[CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

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AsgardOdin
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par AsgardOdin »

Il n'y a pas à dire, une belle illustration..
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Carfax
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par Carfax »

Inertes et noircies par les pluies récentes, les pierres jumelles nous faisaient face. Elles nous toisaient tels deux gardes suspicieux à la vue d'individus dépenaillés. En leur milieu, une sente presque imperceptible s'échappait vers l'est. Nous l'avions déjà empruntée lors d'un précédent périple dans le Goulet mais cette fois ci la forêt se montrait plus hostile, plus lugubre. Nous prîmes notre courage en main et passâmes entre les pierres. Très vite nous retrouvâmes la stèle elfique. Elle était toujours emprisonnée de ronces et une mousse épaisse la cachait à moitié. Contrairement à notre précédent passage, nous abandonnâmes l'est pour obliquer au nord. Au bout d'une bonne heure, les sous-bois se firent moins denses et plus praticables. Néanmoins les pluies torrentielles qui s'étaient abattues au début de l'été avaient détrempé le sol qui, boueux et recouvert d'un épais tapis de feuilles mortes, entravait chacun de nos pas. Pour nous repérer, les éclaireurs de notre petite troupe marquaient notre piste de repères propres aux hommes des bois. Au fur et à mesure de notre progression dans ce maelstrom boisé, la faune se raréfia et notre chasseur eu grand-peine à dénicher des proies. Nous dûmes nous serrer la ceinture et nous sustenter de quelques petits mammifères à la chair peu ragoûtante.

Au troisième jour de notre marche depuis les pierres jumelles, nous croisâmes les premières toiles d'araignée. Bien qu'anciennes, elles se multiplièrent lorsque nous poursuivîmes notre avancée vers le nord. Mais ces signes funèbres furent altérés par la soudaine découverte de ruines elfiques éparses toutes proches d'une ouverture spacieuse dans cet enchevêtrement de branches et de racines. Le chemin se fit plus large et nous pouvions même y marcher deux de front. Notre vitesse s'accrut considérablement tout comme notre morale car nous avions trouvé ici un chemin elfique des temps anciens, celui-là même que nous recherchions. Il s'enfonçait à travers bois tel un tunnel végétal dépourvu de toutes racines et branches envahissantes. Nous y avançâmes à grandes enjambées jusqu'à nous heurter aux ruines d'une vieille et haute structure en pierre. Celle-ci obstruait le chemin aussi bien dans toute sa largeur que sa hauteur. Les pierres de l'édifice s'étaient écroulées sur elles-mêmes et le tout était emmêlé de lianes et autres végétaux grimpants. Alors que Beleg et les hommes des bois étudiaient les fondations de cette structure, j'en débutais prudemment l'escalade en compagnie de Vannedil. A mi-chemin, ce dernier tomba sur une pierre de taille sur laquelle on pouvait encore déchiffrer une inscription gravée. Incompréhensible aux yeux de l'homme du lac, il m'appela. L'inscription était en Quenya, une vielle langue elfique. Je ne pus que difficilement en déchiffrer la teneur mais il était question de lumière et de lune. Nous jugions notre ami Beleg plus qualifié pour cette lecture et je le hélais de son nom. Mais en bon procédé il m'invita lui aussi à le rejoindre car il avait découvert une large pierre plate portant également des inscriptions. Ainsi nous nous croisâmes sur le monticule pierreux. La pierre découverte au bas de l'édifice écroulé était une pierre dite "de connaissance". Des indications sur la région y étaient inscrites, également en Quenya, mais aussi une carte sommaire sur laquelle je reconnus sans mal les courbes sinueuses du chemin elfique que nous avions emprunté pour venir jusqu'ici. Ce lieu était d'ailleurs un carrefour car le plan dessinait d'autres sentes s'en éloignant. L'une d'elle bifurquait vers l'est pour replonger ensuite vers le sud et atteindre la fin du Goulet. J'avais sous mes yeux notre itinéraire. J'en avertis Beleg qui, sur les hauteurs, avait rejoint Vannedil. Après avoir lu l'inscription au côté de Vannedil, l'elfe supputa qu'il s'agissait ici des ruines d'un ancien temple de son peuple dédié à la Lune. Les voyageurs d'antan devaient s'y repérer et prier. Nous entreprîmes alors de franchir ces ruines un par un et toujours avec une grande prudence pour ne pas risquer un éboulement. Par bonheur, de l'autre côté du monticule, une des sentes elfiques continuait son cheminement sans entrave en direction de l'est. C'était donc le moral haut que nous continuâmes notre marche en la suivant.
 
