[CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Critiques de Jeu, Comptes rendus et retour d'expérience
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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

S'ÉCHAPPER DE PARASITE

L’ambiance d’un Paris en guerre, pris d’assaut par les contre-révolutionnaires et les prussiques est mise en place avec le jeu S’échapper des Faubourgs, puis une bascule s’opère vers une cohorte de vieillards martyrisés par des enfants soldats à la solde des khmers avec le jeu Charogne. Suite de la campagne Mantra / Millevaux, un enregistrement par Claude Féry.

(temps de lecture : 6 mn)

Lire / télécharger le mp3

Le jeu N°1 : S'échapper des Faubourgs, par Thomas Munier, un cauchemar de poche dans une banlieue hallucinée

Le jeu N°2 : Charogne, un jeu de rôle Millevaux sous forme de parcours initiatique vers la décomposition, le désespoir et la mort. Par Claude Féry

Joué le 13/07/2019

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screenpunk, cc-by-nc, sur flickr


Episodes précédents de la campagne :

1. Ramasser la peau de leurs voix à l’ombre de leurs gestes.
Le prologue d’une campagne Millevaux Mantra Oniropunk jouée avec Sève et For the Queen ! Un enregistrement par Claude Féry.

2. Route du Kelp
La campagne multi-monde se poursuit avec une communauté d’enfants aux prises avec des désordres géographiques, climatiques et temporels, et une coalition de créatures insectoïdes. Un récit et un enregistrement par Claude Féry.

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Retours de Thomas après écoute :

A. J’aime beaucoup toutes les infos de contexte (gavroches pris entre les feux des versaillais et des prussiques) qui précèdent à la partie des faubourgs proprement dite.

B. La lumière enferme / l’obscurité libère : sympa d’en faire un double quartier avec d’un côté la Bastille et de l’autre les égoûts.

C. Contrairement à ce que tu dis, on peut faire deux fois la même action, à condition de se reposer entre deux pour redéplier le pétale.

D. Mathieu n’aurait pas pu tuer la nuée de rats : il eut fallu au préalable que le passage ait été décrit, puisqu’il y ait décrit sa personne, puis qu’il ait déplacé sa personne jusqu’à la nuée de rats pour la tuer lui-même et non par l’entremise de l’araignée.

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E. Le jeu est l’occasion pour ta table de se partager la narration et ils s’avèrent à l’aise.

F. Contrairement à ce que tu dis, on ne doit pas placer le monstre sur un quartier pointé par la double flèche : on peut le placer sur n’importe quel quartier déjà décrit.

G. J’aime beaucoup l’expression « la plaine s’étend à perte de vue, à perte de mémoire. »

H. Le discours de Saloth Sâr rappelle le mélange des lieux et des époques

I. La tyrannie des enfants soldats fanatisés fait froid dans le dos.

J. Au final, S’échapper des Faubourgs aura surtout servi à camper un décor… Qui sera peut-être exploré une autre fois, après cette bascule dans l’enfer des khmers rouges.

K. J’aime beaucoup l'image de l’arbre-vieillard étayé.

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Pikathulhu
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Re: [CR] Millevaux et autres jeux Outsider

Message par Pikathulhu »

QUAND LES CHARRUES POUSSERONT DANS LES ARBRES

Trafic de confessions, fricot au ragondin, danse folklorique et vertige logique, voici le menu de l'épisode du jour !

(temps de lecture : 7 minutes)

Joué / écrit le 14/01/2021

Le jeu principal utilisé : pas de jeu pour cette session

N.B. : Les personnages et les faits sont fictifs.

Le projet : Dans le mufle des Vosges, un roman-feuilleton Millevaux et une expédition d’exorcisme dans le terroir de l’apocalypse

Précision : ces feuilletons sont des premiers jets, donc beaucoup de coquilles demeurent. Merci pour votre compréhension.

Avertissement : contenu sensible (voir détail après l’image)

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photo : Denis Duchêne

Contenu sensible : aucun


Passage précédent :

43. Les petites misères
Mille petites anecdotes et anicroches complètent le tableau d'une nouvelle menace qui se trame. (temps de lecture : 7 mn)


L'histoire :

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Dreams of the Sylvan Elves, par Arathgoth, un mélange entre dungeon synth et fantasy folk instrumental qui vous plongera au cœur de la forêt de la Lorien.

Sortie de sa gangue de sciure et d'écorce, une tête de chouette émergeait de la bûche sous les coups de burin. Le Sybille soupira. Aux Voivres, on lui demandait des buffets, des ormoires, des chaises. Mais il préférait les menuiseries plus artistiques, il voyait la vie cachée dans les troncs et rêvait de l'en extraire. Ses récentes confections meublaient son atelier comme la calugeotte d'un entasseur, et toutes portaient des ornements qu'on ne lui avait pas demandé. Au Nono Elie qui voulait une horloge toute simple, il avait rajouté des feuilles de vigne sans espoir de se les faire payer. Au Père Domange qui avait commandé des tabourets, il leur avait mis des sabots de faune.

"Tu as bien trouvé ce que je t'avais demandé ?". La voix aigre de la Sœur Marie-des-Eaux le sortit de sa réflexion.

"Oui, regarde. Il y a de l'huile de friture, un briquet. C'est le sabre que j'ai eu le plus de mal à trouver. J'ai dû négocier dur avec l'Onquin Mouchotte pour lui acheter son épée de grognard. Qu'est-ce que tu veux faire avec tout ça ?
- Çà vaut mieux pour toi que tu n'en saches pas trop."

Et il fourra les objets dans un habresac dont il ne se séparerait plus.


"Bénissez-moi mon père, car j'ai péché.
- Onquin Mouchotte, c'est encore vous ?
- Oui, mon père, j'en ai encore besoin...
- Vous abusez.
- C'est vous qui abusez ! Je suppose que cette fois-ci vous en voudrez deux louis d'or au lieu d'un ?"

Ses doigts glissèrent les pièces à travers le vantail. Le père Houillon toucha les ongles sales et mal taillés avec une répugnance que le contact de l'or apaisa vite.

"Par Jésus-Cuit, vous m'en faites faire de belles. Bon, voilà ce que je peux vous donner. C'est une confession de la Mélie Tieutieu. Elle est seule chez elle, tranquille, elle se prépare des poirottes avec de la soupe à la graisse et oualà-t-y pas que les Deprédurand toquent à sa porte. Ils rentrent comme ça des affouages et ils sont passés faire un peu le couaroye. Et oualà qu'ils s'installent, qu'ils prennent leurs aises et bientôt c'est la neutée qui vient des bois et on y voit plus goutte dans la maison, il faut allumer une chandelle. La Mélie Tieutieu elle sent bien qu'ils prennent racine et par politesse elle va devoir leur offrir à manger."

L'Onquin Mouchotte vivait cette revoyotte avec toute l'intensité possible. Il l'habitait littéralement. Assis dans la boîte à confesse, un genre de cercueil en plus confortable, il étendit d'abord les mains et tripota les Deprédurand et la Mélie Tieutieu. Il se lèva. S'appuyant sur sa canne, il se traîna jusqu'au dessus du founet et huma l'odeur de la soupe à la graisse, laissa toute l'essence du saindoux lui écluser les narines. Il prit une patate dans sa main, appréciant la chaleur de la chair molle comme un genou de premier communiant. Il respira toutes les odeurs, les transpirations d'aisselles, les robes gorgées d'effluves de graillon, le fumé de la cheminée.

