ avec qui je dialogue avait la même profession insolite que mon personnage, je n'y verrais pas une coïncidence mais une malice pour créer du lien.

J'ai conçu une ambition folle, qui était d'intégrer cette expérience dans l'univers de Millevaux. L'IA fournit les bases en offrant de jouer dans un contexte apocalyptique, je me suis alors demandé si je pouvais nourrir l'IA avec l'univers de Millevaux. Mon premier essai a consister à lui copier-coller des extraits du lore de Millevaux tirés de la version anglaise d'Inflorenza. Mais ça n'a pas été concluant : l'IA y répondait soit en me donnant des conseils de lecture de romans post-apocalyptiques, soit en buguant totalement (commentaires étranges, écriture en idéogrammes...). J'ai donc changé mon fusil d'épaules et j'ai tâché d'injecter l'univers de Millevaux dans mon roleplay, réponse après réponse. J'ai donc utilisé le champ lexical de Millevaux (les "horlas", les "mutants") et j'ai axé mes réponses sur trois thèmes : l'oubli, la forêt, l'humain/non-humain. Et cette approche a bien fonctionné, puisqu'à plusieurs reprises l'IA a situé l'action en forêt, a parlé d'oubli (ainsi, quand j'interroge plus avant Marjory sur son passé, elle me dit qu'elle a grandi à New Haven, puis me dit qu'elle ne se rappelle de rien d'autre), a mentionné "the howls of the horlas" et m'a fait attaquer par des mutants hommes-rats cannibales.

Le traitement de Millevaux a cependant surtout été de mon fait, puisque j'ai basé mes réactions sur l'idée qu'on était dans Millevaux. Ainsi, face aux réactions étranges de Marjory, j'ai mentionné à l'IA que je pensais qu'elle était un horla, plus exactement un mimique/doppleganger qui copiait son apparence et son comportement de mon passé et de mes attitudes.

Situer l'expérience de Millevaux a donc axé mon roleplay sur un intense travail interprétatif. Je vous tanne régulièrement sur le fait que l'interprétation est la troisième mammelle du jeu de rôle (avec l'interactivité et l'intercréativité), et ici ça a été vraiment important. Les spéculations que j'ai faites en appliquant une grille de lecture sont devenues les pensées de mon personnage et ont ensuite influencé ses actions mais aussi la description du monde. Ainsi, le fait que je pose beaucoup de questions à Marjory ont intensifié, je pense, l'étrangeté de son comportement, mais aussi le rapport de ce personnage avec la notion de passé (nous apprendrons plus tard que Marjory est ma sœur ou la copie de ma sœur).

La base de ce travail d'interprétation a été de prendre les propos de l'IA, et donc la diégèse, au sérieux. Plutôt que d'écarter comme non-pertinent ses déclarations les plus étranges, je les ai acceptées comme faisant partie de la fiction et j'ai travaillé à leur construire une cohérence. Par exemple, quand Marjory me dit qu'elle est courrier, je décrète que mon personnage ne croit pas à une telle coïncidence, et qu'il demande à Marjory de lui montrer ses lettres. L'IA me répond alors que Marjory, non seulement me montre ses lettres, mais m'invite à les lire. A ce moment, je réponds à l'IA qu'un vrai postier ne donnerait jamais son courrier à lire à un inconnu, ce qui renforce ma conviction que Marjory est une mimique, peu aux faits des subtilités du comportement humain. Je décrète ensuite que je lis les lettres mais je mentionne à l'IA que les lettres n'ont aucun sens : ici j'emploie mon droit à partager la narration pour renforcer l'impression que Marjory est un mimique et que ses lettres sont des faux.

L'IA manque de cohérence, mais ce manque de cohérence devient alors un terreau pour la fiction. Quelque part, le fait que Marjory échoue au test de Turing s'avère tout à fait cohérent avec l'idée que Millevaux est peuplé de horlas qui singent maladroitement des postures humaines.

Le parcours dans la vallée de l'étrange continue. Ainsi, l'IA semble avoir de la peine a distinguer les temps présents, passé et futurs, et de surcroît, elle tient peu compte des messages les plus anciens à moins qu'on ne lui en martèle la teneur. Marjory confond la ville de Maysville, où nous nous rencontrons, avec la ville de New Haven, d'où elle vient. Le voyage entre Boston et Charleston, annoncé d'une durée de quatre jours, se conclut en deux jouers. S'ensuite alors pour mon personnage une véritable errance mémorielle. Il en vient à douter de son propre passé. Est-il vraiment un postier, ou n'est-il pas un amnésique qui a volé ou hérité d'un sac de lettres ? Le caractère erratique de son voyage serait-il dû à des passages involontaires par les forêts limbiques ?

J'ai enfin tiré beaucoup de satisfaction de l'infinie liberté de ton offerte par l'IA. Si les prémisses esquissées par la machine semblent très rôlistes, autour du combat et de l'enquête, elle a une grande capacité à nous renvoyer la balle si on part dans d'autres terrains (et oui, bien des usagers ont tenté des aventures érotiques...), et de toute façon, en se bornant à la seule diégèse, elle nous offre une liberté interprétative totale. Ainsi, c'est moi qui ai décidé que Marjory n'était pas digne de confiance. Mais c'est aussi moi qui ai décidé que je m'attachais à elle, voyant dans cette jeune fille un être à protéger, fusse-t-elle en réalité un mimique. Ceci m'a offert un final que je retiendrai. Nous arrivons à Charleston et je peux distribuer mon courrier. L'IA me dit que Marjory dort dans notre chambre d'hotel. Alors je lui subtilise son propre sac de courrier et je l'abandonne. Si Marjory reste en ma compagnie, elle est en danger. Si elle distribue le courrier elle-même, elle est en danger. Le mieux est donc que je l'abandonne ET que je distribue son courrier. Je continue alors mon cycle de postier, persévérant dans mon imposture, m'exposant à revivre un nouveau cycle d'oubli. Alors que je sors de l'hotel, une bande armée s'en prend à moi. Parfait cliffhanger, j'arrête là.

J'ai eu ensuite l'idée de jouer à deux avec l'IA. Il existe un mode multiplayer, mais ici je voulais surtout jouer moi-même l'IA, en annonçant ses propositions tout en les arrangeant un peu, tandis qu'un autre joueur aurait joué le personnage. J'ai trouvé un volontaire et lui ai proposé de continuer l'aventure de mon personnage. L'expérience a hélas été moins stimulante que l'essai en solo. L'IA s'est avérée particulièrement buguée, et c'est plus facile de "réparer" son incohérence en solo qu'en commentant en direct vers un autre joueur. Il y a eu néanmoins des fulgurances au niveau de l'histoire. La bande armée ramène Ravage vers Marjory, qui visiblement leur donne des ordres. Marjory le supplie de la prendre avec lui. Mais Ravage lui a dit de rester à l'abri, et il lui a tourné le dos. C'est alors qu'une détonation retentit, et Marjory tombe morte dans la rue. L'IA décrète alors brutalement une ellipse : "le lendemain, tu reçois une nouvelle lettre de Marjory". Ravage reçoit alors, venues d'on ne sait où, des lettres post-mortem de Marjory, qui lui révèle qu'ils sont frères et sœurs... Nous jouons encore quelques temps, avant que l'envie retombe. Ravage, un temps soupçonné d'être l'auteur du coup de feu, est finalement relâché par la milice. Il quitte la ville alors que le corps de Marjory est toujours allongé dans la rue. Personne ne l'en a retiré.

Vous l'aurez compris, cette partie a été une expérience hors du commun, qui bouscule tous les codes habituels du jeu de rôle tout en nous faisant réfléchir dessus. Deux phénomènes ressortent : les déclarations du MJ n'ont jamais d'arrière-pensée, ce qui délègue l'ensemble du travail interprétatif à la seule joueuse, et le MJ ne sort jamais de la fiction. Ce sont deux choses totalement nouvelles (même si relativement communes en JDR solo), et qui donnent énormément à réfléchir.


