[CR] Millevaux et autres jeux Outsider

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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

L'HEURE DU RÉVEIL

Suite de la campagne À la poursuite de la révolution, où un maelstrom de folie ambiante s'empare de la ville ! Un récit par Gudrun.

(temps de lecture : 18 minutes)

Le jeu : Little Hô-Chi-Minh-Ville, du panasiatique-dystopique-biopunk par Thomas Munier

Joué en août 2020

Image

Jonathan Van Smith, cc-by-nc-nd, sur flickr

À la recherche de la révolution - épisode 2 (voir ici épisode 1)

--->attention si vous êtes sensible vis à vis du gore, du sexe avec les robots et des meurtres gratuits, ceci peut vous mettre mal à l'aise<---

Après avoir donné la chronodrogue au médecin vampire, Cetan se dit qu'il est temps de rendre une visite au boss de « nouilles bien cuites ». Pour ça il faut qu'il trouve l'arbre géant où il se cache.

Il escalade les restes branlants et rouillés d'une vieille grue. De là haut, il peut observer little-hoh avec précision. Une pluie cancérigène s'abat sur les immeubles. Les oiseaux-horlas volent dans la brume toxique au dessus de lui, sous forme de larves stellaires. Et en bordure de la ville, il aperçoit une gigantesque construction à la minecraft : un énorme arbre modélisé par informatique.

Il s'enfonce dans le dédale de ruelles crasseuses de la ville pour atteindre l'arbre. Mais en chemin il tombe sur un type des bras d'aciers avec imper noir et lunettes noires. Le type lui met un coup de pression, il le soupçonne de se rendre en bordure pour quitter la ville. Cetan se casse par une petite ruelle, le type sort un gun et fais un tir laser qui lui traverse l'épaule. Notre techie, mal en point, se ramasse la gueule dans une pente de boîte de conserve périmée et fini dans un genre de fosse pleine de rats. Le bras d'acier le laisse pour mort.

Cetan ressort du trou et se dirige vers l'arbre. Une fois là-bas, il utilise son pouvoir d'altération de la réalité pour générer momentanément un escalier pixellisé. Les blocs de pixels s'entrechoquent et l'escalier se forme. Mais ça a probablement alerté les occupants de l'arbre. Cetan monte des escaliers dans des salles sans éclairage à l'intérieur de l'arbre. En haut d'un escalier, il aperçoit une grosse fougère avec des pattes insectoïdes qui lui parle dans sa tête. 
-qu'est ce que tu fais là Cetan ?
-je suis venu tuer le boss
-Non Cetan. Tu ne pourras pas. Nous sommes trop puissants pour ça. Par contre, tu peux sûrement travailler pour nous
-Non c'est impossible. Nouilles bien cuites a fait trop de mal à ma famille, je ne peux pas. Attend une minute, j'ai une famille moi ? (Cetan a oublié l'existence de ses parents dans l'épisode précédent)
-ta vraie famille maintenant c'est nous.
Le sol, le plafond, les murs et l'escalier, se révèlent alors intégralement couverts de fougères aux pattes insectoïdes. Cetan est pris dans une nuée de horlas. Il se génère un gun avec son altération de la réalité, mais le gun est peu consistant, il freeze et clignote. Le techie tire dans tous les sens sur les fougères. Il se taille un chemin en tirant des rafales de balles et court dans l'escalier, poursuivi par la nuée de fougère insectoïdes.

Il débouche en bas d'une sorte de grand conduit. Autrefois un rayon antigrav permettait de monter tout en haut, mais la commande est bouffée par les ronces. Pendant qu'une fougère lui mord le bras, Cetan fais une réparation express et parvient à relancer le rayon antigrav. Il échappe aux fougères et monte dans les étages suivants. Il arrive dans une sorte de bureau. Au dessus de sa tête un gigantesque crâne de dinosaure avec une échelle qui rentre dans la bouche. Il se dit que s'il était un grand méchant il aurait sûrement un bureau comme ça. Mais c'était un piège ! Une fois qu'il est rentré le crâne se referme sur lui. Il se retrouve coincé dans une petite cavité qui diffuse du gaz, épié par des caméras de surveillance.
-services des ressources humaines de « nouilles bien cuites » bonjour, quelle est votre requête ?
-je suis venu tuer le boss. 
- requête refusée. Mais je vous le passe.
La voix change
-Hey Cetan, salut champion ! Alors comme ça tu es venu me buter... En soi je comprend, c'est bien normal. Mais ça me paraît pas une bonne idée, même pour toi. J'ai une offre à te faire. Elle tient en trois points. Le premier point est plus un point pour t'aider à réfléchir.
Un écran avec l'appart de Chan-po (pote communiste de Cetan) se matérialise.
-L'appartement de ton ami est entièrement dynamité. Je n'ai qu'un clic à faire pour que tout explose. C'est juste pour t'aider à réfléchir. Le deuxième point c'est à propos de ton histoire de communisme. C'est mignon les rêves d'ados comme ça, mais il faut que je te dise quelque chose : le communisme n'est pas exactement ce que tu crois. Quand tu réveilleras Soleil Rouge, sache que cela réveillera du même coup le démon majeur Azatoth. Ce sera peut être le communisme 2 ou 3 minutes, avant qu'Azatoth n'absorbe la ville. Mon troisième point est donc une solution : oublie Soleil Rouge, vient bosser avec moi, dans mon arbre, partage moi toutes les infos que tu as glanées et je te protégerais des autres types avec qui tu as un contrat.
-oh. Hrm. Laissez moi le temps de réfléchir.

Cetan s'assoit au sol. Il va dans son palais mental, une vieille tour médiévale avec des pigeons voyageurs monstrueux sur les créneaux. Il chope un pigeon et s'en sert comme d'un téléphone. Il appelle Hassam. Il lui demande de s'infiltrer en loucedé dans l'appart de chan po avec un ordi et de suivre ses directives à la lettre. 

-Si vous souhaitez réfléchir à mon offre, montez là haut.
Une trappe s'ouvre qui mène vers une autre salle. Cetan y va. Il se retrouve dans une salle pleine de coussins et d'androïdes mâles et femelles complètement nu.e.s. Toutes et tous sont très beaux et l'invitent à venir s'ébattre avec elleux pour réfléchir. Les androïdes déclenchent des sons pornographiques autours de Cetan. Au téléphone hassam entend les bruits
-Mais, cetan, t'es dans un bordel ?
-non non c'est pas ce que tu crois, hrm

Cetan est dans une situation très compliquée, il doit dicter des lignes de codes à hassam alors que des androïdes magnifiques lui font des câlins très torrides. Sur les créneaux du palais mental, le pigeon monstrueux gerbe un asticot qui vomit une mouche, celle-ci sort un minuscule mégaphone et dit « c'est bon » (Hassam lui réclamera le paiement plus tard). La dynamite de l'appart est désactivée. Mais Cetan chope une vérole mentale : à l'intérieur de la tour, il y a pleins de poster avec des filles nues. Et les posters lui parlent.

Cetan crie "JE REFUSE VOTRE OFFRE"

Cetan se met à courir dans le premier couloir venu pour essayer de trouver le bureau du boss. Les androïdes nus deviennent des mélanges entre des gens magnifiques et des énormes tanks. Cetan riposte contre les tanks et fais 12 pile. Quelque chose d'incroyable se produit alors. 

Soudain, les tanks sont des T-34 de l'armée rouge, les androïdes deviennent communistes. 
-nous t'aideront dans ta tâche

Ils débarquent dans le bureau du PDG des nouilles bien cuites. C'est une femme, coréenne, avec une coupe au carrés qui fume des dollars comme des cigares.
-Je suppose que si vous débarquez en arme dans mon bureau c'est que la dynamite chez Chan-po est désactivée. Bon. Je tiens simplement à préciser que j'ai une ogive nucléaire dans le cœur.

Cetan et les tanks-gens-à-poil tirent dans tous les sens et Cetan chope une vérole physique : il fusionne avec les autres, son apparence se modifie. Il a désormais une fille à poil dans le dos et un tank T-34 de l'armée rouge sur le torse. Mais la tête de la PDG explose.
Son corps tombe.
Les filles sur les posters dans son palais mental crient « ATTENTION L'OGIVE VA EXPLOSER ! »

Cetan rattrape la PDG en douceur et tente de désactiver l'ogive. Il se plante et tout explose.

Pendant ce temps, Chan po bouffe des nouilles dans son appart. Il cherche de la sauce soja dans ses placards : il s'aperçoit que ces derniers sont blindés de dynamite. Puis il se retourne et voit un énorme champignon atomique aux abords de la ville.

Il n'y a plus d'arbre. Des pixels jonchent les pentes d'un immense cratère au fond duquel gît le corps de Cetan.

L'esprit de Cetan erre dans la Ruche au milieu des chats qui chient des arc en ciel et des bouches qui crachent des dollars. Il faut qu'il parvienne à entrer dans un palais mental pour demander à quelqu'un.e de venir le ressusciter. Il échoue à entrer dans les palais de Hassam et Chan-po mais parvient à entrer chez Cheza. Son palais mental est un appart jonché de paquet de pizza. Cheza est en train de faire un jeu vidéo. Les explications de la situation sont un peu laborieuses. Cheza demande à Cetan si il veut une tisane, et elle demande aussi à la fille greffée dans son dos. Les deux en veulent. Sous un paquet de pizza elle sort un réchaud de camping et prépare une tisane.

Ensuite Cetan observe Cheza qui va retrouver son corps à travers une vitre crasseuse du palais mental. Elle arpente les rues. Cheza arrive au cratère, des larves stellaires tournent autours du corps de Cetan comme des vautours. Elle en flingue un ou deux et traine le corps en dehors du cratère rapidos. Mais avec la fille + le tank c'est super lourd, et les larves sont pas loin. Il lui faut de l'aide. Un type avec une charrette est en train de ramasser des pixels. Elle le convainc de transporter Cetan jusque chez Hassam et lui promet qu'il sera payé.

Hassam est formel : la seule manière rapide et efficace de le ressusciter c'est de demander aux lazaréens d'en faire un zombi. Leur église est juste à côté. Ensuite une mouette-monstre s'écrase sur la vitre et Cetan ne voit plus rien.

Puis on incante des trucs et Cetan revient sous forme de zombi (toujours avec le tank et la fille greffés à son corps). Il est allongé dans un pentacle au milieu de l'église des lazaréens. Quelque part derrière des colonnades on pratique visiblement des sacrifices humains. Tout le monde est autours du pentacle et réclame des coûts.
Les lazaréens veulent qu'on leur amène le sceptre de St Jean-baptiste avant l'avènement du grand matin rouge. Tant que ce sera pas fait ils auront une petite bougie et il leur suffira de la souffler pour tuer Cetan. Hassam lui chuchote qu'il voudrait avoir le sceptre avant juste quelques minutes pour graver des runes dessus. Le charretier voudrait un poumon. Cheza a juste fait ça par amitié et ne réclame rien en échange.

Cetan a du pain sur la planche.

Il va faire d'une pierre deux coups. Si la femme que Hassam a engrossé ne doit jamais accoucher, autant que ce soit la même qui perde un poumon. Cetan débarque dans un appart avec une énorme flaque de pisse. Au centre, une femme enceinte nue fume une clope allongée au sol.
-vous êtes venu me tuer je suppose.
-oui
-C'est pas très propre comme boulot. Charcuter une fille qui s'est faite violer pour honorer un contrat. C'est franchement dégueulasse non ?
Cetan est très mal à l'aise, c'est effectivement du très sale boulot. Il se dit qu'il va falloir qu'il bute Hassam. Il tire une balle dans la tête de la fille. Il chope une vérole mentale : la fille enceinte s'installe dans son palais mental.

Il prélève un poumon et se casse de l'immeuble.

Il donne le poumon au charretier qui se le greffe sur le champs avec son opinel et quelques câbles électriques. Le charretier repart ensuite dans la rue « PIXEEEL QUI VEUT MES PIXEEEEL ! ». Une crise économique semble s'être déclarée suite à l'explosion du PDG de « nouilles bien cuites ». Les affiches annoncent le grand matin rouge qui vient : on y voit des prolétaires vietnamiens ultra barack avec des marteaux et des faucilles sur l'épaule, au dessus d'eux, un énorme soleil rouge bizarrement stylisé. 

Cetan fait des recherches sur le sceptre de st Jean-baptiste. C'est un sceptre qui sert à bannir Azatoth. Et où est ce qu'il est ? Ce sceptre constitue tout simplement le bras du boss des bras d'acier.
Cetan prend un gros coup de jus et l'ordinateur explose. Ensuite il demande à Cheza si elle a des contacts gnomes. Elle lui dit que les proprios de son appart sont des gnomes. Elle lui refile leur numéro. À partir du numéro, Cetan retrouve l'adresse du repaire des gnomes. Il s'agit d'une sorte de croiseur interstellaire qui vole en cercle au dessus de la ville. Il voit le croiseur dans le ciel et constate qu'une nuée de larves stellaires vole autours.

Il se dit que si le sceptre sert à repousser Azatoth, il vaut mieux le trouver avant de réveiller soleil rouge. Il se dit aussi que si Hassam veut écrire des runes sur le sceptre c'est sans doute pour le désactiver. « Hassam serait-il un cultiste d'Azatoth ? » Des cafards qui jouait au foot à côté de sa chaussure entendent ça « hey les mecs, il paraît que Hassam c'est un cultiste d'azatoth ! ». Les cafards partent plus loin et le disent à des humains qui le disent à d'autres. Puis un type en parle dans un livestream de jeu vidéo avec des milliers de vues. L'égrégore fera le reste : Hassam EST désormais un cultiste d'Azatoth.

Cetan revient dans son palais mental. La fille enceinte a le corps couvert de poster et semble être en train de baiser avec les filles de papier glacé. Elles crient toutes à pleins poumons. Cetan chope le pigeon qui l'a contacté au début du premier épisode. Il farfouille dans ses entrailles, au milieu des câbles électriques et tente de trouver l'adresse du repaire des bras d'aciers. C'est un gymnase souterrain auquel on accède par une poubelle ultra-piégée en bas de son immeuble.

Cetan repasse d'abord chez lui. Il tombe sur ses parents « mais vous êtes qui !? ». C'est le drame, ses parents doivent lui réexpliquer qui ils sont. Et Cetan leur explique rapidement pourquoi il est désormais un zombi avec un tank sur le torse et une fille dans le dos (qui présentement joue sur son téléphone). Il demande aussi à la fille si elle veut pas retrouver sa liberté, mais c'est une communiste : tant qu'il sera sur les traces de soleil rouge, elle veut être aux premières loges. Elle veut rester collé dans son dos.
Cetan va dans la rue pour essayer de trouver à bouffer pour ses parents.
Mais c'est la crise. Tous les vendeurs de nouilles sont au chômage et à part quelques usines collectivisées par le viet-minh la production est interrompue. Tout le monde fait la queue à une soupe populaire tenue par les lazaréens. Ils tentent de recruter des fidèles et disent qu'ils se préparent à la montée du communisme et à l'apocalypse qui s'ensuivra. Cetan va à l'usine de nouilles cachée dans les égoûts pour leur demander des nouilles. Un gamin avec une kalashnikov le reçoit très mal.
-le parti dit que vous êtes un hitléro-trotskiste, partez ou je vais vous abattre.
-Quoi ??? Mais je vous ai aidés... Et en plus je suis anarchiste !
Quand il prononce le mot anarchiste, le gamin devient hystérique « SOCIAL-TRAÎTRE ! » et se met à le canarder à la kalash, Cetan fuit à toute jambe.
Il se retrouve alors à faire la queue à la soupe populaire et récupère une misérable tasse de soupe qu'il va donner à ses parents.

On passe en phase MORT SUBITE

Il arrive vers les poubelles qui donnent sur le repaire des bras d'aciers. Une vieille qui allait jeter un sac plastique est abattue d'un tir de gun par un bras articulé qui sort de la poubelle. Cetan tente de reprogrammer la poubelle mais le gun tire. La balle éborgne sa mère qui arrosait ses fleurs depuis le balcon de sa cellule, l'arrosoir entre les dents. Ensuite Cetan saute dans la poubelle qui est comme un toboggan et tombe dans une chaise en plastique. Il se retrouve dans un immense gymnase, sur une petite chaise en plastique au bout d'une longue table. Autours de la table, des tonnes et des tonnes de mercenaires des bras d'aciers, toutes et tous avec des kalashnikov, des battes de base-ball, des gun et toutes et tous ultra barack. Au bout de la table, un trône fait en récup et le boss des bras d'acier, avec le sceptre de st Jean-baptiste à l'intérieur d'un bras en plaque d'acier avec des vitres.

-Tiens, Cetan. On dirait que ta mission patine non ?
-Je rompt le contrat.

Le tank T-34 tire dans tous les sens et explose les mercenaires les un.e.s après les autres. Le boss tire au bazooka de derrière son trône. Cetan altère la réalité pour retourner le bazooka sur le boss qui explose sur le coup dans une gerbe de sang. Le bras du boss est soufflé par l'explosion, il fait un vol en cloche qui fait pleuvoir du sang sur les corps des mercenaires avant d'être rattrapé par Cetan. Il ressort du gymnase avec le sceptre. 

Il se rend à l'église des lazaréens. Ceux-ci ont l'air en pleins préparatifs de sièges. Des tonnes de zombies avec des kalashnikov gardent les lieux, les prêtres s'activent, font rentrer des fidèles à l'intérieur « venez vous protéger du communisme et d'Azatoth, l'affrontement est imminent ! ». Comme il a le sceptre, on le laisse entrer. Le grand prêtre chope le sceptre et le remercie « merci bien, grâce à vous, nous pourrons sauver le monde du péril rouge et des horreurs cosmiques que nous promet Azatoth ». Maintenant, il faut que Cetan se rende dans le croiseur interstellaire des gnomes. Il monte sur le toit d'un immeuble. Il utilise altérer la réalité pour que l'immeuble se torde et devienne assez haut pour lui permettre d'atteindre le croiseur interstellaire dans les cieux pullulants de larves stellaires. Mais la déformation a des conséquences. Un pixel craque tout en bas de l'immeuble, et d'un coup tout s'effondre comme un château de cartes. Cetan a juste le temps de sauter et de traverser une vitre du croiseur interstellaire. Il se retrouve dans des couloirs qui rappellent ceux de l'étoile noire dans Star Wars. Des dizaines de larves s'infiltre par le trou dans le vitre. Il trace à toutes jambes à la recherche de la réserve, poursuivi par les larves mais aussi par les gnomes, sorte de nains de jardins avec du matos technologique et des blaster laser.

Des larves s'infiltrent dans son palais mental. La meuf enceinte est prévenue par les posters 
-Attention !  Les larves essaient de s'infiltrer dans la tour ! Il faut que tu les repousses ! 
-Mais j'ai pas d'armes !
Cetan se concentre pour essayer de matérialiser une arme. La femme enceinte accouche d'une hallebarde. Alors elle monte sur les créneaux et découpe les larves à la hallebarde les unes après les autres. Le combat est féroce, les larves sont très nombreuses.

Cetan débarque dans une salle pleine de cuves. Dans les cuves, il y a des cerveaux, des aliens, des corps de milliardaires cryogénisés, des droïdes et même le corps de Mickael Jackson. Il check le registre internet et trouve l'emplacement d'une cuve contenant un post-it qui indique où les gnomes ont planqué le self de soleil rouge. Cetan génère des câbles qui font trébucher les gnomes. La cuve de Mickael Jackson se renverse et il se réveille sous forme de zombie. Il se joint à la poursuite. 

Dans le même temps les larves stellaires submergent la meuf enceinte, elle a beau être ultra-efficace à la hallebarde, les larves commencent à la mordre et lui bouffer sa santé mentale. Les posters de filles nues hurlent « IL LUI FAUT DES RENFORTS ! VITE ! »

Cetan fini par atteindre la cuve et prend le post-it en photo avant de briser une fenêtre et de sauter dans le vide. Pendant sa chute, il fait deux choses :
1/ Il se concentre pour essayer de matérialiser un tank T-34 dans son palais mental.

La meuf enceinte est en plein fight, attaquée de toute part par les larves. Quand soudain le ciel devient rouge et un remix tekno-hardcore des cœurs de l'armée rouge retentit. Un énorme T-34 déboule sur la tour, écrase des larves et la meuf enceinte rentre dans le tank. Sur un remix particulièrement survolté de Katyusha, elle terrasse une à une les larves en tirant des missiles au tank.

2/ Il matérialise une pente de glace pour s'aider à atterrir.

Il glisse et se retrouve nez à nez avec une patrouille de Viet-Minh. Les Viet-Minh tirent à vue sur lui. Il se planque dans les égouts. 

Le vendeur de pixel, qui passait par là, lui propose de racheter l'intégralité de son identité mais Cetan refuse. Le charretier part plus loin dans les égouts et essaie de revendre ses pixels à des junkies qui se piquent à l'héro. Cetan regarde la photo du post it.

Le self de soleil rouge est caché dans le jeu vidéo dans le palais mental de Cheza.

Voilà pourquoi il n'est jamais sorti avec Cheza. Si soleil rouge se réveille, elle risque de s'emparer de Cheza. Et Azathoth détruira Little-hoh. Et soleil rouge n'a donc pas de corps matériel. Elle n'en a peut être jamais eu...

Cetan doit se faire soigner, il a pris pas mal de blessures dans la gueule. Il décide de retourner chez Sarkar le noir, le médecin vampire. Des boss se jettent du haut des immeubles, le cours du Schaft a chuté. En chemin, il tombe sur une patrouille du Viet-Minh. Chan-po en fait partie, il est mené par un chef qui a l'air particulièrement stalinien.
-Cetan, vous êtes en état d'arrestation pour anarchisme. Nous devons vous conduire dans notre camps de travail.
-mais je...
S'ensuit une discussion avec Chan-po, qui a du mal à se dire qu'il va conduire son ami dans un camps de travail. Alors la meuf dans le dos de Cetan intervient.
-Vous pouvez pas me mettre dans un camps. Je suis une authentique communiste.
Le bureaucrate stalinien est perplexe ? Sa tête fait de la fumée.
-Hrm... Si j'emprisonne cet homme, je vous emprisonne en même temps, donc j'emprisonne une authentique communiste. Mais si je vous laisse en liberté, je laisse un social-traître en liberté.

La tête du bureaucrate-soviétique-droïde explose.

Les hommes à ses ordres sont comme des cons.
Cetan propose de réparer leur chef. Ils acceptent. Cetan reprogramme discrètement le chef pour qu'il devienne anarchiste. Ensuite Cetan va chez le médecin.

Le médecin-nécromant est en train de faire un strip poker avec son assistante cyborg, et il perd. Il se rhabille rapidement. Il soigne les blessures de Cetan. Il lui propose de décrocher la fille, le tank et de le dézombifier. Mais Cetan s'en fout, et la fille veut rester là tant qu'il a pas trouvé soleil rouge. Le médecin-nécromant demande juste un peu de sang d'Azatoth.

Ensuite il va frapper à la porte de Hassam.