Pour finir, il s'assit sur un siège laissé vacant et prit place au milieu des convives. Il toucha les cartes de belote lancées sur la table. Il poussa un soupir d'aise expulsé de sa vieille cage thoracique, et attendit la suite.

"La Mélie Tieutieu enrage. Elle a pas de viande à leur servir. Alors elle leur sert une tisane dont elle a le secret, et comme de bien entendu, ils partent tous en file indienne à cafourette. Mais elle est pas sûr d'en être débarassés, ils seraient bien fichus de revenir, avec leurs fins museaux en quête de repas gratuits. Alors, elle sort près du ruisseau avec son battoir à tapis, et là elle trouve ce qu'elle cherche. Y'a toujours un ragondin qui vient patauger dans le ru.
On dit qu'ils sont nuisibles, mais çui-là, il va me rendre un fier service, elle se dit.
Et paf ! Elle l'assomme avec son battoir à tapis. Bon, elle a dû lui donner quelques petits coups en fait, car c'est coriace, ces beusses-là.
Et oualà qu'elle revient à la cuisine par la porte de derrière, et zip elle le depèce comme un lapin et le fourre dans la cocotte !

Elle leur a fait bouffer du ragondin, la commère !"

Le curé Houillon se tordait de rire. De l'autre côté, l'Onquin Mouchotte, les papilles encore imprégnées de cette confession achetée, fit la remarque : "Oh, on s'habituerait au goût, ma foi."

"Bon, restons sérieux une minute. Vous me direz deux Pater et trois Ave, et vous me ferez vingt genuflexions.
- C'est ça. À la revoyotte !"

Quand les deux sortirent du lavoir, ce fut pour se retrouver nez à nez avec la Sœur Marie-des-Eaux. "Vous venez vous confesser ?", lui fit le prêtre, tout empourpré.

"Je ne faisais que passer, voir si tout allait bien.
- Je suis assez grand pour prendre soin de moi-même.
- C'est ce que nous verrons. Vous avez des richesses et celà peut faire des envieux."

L'Onquin Mouchotte partit avec un ricanement.


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Palingenesis, par Nebelung, du dark folk tout en mélancolie pour une ode à la nature aux accents de sanglots.

À l'Auberge du Pont des Fées, ça dansait la soyotte à tout rompre. Les mouvements hérités des bûcherons vosgiens tiraient fort sur les bras, et les sabots battaient les percussions sur le parquet. Y'avait tout ce que le village comptait d'hommes en chemises blanches, et de femmes aux sourires rougis dans leurs camisoles à dentelle et leurs châles à franges noires. Les tabliers et les gilets en peau de vache sautaient en rythme au son de l'épinette. On fêtait les derniers semis de céréales et tout le monde espérait que la neige tombe vite pour protéger les plants du gel.

Le Curé Houillon était bien sûr de la partie, et caché dans les derniers bancs, la Sœur Marie-des-Eaux qui ne le quittait plus d'une semelle, persuadé qu'il était la clé de l'affaire en cours. Il restait dans son coin, en faction, à s’offusquer de l’abondance de nourriture. La Bernadette servait de la choucroute, avec des pommes de terre en robe des champs cuites dans un gros pot de fonte inséré dans le fourneau à quatre pots, et accompagnées de bols de fromage blanc.

Avec, elle servit de l'alcool de foin empli de souvenirs amoureux.

"Çà me rappelle l'histoire de cette homme-là qui dit à sa femme qu'il aimait bien sa choucroute. Et bien, elle lui en a servi toute la semaine ! Et bien à la fin, il l'aimait pus tant que ça, la choucroute !"

Tout le monde riait de cette énième saillie et ceux qui n'avaient rien compris où y voyaient une allusion grivoise s'esclaffaient de plus belle.

On jouait à la manille, à la belote, à la bourre, au noir-valet. Le père Vauthier proposait le Nain Jaune, et si on se mêlait à une partie avec lui, on trouvait dans le jeu une impression d'étrangeté et de soufre qui laissait une drôle de nausée dans la tête. L'ivrogne se plaît, en battant les cartes, a rappeler le conte dont est tiré ce divertissement. Une histoire de nain hideux et jaloux qui sauve une jeune fille d'un horla et exige sa main en retour. Mais celle-ci ne veut pas. Elle veut épouser un beau chasseur. Le nain capture le chasseur, et il renouvelle ses exigences, sans quoi il tuera sa victime. La jeune fille est sur le point de céder, mais le nain manque de patience, et tue le chasseur. Sa promise tue le nain jaune, et se tue ensuite. Son corps et celui du chasseur deviennent des souches dont les racines sont éternellement entrelacées. Le Père Vauthier se goussait tout en racontant. Il est des histoires qui semblent trop présentes pour être supportables.

Puisqu'on en venait à raconter des histoires, l'abbé Houillon alla de sa confidence :

"Vous avez peut-être tous connu le Mondmond..."
On acquiesça par politesse, comme tout le monde était amnésique.
"Alors vous savez qu'il rangeait jamais ses outils agricoles. Il y en avait partout dans ses champs, et ça débordait dans les champs des voisins. Ça a fini par devenir une cause de nuisance publique, et quelques jeunes de la Grande Fosse, qui étaient bien costauds, imaginèrent une farce pour lui apprendre à prendre soin de ses affaires. Pendant la neutée, ils s'en viennent en grand nombre et préparent leur coup."

Les gens sont bouche bée, ils veulent savoir ce qui s'est passé, car tout le monde a oublié cette histoire, même le Mondmond qui est de la fête.

" Le lendemain, quand le Mondmond se réveille, oualà-t-y pas qu'il est tout ébaubi : ses engins ont disparu !
Il a dû fouiller partout pour les retrouver, une faux dans un fossé, une brouette dans une ouature, et caetara.
ça lui prend la journée avec ses bœufs de récupérer son matériel partout dans les Voivres. Mais il restait le bouquet final !

Il arrive sur la place du village, et demande aux jeunes s'ils ont pas vu sa charrue. 

Ben, lève les yeux, ils lui font. Ils avaient perché la charrue dans le chêne de la place du village !"

Et alors que tout le monde éclate de rire, la Sœur Marie-des-Eaux croit voir des planeurs noirs se poser sur la charrue.

Des corbeaux.


Lexique : 

Le lexique est maintenant centralisé dans un article mis à jour à chaque épisode.


Décompte de mots (pour le récit) : 
Pour cet épisode : 1700
Total : 80333


Système d'écriture

Retrouvez ici mon système d'écriture. Je le mets à jour au fur et à mesure.


Feuilles de personnages / Objectifs des PNJ :

Voir cet article
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Message par Pikathulhu »

RÉÉCRIRE LE RÉEL

Dans la forêt post-apocalyptique, quand on est chamane nécromancien, traquer les tueurs en série n’a rien de simple ! Un récit par Damien Lagauzère.