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Après deux heures, le sentier s'étiola pour laisser place aux branches griffues et aux racines revêches couvertes de mousses sombres. Nos pas s'embourbaient à nouveau dans ce sombre marécage, Mirkwood ressurgissait. Plus encore, notre progression s'enlisa. Nous étions empêtrés dans une résurgence de toiles. Nombreuses et resserrées, il nous fallut tailler pour faire place. Puis, au détour d'un vieux feuillu rabougri, nous tombâmes sur une macabre découverte. Là, empalée, une araignée noire et desséchée gisait. Ainsi embrochée, de la taille d'un gros chien, elle avait été retournée si bien que sa gueule et ses pattes pointaient vers la canopée. Nous en restâmes interloqués surtout que ce même rituel morbide se reproduisit à quelques encablures. Ainsi parsemées, nous en trouvâmes encore d'autres. Bon an mal an, suivant ces tristes repères, nous nous dirigeâmes vers un lieu bien étrange. Au milieu des bois, sous l'immense souche d'un arbre mort, une lumière brillait avec insistance dans l'obscurité ambiante. Attirés tels des papillons de nuit, nous approchâmes néanmoins avec discrétion mais Barald, l'un de nos trois compagnons hommes des bois, heurta une racine qui le fît chuter. Sa cheville tordue, il ne put réfuter un hurlement douloureux. Nous pestâmes devant tant de malchance mais il était trop tard pour reculer. Vannedil poursuivit son approche et découvrit devant l'antre de grandes empreintes fraîches d'hommes et d'ours figées dans l'humus. Il cria alors son nom et dévoila notre présence.
 
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Derrière les lumières dansantes et vacillantes, une ombre immense émergea du repère béant et une voix gutturale et tonnante s'éleva. "Qui me dérange ?". L'homme était gigantesque et me dépasser d'un bon mètre pour atteindre presque trois. Il avait les cheveux hirsutes et tenait d'une poigne démesurée une pipe d'où s'élevait des volutes de fumée blanche. Un grand manteau de peaux rapiécées couvrait ses larges épaules. Il poursuivit ses interrogations "Que faites-vous-en ces lieux ?. Vannedil s'approcha mais marqua un léger recul car le colosse puait, une véritable agression olfactive. Réprimant un haut le cœur, il tendit néanmoins une main amicale vers le géant tout en déclinant son identité, son origine et nos intentions. "Esgaroth ? Long lac ? Où est-ce ? Une sente ? Des elfes ? Jamais vu." répondit le colosse qui, à l'évidence ne savait pas grand-chose et même pas son propre nom. L'hirsute avança alors d'un grand pas vers notre compagnon et, sans pour autant saisir sa main tendue, apposa l'une des siennes sur son crâne jusqu'à recouvrir l'entièreté de sa tête. Lentement, l'homme se baissa vers le visage de Vannedil qu'il huma avec énergie et, aussi soudainement qu'il l'avait saisi, il relâcha son emprise. "Entre !" lui ordonna-t-il. Et ainsi il agit du même rituel avec chacun de nous. Seul le pauvre Barald se vit refuser l'entrée de sa grotte au prétexte qu'une odeur nauséabonde émanée de l'homme des bois. Beleg préféra alors attendre à l'extérieur en sa compagnie, un choix que nous dûmes justifier pour ne pas froisser le colosse.
 
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La tanière du géant était une caverne peu profonde entre roches et racines et au centre de laquelle un grand feu crépitait. De nombreuses traces de pattes d'ours marquaient son sol jonché aussi d'ossements de cervidés - je songeais à l'évidence que nous avions ici le lieu de vie d'une change forme -. Son atmosphère puait autant que son occupant. S'y tenir était une épreuve. L'homme s'assit en tailleur et nous en fîmes de même puis il exigea de Vannedil qu'il lui conta quelques histoires tout en bourrant sa pipe de feuilles séchées. Tirant à grande bouffée, il expira des nuages de fumée tout ouïe qu'il était aux dires de notre compagnon. Il riait et grognait à son écoute et montrait même quelques curiosités. Puis Vannedil dévia la conversation et, peu à peu, questionna notre hôte. Il nous expliqua qu'il tuait toutes les araignées noires car elles étaient des éclaireuses, repoussant ainsi l'approche de plus grosses ; il nous mit en garde sur Barald estimant le chasseur indécis et dangereux ; il nous avoua ne pas connaître de sentiers elfiques mais ne s'opposa pas aux passages de futurs voyageurs proche de son antre. Après une bonne heure en sa compagnie, nous le quittâmes lui promettant de revenir avec de l'herbe à pipe. Lorsque nous fûmes dehors, nous happâmes avec avidité l'air vicié des sous-bois de Mirkwood.