-Salut Cetan. Tu veut me demander quelque chose ?
-...
-Tu viens pour me buter je suppose.
-Hassam. Tu es quelqu'un d'étonnant. Tu joues les vieux charlatans, l'escroc qui brosse les puissants dans le sens du poil. Mais en réalité tu sais tout sur tout le monde dans cette ville. Et nous on sait rien sur toi. Je me trompe ?
-non. Et donc ? 
-Pourquoi tu fais ça ? Je veux juste comprendre... Pourquoi tu cherche à réveiller Azatoth, qu'est ce qui te motive là dedans ?
-Écoute. La vie ici je n'en ferais pas mon livre de chevet. On est prisonniers d'une forêt mutante qui donne corps à nos peurs bouffe nos souvenirs, transforme tout et génère des monstres. On est piégés dans cette ville étroite, condamnés à bouffer des nouilles et à mourir de maladie à cause de l'insalubrité. Et c'est pas ton communisme qui y changera quoi que ce soit. Il faut raser Millevaux, et le seul qui le peut c'est Azatoth. Alors oui, il y aura des sacrifices humains et des horreurs abyssales. Mais cette putain de forêt sera rasée et on pourra rebâtir de grandes cités. Et je me contre-fout qu'il faille violer et tuer pour ça.
-Mais... Tu veux vraiment qu'on soit sous le joug d'une engeance qui finira par tous nous tuer ? Pourquoi on aurait besoin d'une entité supérieure pour nous sauver ? Tu ne penses pas qu'on puisses se sauver nous même ? Gagner notre indépendance ?
-non
-...
-Tu attends que je te fasse une grande révélation de plus qui te convaincrait de ne pas me buter
-oui
-je n'en ai qu'une « tu es libre de me buter ou non » c'est tout. Pour le reste ça ne regarde que toi.
-adieu Hassam

Il lui tire une balle dans la tête.

Pendant que les rats emportent son corps, Cetan se pose dans l'escalier et digère ce qui vient de se passer. Puis il va chez Cheza.

Elle vit dans une minuscule cellule entièrement occupée par un canapé. Le plafond goutte mais elle a fixé un parapluie au canapé. Elle bouffe des nouilles.

Cetan rentre et lui explique.
Il veut juste parler avec soleil rouge avant de trouver un moyen de la réveiller sans que ça possède Cheza.

Elle est interloquée mais le laisse entrer dans son palais mental.

Là, Cetan branche des fils du jeu vidéo vers son torse et rentre dans le jeu vidéo. Il esquive des monstres et rentre dans un snack.

Soleil Rouge est là, en train de boire un jus de fruit.
Elle ressemble à un personnage de mangas qui aurait passé 5 ans à faire de la guerilla dans la montagne.
« c'est l'heure de mon réveil ? »
Cetan discute avec les posters dans sa tête, ils cherchent une solution. Les posters suggèrent d'incarner soleil rouge dans le corps de la communiste qu'il a dans le dos. 

Cetan et soleil rouge traverse les câbles.

Dans son appart, le corps de Cheza irradie de rouge
c'est la lutte finale
elle gerbe Cetan sur le canapé, il a soleil rouge dans le dos
groupons nous et demain
Soleil rouge saute par la fenêtre 
l'internationale
Elle atterris au milieu de la foule
sera le genre humain.
Il y a des milliers de crève-la-faim, des viet-minh, des bureaucrates soviétiques, des lazaréens
elle fait un discours.

La commune est l’unité élémentaire de la réalité partisane. Une montée insurrectionnelle n’est peut-être rien d’autre qu’une multiplication de communes, leur liaison et leur articulation. Selon le cours des événements, les communes se fondent dans des entités de plus grande envergure, ou bien encore se fractionnent. Entre une bande de frères et de sœurs liés «à la vie à la mort » et la réunion d’une multiplicité de groupes, de comités, de bandes pour organiser l’approvisionnement et l’autodéfense d’un quartier, voire d’une région en soulèvement, il n’y a qu’une différence d’échelle, elles sont indistinctement des communes.

L’extension des communes doit pour chacune obéir au souci de ne pas dépasser une certaine taille au-delà de quoi elle perd contact avec elle-même, et suscite presque immanquablement une caste dominante. La commune préférera alors se scinder et de la sorte s’étendre, en même temps qu’elle prévient une issue malheureuse.

Les fragments qui nous constituent, les forces qui nous habitent, les agencements où nous entrons n’ont aucune raison de composer un tout harmonieux, un ensemble fluide, une articulation mobile. L’expérience banale de la vie, de nos jours, est plutôt celle d’une succession de rencontres qui peu à peu nous défont, nous désagrègent, nous dérobent progressivement tout point d’appui certain. Si le communisme a à voir avec le fait de s’organiser collectivement, matériellement, politiquement, c’est dans la mesure exacte où cela signifie aussi s’organiser singulièrement, existentiellement, sensiblement. 
Être en armes. 
Se constituer en communes.


TOUT LE POUVOIR AUX COMMUNES
VIVE LE COMMUNISME


En trois quart d'heure tout Little-hoh est communiste. Les bureaucrates soviétiques sont totalement dépassés et n'arrivent pas à intervenir, il reste complètement buggués dans un coin. Des comités de quartiers s'organisent partout, on fait des assemblées, des cantines populaires, on partage tout. Bref un communisme crasseux et crevard. 

Et le grand matin rouge se produit. Le soleil, rouge sang, éclate dans le ciel. Azatoth se lève.

-MA FILLE, LAISSE MOI PLACE, JE VAIS ABSORBER LITTLE-HOH-CHI-MINH-VILLE 
Cetan demande à Soleil rouge ce qu'on peut faire. « il faut se battre, il faut tuer mon père »

Soleil Rouge se détache de Cetan. Elle va aller parler aux lazaréens. Cetan transforme son tank pour en faire un réacteur et se propulse sur Azatoth, au milieu des larves stellaires.

Cetan court dans des couloirs indescriptibles à l'intérieur de Azatoth poursuivi par des milliers de larves stellaires. « JE VAIS T'ABSORBER MISÉRABLE MORTEL » Il suit les terminaisons nerveuses et gagne le cerveau. Le cerveau de Azatoth est indescriptible avec un langage humain.

Des termes comme odeur, son, lumière, couleur, ne couvrent que 0,5% de la description du cerveau d'Azatoth. Cetan est au milieu de la tempête, et la même tempête envahi son palais mental. La meuf enceinte est sur les créneaux de la tour, avec le tank, au milieu de la tempête cosmique.
On frappe à la porte de la tour.

Une des affiches se décolle du mur et va ouvrir avec l'angle de sa page. Un grand type tout maigre est devant. « bonjour. Je me suis perdu dans l'espace et le temps. Vous pouvez m'héberger ? ». L'affiche de pin-up et le type remontent. Il se met à un bureau et écrit une nouvelle en mangeant un pot de haricots puis une glace à la vanille.

Cetan tente de matérialiser son palais metal pour créer un bug dans le cerveau de Azatoth. Il se retrouve avec la fille enceinte dans le tank sur les créneaux de la tour. Mais ça ne provoque pas le bug recherché. La meuf dans le tank crie
« ON FAIT QUOI MAINTENANT ?! »

Pendant ce temps soleil rouge va voir le chef des lazaréens. Les zombies lèvent le poing sur son passage.
-donnez moi le sceptre 
-Jamais ! Le communisme est contraire à la volonté de Dieu, écarte toi, engeance du démon !
-Écoutez, je connais bien mon père, et je connais bien les dieux, et les grands anciens. Je peux vous dire une chose : votre dieu est mort. Il a été massacré par les grands anciens il y a des éons. Vous vénérez un cadavre. Je vous le jure.
Maintenant donnez moi ce sceptre.

Le prêtre cède, complètement ébranlé.
Nous portons un nouveau monde dans nos cœurs
Elle met le sceptre dans son cœur. Le sceptre passe dans le cœur de Cetan.

« ON FAIT QUOI?! »

Cetan lui passe le sceptre, elle le fout dans le canon et tire dans Azatoth.

Le terme explosion n'est pas suffisant pour décrire ce qui se passe.

Ensuite, tout le monde bouffe des nouilles à la table d'une cantine populaire à ciel ouvert. La meuf enceinte est de nouveau incarné, son tank se comporte comme un genre de clebs et bois dans une gamelle. Elle a récupéré les posters et les a affichés à l'intérieur du tank.

Le charretier refile des nouilles à tous ses pixels attablés.

Cheza avoue à Cetan qu'elle restait très solitaire parce qu'une dette envers les bras d'acier l'y obligeait. Mais que maintenant elle va pouvoir s'amuser.

Ils partent vers un bar.

Le générique défile sur un ciel impressionniste, dans lequel reste la trace d'Azatoth.

-FIN-

 *je précise que le discours de soleil rouge est un mix de plusieurs passages des bouquins du comité invisible, parce que ça constitue la conception la plus mystique et hallucinée du communisme que j'avais sous la main


Commentaires de Thomas Munier :

 
Salut Gudrun !
 A. Un tout grand merci pour ce CR ! C'est totalement raccord avec la folie ambiante décrite dans Little Hô Chi Minh Ville je trouve ! J'ai été super heureux de lire ça !
 B. Allez, si je veux chipoter, je dirais qu'on ne sent pas trop le côté exigu, j'ai l'impression plusieurs fois de visualiser des grands espaces (le ciel, le gymnase, certains palais mentaux) mais c'est un détail.
 C. Combien de temps a duré votre partie ? Je me demandais comment tu avais pu caler autant d'événements durant la phase de mort subite ?
 D. Quelle durée envisages-tu pour ta campagne ? Je pose la question parce que ce deuxième opus est déjà très cataclysmique et reconfigure beaucoup la ville (de fait avec le personnage de Soleil Rouge c'était à prévoir).
 E. Le grand écrivain maigre qui mange des haricots et des glaces, c'est Lovecraft, n'est-ce pas ? :)
 F. J'aime bien que les scènes d'action soient fréquemment entrecroisées avec des scènes plus tranquilles, des scènes de repas notamment.
 G. Hassam qui devient cultiste d'Azathoth à cause de l'égrégore, c'est trop bien :) J'aime d'ailleurs aussi beaucoup la confrontation avec Hassam à la fin.


Gudrun :
 
Hello,
 A : Encore une fois, très content que ça t'ai plu :)
 B: Oui effectivement, j'aime bien les ambiances de révélation mystique à base de personnages perdus dans de très grands espaces, d'où cette petite "trahison" au background
 C : La partie a duré 4 heures, et pour la phase de mort subite on a fait à la louche. On a forcément débordé, tous les évènements qui s'y sont déroulés ne seraient jamais rentrés en 40 minutes. Mais de fait, je n'ai aucune idée de combien de temps ça a duré, j'étais trop concentré sur l'action.
 D : Dans mon premier post, j'avais écris "campagne" parce que je pensais faire 3 parties mais en fait on a utilisé tous les fils narratifs en deux parties. Pour le moment on a convenu qu'on s'arrêtait là. Mais il est possible qu'on y revienne, (et par ailleurs, on pense tester d'autres jeux Millevaux à l'avenir). Si tu as des pistes de suite à suggérer n'hésite pas, ça peux toujours servir...
 E : Oui évidemment. Quand il a fallu générer quelqu'un pour squatter le palais mental, le joueur a suggéré que ce soit lovecraft, et j'ai trouvé ça marrant, donc on est partis là-dessus.
 F : Pareil. Je joue autant pour l'aspect contemplatif que pour la grosse baston avec des bazookas
 G : En lisant les règles au début j'étais dubitatif, mais le fait que les peurs et les rumeurs prennent corps, en fait c'est un ressort assez fun


Thomas :

D. Si tu voulais à tout prix faire un nouvel opus, il faudrait faire quelque chose au sujet du fait que tout le monde est devenu communiste : soit faire une peinture de la vie pendant la dictature populaire de Soleil Rouge, soit jouer une tentative de la renverser.
 
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

AU PURGATOIRE

La troupe d'exorcistes se rend enfin compte dans quel type de guépier elle est tombée. Retour du roman-feuilleton après trois mois d'interruption !

(temps de lecture : 7 minutes)

Joué / écrit le 28/09/20

Jeu principal utilisé : Écheveuille, un jeu de rôle tout en un pour s’égarer dans l’infini des forêts de Millevaux en solitaire comme à plusieurs.

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, u roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Gerrit Burow, cc-by, sur flickr


Contenu sensible : aucun


Passage précédent :

32. L’envoûtement au noir
Pour cette suite du séjour à Xertigny, test de mon projet de bac à sable profond Écheveuille, avec Inflorenza comme système de résolution. Or, les dés ont provoqué une issue des plus tragiques !



L'histoire :

Image
Ancient Lights, par Ancient Lights, du stoner-drone mélodique des plus ritualistes pour une enfoncée enfumée dans les forêts limbiques.

S'ensuivit un silence de plomb qui pesa pendant longtemps. On n'y voyait plus goutte dans la chemine, car au-dehors la presque-nuit étendait ses drapés sur les cimes. Brisant le recueillement, le cri de l'horfraie, l'oiseau-psychopompe, glaça le sang de ceux qui ne l'avaient pas encore assez froid.

"Il faut faire quelque chose des corps.", risqua la Madeleine.
La Sœur Marie-des-Eaux était prostré sur le carrelage, enserrant toujours le corps du corbeau.
"Je veux qu'on enterre Euphrasie.
- Elle n'était ni chrétienne... ni humaine.", souffla le Père Benoît.
Le novice lui décocha un regard où plus rien ne transparaissait de la vertu d'obéissance demandée par sa condition. Le prêtre recula.
"En fait, peu importe vos scrupules, précisa la Madeleine. Il leur faut des rites funéraires menés dans la dignité et dans le respect. Sans quoi... elles reviendront. Si vous voyez ce que je veux dire.
- Je vois que vous ne me laissez pas le choix, conclut le Père Benoît. Dans ce cas, Madeleine, aidez-moi à porter la Mémère. Je vais mettre les restes du Pépère dans ce sac. Nous allons au cimetière."

Ils firent tout le chemin en rasant l'orée de la forêt. Ils n'avaient plus du tout envie de frayer avec les habitants de Xertigny, car les pires conjectures à leur sujet se bousculaient dans leurs têtes.

Là-bas, dans cette nécropole démesurée, la lune gibbeuse leur donna un semblant de réponse. Personne n'entretenait les lieux, l'endroit était la proie des broussailles et des digitales. La Mémère et le Pépère Peutot avaient déjà une tombe à leur nom, et leurs dates de décès était mentionnée.

Ils passèrent un moment à regarder les dates sur les tombes quand la couche de lichen permettait encore de les lire, mais la révélation était si vertigineuse qu'ils finirent par abandonner.

Ils ouvrirent la stèle de la tombe Peutot. Les cercueils étaient ouverts et vides. 

Le Père Benoît célébra une petit messe. La Sœur Marie-des-Eaux était effondré dans la prière. La Madeleine, quant à elle, fixait le prêtre, elle semblait étudier son visage. Les reflets de la ligne soulignaient les écailles et les suppurations sur la face et les mains de la fermière.

De loin en loin, parcourant les allées comme en pays conquis, les fanions grêles des feux-follets.

On remit les époux Peutot dans leurs bières, non sans avoir cloué la Mémère d'un pieu au cœur.

Le Père Benoît creusa un petit trou, où la Sœur Marie-des-Eaux enfouit le corbeau. 
"À défaut de cercueil, il lui faut un nid."
Alors à grands coups d'opinel, il coupa les longs cheveux qui encadraient son visage au supplice. Ils tombèrent en pluie sur le corps de son aimée. Elle remit sa coiffe sur les restes hirsutes de sa toison.
Une dernière larme, une dernière prière, un dernière pelletée, et l'Euphrasie fut en terre.

"Tu ne méritais pas de finir en ces lieux. Pour nous avoir guidés, voilà ce qui t'est arrivé. Quelle malheur de mourir au purgatoire !
- Comment avons-nous pu échouer là ?, s'interrogea le Père Benoît. Elle avait pourtant l'air de savoir ce qu'elle faisait !
- Peut-être que la Mère Truie nous a maléficiés à distance.", conclut la Madeleine.

Un déchirement creva les nuages, quelque chose d'une rumeur de torrent qui roulait à travers les arbres, impossible de savoir si c'était tout proche ou si ça mugissait du fond de l'espace.

"Qu'est-ce qui grolle comme ça ?
- C'est peut-être un orage...
- Moi, ça me rappelle autre chose. Quelque chose de pire que l'orage.
- On peut pas rester dormir à la belle étoile dans ces conditions.
- Mais je refuse qu'on retourne chez les Chassard. Ils me font trop penser à la Mémère Peutot.
- Alors on va trouver abri dans le Château des Brasseurs."

Image
Sleeper, par Daniel Menche, un drone fait de bourdonnement et de résonnance, mélodique et sombre pour se faire happer par un voyage nocturne.

Ils coupèrent à travers bois pour éviter les noctambules et trouvèrent le Château environné d'une brise printanière. Le Père Benoît allait casser la vitre de la porte qui surplombait le double escalier, mais il la trouva ouverte. Quand il ouvrit, il trouva en face de lui un officier militaire dans un uniforme anachronique, assis dans le grand hall auprès d'un guéridon, avec juste une bougie pour révéler son visage, anxieux, regardant de tous côtés. Le carrelage était défoncé, les papiers peints déchirés. Tout indiquait l'abandon. Le soldat les tient aussitôt en respect avec son pistolet de service, mais abaissa son arme au constat qu'ils étaient des écclésiastiques.
"Qu'est-ce que vous faites là ?." Des colonies de verrues constellaient ses mains.
"Je suis le Père Benoît, envoyé du diocèse de Saint-Dié. Nous cherchons asile pour cette femme, Madeleine Soubise.
- Vous êtes mal tombés. Ici, nous sommes en guerre. Je m'appelle R* et je suis chargé d'organiser les défenses."
Visiblement, quelle que fut l'ampleur de sa tâche, il n'était pas à la hauteur. Il était dans un état de confusion nerveuse des plus totales.
- En guerre contre qui ?
- Contre les Allemands, pardi !
- Vous voulez dire contre les prussiens ?
- Les Schleus, les Boches, appelez-les comme vous voulez. La drôle de guerre est en train de tourner au vinaigre. Nous avons placé des pièces d'artillerie mais ils sont légion. 
- Vous voulez dire que Xertigny va se faire encercler ?
- C'est probable. Il n'y a pas trente-six solutions pour fuir. Eventuellement, il faudrait explorer les souterrains du château. Il paraît que le réseau s'étend jusqu'aux limites de la ville. Ça ne vous tente pas ?
- Nâni, pas pour l'instant en tout cas. Nous voulons surtout vous demander le gîte. Peut-on dormir dans la serre que nous avons vu à l'arrière du château ?
- C'est vraiment dommage, j'aurais vraiment voulu savoir si ses souterrains constituaient une option. Mais bon, restez si vous voulez, le château est réquisitionné. Prenez vos aises.
- Une dernière question. Où sont les pièces d'artillerie dont vous parlez ?
- Près des Granges Richard, sur la colline qui surplomble la route de Bains. C'est du moins là que le Lieutenant Warnier les a déplacées.
- Bonne nuit, monsieur R*. Tâchez de trouver le repos.
- Plus personne ne se repose ici. Nous sommes tous en veille."

Le Père Benoît avait choisi la serre pour plusieurs raisons. Il y trouva un tuyau d'arrosage pour se faire une toilette, et ils purent s'y barricader. Aucun n'avait envie d'être trop à portée de R*. Il fallait se méfier de tout le monde désormais.

En plein dans les replis de la grasse-nuit, le prêtre, qui avait pris le premier tour de garde, vit le hochement d'une lumière se vautrer sur les vitres. Il se tapit dans un massif de rosiers dégénérés, et essuya avec le revers de sa soutane pour mieux voir. C'était R*, avec tout son paquetage et quelques objets de valeurs sans doute dérobés au Château. Il s'aventurait dans l'arboretum, lanterne et revolver pointés.
"Je crois que nous avons affaire à un déserteur., murmura le Père Benoît.
- Il nous a appris quelques petites choses importantes avant de jouer la fille de l'air, répondirent les mouches. On dirait que cet endroit agrège plusieurs époques. Cela tend on confirmer que nous sommes au purgatoire. Nous nous rapprochons de notre cible. Demain, tu devras aller à l'église. Des réponses s'y trouveront sans doute.
- Taisez-vous, on va vous entendre."

Il se rapprocha de la Madeleine pour voir si elle dormait encore. À la faveur de la lune percolant à travers la vitre, les croûtes de son visage n'étaient plus si horribles à voir ; une audace impressioniste. 

"Qu'est-ce qui se passe ?, gromella-t-elle sur le ton du réveil impromptu.
- Chut... Laissons la Sœur Marie-des-Eaux dans ses rêves. Il en a besoin. J'ai vu R* déserter, mais nous n'avons pas besoin de lui.
- Vous en faites vraiment beaucoup pour moi.
- C'est normal.
- Je n'en vaux pas la peine.
- Je sais qu'on vous a éduquée à penser ainsi, mais vous avez tort. Vous êtes une belle personne et vous méritez qu'on se batte pour vous, comme vous vous êtes battue pour votre enfant."
Son visage s'était approché du sien. Les odeurs de chair fermentée se mêlaient à la verdure de son haleine.
- Arrêtez. On dirait que vous me donnez le bon Vieux sans confession. Vous vous doutez pourtant à quel point je me suis compromise. Je ne suis pas digne de votre compassion et de votre amour.
- Si, vous l'êtes."
Il était maintenant aussi près de son visage que de la grille d'un confessionnal. Il tendit la langue et sentit le goût salé de la sanie perlant d'un furoncle. Il lécha ses plaies, il se surprit à en aimer le goût.
La Madeleine se laissa faire un temps, son corps parcouru de frissons alors que le prêtre lapait les croûtes de ses joues.

Puis elle le repoussa. Sa tête tournait. 
"Vous ne savez pas ce que vous faites. Je ne veux pas être celle qui vous détournera de la foi."

Il alla se pelotonner dans les buissons de courges sauvages, ne trouvant aucun mot pour dire sa honte.

La Madeleine prit son tour de garde, qui consista plus ou moins à une forme d'atonie, à ruminer tout ce qui leur était arrivé et tout ce qui les attendait de plus horrible et bouleversant, face à quoi elle se sentait sans force et sans utilité, et ce qui lui restait c'était si peu, prendre soin des siens, qui était disparu, qui était gênant, qui était fou.


18 Juin 1940

Le jour les cueillit tôt, dès presqu-aube, et la serre était chaude comme un cocon. Dehors, il faisait beau. Le ciel était d'un bleu qui leur fut rarement, si jamais, donné de contempler. Cette teinte électrique et dense leur rappelait les absides des églises. On grapilla quelques légumes puis on se décida à aller observer la fameuse pièce d'artillerie des Granges Richard. Il fallait comprendre au mieux ce qui se passait à Xertigny pour déterminer si vraiment le lieu présentait des promesses d'asile pour la Madeleine.

Ils trouvèrent une poignée de soldats en casque attroupés autour d'un canon de l'âge d'or, un specimen moderne tels qu'ils n'en avaient jamais vu. Prétextant de bénir les barricades, le Père Benoît fut bien accueilli, et le Lieutenant Jacques Warnier, un cavalier droit dans des bottes, leur expliqua qu'il s'agissait d'une pièce de 75, ce qui ne les avança guère plus.

Warnier caressa son cheval Lutin. "Le pauvre n'est guère résistant, et nous avons parcouru les Vosges dans tous les sens. Il est fourbu."

"J'ai écrit une lettre à mon épouse. Grâce au ciel, elle à l'abri dans le Morbihan. Je ne sais pas si mon courrier va lui parvenir."

"Nous dînons debout, dans le bois, et on mange des conserves."

"Les boches sont partout. Nos défenses sont complètement désorganisées. Mon père, je ne sais pas quoi penser de tout ce qui se passe. R* m'a dit qu'on se retrouverait pour le déjeuner, mais il n'a pas paru. Il aura de la chance s'il échappe au Conseil de Guerre".

C'est alors qu'un raclement sourd stoppa net les conversations.

Ça venait de la route de Bains !





Lexique : 

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 1920
Total :  62622


Système d'écriture

Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

HIVER NUCLÉAIRE

L'ombre d'Antoine Volodine a plané sur cette session post-soviétique des Sentes placées sous le signe de la tempête et des émotions fortes !

