[CR][Into The Odd] Les 5 supplices revisités

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Re: [CR][Into The Odd] Les 5 supplices revisités

Message par Carfax » ven. juil. 26, 2019 4:37 pm

Dans les soutes du cargo "Shen De" (suite)

L’odeur est forte, prégnante, irrespirable. Elle émane indéniablement des pots entreposés sur la table. Collé à celle-ci, Ian peut le constater à son grand écœurement maintenant qu’il se penche au-dessus des pots. Dans son dos, la bête est calme et ne fait cas de l’intrusion du major. Attentive, elle semble focalisée sur les faits et les gestes du lord. Ne sachant que faire, désorienté, l’officier se retourne et interroge du regard son ami lord toujours extatique face au monstre. « Un lien psychique les lie-t-il ? » s’interroge-t-il.

Un rire. Rocailleux et moqueur. Il vient du pont. Juste au-dessus. Ian lève les yeux et aperçoit le commandant Tsatoba à travers la grille. Ce dernier est penché en avant et rit de bon cœur. Vexé, le major braque son arme et tire. La balle se perd mais a raison du rire sarcastique. Et lorsque la détonation se perd, le bruit d’une écoutille s’entend. Celle qui dessert l’échelle verticale descendant du pont depuis la grille. Déjà une flopée de matelots du "Shen De" s’y laisse glisser.

La créature s’agite, se débat. Elle tire violemment sur ses chaînes. Elle implore sa liberté. Le flot des marins qui chutent semble intarissable. Le major est en première ligne. En fâcheuse posture, il hésite, tergiverse. Dans son dos, il entend « Libère là ! Libère la bête ! ». L’injonction vient du lord. Ce n’est pas un cri, non sa voix est calme, celle d’un homme sûr de son choix. Ian s’exécute et attrape précipitamment les clés laissées sur la table. Mais est-ce les bonnes ? Il l’espère. Et lorsqu’il file derrière la créature pour tenter de la libérer de ses fers, il souhaite vivement que cette dernière l’épargne.

Thomas peste. Il peste que l’on ne l’écoute jamais et s’engage dans la pièce en bousculant le lord qui ne bronche pas. De sa sagaie, il pourfend un premier matelot qui s’apprêtait à taillader Ian. Mais très vite, il ploie face au surnombre et est contraint au repli. Le rire reprend. De sa position dominante, le nippondien exulte.

Clic. Ce son net est un délice aux oreilles du major. Une première fixation saute. De son bras ainsi libéré, la bête fouette immédiatement plusieurs marins, arrachant membres et têtes. La scène est apocalyptique. Au seuil de la porte, le lord appuie afin son ami acculé et dézingue les crânes de ses plus proches assaillants de tirs précis avec son pistolet. Néanmoins, le surnombre de leurs ennemis joue en leur défaveur. Thomas est blessé mais courageusement continue la lutte. Rapidement à cours de munitions, Richard frappe maintenant d’estoc et de taille. Mais leur survie ne doit qu’à l’étroitesse de l’écoutille derrière laquelle ils se sont réfugiés pour mieux endiguer le flot ennemi. « Ian ! Vite ! » hurle Richard présentant depuis le début leur salut dans la libération de la créature.

Clic. Le dernier lien chaîné cède. Ian se terre lorsque la bête, libre de ses mouvements, déploie rageusement ses ailes. Le carnage est brutal. Fulgurant. Total. Nulle pitié. Et lorsqu’il cesse, la bête est exaltée. D’un mouvement de volte-face menaçant, elle se tourne brusquement vers le lord et Thomas. Ce dernier arme son bras pour frapper avec sa sagaie mais Richard stoppe son geste. La créature s’approche. Colle son visage émacié sur celui du lord. Son souffle est rauque. Le temps se suspend. Puis, aussi brusquement que son précédent tourne vire, d’une impulsion surhumaine, elle s’élance vers la grille qu’elle expulse d’une rare violence. La puissance des battements de ses ailes est telle qu’elle fait chanceler les trois investigateurs. Dans son envol, elle saisit d’une patte griffue le commandant nippondien resté pantois sur le pont de son navire. Son hurlement de détresse raisonne encore aux oreilles des trois amis lorsque, de très haut, elle le lâche s’écraser en mer.   
 
