[CR][Viewscream] Space Horror, mais avec des Webcams

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Ranald
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[CR][Viewscream] Space Horror, mais avec des Webcams

Message par Ranald »

Hello !

Après avoir terminé une campagne en dix-douze parties sur la plate forme Let's Role (la sympathique campagne 2012: Extinction des 12 Singes), mais sans avoir été convaincu par la pratique du jeu de rôle à distance, je me suis mis en quête d'un jeu spécialement conçu pour être joué par webcams.
J'ai trouvé la réponse grâce à un épisode de Radio Roliste : Viewscream, un petit jeu indé qui s'achète encore très facilement sur drivethru. Je suis surpris de pas en entendre davantage parler par les temps qui courent : c'est un super moteur à roleplay dans le contexte très particulier du jeu par caméras interposées.

Quoi donc c'est, Viewscream ? :
Viewscream est un jeu d'horreur dont la prémisse est quasiment toujours la même : il s'est passé quelque chose de terrible dans un vaisseau spatial, et il ne reste de l'équipage que les personnages des joueurs. Ceux là sont bloqués dans des sections du vaisseau, et ne peuvent communiquer que par caméras et radios.Sur cette base, il existe des variations de scénarios qui consistent en une rapide accroche sous la forme d’un appel de détresse, et des fiches de personnages individuelles et secrètes décrivant objectifs individuels, réaction à certaines situations, état mental, etc.
Le Bridge est le personnage qui se rapproche le plus du rôle du MJ : il est en charge de distribuer la parole, et de faire les décomptes des actions afin de faire avancer la partie. Cela étant dit, il peut mourir et à un agenda personnel, avec une opinion, peut-être des défauts, etc.
Les autres membres sont appelés par leur poste (ingénierie, pilotage, second, senseurs...). Chacun d'eux a deux urgences et X nombres de solutions. N'importe quelle solution d'un joueur peut être appliqué à n'importe quelle urgence d'un autre joueur. On ne peut pas résoudre ses propres urgences. Le twist, c'est que certaines solutions sont vouées à ne pas marcher : le joueur le sait, mais pas son personnage. Il peut ainsi proposer en toute bonne fois l'alignement des nanoparticules du trou de verre pour dissiper l'accumulation quantique dans la chambre sphérique (le jeu encourage l'improvisation de discours à base de technoblabla sans queue ni tête), et apprendre après deux ou trois minutes à son collègue plein d'espoir que malheureusement, les accès à cette partie du vaisseau ne sont pas suffisants pour qu'il exécute son plan. Si c’est possible, quelqu’un d’autre peut s’y essayer alors.
Une fois que toutes les solutions ont été testées, on fait le bilan : chaque personnage auquel il reste au moins une urgence irrésolue va mourir. Chacun a droit à un monologue de fin, improvisant en fonction du résultat final, et la partie se termine.
Je crois que le ratio solutions qui fonctionnent / solutions qui foirent varie à chaque scénario : du coup, impossible de connaître les vraies chances de survie de l’équipage en commençant.
Le Bridge/MJ ne connaît pas les fiches de ses joueurs, pour garantir que lui aussi va être surpris par les retournements de situation qui s’en viennent. Viewscream vient avec 10 scénarios de base (il existe des extensions à moindre coût avec de nouveaux scénars, s’éloignant parfois de la prémisse de base). Même si vous comptez organiser une partie en tant que Bridge, soyez prévenu que pour vous aussi, le CR ci dessous contient du spoil.