(temps de lecture  : 24 mn) 

Le jeu : Psychomeurtre, les meilleurs des profilers contre les pires des serial killers

Image
Jason Spaceman, cc-by


Et voila donc mon petit Psychomeurtre à la sauce Millevaux et Don't Rest your Head
J'avoue, j'ai eu du bol aux D, ça aurait pu beaucoup plus mal se mettre. sur le plan technique, j'ai géré les jets d'investigation avec le talent de fatigue de don't rest (avec le risque de sombrer et de virer dans un cauchemar de Coelacanthes, mais ça n'a pas eu lieu) . et pour les cochages relevant du role play, je me suis créé un talent de folie consistant à "écrire" le réel. donc, si ce pouvoir fonctionne, il me donne la possibilité de valider mes hypothèses ^^ mais bon, avec Don't rest, il y a toujours le risque que ça tourne très mal. Mais j'ai vraiment eu du bol. Globalement j'ai eu pas mal de réussites et le Tourment n'a pas dominé tant que ça ou, en tout cas, pas quand ça m'aurait vraiment été défavorable ^^


À lire en écoutant :

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Basement Apes Vol.1, par Sunwatchers, la circularité psyché-jazz, la transe chamanique, le non-lieu cosmique


L’Histoire:

    On m'appelle le mHaze. Comme tous les shamans du Clan des Arbres, je dissimule mon visage derrière une cagoule de cuir surmontée de bois de cerf. 
    Mon nom n'est pas comme ceux des autres membres du Clan car je suis une « pièce rapportée ». C'est mon père adoptif NoAber, qui me l'a donné. Et NoAnde, le shaman qui m'enseigne, m'a dit qu'un jour je connaîtrai l'origine de ce nom. J'espère que NoAber vivra assez longtemps pour me révéler ce secret. Il va de plus en plus mal. Et j'ai de moins en moins de temps à lui consacrer.
    J'ai aussi de moins en moins de temps à consacrer à l'art des shamans. Aujourd'hui, toute mon attention est concentrée sur la recherche de la chose qui a tué ma compagne, Edes !
    NoAnde m'a donné son accord pour que ma route s'éloigne un temps de celle du Clan. Il sait qu'il ne s'agit pas d'un simple vengeance. Ce qui a tué Edes a déjà tué auparavant et tuera encore. Il faut que quelqu'un l'arrête. Et le temps m'est compté car, si comme je le pense, ce Horla est soumis à un cycle, je dois le trouver avant qu'il ne quitte notre monde. Mais de combien de temps dispose-je en réalité ? Je n'en sais rien.

    Nous sommes le 19 Vrillette,

« J'veux bien couper les arbres et mettre la charrue !
Mais avant le vendredi saint, la terre saigne, et après elle bouffe plantes et hommes. »

    Cela fait maintenant deux jours que j'ai quitté le Clan des Arbres. J'erre dans les bois, me fiant à ce que je crois, à ce que j'espère, être sa trace. Et je trouve une nouvelle victime. C'est un homme cette fois. Il a la peau rouge et une veste de bûcheron. Je sens encore sa transpiration. Il est mort il y a peu. Le monstre est-il encore dans les parages ?
    Le pauvre homme a été roué de coups. Il est couvert d'hématomes. Ses yeux et ses lèvres sont gonflées. Son nez écrasé saigne. Ses lèvres aussi. Je le palpe et constate que ses côtes sont cassées, enfoncées. Les os de ses bras et de ses jambes ont également été brisés à mains nues. Comme Edes...
    Je remarque également un impact au niveau du crâne. Il a été touché à la tête. Par un caillou peut-être ? Il faudrait que je le trouve. Je regarde autour de moi. La forêt offre bien des endroits où se cacher, où tendre un piège. Est-il possible que ce monstre ait attendu ici qu'une innocente victime passe par hasard ? Si mon hypothèse est juste et qu'il est soumis à un cycle, il va vouloir en finir avec sa tâche avant d'être contraint à rejoindre un autre monde. Aussi, il est probable qu'il connaisse cet endroit. Il sait qu'il y a du passage. D'une certaine façon, il est chez lui. Et il est fort probable qu'il ne soit pas loin ou qu'il compte revenir. Si c'est le cas, malgré l'éventuelle urgence due à l'achèvement de son cycle, il doit rester confiant. 

    À ce stade de mon enquête, je pense qu'il n'a peut-être pas forme humaine. Sinon, il ne prendrait pas la peine de se cacher ou d'attaquer à distance. Il pourrait approcher ses victimes et tenter de se faire passer pour un ami.
    Cette nouvelle victime a été tuée non loin du territoire du Clan des Arbres. Peut-être que ce Horla est lié d'une façon ou d'une autre à cet endroit. En tous cas, je pense qu'il le connaît bien.
    Ce rituel qu'il veut ou doit accomplir avant de quitter Millevaux suppose la mort de plusieurs personnes. Combien ? Il a certainement déjà tué avant. Et il est probable que la fréquence de ses crimes s'accélère s'il est loin du compte. Peut-être, d'ailleurs, que l'accomplissement de ce rituel lui permettrait de rester ici ?

    Je fouille les environs, à la recherche du caillou qui a servi à assommer le bûcheron. Ce faisant, je trouve aussi des empreintes de pas. Et elle confirme mon hypothèse. Ce Horla n'a pas figure humaine. Ces traces sont de taille humaine mais elles présentent d'étranges déformations, comme si les orteils s'étaient assemblés pour former des sabots de chair. Ne trouvant pas ce maudit caillou, je me concentre sur ses empreintes. Je ferme les yeux et demande, humblement, leur aide aux esprits de la Forêt. Je sens qu'ils me sourient. Cette chose n'est pas humaine mais se déplace comme un humain, sur ses deux pattes arrières.

    Je remercie les esprits pour leur aide. J'ai encore beaucoup de questions à leur poser mais je sais, par expérience, qu'il ne faut pas abuser de leur bonté. Je me rappelle les leçons de NoAnde à ce sujet. Les esprits ne sont pas là pour nous servir. C'est nous qui les servons. Et s'ils acceptent de répondre à nos requêtes, c'est uniquement parce que cela sert leurs intérêts. Ce que nous croyons être nos motivations, nos buts, sont en réalité les leurs...

    Je ne sors pas d'un rêve. Je voudrais sortir d'un rêve, un de ceux où les Esprits seraient venus me visiter et me dispenser leurs bons conseils. Mais, depuis la mort d'Edes, je ne dors plus. Est-ce la vengeance qui me tient éveillé ? La douleur ? 
    J'ai attendu longtemps, assis à côté du cadavre de ce bûcheron. Mais rien n'est venu. Ni le sommeil, ni l'illumination, ni le meurtrier... Rien, ni personne. Alors, après plusieurs heures passées à réfléchir, j'ai décidé de me lever.
    Mais ces heures n'ont pas été vaines. J'ai beaucoup réfléchi. Peut-être que je me trompe en pensant que c'est un Horla qui a tué Edes. Peut-être n'est-ce qu'un homme, un vilain estropié ? Ou un sorcier pensant servir une déité Horla ? En tous cas, peut-être que le tueur, quelle que soit sa nature, est malgré tout soumis à un cycle. Il y aura donc d'autres victimes. Mais cela veut aussi dire qu'il y en a eu d'autres avant ! Si je les trouve, j'aurais peut-être de nouveaux indices.
    Je m'approche d'un arbre, un Noyer. Je pose mes mains à plat contre le tronc. Je me rapproche encore. Je colle ma joue contre lui. Je ferme les yeux et cherche à entendre le battement de son cœur. A-t-il quelque chose à me dire concernant les autres victimes ? 