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Ceci conclut l'acte II.
Fin de notre cinquième partie.
Reprise estimée à fin août.
Dernière modification par Carfax le mer. sept. 18, 2019 11:58 am, modifié 1 fois.
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Message par AsgardOdin » ven. juil. 26, 2019 11:16 pm

Un mal pour un bien ? Un mal libéré pour leur survie ? Sauront-ils un jour ce que la libération de ce monstre a eu comme effet sur le monde ? :runaway
C'est exaltant à lire en tout cas ! :rock
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Message par Carfax » dim. juil. 28, 2019 1:16 pm

AsgardOdin a écrit :
ven. juil. 26, 2019 11:16 pm
Un mal pour un bien ? Un mal libéré pour leur survie ? Sauront-ils un jour ce que la libération de ce monstre a eu comme effet sur le monde ? :runaway
C'est exaltant à lire en tout cas ! :rock

« Tempus narrabo » j’ai envi de te répondre :D
Bon d’accord c’est une réponse de Gascon j’en conviens volontiers. Sinon je me répète et réitère mes remerciements car c’est un vrai plaisir d’avoir vos retours sur ce CR.

D’ailleurs un mot sur cette fin d’acte 2. Ces événements correspondent à la fin du livre 3 et au début du 4. Dans le scénario officiel les investigateurs pérégrinent de ville en ville en traversant l’Europe de l’Est, le Moyent orient puis l’Asie. J’ai trouvé cela long déjà à la lecture donc du coup j’ai écouté en deux étapes Bagdad et Shanghai. Dans cette dernière étape les PJs prennent connaissance du navire japonais avec sa cheminée verte. Normalement il le retrouve à leur arrivée en Mandchourie puis tombe aussi sur l’ancien repère de Fong Lee tenu désormais par la société secrète japonaise l’Ocean Noir. Dans ce repère se trouve la maigre bête prisonnière. J’ai tout regroupé sur le bateau. Cela m’évite aussi de les faire aller chez l’antiquaire de Lonsdales à Shanghai qui leur parle de celui de l’hotel Yamato que les PJs occuperont à leur arrivée en Mandchourie. Pour court circuiter ce qui passage je leur glisse en document trouvé lors de leur exploration de la villa de Lonsdales.

En sus, la mort de Gueding va compliquer la vie administrative des PJs. Mais avant de disparaître celui-ci avait appareiller un petit navire pour poursuivre leur route et atteindre la Mandchourie depuis Shanghai. En effet en raison de l’invasion nippondienne et la tension qui règne avec l’empire bastionnais, le zeppelin ne volera pas vers la dernière étape du périple de nos héros. Voilà voilà...
Dernière modification par Carfax le lun. juil. 29, 2019 9:28 am, modifié 1 fois.
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Message par AsgardOdin » lun. juil. 29, 2019 8:04 am

Merci de ces précisions plus "techniques"! Hâte de lire la suite en tout cas !
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Message par Carfax » ven. sept. 06, 2019 9:13 am

La rentrée pour nous, c'est mardi prochain - si aucun contre temps - puis résumé de la séance dans la foulée.
EDIT : en fait ce jeudi soir....
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Message par Carfax » mer. sept. 18, 2019 10:42 am

INTERLUDE - Un engagement officiel
Demeure du Gouverneur - Shanghaïdi
Fin de journée en Asidi
 