Nous poursuivîmes vers l'est sans retrouver le sentier elfique. Parti en éclaireur, Rathar revint inquiet car trois araignées noires s'approchaient au-devant. Nous nous séparâmes en duos et nous cachâmes à l'affût. Les monstruosités ne tardèrent pas. Silencieuses, elles avançaient promptement dans notre direction. Un premier trait vint se ficher dans l'abdomen de la plus noire des trois. La créature se figea puis s'écroula lorsque deux autres flèches la perforèrent. Je visais juste également tout comme Gerold resté avec moi. Nos arcs ciblèrent la deuxième puis je m'élançais à l'assaut chargeant cette immondice. Ma lame frappa et perfora, clouant la créature agonisante. La troisième subit les traits de Beleg et Barald. Elle tenta vainement de s'enfuir mais l'elfe la tua de deux dernières flèches. Le même sort fut réservé à la première qui s'effondra sur ses pattes achevée par les tirs de Vannedil et Rathar. Les trois créatures gisaient. Le combat avait été brutal et bref, notre embuscade était un franc succès. Pour une fois nous avions été les chasseurs et non les gibiers. Vannedil encouragea de mots justes les trois hommes des bois qui se ragaillardirent.
 
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par polki »

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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par AsgardOdin »

Ce petit moment sympathique d'un combat bien mené qui vous redonne temporairement l'illusion de dominer la forêt :P

Côté technique, vous avez du faire des jets pour supporter de rester dans la caverne, ou c'est purement narratif ?
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par Carfax »

AsgardOdin a écrit : jeu. juil. 09, 2020 8:22 am Côté technique, vous avez du faire des jets pour supporter de rester dans la caverne, ou c'est purement narratif ?

Eh bien pour y rester non. Purement narratif. Mais pour convaincre notre géant de nos intentions pacifiques et l'amadouer en lui contant des belles histoires, notre ami Vannedil, oui. Je ne sais ce qu'il adviendra de cette rencontre si c'était juste une façon de nous avertir sur ces "petites" araignées noires ou si cela découlera sur une aide précieuse d'un change forme dans un combat épique ????  :D  !!! Quoiqu'il en soit, avoir eu la surprise comme atout dans notre combat fut bien appréciable...
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par Carfax »

Marcher. Avancer. Trouver cette sente elfique. Nous savions son existence mais nous peinions à la dénicher. Je m'obstinais néanmoins à continuer vers l'est, toujours vers l'est. Enfin, Beleg, parti en éclaireur, revint et nous dit avoir découvert une zone plus dégagée des sous-bois. Nous le suivîmes et retrouvâmes le long tunnel végétal que nous empruntâmes. Ici les résidus de magie elfique nous parurent plus puissants qu'auparavant car ce chemin était plus largement dégagé. Il filait sur un lit d'humus accueillant et nos pas s’allégèrent. Toute la journée nous avançâmes à grande vitesse et ce fut le cœur apaisé que nous profitâmes pour la première fois d'une nuit de sommeil calme et confortable. Ici l'oppression de la forêt s'estompait jusqu'à disparaître même. Ragaillardis, nous partîmes dès potron-minet mais une heure passant, nous déchantâmes lorsque le tunnel s'orienta vers le nord. Fort heureusement, il bifurqua très vite et à nouveau vers le levant.

Nous continuâmes ainsi pour atteindre un nouvel embranchement. A l'est le tunnel s'allongeait à l'identique mais au nord une vallée se dégageait parmi les feuillus. Leurs feuillages s'éclaircissaient laissant préjuger d'une magie elfique encore plus prégnante. Nous fîmes halte et, alors que nous restions dans l'expectative face à notre indécision, nous perçûmes un appel à l'aide provenant de la vallée. D'abord imperceptible, il s'éleva plus distinctement dans le calme troublant des lieux. La voix était désormais bien distincte et nous la reconnûmes. Radagast. Radagast appelait au secours. Beleg s'empressa mais je le retins d'une main. Je ne me souvenais pas avoir remarqué une telle vallée sur la pierre de connaissance découverte aux pieds des ruines du temple elfique, tout comme il nous avait été recommandé de ne point trop aller au nord, vers les Monts Noirs, terres de prédilection des araignées. Mais alors que Beleg ne comprenait pas mon hésitation, Vannedil héla "Est-ce bien vous l'ami des écureuils, chèvres et autres araignées ?". La voix répondit par l'affirmative "Venez me chercher Vannedil, venez à moi au nom de tout ce que nous avons partagé !". Cette réponse nous troubla Vannedil et moi-même. La question de l'homme du Lac tendait un piège et la réponse insistante du mage semblait s'y être pris. Néanmoins Beleg ne démordait pas et il fila vers le val clairsemé. Vannedil le suivit prudemment. Pour ma part, persuadé de faire face à un nouveau méfait de la sombre forêt, je restais sur le chemin avec les trois jeunes chasseurs. Rapidement je perdis de vue mes deux amis mais très vite Vannedil revint sur ses pas pour nous engager à le rejoindre. Nous nous exécutâmes à contre cœur malgré l'écho de la voix de Radagast qui tempêtait à présent.
 