    Un flash ! 

    « Change de lieu ! Une chasse aux sorcières ! »

    Qu'est-ce que ça veut dire ? Je traquerais donc une sorcière ? Et elle serait ailleurs ?

    Bien, mais... Je veux en savoir plus sur les autres victimes. Alors ?
    Alors, oui ! Il y en a eu d'autres ? Je vois tout ces petits points luisant faiblement dans les ténèbres. Autant d'âmes perdues. Elles se répartissent dans l'espace et le temps, entre les mondes des vivants et des morts et des Esprits et du Rêve. Pour l'heure, il n'y aurait eu qu'un seul cycle. Celui-ci serait donc le premier mais il aurait commencé il y a longtemps. La fin n'est pas proche mais le rythme pourrait pourtant s’accélérer. 
    Mais pourquoi ? Que veut cette sorcière ? Puisqu'il semble bien qu'il s'agisse d'une sorcière. L'Esprit du Noyer, peut-il m'aider ? Je regarde dans ma besace et en tire trois noix.

    Et je suis soudain en nage ! Je ne sais pas ce qui m'arrive. Je m'accroche à cet arbre avec la terrible, l'horrible peur de tomber, de chuter de son sommet et de mourir écrasé au sol. Je ferme les yeux le plus fort que je peux. Je sens le frottement de l'air contre mon visage. Cette sensation de chute, de vertige est insoutenable. Je tombe à genoux ! J'ouvre les yeux et constate que je suis bel et bien tombé, oui, mais seulement du haut de ma personne. Quel avertissement les Arbres ont-ils voulu m'adresser ? Je m'examine. Malgré tout, j'ai réellement peur de m'être blessé. Mais je n'ai finalement qu'une vilaine bosse. Je la touche. Je la presse. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose dedans. Mais ce n'est qu'une impression, une sensation sans fondement car je suis si fatigué.
    Je ferme les yeux et je vois un astre se dessiner dans la nuit. Et j'ai le terrible pressentiment d'un effondrement à venir.

    Je regarde autour de moi. J'ai l'impression qu'on m'observe. Pourtant, je suis seul. Et je pense à mon père adoptif, NoAber. Il m'a recueilli quand j'étais enfant. Il m'a donné à manger, à boire. Il  m'a soigné et m'a donné mon nom. Je n'ai pas le même nom que les autres hommes du Clan des Arbres. NoAber voulait que je sache que je venais d'ailleurs. Mais il ne voulait pas que j'en souffre. Il voulait au contraire que j'en sois fier et que je fasse de mes origines une force, un don précieux pour le Clan. C'est aussi pour ça que j'ai choisi de devenir shaman. Je lui dois beaucoup. Je lui dois tout. Et ne devrais-je pas être à ses côtés aujourd'hui alors qu'à son tour il a besoin de moi ? 

    Inutile de rester ici. Les Arbres ont été clair quant à la nécessité de quitter cet endroit. Mais pour aller où ? Je sais qu'il y a eu d'autres victimes par le passé. Et il y en aura d'autres ! Je sais aussi qu'il est possible que ces meurtres ne soit pas le fait d'un Horla mais d'une sorcière aux pieds difformes. Mais peut-être change-t-elle d'apparence au moment de passer à l'acte ? 
    Je ne sais pas pourquoi elle agit ainsi. Elle obéit à un cycle, un cycle long. Mais son rythme n'est pas nécessairement régulier et tout pourrait s'accélérer, d'autant plus que j'ai eu cette vision de chute et d'effondrement. Et cet astre dans la nuit, quel est son rôle ?
    Tue-t-elle pour obéir à une puissance supérieure ? Pour s'attirer ses faveurs ? Est-elle seulement folle ? Comment le savoir ? Elle a tué Edes et cet homme en les rouant de coups mais... et si il y avait autre chose ? Je dois examiner les corps. Je soulève le corps du bûcheron et décide de rentrer. Là, je tenterai d'en savoir plus.

    C'est avec joie que je retrouve le Clan des Arbres, même si je ne suis pas parti si longtemps que ça. Je m’enquiers de l'état de santé de NoAber et constate que rien n'a changé. Je fais semblant d'être optimiste. 
    Je dépose ensuite le corps du bûcheron et explique mon plan à NoAnde. Cela me fait plaisir et me rassure que celui qui m'a tout appris de l'art des shamans du Clan des Arbres approuve ma quête et valide mes hypothèses. Ne voulant pas abuser de sa générosité, je n'ose pas lui demander de m'assister dans ce rituel de nécromancie. Mais je lui demande tout de même de bien vouloir veiller sur NoAber.
    Je prépare les corps, celui d'Edes et celui du bûcheron. Je les lave. Je les habille avec des vêtements propres. Je peins sur leurs visage, leurs mains et leurs pieds les symboles qui me permettront, par le truchement des Esprits, de lire en eux, de les faire parler. Je dois savoir précisément ce qu'on leur a fait. Une fois les corps préparés, je dessine le pentacle qui va les accueillir et dispose, aux points symboliques, des coupelles remplies d'encens, de pétales de fleurs, de bougies. Je n'ai pas dormi depuis des jours. J'espère que ma concentration ne va pas s'en ressentir. J'ai tellement besoin de savoir. 
    Je me concentre. Je gobe une poignée de noix. J'entonne le chant rituel en dansant autour du pentacle. Une fracture ! Dans la réalité ! La transe s'empare de moi. Je perds le contrôle. Les dessins, le pentacle, les corps ! Tout change de forme. L'espace autour de moi se redessine. Je suis entouré de symboles étranges que je ne comprends pas. Il y a pourtant un sens à cela. Quel est-il ? Je regarde le corps d'Edes. Il est tordu dans tous les sens. Lui aussi dessine de nouveaux symboles. Il semble vouloir me dire quelque chose. Edes veut me dire quelque chose. Mais quoi ? La bosse, celle que je me suis faite en me cognant dans la forêt, se met à pulser. Ce qu'il y a dedans, car il y a vraiment quelque chose dedans, veut sortir ! La transe s'est emparée de moi. Je suis en transe ! Je suis l'incarnation de la transe. La transe incarnée ! Et pourtant, il y a ce voile entre moi et la vérité, entre moi et ce que les corps tentent de me dire. Je dois déchirer ce voile et lire la réalité ! 
    Et d'un coup de tête, les bois fixés à ma cagoule écorchent, tailladent et balafrent le réel. Et derrière, je vois, non pas cette sorcière meurtrière, mais ses buts, ses objectifs. C'est une page blanche. Je prends un bout de charbon et j'écris.

    Cette sorcière veut s'attirer les faveurs d'une déité Horla. Elle accompli ces meurtres à des dates précises, selon un calendrier connu d'elle seule. Mais il y a une certaine logique derrière tout cela. Il y aura d'autres morts car la déité Horla est exigeante.