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Emportée par le tourbillon, la glace heurte et glisse le long de la paroi de verre qui l’emprisonne. Assis derrière son vaste bureau colonial de sa demeure surplombant la baie de Shanghaïdi, le gouverneur Sir Jacob Brown, troisième du nom, agite machinalement de sa main droite son Brandy de grand âge. Quelques gouttes d’alcool emportées par le vortex s’échappent du verre et viennent tacher sa richissime redingote étirée plus que de raison par une forte bedaine. « Diantre » peste-t-il intérieurement en constatant la tâche d’alcool qui s’étale avec aisance sur le tissu de sa veste. Posant nonchalamment le verre sur son bureau, il caresse délicatement ses bacchantes blanchies par son âge mûr et lève son regard pour examiner une énième fois les traits du jeune lord assis face à lui. L’homme est impassible, il n’a que peu touché son propre verre si ce n’est par politesse. « Quel gachis ! » songe le gouverneur... 

Plus tôt, tout juste en fin d’après-midi, ce dernier s’est présenté en sa demeure. Accompagné de deux officiers de l’armée impérial – un major de cavalerie affecté désormais au Bureau de surveillance des Arcanes et un capitaine d’aéronef –, il a demandé audience à son excellence ; une demande insistante qu’il a qualifié d’urgente car engageant la sécurité de l’Empire.

En provenance de Bastion et en escale depuis peu à Shanghaïdi, le lord accompagnait jusque-là l’agent impérial James Gueding en mission d’état. Ce jour, alors qu’il investiguait un étrange cargo nippondien retenu au port, il fut témoin d’atrocités et pris parti dans une lutte mortelle pour défendre sa propre vie comme celle de ses amis et alliés. Malheureusement, l’agent Gueding comme les quatre douaniers n'ont pas eu sa chance et périrent. Ses explications des événements dramatiques qui se jouèrent sur ce navire, tout comme la justesse de ses propos relatant les faits qui entraînèrent sa présence en Shanghaïdi – son investissement dans la « Black Star Line », la destruction de l’aérogare impériale de Bastion, la fuite de la délégation officielle mandchoudienne et sa rencontre avec l’agent Gueding – ont convaincu le gouverneur car ses dires corroborent avec justesse les bruits et faits colportés à ses oreilles par ses chuchoteurs. L’agent Gueding lui-même avait immédiatement pris contact avec les autorités coloniales dès l’atterrissage de son aéronef pour référer de ses activités et mander un navire discret et son équipage pour poursuivre sa mission en Mandchoudie. Et présentement, la requête du lord est la même. Avoir l’usufruit du navire et s’impliquer désormais officiellement pour retrouver et châtier ceux qu’il qualifie de « terroristes » et dont les agissements menacent l’intégrité impériale.

Lentement, le gouverneur tourne sa tête vers sa gauche et hausse ses sourcils comme pour solliciter une dernière fois l’assentiment de ses deux subalternes qui patientent derrière lui. Ces derniers - le Haut Général Alexander Roberts, commandant militaire des troupes coloniales asidiennes cantonnées à Shanghaïdi, et son responsable des affaires internes coloniales, homme d’ombre dont il tut le nom lors des présentations –, présents depuis le début des faits relatés par le lord, acquiescent d’un subrepticement hochement du menton ou d’un discret raclement de gorge. Après avoir reçu le lord, tous trois avaient sollicité un aparté pour se concerter et aviser ce dernier de leur décision. Après ce qui avait paru une longue attente au jeune lord, celui-ci avait été à nouveau convié dans le bureau du gouverneur et attendait désormais leur décision. Enfin, le gouverneur s’éclaircit la voix :