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Ainsi je le vis. Le mage était pris dans un cocon duquel seule sa tête s'extrayait. Le cocon était perdu au milieu d'une infinité de toiles enchevêtrées et tissées entre deux grands arbres en bordure du large chemin que nous avions emprunté pour venir jusqu'à lui. Colérique, il exhortait qu'on l'extrait de ce piège, qu'on lui porta son bâton abandonné au sol. Beleg le saisit et s'approcha de l'un des deux arbres pour y grimper. Je le mis en garde car je doutais toujours. Comment ? L'istar qui nous mena à Dol Guldur, qui s'infiltra au cœur même de ce bois maudit et de sa noire forteresse, ce puissant et brillant mage serait pris dans un tel piège. Et puis nous n'avions jamais trouvé la moindre toile en parcourant la sente elfique, sa magie l’en protégeait et ici où elle se manifestait plus forte que jamais, les toiles pullulaient ? Je n'osais le croire. Mais Beleg ne m'écouta pas. Il grimpa dans l'arbre et d'un tir ficha une de ses flèches dans le tronc opposé. Il avait lié à celle-ci sa corde pour constituer un pont au dessus de l'immense imbroglio de toiles. Je pestais, l'elfe prenait un risque inconsidéré et au moment même où je me mordais la lèvre par contrariété, peu à peu, le paysage s'étiola et s'obscurcit. J'avertis Beleg de mon trouble mais il n'en faisait qu'à sa tête tout comme mes autres compagnons. Et lorsque je me tournais vers Vannedil, la vérité m'apparut.

Le monstre était immonde. Sur le haut d'un promontoire rocheux au pied duquel nous étions, il patientait immobile et dominait une vaste étendue grise et marécageuse. Son corps était frêle, noir et long et huit pattes velues le soutenaient. La bête était gigantesque, aussi grosse que sa congénère dévoreuse de gemmes. Mais à la différence de cette dernière, l'araignée ici était munie d'une tête presque humaine avec de longs cheveux filandreux qui tombaient de son crâne dégarni. J'étais terrorisé. Autour de moi, tous mes compagnons étaient emmaillotés de fines toiles noires telles des chrysalides. Ainsi engoncés, ils gesticulaient et baragouinaient des sons incompréhensibles. Nulle trace de Radagast, tout ceci n'était qu'illusions et mon refus d'y croire me sauva assurément car j'avais dû me débattre avec l'énergie du désespoir et déchirer en conséquence mes liens. 
 
Soudainement, la bête se mit en mouvement. Lentement, elle pivota pour descendre le flanc de son promontoire rocheux. Je me figeais et hoquetais lorsque, arrivée sur nous, elle s'empara du pauvre Rathar et le tira en arrière pour remonter sa proie sur la hauteur. Là, sèchement, elle la décapita et s'abreuva de son sang. Horrifié devant une telle atrocité, je compris qu'il nous fallait fuir ce lieu macabre et me retournais vers Vannedil. Perdu dans ses rêves, je le giflais violemment. La douleur le saisit et il ouvrit de grand yeux. Son regard se perdit sur la monstruosité dévorant le pauvre jeune homme. Je plaçais promptement une main sur sa bouche et lui souffla un "chut !". J'entrepris de réveiller Beleg à l'identique. Ma main claqua son visage. Alors qu'il ouvrait ses yeux j'entrepris de déchirer les fins fils de toile qui l'entouraient. Malheureusement, mes claques avaient alerté le monstre de notre éveil et je compris au visage décomposé de mon ami elfe qu'il faisait mouvement vers nous. Nul temps de délier nos deux compagnons encore prisonniers, je saisis le cocon de Gerold et reculais à grands pas. Vannedil aidé de Beleg s'occupaient de Barald mais leur précipitation entrava leurs gestes. Lorsque je levais ma tête au bout de cinq six mètres parcourus, l'araignée était toute proche de Beleg qu'elle mordit avec férocité de ses crochets pointus et venimeux. Elle le dominait désormais de toute sa hauteur. Entre temps Vannedil avait pu me dépasser avec le corps fagoté de Barald. J'allumais une torche et la jetais sur le monstre. Celle-ci le fit reculer de quelques mètres, un répit suffisant pour Beleg. Il s'enfuit vers nous. Mais un répit bien court car déjà l'immondice arachnide fonçait vers moi. J'empoignais Gerold mais ma prise s'avéra capricieuse et le corps de l'homme des bois me glissa des doigts. Je fis le choix que je redoutais et, aussi dur qu'il était, j'abandonnais le pauvre Gerold pour sauver nos vies. Je courais désormais fuyant le monstre mais aussi ma lâcheté. Dans mon dos je l'entendis se repaître et j'en tremblais d'effroi et de douleur. Arrivé proche de mes amis survivants, nous détalèrent ensemble sans jamais nous retourner tels de vulgaires lapins devant les crocs d'un limier. 