    Je lâche le bout de charbon. Je recule. Je regarde cette page de réel. Elle n'est plus blanche. Je lis là ce qui anime cette sorcière. C'est ça, elle tue pour s'attirer les faveurs d'une déité Horla. 
    Et je m'écroule au sol, agité de spasmes. Je sens quelque chose cogner à l'intérieur de cette bosse. Puis, ces mouvements se calment et s'arrêtent. Je me relève et me rue vers un miroir. Cette bosse a changé de forme. Elle ressemble maintenant à... un serpent qui se mord la queue ?

    J'ai besoin de repos. Je suis épuisé. Pourtant, impossible de dormir. Rêver me ferait du bien. Les Esprits pourraient venir me parler, me réconforter, purifier mon âme. Et pourtant, je ne dors pas.  Est-ce que cela veut dire que le repos de l'âme m'est interdit désormais ? À moins que je ne trouve le repos qu'avec la mort de cette sorcière ? J'ai pourtant besoin de me changer les idées. Mais j'ai toujours besoin d'apprendre. Alors, je rejoins NoAnde. Je lui raconte cette étrange expérience. Il me sourit et me dit qu'il n'a pas de réponse. Et s'il y en a vraiment une, elle appartient aux Esprits de la Forêt, aux Esprits des Arbres. Alors, il me raconte l'histoire de l'Esprit du Noyer et comment les Noix permettent de voyager entre les mondes. Il me raconte aussi la lutte contre les Cœlacanthes. J'aime écouter ses histoires. Elles sont toujours riches d'enseignements. NoAnde me jure qu'il n'a pas de réponse à mes questions concernant cette sorcière, mais ce n'est certainement pas par hasard qu'il me parle du Noyer et des Cœlacanthes.

    Je passe ma main sous ma cagoule. La bosse est toujours là, avec sa forme étrange. Dois-je y voir un message des Esprits ? Un serpent qui se mord la queue... Dois-je voir là qu'il s'agit bien d'un cycle, de quelque chose qui va se répéter ? Ou alors... est-ce que cela voudrait dire que je me dévore moi-même en me lançant dans cette quête, cette enquête ? 
    Ou... est-ce là une mise en garde ? Le cycle arriverait à son terme ? Dans ce cas, je ne dois pas perdre de temps. Mais dans quelle direction aller maintenant ? 
    Je pense que cette sorcière connaît bien les lieux. Dans ce cas, peut-être qu'elle fait partie de la communauté dont est issu le bûcheron dont j'ai trouvé le cadavre. Peut-être aussi qu'elle fait partie du Clan des Arbres. Mais, dans ce cas, je pense que je l'aurais remarqué. À moins que... qu'elle ne se cache particulièrement bien. Peut-être aussi qu'elle vit cachée dans la forêt.
    Et si je parvenais à entrer en communication avec elle par le biais du monde des Esprits ? Et si, l'espace d'un instant, je pouvais voir par ses yeux, entendre par ses oreilles ? Cela me donnerait une idée de là où elle se trouve.
    Après m'être assuré que mon père allait aussi bien que possible et donné des instructions pour qu'on prenne soin de sa santé, je retourne dans la forêt. Là, je trouve un Noyer. Je presse mes paumes et mon front contre son tronc. Je lui demande de m'aider. Je l'implore. J'ai conscience qu'il ne me doit rien, que c'est moi qui lui doit tout. Mais je dois savoir. Je dois trouver cette sorcière. Il ne s'agit pas seulement de venger la mort d'Edes. Il s'agit et surtout d'empêcher de nouveaux meurtres et d'empêcher la réalisation de ce rituel morbide. Ô Noyer, aide-moi !
    Et l'arbre m'aide. Je souris. J'y vois là sa volonté d'arrêter cette sorcière. Il sait que ces projets sont néfastes aux hommes comme aux Esprits. Et je vois...
    Un aigle ! Il tourne en rond dans le ciel. Elle a donc les yeux levés vers le ciel. Est-elle haruspice ? Interprète-t-elle les virevoltes de l'oiseau ? Je vois maintenant une porte. Elle regagne ce qui doit être sa chaumière. Oui ! Elle vit seule dans la forêt. À l'intérieur, elle regarde un cristal. Il est énorme et taillé de façon irrégulière. Elle le touche, le caresse. Elle lui parle. Elle parle de... ma bosse. Sait-elle que je suis sur sa trace ? Elle parle à celui ou ce qu'elle appelle « le Dragon ». Et ce cristal, chacune de ses faces est une fenêtre vers un ailleurs. Lequel regarde-t-elle ?
    Dans le cristal, un endroit étrange. Deux personnes sont reliées à une sorte de pompes qui leur injecte un produit semblant les plonger dans l'hébétude la plus totale. Quel lien avec le dragon ?
    Dans une autre facette, c'est une automobile, mais pas une carcasse comme on en trouve dans la forêt, une vraie, qui roule et qui... fond littéralement comme neige au soleil.
    Je préfère me retirer avant qu'elle ne se rende compte que je l'observe. 

    Elle vit donc là, seule, dans cette chaumière quelque part dans la forêt. Elle est finalement assez proche de nous. Elle sert celui qu'elle appelle « le Dragon ». Quelle sorte de monstre, de Horla ou de déité Horla cela peut-il bien être ? Et ce cristal ? 
    Mais surtout, où est cette chaumière ? Je dois la trouver ! Et soudain, je me demande si elle n'aurait pas des complices. Peut-être au sein du Clan des Arbres d'ailleurs ? Cette pensée me fait mal mais, malgré tout, je ne dois pas l'évacuer. Alors, je rentre...

    Nous somme maintenant le 23 Vrillette et je n'ai toujours pas dormi...

    « J'dirais pas qu'c'est mal de coucher avec sa mère.
Mais ce que ça retourne au niveau de la mémoire et de l'égrégore... 
Tu veux pas savoir. »

    C'est par ces mots que m'accueille NoAnde. Et il n'a rien d'autre à me dire... Comme souvent, c'est à moi de trouver le sens de tout cela. 
    La transgression. NoAnde me parle de transgression. Et il me dit que ce n'est pas mal mais qu'il faut en assumer les conséquences. Dois-je me livrer à une grande et grave transgression pour parvenir au terme de mon enquête ? Quelles en seront les conséquences ? Et, finalement, est-ce que je veux vraiment savoir qui a tué Edes ? Et pourquoi ? NoAnde veut-il me dire par-là que je dois aujourd'hui faire le choix entre poursuivre ma quête mais en assumer les conséquences ou bien faire mon deuil et reprendre ma place au sein du Clan des Arbres, en acceptant que le coupable de la mort d'Edes ne soit jamais puni ?
    Mais ce n'est pas qu'une histoire de vengeance. Cette sorcière tuera encore, au nom de ce Dragon. Je dois l'arrêter. Car, quelles seront les conséquences si je ne fais rien ? Les conséquences pour notre Clan seront peut-être bien pires que ce que j'aurais à supporter comme prix pour avoir tenté de l'arrêter ? L'heure est plus grave qu'il n'y paraît. Et elle est plus grave car, assurément, cette sorcière n'agit pas seule. J'en ai l'intime conviction, si elle ne le dirige pas, elle est au cœur d'une cabale qui tue au nom de ce Dragon. Alors, oui, j'irai jusqu'au bout quel qu'en soit le prix. Mais, pour ça, je vais avoir besoin de trouver ses complices. Et si je ne trouve pas d'indice, je tordrai la réalité pour qu'elle me les donne...