« Lord Hamilton, vos faits narrés sont d’une extrême gravité et ne peuvent être pris qu’avec une grande considération. Sachez que, conformément à votre demande, une unité militaire surveille désormais le cargo « Shen De » et celui-ci est placé d'ores et déjà en quarantaine. Son inspection par nos services est en cours. Vos dires corroborent aussi, avec une grande exactitude, nos propres informations impériales sur cette affaire « mandchoudienne » et votre engagement patriotique est tout à votre honneur. La disparition de l’agent Gueding est très regrettable. Une mission de haute importance lui avait été confiée lors de son départ de Bastion et il est impératif que celle-ci soit menée à bien.  Malheureusement, avec les soubresauts militaires nippondiens actuels, nous sommes à cours de ressources…hum…que je qualifierai « discrètes ». Ainsi donc, et sous l’autorité du Haut-Général Alexander Roberts ici présent, le major Fergusson, qui vous accompagne, se verra confié la poursuite de celle-ci. Son nouvel ordre de mission est déjà rédigé et lui sera remis dès notre entrevue terminée. Par ailleurs, l’aéronef qui vous a conduit ici restera apponté à Shangaïdi avec son équipage et ce jusque à votre retour de Mandchourie. Le navire affrété pour l’agent Gueding vous est acquis pour vous y rendre. Nous exigeons une contrepartie à ses faveurs d'état : que vous nous référiez de vos avancements autant et aussi souvent qu’il vous en sera possible. Sa Majesté ne manquera pas d’être avertie de votre investissement patriotique lord Hamilton, je m’en chargerai personnellement. ».
 
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Alors que le soleil entame son coucher, Lord Hamilton et le major Fergusson, accompagné du capitaine de leur aéronef, quittent la demeure du gouverneur. Derrière eux, la magnifique bâtisse coloniale s’estompe, irisée de couleurs rougeoyantes. Si le lord est satisfait de sa démarche politique – avec Thomas et Ian, ils avaient tous trois longuement hésité sur la démarche à suivre quant aux événements douloureux survenus sur le cargo nippondien. Se taire ? Saborder le navire ? Avertir les autorités ?  -, son ami militaire reste perplexe car le voilà affublé d’une mission bien périlleuse. Et même si le Haut-Général lui a fait miroiter un avancement hiérarchique, il se questionne encore sur la perversité de cette carotte lorsque il franchit le portail des jardins de la demeure gouvernementale. Et c’est bien nerveusement qu’il tapote de sa main atrophiée la poche de son veston contenant sa nouvelle directive.

Ordre de mission du Major Fergusson
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Message par Carfax » mer. sept. 18, 2019 2:39 pm

ACTE IV - Mandchoudie
Invasion virale
 
En mer, non loin des côtes mandchoudiennes

Du haut de la passerelle, juché sur ses deux pieds, le capitaine asidien tend les jumelles au lord. « Des bâtiments militaires, Siidi. Battant tous pavillon nipondien. Ils font route vers le port de Daïren. J’ai cru bon vous en avertir, Siidi. ». Richard place les jumelles devant ses yeux et scrute la mer. Trois navires de guerre affublés des couleurs de l’Empire du levant fendent les eaux à plusieurs miles. « Ils nous ont sûrement repérés, Siidi, mais ne se déroutent pas. » surenchérit l’officier. Richard, tout à sa réflexion, tend les jumelles vers Thomas et Ian qui viennent de le rejoindre sur la passerelle.
 
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Le port de Daïren. Leur première destination en terre mandchoudienne. Une piste à suivre depuis la découverte hasardeuse d’un prospectus annoté abandonné sur le sol du bureau dévalisé de Lonsdasle dans sa villa de Shanghaïdi. Un certain sieur Kang Daï, un certain hôtel Yamato.

« Filez droit Capitaine ! Direction le port de Bayuquan, plus au nord sur la côte mandchoudienne. Inutile de risquer un arraisonnement. Notre tâche est bien assez compliquée sans cela ». Richard interroge ses amis du regard. Ceux-ci ne cillent pas, acquiesçant cette décision en silence. Bayuquan, leur deuxième piste pour accoster en terre mandchoudienne. Le nom de ce port est mentionné par Lonsdasle lui-même dans son journal intime. « Alea jacta est ! » songe Richard en quittant la passerelle alors qu’il entend le Capitaine ordonné à son timonier de virer cap au Nord.
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Message par Carfax » mer. sept. 18, 2019 4:18 pm

En mer, à l'approche du port de Bayuquan

Le moteur du vieux chalut ronronne doucement. Bayuquan n’est plus très loin désormais et les investigateurs à son bord prennent leur mal en patience et se remémorent les événements des derniers jours. Avant d’alerter les autorités de Shanghaïdi, leur fouille du « Shen De » avait apporté son lot de découvertes et de confirmations.