Joué le 15/02/20 à Ambon, à La Ville Albertine

Le jeu : Les Sentes, drames forestiers dans une réalité sorcière (jeu de rôle et GN)

Hiver Nucléaire, la vidéo du GN

Samuel H. a joué le rôle de Mémographe, et compilé certaines réminiscence de nos vagabondages post-totalitaires…
Temps de visionnage : 26 mn. 

(temps de lecture du compte-rendu : 8 minutes)

Image
L’équipe du GN Hiver Nucléaire. Photo : (C) La Ville Albertine

Une nouvelle session hors-saison du GN Les Sentes, un peu ambitieuse puisque nous avons été une vingtaine de personnes. Nous avons joué dans une ambiance post-soviétique autour de thèmes comme la maladie, les persécutions, la mort et la réconciliation, inspirée beaucoup par l'univers du roman Terminus Radieux d'Antoine Volodine. Il y a eu des transes, des zombies, de l'amour, des mariages et des chansons. Une belle session à mon sens que nous avons jouée sous des trombes de pluies et de vent à la lueur d'un feu de camp où le cuisinier de la milice nous a partagé notre pitance.
Notez que le document qui permet de rejouer Hiver Nucléaire est désormais disponible !

Le pitch et le déroulé de la session :
Dans cette session particulière, Hiver Nucléaire, nous avons joué après la chute d’un ancien régime, le Bloc. Personnes maquisardes, exilées, commissaires politiques ou quasi-mortes vont se côtoyer dans une forêt maudite rongée par la radioactivité. Tout le monde combat une même étrange maladie dont le seul remède est un rituel de réconciliation. Une session autour de la rudesse du climat, de l’horreur morte-vivante, de la ruine des anciens idéaux, de la cohabitation entre victimes et bourreaux, et de la beauté d’un vieux café partagé autour d’un feu de camp.

Image
Astrale, Mémographe, Oblitère. Photo : Sei, par courtoisie


LA SITUATION DE DÉPART

PARDON
Au sein du peuple cohabitent les victimes et les bourreaux d’une ancienne tragédie.

GUÉRISON ET RÉCONCILIATION
La maladie affecte le peuple, chaque personne est touchée à sa façon. La seule chance de guérison réside en un rituel collectif. Avant la fin de la résurgence, chaque personne doit dire à une autre qu’elle l’aime et pourquoi, doit remercier une autre et dire pourquoi, doit dire qu’elle est désolée à une autre et pourquoi, et doit demander pardon à une autre et expliquer pourquoi.

PARMI LES VIVANTS
Certaines d’entre nous sont déjà mortes.  Ce périple sera l’occasion de découvrir qui.

Temps fort - 19h : VEILLÉE
Organisons la veillée avec repas, feu, anecdotes et histoires.
                         
Temps fort - 21 h : LES DERNIERS SERONT LES PREMIERS                         
Les personnes habituellement en position de pouvoir se mettent au service des personnes qui leur sont habituellement inféodées (dure une demi-heure).

Image
Caducque (extrait de la vidéo de Samuel H.)


Le dispositif :

Cette session marque ma première collaboration avec l'association La Ville Albertine (expériences bocagères) qui dispose d'un terrain forestier de 20 hectares mis à disposition pour des GN et autres expériences immersives. Après avoir fait une partie des Sentes en effectif réduit, il a été convenu de proposer une première session pour le public, avec un effectif modeste. Je voulais de surcroît jouer hors-saison car, j'étais pressé de jouer, et je trouve que l'expérience est plus immersive en automne et en hiver. Je propose au départ 10 personnes, et Sarah de la Ville Albertine me demande à ce qu'on essaye de monter à 20. Nous avons eu quelques désistements, mais comme nous étions quatre orgas avec des feuilles de personnages à part entière, je considère que nous avons été 19, 22 si j'ajoute les trois enfants qui ont joué des petits rôles sous la supervision du cuisinier, que je remercie au passage pour nous avoir proposer de la nourriture végane cuite au feu de bois : top !


Particularité de cette session :

J'avais proposé des prétirés, ce qui minimisait le temps de préparation pour les joueuses et me permettait une direction artistique plus forte, basée sur la tension entre quatre communautés : la Milice, les Forçâtres (prisonniers politiques), les Assignes (anciens prisonniers) et les Lazares (des nécromanciens chrétiens) et sur un rituel de réconciliation, le Ho'oponopono. J'avais déjà fait un Ho'oponopono Millevaux avec un effectif et une durée réduite et c'était très intense. Ici, le rituel a servi de fil rouge sur tout le jeu.


Mon retour d'expérience :

Comme à chaque fois, il y aurait beaucoup à dire. J'avais prévu un échauffement raccourci (1h30), mais au final j'ai eu peur que ce soit trop court, alors j'ai soumis au vote l'idée de prendre plus notre temps quitte à avoir une session de jeu plus courte. C'est ce qui a été voté, et donc l'échauffement a duré une heure de plus, ce qui fait que la résurgence, au lieu de durer 6 heures, n'en a duré que 5, et au final au débrief l'équipe a trouvé que ça faisait un peu trop court : pas le temps de clôturer l'arc de tous les personnages.
Je vais m'attarder sur une scène, qui résume le rapport que j'ai pu avoir avec une des communautés avec le hasard m'a beaucoup mis en présence : les Assignes. Je montre que je suis malade (c'était facile, j'étais vraiment malade, état grippal), plus que tout le monde ici et je demande à Caducque de me soigner. Puis en hors-jeu je révèle à la joueuse que je suis un malade imaginaire, je veux juste qu'on s'occupe de moi et qu'elle va réaliser la supercherie. Nous rebasculons alors en jeu, et devant témoin, elle commence à me soigner. Elle me transfère alors son énergie vitale et meurt pour soigner ma maladie imaginaire ! C'était un instant-charnière pour mon jeu personnel et je serais très curieux de savoir quelles sont les motivations exactes qui ont poussé la joueuse à me faire cette surprise tragique...

Image
Oblitère, Ascèse, Personne. Photo : Sei, par courtoisie


Retour de joueurs et joueuses :

Compte rendu de Chamagne :
Oblitère, qui oublie tout, était mon jouet, mon réceptacle destinée à recevoir l'esprit des Horlas. Il était un de mes intermédiaires pour communiquer avec l'esprit de la forêt. L'ESPRIT, le Saint Esprit... Mais les Lazares, via leur rituel impie, ont détourné Oblitère du destin que je lui réservais, et en on fait un Revenu. Prenant à témoin Commissaire, je pousse celui-ci à organiser un procès, et je milite pour bannir les Lazares et leur hérésie de la forêt, les condamnant à l'Exil, et les privant ainsi de la communion salvatrice d'avec les Horlas. Mais Astrale, en soignant Commissaire d'une maladie non identifiée, le fait revenir sur sa décision. Plus tard, je découvrirai que Oblitère aura retrouvé la raison, et sous sa nouvelle identité de Messie, prônera la rédemption par le pardon, l'amour, et la réconciliation. J'y verrai un miracle, et la preuve de mes erreurs de croyance. Astrale avait donc raison, et le statue de Revenu pouvait vraiment amener à un état de grâce ( en l’occurrence ce n'est pas le statue de Revenu qui fit revenir Oblitère en Messie, mais Shamagne n'en avait pas conscience ). Je renonce donc à mes intentions de transformer toute la communauté en Horla en vu de les protéger des Limbes, et accepte de communiquer avec l'esprit de mes ancêtres pour en savoir plus sur mes origines. Par le biais d'un rituel, via la voix de Skalde, j'entre en communication avec L'Esprit de ma mère, qui était en fait Caduque, récemment décédée et fraîchement ensevelie, qui me communique, d'une voix glaçante d'outre-tombe : sa souffrance, son amour dévorant pour moi, et le fait que son âme damné ère dans les Limbes. Ayant fait vœu de protéger ma communauté, j'y vois un échec ultime. Je communiquerai donc mon amour à l'esprit de ma mère défunte ( Grâce à Astrale ), me repentirai de mes fausses croyances en la bienfaisance des Horlas, et pardonnerai à Astrale mes erreurs de jugement, et le fait d'avoir voulu les Bannir de la Fôret. Astrale lui fera quitter les Limbes. Mon âme trouvera donc la quiétude, in extrémis, aux portes de la folie. Un homme nouveau sera donc né, et le jouet deviendra le Maître : Oblitère, mon ancien confident et joué de mes expériences, deviendra mon nouveau mentor, incarnation du Vrai Esprit Saint, celui de l'amour et du pardon..
C'était un plaisir.. Bon je me suis très librement réapproprié le Destin de Shamagne, surtout en fonction des opportunités de jeux et de la complicité qu'il y a pu avoir avec certains joueurs / personnages.. Au final ça c'est très bien goupillé, et tout a pris un sens étonnant et vraiment plaisant sur la dernière demi-heure. La mort de Caduque, le message de ma mère, et le retour d'Oblitère, se sont enchaînés très vite et m'ont permis de conclure mes intrigues personnelles d'une manière auquel je ne m'attendais pas. Et ce fut une agréable surprise, car j'aurais peut-être été déçu de ne juste jouer et subir un destin que je me serait prévu à l'avance.. Et je ne voyais pas trop d'autres options que de devenir fou, et de me transformer en horla.. J'ai été sauvé !! J'ai kiffé :D

Retour du joueur d'Ascèse :
Bonjour Thomas, un grand merci pour ce GN, c'était génial et, alors que j'étais dubitatif sur le fait d'y retourner en mai, j'en suis maintenant convaincu.
Deux pistes d'amélioration toutefois, maintenant que j'ai les idées plus fraîches que samedi à 11h00 du soir :
1 - J'ai trouvé que, d'être ainsi étalé dans le temps, le rituel de réconciliation était beaucoup moins intense que quand on l'avait joué en concentré au printemps dernier.
Ma proposition : qu'un ou plusieurs personnages (sans doute un orga, peut-être celui que tu joue) soient conscients du danger et aient comme mission de convaincre tout le monde de s'y prêter, puis qu'il soit joué en communauté entière. Ce pourrait être un temps fort particulièrement intense, qui concluerait le jeu en beauté... et, quand à ceux qui refuseraient de s'y prêter, pourquoi pas, mais ils seraient après coup pris en apparté pour leur signaler les conséquences. Quand à l'explication de la maladie, elle n'est pas trop convaincante : je pencherais plutôt pour une prise de possession de la personne par un horla qui se nourrit du manque de communication entre humains. Qu'en penses-tu ?
2 - Je l'ai déjà dit, j'ai été frustré de ne pas pouvoir jouer mon mariage : je propose que, 1/4h avant la fin, une annonce en mode fouine précise qu'il n'y a plus qu'un 1/4 d'heure de jeu et donc que chacun puisse effectuer ce qu'il lui tient à coeur avant la fin du jeu. S'il y avait eu cette annonce, j'aurais consacré ce 1/4 d'heure à mon mariage et non à la résurection de Caduque (même s'il est vrai que c'était une très belle scène, très émouvante).
Avec toute mon amitié.

Réponse de Thomas :
Je suis très heureux que l'expérience t'ait plu et je te remercie pour tes suggestions ! Elles sont en effet intéressantes et pourraient être à prendre en compte si on refaisait Hiver Nucléaire. Je ne pense pas le faire moi-même mais comme je publierai la liste des personnages et le contexte, tes remarques seront utiles à quelqu'un !

Image
Astrale, Sertie, Cèdre. Photo : Sei, par courtoisie


Retour du joueur d'Oblitère :

Voici un résumé bref de ce dont je me souviens du GN Hiver Nucléaire : 

Physiquement je sortais d'un gros rhume lorsque je suis arrivé sur les lieux, d'où le masque (ainsi qu'un peu de gel hydroalcoolique dans ma poche) car je craignais de refiler la crève à d'autres participants. Par ailleurs, la quasi-totalité des personnes avec qui j'avais des liens étaient absentes.

Le début de la partie a été riche en occasions de placer naturellement mes rituels, trop naturellement peut-être car ceux-ci n'ont amené finalement que peu de rebondissements. Ceci dit j'ai rapidement été sollicité par les rituels d'autres personnages. En particulier d'Astrale et de Chamagne. La première voulant faire de moi un revenu, le second souhaitant me voir possédé par un horla. Les deux conviennent d'exercer leurs rituels simultanément. S'exercera alors une lutte entre les deux personnages pour le destin de mon âme. Finalement c'est en tant que revenu, que je me relevais. Le silence c'est fait tandis que tous attendaient de moi une réaction qui in fine fut la suivante : "Ma." Dès lors je n'exprimais plus que cette morne monosyllabe. Mes gestes étaient maladroits et sans prise d'initiative. J'étais un revenu. Par la suite de nouvelles monosyllabes sont apparues au fur et à mesure que des évènements signifiants se produisaient autour d'Oblitère. Le jeu était de ponctuer, accentuer le sens de tel ou tel parole ou acte par l'emploi ou le réemploie de monosyllabes pouvant être interprétées de différentes manières : "ange", "tère/taire/terre", "blis", etc. Ces nouvelles monosyllabes n'étaient pas monocordes. Ce qui est paradoxal, c'est qu'alors même que mon rôle est très vite devenu passif, j'ai été au centre de l'attention de multiples arcs et de multiples enjeux, ce qui était plutôt amusant de mon point de vu. Il y a eu le procès des Lazares, des échanges avec Gastre qui me considérait comme un enfant, plus tard, Personne et Astrale m'ont enmené en forêt. Personne s'est faite possédée par un Horla et a fait revenir Oblitère sous l'identité de Messie. Mon retour a été bénéfique pour Gastre qui se serait laissé allé à la possession si aucun de ses enfants n'était revenu, mais aussi pour Chamagne. J'ai participé à la résurection de Caducque et à faire pardonner Chamagne par cette dernière. La partie est arrivée à sa fin peu après.

Le ton de ce compte-rendu est plutôt neutre car je viens de le rédiger machinalement en 30 min. J'ai beaucoup apprécié ce GN cependant.


Retour de Sarah, la gérante de La Ville Albertine :

Un grand merci à tous. Du fond du cœur. Vos ombres rôdent toujours dans les bois de La Ville Albertine, vaquant à leurs occupations plus ou moins douteuses et continuent à nous raconter leur histoire quand on s'y promène. ??

[...]

Un lendemain de GN, n'est pas un lendemain qui chante. On se sent un peu vide, un peu seul.e, un peu perdu.e. Et pourtant. Il y a aussi beaucoup d'amour pour les joueur.se.s qui ont partagé nos épreuves, nos rires, nos larmes et nos doutes, et les souvenirs peu à peu ne sont plus des éclats de verre qui nous déchirent l'estomac, mais un baume au coeur pour longtemps.Aux profanes qui s'étonneraient qu'on puisse alors persévérer dans cette discipline, je répondrais simplement : on ne peut pas escompter traverser un Hiver Nucléaire sans dommage, mais le jeu en valait la chandelle. Comme souvent dans la vie, il faut juste attendre que ça passe, en buvant un thé brûlant avec un chat sur les genoux. Jusqu’au prochain voyage.
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

L'ENFER

Plongée au cœur du Jugement Dernier !

(temps de lecture : 7 minutes)

Joué / écrit le 05/10/2020

Le jeu principal utilisé : Inflorenza, héroïsme, martyre et décadence dans l’enfer forestier de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
La pièce de 75 du lieutenant Warnier à Xertigny. Dessin de Georges Mangin (14 ans en 1940), fait de mémoire en 1965

Contenu sensible : guerre, grossophobie, mutilation


Passage précédent :

33. Le Purgatoire
La troupe d'exorcistes se rend enfin compte dans quel type de guépier elle est tombée. Retour du roman-feuilleton après trois mois d'interruption ! (temps de lecture : 7 minutes)


L'histoire :

Image
Créon, par Rorcal. Le métal noir de l’Apocalypse.

Et pour faire écho à ce bruit d'outre-tombe, les cloches de l'église sonnèrent à toute volée. Le Père Benoît et la Sœur Marie-des-Eaux mirent un temps à analyser ces harmonies qu'ils n'avaient jamais entendus auparavant et qui leur faisaient dresser les cheveux sur la tête. 

"Une partie des cloches sonnent le tocsin.", constata le Père Benoît.
"... Et l'autre partie sonne le glas", acheva la Sœur Marie-des-Eaux.

Emergeant du vallon sur la route bitumée, deux engins de métal firent leurs apparitions dans les vrombissements et les pétarades. La Madeleine et le Père Benoît en tombèrent presque le cul par terre à la vue de ces machines du futur. La Sœur Marie-des-Eaux sentit une résonnance avec ses revoyottes, quand il fut l'amant d'un horla, à Douaumont.

"Un side-car et un char d'assaut...", siffla-t-il.

Warnier et sa douzaine d'hommes se désintéressèrent totalement des gens d'église.

"Chargez... Obus !"

La pièce de 75 trembla dans tous les sens. Le prêtre se jetta à terre, se couvrit les oreilles et ferma les yeux.
Les français donnèrent de la mitraillette sans compter les munitions. Frappé de plein fouet, le char s'arrêta net. Noire comme le founet du bouc, une colonne de fumée s'en échappa.

Les hommes de Warnier poussèrent des hurlements de joie. Qui s'étouffa vite dans leur gorge à la vue d'un grand oiseau qui assombrissait le ciel. Un avion allemand.

Et sortant des bois comme surgis de tous ses terriers, les silhouettes noires des fantassins allemands déferlèrent.

La Madeleine vit que cet assaut avait fait basculer Sœur Marie-des-Eaux de religieuse à guerrière. Son visage avait des crispations de gorgone, elle cherchait à troquer sa béquille contre une mitraillette. La Madeleine la tira par le bras : "Fuyons ! Notre place n'est pas ici !

En l'espace de quelques secondes, le roulement de toutes les balles fusant de part et d'autres avait pris une ampleur de jugement dernier. 
Ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta !
Le Père Benoît, victime d'un choc existentiel, était cloué au sol. Un servant de la pièce a un hurlement de bête, un tir lui a emporté la moitié du visage ! Un autre s'écroule dans un bruit de pierre !

Warnier se tourne vers eux. Son œil et sa joue sont criblés d'impacts. Il est hébété, hors du monde. La Madeleine voit clairement une balle lui traverser le bras. Le cavalier agit dans un état de conscience automatique. Il se fait un garrot avec la courroie en cuir de son porte-carte.

"On doit rester ! Il faut les protéger de cet enfer !, grolle le novice.
- Il n'y a rien à faire pour eux ! Ils sont déjà morts ! Il n'y a plus que nous ! Sauvons notre peau ! Sauvons-nous les uns les autres !, réplique la fermière.
- Pourquoi on est venus là ? J'aurais dû être plus prudent..., pleure le prêtre.
- Vous êtes venus ici pour moi, vingts rats ! Pour me protéger ! Je refuse que vous mourriez ici à cause de moi ! Vous entendez ? Alors vous allez m'écouter et fuir ! Je vous l'ordonne ! On doit se réfugier à l'église ! C'est là où se trouve le refuge et où se trouvent les réponses !, cria la Madeleine.
- Elle a raison ! C'est à l'église qu'il faut aller ! Alors bouge ton gros cul maintenant !", vrombirent les mouches dans les oreilles du prêtre.

Autour d'eux, il y a une immense variété de bruits, mais on ne perçoit plus que les basses du pillonnage.

Les chevaux trottinent dans les cercles de leurs longes. Ils ont perdu l'esprit. Du sang coule de leurs corps chauds comme la mort.

"Lutin..."

Warnier titubait vers son cheval. Ses forces l'abandonnaient peu à peu alors que la bataille ne faisait que commencer. Les fantassins boches dévalaient des Granges Richard, certains se faisaient faucher, mais les autres se jetaient derrière les rochers ou les arbres et ajustaient de mieux en mieux leurs tirs. La poignée de français qui restait en état de se battre était recroquevillée derrière la barricade, et alors même qu'ils persévéraient dans les rafales et les obus, la défaite était inscrite dans chacun de leurs gestes.

Des feux de paille et de branches volaient tout autour.

Ce fut d'abord en le saisissant à bras-le-corps que la Madeleine parvint à faire reculer la Sœur Marie-des-Eaux. Le Père Benoît rampait. Puis à contre-cœur, le novice prit appui sur sa béquille et suivit le mouvement de retraite.
Le prêtre se releva avec peine, comme d'entre les morts, mais les trajectoires rasantes des balles le poussèrent vite à la course. La Sœur Marie-des-Eaux claudiquait. Derrière eux, une explosion balaya le paysage dans une puanteur de chair et de cordite.

Alors, le prêtre comprit qu'on ne pouvait pas se passer de lui et il empoigna le novice. La Madeleine lui attrappa es pieds et ils emportèrent ainsi le paquet, courant vers le bourg en évitant les rues pour leur préférer le couvert de la lisière.

La fuite vers l'église leur fut lourde de pensées autonomes en grelons dans leur crâne.

La Madeleine :
Je voulais comprendre quelle était ta place. Mais je n'en ai pas. Je me sentais liée à ces deux exorcistes. Mais je causerai leur malheur, il faut que je m'en sépare.

Le Père Benoît :
Pour moi, le diable était mêlé à tout ça. Mais en fait, il n'y a ici que des hommes, qui fabriquent leur propre enfer. Je croyais que j'avais manqué de prudence... Au contraire ! Je suis lâche !

La Sœur Marie-des-Eaux :
Je veux protéger tout le monde... Et je n'arrive à protéger personne ! Quel gâchis ! Essaie au moins d'apprendre quelque chose sur toi dans cet endroit qui cumule tous les passés...


Image
The Divine Punishment, par Diamanda Galas, l’incantation sorcière à son pinacle.

L'opinel du novice vint à bout de la serrure et ils purent entrer dans l'église. Une odeur de suaire en carossait tout l'intérieur. Les huit vitraux à l'effigie des saints vosgiens jouaient une cérémonie de couleurs hors-naturelles. On se sentait ici comme au cœur d'un tronc où s'était agglutiné une résine d'époques. Aucun des sons de l'extérieurs ne parvenait plus jusqu'à eux. Ils étaient seuls au monde. Et pourtant comme observés.

Ils plongèrent les doigts dans le bénitier et se signèrent, non par respect mais par crainte.

Un fil de laine coulait entre les bancs vers l'autel.

"Le fil... C'est ici que Sainte-Walburge a lancé par sa pelote, guidée par le Vieux. Elle a construit l'église là où elle s'est arrêtée, expliqua le Père Benoît.
- Bzzzt... C'est bien ce que nous pensions... Il faut suivre le fil, murmurèrent les mouches.
- Vous avez dit quelque chose ?, demanda la Sœur Marie-des-Eaux.
- Non, rien... Ou plutôt... Les réponses sont au bout de ce fil.
- Alors, allons-y !
- Je n'en ai pas vraiment envie. Je commence à penser que toute vérité n'est pas bonne à connaître.

Vous plaisantez ! On n'a pas fait tout ce chemin pour rien ! Moi aussi je me sens concerné par ce que cet endroit pourrait me dire.
- Non... Non. Quelqu'un nous manipule, qui enquête sur une énigme métaphysique pour le simple plaisir de l'intellect. Mais nous, nous sommes des mortels de chair et de sang et nos crânes ne sont pas assez solides pour supporter toutes les révélations.
- Il a raison, Marie, intervint la Madeleine. Je vous ai attiré dans l'église au sujet de ces questions, mais je voulais avant tout chercher un abri. Mais je sens que cet endroit n'est ni un abri, ni un lieu de sage conseil.
- On était trois personnes formées aux forêts limbiques : comment on a pu se paumer à ce point ?, insista le novice.
- Personne ne possède la carte de soi-même.", conclut le prêtre.

La Sœur Marie-des-Eaux pencha la tête de côté. Le fil descendait dans une trappe ouverte vers la crypte. Une pesanteur des plus extrêmes s'imprima sur sa rétine.