Notre setup :
Spoiler:
Image

Nom du scénario joué : A Billion of Scars 
Nombre de joueurs : 5, y compris moi, le Bridge/MJ
Temps de jeu : 30mn d’explications-setup technique, 1h20 de roleplay intense, et 10-15mn pour décompresser :)

Par l’intermédiaire du Bridge, le vaisseau le Red Ghast lance un appel de détresse qui est tout autant un avertissement :
À tous ceux qui m’entendent, ici l’équipage du Red Ghast.
Nous avons exploré la surface de la planète, et découvert qu’elle était autrefois habitée par une civilisation avancée d’aliens.Leurs archives indiquent qu’ils ont détruit leur corps et transférés leurs esprits dans un disque de 4-EXAbytes au sein duquel semble exister plusieurs milliards de consciences flottant dans un genre de réalité virtuelle.
Sans en avoir l’intention, nous les avons relâché, et… Il semble que pendant qu’ils étaient dans cet état, ils sont devenus complètement fous. Ils sont comme des fantômes… Bon Dieu, ce sont des fantômes numériques, des consciences intangibles faites de la haine la plus pure…Ils ont réussi à s’emparer de la plupart des fonctions de notre vaisseau, et ont massacré l’équipage. On est encore quelques uns en vie, et ils nous chassent. Je vous en prie, envoyez nous de l’aide dès que possible, mais n’essayez pas de vous connectez à notre vaisseau, ou ils prendront le contrôle du vôtre également… À l’aide. Red Ghast, terminé.

Après une profonde inspiration, le Bridge contacte les quelques membres de l’équipage encore en vie. l’ingénierie est la première appelée. Pour échapper aux fantômes, celle-ci s’est réfugiée dans le conduit du réacteur. Elle semble autoritaire, sèche, mais c’est peut être à cause des graves problèmes qu’elle signale : le générateur de Boson du vaisseau est sur le point d’entrer en fusion. “Je suis sur le point d’être cuite, super-cuite !”. Ce n’est pas tout cela dit : le modulateur de singularité ne répond plus. S’il explose, ingénierie sera propulsée dans l’espace. “Bridge, faites ce que vous avez à faire et réparez-le !”.
Bridge évoque alors que la catastrophe des fantômes numériques semble venir de l’ingénierie, mais cela rend la conversation plus tendue encore. Ils s’entendent pour dire alors que chercher l’origine de tout cela n’est pas la chose à faire pour le moment. Bridge lui demande alors de prioriser ses problèmes et lui annonce lui revenir dès que possible. “Faites vite. Ingénierie, out.”

Pilotage est le second contacté : ses signes vitaux indiquent un grand stress, mais ils le dissimule bien. Pilotage tente de rassurer Bridge qui lui répète que son rythme cardiaque est anormalement élevé. Il est enfermé dans la salle des opérations, d’où il communique en ce moment. Après un bref état des lieux, Pilotage informe le Bridge que le méta-disque subit de graves malfonctions. “Ça va exploser d’un instant à l’autre.” Bridge prend note et se tourne alors vers le dernier survivant : Senseurs.

Le ton de la conversation est plus tendre, plus informel : les autres ne le savent pas, mais Bridge et Senseurs sont frères, et Bridge semblent vouloir le protéger à tout prix. Ils se promettent l’un à l’autre de s’en sortir. Coincé dans le terminal du scanner, Senseurs a un problème pressant : l’unité du champ de polarisation a subi de sérieux dommages, et sa section risque de devenir contaminée !
 Bridge ouvre alors le channel à tous, et Senseurs, Ingénierie et Pilotage débattent pour savoir qui semble avoir le plus besoin d’aide. Ingénierie insiste alors sur le fait que le générateur de Boson pourrait provoquer la destruction complète du vaisseau et donc la mort de tous. C’est un argument qui convainc les autres : Pilotage propose alors de déconnecter le réacteur du terminal pour contrôle les ondes photon directement à travers le moniteur en cascade, ce qui stabiliserait en théorie le générateur. Bien que ne faisant pas complètement confiance en ses capacités, Ingénierie accepte.