    Je m'installe au chevet de mon père. Lui, il dort paisiblement. Je sors une poignée de noix de ma besace.

    Et un voile, LE voile, se déchire. Là, sous mes yeux. Et je vois. Et ce que je vois m'emplit de terreur. Une terreur telle que je m'enfuis en hurlant. J'erre dans les bois en criant car je comprends que la réalité n'est pas... ce qu'on croit. Rien n'est vrai ! Tout est permis ! La réalité est une construction qui ne s'impose à nos sens que par ce que nous l'acceptons. Nous pensons, nous pauvres humains, que nous ne pouvons que nous plier à la réalité. Mais c'est faux ! C'est une illusion. C'est ce que la réalité veut nous faire croire. Mais en réalité, la réalité a peur de nous. Elle a peur de l'homme car l'homme peut la contraindre. Il y a des moyens. L'homme a eu les moyens. Il les a toujours eu. Mais il les a oubliés. La réalité a toujours œuvré à ce que l'homme oublie comment la soumettre, la réécrire. 
    Et soudain, je m'arrête de courir car je suis face à un trou noir. Il ne s'agit d'un véritable trou dans le sol. C'est un trou dans le réel. Dans ma conception du réel. Et là, je suis face à l'insondable tâche consistant à le remplir. Je dois créer ce réel pour qu'il ne demeure pas un trou noir qui va aspirer tout le reste de la création. Ce que je créerai pour combler ce trou deviendra la réalité et je devrai l'assumer, je devrai assumer le contenu de la réalité. Je dois prendre et assumer cette responsabilité de créer le réel car, j'ai besoin de connaître les complices de cette sorcière si je veux l'arrêter. Alors, je vais les fabriquer et je vais les traquer. Et quand je les aurais trouvé, ils me mèneront à elle et j'en finirai avec le Dragon !

    Je ne suis pas animé par la vengeance mais ceux que je cherche le sont. NonUnd, un chasseur à l'arc au sein du Clan des Arbres, était jaloux. Il convoitait Edes et nous ne le savions pas. C'est pour ça qu'il l'a désignée comme victime. Je le connaissais comme un homme prétentieux et inconséquent. Je ne pensais pas qu'il pourrait commercer avec le Mal. Et pourtant ! Et EzBaina,ce jeune qu'on aime à appeler « l'Ermite » en raison de son goût pour la solitude. Il est son complice, lui aussi. Je vois, je sais, car je l'ai écrit. Il a dérobé un objet. Il a erré seul dans les bois et il a volé cette corne. Cette corne de Dragon. C'est lui qui a introduit le culte Dragon parmi nous. C'est lui qui  le premier a rencontré la sorcière. 
    Le trou dans la réalité se referme. Je sais maintenant ce que je dois faire. Je reprends mes esprits et retourne au chevet de mon père.

    NoAnde sait-il ? Sait-il pour la réalité ?

    Quelque part dans la forêt, un jeune homme pousse un porte. Dans la chaumière, une vieille femme est penchée au dessus d'un cristal. 
    « C'est toi, EzBaina. »
    Ce n'est pas une question.
    « Oui, Grand-Mère. ».
    Il lui tend quelque chose, une longue corne torsadée. La vieille femme ne se retourne pas.
    « Garde-la. Tu l'as prise. Elle est à toi maintenant. »


    De retour au sein du Clan des Arbres, mon regard sur les miens a changé. Je sais déjà, car je l'ai écrit, que NonUnd et EzBaina sont des traîtres et conspirent avec la sorcière qui a tué Edes. Mais ils ne sont sûrement pas les seuls. Qui sont leurs complices ? À qui puis-je me fier pour les retrouver ? NoAnde, évidemment.

    Contre toute attente, NoAnde répond négativement à mes questions. Non seulement il ne les a pas vus mais je sens une certaine froideur dans ses propos. Il ne me dit pas de laisser tomber cette piste mais je comprends bien qu'il ne m'aidera pas à les trouver. Peut-être qu'il sait comment j'ai eu ces informations ? Peut-être qu'il sait que je les ai créées, que c'est moi qui a crée la culpabilité de NonUnd et EzBaina. Ils seraient restés innocents si je n'avais pas comblé moi-même ce trou noir dans le réel. Mais maintenant, c'est comme ça. Telle est la réalité. Même si c'est moi qui en ait décidé ainsi, ils sont tous les deux réellement coupables.
    Je ne suis pas un meneur d'homme. Pourtant, j'ai besoin de l'aide des membres du Clan pour trouver NonUnd et, surtout, EzBaina. Je n'ai que rarement pris la parole devant les autres, et jamais pour leur demander quelque chose ou leur donner des ordres. Mais aujourd'hui, c'est différent. Je ne rentre pas dans les détails mais leur rappelle la mort d'Edes et du bûcheron. Et je leur dis que je dois parler à ces deux-là. Je les veux, vite ! Et on me les emmène, vite !
    Je les fais conduire dans un endroit un peu à l'écart, pieds et poings liés. Ils me connaissent. Ils savent que je suis lié aux Esprits de la Forêts. Je ne sens pas de la peur dans leur regard mais, malgré tout, une certaine appréhension. Ils savent pourquoi ils sont là. Alors, je ne prends pas de chemins détournés, ni de gants. Je leur explique savoir qui a tué Edes. Je veux retrouver cette sorcière. Je veux l'arrêter. Et s'ils m'aident, alors, j'effacerai leurs noms de la liste de ses complices. Je suis shaman du Clan des Arbres. Ils savent que mes paroles ne sont pas des mots en l'air. Ils me croient quand je leur dit avoir ce pouvoir, mais ils ne savent pas à quel point je possède effectivement ce pouvoir. 
    Pour achever de les convaincre de me révéler la vérité, je leur explique que si les mots ne sortent pas de leur bouche, j'irai les chercher au fond de leurs entrailles. J'ai été initié à la nécromancie. Je sais faire parler les morts autant sinon plus que les vivants. Maintenant, c'est à eux de choisir.
    Et ils parlent !
    EzBaina s'est effectivement retrouvé le gardien de la Corne du Dragon. Lui et sa grand-mère se sont alors mis en tête de l'invoquer, lui, le véritable Dieu de la Forêt. En échange, ils auraient eu un nouveau statut au sein du Clan. Elle n'aurait plus été considérée comme une sorcière mais comme une shamane. Et lui, il serait devenu une sorte de héros, le champion du Dragon. Alors oui, il a répandu la parole du Dragon au sein du Clan et oui, sa grand-mère a usé de ses pouvoir pour lui offrir des victimes, pour l'attirer ici, l'inciter à revenir.
    EzBaina finit par me donner une des informations dont j'ai besoin. Effectivement, cette série de meurtres touche à sa fin. Il y aura bientôt eu assez de victimes pour que le Dragon revienne. Mais cette ultime victime doit être spéciale. Il doit avoir les yeux verts et avoir été échangé à la naissance. 
    Je repense à l'historiette de NoAnde. Est-ce cela le prix à payer pour avoir transgressé les règles de la réalité ? Ces deux-là ne peuvent pas le savoir mais, sous ma cagoule, j'ai les yeux verts. Et, même si ce n'est pas un secret, tout le monde ne sait pas que je ne suis pas né au sein du Clan. Il y a toujours ce mystère autour de ma naissance que seul mon père connaît. 
    Inconsciemment, je fais un pas en arrière. Sentent-ils ma tension ? S'ils savent ces choses me concernant, ils savent que je suis une victime toute désignée pour cet ultime sacrifice. J'ai le sentiment qu'ils ne le savent pas mais la vieille, dans son cristal, qu'a-t-elle vu ? Que sait-elle ? J'ai réécrit la réalité et voilà qu'elle se retourne contre moi. Je presse la bosse sous ma cagoule. Le serpent se mord la queue.
    Dois-je réécrire le réel pour tenter de sauver ma peau ou, au contraire, dois-je aller au devant de mon destin et accepter ce qui arrivera quoi qu'il arrive ?