Elle allait faire un pas en avant. Le Père Benoît la pris dans ses bras. Un instant, il devint ce qu'il était au fond de lui. Un ours bienveillant. Et le novice ne savait pas du tout quoi faire dans ces circonstances. Alors, il s'abandonna à l'étreinte, les yeux mouillés.

"Je ne sais pas tout de ce que t'a dit Euphrasie, mais j'en devine assez. Elle savait bien des choses. C'était une mémomancienne et une non-humaine. Elle t'a expliqué des choses sur le monde et sur toi-même que tu n'arrives pas à digérer. Mais si tu crois que tu iras mieux après être descendue là-dedans, tu te trompes. La connaissance n'est pas l'apaisement. Reste avec nous, Marie. J'ai... besoin de toi. Pour me débarasser de ma propre curiosité.

Il lui expliqua ce qu'il attendait d'elle et elle acquiesça.

Le prêtre s'assit sur un banc et la Madeleine s'assit derrière, pour le tenir par les épaules aussi fermement qu'il serait nécessaire. La Sœur Marie-des-Eaux le dévisagea ; il avait l'impression de découvrir une nouvelle personne. Il trempa son opinel dans l'eau du bénitier. Puis passa la lame au feu d'un briquet.

Pour contenir son effroit, la Madeleine ne se contenta pas de serrer les bras du prêtre, elle y enfonça ses ongles jusqu'aux muscles, et elle priait à voix haute :
"Notre Père, qui êtes si vieux,
As-tu vraiment fait de ton mieux ?
Car sur la Terre et dans les cieux,
Tes anges n'aiment pas devenir vieux..."

Le novice savait ce qu'il allait à faire et ne se déroba. Il planta l'opinel dans le bras. Alors que le prêtre boualait comme un cochon le soir de la fête du boudin, le novice entailla et entailla, retirant le carré de peau qu'on lui avait désigné.

De la plaie sanguinolente, trois mouches s'envolèrent.

"Merci..." fit le prêtre à son bourreau.

C'est alors qu'un projectile enflammé éclata un vitrail !


Lexique : 

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Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 1777
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Message par Pikathulhu »

ASKAFROA

Un mélange des jeux de rôle The Witch is Dead et Behind the Fence, Below the Grave pour une escapade viking-germanique-millevalienne d’animaux partis châtier le meurtrier de leur sorcière maîtresse ! Avec en prime un jeu dédié : Au-delà de la palissade, sous l’humus. Un récit et une partie enregistrée par Claude Féry.

(temps de lecture : 3 mn pour le récit + 15 mn pour le jeu / temps de visionnage : 1 partie de 46 mn + 1 partie de 1h28 mn)

Le jeu : Au-delà de la palissade, sous l'humus, horreur folklorique islandaise dans l'univers de Millevaux, par Claude Féry

Joué le 11/05/2019

Image
ghostpatrol, cc-by-nc


Aujourd'hui nous avons joué à Askafroa, une variation libre sur le jeu anglophone Beyond the fence, below the grave et la traduction française de La sorcière est morte de Grant Howitt, transposés au contexte de Millevaux.
Enfin, nous n'avons que déterminé la situation initiale et créé les personnages, avec Xavier, Gabrielet Alexane une amie de Xavier.

En voici le témoignage audio (45').

Bonne écoute

Nous jouerons la fiction samedi après midi. Xavier jouera Whalther Meyer le métayer lièvre de mars, Alexane jouera Cacilia Bauer la vachère pie et Gabriel Horst Shcumacher le crapaud.

Image

Voici la feuille de personnage pour notre session du jour, un mélange entre La sorcière est morte de Grantt Howitt et Beyond the fence, below the grave. Les personnages des trois joueuses sont leur Fylgia (esprit tutélaires) chargés de confondre le meurtrier de leur maîtresse Askafroa (la gardienne du frêne) la sorcière avec pour cela un pouvoir, et le souvenir d'un nom d'homme appartenant à une colonie noroit en forêt noire. Nous avons fixé la situation initiale, présenté les modalités de jeux et nous jouerons l'histoire samedi après midi. Les joueuses sont Xavier qui joue Walther Meyer le métayer lièvre, Alexane, la copine de Xavier, (11 ans), joue Cacilia Bauer, la vachère pie et Gabriel joue Horst Schumacher, le cordonnier crapaud. Nous avons reporté la partie elle même à samedi en raison de la grande fatigue de Gabriel (dix jours d'accueil de son allemand), mais les trois sont très enthousiastes. Le témoignage audio suivra ainsi que les photos, sauf d'Alexane (vie privée).

Image
photo : Claude Féry, par courtoisie


Commentaires de Thomas après écoute :

A. la description d’intro est hyper millevalienne et les lamentations de Walther rajoutent à l’ambiance

B. Sympa de laisser les joueuses décréter que leurs personnages ont vu un homme

C. Pour info les pies volent des objets mémoriels

D. J’ai le sentiment d’un temps de parole de MJ important, sans doute dû à la contrainte de combiner trois univers

E. Pour faire deviner l’essence de l’arbre, tu décris un champignon-cerveau dessus, Xavier suppose que le c’est le cerveau d’Askafroa, du coup tu valides sa spéculation et ajoute que ça indique l’arbre est un frêne : je suppose que les joueuses ne pouvaient pas faire cette déduction directe, mais que tu as récompensé leur acte d’émettre des spéculations.

Image
photo : Claude Féry, par courtoisie

F. La réussite de ce mélange, c’est une ambiance relativement nouvelle par rapport à vos aventures habituelles, ça me rappelle Charogne et Terres de Sang est Millevaux en terme de rupture.

G. « Je t’offre ici ce sacrifice pour que tu ne nous fasses pas de mal. » : la prière de Walther est glaçante, on est vraiment sur la religion de crainte.

H. Moutons à cinq pattes = signe néfaste : ça fait très emprise / L’Empreinte :)

I. Les hommes guettent les naissances d’animaux malformés, signe que l’emprise pourrait être dans la place

J. Monde des morts = forêt limbique


Image
photo : Claude Féry, par courtoisie

Réponse de Claude :

E. Oui tout à fait 



************

Deuxième session :

Ce week-end nous avons joué la suite avec Au-delà de la palissade, sous l'humus

Lire / télécharger la fiction et le bilan (1h28)

Le ressenti autour de la table était voisin de notre expérience avec une année de répit, la frustration en moins 
Sur les quatre joueuses de ma table, seul Xavier était déstabilisé 
Sa copine était enthousiaste et disposée à jouer une suite 

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photo : Claude Féry, par courtoisie
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Message par Pikathulhu »

MILLEVOSGES

Les dés sont tellement cruels !

(temps de lecture : 6 minutes)

Joué / écrit le 12/10/2020

Le jeu principal utilisé : Inflorenza, héroïsme, martyre et décadence dans l’enfer forestier de Millevaux + Écheveuille, un jeu de rôle tout en un pour s’égarer dans l’infini des forêts de Millevaux en solitaire comme à plusieurs.


N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, u roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse

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Image
Axel Rouvin, cc-by


Contenu sensible : infanticide


Passage précédent :
34. L’Enfer
Plongée au cœur du Jugement Dernier ! (temps de lecture : 7 mn)


L'histoire :

Image
De Mysterii Dom Sathanas, par Mayhem, un album séminal du black metal, brut, liturgique, un hymne à la mort à la fois glacial et martelé. 

Il ne fallut que quelques secondes à l'église pour devenir un holocauste. La charpente s'enflamma d'un seul trait, les vitraux éclatèrent en choeur sous la chaleur et les déflagrations, et des flammes montèrent des bancs comme une forêt infernal.

"Il faut sortir de là !" Cette fois, c'est la Sœur Marie-des-Eaux qui essayait d'extirper ses camarades, malgré ses béquilles et son handicap. Son instinct de protection reprenait le dessus.

Il y avait encore l'opportunité de se réfugier sous la crypte, mais elle avait en tête les avertissements du Père Benoît, et donc elle poussa tout le monde vers une des portes latérales, pressentant que ce serait une erreur de passer par le grand portail. Le prêtre suivit, couvrant la Madeleine de sa soutane. C'était en fait celle qu'il fallait pousser le plus, elle montrait une sorte de réticence à survivre. La Sœur Marie-des-Eaux lui donnait des coups de béquilles aux airs de : "On a pas fait tout ça pour ça !"

BBBBRRVVVVVVVRRRRRRWWWWOUFFFHHH !

La fermière était dehors. Le novice avait suivi.


Et une poutre toute en braises s'était écroulée entre le prêtre et la sortie !

"Non !"

Marie voulut retourner à l'intérieur, mais cette fois, ce fut la Madeleine qui le retint.

"Non ! C'est trop tard ! On peut plus rien faire pour lui !"

Le novice a le visage maculé d'une cire incandescente. C'est la graisse du Père Benoît.

Et autour d'eux, le pandemonium s'était déchaîné.

Une colonne de chars et d'automobiles martèlent la grand'rue de leur poids. Surgis des taillis et des maisons qui sont devenues des ruines fumantes, des centaines de fantassins allemands, rien que dans l'horizon de l'oeil, aussi peut-être sont-il un millier répartis dans la ville, sinon plus. 

Perdu au milieu de bourrasques de fumée, un gars leur fait signe de les suivre. Béret vissé sur la tête, grosses moustaches et un rouleau de ronces passé comme des barbelés sur son épaule.

"Faut pas rester là ! Suivez-moi dans les caves !"

Mais c'est dur de faire confiance aux habitants de Xertigny. L'épisode de la Mémère Peutot est encore vif. Les deux rescapés sont totalement concentrés sur leur survie. Leurs yeux sont brûlants des larmes du Père Benoît disparu à l'instant, mais on gémira plus tard. Chacun doit à l'autre de sauver sa couenne. Il y a cet autochtone et sa proposition de cachette, mais il y a aussi les bois, à portée de sprint, avec peut-être l'espoir de s'échapper du purgatoire.

La Madeleine prend l'initiative. Elle saute du haut de la terrasse sur la grand'rue. La Sœur Marie-des-Eaux lâche ses béquilles et saute à son tour, la fermière la rattrappe. La Madeleine attrappe les bras du novice et le flanque sur son dos. Elle traverse la route aussi vite qu'elle peut, sous le feu des balles perdues. 

Le couvert des bois, cette forêt maudite qui a tout envahie, est accueilli comme le paradis. Elle court encore à travers les broussailles, entre les sapins, jusqu'à ce que le poids du novice la fasse chuter et rouler. Tous deux, ils se cognent contre les pierres et les troncs, ils rient, ils sanglotent.

La ville n'est plus qu'une lointaine rumeur de chaudron, des escarboucles annonçant l'orée. Ils étaient là, à embrasser les lèvres de la terre, simplement étonnés d'être encore en vie.


Image
Diminution, par Leila Abdul-Rauf, un jazz de chambre lunaire, profond et unique pour des forêts hantées par des fantômes vides.

La Madeleine est posée sur un talus, elle se gratte les croûtes. C'est plus fort qu'elle. Elle n'a jamais connu d'autres façons de gérer l'angoisse.

"Du moment que j'ai été une Soubise, on ne m'a jamais permis de me soigner. Pas même d'aller voir un guérisseur. En fait, c'est simple, du moment que mon père a donné ma main, on ne m'a plus rien autorisé du tout. Vous m'avez arraché à ça et pourtant j'ai continué. Je m'autorisais pas à vous aimer."

La Sœur Marie-des-Eaux n'était pas douée pour la consolation, mais elle se demanda ce qu'aurait fait le Père Benoît à sa place. Alors elle s'allongea sur la fermière et la prit dans ses bras. Et ils s'endormirent à peu près comme ça, dans les flambées de la presque-nuit.

C'est à la suite de cette nuit que la notion de cycles solaires et lunaires devint caducque. Il fut dès lors impossible de se situer dans la journée. La forêt aux alentours de Xertigny était plus limbique encore qu'ailleurs. Les deux rescapés erraient, se soutenant l'un l'autre et s'aidant de branches. 

La Sœur Marie-des-Eaux délirait. Elle cherchait Maurice.

Agathe fut la première personne qu'ils virent depuis la bataille.

C'était une communiante tout en blanc, elle souriait comme au jour du ravissement et portait un cierge allumé dans ses mains. La Madeleine et la Sœur Marie-des-Eaux se décidèrent à sortir de leur bosquet pour aller lui parler, il fallait bien se décider à demander son chemin après tout, et la fillette était à mille lieues de l'image qu'on peut se représenter du danger.

C'est alors qu'ils virent un renard émerger derrière lui, à ses trousses, de toute apparence ! La bête pouvait être enragée, il fallait réagir vite, et la Madeleine leva son bâton bien haut.

Le crâne du renard fit un bruit sec, celui d'une noix qu'on casse. La fermière n'avait pas voulu le tuer, mais la peur lui avait soutiré la mesure de ses forces.

Ce que les deux rescapés ne comprirent que bien plus tard, c'est que le renard voulait s'en prendre à des rats qui suivaient la petite. 

Des rats pestiférés.

Ce fut le début d'une ère de survivalisme, à se nourrir de châtaignes, à dormir dans les fossés. Ils ne voulaient plus retourner au bourg. Ils évitaient les promeneurs dans la forêt, suivant juste de loin en loin ce que devenait Agathe.

Quand la fièvre s'empara d'elle.
Quand son cou se chargea de bubons.

Elle errait dans la forêt, dans un état second. C'est sa mère qui dut l'abattre, pour l'empêcher de contaminer des gens.

"Le lac, dont parlait la Frazie, ou crois-tu qu'il est ce lac où je pourrais trouver la paix ?, demandait la Madeleine.
-J'en sais rien.

J'en sais rien.

J'en sais rien..."

Le tonnerre et les éclairs du Jugement Dernier crevaient les frondaisons.

Ce fut par la mère d'Agathe, quand la Sœur Marie-des-Eaux se proposa pour donner les derniers sacrements, qu'ils apprirent que la peste noire était en Xertigny. C'était l'an de grâce 1642.

Le novice parlait souvent tout seul, ou plutôt il parlait à Frazie. Il terminait toutes les conversations qu'ils n'avaient pas eu la chance d'avoir, et parfois il prenait à parti la Madeleine pour lui en confier les conclusions :

"Tu vois, les différentes origines des Vosges cohabitent dans un arbre temporel : comme il y a plusieurs futurs, il y a plusieurs passés, plusieurs causalités qui cohabitent et se ramifient toujours plus avant quand on recule dans le temps."

Ils étaient alors juchés sur le piémont, et la masse brumeuse du massif les surplombait.

"Il y a mille Vosges...", conclut la Madeleine.


Lexique : 

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Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 1332
Total :  65731


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Message par Pikathulhu »

NIHILL

Chasser ou se faire chasser ? Une absurde danse du chat et de la souris. Un récit par Damien Lagauzère

(temps de lecture : 16 minutes)

Le jeu : Bois-Saule, jeu de rôle solo pour vagabonder dans les ténèbres sauvages de Millevaux.  

Joué le 14/02/2019

Image
uncoolbob, cc-by-nc, sur flickr

Pour reprendre la terminologie de Sombre, je dirai que c'est un quickshot car je l'ai voulu exprès court. mais bon, ça aurait pu durer très très longtemps ^^ d'ailleurs, je me disais aussi que ça pouvait servir pour jouer des voyages, en solo ou pas d'ailleurs. dans le cadre d'un campagne sur table, un perso pourrait très bien devoir se rendre seul quelque part, ou rejoindre les autres s'ils ont été séparés. il peut alors jouer le trajet en solo  en tout cas, j'ai eu un bon ressenti en jouant. je sais pas si ça se sent en lisant mais c'était chouette 

MON DESTIN FATAL
    Le Jugement : Devoir sacrifier les siens ; pour un idéal supérieur, une personne sacrifie un être proche.
    La Roue de la Fortune : Pour guérir son amour transformée en hérisson, une personne transforme les membres de sa famille pour en comprendre le processus.

CHASSER ET SE FAIRE CHASSER
    Quelque chose en a après moi. Je ne sais pas ce que c'est. C'est une présence invisible. C'est néfaste. Ça me traque. Ça joue avec moi un jeu malsain du chat et de la souris. 
    Moi aussi, je traque. Je traque les indices. Du plus loin que remonte mes souvenirs, je suis seul. Mais il est impossible que je l'ai toujours été. Je serais mort si personne n'avait pris soin de moi, si personne ne m'avait enseigné à vivre et survivre dans cette forêt. Pourquoi je ne me rappelle de rien ? Cette séparation, cette coupure, n'est pas sans signification. Le destin, ou autre chose, m'a coupé de ceux qui ont pris soin de moi pour une raison bien précise que je ne connais pas. Alors je traque chaque indice qui pourra me révéler quel est mon destin.

UNE QUESTION ET UNE CERTITUDE
    Quel est le sens de ma solitude ? 
    Je suis certain que quelqu'un ou quelque chose préside à ma destinée. On, mais qui et pourquoi ?, veut m'éloigner ou me précipiter vers ce destin qui est le mien. J'ai un rôle à jouer !

UNE CROYANCE
    Je crois en l'existence d'autres mondes. On ne peut pas changer Millevaux, rendre cette forêt meilleure, mais on peut aller... ailleurs.

UNE VERTU ET UN VICE
    Une vertu ? La Tempérance. L'humilité et la modestie sont deux véritables valeurs faisant office de pilier pour moi. La simplicité matérielle est pour moi la garantie d'une richesse intérieure. Cette richesse est partout avec moi. Je n'ai pas besoin de palais ni de coffre pour l'entreposer. Elle est en moi. Cette richesse spirituelle fait de moi un prince où que je sois. Infinie, elle ne pèse rien et me permet de voyager sans me préoccuper de qui pourrait bien me la voler. Cette richesse ne se vole pas. Elle se partage avec plaisir.

    Un vice ? J'avoue pouvoir parfois céder à la colère...

UN SOUVENIR QUI ME HANTE
    J'ai tout oublié de ma vie d'avant la solitude sauf... Ce moment où, retenu captif par un groupe de prédicateurs fous, ces derniers ont cru bon de me défigurer en usant sur moi de leur magie maléfique. La partie gauche de mon corps est couverte d'horribles cicatrices semblables à des brûlures. Mais, pire encore, ils ont fait apparaître un 3ème œil sous mon œil gauche. Il est valide comme les deux autres. Au début, j'ai eu un peu de mal à m'habituer à cette nouvelle vision mais maintenant, je m'y suis fait.

MA QUÊTE
    Ma solitude a un but. Je dois le découvrir. On m'a projeté dans cette solitude car j'ai un rôle à jouer, un rôle important. Lequel ?

MES DEUX SYMBOLES
    1-l'Ermite Platonique.
    2-l’Œil qui comprend le monde.


L'histoire :

    Aujourd'hui, je ne suis pas seul. Un lapin m'accompagne. Je ne sais pas pourquoi il me suit. Je n'ai pas faim. Je pourrais le tuer pour plus tard mais je n'ai pas envie. Je n'en ai pas besoin. Pas encore. J'espère seulement pour lui qu'il ne sera plus là quand j'aurais faim. 
    Mon humeur est à l'image du temps. Il fait doux. Je me sens bien. Je me sens léger. Je regarde ce lapin sautiller autour de moi. Il me fait sourire. C'est peut-être pour ça que je n'ai pas envie de le tuer. C'est horrible ! Est-ce que cela veut dire que je voudrais le tuer quand il ne me fera plus sourire ? Est-ce que sa vie ne tient finalement qu'à ce fil ? Et moi, pourrais-je avoir envie de tuer juste pour cette raison ? Dois-je en vouloir à ce lapin de m'inspirer de telles pensées ? Je le regarde et je ne souris plus. Je pense, et comment puis-je y penser ?, à ces bouffons médiévaux sur lesquels le seigneur avait droit de vie ou de mort. Est-ce là la dimension tragique de toute comédie ? Je ne sais pas.
    Je détourne mon attention du lapin en espérant qu'il se sauve. Je me concentre. Je me laisse guider par mon instinct. Là où mes pas me portent, il y a forcément quelques indices à récolter quant à ma quête. Ce monde n'est pas qu'un simple environnement. Pour un lapin, si, bien sûr, mais pas pour moi. Pour moi, tout a un sens caché que je dois découvrir. Et tous ces sens sont les pièces d'un puzzle que je dois assembler afin de comprendre ce monde et ma place en son sein. 
    Alors, quels signes vais-je pouvoir interpréter aujourd'hui ? Est-ce cet arbre à la forme étrange ? Peut-être ? Allons-voir !

XxXxX

    Cet arbre était encore plus étrange que sa forme ne le laissait à penser. À peine l'ai-je touché que je me suis retrouvé propulsé... ailleurs. Un ailleurs dont je soupçonnais l'existence. Non ! Dont j'étais convaincu de l'existence sans pour autant l'avoir jamais expérimenté. Le seul ailleurs que j'avais expérimenté jusqu'à présent était cette douleur infligée par ces fous qui m'ont défiguré. 
    Je suis toujours dans cette forêt mais plus tout à fait. Le noir est blanc et le blanc est noir maintenant. J'ai l'impression que l’atmosphère autour de moi frissonne. Tout est comme légèrement flou et tremblotant. J'ai l'impression qu'il fait plus chaud aussi. Mais je ne sais pas si cela vient de la température ou de l'appréhension qui s'est emparée de moi. J'ai peur car je ne serais pas étonné que la chose qui me traque soit maintenant tout proche.
    Je ne sais pas si c'est le jour ou la nuit. Avec cette inversion du spectre des couleurs, ce n'est pas seulement ma vision mais ma perception du temps qui se trouble. Il faisait jour quand j'ai touché l'arbre mais le ciel est noir maintenant. Pourtant, j'y vois. 
    Soudain, la température chute. Des trombes d'eau secouées par de violentes bourrasques me tombent dessus et me glacent. J'ai du mal à tenir debout face à cette tempête des plus soudaines. Pourtant, au lieu de chercher un abri, je tente de rester debout, droit, la tête haute. Cet endroit n'est pas l'ailleurs que j'espérais. C'est une métaphore. Cette tempête n'est rien d'autre que la tempête des pensées qui s'agitent en moi. Ces bourrasques tentent de me faire tomber à genoux. Je dois rester maître de mes pensées. Ne pas me laisser aller à la folie. Je suis l'Ermite Platonique, l’Œil qui comprend le monde. En toutes circonstances, je conserve mon calme et ma raison. Ici, je ne suis plus dans la forêt de mon corps. Je suis dans la forêt de mon âme. Je ferme les yeux, mes trois yeux. J'occulte l'un de mes sens et réfléchis afin de trouver le sens de tout cela. Cet arbre étrange m'a conduit ici car il veut me signifier quelque chose. Mais quoi ? Pourquoi me soumet-il à cette tempête ? Est-ce une simple épreuve physique ? Dois-je comprendre quelque chose ? Je tente de rester debout, de marbre, de pierre dans les bois. Des mots émergent dans ma tête. D'où viennent-ils ?

« Chariots à conneries ! J'l'ai pas buté pour la nourriture ! J'l'ai cramé pour qu'personne mette la main dessus. »

    Qu'est-ce que ça veut dire ? Je pense au lapin que je n'ai pas tué. Et si, finalement, je l'avais tué ? Mais pas pour m'en nourrir, juste pour que personne d'autre ne mette la main dessus ? Ne serait-ce pas là le comble de l'égoïsme ? À moins que je ne l'ai tué car je lui en ai voulu des pensées qu'il m'a inspirées ? Ou alors, je l'ai tué pour préserver ceux qui croiseraient sa route de telles pensées ?

    Ai-je tué ce lapin ?