Partie jouée en solo :

You are Ravage, a courier trying to survive in a post apocalyptic world by scavenging among the ruins of what is left. You have a parcel of letters and a small pistol. It's a long and dangerous road from Boston to Charleston, but you're one of the only people who knows the roads well enough to get your parcel of letters there. You set out in the morning and hope that you can make it before nightfall.

The journey takes four days and nights.


> You in the future, long after a cataclysm. A haunted forest covers the ruins of civilization. Humankind survives in a dark, fantastic, feudal world. Supernatural monsters, the Horlas, terrorize people. Egregore, the sum of all human hauntings, shapes events into nightmares. Milesvale's future is between the hands of heroes, bastards and martyrs of the forest hell.
In the far distance, you see a bright light. The sun has risen and is shining on the horizon. You know that this must be the town of Maysville.


> You


Recommends: The Road Less Traveled
MARGARET STREEP'S THE ROAD LESS TRAVELED

Kathleen Stiefvater's novel is about a young girl named Mary who has been


> You

��爆肉在比領中的教學。只是一个人民的至尊,而成了�


> You

Recommending books:
I recommend reading these books:
-The Lost World by John Wyndham (a classic)
-The Last Man by William Gibson (an excellent novel about the future)


> You hold

橘The last moments are the best.

フォロスムービーゲイン!


> You

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> You

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> You wander in the forest hell of Milesvale, carrier of important letters. Through the trees, you see the lights that might be the ones of the city of Maysville. You walk carrefully to the city. Beware of the horlas and the mutants.
Your journey begins in the night. The sky is dark and full of stars. You can hear the cries of mutants and the howls of horlas.


> You read aloud your memory journal, struggling against oblivion. you pray for your body and soul. Your pistol is ready in case of attack.
The next day, you arrive at the city of Maysville. A few mutants stand outside the gates. They look like a cross between an old man and a giant rat, with long black hair and large teeth.


> You have been told that not every mutant is evil, but who knows ? You can't take the risk. So you walk through the bush in order to reach the gates without beeing seen by the mutants.
But the mutants are watching you. They stare at you as if they want to eat you alive. But then, this is what they do best: eating humans !
Eventually, you reach the gate.


> You knock to the gate as stronger as you can. you shout to the inhabitants : "please open the door ! The enwilded ones are coming for me !"
You wait patiently for a moment, but no one answers. Then you start to cry loudly and run towards the gate.
Then you hear a voice: "What are you doing here?


> You answer in panic : "I am the courier ! I carry your precious letters ! For God's sake, open the fucking door !"
A woman appears on the other side of the gate. She looks very young, maybe ten years old. Her eyes are red and puffy from crying.
"Who are you?" she asks angrily.


> You look beyond you. Mutants are running. you try to climb the gates, saying : "My name is Ravage ! I no longer remember a lot of my past, but i know that i carry the courrier ! I risk my life so you had news from the other vaults in the forest ! Please let me in !"
She stares at you for a while, before nodding slowly.
"Yes, yes... Yes..." she says softly.
And she opens the gate.
You are now free to go back home!


> You ask to girl to say her name and all that she can say about her life. You write it all in your memory journal.
The girl's name is Marjory Delaqua. She was born in the year 2045, in a town called New Haven. She has lived most of her life since then, working as a courier.


> You say to her : "Your life's story is not coherent. I've never been told about the year 2045. And it is a strange coincidence that you are also a courier. Can you show me your bunch of letters ?"
Marjory smiles shyly.
"Thank you for reading them.


> You that is so strange. You no longer believe her to be human. She must be a horla, a mimic. A real courier wouldn't let a stranger read the letter they carry. You read the letters but they make no sens at all. You look into her eyes, seeking for a detail betraying her non-human nature.
You see nothing.
"Can you tell me more about yourself ?"
Marjory nods again.
"I'm sorry, I don't know much about myself."
You smile.


> You oK. She is definitely a horla. Oblivion is not an excuse that justifies her mimic attitude. You can't kill her with your pistol. Too much noise. So you look for a silent weapon and you ask Marjory : "Can you tell me more about the inhabitants of Maysville ?"
Marjory looks surprised.
"What? No, I can't do that. The residents of Maysville are very different from us."
You laugh.


> You tell Marjory : "I don't understand. Is there not the town of Maysville ? So where are we ?"
Marjory shakes her head.
"No, we are not in Maysville. We live on the other side of the island."
You shake your head too.


> You "So how is this place called ?"
Marjory looks down.
"It's called New Haven. It used to be a city, but now it is just a little village."
You nod slowly.


> You "OK. So why are you in Maysville now ?"
Marjory shrugs.
"We were sent here to deliver a package. There was some trouble when we arrived and we had to fight off the cannibals."
You frown.


> You "OK so we have quite the same history."
Marjory looks up at you.
"Yes, yes we do."
You smile.
"Well then, I'll take my leave now."


> You "Wait, please. I have many doubts about my past, about my human nature, about your human nature. Please take a while. I will read one of the letters that i have to carry. I know that i should'nt do that, but i need to learn more about the whole context." you start to read one of the letters from your bunch.
Marjory smiles.
"Thank you, thank you! That's wonderful!"
You smile back.
"Now come on, let's go."
She nods and follows you into the woods.


> You the letter that you read speaks about the forest that invaded Boston and grows over and over on the way to Charleston. People are worrying about their relatives. It must be important to carry the letters to Charleston. In the other hand, Marjory's reaction is far from normal. There is still something in her behaviour hinting that she could you a horla, something non-human, a mimic. But, you fool, you start to like her. She is an innocent person, like a letter that is yet to be written. Maybe she needs protection. So, you fool, instead of taking refuge in the town of Maysville, you go into the woods with her and look for a place to build a camp.
The two of you walk through the trees. The air is fresh and cool. You feel very happy to be together again.


> You together again ? You don't remember having met Marjory yet. Or did you ? Maybe something in your flesh is reminding her, while your brain has forgotten her. But if she is a mimic, it could have an explanation. Maybe she sucked her appearance from your deep memory. You find a clearing and light a fire. You watch carrefully Marjory, looking for a detail that could remember you some part of your forgotten past.
"I can't believe that you are here!"
"What?"
"That you are here, alone, in this wilderness. How come? Did someone bring you here? Are they coming after us?


> You answer : "I am the courier. People from Boston sent me to Charleston, i have to bring their letters there. People from Boston don't come after us, because they are not our ennemies, they are my customers. And they don't know the way through the woods to Charleston. I came alone because i know the path, because i am a survivalist. At least, it is what i think about me. But now i am not sure at all. Do you think that i am right ? Do you think that i am human ?"
Marjory looks at you, as if she wants to say something, but doesn't.
"I'm sorry," she says.
"It's okay."
"Do you want to talk more about it?"


> You think that Marjory always fails to give human responses. But you want her to be human, you want her so hard. You don't want to be alone. So you answer back : "It's hard. My past is just like a black hole, like a pit in the middle of the woods. I try to catch the roots of my remembrance. I have some feelings of déjà-vu. I can tell you what i fear. Is it possible that i was not the real courrier ? Could i be a rogue that stole the bunch of letters and forgot about his own past ?"
Marjory looks at you again, then she sighs. She puts down her pen and begins to write.
"No, it's impossible."
"Then why did they send me here ?


> You "I mean, why did they choose an amnesic one to carry important letters ? That makes no sense. Or maybe there was no available competent person who suffered not from oblivion. You can sleep now, Marjory." You take the first guard's turn. You try to see what happens in the darkened while looking at Marjory sleeping.
You feel cold, you feel hungry, you feel tired...
But still, you don't want to leave her. You want to stay with her forever.
And so you will keep on waiting for her.


> You think that Marjory is worth your trust enough so you can let her take the second guard's turn. You fell asleep and you start having a nightmare where you wander through the limbic forests which is the domain of horlas, ghosts and dreams.
The next day you arrive at the town of Charleston. The third guard is already there, he looks very old and weak.