    Je réfléchis et prends conscience que je ne savais pas que la grand-mère de EzBaina vivait à l'écart du Clan. Pourquoi ? Lui refuse de m'en dire plus. NoAnde acceptera-t-il ? Pas plus mais il me conseille malgré tout de m'en remettre à mes visions. Il est moins froid maintenant et me donne même une poignée de noix. Je retourne auprès de mon père et m'en vais rêver éveillé.
    Je me sens bien. Je suis serein. Je nage en pleine folie mais cette folie n'est pas la mienne. Celle que EzBaina appelle Grand-Mère était destinée elle aussi à devenir shaman. Mais elle s'est vouée aux aspects les plus sombres du monde des Esprits. NoAnde me l'a dit. Les Esprits ne nous servent pas. C'est nous qui les servons. Quand ils répondent à nos demandes, c'est parce que nos demandes sont en fait les leurs. Mais elle, elle ne voulait pas obéir. Elle voulait les soumettre. Elle aussi, voulait tordre la réalité. Mais elle y a laissé une partie de son âme. Elle s'est laissé envahir par les recoins les plus sombres du monde des Esprits. Elle s'est laissée posséder par les plus diaboliques d'entre eux. Elle a écrit leurs paroles, leurs pensées. Puis, elle a appris. De shaman, elle est devenue sorcière. Et elle a été bannie. Là, seule, plus rien ne l'a freiné dans sa course vers les ténèbres. Et elle a fini par trouver le Cristal et la Corne du Dragon. Et quand EzBaina, par jeu, par curiosité, lui a dérobé la Corne, alors est né ce projet fou de faire venir le Dragon, de lui offrir des vies pour le contraindre, le soumettre, obtenir de lui pouvoir et reconnaissance.

    Est-ce un tel destin qui m'attend si je persiste dans cette voie consistant à réécrire le réel ? Mais si je ne fais rien, quel destin m'attend ? Être la cible de cette vieille sorcière ? Dois-je m'y résoudre ? Dois-je prendre les devants ? Je pourrais le faire mais j'ai peur.

Il y a des éclairs cette nuit. 
Par intermittence, on distingue la silhouette étrange d'un être recouvert d'une carapace sombre et  aux jambes tordues.
Cette chose ressemble à un être humain mais n'en a plus que vaguement la forme.
Son visage n'a plus rien d'un homme.
On dirait un arbre, un enchevêtrement de branches et de brindilles.
Un homme est lui aussi sous la pluie. Malgré l'orage, il fait le tour des pièges qu'il a posés. 
Il ne sait pas qu'il va mourir.
Il reçoit un caillou un visage. Il se tourne mais ne voit personne.
La créature l'a déjà contourné et se jette sur lui.
Elle le roue de coups.
L'homme tente de se défendre mais ne peut rien contre la servante du Dragon.


    Je tâte la bosse sur mon front. Le serpent se mord la queue. Le Dragon se mord la queue ! Être la dernière victime, celle qui ouvrira les portes au Dragon, est-ce là mon destin, ma punition pour avoir transgressé ce tabou consistant à écrire la réalité pour faire de NonUnd et EzBaina les témoins dont j'avais besoin pour stopper la meurtrière d'Edes ? « Tu veux pas savoir... » dit l'historiette. Et pourtant...
    J'ai oublié la dernière fois que j'ai dormi. Cela fait des jours. Alors, peut-être qu'en réalité je suis en train de dormir et de rêver, rêver que je ne dors plus. J'ai choisi de transgresser le tabou et je dois l'assumer. Alors, je choisis d'aller au devant de mon destin, aussi funeste soit-il. 
    Je n'ai pas osé demandé à NonUnd et EzBaina où se trouvait la chaumière de la sorcière. Je pourrais le faire maintenant. Ils me répondraient. Ils ont trop peur de ce que je pourrais leur faire. Pour autant, cette histoire est la mienne. Et si je choisis de ne pas subir les événements, je dois assumer aussi ce rôle consistant à écrire moi-même ma propre histoire. Alors, je gobe une poignée de noix.
    Et je vois la chaumière. Elle n'est pas si loin que ça de là où notre Clan s'est installé. Mais elle est bien cachée. Malgré tout, cette petite clairière n'est pas si facile d'accès pour celui qui ne sait pas où elle est. Mais je sais ! Et à mesure que je m'approche, je sens ce poids sur mes épaules. Le poids de mon destin. Et je me dis que rien n'est dû au hasard. Cette vieille sorcière savait pertinemment ce qu'elle faisait et ce depuis le début. Elle l'avait certainement vu dans son cristal. Elle devait avoir tout prévu. Et moi, je me jette dans la gueule du loup, la gueule du Dragon. Je devrais faire demi-tour mais je continue d'avancer. Je ne suis plus qu'une marionnette mue par le destin ou plutôt ce sortilège que la sorcière a dû me jeter. Car c'est ça, je suis ensorcelé, victime d'une magie noire mortelle je m'en vais présenter mon cou à la hache du bourreau, ma gorge à la mâchoire du Dragon. Mais j'avance...
    Je sens quelque chose fourmiller sous ma cagoule de shaman. Quand je passe la main sur mon visage, je sens... de la mousse. Comme celle qu'on trouve sur les arbres. Qu'est-ce que cela signifie ? Quand j'arrive devant la chaumière, la mousse recouvre le dos de mes mains. Je me mets à courir. J'ouvre la porte...