    Une violente bourrasque me projette à terre. Quand j'ouvre les yeux, je suis de retour, au pied de l'arbre étrange. L'air est sec. Je suis trempé. Ces mots résonnent (raisonnent?) encore dans ma tête. « Chariots à conneries ! J'l'ai pas buté pour la nourriture ! J'l'ai cramé pour qu'personne mette la main dessus. » Je cherche le lapin du regard. Aucune trace de lui !
    Je ne sais pas si c'est le matin ou l'après-midi. Que me réserve cette journée ? Ai-je faim ? Oui. Je vais chercher à manger. J'en profiterai pour explorer cet endroit. Je regarde autour de moi et guette un signe de vie. Si ce lapin reparaît devant moi, je le tue, pour la nourriture cette fois ! Je m'éloigne un peu de l'arbre étrange mais avec quand même quelques réticences. Pourquoi ? J'observe la nature autour de moi. J'examine les troncs à la recherche de traces des griffes d'un petit animal qui pourrait me servir de repas. Je reconnais là celles d'un blaireau. Elles ont l'air fraîches. Il est passé par ici, il repassera par là. Il doit nicher non loin d'ici. Je m'allonge derrière un bosquet de roses. Ça sent bon. Juste sous mes yeux passe un scarabée. 
    Le scarabée, symbole solaire, symbole de résurrection. Et si cette forêt à l'intérieur de cet arbre étrange avait eu pour fonction de me confronter à cette tempête ? Cette tempête à l'intérieur de l'arbre, à l'intérieur de moi-même ? Et si cette tempête m'avait transformé, lavé, purifié de la colère issues des mauvaises pensées inspirées par le lapin ? Telle est peut-être la fonction de ce lieu ? Comment puis-je en être sûr ? Dois y retourner pour m'en assurer ? Pas maintenant ! Quoi qu'il en soit, et même en l'absence de certitude, je sais que cet endroit est finalement bon pour moi. Si de nouveau le doute et la colère s'emparent de moi, je reviendrais vers cet arbre.
    Mais pour l'heure, des feuillages s'agitent. Ce n'est pas le blaireau que j'attendais. C'est un faisan. Accompagné de quelques uns des champignons qui poussent là, il sera succulent. 

    Cela aura été une bonne journée pour moi finalement et malgré cette tempête. Je pourrais y rester, quelques temps au moins. Pourtant, même si je sais que je reviendrai, demain je serai ailleurs. Mais où ? Et qu'est-ce qui m'attend là-bas ? 

XxXxX

« Sa vue soulève de honte mon cœur, son odeur broie mon regard.
Je me tourne alors vers celui par lequel les ténèbres arrivent. »

    Je marche sans faire attention à ce qui m'entoure. Mes jambes avancent toutes seules sans que je ne leur donne aucune indication quant à la direction à prendre. Ce n'est que par pur instinct que j'évite les souches et les racines qui pourraient me faire trébucher. Mes pensées sont toutes occupées ailleurs. J'essaye de me rappeler. De me rappeler ce qui s'est passé avant que je ne sois l'objet des folles expériences de ceux à qui je dois mes difformités et mes cicatrices. Je veux aussi me rappeler ce qui s'est passé ensuite. Entre ces tortures et ma solitude. Et si c'était eux qui m'avaient fait sombrer dans l'oubli ? Et si c'était eux qui m'avaient projeté dans cette solitude, cette amnésie ? Pourquoi ? Est-ce encore une expérience ? M'observent-ils ? M'ont-ils fait ça uniquement par cruauté, par jeu ? Dois-je me faire à l'idée que tout cela n'a aucune signification pour eux ? Peut-être n'avaient-ils d'autre but que d'assouvir une pulsion malsaine ? Et ce serait pur orgueil de penser qu'ils m'ont choisi autrement que par hasard... Ils l'ont fait non pour atteindre un quelconque but ésotérique et important. Non, ils l'ont fait parce qu'ils pouvaient le faire. Je dois arrêter de me torturer et songer à passer à autre chose. Ma solitude et l'oubli n'ont peut-être d'autres fonctions que de me permettre de me reconstruire, de devenir autre, de redevenir quelqu'un.
    Quelques grosses gouttes tombent sur mon visage et me tirent de mes pensées. Je lève la tête. Le ciel est gris, presque noir. Les nuages grondent. Le rythme des gouttes s'accélèrent. Le vent se fait plus fort dans les feuillages. Je dois trouver un abri au plus vite. Je me mets à courir. Cette fois, j'ai les yeux grands ouvert et trouve l'entrée d'une grotte. Je m'y précipite.
    J'examine rapidement les lieux. La caverne semble s'enfoncer profondément dans la terre. Je m'en occuperai plus tard, peut-être. Pour l'heure, je suis fasciné par cette tempête aux allures de fin du monde. À quelques minutes près, j'aurais fini trempé. J'aurais pu tomber malade. D'ailleurs, cela me fait penser qu'il serait raisonnable d'allumer un feu. Je cherche parmi les lichens qui recouvrent la roche ceux qui seront assez secs. J'ai de la chance avec les plus éloignés de l'entrée. Mais alors que je m'en vais en recueillir une poignée, j'éprouve une sensation étrange, désagréable. Elle est là. Je le sens. La chose. La créature qui me suit. Elle est là. Je me retourne vers l'entrée de la grotte et essaye de percevoir sa présence. Rien. Elle est au fond de la grotte. Elle était déjà là avant que j'arrive. Elle m'attendait. Et je me suis jeté dans la gueule de ce loup pierreux. La tempête qui m'a purifié hier dans cet autre Millevaux m'a aujourd'hui précipité dans les griffes de mon ennemi invisible. Je sens son influence mais je ne le vois pas. Je reste là, figé. Une partie de moi veut fuir cette grotte. Une autre veut voir cette bête de plus près.
    Je suis pris au piège. Si je sors, la tempête me rendra malade et je pourrais en mourir. Si je reste, c'est la chose qui me tuera. Si je sors, peut-être que je ne tomberais pas malade. Ou peut-être que je survivrais à la maladie. Mais si elle doit me tuer, ce sera long et pénible. Si je reste, la créature me tuera certainement. Mais ce sera bref ! Et là aussi, finalement, j'ai une chance de m'en sortir, que ce soit en réussissant à fuir ou à la tuer. Et si je sors, la bête pourra toujours continuer à me traquer. Je m'empare de mon couteau de chasse et me saisis d'une grosse pierre. J'avance, laissant la tempête derrière moi.
    J'avance dans le noir. Je compte sur les fluctuations de l’Égrégore pour m'indiquer si j'approche de la bête. Cet être est autre. Je ne dois de toute façon pas me laisser abuser par ce qu'elle pourrait me montrer. Non, ce ne serait qu'illusion. Je dois saisir le véritable sens des choses. J'entends un grognement mais je n'arrive pas à déterminer s'il est proche ou loin. Je me fige. Je sais très bien que si, moi, je ne la vois pas, la bête sait précisément où je suis. Elle aussi, elle joue avec moi. A-t-elle un but plus élevé que le seul fait de jouer ? Que de se nourrir de ma peur, puis de se nourrir de ma chair ? Pourquoi moi ? Qu'ai-je fait ? Que lui ai-je fait ? Probablement rien ! Elle ne m'a choisi que par hasard. Je dois m'habituer à cela. Ceux qui s'en prennent à moi ne le font pour aucune autre raison que celle-là : ils souhaitent exercer leur puissance, leur cruauté et... il se trouve que je suis là. Je n'ai pas été mis là pour ça. Ce n'est pas mon destin. Ce n'est que pur hasard. Je vais là où mes pas me portent et il se trouve que partout, car Millevaux est Millevaux, partout il y a des êtres cruels n'attendant qu'une occasion de laisser libre cours à leur cruauté. Cette bête ne fait pas exception. Mais moi, aujourd'hui, je vais faire quelque chose d'exceptionnel.
    Je me concentre. Je veux percevoir les flux de l’Égrégore. Si j'y parviens, je saurais où est la bête. Sinon, c'est elle qui m'attaquera. Dans le noir, je ferme les yeux. Je sens l'air prendre plus de consistance. Dans le noir, dans ma tête, une image se forme. Un... souvenir ? Un homme d'environ mon âge. Je ne me rappelle pas son nom mais je sais que j'ai de l'estime pour lui. Mais l'expression de son visage change, devient dure, menaçante. Il m'en veut. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je le vois prononcer des mots que je n'entends pas car cette vision est silencieuse mais je reconnais la Langue Putride. C'est donc lui ? C'est lui qui a envoyé cette chose après moi ? La vision s'efface et tout est sombre et silencieux. Qu'ai-je pu faire ou que croit-il que j'ai fait pour m'en vouloir à se point ? Si je savais qui il est, je pourrais le retrouver et m'expliquer. 
    Pourquoi ce monstre ne m'a-t-il pas encore attaqué ? Fait-il durer le plaisir ? Non ! J'ai compris. Cette créature n'est pas tapie dans l'ombre à m'attendre. Elle EST l'ombre. Elle m'a déjà englouti ! Cette vision qu'elle m'a envoyée n'avait pour but que de me signifier que la lente digestion allait commencer. Mon heure est-elle donc venue ? Vais-je finir ainsi, lentement digéré dans les ombres, par les ombres ? Non ! À moins d'être déjà un fantôme, que je puisse encore penser et ressentir prouve que je ne suis pas mort, pas encore ! Je peux m'enfuir ! Je cours ! Et tout courant, je fends les ténèbres de la lame de mon couteau.
    J'ai l'impression d'avoir couru pendant des heures. Mais maintenant, je suis dehors, à l'air libre... libre. Le vent et la pluie sont toujours aussi violent mais je m'en moque. Je me retourne vers cette gueule qu'est la caverne et je ris. Ce Léviathan de pierre ne m'a pas dévoré finalement. Sous la pluie battante, je tombe à genoux. Je ris maintenant silencieusement, le regard toujours braqué sur l'entrée de la grotte. Il ne se passe rien. Il ne se passe plus rien. Je n'ai plus rien d'intéressant à apprendre ici aujourd'hui. Je me lève et tourne le dos à mon ennemi. La bête sera de nouveau après moi, mais plus aujourd'hui. 
    Je marche sans faire attention à ce qui m'entoure. Mes jambes avancent toutes seules sans que je ne leur donne aucune indication quant à la direction à prendre. Ce n'est que par pur instinct que j'évite les souches et les racines qui pourraient me faire trébucher. Mes pensées sont toutes occupées ailleurs. J'essaye de me rappeler. De me rappeler ce qui s'est passé pour que celui que je considérais comme un ami m'en veuille au point de lancer cette chose après moi...
    La pluie cesse. J'entends de nouveau le chant des oiseaux. Un bruissement dans les fourrés à côté de moi. La tête d'un lapin émerge d'un bosquet.

XxXxX

Nous ne sommes que des enfants. Nous sommes les proies des Horlas qui chassent dans les rêves.
Nous courons dans la forêt de nos cauchemars.

    Et c'est la fin du mois de Messe. Cette ombre, cette tâche dans mon passé, n'est pas reparue. Pour autant, je ne vais pas bien. Je tousse, je crache, je respire mal. Ces jours de tempête m'ont finalement mis à mal. Et je ne m'en remets pas. J'ai fini par manger le petit lapin, pour regagner des forces. Inutile ! J'aurais pu le laisser vivre.
    En ce moment, je voyage de nuit. Je ne sais pas pourquoi mais je me sens moins mal, moins fiévreux la nuit. C'est peut-être parce qu'il fait plus frais. Comme d'habitude, je vais là où mes pas et le vent me porte. Et cette nuit, le vent me pousse jusqu'à un vieux cimetière. Je souris car n'importe quelle âme simple et superstitieuse y verrait un mauvais présage, surtout dans mon état. Une certaine ironie consisterait à prendre du repos allongé là sur une de ces vieilles pierres tombales, mais non. Pas par respect pour une dépouille qui n'est plus là depuis longtemps, juste parce que c'est inutile et que je dois atteindre le but de mon périple avant... 
    Je vais mourir bientôt. Je le sens bien. Cette mauvaise maladie... Je n'ai rien pour la soigner. Le simple repos ne suffira pas et je n'ai nul endroit où me reposer. Cette forêt n'est pas un lieu très reposant. Si seulement j'avais pu retrouver cet étrange Millevaux du mois de Merdier. Peut-être qu'une nouvelle tempête dans cette drôle de forêt me purifierait de mes maux. Ce cimetière est un lieu de repos. Mais ce n'est pas le repos auquel j'aspire. 
    Il y a tant de choses à apprendre, à comprendre. Et le temps qui me reste me paraît si court maintenant. Pour autant, dois-je renoncer ? Non, je ne céderai pas à la tentation de ces tombes. Je ne me reposerai pas. Pas encore. Je quitterai cette forêt oui, mais pas comme ça.
    Je fais reculer la faim de quelques pas en mastiquant quelques glands tombés là au hasard. Je me baisse encore pour en ramasser d'autres et m'approche de ces arbres. Parmi eux, un noyer. Un seul. On dirait que le vent a repoussé les nuages juste pour que la lune puisse l'éclairer. Je l'observe. Peut-on dire qu'il a une forme étrange, comme cet arbre qui m'avait projeté dans cet autre Millevaux ? Non, rien ne le distingue d'un autre arbre. Je fourre quelques noix dans ma besace. Je ferme les yeux. J'en croque une.
    J'ouvre les yeux dans une salle carrelée. Il y a là d'autres hommes, tous nus. Moi, je ne le suis pas. Il y a des Horlas qui les gavent de farine. Je reconnais ces Horlas. Ce sont des Horlacanthes ! Ils attrapent les hommes nus et les accrochent sur une machine-ronce-lame qui les égorge. Leur cadavre est ensuite jeté sur un tapis roulant qui les entraîne dans un tunnel où ils disparaissent. Je réprime un hurlement. Qu'est-ce que ça veut dire ? Quel est ce cauchemar ? Car c'est bien un cauchemar ! Ce n'est pas... une vision ? Une prémonition ? Non ! C'est une hallucination parce que cette noix que j'ai mangé était pourrie ! Ce n'est pas la réalité. Car si c'est la réalité, cette forêt dans laquelle j'erre depuis des mois, qu'est-elle ?
    Et les Horlacanthes continuent d'égorger ces hommes sur leur machine-ronce-lame ! Est-ce cela le destin des hommes ? Est-ce là fin de mon voyage ? Si c'est ça, je ne veux plus être un homme ! Je veux être ailleurs ! Je veux être... autre chose !
    Je suis de nouveau dans la forêt. Le cimetière, la nuit, le noyer. Elles sont tentantes ces tombes. Et si, finalement, j'étais arrivé au bout de mon voyage ? Je ne veux plus être un homme. Je veux être un arbre. 
    Le visage plein de larmes, je pose une main tremblante sur le tronc du noyer. Le vent souffle. Au matin, il y aura deux noyers dans ce petit cimetière. Et je serai en paix.


Commentaires de Thomas :

A. Je suppose que tu as pris deux destins funestes au lieu d'un pour avoir le choix...

B. "Je suis toujours dans cette forêt mais plus tout à fait. Le noir est blanc et le blanc est noir maintenant. " : Je suppose qu'il s'agit des forêts limbiques

C. "Ils l'ont fait non pour atteindre un quelconque but ésotérique et important. Non, ils l'ont fait parce qu'ils pouvaient le faire." : C'est une perspective assez glaçante.

D. "Je suis pris au piège. Si je sors, la tempête me rendra malade et je pourrais en mourir. Si je reste, c'est la chose qui me tuera. Si je sors, peut-être que je ne tomberais pas malade. Ou peut-être que je survivrais à la maladie. Mais si elle doit me tuer, ce sera long et pénible. Si je reste, la créature me tuera certainement. Mais ce sera bref ! Et là aussi, finalement, j'ai une chance de m'en sortir, que ce soit en réussissant à fuir ou à la tuer. Et si je sors, la bête pourra toujours continuer à me traquer. Je m'empare de mon couteau de chasse et me saisis d'une grosse pierre. J'avance, laissant la tempête derrière moi." Là, on voit bien la mécanique d'envisager les conséquences négatives et positives d'un échec.

E. "J'ouvre les yeux dans une salle carrelée. Il y a là d'autres hommes, tous nus. Moi, je ne le suis pas. Il y a des Horlas qui les gavent de farine. Je reconnais ces Horlas. Ce sont des Horlacanthes !" Hop, un petit tour dans un cauchemar de Coelacanthes... :)

F. ça change, d'avoir un format court, de ta part. C'est reposant :)

G. Je vois pas toujours les procédures de Bois-Saule, donc je saurais pas dire si tu les as appliquées à la lettre (je pense quand même que tu n'as pas forcément appliqué chacune d'entre elles chaque journée), mais on retrouve l'effet de texture détaillée qui est recherché normalement avec ce jeu :)


Réponse de Damien :

A- je ne sais plus trop ^^ je pense oui que j'ai dû vouloir avoir le choix ou mixer les 2 si ça devait rendre bien à un moment. 

B-oui, j'aime bien les Forêts Limbiques, même si je ne joue pas assez avec, ni dedans

C-cela m'a été inspiré par une phrase de... Sade qui, à mon sens, résumes là parfaitement une partie de la nature humaine 😳

D-en fait, je me suis retrouvé dans une situation similaire en jouant dans un mix de Millevaux et la Crasse. à ce moment, mon perso s'est retrouvé coincé la main sur la poignée d'une porte à ne pas savoir s'il valait mieux sortir ou rester. l'air de rien, ce fut un grand moment de jeu pour moi et la confirmation que le jeu en solo était vraiment bien 🙂 

E-bah oui, j'aime bien Cœlacanthes aussi, ça fait partie des éléments récurrents de mes parties qui leur donnent finalement à tous une certaine et relative unité. ptete que ça sera encore mieux quand je commencerai à jouer à Mantra et à la Crasse

F-héhé, là je voulais juste "tester" les règles et ne jouer qu'une scène de chaque parmi ce qu'il est possible de jouer. à l'avenir, j'aimerais bien ne plus me laisser forcément embarquer dans des trucs à rallonge mais plutôt enchaîner des 1 shot plus courts qui trouveront leur cohérence grâce au recours à une table d'éléments récurrents et commun à tous mes scenars. 

G-c'est vrai que dans mes CR je me borne à raconter l'histoire et pas à décrire les aspects techniques de la partie. du coup, les mécanismes de jeu n'apparaissent pas forcément. en plus, parfois, au fil de l'histoire, j'ai tendance à me laisser porter par la narration et "oublier" les règles. c'était le cas par exemple dans mon dernier Chthulhu où, au bout d'un moment, je ne respectais plus du tout les règles de Sphynx mais l'histoire avait pris une telle tournure que ça ne s'imposait plus vraiment. et idem pour Lovecraftesque. J'avoue, j'ai du mal à rester by the book ^^
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LE LAC

Quand pointe la lumière au bout du tunnel, on se prend à chérir l’obscurité.

(temps de lecture : 6 minutes)

Joué / écrit le 19/10/2020

Le jeu principal utilisé : Inflorenza, héroïsme, martyre et décadence dans l’enfer forestier de Millevaux + Écheveuille, un jeu de rôle tout en un pour s’égarer dans l’infini des forêts de Millevaux en solitaire comme à plusieurs.

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, u roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
neoproton, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : suspicion de suicide


Passage précédent :

35.Millevosges
Les dés sont tellement cruels ! (temps de lecture : 6 mn)


L'histoire :

Image
Hexerei im zwielicht der finsternis, par Aghast, une messe noire dark ambient aux accents de sorcellerie menée par la voix spectrale d'une incantatrice droite venue des forêts limbiques.

La Sœur Marie-des-Eaux tomba malade. On craint d'abord qu'elle ait contracté la peste à son tour, mais c'était autre chose, un de ces mille maux qu'on contracte dans la forêt, hors de la taxonomie des apothicaires et autres faiseurs de potions. En l'occurence, il souffrait d'une sorte de langueur qui lui consumait toutes ses forces.

La bête indomptable que la Madeleine avait connu s'effaça pour laisser place à un animal chétif, qui fondait en larmes. Alors que ses blessures physiques s'acheminaient vers la guérison, il continuait à se traîner sur une branche, ne se lavait plus, ne priait plus, et parlait de plus en plus dans le vague, à Euphrasie, à Champo, à son amant horla, à la Sœur Jacqueline, à la Madone à la Kalach, à Raymond son petit frère... tous les habitants de son passé dont l'existence semblait de plus en plus douteuse à mesure qu'il les ruminait.

La Madeleine, qu'il avait fallu pousser au cul jusqu'à présent, endossait maintenant à elle toute seule la recherche du lac et les soins au novice.

Le temps se distendait.


C'est au cœur d'une de ces nuits blanchâtres, quand la Madeleine traînait son fardeau de novice à la recherche d'un nouvel abri dans les bois, qu'ils virent Agathe.

La petite était en tenue de communiante, un cierge à la main, comme la première fois. Elle marchait sur les sentes, ses pieds ne faisaient aucun bruit dans les feuilles mortes, elle suivait le renard. La bête se retourna vers eux, du sang s'écoulait de son crâne. Agathe avait des yeux sans pupilles et un sourire d'eucharistie.

Au-dessus de leurs têtes, dans les branches et dans le ciel sans couleur, des cierges. Des centaines.

Le renard et la fillette avançaient, tout en les attendant.

La Madeleine siffla : "Ça y est, je sens qu'on est sur le bonne voie. Il faut qu'on les suive."

La Sœur Marie-des-Eaux s'affala sur un tronc : "C'est un piège... Il faut... rebrousser chemin... Retourner aux Voivres...
- Le désespoir vous fait dire n'importe quoi. On ne sait même pas quand retourner aux Voivres. Et je n'y retournerai pas de toute façon. Plus jamais je ne retournerai dans le giron des Soubise."

Les yeux du novice étaient injectés de sang noir.
"Alors nous n'avons plus aucune chance... Il n'y a personne pour nous aider ici. Le Vieux et les hommes sont partis. Il n'y a plus que les spectres.
- Il y a moi et vous qui êtes devenu à ma charge, et tant que j'aurai un souffle, je continuerai à chercher l'issue. Il est temps que je vous déleste de moi car je vous porte malheur, comme j'ai porté malheur à Benoît, à Hippolyte, et à mon autre enfant.
- Alors... Allez-y seule. Moi, je reste là.
- Alors oui ! J'irai seule ! J'ai perdu foi en vous, Marie, j'ai perdu foi en l'humanité, alors je n'ai plus que ce chemin. Voilà, j'ai tout abandonné et je t'abandonne à ton tour. Mais je veux que tu continues à te battre. Ton identité vient de ton histoire, si tu veux choisir qui tu es, choisis ton histoire."

Le visage du novice avait la teinte des sentiments pourris. Il regarda à peine la fermière qui emboîtait le pas à la fillette et son renard sous la voûte étoilée des bougies en lévitation.

Il s'affaissa dans l'humus entre les racines, son cerveau s'agglutinait dans une purée de souvenirs. Sa tête hochait de gauche à droite, la bouche pleine d'écume. La vermine lui courait dessus.

"Et l'Homme... qui survivra à la chute...

à la chute

son esprit... chutera 

à l'intérieur... de lui-même

de lui-même

de lui même

... Sa mémoire ....

... Babylone ....

Son esprit chutera

Babylone spirituelle....

s'effondrera... drera

oubliera....

tout ce qui lui était cher

... l'odeur de l'amandier

... le rire de son enfant...

... et ses péchés...

Amen...

Au nom du Vieux...

Jésus-Cuit tout bouillant...

Et l'Esprit Chou

Pour les siècles...

et les siècles...

et des siècles..."


Une silhouette se balançait au-dessus de lui. C'était enfin le Diable, il venait le chercher ! Ses vêtements et ses cheveux étaient roussis, sa peau portait des brûlures. Ses yeux parlaient de traumatisme.

Il lui tendit la main.

"Marie, enfin je vous retrouve !"

C'était...

Le Père Benoît !

"Quand la poutre est tombée devant moi, je suis passé par la crypte, et elle communiquait avec les souterrains de Xertigny... J'ai débouché dans la forêt et depuis tout ce temps, je vous cherchais. Mais où est Madeleine ?
- Partie... par là..."