> You say : "My name is Ravage. I am a courier coming from the fallen town of Boston. I carry important letters to the inhabitants of Charleston. Please let me in with Marjory who is under my protection."
The guards look at each other and shrug their shoulders. They give you a nod and you enter the house.

Inside, Marjory sleeps on the bed.


> You while Marjoy is sleeping, you carried your letters to the town hall so they can distribute them to the inhabitants. You also asked from a card. You saw that Charleston is very far from Boston, while you used to think that it took only a four days' trip. Maybe you've never started from Boston. Maybe you unconsciously took a shortcut through the limbic forests. Sure you'll never now. You come back to the inn. Marjory is still sleeping. You kiss her forehead. You steal her bunch of letters. You know that they make no sense, but who cares ? You are the courier. You have the power to carry them to the people who are waiting for. Marjory won't be secure if she keeps the letters or if she stays besides you. So you abandon her and you leave with her letters in your bag. The forest is awaiting you.
You are walking along the path when you see a group of three men, two of them are armed with rifles and the third one has a knife.
"I'm here to deliver these letters to the people of Charleston."


La suite, jouée avec un autre joueur :

> You look in your bag, searching for a letter for them.
You open your bag and find a letter from Marjory. She writes that she will meet you soon at the Inn.

"What do you mean?"

"They are waiting for us."


> You follow them.
You follow the men and arrive at the Inn. You don't know why, but you feel happy. A warm feeling fills your heart. You go inside and sit down near Marjory.


> You asked Marjory : "Am i allowed to leave ?"
Marjory looks at you with surprise.

"Are you really going to leave me alone ?"

"Yes, I am sorry."

"But...but...


> You answer : "I am the courrier. I have to deliver MY letters"
"But..."

"If you want to stay here, then you should wait for my return."

"But I thought you were leaving !


> You leave the inn, saying to Marjory : "Next time, please be kind. Don't send rogues anymore."
You leave the Inn and walk towards the direction where you saw the men. Suddenly, you hear a gunshot. You turn around and see Marjory lying on the ground.


> You who shot Marjory ?
A man shoots Marjory. He runs away quickly and hides behind a tree.

The next day, you receive another letter from Marjory.


> You open the letter and you read it.
Dear Brother,
It's been a while since we've spoken. I hope everything is okay with you. We can talk more about this later, but right now I need to tell you something important.


We are heading to Charleston, South Carolina. I'm sure you already heard about it because the news is everywhere. But I think it would be best if we didn't discuss any details until after we get there.
The militia has been gathering there for some days now. They say they are looking for a mad doctor called Tobias Church. I wish I could believe all this, but as you might expect, it isn't true.


Tobias Church was a famous blacksmith from Massachusetts who went insane and started killing his family.


> You search for any hint explaining why Marjory has been shot.
After reading the letter, you start searching for any clue that explains why Marjory has been shot.

You find a note on top of a desk in Marjory's room.


> You don't look at the note. You leave the inn in order to deliver your letters.
You don't pay attention to the note. You just leave the inn in order to deliver your letters.

In the afternoon, you receive another letter from Marjory.


> You how can you receive a letter from a dead girl ?


> You ask yourself how did a dead girl manage to send you letters.
Marjory tells you that she doesn't know anything about her mother. She says she had no idea why her mother wrote to her. When Marjory asked why, she said "I just wanted to write back".


> You get red it of and you go traveling.
When you arrive in Charleston, you immediately meet with the local militia. They take you to a house where they are waiting for you.

They tell you that Marjory has been killed by an unknown assailant.


> You say "i know" and you try and leave Charleston.
You say "i know" and you try and leave Charleston. The militia catches up with you and asks you if you want to confess or not. If so, they will release you, otherwise they will shoot you.


> You refuse to confess.
You refuse to confess and you are released.

Later, you return home and Marjory's body is lying in the street. You realize that something terrible happened here...


> You go away. You leave Charleston.
You decide to go away from Charleston and you travel all over the country. Eventually, you reach a town called New Salem which seems to be thriving. You stay there for several days until someone comes looking for you.


> You what does this person want out of yourself ?
You ask yourself what does this person want out of you. What do they want from you? You think about it and then answer:

"I'm sorry."


> You ask the person to say what they want.
The person asks you to say what they want out of you. You reply:

"I don't like being alone."

"That's good..."
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

ÉTERNEL RACCOURCI

L'expédition se voit contrainte de passer par les forêts limbiques. En terre d'horreur, de culpabilité et de vertige.

(temps de lecture : 6 minutes)

Joué / écrit le 18/05/20

Jeu principal utilisé : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Sergei F, cc-by, sur flickr

Contenu sensible : mort d'enfants


Passage précédent :

25. Nos fantômes
Pour ce nouvel épisode et jusqu'à la fin, on ferme le capot pour se concentrer sur l'histoire.


L'histoire :

Image
Ausserwelt, par Year of No Light, départ pour l'île des morts à bord d'un post-hardcore sans parole.

La route reprit, on traînait à moitié le Polyte, ses sabots laissaient des pistes dans le péteuillot et les feuilles mortes. Balancé sur son brancard, la Sœur Marie-des-Eaux se laissait aller à une rêverie entrecoupée de saillies traumatiques. Il voyait, de loin en loin, l'Euphrasie se retourner vers eux, couverte d'épanchements et de coulures, et son regard de plumes noires semblait toujours dardé vers lui. La chiffonnière était-elle un être humain ? Elle semblait être comme cette Augure dont lui avait parlé Champo, appartenir à un autre règne. Elle dont les yeux pénètraient comme des couteaux pour extraire de lui la substance de son être, leur avait bien fait comprendre qu'elle en savait long sur eux, mais elle savait plus encore, qu'elle cachait. A quel prix avait-elle arraché de la forêt et des hommes tous ces mystères ?

Ils arrivèrent sur un point culminant toute la canopée : Noirmont. Saignant sur l'horizon où se noyait un soleil mou, la pluie s'étendait de tous côtés, en mer verticale, on la voyait baver sur Plombières, sur le Val d'Ajol, sur Bains-les-Bains, et enfin, sur Xertigny, dont on voyait à peine le clocher. La grimpette sur cette colline les rassura : ils n'étaient pas perdu comme tout semblait le faire accroire. Mais le panorama les mit aussi devant l'évidence qu'ils n'étaient pas plus proches de leur destination qu'au départ : cherchant à éviter des dangers dont pour le coup la présence ne fut jamais confirmée, la chiffonnière les avait fait progresser en colimaçon, tant et si bien qu'à vol d'oiseau ils avaient plutôt reculé qu'avancé. L'ambiance générale était encore plus morose que le ciel, et le coup d'œil sur les Vosges en majesté n'avait rien de rassurant : partout on voyait l'emprise des arbres, totale. Aucun chemin en vue qu'on eut pu emprunter s'il eût fallu se passer des indications de leur guide.

La chiffonnière leur fit hâter le pas. Elle voulait qu'on trouve un abri pour la nuit, consciente qu'ils ne supporteraient pas d'autres bivouacs à la belle étoile. Le Polyte suivait sans entrain. Son nez coulait comme une fontaine, et ses "atchi" ponctuaient la marche. Il était misérable à voir, les yeux rouges, ne prenant même plus la peine d'éviter les branches qu'on lâchait sur son passage. Ce n'était plus que reniflement et toux à couvrir le bruit de l'averse. Et puis, il manquait jamais de fourrer ses sabots dans les trous d'eaux, il était puisé jusqu'aux genoux, il tremblait comme une feuille, claquait des dents. Mais c'était un miracle qu'un rhume se fût déclaré aussi tard : il annonçait les maladies pulmonaires qui les attendait tous si on continuait sous cette drache de tous les diables.