Pendant que Pilotage y travaille, Bridge fait un aparté avec elle. “Ingénierie, qu’avez vous fait bon sang ?!” Cette question déclenche une vague d’explications et de justification de sa part : elle n’a aucunement honte de ce qu’elle a fait. Ingénierie avoue alors a Bridge qu’après avoir remarqué que quelqu’un avait altéré le disque de 4-Exabytes, elle a décidé de transférer les consciences des aliens dans le cybercerveau du vaisseau, afin d’éviter qu’un mal irréparable puisse être causé à tous ces êtres. C’était une action altruiste et humaniste, et elle serait prête à le refaire.
Mais ce n’est pas tout : quand la situation a commencé à dégénérer, Ingénierie a utilisé la même technologie aliens pour téléverser les esprits des milliers de membres de l’équipage en cryostase. Elle est la seule qui peut maintenant sauver toutes ces consciences : s’ils la laissent mourir, ils damnent ces milliers d’innocents avec elle.
Bridge, scandalisé, l’accuse alors de chantage odieux, mais Ingénierie n’en démord pas.

Pilotage signale alors que tout est prêt pour sa manoeuvre : mais lorsqu’il l’enclenche, rien ne se passe. Celle ci a tout bonnement échouée, et la déception est visible sur le visage d’Ingénierie.
Bridge ne peut pas garder la confession d’Ingénierie pour lui, et l’expose devant tous les autres. Pilotage est véhément dans ses reproches, mais Senseurs dit comprendre son geste. Les urgences auxquels ils sont confrontés les obligent à vite changer de sujet. 

Senseurs et Pilotage connaissent l’un et l’autre des fuites d’oxygène tandis qu’ils essaient de trouver des idées pour utiliser les systèmes du vaisseau afin de s’en sortir. Ingénierie travaille aussi à leur apporter son soutien. L’équipage tente de résoudre crise après crise, mais ils connaissent plus d’échecs que de réussites.

Pourtant, la situation du côté de Senseurs se stabilise enfin, et les risques contamination et de perte d’oxygène sont écartés grâce aux efforts des autres. Ingéniere a toujours un problème de générateur en surchauffe, et Pilotage n’a plus que 5% d’oxygène. En utilisant le peu d’énergie qu’il peut rediriger du bouclier, Senseurs est le dernier à pouvoir apporter une solution, mais seulement à l’un ou à l’autre. Avec regret, Bridge lui demande alors de faire choisir qui il veut aider. Senseurs opte pour Ingénierie. L’amertume se lit sur le visage de Pilotage. Senseurs redirige l’énergie… mais alors qu’Ingénierie pensait s’en sortir, Senseurs lui indique que là aussi, la manoeuvre a échoué. Pilotage et Ingénierie vont mourir.

Senseurs explique alors que c’est lui qui a trafiqué le disque dur des aliens. Il a vu dans cette technologie l’espoir d’offrir à sa fille handicapée restée sur Terre une vie moins pénible, détachée la conscience pure de cette enfant de la prison de son corps. Il a manipulé Pilotage, et a fait porter le chapeau à Ingénierie. Pour espérer lui faire comprendre son geste, il fait appel alors à l’amour que porte aussi Bridge à sa nièce, révélant leur lien familial aux autres, mais Bridge est trop abasourdi pour répondre. Senseurs annonce alors qu’il est déjà dans l’escape pod, qu’il a la technologie avec lui, et qu’il s’en va.

Les autres voient sur leurs écrans le pod se détacher du vaisseau et s’échapper. Ingénierie est perdue, bouleversée, tandis que le générateur de Boson entre en fusion autour d’elle. Pilotage est en train de suffoquer, mais profite de ses derniers instants pour révéler qu’il était un agent anarchiste des colonies opprimés, et qui si il en avait eu l’occasion, aurait sacrifié tous les autres pour s’en sortir lui. Abbatu, déconcerté, Bridge contacte alors Ingénierie et Pilotage pour s’excuser de ne pas avoir réussi à les sauver, et leur demander s’ils le pardonnent. Ingénierie, lasse, accepte. Dans son dernier souffle rauque, sans sa caméra, Pilotage lâche un “non...”.

Bridge a la voie libre et quelques instants pour s’en sortir. Il se précipite à son tour vers un espace pod, laissant le Red Ghast devenir une épave hantée par les fantômes des aliens, les consciences de l’équipage perdu, et l’amertume de Pilotage et d’Ingénierie.
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