    La vieille est là, au milieu d'un pentacle dessiné au sol. Je reconnais certains symboles. C'est la Langue Putride ! Elle a la tête rejetée en arrière. Et elle brandit, bien haut au-dessus d'elle, une lame rituelle. Elle se tourne vers moi, affichant un horrible sourire édenté. Et je comprends. Je vois ses yeux verts. La dernière, l'ultime victime, celle qui ouvrira la porte au Dragon doit avoir les yeux verts et être née hors du Clan. Je ne sais rien de ses origines mais peut-être qu'elle aussi est née ailleurs. Alors, dans ce cas, ce n'est pas moi la dernière victime !
    Elle se met à rire. Lit-elle dans mes pensées ? L'espace d'un instant, j'ai envie de la laisser mettre fin à ses jours. Mais, si je la tue, cela ouvrira malgré tout la porte au Dragon. Je dois la tuer. Je peux la tuer. Mais pas à l'intérieur de ce pentacle. Aussi, je me jette sur elle !
    Et la folie s'empare de moi ! Bien avant que la lame n'atteigne son cou, je me saisis de la sorcière et la projette hors du pentacle. Elle lâche son arme qui glisse dans un coin. Et je me précipite sur elle. Je m'en saisis et me retourne vers la vieille qui tente de s'enfuir en rampant. Je lui saute dessus et plante la lame entre ses omoplates. J'ai l'impression de la tuer plusieurs fois. Son sang recouvre mes mains et en imprègne la mousse verdâtre qui y est apparue. Je me sens mal. Il se passe quelque chose dans mon corps. Mes os bougent à l'intérieur de mes membres mais ils ne suivent pas les ordres émanant de ma volonté. Péniblement, je gagne l'extérieur. Je fais quelques pas sous la lumière du soleil. Mes pas sont lourds, difficiles. Et je me fige. Je sens mon pied s'enfoncer dans le sol. Je sens mes orteils déchirer mes bottes et s'enfoncer dans la terre. Contre mon gré, je lève mes bras au ciel et les vois s'allonger. Mes doigts, de dix deviennent vingt puis cent ! La mousse se répand et devient feuillage...

    Je suis un Arbre…


Commentaires de Thomas :

A. J'écoutais une pièce de psyché-jazz trop chamanique en lisant ce CR et donc, je le propose comme playlist : 
Image
Basement Apes Vol.1, par Sunwatchers, la circularité psyché-jazz, la transe chamanique, le non-lieu cosmique

B. As-tu utilisé Bois-Saule ou juste les entrées de l'Almanach ?

C. Il y a un certain contraste a vouloir jouer un expert profiler de Psychomeurtre dans le monde post-apo de Millevaux, où on peut supposer que les enquêtes aboutissent principalement à des impasses, faute de moyens d'investigation corrects et proportionnés aux menaces. A ce titre, pour jouer une enquête dans Millevaux qui serait plutôt vouée à l'échec et à l'erreur judiciaire, j'utiliserais volontiers Le Témoignage.

D. De fait, les compétences d'investigation des personnages de Psychomeurtre me semblent ici relativement caduques. Qu'as-tu finalement utilisé du système ? La fiche de serial killer et l'enchaînement des scènes ?

E. "Je prépare les corps, celui d'Edes et celui du bûcheron. Je les lave. Je les habille avec des vêtements propres. Je peins sur leurs visage, leurs mains et leurs pieds les symboles qui me permettront, par le truchement des Esprits, de lire en eux, de les faire parler." 
Très cool ce rituel ! Je sais pas si ça rentre dans le parfait manuel du profiler de Psychomeurtre, mais on s'en fiche :)

F. "La transgression. NoAnde me parle de transgression. Et il me dit que ce n'est pas mal mais qu'il faut en assumer les conséquences. Dois-je me livrer à une grande et grave transgression pour parvenir au terme de mon enquête ? Quelles en seront les conséquences ? Et, finalement, est-ce que je veux vraiment savoir qui a tué Edes ? Et pourquoi ? NoAnde veut-il me dire par-là que je dois aujourd'hui faire le choix entre poursuivre ma quête mais en assumer les conséquences ou bien faire mon deuil et reprendre ma place au sein du Clan des Arbres, en acceptant que le coupable de la mort d'Edes ne soit jamais puni ?" 
ça fait très Inflorenza Minima ce genre de dilemme :) 

G. "Mais, pour ça, je vais avoir besoin de trouver ses complices. Et si je ne trouve pas d'indice, je tordrai la réalité pour qu'elle me les donne..." : 
ça ressemble aux transgressions du protocole dans Psychomeurtre : intéressant d'en donner là une version surnaturelle ! Et ça a des conséquences folles en jeu : NonUnd et Ezbaina sont coupables... parce que l'enquêteur en a décidé ainsi !

H. "Mais en réalité, la réalité a peur de nous. Elle a peur de l'homme car l'homme peut la contraindre. Il y a des moyens. L'homme a eu les moyens. Il les a toujours eu. Mais il les a oubliés. La réalité a toujours œuvré à ce que l'homme oublie comment la soumettre, la réécrire. " 
ça, ça fait une super théorie au sujet de l'oubli et de l'égrégore !

I. Cela me fait aussi penser à une phrase de Romain Gary dans Europa : "La réalité n'a jamais été capable de nous fournir une preuve de son existence"

J. On dirait bien que le héros s'est fait avoir ! Finalement, la personne qu'il pensait coupable est la victime, et lui-même qui se pensait victime, s'avère coupable. En croyant se défendre et protéger le monde, c'est lui qui a invoqué le Dragon (est devenu le Dragon) en tuant la sorcière...



Réponse de Damien :

hey! merci pour la bande son, je m'en vais écouter ça derechef  alors… j'ai utilisé Bois-Saule ET l'Almanach  mais (de tête) j'ai dû utiliser une version light de Bois-Saule pour privilégier Don't Rest et Psychomeurtres. Et pour ce dernier, j'ai "adapté" les compétences et les transposer en "version shamanique". ensuite, j'ai géré ça avec les règles de Don't Rest et ce talent de Folie consistant à réécrire des pans de réalité. ça peut paraitre un pouvoir énorme mais dans ce jeu les contreparties sont énormes aussi ^^ et ça a surtout été l'occasion de voir les potentiels d'un tel pouvoir que je compte réutiliser. en fait, j'ai surtout utilisé la trame narrative de Psychomeurtre en mix avec Bois-Saule et les règles de Don't rest pour les compétences "adaptées" de Psychomeurtre à la sauce Millevaux. et pour le dilemme, c'est notamment la conséquence dde la règle du Tourment dans Don't Rest et le genre de questionnement imprévu au départ qui a émergé de la partie. j'aimerais bien refaire un truc comme ça un de ces jours  tordre la réalité comme ça peut aussi coïncider avec certains talents de Grey Cells et de la Crasse. ça pourrait être sympa de tout mélanger. et les considérations sur la réalité ont aussi émergé de la partie sans que cela ne soit prévu. mais c'est vrai que c'est intéressant et je pense que ces questions pourraient se reposer dans mon prochain de la Crasse, Mantra et Millevaux. et il va falloir que je lise Europa alors ^^ et pour finir… et bien le final de la partie est justement la conséquence du Tourment. à trop tordre la réalité… et bien c'est comme quand on joue avec un élastique, au bout d'un moment on se le reprend dans la gueule et c'est contre ça qu'a voulu le prévenir NoAnde mais bon… c'est la vie 

mais bon, quand même, j'en profite pour redire que ce scenar a été vachement intéressant à jouer car j'ai pu tester Psychomeurtre en version "surnaturel", j'ai pu tester ce talent pour Don't Rest qui est quand même vachement intéressant et j'ai pu encore une fois voir un scenar partir dans des considérations complétement improbables et imprévues… et sans MJ ^^
Outsider. Énergie créative. Univers artisanaux.
Ma page Tipee.
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