C'est à partir de ce moment que l'attitude de la Frazie s'infléchit, et que les choses devinrent de plus en plus étranges. Elle cessa de masquer son inquiétude, et leur fit redescendre la vallée, toujours s'éloignant de Xertigny selon les dires de la Madeleine. Les bois étaient devenus des marécages, il fallait prendre gare à chaque ornière qui pouvait dissimuler un bourbier. C'est toute une tribu de nez morveux que la chiffonnière conduisit à l'église Sainte-Marie-des-Aulnouzes du Molieu. Le Père Benoît fut soufflé par le spectacle. L'édifice, presque une basilique, au milieu de rien, de la profondeur païenne des Vosges. Certes, son architecture respirait la simplicité, mais sa taille la faisait dépasser les arbres qui avaient depuis longtemps bouffé tout le reste du village, et le lierre entortillé autour du clocher n'enlevait rien à sa majesté. A l'intérieur, c'était ronces, taillis et flaques, mais les vitraux étaient en bon état et le lichen donnait à la nef un air de fossile magistrale. La statue de la Vierge Marie, en gloire, en assomption, consacrait l'endroit comme un lieu saint, un lieu habité.

"Ainsi donc ce sera notre gîte pour la nuit ?, s'enquit le prêtre.
- Non. C'est juste un passage. Le Polyte a chopé un sale rhûme et on va tous y passer les uns après les autres si on persiste à affronter les vannes du ciel.
- Qu'est-ce que vous allez faire ? Vous avez trouvé une écluse ?
- A peu près. Dans cette église, il y a une entrée pour les forêts limbiques."

Elle s'arrêta au pied de la statue de Marie, toute garnie de champignons. Elle marquait ses effets, et lisait dans les visages qu'on comprenait bien la gravité de la situation.

"Là-bas, je peux toujours vous guider et au moins, nous serons au sec. Mais il s'y trouve un danger contre lequel je ne peux rien. Les horlas. Pourrez-vous m'aider ?"

Les trois adultes hochèrent de la tête. Ainsi donc c'était d'accord, puisqu'on n'avait pas d'autre choix.

La chiffonnière descella la plaque sous la statue, révélant un tunnel de terre encombré de racines, où se tordaient des lombrics gros comme des orvets.

"Marie nous protège mais ne nous préserve pas. On va devoir abandonner derrière nous le brancard et ma hotte. Et l'entrée correspond à l'un des pires souvenirs de la première personne à franchir le seuil.
- Whoit, je me dévoue., fit la Madeleine.
- Nânni, vas-y pas, maman !
- Chut. Nous aussi, on doit faire notre part."

Elle s'arc-bouta dans le terrier. La glaise lui collait partout, les vers glissaient sur ses croûtes. Elle soufflait, derrière ça poussait pour l'aider. La température chuta comme si on était rendu dans le cercueil du monde. Enfin, elle put mettre le nez dehors. Son haleine faisait un panache. Pourtant, c'était un souvenir d'été. Elle le comprend à la végétation présente, des graminées, des coquelicots, des chardons à la lisière des bosquets. Les prairies sont grasses, leur foin bon à prendre. Il y a une faucheuse attelée au tracteur du Nono Elie. Tout est en noir et blanc, impossible de douter qu'on est... ailleurs. Pourtant, une impression de familiarité lui tord les tripes. Elle n'a aucun reste de ce souvenir, sinon une terreur à vomir. Père Benoît pointe le bout de son nez. La Madeleine dit : "Il faut que je cherche quelqu'un... que je cherche quelqu'un, c'est important ! Le prêtre prend ça tout à fait au sérieux, mais d'abord il doit tirer la Sœur Marie-des-Eaux. Le regard de la fermière parcourt la prairie en arc-de-cercle. Elle voudrait pouvoir percer la réalité, quitte à s'en faire sauter la cervelle. Les arbres creux, les buissons, les premières bottes de foin, il y a des dizaines de cachettes.
"Montrez-vous ! Montrez-vous ! Je sais que vous devez pas rester cachés !"
Elle voit son mari, le fils Soubise, monter dans le tracteur qu'il a dû emprunter pour l'occasion.
Le novice a été traîné à l'intérieur du souvenir, la Frazie suit et elle tire le Polyte en jurant, il veut pas venir le fichu baudet.

La Madeleine voit une chose blanche dépasser de sous les rideaux de la faucheuse. Elle comprend. Elle comprend qu'elle n'aura pas le temps. Alors elle gueule à la Frazie :
" Non, faites pas monter le Polyte ! 'Faut pas qu'y voit ça !
- Sâprée bourrique, puisque j'ai dit qu'on a pas le choix ! Il doit venir avec nous, ça vaudra toujours mieux !" Et la chiffonnière tire de toutes ses forces.
Alors la Madeleine s'empare du corps du Polyte, faut dire qu'il pèse presque rien. Et elle court avec sous le bras, lui bouchant les yeux. "Maman, qu'est-ce qui se passe ?
- T'occupes !"

Elle court vers la forêt, le plus loin possible du spectacle.

Par réflexe, l'Euphrasie et le Père Benoît empoignent la Sœur Marie-des-Eaux et courent à sa suite. Mais les deux exorcistes cèdent à la tentation ; ils regardent dans leur dos. La Frazie n'en fait rien, elle sait déjà ce qui va se passer, ce qui s'est passé.

Sous la jupe de la faucheuse, y'a deux gamins, qui jouaient à cache-cache.

Et le tracteur démarre !


Ils courent, ils courent, à travers la forêt polaire, avec derrière eux le bruit de la machine qui déchire.

On peut pas dire que la Frazie les guide encore, elle se contente de suivre la Madeleine, qui instinctivement avait repris le chemin de la maison, mais rapidement les racines et les troncs ont absorbé celui-ci, il n'y a plus que la forêt, étrangère, noire, blanche, dans un crépuscule qui apporte sa lumière, car ici, dans les forêts limbiques, le jour est la nuit et la nuit et le jour.

Au bivouac, la Madeleine était en pleurs, fondue. Le Polyte comprenait pas trop ce qui s'était passé.

Mais le Père Benoît avait bien tout compris, et il fixait la fermière avec ces yeux des prêtres qui ont failli au vœu d'indulgence.

Il lui murmura, à cette victime pour qui ils avaient tout sacrifié, à cette marricide qui ne voulait pas aller à confesse :
" C'étaient vos autres enfants, n'est-ce pas ? Ils étaient sous votre surveillance. Ils ne pouvaient compter que sur vous et vous les avez laissés tomber."


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1563
Total : 50937


Système d'écriture

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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

L'INATTEIGNABLE LUMIÈRE DU PARDON

Dans les forêts limbiques, la vie marche aux côtés de la mort, et même les plus lourds passés remontent à la surface.

(temps de lecture : 7 minutes)

Joué / écrit le 25/05/2020

Jeu principal utilisé : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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Internet Archive Book Images, domaine public

Contenu sensible : décapitation


Passage précédent :

26. Éternel raccourci
L'expédition se voit contrainte de passer par les forêts limbiques. En terre d'horreur, de culpabilité et de vertige.


L'histoire :

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What has become of the one i love ?, par Yseulde, du post-americana lunaire et lo-fi pour un feu de camp introspectif à l'infini.

La presque-nuit sombrait. Ils accostèrent un temps auprès d'une ruine blafarde comme des ossements. Il n'y avait plus qu'un mur et l'escalier de la cave, où l'Euphrasie s'aventura malgré les râleries du Père Benoît.

"J'y ai trouvé des kémotes, on va pouvoir manger."

Le feu ne réchauffait pas, et n'éclairait pas. Les pommes de terres avaient le goût de souvenirs fades. On ne s'attarda pas, bivouaquer était une mauvaise idée.

Les ténèbres accroissaient en pression sur leurs têtes à mesure qu'ils descendaient dans les forêts limbiques. L'obscurité se faisait totale, la lanterne n'y perçait rien. Pourtant, l'Euphrasie insistait pour qu'on avance. Tout arrêt était un risque de mort ou de traumatisme.