Oui, des caisses contenant des pièces de la collection de Lonsdasle étaient bien à son bord – ce qui confirmer le sac de la villa du vieux collectionneur - mais dont le contenu d’aucune n’avait pu être relié avec certitude au réveil du rançonneur de droits divins.

Oui, le capitaine du navire et ses marins avaient joués aux apprentis sorciers en simulant un arcane des cinq supplices. Aucun doute, une nouvelle force occulte avançait ses pions sur l’échiquier, complexifiant d’autant plus l’imbroglio de cette sinistre histoire.

Oui, la présence d’un monstre ailé, bien que torturé, la teintait d’une touche d’ésotérisme supplémentaire encore plus inquiétante. D’ailleurs, la libération de la bête restait encore un sujet de discorde entre le lord et son secrétaire particulier. En sus, les multiples concoctions de graisse entreposées proche de sa geôle témoignaient de l’importance de la bête pour manipuler les ombres ; Thomas en avait ponctionné un pot prétextant sa certitude d’un usage futur.

Oui, les trois uniformes identiques d’officier impérial de la marine nippondienne ainsi que la carte d’identité militaire découverts dans la cabine de Tsatoba prouvait l’implication, à minima, de quelques sbires de l’empire du levant dans leur affaire.

Oui, les cartes d’état-major trouvées indiquaient sans confusion possible la destination du navire : Bayuquan, en Mandchoudie.

Les trois investigateurs avaient longtemps hésité avant d’appareiller avec le vieux chalut. Quid de la porte peinte et du heurtoir ? Quid de son peintre ? Quid de Meï Fang ? Le portail fut monté à bord et caché du mieux possible en fond de cale, son heurtoir avec ; le vieux peintre accompagnerait aussi les trois amis, l’éloigner de son œuvre est une gageure inenvisageable ; les yeux noirs et furibonds de la jeune femme asidienne en réponse à son éventuelle mise à l’écart suggérée par Ian – même pour raisons sécuritaires de bonne foi – expliquent sa présence à bord. « Je porte le sceau du Dragon et je ne compte pas sur ma passivité pour m’en défaire » lui avait-elle rétorqué. « Elle a raison. » avait opiné Thomas.

à suivre...
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Message par AsgardOdin » mer. sept. 18, 2019 5:04 pm

Toujours aussi intéressant et bien écrit !
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Message par Carfax » jeu. sept. 19, 2019 10:02 am

@AsgardOdin Merci  :bierre: fidèle lecteur !
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Message par Carfax » mar. sept. 24, 2019 5:55 pm

Port de Bayuquan
Fin d'après-midi


En cette fin d’après-midi, le vieux chalut longe l’immense croiseur de la marine impériale nippondienne ancré devant le petit port de Bayuquan. La masse écrasante du navire d’où se déversent hommes et matériels sur les quais encombrés du port, masque le soleil aux yeux des investigateurs réunis sur la passerelle de leur frêle bateau. Il y règne une tension palpable ; nul ne prononce un mot ; chacun a conscience de se jeter dans la gueule du loup car il ne fait aucun doute, à la vue du spectacle édifiant qui se joue sous leur regard, qu’une invasion massive de la Mandchourie par les forces armées de l’Empire du Levant est en cours. Et pour corroborer ce sentiment, ils distinguent désormais une escouade militaire qui se fraie un chemin au milieu du tohu-bohu des manouvriers qui triment sur les quais. Celle-ci approche de leur quai d’appontement. Le comité d’accueil ne semble guère amical.