Nous ne retrouvâmes pas le sentier elfique. Nous avions été désorientés par les mirages du monstre et, dans notre fuite, nous n'aurions su dire vers où nous filions. Lorsque nous nous arrêtâmes pour reprendre notre souffle, je m'assis et m'adossais à une vieille souche. Une souffrance indescriptible m'envahit. Je me maudissais d'avoir abandonné l'un de mes compagnons de voyage à une fin atroce, un sacrifice terrible. Nous avions perdu deux hommes. Une colère m'envahissait car j'avais pressenti le piège et n'avais pu en convaincre mes amis. Néanmoins tout cela était de leur faute, de cette inexorable envie d'agir sans sagesse. Beleg, pourquoi tant d'empressement ? En ce triste jour, l'Ombre avait marqué mon esprit au fer rouge. 

à suivre...
Dernière modification par Carfax le mar. août 25, 2020 2:28 pm, modifié 6 fois.
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par polki »

ah !!

enfin un peu d'ombre :)
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par Carfax »

polki a écrit : ven. juil. 10, 2020 3:53 pm enfin un peu d'ombre

Eh oui. A ce moment de l'aventure je compte 6 points d'Ombre - merci les jets de sauvegarde avantagés du Dunedan - et Vannedil 8 points. Pour Beleg je ne sais pas mais il doit avoisiner notre niveau de points. Au cours de la partie d'hier, j'en ai pris un et sauver deux alors que Vannedil par exemple a pris plein pot !
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par polki »

je t en filerai un automatique moi :P
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par polki »

voir 2 :mrgreen:
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par Carfax »

polki a écrit : ven. juil. 10, 2020 5:07 pm je t en filerai un automatique moi :P

C'est bien ce qui m'est arrivé !!!  :(
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par AsgardOdin »

Dur cet épisode.. Vivement la suite !
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par Carfax »

AsgardOdin a écrit : lun. juil. 13, 2020 4:19 pm Vivement la suite !

Reprise ce mercredi après une pause estivale. Hâte !
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par Carfax »

Fuir. Sans se retourner. A perdre haleine jusqu'à l'épuisement. Nous avions alors cessé notre course effrénée, le souffle court, les tempes battantes et le visage écorché par les sous branches des arbres. Par chance, et je ne voulais imaginer nulle autre raison, l'immonde araignée ne nous avait pas pourchassé. Désormais, nous étions égarés dans le sombre et oppressant maelstrom végétal. Seule certitude, nous avions déguerpi vers le sud. Las et abattu par le macabre sort subi par mes deux jeunes compagnons de route, je m'étais assis et adossé à une vieille souche moussue. Tout proche, Beleg s'était appuyé d'une main au tronc d'un vieux chêne vermoulu pour reprendre sa respiration, tout comme Vannedil dont le fessier était posé sur une des grosses racines apparentes de ce même arbre. Quant à Barald, le dernier chasseur rescapé, il était agenouillé devant moi et me tournait le dos. Tête basse, il expirait fortement entre deux sanglots. L'homme des bois était marqué et très affecté par la dure et horrible expérience que nous venions de vivre. Quittant son appui, Beleg s'approcha de lui et lui tendit sa main tout en déclamant "Relève toi Barald, homme des bois. L'Ombre est puissante et maléfique mais, unis, les peuples libres survivront à ses méfaits, unis ils la repousseront. Ce que j'ai vécu ce jour dans ces bois, toute ma vie d'elfe je m'en souviendrais mais je ne peux m'arrêter à cela. Je me dois d'aller de l'avant." Barald leva ses yeux vers l'elfe. Son regard était vide, inexpressif. Mais lentement, il saisit la main tendue et se redressa sur ses jambes. L'homme tremblait sur ses jambes mais néanmoins il était à nouveau debout. Entre temps, Vannedil s'était aussi redressé. Tout en ajustant son arc sur son dos, il s'était approché de Barald pour lui tapoter d'une main ferme une épaule, lui apportant par cette simple gestuelle sa compassion et son soutien. Pour ma part, j'étais resté adossé à ma vieille souche. Je bougonnais et marmonnais dans ma barbe car ce désastre aurait dû être évité sans tant d'empressement. Ce piège je l'avais pressenti et j'en avais averti le groupe. Alors Beleg vint à moi et me tendit également une main amicale. Il me dit qu'il ne regrettait rien car si l'Ombre se jouait de nous sans que nous ne relevions ses défis alors l'Ombre vaincrait. Pour lutter, face à l'adversité, il nous fallait rester uni. Je savais ses propos justes et pertinents et lui saisis sa main pour me redresser à mon tour tout en lui murmurant "Agissons alors avec sagesse mon ami. Autant que nous puissions et sans précipitation".