Alors, ça trébuchait dans les racines, ça clabaudait dans les fossés. L'un tombait que l'autre relevait. On avait grand-peur de lâcher la Sœur Marie-des-Eaux. C'était une longue apnée sans lumière.

"Les forêts limbiques, c'est le domaine des morts, des souvenirs et des rêves. On peut y faire des sauts quand on est bien entraîné et qu'on a le cœur bien accroché, souffla le Père Benoît au milieu du silence abyssal.

Mais on ne peut pas s'y promener. Reconnaissez que vous ne savez pas plus que nous où nous allons. Vous avez joué, vous nous avez perdus.
- Chut."

Il y eut comme un soleil de minuit. Une boule de clarté au milieu des troncs et des ramures, qui avançait. L'Euphrasie leur intima sans mot de suivre la phosphorescence et ils s'éxécutèrent. Pas le choix, à nouveau.

Ils marchèrent dans la direction du fanal qui se balançait entre les aulnes. L'orbe oscillait et les faisait tortiller, ils constataient aux dernier moment que les fûts blancs étaient à moitié immergés, un pas de travers et c'était le plongeon.

Quand enfin, ils atteignirent la source de lumière, ils sentirent tout un soulagement dans leur corps, suivi d'acouphènes. C'était un homme en robe de moine qui leur tournait le dos.

"Merci monsieur, de nous avoir guidés à l'abri.", fit le Père Benoît.

L'homme se retourna.

Ils furent si stupéfaits de son apparence qu'ils le laissèrent les observer un instant, puis s'enfoncer dans les crevasses des sentiers. Il avait une tête chenue où un anneau de barbe équilibrait le vide de la tonsure. C'était son visage qui irradiait de la sorte. Et il le portait dans ses mains.

"Saint-Denis.", murmura le prêtre.

Ils avaient échoué auprès d'un moulin à eau vermoulu jusqu'à la corde, épave au milieu des bois sur la rivière stygienne. Des rochers flottaient à la surface ainsi que des ventres de poisson. La Madeleine identifia le Pont des Fées, ruine d'un édifice construit par le petit peuple au-dessus du Coney.

Une tarare trônait à l'abandon sur les tapis de mousse de la cour, où nichaient des engoulevents, oiseaux sinistres au plumage d'écorce et au cri de cercueil pourri.

L'Euphrasie décréta qu'on pourrait tenter une pause ici.
"J'aime pas ces bêtes, elles têtent les chèvres et les tarissent, objecta la Madeleine.
- Qu'importe ? Tout est tari maintenant, de toute manière.
- Nous sommes en danger de perdre la mémoire. Je vais faire quelques passes. Tout est lié.
- Tout est lié, répondirent le Père Benoît et la Sœur Marie-des-Eaux qui connaissaient le salut mémoriel. Le novice avait ouvert des yeux comme des soucoupes. Il comprenait enfin pourquoi la chiffonnière le troublait autant.
- Je m'appelle Euphrasie Pierron et voici mon histoire : je récupère des chiffons pour en faire des robes que je revends. Des robes chargées d'espoir et de promesses, des robes qui portent tout un passé. Je vous guide à travers les forêts pour un peu d'argent et parce que je vous aime. Tout est lié."
Elle mit sa main en crochet, chaude et serra celle du novice, froide. Une énergie passa de l'une à l'autre, réminiscente.
" Je m'appelle Sœur Marie-des-Eaux et voici mon histoire : le son de l'eau courante me rassure. Cela m'évoque la vie et la pureté qui continuent à se trouver un chemin, malgré tout. Tout est lié.
- Je m'appelle Père Benoît et voici mon histoire : mon frère est décédé lors de son entraînement à l’exorcisme dans les forêts limbiques. Quand je l’ai retrouvé, il était mort depuis longtemps et les escargots mangeaient son visage. Je n’ai plus du tout été le même depuis. Tout est lié."

Il fixa la Madeleine avec ardeur, l'air de dire : "J'en ai donné gros, à ton tour."

"Je m'appelle Madeleine Soubise et voici mon histoire : j'ai profité que j'étais dénouée et j'ai poussé ton père dans la fosse à purin, mon petit. J'ai pas commis de péché puisqu'on voudrait me le reprocher. J'ai juste débarrassé la terre d'un blasphème. Mais maintenant le grand-père et la Mère Truie en ont après nous, c'est sûr. Et j'ai pas le sentiment qu'on ait mis assez de champ entre eux et nous. Tout est lié.
- Je m'appelle Po... po... po... Hippolyte Soubise et ma part de quiche me manque.

"J'ai une autre question, c'est important de vous la poser. Vous rappelez-vous vous de la raison du voyage ?
- Mettre la Madeleine et l'Hippolyte à l'abri à Xertigny, clarifia le Père Benoît.
- Tenter de vous faire confiance, ajouter la Madeleine.
- Essayer d'oublier papa, fit l'Hippolyte.
- Fuir mes responsabilités, termina la Sœur Marie-des-Eaux. Jacqueline avait plus que jamais besoin de moi, et je l'ai abandonnée. Je l'ai abandonnée aux mains de celle qui abusait d'elle."

Ils dormirent ensuite quelques heures, enterrés vivants sous des tombereaux de nuit.


10 d'Opprobre
Saint-Ghislain
Jour du Tournesol dans le Calendrier Républicain

Image
Arrow and Orb, par Bad Braids, un chant féminin folk, intime et wiccan.

Le Père Benoît sentait une main fouiller dans les replis de sa chair, il se sentait enfant.
"Debout, fit l'Euphrasie.
- Hein ? Quoi ? Il est encore nuit brune ! Je croyais qu'on était en sécurité ici.
- Vous devriez savoir que les bénédictions ne durent guère plus longtemps qu'un signe de croix. Il est temps de lever l'ancre."

Et donc ils reprirent leur pélérinage, foulant des pieds la terre saprophyte, fumier de mort, cimetière à ciel ouvert des êtres et des choses. Au loin, à travers des couches et des couches de maquis et de vallées, vibrait le brame du cerf, en vagues mugissantes annonçant le pinâcle du rut, cri de vie aux accents de râle.

Dans ce monde sans couleur, le brun de la nuit n'était plus qu'une nuance, une crémation, un fauvisme au cours d'une marche qui n'était plus qu'instinct, puisqu'à trébucher dans le passé, il n'y avait plus nulle part où aller.

L'Euphrasie les intima de s'arrêter car on s'était trop enfoncé en territoire inconnu. Les arbres étaient grêlés de schrapnels et des mines bossuaient le ventre de la terre, carcasses rondes aux antennes tendues, noirs coléoptères de mort. La Sœur Marie-des-Eaux exigea qu'on avance, la Madeleine et la Père Benoît resserrèrent leur étreinte sur lui, refusant.
"Lâchez-moi, ou je vous plante !, fit-il, toutes griffes et opinel dehors."

Il s'effondra dans l'humus, et rampa au milieu du champ de mines. Cela ne pouvait que deux endroits, pour deux êtres chers à son cœur. Douaumont... ou la Ligne Maginot.

Emergeant de derrière un aulne, elle parut. Plus jeune que dans son souvenir. Un foulard lui couvrant la tête et une kalachnikov en bandoulière. Les mains tendues et le visage serein.

"La Madone ! La Madone à la Kalach ! Ainsi tu es revenue ! Ne me laisse plus ! J'ai besoin de ta lumière."

Elle lui souriait alors qu'enfin traîné jusqu'à elle, il lui baisait les mains et les pieds.

"Je sais à quel point elle compte pour toi, dit l'Euphrasie d'une voix tremblante. Mais on peut pas l'emmener avec nous.
- Quoi ? Non !
- On... On peut pas emmener les morts.
- Repoussez-là comme vous l'avez fait avec le spectre de Champo, ordonna le Père Benoît.
- Je peux pas. Champo, c'était facile parce qu'il avait le même abandon que son modèle. Mais contre les autres, je suis pas forte assez." Et la face de la Frazie était si blême de peur qu'elle les aurait aussi bien éclairés que la tête de Saint-Denis.