Les trois hommes sont molestés, bousculés. L’officier nippondien crie « Vite ! Descendre ! ». Des soldats les poussent vers la passerelle afin de quitter le chalut pour rejoindre le ponton en contre bas. « Vite ! Vite ! » aboie l'officier. Richard s’offusque et peste. Mais l’officier ne démord pas et invective ces hommes à plus de rudesse.

Séparés des trois occidentaux, l’équipage du chalut, tout comme Meï et le vieux peintre, ont été rassemblés sur le pont sous bonne garde. L’officier beugle des instructions à cinq de ses soldats qui débutent la fouille du navire. Richard poursuit ses récriminations auprès de l’officier mais celui-ci s’égosille « Assez ! Descendre ! Vite ! ».

Désormais au milieu de la passerelle, Ian ose un regard en arrière et croise subrepticement celui apeuré de Meï avant d’être brutalisé d’un coup de crosse frappé dans son dos. Le soldat peste et lui somme d’avancer dans un charabia. Mais devant lui, Thomas stoppe comme saisi. « Ian, là ! Cette jeune mendiante sur le quai. Là, proche des caisses entassées. Ne la reconnais-tu pas ? ». Ian perd son regard parmi les va-et-vient de la foule qui encombre les quais. Puis, soudain, il croise un visage qui l’épie au loin sous un vieux chapeau de paille défraîchi. « La jeune femme sur la jonque. Celle devant la villa Lonsdales à Shanghaïdi ». Thomas acquiesce « Je ne crois pas au hasard, Ian ». Mais le major n’a pas le temps de poursuivre la conversation, de nouveau un violent coup de crosse lui meurtrit le dos.

Quittant le port, l’escouade dirige les trois investigateurs vers ce qui semble être une grande bâtisse. La troupe marche d’un bon pas à travers des rues désertées. Bayuquan semble vidée de sa population si l’on excepte les pauvres bougres, sûrement réquisitionnés, qui travaillent durement sur les quais. La présence militaire est forte, de nombreux convois et troupes croisent leur cheminement dans des va-et-vient incessants entre le port et la bâtisse. Aux yeux des trois amis, il ne fait aucun doute que ce bâtiment vers lequel ils se dirigent est le point névralgique de nippondens à Bayuquan.
 
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Mais alors qu’ils s’approchent de l’édifice, une épaisse brume se lève et les enveloppe rendant nerveux leur escorte. Dans cette épaisse purée de pois, ils croisent une longue cohorte de miséreux mandchoudiens. Boitant et toussant, ces pauvres pestiférés claudiquent vers le port encadrés manu militari par d’autres soldats nippondiens. La brutalité de leurs gardiens est terrible. Les trois hommes sont déconcertés par ce spectacle barbare. Le brouillard s’épaissit, comme si cela se pouvait encore. Thomas est aux aguets, guettant l’opportunité de s’’échapper. Un frisson lui parcoure l’échine lorsqu’il voit poindre devant lui la silhouette si caractéristique d’un marcheur coiffé d’un chapeau de paille conique et dont il ne peut discerner le visage. Celle-ci s’approche et le frôle.  Mais à son grand étonnement, nul friandise. Non, il perçoit une voix féminine qui lui souffle furtivement « Trouver le samouraï aveugle du camp… » avant de disparaître dans les brumes. Thomas a juste le temps de reconnaître la mystérieuse mendiante des quais.  
 
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La haute porte du dispensaire
 
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à suivre...
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Message par AsgardOdin » mar. sept. 24, 2019 9:35 pm

Inquiétant !
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Message par Carfax » mer. sept. 25, 2019 11:54 am

Dispensaire de Bayuquan
Début de soirée


Une heure. Ou deux peut-être. Le temps semble infini. Assis sur un banc sommaire dans une petite pièce sans autres mobiliers ni fenêtre, les trois hommes patientent sous la vigilance d’un soldat. Armé d’un fusil, ce dernier est posté débout devant la porte vitrée de la pièce. Stoïque, il ne bronche pas d’un iota si ce n’est pour claquer un salut lorsque son supérieur hiérarchique entre dans le lieu.  