Pour me repérer, je tentais de me souvenir avec précision de la pierre de connaissance déchiffrée les jours passés. A l'évidence, l'emprunt du val piégé nous avait poussé trop à l'est. En virant au sud, nous avions peut-être une chance de retomber sur la piste elfique délaissée qui, dans mon souvenir, bifurquait vers le sud-est. Mon choix était fait et nous prîmes plein sud. Mais pour ajouter à notre malheur, nous avions perdu dans notre précipitation une grande partie de notre équipement lors de notre fuite et les vivres se mirent rapidement à manquer. Chasser fut alors une priorité. Nous avançâmes péniblement à travers ces feuillus entremêlés les uns aux autres. Chacune de nos enjambées était plus difficile que la précédente. Toujours très affecté, réfugié dans un mutisme inquiétant, Barald traînait son corps éreinté. Beleg ne cessait de l'encourager. Peu à peu, l'épaisse forêt s'éclaircit, sa frondaison s'aérait nous laissant l'espoir d'enfin atteindre le sentier elfique. Au soir venu, j'avais eu la chance d'attraper un beau gibier et ce festin nous réjouit le cœur lors de notre veillée. Nous avions même pu faire un feu entre deux grosses racines d'un arbre abattu. Un moment de paix dans la noirceur des lieux qui égailla quelque peu le jeune Barald. L'homme des bois retrouva des couleurs ce soir-là. Auprès de ce feu, Beleg nous conta un récit des temps anciens sur l'histoire de mes ancêtres Dunedain et leur lignée prestigieuse qui partit au-delà des mers pour créer en ses terres de grands royaumes. Ce conte me réchauffa le cœur. Au coin du feu, le ventre repu, j'avais apprécié chacun des mots de mon ami elfe. Affable, je pris dans mon sac mes dernières feuilles de Longoulet pour les mâcher, les yeux perdus dans les arabesques des flammes qui crépitaient devant moi. Et lorsque Beleg se tut, un silence régna, un silence de paix. Même Vannedil, si souvent volubile, ne dit mot et resta songeur dans la pénombre du camp.  

Au levé, le lendemain, j'étais ragaillardi pour une nuit calme et paisible. Une fois nos bardas prêts, nous partîmes déterminés vers le sud et résolus à retrouver le sentier. Nous voyageâmes deux jours avant de trouver à nouveau sur la sente elfique. Ravigotés, nous la suivîmes vers l'est deux jours de plus avant de découvrir les vielles ruines couvertes par la végétation d'un village abandonné. L'agencement et la nature des vieilles pierres des bâtisses écroulées nous firent penser à des constructions humaines. Il s'agissait ici en n'en pas douter d'un village des temps anciens construits par les Hommes du Nord, ceux-là même qui creusèrent la Brèche dans cette forêt. Mais au milieu de ces ruines ensevelies sous les fougères et les mousses, une bâtisse incongrue trônait encore debout. Une bien étrange singularité que cet édifice dressé au milieu d'un champ de ruines. Fermée d'une porte en bois, elle s'apparentait à la grande salle du village. Nous nous en approchâmes intrigués pour découvrir une inscription gravée sur son fronton. Écrite dans la langue des Hommes du Nord, les ancêtres des Hommes des bois, nous pûmes en percevoir le sens "Ô enfant du chêne, tenez bon contre la tempête !". La porte était étrangement de bonne facture et son bois non vermoulu par l'âge. Intrigué, Vannedil s'en approcha et y toqua du pommeau de son épée sans obtenir de réponse. Il se tourna alors vers moi et m'interrogea du regard quant à la suite de ses intentions. Je l'inclinais à les suivre et ouvrir la porte. Je demandais à Beleg sa lampe que j'éclairais avant de suivre Vannedil qui venait de franchir le seuil de la bâtisse. Beleg et Barald préférèrent tous deux rester au dehors.