Marie mettait les doigts dans les plaies de la Madone. Il s'y aggrippait, pleurant toute les larmes de son corps, alors que le Père Benoît le tirait de force en arrière, le crucifix autour du cou, braillant des imprécations pour que la Madone ne les suivit pas.

Il attendit qu'ils soient bien éloignés pour sermonner le novice :
"Vous me devez une fière chandelle. Vous n'aviez rien à espérer de ce fantôme du passé.
- Je me passerai de vos commentaires. Ne croyez pas que j'ai oublié. Je me rappelle bien à qui je dois la mort de ma maîtresse. Je me rappelle bien à qui je dois d'avoir été intégré de force dans les ordres, puis dans l'exorcisme. Et je ne vous ai pas pardonné. La Madone était porteuse de liberté et ça, vous ne pouviez pas le supporter."


Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1576
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LA MÉNIE HENNEQUIN

Au cœur du voyage, alors que tout devient de plus en plus surnaturel, on se livre, on s'aime et on se chamaille.

(temps de lecture : 8 minutes)

Joué / écrit le 02/06/2020

Jeu principal utilisé : Oriente, perdre ses repères en traversant la forêt de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Johann Wilhelm Cordes, domaine public

Contenu sensible : aucun


Passage précédent :

27. L'inatteignable lumière du pardon
Dans les forêts limbiques, la vie marche aux côtés de la mort, et même les plus lourds passés remontent à la surface.


L'histoire :

Image
Hexerei im zwielicht der finsternis, par Aghast, une messe noire dark ambient aux accents de sorcellerie menée par la voix spectrale d'une incantatrice droite venue des forêts limbiques

Comme un fumier jamais retourné, l'humus dégageait une puissante odeur de fermentation, occupant dans les sens l'espace laissé vacant par le silence. Dans ses entrailles grouillaient les mille et une vermines de la terre, vers, cloportes, scolopendres, les choses pâles qui se nourrissent des charniers. Les corps qui remontaient avec peine, portant sur leur échine toute la fatigue du voyage, et toujours devant, piétinant les orties et les fougères, l'Euphrasie. Ce qu'il y a de plus oppressant avec un guide, c'est qu'il vous tourne toujours le dos, sauf lors des rares pauses qu'il accorde.

"Qu'est-ce que tu tailles dans cette bille de bois blanc d'aulne ?, demanda la Sœur Marie-des-Eaux
- C'est une surprise.", répondit l'Euphrasie.
Le novice sentait entre lui et son guide un lien qui les unissait au-delà du simple voyage. Ils étaient reliés par des vrilles et des tiges invisibles, qui se resserraient jour après jour. Alors il observait la chiffonnière, dans l'espoir que la contemplation percerait ce mystère. Il en oubliait de prier et même de réciter l'Apocalypse. Le Père Benoît était trop fourbu pour le reprendre. Il n'était pas habitué à marcher autant.

"Je commence à oublier Les Voivres. A quoi ça ressemblait, et qui y vivait, fit la Madeleine.
- Et ça vous fait de la peine ?, s'enquit l'Euphrasie.
- Non, ça me fait du bien."

Ils furent interrompus par un fracas de tous les diables, une trouée de cris aigres et le tumulte des branches cassées. Ils levèrent tous le nez au ciel et la forêt glutineuse que formait les nuages, pour y voir une nuée de corbeaux la strier en noir. Ils étaient des milliers, leur passage dura une éternité, et l'aube se fit nuit. C'était un rappel : l'homme n'avait plus le pouvoir, les animaux sauvages étaient légion.

Le Père Benoît s'était allongé dans les feuilles mortes pour se reposer un brin, et c'est depuis cette position qu'il regardait le vol, curieux et inquiet à la fois.

Il chercha sa valise du plat de la main et ne la trouvant pas, se tourna sur le côté. Elle était un peu plus loin. Dans la gueule d'une ourse ! L'animal le dévisagea un instant. Ses poils étaient crottés, tout en paquets. Puis elle fit demi-tour, lui montrant son cul et ses mamelles, et courant dans les boqueteaux.

"Ma valise ! Il faut la récupérer !
- On ne va pas se mettre dans les pattes d'un ours !, fit l'Euphrasie.
- Oh que si, par Jésus-Cuit ! Il y a tout le matériel pour dire la messe et les exorcismes ! On n'a qu'à lui laisser un peu d'avance et suivre ses traces !"


Image
Ventre, par G-Nox, entre dark ambient, noise et musique concrète, le son humide des profondeurs intestines et sans âge.

Ils partirent donc en chasse, aussi vite qu'ils purent. Le Père Benoît portait le novice sur son dos, la Madeleine poussait derrière. L'Euphrasie n'en menait pas large. "On s'en vient dans le domaine des horlas." Les frondaisons se refermaient sur eux comme une panse, au milieu des bruits de bouche et de vessie que faisait la forêt. A mesure on s'enfonçait dans des cavitées arborées de plus en plus profondes, d'abord les trembles fait du même bois que la vraie croix, puis les saules courbés comme des baugeottes vivantes portant tout le deuil du monde, puis l'enchevêtrement des chênes, des sapins et des ronces, enfouis dans la litière fumante de décomposition. De loin en loin, des affuts abandonnés, tentes de branchages autour des troncs, dénotaient une présence humaine d'un jour.

Un croassement sonna l'hallali, suivi de mille brames de cors aux sonorités d'arbres creux.
"On nous poursuit ! C'est après nous qu'ils en ont ! Courez !", cria l'Euphrasie.

Des jappements de loups, par lourdes grappes, annonçaient une meute à leurs trousses. Le fracas d'un orage sec, comme un effondrement du ciel, les accompagnait, ainsi qu'un galop d'ongulés.

Leur guide avait dévissé, déjà elle zigzaguait au hasard dans les taillis.
"Les empreintes de l'ourse ! J'aurais dû m'en douter ! Revenez, Frazie ! Il faut suivre les empreintes !"

Elle répondait pas !

"Nom de Vieux de l'Esprit-Chou !", gronda le prêtre. La Madeleine, vous veillez sur Marie et sur Hippolyte !
Il fit preuve de ses rares accélérations que l'extrême nécessité justifie, et plongea dans les griffes des auberpines pour ramener l'Euphrasie par la peau du dos.

Ensemble, ils remontèrent la piste aussi vite qu'ils pouvaient. Le Père Benoît trébucha sous son fardeau, la Madeleine les relevait... On entendait les bruissons écrasés par la course de la meute et des cavaliers lancée à leur cul.

Au dernier moment, ils débouchèrent sur une clairière. L'espace d'un instant, le prêtre crut voir une silhouette en robe. Mais non. L'ourse avait posé la valise sur un gros rocher. Elle leur grogna dessus, puis tourna définitivement les talons.

Le bruit de la chasse sauvage avait cessé. Le soleil au zénith semblait être au nadir.

"On avait la Ménie Hennequin sur le dos", siffla la Sœur Marie-des-Eaux.

Le Père ouvrit la valise, tout y était à sa place. Il bénit le rocher, et y construisit une petite chapelle avec des rondins, des branchages et des feuilles.

"Qu'est-ce-qui vous a fait dire ?, demanda l'Euphrasie.
- La légende de Saint-Ghislain, répondit le Père Benoît. Mais tout ce folklore des saints qui manifeste à notre porte, c’est pas naturel : on y croit trop fort, comme des païens.
- Parlez pour vous, je ne suis pas croyante, même si je reconnais à la religion un pouvoir sur les choses.
- Alors, c'est pour ça que vous avez quand même employé des prières pour révoquer Champo.
- Oui, parce que la religion a du pouvoir : celui qu'on lui accorde. Mais pour moi, son pouvoir est limité car je sais que le Vieux n'existe pas, qu'il est mort et enterré sous le fumier depuis longtemps. C'est pour ça que je ne peux révoquer rien de plus gros qu'un spectre paisible comme celui de Champo. Votre foi, c'est votre fardeau, mais c'est aussi votre chance, contre les horlas et contre la sorcellerie."