Le sang du prêtre ne fit qu'un tour. Sans lui demander son avis, il jeta le novice sur son dos, et il courut vers la piste encore fraîche.

C'est alors qu'ils aperçurent l'orée, et les miroitements sans fin d'une grande surface d'eau.

Ils y étaient donc arrivés.

Toute à la joie de retrouver la Madeleine, il se posait mille questions. Il se demandait quel chemin de vie elle emprunterait dans ce refuge, quelle vie elle se réinventerait après la maternité. Il se voyait même... lui proposer de rester auprès d'elle.

Image
An Eternity of Solitude, par Sorrow Plagues, du black metal dépressif et shoegaze, avec un piano cristallin et un chant black éthéré et lointain, un souffle atmosphérique et forestier.


Mais quand ils arrivèrent sur la berge, il stoppa net dans son élan.

L'étendue bruissait d'un souffle calme. Des troncs glissaient à sa surface. Des lanières de branches et de feuilles s'accumulaient sur la rive.

Deux personnes sur la berge. Léonie, la mère d'Agathe, l'air grave, le vent dans les cheveux, son fusil sur l'épaule.

Et l'homme aux ronces, un air de témoin peint sur le visage.

Agathe et le renard étaient sur une barque, en direction d'un tourbillon.

"Madeleine ? Où est Madeleine ?" demanda le Père Benoît.

"Elle est partie.", répondit Léonie.

"Où ça ? Où ça ?"

Léonie pointa les rides de l'eau.

Le Père Benoît s'enfonça à pleine soutane dans le bord turbide du lac. Il voulait la rejoindre.

La Sœur Marie-des-Eaux se laissa tomber sur un rocher crépi de mousse. Quelque chose tout au fond de lui criait qu'il fallait empêcher le prêtre de couler, mais son corps refusait de l'écouter.

Benoît en était à mi-poitrine. Il fouillait parmi les algues.

"Madeleine ! Madeleine !"

La barque d'Agathe avait disparu dans le tourbillon, sans que ça émeuve sa mère. Cela faisait partie du cycle.

Le prêtre continuait son avancée, son col prenait l'eau, et pour autant une force mentale le retenait en arrière ; tiraillé entre Marie et Madeleine.


Les doigts du novice tremblèrent. Les genoux agités de soubresauts. La mâchoire serrée. Se lever, tendre vers, retenir. Des ordres profonds que son âme cherchait à faire parvenir à ses membres. Être là, dans ce lieu-vortex où tout s'explique et se conclut. Et ne rien pouvoir faire.

Moins qu'un animal. Sans voix et sans volonté.

Le desespoir pour dernière palette émotionnelle.

La pourriture de toute empathie.

Qu'il aille au Diable...

Le Père Benoit avait la tête sous l'eau. Il cherchait la Madeleine des yeux, à travers la chevelure du maquis sous-marin, il l'appelait, des bulles, il boit la tasse.

Sur la berge, une carcasse se traîne, coude après coude, mètre après mètre, elle appelle sans sortir de son.

Il croit voir quelque chose, des étoiles éclatent à la périphérie de son regard, il se sent léger, la douleur des brûlures a disparu. Du bruit s'étale au-dessus de lui.

"Aidez-moooooi nooom de Vieux !"

Et une demi-douzaine de tentacules, ou de branches, s'emparent de lui et le tirent, il se débat pour se soustraire à ce horla, mais la chose est plus forte que lui et le remonte hors de l'eau !

Il reconnaît Léonie et l'homme aux ronces, les manches trempées.

Et la Sœur Marie-des-Eaux, qui crache ses poumons :

"Imbécile..."



Lexique : 

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 1446
Total :  67177


Système d'écriture

Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

COMPTINES INFLORESCENTES

Le GN Millevaux poétique et doloriste par kF organisé par mes soins en ligne et en multicanal. Un récit par nompardéfaut

Le jeu : Comptines Inflorescentes, le GN Millevaux de kF

Joué le 10/05/2020 en ligne en multicanal

(temps de lecture : 5 mn)

Image

cola miki & martin LaBar & dave_iam, cc-by-nc, sur flickr


Commentaire de Thomas :

Pendant le confinement, j'ai fait un certain nombre de GN en ligne en multicanal, et je me suis donc lancé dans ce GN torturé et poétique qu'est Comptines Inflorescentes. Le gameplay est intéressant puisque le rôle de l'orga se borne à recevoir les personnages deux par deux et à leur faire des révélations sur leur passé. J'avais mon canal dédié pour ce faire, et ensuite les joueuses allaient jouer l'impact et régler leurs comptes dans leur coin. Je n'en avais des aperçus que lors de mes entrevues avec elles. 
Le jeu est prévu pour 7 prétirés, mais je n'avais que 5 joueuses. Cela a pourtant bien fonctionné, on a écarté les prétirés les moins riches (Rhyvia et Voyageur). Un joueur était un peu perdu donc je lui ai fait des debriefing internes en étant plus cash sur les révélations mais les autres ont eu l'air assez touchés. Un compte-rendu est à venir.


Le retour de kF, l'auteur de Comptines Inflorescentes :

merci pour ton retour ! C'est amusant de lire ce retour, il y a tellement de choses qui ne collent pas à ma pratique et pourtant ça a l'air d'avoir bien marché. Par exemple, je n'aurais jamais imaginé jouer en ne répartissant pas tous les rôles, qui ont chacun leur place dans l'histoire ; d'ailleurs, j'aurais dit que Voyageur était absolument central, mais c'est vrai qu'il ne manque pas tant que ça en étant enlevé !
C'est intéressant aussi d'adapter en ligne des GNs faits pour être joués en physique. Du coup, ça devient essentiellement du JDR freeform - ou plutôt, ça crée une petite enclave spécifique, dont la possibilité est ouverte par Discord. Ca donne matière à réfléchir. Dans mon club, les gens sont assez puristes et n'auraient certainement pas voulu jouer en ligne, avec l'idée de "jouer le jeu comme il est vraiment censé être joué" ; la mort de l'auteur a encore du progrès à faire... en tout cas merci pour ton CR !


Le récit par nompardéfaut :

L'image que je me suis fait de Lucia est un genre de croisement entre une punk enragée, une cancéreuse métastasée et une templière inspirée.

En ce qui concerne le déroulement de la partie, voici son histoire entrecoupée de mes notes pour chaque contine : 

1.
Avec Acide : 
Je viens d'accoucher blessée je m'évanouie
Lucia assiste à la cérémonie de mariage d'Acide
Lucia découpe Acide en moceaux et la fait cuisiner
UN banquet on sert Acide à manger
Lucia mange la chair d'Acide et pleure en mangeant son foie
Acide une personne horrifiée la tient dans ses mains elle  est un bébé

Lucia croit alors qu'Acide est son enfant et qu'elle a mangé son foie. En sortant de la grotte Acide remue le couteau dans la plaie, Lucia est une boule de nerfs enragée qui renvoie dent pour dent chaque remarque d'Acide. Lorsque Prêtre ressort de la grotte il raconte qu'il est perdu et que de toute façon le passé n'a pas d'importance. Lucia le traite de lâche, qu'il choisi la facilité en refusant de porter le poid du passé. Ils se rendent l'un et l'autre dans la grotte.


2.
avec Prêtre :
Lucia refuse de donner son épée

La comptine de l'espoir
C'est un jour ou Prêtre force quelqu'un à scier son frêre ainé, le bourreau s'évanouit, il est forcé de se remettre à sa tache
Lucia est terrifiée et observe mais a juré de ne pas s'opposer à mon père Samuel qui se fait appeler Prêtre
Lucia reçoit l'épée de son père Samuel ou le Prêtre 
Banquet je mange le corps d'une personne, je mange le foie, je pleure. Samuel a pris part au démembrement de cette personne.
Grande bataille en marge, quelqu'un tente de tuer Prêtre, je m'interpose je le protège, je le sauve.

Lucia redouble de rage. Elle comprends qu'elle a tout fait pour son père, qu'il lui a fait porter le poids de ses horreurs et que maintenant il est prêt à tout laisser derrière lui. Acide est présent, il rappelle à Lucia ce qu'elle a commis également. Sorcier est présent, Lucia n'était pas particulièrement hostile à son égard. Lorsque la grotte se vide, Lucia et Sorcier entrent.

3.
Avec Sorcier :
Lucia propose son épée, Sorcier refuse et donne sa bague.

Sorcier cède sa bague. C'est une bague de l'époque de la cité de Précieuse.
Sorcier erre dans Castelgris, il apercoit Lucia dans une aparition publique majestueuse.
Sorcier dans une grotte, Lucia le réveille.
Sorcier fabrique une potion apaisant les douleurs.
Un temps de paix dans la grotte.
Lucia mariée à quelqu'un portant une étoffe rouge.
Sorcier bénit leur union et leur donne la bénédiction de Précieuse.
Lucia prise dans les affres de l'accouchement, on me retire l'enfant de mon ventre. Sorcier est là, il voit l'enfant. Son visage est horrifié, il commande de le tuer et s'enfuit.

Lucia ne sort pas véritablement changée de la grotte. Cendre (et Acide, je crois) rentrent dans la grotte. Les deux personnages restants partent échanger des mots dans une autre zone. Lucia reste seule un moment. Cendre et la personne qui l'accompagne (Acide, je crois) ressortent. Cendre accuse Lucia d'avoir tué son fils Acide. Lucia perd de sa véhémence et montre de la culpabilité. Elle se retrouve seule à seule avec Cendre. Des phrases assassines entrecoupées de silences pour les digérer. L'épée de Lucia lui pèse de plus en plus et elle est petit à petit prise de faiblesse comme écrasée par ce poid. Quand le moment s'y prête, Cendre s'appuie sur Lucia afin qu'elle s'effondre. Lucia verse alors des larmes, elle est anéantie. 

Prêtre pénètre dans la grotte, accompagnée de Cendre, je crois. On entends ses cris lorsqu'il se fait arracher les yeux. Lorsqu'ils ressortent, Cendre explique à Lucia qu'Acide n'était pas son fils et que c'est le foie de quelqu'un d'autre qu'elle a mangé. Le moment venu, Cendre propose à Lucia de se rendre dans la caverne. Lucia accepte mais elle est incapable de se mouvoir. Cendre la porte.


4.
Avec Cendre : 
Lucia cède son épée.

Cendre est ma mère, souvenirs heureux, Lucia aime Cendre.
Cendre est assaillie de visions prophétiques, Putréfaction. Sa parole gêne, elle doit être internée, je ne peux pas m'y opposer.
Nous étions liées mais c'est défait.

Délestée de l'épée, Lucia est à nouveau capable de marcher faiblement. Elle prend appui sur Cendre.


Les deux derniers protagonistes (Sorcier et Acide, je crois) prennent le relais. On entend les cris de Sorcier qui se fait arracher les jambes. Discussion venimeuse entre Prêtre et Lucia. Prêtre lui annonce qu'elle n'a qu'à s'en aller. Elle s'en va jusqu'à l'église abandonnée. Rejointe un peu plus tard par Cendre. Lucia lui parle des vertus de l'aconit (remède et poison). Elles rejoignent les autres protagonistes.


Finalement les personnages se trouvent à devoir faire un choix pour contrer le retour de Putréfaction. Cendre souhaite se sacrifier mais elle en est incapable. Lucia le fait, pour se racheter, pour donner une leçon de courage à son père, par devoir.
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Message par Pikathulhu »

RAMASSER LA PEAU DE LEURS VOIX À L'OMBRE DE LEURS GESTES

Le prologue d’une campagne Millevaux Mantra Oniropunk jouée avec Sève et For the Queen ! Un enregistrement par Claude Féry.

(temps de lecture : 4 mn)
(temps d'écoute : 2h26)

Joué le 01/06/2020

Le jeu : Millevaux Mantra, le jeu de rôle du multivers forestier par Thomas Munier

Image
Mike Kempenich, PacificKlaus, publicenergy, TheoJunior, Vince O'Sullivan, cc-by-nc & WD 45,  cc-by & anonymes, costa acsinte, Lewis Hickes, domaine public & antoine pierre nobilet, par courtoisie


Voici la première partie du témoignage audio du prologue de notre campagne Millevaux Mantra / Mantra Oniropunk Oniropunk jouée avec Sève et For the Queen

Lire / télécharger prologue part I (54 mn)
Lire / télécharger prologue part II (1h)
Lire / télécharger prologue part III (32 mn)


Commentaires de Thomas après écoute du prologue partie I :

A. très bonne idée d’utiliser For The Queen pour établir le setting de la partie

B. Je ne suis pas partisan de proposer le bulletin de sécurité émotionnelle dans Mantra : il a sa pertinence dans Coelacanthes dont il est issu, mais il l’a déjà moins dans Mantra (qui me semble globalement plus safe) et il l’a encore moins à ta table car tu as deux enfants de dix ans, donc on peut supposer que de base tout le monde se serait auto-censuré sur la majorité des thèmes-chocs listés dans le bulletin (en tout cas, je le suppose sans peine à l’écoute de toutes vos parties précédentes) : par conséquent leur énumération lors du prologue aurait pu risquer de mettre mal à l’aise pour rien (ça n’a pas l’air d’être le cas, mais je précise à la fois pour ton auditoire et pour d’autres tables)

C. La campagne Les Brimbeux, c’est fini ?

Image
Claude Féry, par courtoisie


Réponse de Claude :

B. Je considèrais par avance que Mathieu censurerait tous les thèmes. Je souhaitais lui offrir la possibilité de s'exprimer. Il en a profité pour jeter un voile pudique supplémentaire, auquel je n'aurait pas pensé et qui recoupe la préoccupation de Gabriel. Sur ce point la proposition me semble adaptée. Pour Xavier, paradoxalement le résultat n'était pas corru d'avance. Alexane m'a surpris sur les censures apportées ou négligées.
Si aucun n'avait communiqué ses choix propres cela aurait permis de ne pas aborder des thèmes qui auraient choqué les autres joueuses. Bref, j'aurais dû leur demander de rien dire de leur choix avant de leur remettre les bulletins.
Autre précision utile, après le prologue nous jouerons un épisode Millevaux Mantra puis nous basculerons vers Mantra Oniropunk. Le bulletin de sécurité émotionnelle figure dans Mantra Oniropunk au même titre que Cœlacanthes. 

C. Non. Je dirais que c'est probablement une fusion à terme 

Image
Claude Féry, par courtoisie


Commentaires de Thomas après écoute des parties 2 & 3 :

D. Le début avec les canonnades sur la ville, c’est la première Guerre Mondiale ?

E. ça se passe à Versailles ou à Metro ?

F. Intéressant que les PNJ et les PJ mange le nom de Tricorne, à cause de l'oubli je suppose.

G. Si tu ne l'as déjà consultée, je te renvoies vers la description de Metro dans l’Atlas, la description de la surface est très Mantra mais on pourrait aussi localiser le puits des âmes dans les profondeurs.

H. Quand tu demandes "que bois-tu ?", vous contraignez beaucoup Xavier, alors que ça ressemble beaucoup à une question de For the Queen, laissée à une libre appréciation de la personne questionnée : ici, il y a des obligations de répondre, des choix entre plusieurs boissons...

Image
Claude Féry, par courtoisie

I. Tu évoques la ruche : Little Hô-Chi-Minh-Ville en approche ?

J. Je réalise qu’utiliser Millevaux Mantra pour naviguer dans différents lieux de l’Atlas est une idée intéressante.

K. Le Horla qui assaille les personnages est très peu décrit avant même qu’ils prennent la décision de se défendre, ceci me rappelle notre partie de Sève au Gîte Millevaux : on rencontre une créature dont tu dis peu de choses hormis qu’elle a des bois de cerfs, et aussitôt nos trois personnages ont décidé de l’attaquer. Je trouve que c’est une vraie expérience horrifique, dans le sens où, conditionnés par la dureté du monde, nos personnages agressent la première créature vaguement non humaine qu’elles croisent, sans prendre le temps de s’assurer de ses intentions.

L. J’aime le désarroi de Xavier à l’idée de perdre son couteau et son écureuil : on voit que Sève est bien calibré pour les enfants

M. Tu dis que vous avez navigué dans des lieux et dans le temps. Lesquels étaient-ce ?

Image
Claude Féry, par courtoisie


Réponse de Claude :

D. L'épisode historique évoqué ici est La Commune de Paris, ce qui correspond aux Prussiens dont parle Gavroche.

E. L'idée est encore une fois un non lieu. Nous avions convenu que la communauté serait extrêmement resserrée et évoluerait dans un environnement souterrain. Gabriel est l'auteur de la proposition. Il précise sa proposition et la circonscrit aux tunnels du métropolitain inauguré à l'aube du 20 siècle. Xavier regimbe à l'idée d'être privé de son écureuil. Alors Gabriel étoffe sa proposition en indiquant que la Forêt se propage dans les tunnels du métro. Gabriel en créant le personnage pensait très fort à la commune (nom, objets, etc...). Donc nous sommes à Paris au temps de la commune, mais un Paris Millevalisé, un reflet trouble de l'original historique.

G. Je le relirai. Le puits aux âmes investira un autre temps, un autre lieu et un autre temps, mais d'évidence un lien aux profondeurs avec une référence avec à la bataille de Ribemont-Sur-Ancre (III siècle Av JC) et le sanctuaire édifié à l'issue de la bataille. Dans la nuit de samedi à dimanche nous y serons pour procéder aux funérailles d'un guerrier gaulois avec Xavier et Gabriel.

Image
Claude Féry, par courtoisie

H. Ce n'est pas une réponse de For The Queen, mais une question de mon cru, pour ancrer son personnage et insister sur l'attrition. La réponse qu'il apporte ne convainc pas les deux grands. Xavier se place dans une dimension un peu de super héro à laquelle je veux bien consentir pour peu qu'il expose certaines failles. Mon insistance et celle de Mathieu et Gabriel est différente. Je considère par ailleurs que l'eau des canalisations est souillée tandis que celle recueillie au matin l'est moins. La première est souillée de l'égrégore des Versaillais et servira par la suite.

I. La Ruche est la communauté d'âmes qu'ils forment à eux quatre, mais c'est aussi l'annonce de Little Hô et la suite de ma réponse à E. et renforce J

M. Nous avons donc joué à Paris en juin 1871, en juillet 1904 à Paris Millevaux version Féry devenu parasite disons cinq cent ans après l'effondrement, à Villers Saint Paul et Azerailles à la même époque en raison des éléments qui définissent l'Autre (Xavier) et je situerai l'intertitre que nous jouerons la semaine prochaine au format Solitude dans les faubourgs de Little Hô.

Image
Claude Féry, par courtoisie


Thomas :

M. OK, donc tu vas jouer avec une seule personne à Solitude je suppose ?


Claude :

M. Je jouerai avec chacune des quatre successivement 

Image
Claude Féry, par courtoisie
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

[Le jeu de rôle, champ d’expression] 2. Espaces et modes d’expression en jeu de rôle

Quelle marge d'expression le jeu de rôle nous donne-t-il ? Avec quel langage ? Suite de la série "le jeu de rôle, champ d'expression", où l'on aborde le média comme lieu d'expérimentation et de transgression, qui nous permet de refléter et déformer nos personnalités et nos visions du monde.

(temps de lecture : 9 mn)
 Image
Illustration de Mary Sibree (domaine public)
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LES ABYSSES

Trouver la sortie du purgatoire est au prix de cette visite !

(temps de lecture : 9 mn)

Joué / écrit le 02/11/2020

Le jeu principal utilisé : Inflorenza, héroïsme, martyre et décadence dans l’enfer forestier de Millevaux + Écheveuille, un jeu de rôle tout en un pour s’égarer dans l’infini des forêts de Millevaux en solitaire comme à plusieurs.

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, u roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
molly des jardins, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : mutilation, horreur indicible


Passage précédent :
36. Le lac
Quand pointe la lumière au bout du tunnel, on se prend à chérir l’obscurité. (temps de lecture : 6 mn)


L'histoire :

Image
Selected Organ Works, par øjeRum, un orgue soliloque pour une ambiance de recueillement, de solitude et de pluie.

Des pétoches allaient de leur dernière fumée alors que s'achevait la messe que le Père Benoît avait tenu à dire en l'honneur de la Madeleine. Il se tenait au bord du lac, les yeux rougis, les dents serrées.

Toutes les conjectures étaient possibles quant à l'avenir de la fermière, y compris les pires.

Mais la présence muette de Léonie et de l'homme aux ronces, Boniface Sartory comme il se présenta, les aida à envisager le meilleur, ou du moins à accepter l'inéluctable.

"Les ronces ont une forme de science. Voilà pourquoi je les façonne.", expliquait Boniface sur le palier de sa bicoque. Les flots du lac ponctuaient sa voix.

Avec ses mains écorchées, il arrangea une sphère avec ses ronces. On eut dit la sphère armillaire d'un autre monde. "La vérité passe par le mal", dit-il en montrant le sang qui perlait à ses doigts.

"La question, c'est comment sortir ?", demanda la Sœur Marie-des-Eaux en plongeant, comme à défi, sa main dans le labyrinthe de ronces, puis fouillant le sable au-dessous.

"La réponse, vous l'avez au creux de votre poing."

"Les souterrains.", conclut la Sœur Marie-des-Eaux.

Le Père Benoît restait sidéré, assis en face des eaux. 

"Vous lui avez dit adieu.", commenta la Sœur Marie-des-Eaux. "Et moi, j'ai connu le choc nécessaire pour entamer la guérison. Il est temps que nous partons."

"Ce qu'il y avait de la crypte...", murmure le prêtre.
"Vous feriez mieux de garder ça pour vous", intima le novice.

Il n'était plus avec eux sur les rives. Il était de retour sous l'église, en pleine revoyotte.

Là où conduisait la pelote de laine, sous la fournaise, là où le pressaient les mouches.

Dans le tombeau, le cadavre qui pourrissait, mais dont on voyait encore la barbe.

"C'est bien ce que nous pensions.", bourdonnèrent les mouches.
"Le Vieux est mort. Depuis longtemps."
"Vous mentez !", protesta le Père Benoît
"Crois ce que tu veux, nous avons nos conclusions. Tu t'es débarassé de nous, mais nous n'avons plus besoin de toi. Nous avons vu ce que nous voulions voir."
"Mais comment est-il mort ?"
"Je pencherais pour un suicide."
"Une évasion vers un autre monde."
"Et maintenant, autre chose a pris sa place."
"Je sens sa présence..."
"Sous terre..."

"Taisez-vous ! Taisez-vous !"

"Tu peux continuer à te voiler la face si tu veux, Benoît. L'évêque a pris sa place et a manipulé ta mémoire pour que tu te croies un simple exorciste. Tu as dû subir les entraînements dans les forêts limbiques, et les faire subir, et former d'autres, comme la Soeur Jacqueline, pour qu'elles en entraînent d'autres, de gré ou de force, comme la Sœur Marie-des-Eaux qui n'avait rien demandé. Et ton propre frère est mort durant un de ces entraînements. Tu peux continuer ton sacerdoce ad vitam si tu veux, mais sache que tu vis la vie d'un autre. Te raconter des belles histoires n'en changera rien. Et fermer les yeux sur ce que tu viens de voir dans la crypte ne fera revenir personne d'entre les morts."

Il voulait oublier tout ça, mais ça le secouait trop, ça le secouait très fort.

C'était le novice, il l'avait pris par les épaules, et l'avait extrait de sa rêverie.

Boniface leur montrait le chemin. 

"Vous avez raison. Il est temps de revenir parmi les vivants."

Et c'est sous le souffle du vent dans les feuilles qu'ils refirent le chemin en sens inverse vers Xertigny, traversant le temps à mesure qu'ils allaient de bosquet en essart, de friche en orée.