Le faisceau de ma lampe éclaircit les ténèbres environnantes. Je passais devant Vannedil resté proche de l'embrasure de la porte et, d'un bras tendu, effectuais un arc de cercle éclairant une demeure vide à l'exception d'une large vasque de bronze placée en son centre et d'une estrade en son fond. Tous les deux, nous fîmes prudemment quelques pas en avant au moment même où la porte claqua violemment sur ses gonds derrière nous. Un violent courant d'air emplit la vaste salle soufflant la frêle flammèche de ma lampe. Une brume étrange envahit soudainement le lieu. L'atmosphère se fit électrique et des éclairs zébrèrent de toutes parts. Perdus dans cette tempête, nous reculâmes sur la défensive en tirant nos lames au clair. C'est alors que le guerrier spectral surgit du brouillard et nous chargea armé d'une hache démesurée et dont le tranchant crépitait d'arcs bleutés flamboyants. Il fondit sur moi comme un rapace plongeant sur sa proie. Les bras levés, il m'asséna un violent coup de hache que je tentais vainement d'esquiver en me contorsionnant. Je compris alors mon erreur car, tel un flash lumineux, la devise sur le fronton me revint en mémoire. En reculant face à l'assaut, je rompais face à la tempête. Le coup me meurtrit mais, au lieu d'entailler mes chairs, la hache les brûla à vif. Je ne pus réprimer un cri de douleur et titubais sur mes jambes. Sur le reculoir, je heurtais Vannedil coincé dos à la porte. Puis aussi soudainement qu'il était apparu, le spectre s’effaça et la brume se dissipa. La salle retrouva son obscurité et son silence. Hébétés, nous sortîmes de la bâtisse fermant la porte derrière nous.
 
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Beleg s'empressa de soigner mes brûlures et je l'en remerciais. Nous lui narrâmes les événements tout agacé que j'étais d'être passé à côté de l'évidence. Je restais persuadé qu'il n'aurait fallu bouger d'un pouce face au spectre, preuve de mon courage. Étions-nous là face à la Salle aux fantômes ? Celle évoquée par les gens de la Brèche, celle les terrifiant à sa simple évocation ? Alors que je clamais toujours à agir avec sagesse, je me précipitais à nouveau à l'intérieur de la salle dans l'espoir d’entrevoir à nouveau le spectre mais rien ne se produisit. Je m'aperçus simplement que j'avais bêtement abandonné la lampe de Beleg à même le sol lors de l'attaque du mort-vivant. Dépité, je n'eus pas l'envie de la récupérer et ressortis contrarié laissant la porte ouverte derrière moi. Témoin de mon pathétique manège, Beleg entra chercher sa lampe et la porte claqua derrière lui avec violence.  
         
Cela ne dura que quelques secondes puis Beleg réapparut sur le seuil sa lampe à la main. Il ne souffrait d'aucune blessure et, au sourire qui émaillait son visage, je compris qu'il avait écouté ma précédente réflexion et n'avait pas bronchait d'un pas face au spectre menaçant. Ainsi, la créature immatérielle avait traversé son être sans le meurtrir. Il en perçut une vision, celle d'un grand chêne en lisière de la Forêt Noire près d'un tertre. Sous les racines de cet arbre majestueux, notre ami elfe avait pressenti qu'un objet d'importance y était enseveli. Nous abandonnâmes cet étrange lieu et repartîmes une journée de plus vers l'est pour finalement émerger de la sombre forêt au nord de la Porte-du-Soleil. Des champs s'étendaient aux alentours sous un soleil de plomb qui contrastait fortement avec la pénombre constante de la forêt. Dorés de blé et d'orge, ils étaient moissonnés avec entrain par des paysans du village. Ces derniers nous saluèrent sur notre passage lorsqu'ils nous reconnurent. Certains même abandonnèrent leur travail pour nous suivre formant une joyeuse farandole jusqu'à notre arrivée sur la place devant la grande salle de la communauté. Ceawyn nous y reçut avec enthousiasme et chaleur. Nous lui narrâmes nos peurs, nos pertes et nos espoirs. Mais dans la ferveur des retrouvailles, nous ne vîmes pas la disparition de Barald et lorsque Vannedil s'en aperçut, il s'en inquiéta immédiatement. Convaincu que le jeune homme filait vers le chêne aux abords de la Forêt Noire près des tertres des anciens pour y dérober le trésor évoqué par Beleg, il s'y précipita. Nous l'accompagnâmes en compagnie de Ceawyn et de quelques-uns de ses hommes d'arme. Nous traversâmes les premiers champs cultivés puis montâmes les contreforts d'un vallon qui, arrivés à son faîte, nous offrit un aperçu étendu des environs. Là, en contre-bas, un homme avançait à vive allure vers le chêne qui se dessinait sur l'horizon. Vannedil pesta et redoubla d'effort, forçant son allure. Il s'écria haut et fort "Alors Barald, on a retrouvé son courage !". Nous le suivîmes dévalant le versant à la poursuite de l'homme des bois.