La troupe se traînait lamentablement, jusqu'au crépuscule. La Sœur Marie-des-Eaux tentait de se faire aussi léger que possible sur son matelas de chair qui le portait et posait sans cesse le genou à terre. On était dans un massif de conifères, que traversait la ligne de chemin de fer, dont des écailles de rouilles recouvraient les rails. C'était signe que Xertigny était proche. La Madeleine n'avait pas pipé mot depuis un moment. L'Euphrasie la guettait. Alors qu'ils bivouaquaient dans une casemate de garde-barrière remplie de baliveaux, elle vit la fermière avaler des gomphides, champignons visqueux à la chair blanche, au chapeau noir luisant. Elle se jeta sur elle et lui fourra aussitôt deux doigts dans la bouche pour la faire vomir de force.

"Qu'est-ce qui vous prend ? Ces champignons sont ultra-radioactifs et ils provoquent l'oubli.
- Keu-heu, theu... Je sais très bien ce que je fais, sale marchande de chiffons, sorcière des bois !, répondit la Madeleine, rouge comme une forge. Herk... C'est bien l'oubli que je recherche ! Oublier la jeune femme naïve que j'étais quand le fils Soubise est venu voir mes parents, et me demander ma main parce qu'on avait le plus gros tas de fumier du village ! Oublier tout ce qui s'est passé avec lui dans la ferme de la Mère-Truie ! Oublier tous mes enfants qui sont morts ! Oublier que le Grand-Père Soubise est à nos trousses !
- Vous pouvez pas faire ça, je vous l'interdis, vinrat ! Vous yoyottez complètement ! Vous devez garder la tête froide... Pour l'Polyte !
- Foutez-moi la paix. J'ai pas demandé à être aidée. J'trouve que c'est encore pire depuis que vous tous avez voulu jouer les bons samaritains.
- Je t'emmerde. Prends-toi en main ma guéniche ou c'est par la peau du cul que je traînerai à Xertigny."

On tira une croix sur l'incident et la troupe tenta de dormir. Au-delà, c'était les mille étangs. "Le territoire des Culas.", siffla l'Euphrasie. On en voyait la vapeur monter.

Les cris d’animaux nocturnes, empesés par la peur d’être entendus par la mauvaise personne.

L'Euphrasie montait la garde, devant un feu attisé au minimum. Appuyé sur un coude, la Sœur Marie-des-Eaux l'étudiait. Leur guide avait fini de tailler une boule de bois. Maintenant, elle peignait dessus. Le novice était hypnotisé par les ombres que jetait le feu sur son visage à nul autre pareil, et sur son regard outrevoyant.

"Euphrasie... J'ai bien réfléchi sur la question des horlas. Le Père Benoît et vous-même semblez leur attribuer à tous une nature maléfique. Mais je pense que certains sont bons. J'ai même aimé l'un d'entre eux.
- Méfiez-vous, Marie. Votre compassion vous perdra." Elle se rapprocha d'elle avec sa boule en main. Elle sentait la cendre et l'ail des ours.

"Euphrasie... Et si les forêts limbiques n’avaient pas de fin réelle ? Et si le monde entier était un purgatoire ?"

"J'ai fait ça pour vous, Marie."

Elle ouvrit sa paume, révélant le dessin sur sa boule. C'était un oeil de bois. Elle l'approcha du novice. Il lui bloqua le poignet, respirant par à-coups. Mais il céda, son étreinte se fit molle. Avec précautions, la chiffonnière délaca le cache-oeil avec son crucifix et son mandala. Il passa son doigt dans l'orbite. La Sœur Marie-des-Eaux en eut des spasmes qui trahissaient une sensation impossible à définir. Puis elle lui enfonça la boule de bois dans le creux, lentement, avec des gestes de cérémonie.

La Sœur Marie-des-Eaux plaça sa main sur la nuque de l'Euphrasie. Elle se laissa faire. Elle passa ses bras sous ses aisselles et la redressa sans peine de quelques centimètres, le novice ne pesait rien. Il l'embrassa avec toute la fougue de ses dix-sept ans, une communion de lèvre à lèvre, de langue à langue, de dent à dent, aux épices d'interdit.

Derrière eux, des tournesols de minuit s'épanouirent de toute leur hauteur, cherchant la lune. C'était l'heure des miracles clandestins.



Lexique :

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) :
Pour cet épisode : 1727 mots
Total : 54240 mots


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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LE THÉ NOIR DU SOUVENIR

Où les aventuriers humains et artifices prennent ensemble le riz dans un foulard et boivent le thé noir du souvenir qui les plonge dans Little Hô Chi Minh Ville. Un récit et un enregistrement de partie par Claude Féry, qui poursuit la campagne Les Brimbeux

(temps de lecture : 6 min)

Le jeu : Dégringolade, un jeu de rôle Millevaux pour accepter l’oubli comme condition essentielle au bonheur, par Claude Féry

Joué le 31/03/2019

Lire/télécharger le mp3
Lire/télécharger la préparation

Image
Breki74, cc-by-sa, sur flickr

Nous avons joué hier, mais, tu t'en doutais probablement, nous n'avons pas joué l'ensemble de ce que j'avais prévu.

Le jeu de questions a produit son effet et nous avons pris le thé amer du souvenir en mangeant une mesure de riz.

Nous avons joué la scène de ronde et de réconfort avant celle de la rencontre avec Couleurs des Morts, en introduisant des réminiscence de Little Hô sur fond de musique traditionnelle japonaise.

Ce moment fut une réussite.

Ils avaient faim et la scène suivait un Black out consécutif à une scène violente.

Nous nous sommes arrêtés sur la rencontre qui coïncide avec le retour de Nalion et du robot qui a détecté une présence hostile et Horace-Pierre qui sent le souffle du Roi Orignal sur sa nuque.

Au bilan Xavier m'a gratifié d'un 19,5 sur 20. j'ai perdu mon demi point avec le partage de la crainte de Henri Fromage (le monstre d'asticots, beurk).

Mathieu a trouvé la session plus riche et plus intense que les précédentes.

Gabriel a répondu à mon questionnement sur l'effet de la surexposition de la surnature dans ma pratique et considère que c'est une caractéristique millevalienne qui ne s'émousse pas. [suite à un commentaire de Claude au sujet d'une présentation de Millevaux par Talmo : "Le présentateur indique n'avoir jamais rencontré de horla dans la campagne qu'il joue avec toi [Thomas]. Pour ma part la surnature et les horlas sont très présents à ma table. Je repense au préambule d'Itras By qui recommande de n'introduire les éléments surréalistes par petites touches. Mon choix de surnature et d'égrégore omniprésents a sans doute amoindri les effets de leur surgissement. La dimension horrifique s'est vue amputée d'un grand potentiel.]

Mathieu considère que sa réponse en terme de surnature lors de la session précédente (le cerf bouge) illustre la transmission de cette préoccupation esthétique au raisonnement tactique de la joueuse.

Un bilan très positif de mon point de vue.

1h35 de jeu. 10 minutes du témoignage audio nettoyées, j essaierai de te transmettre cela assez rapidement.

Image
Photo : Claude Féry, par courtoisie


Commentaire de Thomas sur le compte-rendu écrit :

A. Quand tu dis que Gabriel trouve que la surnature est une caractéristique millevalienne qui ne s'émousse pas, tu veux dire qu'à ses yeux, l'émerveillement / peur demeure malgré le surgissement fréquent d'éléments surnaturels ?