Ils arrivèrent de nuit et les lumières réparties entre les bâtisses leur firent comprendre que les allemands étaient toujours là et montaient la garde. Mais les ronces guidaient Boniface et ils passèrent exactement dans les trouées d'ombre que les regards des vigiles ne couvraient pas, jusqu'à ramper aux abords du château des Brasseurs.

Il y avait des lumières aux fenêtres, on supposât quelque soldat en faction. Heureusement, il y avait une entrée de cave en extérieur, et le novice en fit sauter le cadenas à l'opinel.

"Je vous laisse là, fit Boniface. C'est ici que je suis mort, c'est ici que je vis.
- Adieu."


Image
Never Forever, par Monarch, du drone-sludgecore assagi, toujours aussi pesant dans les instrus mais marqué par un chant féminin tour à tour éthéré et désespéré, une incantation de sorcellerie qui éventre la nuit.

Une torche improvisée leur révéla l'intérieur des lieux. Des endives blafardes, des pommes de terre germées, des bouteilles carossées de poussière. Partout des lianes sans couleur pendaient du plafond bas, et des colonies de moisissures blanches avaient investi les parois. Un escalier remontait et une mince ouverture communiquait vers d'autres réseaux souterrains. Ils marquèrent un temps. Ils partageaient le sentiment qu'il n'y aurait peut-être pas de retour en arrière possible.

Mais il fallait tenter.

Le Père Benoît les bénit tous les deux, machinalement, puis ils contournèrent l'escalier et s'engagèrent dans l'arrière-salle.

L'impression d'être accueilli dans le souffle même de la bête.

Leurs pieds s'entortillaient dans des vermicelles végétales. Les murs étaient glacés et visqueux au toucher. Tout un chaos de briques et de tessons témoignaient des précédents usages de ces caves. Des voûtes ramollies par le temps semblaient soutenir avec peine le poids du monde.

Leur instinct leur disait que la sortie était dans les niveaux inférieurs. Le seul accès, c'était un puits avec de simple barreaux de fer corrodé pour descendre. Le Père Benoît retint son souffle, puis expira bruyamment. Rien de leurs entraînement conjoints ne les avait préparés à ça. Enfin, il se résout à s'engouffrer dans les tréfonds.

Il eut été imprudent de descendre à deux en même temps sur ces barreaux à bout de force. La Sœur Marie-des-Eaux eut l'impression d'attendre une éternité.

"C'est bon, vous pouvez y aller."

Ils échouèrent dans un couloir glissant, sujet à la maladie de la pierre. Les deux issues étaient condamnés. Le Père Benoît parvint à desceller des moellons d'un coup d'épaule. 

À présent, ils étaient dans les catacombes. Leurs semelles laissaient des bruits secs à mesure qu'ils piétinaient des ossements. Le Père Benoît se signait sans arrêt, sa torche dévoilant des dizaines de crânes entassés dans des alcôves, sur lesquels les champignons et les lichens avaient poussé. La forêt avait colonisé jusqu'à cet endroit, des racines tapissaient les murs et le plafond, flottaient au gré des courants d'air.

La lumière passa sur un croisement.

Au fond de l'autre couloir.

Un homme.

C'était un soldat du Reich. Il se traîna jusqu'à eux. Sous son casque rouillé, son visage était blanc, un suaire. Il n'avait pas d'éclairage, mais ça n'avait pas eu l'air de le gêner. Il tâtonnait et regardait partout, comme s'il cherchait quelque chose.

Il s'adressa à eux : "Meine Hand..."

Son bras s'éleva. Un moignon sanglant le terminait.

Il les regarda de ses yeux creusés : "Diebe ! Voleurs !"

Et son autre main se serre sur son pistolet Luger.

La survenue de cet ennemi était peut-être ce qui manquait au novice pour réactiver ses réflexes de guerre. Déjà il brandissait son opinel au-dessus de sa tête, prêt à le lancer. Son visage était encore marqué des brûlures de graisse, il était en mode sauveur.
Le Père Benoît ne voulait pas perdre une ouaille de plus. "Cours !", boualla-t-il en tirant la manche de son compagnon. Il tirait d'autant plus fort qu'au fond de lui, il était certain que ce fantôme n'était qu'une entracte, des entités bien plus terrible les attendaient en bas !

L'opinel se planta dans le casque du soldat et la balle siffla juste au-dessus de leurs têtes.

"Jésus cuit tout bouillant !", jura la Sœur Marie-des-Eaux. Il pouvait pas abandonner son couteau. De rage, il balança un crâne à la figure du mort-vivant, puis courut dans sa direction. Il lui arracha le Luger des mains, puis lui éclata la gueule à coups de casque. 

"On se calme ! On se calme ! On se calme !" Les exhortations du Père Benoît n'y firent rien. La Sœur Marie-des-Eaux avait retrouvé sa hargne d'enfant-soldat. Toutes les violences de l'entraînement de la Madone à la Kalach et de la Sœur Jacqueline lui revenaient, et le fantassin revenant ne faisait pas le poids face à ça.

D'abord le prêtre tenta de le relever, de le stopper, mais bientôt l'énergie lui manquat ; il se sentait tout mou et avait des étoiles plein les yeux. Enfin, le novice se remit debout. Il avait récupéré son opinel et l'entraîna plus loin dans les corridors ; le Père Benoît croyait nager en plein cauchemar.


Image
S/T par Monoliths, un drone doom sans parole massive et vénéneux pour rituels cosmiques à des majestés chtoniennes.

Ainsi, c'était à cela que ressemblaient les abysses. Des hypogées tapis sous des couches et des couches d'escaliers et de tunnels descendant. Des masses de vide qui ne furent pas construites de main d'homme. Des étendues glaiseuses vierges de vie, le domaine des scolopendres géants, aveugles et transparents, là où des rats blancs et presque sans pattes grignotent la mousse sur les tombeaux de races immémoriales, là-dessous, en-deçà du temps et du monde. 

Il y avait bien un passage qui semblait conduire vers ailleurs, avec un courant d'air supposant une sortie. Mais l'entrée étaient garnies de racines qui vibraient littéralement. Elles semblaient percevoir le poids des pas des visiteurs et s'animaient à leurs approches. Des succoirs terminaient chacune d'elle. 

"Elles ont l'air carnivores. Il faut pas se risquer là."
"Alors la seule issue qui nous reste, c'est plus profond encore."

À cette idée, même la Sœur Marie-des-Eaux, pourtant imperméable à bien des émotions, dont la peur, déglutit avec force.

Dans la galerie, c'était les racines carnivores. A remonter, c'était le purgatoire et ses dangers. Il ne restait en effet plus que ce boyau qui s'acheminait vers les tréfonds, garni de pierres formant escalier, possiblement déposée ici à dessein par quelques créatures d'une époque abolie.

Alors qu'ils descendaient, s'accroissait la sensation d'avoir toute la masse de la planète sur leur nuque.

À leur grande surprise, la caverne où ils débouchèrent était encore plus chargée de vie que les étages supérieurs. Des colonnes de mycoses servaient de support à des araignées et des polypes, tous d'une pâleur mortelle. Leurs visages se prenaient dans des toiles collantes, comme les pièges à glu que le Nôno Elie mettait dans les arbres pour capturer des oiseaux. Leurs pieds foulaient un limon où des poissons plats se cachaient.

C'est alors qu'ils remarquèrent SA présence.

D'abord, ce fut juste l'odeur, plus forte qu'ailleurs, un remugle qui semblait trop fort pour être diffus. Ce relent de fond des âges, berceau de la pourriture de générations et de générations, ils l'associèrent bientôt à une chose d'un seul tenant, plutôt qu'à une propriété d'un seul tenant.

Et quand ils avancèrent vers ce qui semblait une vaste cavité, ils comprirent qu'ils n'avaient pas affaire à un creux, mais à un plein.

Ils étaient au pied de QUELQUE CHOSE.

Et là, la Sœur Marie-des-Eaux commit l'erreur qu'ils regrettèrent aussitôt.

Il braqua sa torche vers ces ténèbres.

Ce fut fugace, parce qu'aussitôt après, ils avaient tourné les talons et ne regardaient plus, mais ce fut déjà trop.

Des bouches, ou à tout le moins des ouvertures munies de sphuncters et de dents.

Des yeux, ou à tout le moins des surfaces vitreuses qui épient.

Des membres, ou à tout le moins un ensemble de palpes, de sabots et de mandibules qui se meuvent.

Et le cri.

Un vagissement, ou plutôt une trainée sonore sans début ni fin, une abomination acoustique, qui, malgré toutes les maladies d'oubli dont chacun souffre, n'aurait jamais la clémence de se retirer de leur mémoire.


Lexique : 

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 2138
Total :  69315


Système d'écriture

Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

LA PAIX DES OURS

Entre oubli, violence et sauvagerie, une excursion de l'Autoroute des Larmes dans le vieux Sud américain. Un récit par Gudrun


Le jeu : L’Autoroute des Larmes, un road-movie triste et chamanique par Thomas Munier

Joué le 23/08/2020

Avertissement sur le contenu : voir après l'image

Image
bgwashburn, brian gonzalez, cc-by & grepsy, cc-by-sa

Contenu sensible : violence raciste


L'histoire :

On commence à Nashville, quelques décennies avant l'avènement de Millevaux. Autrefois, les populations autochtones vivaient ici et vénéraient la montagne sacrée. Puis ces cons de blancs sont arrivés. Ils ont ravagé la montagne parce qu'elle contenait de l'or. Mais elle n'en contenait pas beaucoup.

Alors la ville s'est appauvrie aussi vite qu'ils l'avaient bâtie. Misère, drogue et fange sont maintenant son lot quotidien. Les autochtones bossent comme ouvriers agricoles ou vendent du shit. La montagne est creuse et les anciens chercheurs d'or font la manche sur le trottoir.

On crée le personnage :
Kwanita
objectif : trouver la paix intérieure
symboles : chamanisme, folie

Kwanita est un Ojibwa. Il bosse dans un garage et se résigne sur son sort. Il n'a pas tellement d'amis, manque de thune, et surtout de sens dans sa vie. Il est assez féru de chamanisme mais c'est un type tranquille.

Il a 3 contacts :
1/ Hanjemi, une vieille qui lui a enseigné le chamanisme. Elle vit aux abords de la ville dans une cahutte. Elle fume des calumets toute la journée et se balade en costume traditionnel. Les flics l'ont perquisitionnée plusieurs fois mais ils n'ont jamais rien trouvé d'autres que du tabac chez elle.
2/ Mike, un blanc qui bosse à son garage. Un pote à lui.
3/ Son petit frère, Wakiza. Ses parents le lui ont confié parce qu'il n'y a pas d'école là où eux habitent.

Il connait 3 lieux étranges dans la forêt :
1/ Une clairière avec un grand totem de pierre qui représente l'esprit du serpent, l'esprit de l'ours et l'esprit de l'aigle. Il a vu ce totem étant enfant et il l'a trouvé assez creepy.
2/ Une crevasse avec une cascade, pas loin de la mine abandonnée. La légende prétend qu'un guerrier y aurait combattu un ours et que tous deux seraient partis dans le courant.
3/ Une cabane en gros rondins de bois avec des tonnes d'attrape-rêves et un gros crâne de vache devant. Il y est allé plusieurs fois, à chaque fois elle était vide.

On est en fin de journée. Le soleil se couche, faisant des ombres de sapins un tas de mikados sur la ville. Kwanita est chez lui, en train de se faire des tartines de sardine sur du pain. On frappe à la porte, il va ouvrir.

C'est Kyee, le meilleur ami de son petit frère. Il est inquiet.
-Wakiza est là ?
-heu...
-Il m'avait dit qu'il allait chez ses parents pour les vacances mais aujourd'hui il a raté la rentrée. Il est malade ?

Kwanita est soudain pris d'un doute. Il voulait faire une surprise aux parents en leur amenant Wakiza en autostop pour les vacances. Mais il ne se rappelle ni de l'avoir emmené ni de l'avoir récupéré. Il lui semble l'avoir vu pour la dernière fois en allant le chercher à l'école à la fin du trimestre, et après, black out complet.

Il appelle Wakiza, qui évidemment n'est pas là. Kyee s'inquiète. Il a peur que son ami ait été enlevé. Kwanita lui dit de ne pas s'en faire, que Wakiza doit simplement être chez leurs parents et qu'il va aller le chercher en autostop le lendemain. Kyee demande si il peut venir.
-tes parents sont d'accord ?
-vous pouvez les convaincre ?
-soit.

Kwanita et Kyee traversent les rues boueuses pour aller chez Kyee. En chemin, un vieux chercheur d'or estropié bouffé par la tuberculose leur vend une carte censée mener à un gisement d'or. Kwanita est très sceptique, mais le vieux avait l'air de crever de faim. Ensuite il rencontré le père de Kyee. Un sioux de 2 mètres qui dégage une force démesurée. Pour arriver à le convaincre, Kwanita doit accepter un prix à payer : il devra s'assurer, sur la route, que le vieil oncle ermite du sioux est toujours en vie et lui remettre un sachet de tabac. Mais le sachet de tabac semble spécial, il dégage une énergie étonnante. « et surtout ne le consommez pas en route ! »

Kwanita rentre chez lui. Alors que la nuit tombe, il essaie de faire un rêve de shaman pour retrouver ses souvenirs. Il s'enfonce dans la forêt, et dans ses souvenirs. Il aperçoit un souvenir datant d'un peu après sa dernière trace mémorielle de Kyee. Il se voit lui même, complètement hagard, errant dans la forêt. Il suit l'opposé de son chemin pour trouver d'où il vient. Pour retrouver son point de départ, il doit affronter un cauchemar. Dans un tronc d'arbre creux, il voit une grotte où un ours dévore un enfant. Ensuite il tombe sur la cabane avec le crâne de vache. À l'intérieur, des traces de lutte, et une piste qui remonte plus haut dans la montagne. De toute évidence d'autres gens sont parti.e.s de la cabane dans la direction opposée. Si il veut atteindre le bout de la piste, il y a un prix à payer : l'ours du cauchemar va le poursuivre.

Kwanita court à toutes jambes mais l'ours le rattrape. Il glisse dans une pente pleine de graviers et s'éclate la tête sur une pierre au bord d'une rivière. L'ours lui saute dessus. Il choisit de gagner un pouvoir. L'ours lui bouffe un bras et une jambe en plus de lui lacérer le torse à coup de griffes. Le corps de Kwanita est emporté par le courant. Il se rattrape avec son bras et retrouve la piste en rampant. Elle mène jusqu'à la crevasse avec la cascade qui coule au fond. Son sang coule sur la pierre et tombe dans la rivière.

Kwanita se réveille aux alentours de 3h du matin alors qu'un oiseau bouffe le pain de sa tartine. Il mange puis va se coucher.

Le lendemain aux première lueurs il va chercher Kyee. Ses parents l'ont mis en costume traditionnel. Ils partent tous les deux faire de l'autostop à l'entrée de la forêt.

Une voiture de la police locale arrive.
-Vous n'étiez pas en train de faire de l'autostop ?
-non non on attend un ami pour démarrer une randonnée...
-Vous devriez pas, des gens disparaissent en ce moment. Surtout des comme vous si vous voyez ce que je veux dire. Alors prenez garde et prévenez la police si un de vos proches disparaît.
Les flics se cassent.

Ensuite une voiture rose arrive. Une fille entre deux âges leur demande où ils vont.
-À Owkland-Gulch
-J'y habite. Montez.
La fille (on a oublié de lui donner un nom donc ce sera « la fille » jusqu'à la fin) rappelle quelque chose à Kwanita mais c'est flou.
-excusez moi, on s'est déjà croisé quelque part ?
-non je ne crois pas

Pendant le trajet Kwanita voit Kyee dérober des choses dans le sac de la fille. Il ne dit rien. À un moment Kwanita a une vision fugitive : il aperçoit une écureuil géant bouffer le corps d'un autochtone dans les fourrés. Il ne dit rien.

La fille les invite dans un snack. Des serveurs faméliques amènent des frites nuggets à quelques familles. L'endroit est franchement glauque. Il y a un distributeur qui donne des bulles en plastique avec des jouets. La fille donne une pièce à Kyee pour qu'il ait un jouet. Un porte-clé avec un écureuil en peluche sort de la machine. Ensuite ils s'attablent tous les trois et discutent. La fille est photographe, elle s'intéresse beaucoup au chamanisme et ferait bien des séances de photo avec eux. C'est un peu vendre leur culture aux blancs, mais Kwanita s'en fout. Ils échangent leurs numéros.

Puis le garçon va aux toilettes et assez vite la fille aussi. Kwanita se retrouve seul. Les deux autres mettent du temps. Il va voir dans les toilettes des hommes. Deux grands gars se lavent les mains. Kyee pleurniche dans une cabine. Kwanita lui demande d'ouvrir et entre. Kyee s'est fait engueuler par la fille parce qu'il lui avait piqué des trucs. Elle lui a tout repris. Pourtant il y avait des belles photos et des dessins avec des jolis symboles. Kwanita le console et il ressortent. Les types qui se lavaient les mains se retournent. Ils ont chacun un patch du drapeau confédéré sur leur veste. Les deux gros crânes rasés commencent à les intimider :
-Non mais regarde moi ces sous-races dégénérées, ça viole ses propres gosses dans les toilettes, non mais vous avez pas honte ! 

Le ton monte. Kwanita refuse de se laisser cracher dessus par les deux fachos. Il leur tient tête. Ils se mettent torse nus (l'un d'eux a une croix celtique tatouée sur un bras) et se préparent au fight. Kwanita dit à Kyee de fuir. Kwanita est dans la merde, il ne fait pas le poids face à ces deux masses de muscles. Il dépense son pouvoir.

Il esquive un coup de poing du premier qui explose un distributeur à savon et fout un coup de pied au deuxième. Les coups pleuvent, il éclate le crâne du premier contre un lavabo et explose l'autre sur le carrelage. Il s'est fait péter le nez mais il les a tous les deux foutus par terre. Il leur fout des coups de pieds dans les côtes et se casse. Il se sent fort, il a l'impression qu'une force magique lui confère de la puissance. Il récupère Kyee « la fille a payé et elle est partie ». Au comptoir, une vieille autochtone se lamente de la disparition de son compagnon. Kwanita s'entretient brièvement avec elle.

Ensuite ils vont chez les parents. Évidemment, Kwanita n'a jamais amené Wakiza ici. Sa mère se met à paniquer. Elle hurle qu'il faut tout de suite mettre son fils en transe dans une tente pour que les souvenirs reviennent. Et ni une ni deux Kwanita se retrouve dans une tente, en sueur, noyé dans de la vapeur. Il s'enfonce dans des hectolitres de sueur et replonge dans ses souvenirs.

Il se voit sur la route dans la forêt. Il voit l'auto rose garée sur le bord de la route. Il suit une piste et se voit en compagnie de la fille et de Wakiza. Elle fait des photos d'eux en tenue traditionnelle. Elle leur propose ensuite d'aller se désaltérer à la cabane où il y a de quoi boire. Elle fait un clin d'oeil discret à Kwanita, qui le lui rend. Ensuite ils entrent dans la cabane. Kwanita est à l'extérieur et ne voit pas ce qui se passe. Il essaie de rentrer dans la cabane en pensant être invisible et ne pas perturber le souvenir. Le prix à payer serait de demander à ses parents de verser le sang de Kyee sur lui pour prolonger la vision. Il refuse et prend un pouvoir. Il provoque un paradoxe mémoriel, la vision se stoppe et un problème supplémentaire apparaît : il est amoureux de la fille.

Ses parents le pressent de questions. Il pense pouvoir retrouver son frère à la cabane. Sa mère lui ordonne d'y aller tout de suite, alors que la nuit tombe. Il s'exécute et part dans la nuit avec Kyee. Il appelle la fille par téléphone.
-Quand on a fait des photos dans la forêt, tu sais où a fini mon frère ?
-Il n'est pas reparti avec toi ? Dans mon souvenir c'est ce qui s'est passé
-ah. Pourquoi tout à l'heure tu as fait comme si on ne se connaissait pas ?
-écoute, je préfère en parler en vrai. Je te donne rendez-vous à la cabane.

Dans les rues, ils tombent sur une bande de six skinheads suprémacistes blancs :
-Comme on se retrouve. Alors comme ça tu tabasses nos frères ?
-Écoutez j'ai pas envie de me battre. Vous êtes six et je suis seul.
-On se protège comme on peut. La guerre des races est proche. On sait ce qui se prépare. Vous, les peaux-rouges, vous disparaissez tous dans la forêt en ce moment. Vous passez dans la clandestinité et vous vous préparez à la lutte armée. On sait comment ça finit, c'est comme les chiens enragés, on leur donne la main ils bouffent le bras. Si aujourd'hui on te laisse tabasser nos frère, demain tu vas débarquer en armes, tuer nos enfants, violer nos femmes et incendier nos maisons avec tous tes frères dégénérés. Alors oui on est six. Et on va te défoncer.
-Comment vous pouvez croire que c'est vous les victimes dans cette histoire ! Les parents des disparu.e.s pleurent chaque jour !
-C'était pareil pour le black panther party, les parents pleuraient aussi quand leurs enfants entraient dans la clandestinité pour pratiquer la lutte armée. La guerre des races est proche. En fait elle commence maintenant.
Les skins s'apprêtent à le dégommer. Kwanita dépense son pouvoir. Il fracasse le crâne du premier contre le second, met une balayette au troisième qui tombe sur le quatrième, éclate le cinquième à coup de poings et met un coup de coude dans le pif du dernier. Les six skins sont au sol.
Kwanita se casse en courant avec Kyee.

En bordure de la ville, alors que la nuit tombe, je lui impose un choix :
Soit il tombe sur un voiture pleine de skins, soit Kyee pleure et veut rentrer en lieu sûr. Il choisit de faire un détour pour raccompagner Kyee chez les parents. Puis il repart.
Je lui impose de choisir entre rencontrer la police locale ou rencontrer une voiture de skins.
Il choisit la police.

-Qu'est ce que vous faites monsieur ? Vous savez qu'il y a beaucoup de disparitions en ce moment. C'est pas prudent de partir seul dans les bois à une heure pareille, 'croyez pas ?
-Pour tout vous avouer je cherche mon frère disparu. Je crois qu'il est dans une cabane au fond des sapins.
-Pourquoi vous n'avez pas appelé la police ?
-Bin écoutez, entre nous, on dit beaucoup que la police ne fait rien pour les disparitions.
Les deux flics, vexés comme des poux, mettent un point d'honneur à l'accompagner. Il préviennent le commissariat et s'enfoncent dans la forêt avec lui. Les deux flics s'appellent Bob et Pete.

En chemin, Kwanita voit l'ombre d'un écureuil géant. Il en fait part aux autres, qui fouillent dans les forêts. Soudain Pete pousse un cri. Ils le voient face à eux, pâle et souffrant le martyr. Il s'effondre. Dans son dos, un écureuil de la taille d'un chimpanzé adulte est en train de lui graver un pentacle dans la chair. Bob hurle. L'écureuil se jette sur Kwanita.

Il consomme un peu du tabac du père de Kyee.

Ses poils poussent, il hurle, devient plus fort et fracasse l'écureuil contre un tronc d'arbre. Les flics lui demandent si ça va. Le joueur répond avec une voix extrêmement grave et caverneuse
-OUI ÇA VA. JE ME SENS BIZARRE MAIS ÇA VA PASSER.
Les flics sont terrifiés.
Soudain ils s'aperçoivent que l'arbre en face d'eux est recouvert d'écureuils géants. La nuée d'écureuils saute sur Kwanita. Si il veut les vaincre, Bob le flic va mourir. Le joueur accepte et suggère que ce soit lui même qui tue le flic dans un mouvement de rage.

Kwanita mute, sa masse musculaire se multiplie par 4 et sa pilosité par 6. Il massacre tous les écureuils les uns après les autres et lacère le corps de bob. Pete le flic s'enfuit dans les bois.