Inexorablement, nous nous rapprochions du fuyard. Arrivé près du chêne, ce dernier abandonna un objet qu'il tenait d'une main et qui, à l'évidence, entravait sa course. Il poursuivit sa fuite en obliquant au plus court pour s'engouffrer dans la forêt. Beleg et Vannedil filèrent à ses trousses alors que je stoppais ma course avec Ceawyn et ses hommes pour constater qu'une pelle jonchait le sol terreux au pied du grand chêne. Mes deux compagnons chassèrent Barald profondément dans les bois sans jamais lui mettre la main au collet. Le lâche avait décampé sans demander son reste et avait même rejoint une petite troupe comme l'attestaient les nombreuses empreintes de pas laissées sur le sol humide des sous-bois. La troupe était partie vers le sud-ouest. Nous songeâmes bien évidemment aux hommes de ce vil Morgdred. Lorsque je vis mes deux compagnons revenir bredouille depuis l'orée de la forêt, nous avions entre temps creusé et déterré un vieux coffre en bois. Enfoui sous les racines du chêne, couvert de terre brune, ses ferronneries étaient rouillées par le temps mais toujours finement ouvragées dénotant d'une qualité certaine. Il grinça lorsque Ceawyn l'ouvrit respectueusement. Son visage s'illumina. Le coffre contenait de nombreuses pièces d'or et de magnifiques gemmes. Mais au-dessus de ce trésor une couronne de fer était posée. Manifestement très ancienne, Ceawyn regarda la relique avec émerveillement. Autour de lui, tous médusés, nous nous taisions face à cette simplissime tiare des temps anciens. Ceawyn rompit le silence pour remercier les dieux d'offrir à son peuple cette couronne, celle des anciens rois des Hommes du Nord, ses ancêtres. Puis il se tourna vers nous et nous dit "Cet or et ces richesses doivent retourner à leurs descendants. Cet héritage est inespéré pour le peuple des Hommes des Bois, pour nos communautés. Nous, ceux de la Porte-du-Soleil, n'oublierons pas nos frères et sœurs du Tarn Noir récemment meurtris. Encore une fois, amis, vous avez été d'une grande aide pour nos gens. Mes amis, festoyons dès ce soir cette belle découverte car, en ce monde et en ces en ces temps troublés, toute occasion de se réjouir est bonne.". Le soir venu nous festoyâmes puis le temps du retour vint. Beleg était assez sombre, il savait les hommes de Morgdred rôdant aux abords de la Porte-du-Soleil. Vannedil aussi était d'humeur maussade car il se reprochait son empressement à pourchasser ce pauvre Barald qu'il n'avait pas su dissuader d'épouser la cause de Morgdred. En quelque sorte, la fuite du jeune chasseur équivalait à sa perte. Nul parmi nous n'avait trouver ni les mots ni les gestes pour le garder à nos côtés. Certes nous avions accompli la tâche qu'Eberulf nous avait confiée mais à quel prix. L'Ombre influençait chacun de nous.

Nous quittâmes la Porte-du-Soleil au petit matin d'une belle journée d'été pour emprunter à nouveau le Goulet de la Forêt Noire. Nous souhaitions reprendre notre route à contre sens, s'assurer du chemin découvert les jours passés. Et puis nous avions un présent sonnant et trébuchant à porter à Amaléoda et ceux du Tarn Noir.   

Fin des sessions 18 à 21
Phase de communauté
Dernière modification par Carfax le mar. août 25, 2020 2:32 pm, modifié 8 fois.
Un billet sur Un surnom vaut mieux que deux tu le sauras  est toujours un petit plus sympa !

Star FACES mouture JEDI, on y travaille ici !

J'ai narré sur CNO Le vent se lève... puis Les 5 supplices revisités 
Je conte désormais les Aventures d'un dunedan en Terres Sauvages
 
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AsgardOdin
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Re: [CR][AiME] Aventures d'un dúnadan en Terres Sauvages

Message par AsgardOdin »

Toujours aussi poétique ! Merci encore du partage :bierre:
Mais l'Ombre semble bien présente dans vos coeurs.. Plus que dans la réalité, qui sait ?
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Récemment bombardé Responsable éditorial du Nonobstant Café !
Douglas MacArthur : "Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l’âme."
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