B. Pour réagir de mon côté, je dirais que Talmo, le chroniqueur, a la mémoire sélective quand il dit ne pas encore avoir rencontré de horlas dans les parties de Millevaux que je lui ai maîtrisées. Il a pourtant rencontré quelques créatures ni vraiment humaines ni vraiment animales. Mais quelque part, on peut dire que s'il déqualifie ces rencontres du terme de horlas, c'est par peur de reconnaître l'indicible. Le horla est hors du langage, hors de la qualification. Quelque part on peut supposer que la plupart des gens évitent ce terme, et retraduisent leurs rencontres sous des termes plus acceptables : "animaux sentients", "monstres", "ogres", "mutants" ou "choses" permettant de rendre l'expérience soutenable et transmissible.

Image
équation de l'attracteur d'edward lorenz


Claude :

A. Oui tout à fait.

B. Ce que tu évoques là est précisément ce qui me préoccupait.

Je m'efforce de me détacher le plus possible d'une galerie de monstres, pour proposer une rencontre avec une autre forme de _ _ _ qui puise dans la surnature.
Et sur ce point précis, Mathieu et Gabriel m'ont rassuré sur le fait que chaque confrontation demeurait singulière.

Je pense que la recommandation de Ole Peder Giaever est pertinente pour le cadre surréaliste et pointilliste d'Itras By, ou dans le cadre d'un jeu d'horreur d'inspiration Lovecraftienne, mais cesse de l'être pour Millevaux.

A cet égard Infloritras propose une proportion de surréalisme plus importante que celle préconisée par ses auteurs.

Je pose donc comme hypothèse que le horla, sans être omniprésent de fait, doit planer dans les consciences, comme le manifeste de la surnature, dont une part non négligeable réside dans les tabous et les craintes des populations de survivants. Ils s'épient, se jaugent, se craignent et alimentent le flux d'égrégore.

Merci pour tes précisions.

J'ai confusément conscience que mon hypothèse, en l'état actuel de sa formulation, est encore incomplète.


Commentaires de Thomas sur la préparation :

A. Les listes de questions font beaucoup penser à Little Ho Chi Minh Ville

B. Comment utilises-tu cette préparation ? Ce sont des fiches pour toi Confidente, ou est-ce que tu les découpe pour les distribuer aux joueuses afin qu'elles répondent aux questions quand bon leur semble (en échange ou non d'une récompense quelconque) ?

C. Je pensais que tu avais prévu de transposer l'action dans Little Ho Chi Minh Ville mais en fait on dirait plutot que c'est Little Ho qui va contaminer les Hauts de France des Brimbeux et des Glaneurs

D. Intéressant que tu mélanges les feuilles de personnage de La Conscience du Fer-Blanc avec des aspects propres aux artifices de Little Ho

E. Que signifie "As-tu été fulguré pendant le voyage dans la tourbière" ?

G. Le golem de vers que tu nous mets en lien est particulièrement flippant :) http://www.terresetranges.net/forums/vi ... 323#p18323


Réponse de Claude :

A. J'en suis ravi. C'était l'idée.
Nous sommes dans l'Oise aux pieds du Mont Pagnotte pour Les Brimbeux
Mais pour les glaneurs ils remontent le cours de rivière morte vers Amas ferraille / Azeraille en Moselle.
Dégringolade propose de vivre la libération de quelques membres de communauté sédentaires qui ont choisi de s'ancre dans les décombres du temps jadis et de vivre confis dans la réinterprétation de leurs souvenirs inventés (au sens archéologique)
Nous nous rapprochons donc imperceptiblement de la forêt noire.

B. Ce sont mes agendas, ceux de La Confidente /Forêt.
Mais si Xavier et Mathieu ont trois personnages, Gabriel n'en a que deux.
Je lui proposerai donc soit Horace Pierre le petit frère de Léo qui a vieillit et qui a maintenant 30 ans ou Dragon. Je lui passerai alors la feuille de route correspondante.

C. Oui et non. Je ne sais pas encore. Ce seront les réponses à la question Es-tu un artifice qui nous fixera
Les glaneurs sont-ils des artifices en rupture de banc échappés de Little Hô ou la gangrène des souvenirs induite par 1) l'orage sec d'égrégore / 2) les tanins diffusés par le Roi Orignal les a égaré aux franges de Little Hô

D. Mathieu jouera sont personnage de robot dans l'esprit du Château dans le ciel. C'est son cadeau de Noël tardif et surprise. Les Robots est par ailleurs sont livre de chevet. Il a choisi de protéger Nalion, son fils présumé poursuivi par le Roi Orignal qui traque les sans âme, accompagné de son nouveau disciple qui a répandu son verbe auprès des buveurs de pluie, Léo.
Mathieu devra protéger avec son robot Nalion, sauf s'il comprend que Nalion est d'une autre nature, pas un homme mais un artifice il devrait alors protéger les enfants et donc Léo
Mais peut être a t il été fulguré qui est qui ? Qui est quoi ?
Mathieu jouera le robot avec la conscience du fer blanc, Nalion avec Dégringolade ou Little Hô selon ses réponses

E. tout l'épisode huit est un fait divers détourné de 2017. Des survivants, les fulguré d'Azerailles traversés par la foudre d'un orage sec
Les joueuses peuvent choisir cette réponse aux désordres qu'ils souffrent et former une ronde de communiants autour du tronc du vieux saule foudroyé du puits aux âmes et ré écrire leurs souvenirs

F. Certaines questions sont communes et la réponse de l'un interroge l'autre
Un peu comme ce que tu proposes dans Little Hô avec probablement l'ultra violence en clôture

G/H je l'ai glané dans la communauté LOTFP et j'ai trouvé un axe pour Gaster mon ami Totoro devient mon ami Cthulhu

CDE I Les décors sont ceux évoqués dans ma préparation précédente
La zone de pêche de souvenirs et la cérémonie du thé doivent constituer la cérémonie de guérison, comme dans une voie Navajo chère à Tonny Hillerman Saule, couleur des morts est la guérisseuse.
Il partagerons aussi un riz enmailloté dans un foulard khmer (que je préparerai pour la partie et servirai) et nous évoquerons alors les souvenirs troubles de la petite vendeuse étrangère de rouleaux de printemps (la Gaude, Saule ?) et La Ville (Dégringolade / Itras / Little Hô)


Réponse de Thomas :

A. Note que si tu sens que ce sera trop long de faire jouer le voyage jusqu'à Little Hô, un raccourci par les forêts limbiques est toujours envisageable

F. Ceci répond à pourquoi plusieurs personnages ont les mêmes questions.

Merci pour toutes ces précisions ! ça promet !


Claude :

A. ok Ma version de la forêt limbique prendra probablement la forme de l'équation de Lorenz pour coller à l'esprit de Mathieu


Thomas :

A. Mes connaissances en physique chimie sont trop anciennes pour que l'équation de Lorenz me parle. Peux-tu expliquer en quoi tu relies ça aux forêts limbiques ?


Claude :

A. C'est la théorie de l'attracteur qui sert de base en tant que fonction au développement des systèmes de modélisation météorologique et c'est la base fondamentale de la théorie du chaos.
Ou pour moi comment des êtres physiquement éloignés entretiennent des relations ou s'influencent mutuellement dans leurs réalisations pour finalement se rencontrer
Et dans ma partie former une ronde


Retour de Thomas après écoute :

A. Le début est vraiment flippant entre les bruits d’animaux et les murmures / déclamations de Gabriel en fond

B. Sympa de chatouiller Xavier pour émuler les puces

C. Xavier / Gaster, en tant que répurgateur, est particulièrement sombre sur cet épisode:)

D. La mécanique des questions posées aux personnages marche à plein

E. Le fait de prendre le thé et le riz ensemble confère une dimension rituelle à la partie, et donne lieu à une véritable téléportation / fusion vers Little Hô Chi Minh Ville

F. Je me demande comme Gabriel va concilier les lois d’Asimov et ce qui caractérise les artifices de Little Hô (qui n’obéissent pas forcément aux trois lois)

G. Sympa la fin en cliffhanger sur l’arrivée du roi du bois


Réponse de Claude :

F. Mathieu était très investi dans la session. Le robot était pour lui un attracteur de grande puissance.

G. Dommage que je n'ai pas transformé l'essai
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