C’est donc ici qu’ils ont échoué. Après avoir rejoint ce qui s’est avéré être le vieux dispensaire de Bayuquan, ils ont été dirigés à travers un dédale de couloirs délabrés et encombrés de bric et de broc pour être claquemurés dans cette minuscule pièce. En temps normal, celle-ci doit certainement servir de remise ou de débarras. Puis, après celle sommairement intervenue sur leur chalut et toujours sous l’autorité du même jeune officier, les soldats ont entrepris une nouvelle fouille au corps, juste avant la remise d’un formulaire. « Remplir. Vite ! » leur ordonna l’officier. Les trois séquestrés s’exécutèrent et, une fois fait, l’officier s’éclipsa avec les documents. Depuis lors, les trois investigateurs patientent en silence.

Les talons de leur gardien s’entrechoquent. Un parfait garde-à-vous. Un nouvel officier suivi de deux soldats pénètre dans la pièce. D’âge mûr et de petite taille, l’air hautain derrière une moustache parfaitement taillée, l’homme dévisage longuement chacun des occidentaux derrière les binocles métalliques chaussés sur son nez. Dans ses mains, il tient les formulaires précédemment renseignés par les trois investigateurs. Régulièrement, il les consulte avant de reporter systématiquement son regard sur les trois occidentaux. Enfin, pointant le lord de son index droit, il tonne « Je suis l’officier Tobo. Vous, suivez-moi ! ».
La pièce n’est pas plus grande que celle où il patientait voilà peu. Un petit bureau fait office de mobilier. Deux chaises en bois sont disposées de chaque côté. Le lieu est sombre, seule la petite lampe à pétrole posée sur le bureau diffuse une pâle lumière. Assis face à l’officier Tomo, deux soldats dans son dos, Richard subit un interrogatoire. Avec un mépris certain, l’officier lance ses répliques d’un ton sec.
 
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« Comment vous appelez ? ».
« D’où venez-vous ? ».
« Vous venir ici ? Pourquoi ? ».
« Comment vous appelez ? ».
« Travail ? Voyage ? Pourquoi ? ».
« D’où venez-vous ? ».
« Où allez-vous en Mandchourie ?  Pourquoi ? ».
« D’où venez-vous ? ».
« Vous connaître quelqu’un ici ? Un guide ? Un contact ? ». 
« Comment vous appelez ? ». 
« Pourquoi venir ici ? ».
...


Le flux est soutenu, incessant, répétitif. Mais le lord reste aristocratique et décline ses réponses avec maîtrise et cohérence. L’officier se lasse. On raccompagne le lord sur son banc. Thomas et Ian le dévisagent à son retour de regards Interrogateurs. Mais nul temps de répondre. On désigne le Major. C’est à son tour. 

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à suivre...
Dernière modification par Carfax le mer. sept. 25, 2019 1:44 pm, modifié 3 fois.
Un billet sur Un surnom vaut mieux que deux tu le sauras  est toujours un petit plus sympa !

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Re: [CR][Into The Odd] Les 5 supplices revisités

Message par AsgardOdin » mer. sept. 25, 2019 12:02 pm

Toujours aussi intéressant ! Et je refais mes compliments sur la qualité de l'écriture !
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Re: [CR][Into The Odd] Les 5 supplices revisités

Message par Carfax » mer. sept. 25, 2019 5:33 pm

AsgardOdin a écrit :
mer. sept. 25, 2019 12:02 pm
Toujours aussi intéressant ! Et je refais mes compliments sur la qualité de l'écriture !
Et je te remercie de nouveau pour ceux-ci  :yes: .
 
Un billet sur Un surnom vaut mieux que deux tu le sauras  est toujours un petit plus sympa !

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