Kwanita va à la cabane. La fille l'attend. Elle est surprise de le voir dans cet état :
-les souvenirs te sont revenus très vite. Tu as déjà acquis tes pouvoirs, tu es déjà en communion avec le maître.
-QUELS POUVOIRS ? QUEL MAÎTRE ? OÙ EST MON FRÈRE ?
-tu te rappelles du rituel ? Je te propose qu'on en discute dehors, je dois t'emmener quelque part.

Kwanita se rappelle alors avoir rejoint un courant marginal du chamanisme, il y a quelques mois. D'abord en rencontrant un type dans la forêt, puis en discutant avec un mendiant, qui lui a donné l'adresse d'un adepte, il a fini chez la fille à faire un rituel de communion avec celui que tout le monde appelle le maître. Ce rituel impliquait une période d'oubli, pour se questionner. Maintenant Kwanita a franchi cette étape, il devient un vrai serviteur du maître, conscient de lui même.

Ce courant du chamanisme repose sur un principe simple : pour avoir la paix intérieure, il fait avoir la rage la plus sauvage, violente et meurtrière à l'extérieur. Pour être en paix avec soi même il faut être en guerre avec le monde qui t'entoure, être ultra-violent, massacrer, déchirer tuer jusqu'à être ivre de sang. Le maître confère à tous le pouvoir nécessaire à une telle violence.
C'est grâce au maître que Kwanita est aussi fort à la bagarre.
C'est grâce au maître que la drogue le transforme en ours monstrueux.

-OÙ EST MON FRÈRE ?
-Tu ne te rappelles pas ? Quand tu étais en transe chez moi tu as accepté ce prix. Ton frère a nourri le maître, il était la condition de ta paix intérieure.
-JE NE ME LE PARDONNERAI JAMAIS
-Mais au fait où est le gamin que tu trimballais tout à l'heure ?
-IL A VOULU RESTER CHEZ MES PARENTS.
-le maître a faim, nous devons lui amener de quoi se rassasier. Il nous faut un corps humain.
-IL Y A UN CADAVRE DE FLIC PAR LÀ. SI LE MAÎTRE LE VEUT...
La fille se transforme en ours-garou de 4 mètres. Elle a un pouvoir colossal.
Ensemble, il récupèrent le corps du flic et vont à la crevasse. Ils sautent dans l'eau et vont dans une grotte. Il sacrifie le corps sur un pentacle de sang et le maître se montre alors.

C'est un shoggours. Un shoggoth qui a choisi de n'avoir que des appendices d'ours. Il leur parle :
-MERCI. MAINTENANT SORTEZ, RETOURNEZ CHEZ VOUS, REPRENEZ FORME HUMAINE ET ATTENDEZ MES INSTRUCTIONS. NOUS DEVONS ÊTRE PRÉCIS ET ORGANISÉS.
Kwanita demande :
-MAÎTRE, QUEL EST NOTRE PLAN, QUE FAISONS NOUS ICI ?
-NOUS PRÉPARONS LA GUERRE QUI VIENT.
-LA GUERRE ?
-PARTOUT DANS LES FORÊTS, DES SHOGGOTHS COMME MOI ATTIRENT À EUX DES SERVITEURS. PARTOUT ILS SE NOURRISSENT D'HUMAINS POUR GROSSIR. NOUS DEVONS ÊTRE À LA HAUTEUR DU RESTE DE LA CONSPIRATION. JE DOIS ENCORE GROSSIR, GROSSIR, MANGER DES HUMAINS. ET BIENTÔT NOUS SERONS PRÊT.
-CONTRE QUI MENONS NOUS LA GUERRE ?
-CONTRE L'HUMANITÉ.
-UNE CIVILISATION PUANTE ! JE HAIS LEUR GOUDRON ET JE VEUX VOIR LEURS VILLES DÉCLINER. MAÎTRE, J'ESPÈRE QUE BIENTÔT LA FORÊT ENVAHIRA TOUT ET QUE C'EN SERA FINI D'EUX.
-JE L'ESPÈRE AUSSI MON BRAVE KWANITA.

Retour du joueur :
-le système de jeu est super
-c'est marrant de jouer avant l'avènement de Millevaux
Retour du MJ :
-Encore une mécanique de jeu et un univers qui aident bien à improviser.
-Je n'ai pas utilisé tous les éléments des questions au départ, la partie mine d'or est passée à la trappe, ainsi que plusieurs contacts et un lieu.
-Je n'ai pas donné de prénom à la fille, ce qui est un peu con
-Tout a coulé de source tout seul et je me suis laissé surprendre par la dernière réplique du joueur. J'étais tellement le nez dans le guidon de l'impro que je n'avais même pas pensé que toute cette conspiration pouvait être à l'origine de Millevaux. Je l'ai twisté et il m'a twisté, ce qui est assez rare en JDR.

Bien qu'un peu maladroite par moment, cette partie était très cool.


Commentaires de Thomas :

Un grand merci Gudrun pour avoir essayé un autre jeu Millevaux !

A. L'Autoroute des Larmes est à la fois un théâtre pour Inflorenza et un jeu à part entière motorisé par Inflorenza Minima. Visiblement, tu as joué avec la deuxième forme, donc ton CR n'est pas au bon endroit. Pour la forme, j'ai créé une rubrique "Autoroute des Larmes" et j'y ai déplacé ton CR.

B. C'est assez drôle que tu transposes l'intrigue aux Etats-Unis alors que le jeu est censé se passer au Canada. ça change le point de vue.

C. Ton héros gagne un pouvoir en se faisant mutiler en rêve par l'ours. A priori, je n'aurais pas permis ça, car ici le prix à payer n'en est pas un : dès qu'il se réveille, le héros retrouve ses membres entiers. J'aurais fait payer un prix qui a une implication dans le réel (par exemple, l'ours va le retrouver dans le monde réel) ou alors j'aurais donné une grande importance au monde onirique afin qu'y perdre un bras ou une jambe s'avère vraiment handicapant.

D. J'aime beaucoup la façon dont tu fais ressentir l'oubli qui s'empare du personnage.

E. Dans la hutte de sudation, c'est intéressant que le personnage refuse le prix à payer (verser le sang de Kyee), mais propose une complication supplémentaire (tomber amoureux de la fille) pour avoir un pouvoir.

F. Punaise, c'est pas du foin ton tabac :)

G. Un shoggours ! Oh, vision d'horreur ! :)


Réponse de Gudrun : 
 B. J'ai pas une image mentale très claire du canada, contrairement aux états unis qui m'évoquent plus d'ambiances et d'images.
 C. Je suis d'accord pour dire que c'était gentil comme prix. C'était un peu la prise en main du système, c'est la première chose qui m'est venue. Dans ma tête, je me disais plus ou moins que le prix à payer c'était que la blessure ferait se finir le rêve beaucoup plus vite et qu'il pourrait ni visiter la grotte dans la crevasse ni d'autres souvenirs. Mais j'aurais du le dire explicitement au joueur.
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

L'IMPOSSIBILITÉ DE CROIRE

Quand le passé comme le présent deviennent insoutenables, que reste-t-il comme refuge ? Le périple de retour vers Les Voivres, maintenant joué / écrit avec Bois-Saule !

(temps de lecture : 5 mn)

Joué / écrit le 09/11/2020

Le jeu principal utilisé : Bois-Saule, jeu de rôle solo pour vagabonder dans les ténèbres sauvages de Millevaux

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, u roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

Image
Philatz, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : violence sur enfant


Passage précédent :

37. Les Abysses
Trouver la sortie du purgatoire est au prix de cette visite ! (temps de lecture : 9 mn)


L'histoire :

Image
Ausserwelt, par Year of No Light, départ pour l'île des morts à bord d'un post-hardcore sans parole.

Ainsi donc, ce serait ça le seul Vieux le Père, la seule entité créatrice encore en vie ?

Non, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, se répétait le Père Benoît en boucle. La chose qui nous a créé ne peut pas être une folcoche qui dévore ses petits. La chose qui nous poursuit et nous gueule dessus comme la clameur du Jugement Dernier ne peut pas être celle qui est à l'origine de la genèse. Au diable ce que toutes mes fibres me clament comme vraies, informées par la sainte terreur, je refuse d'y croire, je refuse d'y croire ! Je cours à perdre haleine parce que c'est tout ce que mon corps a l'idée de faire, mais en moi, je ne me sens pas en danger. Car je refuse l'existence de ce qui serait la négation totale de mes idéaux.

"Courez plus vite, vingts rats !", l'exhortait la Sœur Marie-des-Eaux.

Il était impossible de savoir si la présence les avait suivis car ils ne s'étaient tout bonnement pas retournés. Jeter ne serait-ce qu'un coup d'œil supplémentaire à cette aberration aurait soldé ce qui leur restait de bon sens.

Alors, ils se résolurent à l'option qu'ils avaient d'abord écartés : ils se précipitèrent dans le tunnel aux racines carnivores.

"Allez, on y va, au pire on en sera quitte pour des égratignures.", souligna le prêtre dans sa précipitation.

Ils se ruèrent dans l'intestin de terre. Toutes ces villosités ligneuses qui y grouillaient se tendirent dans leur direction. Le novice découpait ça à l'opinel avec une telle ardeur ; il n'aurait pas fait meilleur travail à la machette. Mais ça ne suffit pas. Le Père Benoît sentit une ventouse se déposer sur son abdomen, déchirer sa soutane, puis une chaleur intense accompagnée d'une douleur blanche, et la sensation que des langues fouaillaient dans sa graisse.

"Aide-moi !"

Il le revit. Étienne. Son petit-frère. Il le reconnut d'emblée tel quel, parce que le séminariste était son portrait craché en plus jeune et plus maigre.

C'était sa première journée de formation dans les forêts limbiques. C'était censé être un simple tour de chauffe. Le Père Benoît avait localisé un enfant dans les sous-bois, et avait confié à Étienne la tâche d'entrer en contact.

Cela lui revenait maintenant, au fer rouge :

Étienne avait mis un genou à terre devant le bambin. Il portait sa bible contre son cœur. "Bonjour, petit être. Es-tu un enfant ou un horla."

Et il lui avait répondu : "Je ne suis pas un horla parce que je ne suis pas un horla parce que je ne suis pas un horla parce que je ne suis pas un horla parce que je ne suis pas un horla."

À ce moment, le Père Benoît ne sut plus s'il était encore spectateur de sa propre revoyotte ou s'il s'y retrouvait transplanté en chair et en os. Toujours est-il que par réflexe, il braqua le faisceau de sa lampe à pétrole sur le visage de l'enfant.

Ce n'était pas tout à fait un visage.

Et ce qui lui servait de face sauta à la poitrine de son petit-frère !

D'abord comme englué dans le souvenir, l'exorciste s'arracha à la gravité et partit dans une de ces accélarations brutales dont il avait le secret, malgré son surpoids.

Courir vers eux ! S'interposer !

La bible avait protégé Étienne juste assez longtemps pour que son grand-frère intervienne. Ce dernier emporta la créature dans son élan et ils percutèrent tous les deux un bouleau noir strié de blanc, inversé, comme souvent le sont les couleurs dans les forêts limbiques. L'être se redressa, mais déjà le Père Benoît lui aspergeait la gueule d'eau bénite, et son visage se mit à fondre, d'abord effervescent, puis couvert de grosses bulles comme un potage dans une marmite, et puis enfin l'enfant resta à genoux dans les feuilles mortes, alors que des flots de sanie s'écoulaient de sa tête là où avant se trouvaient des yeux, des dents et des joues.

Étienne se jeta dans les bras de son grand-frère :

"Tu m'as sauvé !
- Hélas, si vraiment ça avait été le cas. Dans la vraie vie, je n'ai pas été assez rapide.
- Mais je ne t'en veux pas. Je te pardonne."
Il avait ce sourire de premier communiant ; Benoît sentit, malgré qu'il n'ait aucune autre mémoire de son petit frère, que ce sourire-là l'avait toujours désarmé.

"Me... Me... Merci..."

Et des mains aussi osseuses que brutales l'arrachèrent à son petit-frère, cette fois pour de bon.

C'était encore la Sœur Marie-des-Eaux qui l'avait tiré du tunnel de racines. 

"C'est encore moi qui dois faire tout le boulot !"


Image
Basement Apes Vol.1, par Sunwatchers, la circularité psyché-jazz, la transe chamanique, le non-lieu cosmique

Ils étaient comme dans un crépuscule terne, aggloméré sur un tertre bocager qui leur rappela Les Granges Richard, mais sans barricades ou pièces d'artillerie. À travers les rares trouées dans les frondaisons, coulait un vol de corneilles. On n'en avait pas vu au purgatoire.

Peut-être enfin étaient-ils sortis.

Le Père Benoît s'allongea sur un tapis de brophytes. C'était doux, mais humide comme une éponge, et il s'en fichait. Son souffle, d'abord saccadé, se tamisait peu à peu. Il crevait de soif et il têta les mousses pour l'étancher. Peut-être enfin étaient-ils sortis. Revenus parmi les vivants.

Ou au minimum dans un vivable entre-deux.



C'était la deuxième journée de leur périple de retour. Ils grimpaient le long d'une basse montagne, peut-être Haudompré d'après leurs souvenirs des descriptions géographiques faites par l'Euphrasie et la Madeleine. En tirant sur les branches pour hisser le poids de son corps, le novice se fit la réflexion que ses poignets et ses mains étaient rendus aussi maigres que du petit bois. Au matin, il n'avait pu avaler que quelques baies, et avait décrété que ça lui avait suffi.

Le Père Benoît était à la traîne, hors de vue.

"Les horlas n'existent pas. Pas ailleurs que dans nos têtes, en tout cas."

"Qui a parlé ?", demanda le novice.

Il tourna la tête.

La Sœur Jacqueline était à ses côtés. Si tangible qu'on sentait l'odeur de frichti qui l'environnait habituellement.


Lexique : 

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 1160
Total : 70475


Système d'écriture

Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

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Pikathulhu
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Message par Pikathulhu »

MONSIEUR PATATE

Ça va couper, chérie !

(temps de lecture : 6 minutes)

Le jeu : Psychomeurtre, les meilleurs des profilers contre les pires des serial killers

Joué le 13 juin 2017 à mon domicile

Avertissement : contenu sensible (voir après l’image)

Image
Phil Cooper, cc-by-nc, sur flickr

Contenu sensible : mutilation


Contexte :

« Monsieur Patate » était au départ un concept de scénario d’enquête horrifique qui me trottait dans la tête depuis quelques années. Si j’ai renoncé à l’écrire, je me suis dit que Psychomeurtre serait le jeu parfait pour le jouer au moins une fois, et ça été le cas. Ce compte-rendu peut vous servir de guide si vous voulez faire jouer le scénario vous-même.


L’histoire :

La femme est une mannequin particulière. Elle est mannequin bras : seuls ses bras intéressent les photographes. Elle a répondu à une annonce et s’est rendue au lieu de rendez-vous, dans une zone industrielle. Elle s’inquiète devant l’aspect désaffecté de la zone et la décrépitude de l’enseigne qui orne le bâtiment où elle doit entrer. Mais elle entre quand même.

A l’intérieur, elle fait la rencontre d’un homme trapu, en blouse bleue. Une mèche est rabattue sur son crâne pour cacher sa calvitie. Il l’amène dans une pièce recouverte de bâches. Elle s'inquiète. Il dit qu'il va appeler ses collègues photographes. Il lui pelote le bras. Il est fasciné par son bras gauche qu'il qualifie de parfait.
Elle s'inquiète encore plus. Il dit qu'il va chercher un appareil photo. Il revient avec une scie, et l'attaque à la gueule !

L’équipe du coroner fouille un train d’ordures. Ils en exhument des sacs poubelle qui contiennent les morceaux d’un corps découpé. C’est une affaire fédérale car le train a traversé plusieurs états. Il y a également suspicion de crime en série. James, l’envoyé du FBI, prend l’affaire en main.

James met la pression sur les commissaires pour que l’enquête accélère. Il exhume le cas d'un bodybuilder au bras droit découpé à la tronçonneuse.

James va voir le spectacle de fin d'année de son môme. Son enfant joue le rôle de l’Enfant-soleil, avec un magnifique soleil en carton autour de la tête. Ils sortent du spectacle, l’enfant a toujours le soleil autour de sa tête et il lui demande s'il pourra aller en vacances avec lui sur les Grands Lacs. James promet.

Séance d’autopsie. Sur la table, le corps reconstitué. Il manque un bras.
La découpe est soigneuse, mais le modus operandi porte à croire que le meurtrier ne considère pas les gens comme des humains.

Un athlète de 100 m a rendez-vous pour un shooting publicitaire. Devant le bâtiment, il y a une enseigne décrépite et une enseigne toute neuve.
Il y rencontre un homme en blouse bleue avec un appareil photo autour du cou. Le bâtiment s’avère être une imprimerie désaffectée. 
Il l’entraîne dans une salle avec panneaux qui masque le décor décrépi. Il lui inspecte jambe, le fait courir sur un tapis. L’athlète veut se barrer mais le faux photographe le tase. 

Il se réveille ligoté. Et se fait découper la gueule !

James comprend qu'il a affaire à un collectionneur. Un esthète ou un artiste qui veut fabriquer une poupée de chair.

Son enfant lui donne le trombinoscope de l'année : il a été nommé enfant le plus mignon. 

L’identité du tueur a été découverte : il s’appelle John Harvey, un concepteur de jouets. En plus de travailler comme revendeur pour Play-Mart, il était connu pour faire des marionnettes très réalistes, trop réalistes pour se vendre. Lors d'un salon, un enfant a cassé un de ses jouets, il lui a crié dessus et l'enfant a répondu : "De toute façon, il était trop moche ce jouet". Harvey s'est emparé d'un de ses outils, un maillet, et a broyé la main de l'enfant. C'est depuis qu'il est connu des services de police. Sa boutique en ligne a de mauvaises critiques. Mais il n’est plus à son domicile. Interrogé, le proprio évoque la présence fréquente d’une camionnette rouge « Pinocchio & Compagnie ».

James se prend un blâme pour avoir malmené les agents locaux.

Il va rendre visite à une vieille femme connue qui gère l’entreprise « Pinocchio & Compagnie ». Sa maison est encombrée de jouets en bois. Il évoque John Harvey. Elle avoue qu’elle était proche de lui, elle admirait son travail. Elle dit qu’il était amer suite à son échec dans les salons et son licenciement du Play-mart après l’affaire du bras cassé. 

Le fils de James est porté disparu par sa baby sitter !

Le patron du Play-mart a été enlevé par Harvey.
Taser. Réveil. Harvey est fier de lui présenter sa création : un Mr Patate humain ! Il est fait des plus beaux membres humains qu’il a pu récolter. Cela va vraiment faire fureur dans les salons, c’est le jouet ultime. Il ne manque que la tête. Mais celle du patron fera l’affaire.
« Je ne suis pas si beau... », essaye d’objecter le patron. « J’ai un bouton de fièvre... ». Mais quand même : Shlak !

La vieille femme est dans les méandres d’un salon du jouet abandonné après sa fermeture. Elle aperçoit un cheval à bascule et cette découverte lui fait peur : c’était un jouet de Harvey.

Elle rentre à la maison. Mais Harvey y est déjà.  Il lui montre Mr Patate et bien sûr, il ne réagit pas comme il l’espérait. Alors shlak la tête.

James repère fabrique de jouets désaffectée où Harvey détient certainement son gamin. Le boss veut le mettre sur la touche. James insiste, il arrive au dernier moment, Harvey a présenté son Mr Patate finalisé à son môme, il a hurlé, alors Harvey s’est dit qu’un enfant si mignon donnerait une tête parfaite. James ne réfléchit pas un instant. Dès qu’il le voit avec la scie à la main auprès de son fils en train d’hurler, il tire. Boum la tête.


Feuille de personnage :

Nom : James
Description : cheveux châtain, yeux bleus, assez musclé, look sportswear
Mode : Justice
Compétences : analyses scientifiques
autopsie
conférence de presse
interrogatoire
négociation
profilage

passion : basket
trauma : mort de ses parents
personne précieuse : un meilleur ami
personne à charge : un enfant


Fiche du serial killer :

Profil : Collectionneur. Se prend pour un artiste, veut créer une poupée de chair
Pathologie mentale : ne fait plus la différence entre un humain et un objet.
Mode opératoire : Les victimes sont sélectionnées pour leur physique, attirées dans des lieux désaffectés, découpées à la scie.
Anciennes victimes : culturiste Raymond Carver, pas retrouvé le bras gauche
Complices : - retiré de la fiche par le maître de jeu pour jouer plus vite, le meurtrier opère en solo -
Identité : John Harvey, fabriquant de jouets et de marionnettes. Connu pour faire des marionnettes très réalistes, trop réalistes pour se vendre. Lors d'un salon, un enfant a cassé un de ses jouets, il lui a crié dessus et l'enfant a répondu : "de toute façon, il était trop moche ce jouet". Harvey s'est emparé d'un de ses outils, un maillet et a broyé la main de l'enfant. C'est depuis qu'il est connu des services de police. Sa boutique en ligne a de mauvaises critiques. Il a décidé de faire une marionnette humaine.
Proches : Une dame âgée, camionnette de jouets Pinocchio & Cie

Victime finale : l'enfant de l'enquêteur

Planque : une fabrique de jouets désaffectée.


Playlist :
Bill Fay : Time of the last persecution (folk intimiste et dépressif)
Tori Amos : Strange Little Girls (pop / slowcore)
Faust : s/t (kraut-rock / dark ambient)


Mise en jeu :

+ Avec un seul personnage, même doté de six compétences, je réalise qu'il y a des gaps de compétence. Ainsi, en l'absence de "systèmes d'information", le personnage était incompétent pour fouiller dans les archives (avec des résultats probants). J'ai réglé en jeu en permettant de passer en vengeance pour forcer un figurant à faire un jet de compétence (j'avais d'ailleurs permis lors du précédent test de passer en vengeance pour mettre la pression à un autre enquêteur et lui accorder ainsi un bonus au jet). Ceci dit, j'aurais aussi pu offrir au joueur d'utiliser la chance du débutant, mais j'ai tout simplement oublié d'expliquer cette règle !

+ Sur sa scène de vengeance, le personnage obtient un 4 : il échoue à se dérober aux affaires internes. J'ai improvisé la conséquence : ici un rappel à l'ordre. J’ai ensuite rajouté dans le livre de base : sur un premier 4, c'est un rappel à l'ordre, sur un deuxième, c'est une mise à pied, sur un troisième, c'est l'exclusion du FBI ou la peine de prison.

+ Le personnage voulait souvent faire de l'interrogatoire, mais comme j'avais exclu "complice" des paramètres, je n'avais personne à lui faire interroger ! Je pense que ce serait plus fairplay, si un joueur veut utiliser une compétence, de lui offrir l'opportunité que sa compétence soit utile (peut-être que dans mon cas, j'aurais pu orienter le personnage, par exemple, vers un antiquaire spécialisé dans les ouvrages en peau humaine, qui après interrogatoire, aurait renvoyé sur une piste).


Retour personnel :

+ Au départ, « Monsieur Patate » était un scénario d’enquête horrifique pour un jeu plus traditionnel (je m’étais dit que Sombre ou Innommable auraient fait l’affaire). Avec Psychomeurtre, l’horreur est déplacée : ce sont les figurants qui ont le plus à craindre du tueur, le personnage principal est lui immunisé et il a pouvoir de vie ou de mort sur le tueur. Cependant, ce renversement a plutôt été une bonne surprise. Mon tueur est en fait quelqu’un d’assez pathétique. Ce n’est pas vraiment un antagoniste redoutable face à un enquêteur préparé et armé. Ce sont ses actes qui sont épouvantables, et la conclusion (le tueur s’avère un loser ordinaire et facile à abattre) n’en est que plus absurde.
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.
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