[Agriculture] Alimentation et biodiversité

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Guigui
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Re: [Agriculture] Alimentation et biodiversité

Message par Guigui »

senradackod a écrit : sam. mars 14, 2026 1:03 am
Certes, ce ne sont que quelques exemples personnels. Sont-ils trop personnels pour être généralisés ? Je ne pense pas, hélas, que mes oncles ou les pères de mes potes soient des cas uniques. Peut-être des arriérés, les tenants d'une forme de chasse qui disparaîtra avec eux, au profit d'une chasse plus sérieuse ? Je l'espère mais j'en doute.

Je crois que plus généralement, j'ai du mal avec la motivation des chasseurs, même moins caricaturaux que les drôles d'oiseaux évoqués ci-dessus. Je ne comprends pas la satisfaction ressentie dans le fait de tuer comme un prédateur, que l'homme n'est plus depuis longtemps dans nos contrées (sans doute une forme de régression vers un lointain état de chasseur-cueilleur?). J'espère qu'il y a du moins, chez certains, le plaisir de manger du gibier. Mais les chasseurs mangent-ils tous les sangliers abattus ? Ou encore du renard ?...

Bref, cette activité dont les fédérations font la promotion en tant que loisir, voire en tant qu'engagement écologique (un beau prétexte : c'est Tartuffe), m'apparaît plutôt comme l'assouvissement d'un instinct de tueur et l'accomplissement d'une volonté de puissance, qui s'exerce par une violence unilatérale (le gibier n'a pas de fusil, lui).

Pas ma tasse de thé.
Pour les chasseurs dont tu parles, qu'ils soient des cas uniques je ne le pense pas non plus. Mais pas plus que je ne pense qu'ils soient représentatifs du comportement des chasseurs français en général. De plus, "les chasseurs" c'est pas un groupe homogène, il y a des disparités régionales importantes, des disparités sociologiques, des disparités de pratiques et de conception de la chasse... Qui Revient de Loin en a d'ailleurs parlé plus haut. Aborder le problème par la simplification "les chasseurs", c'est déjà, à mon avis, s'empêcher de le comprendre.

Pour le reste, je te rejoins tout à fait, la chasse ce n'est pas ma tasse de thé non plus, je suis incapable de tuer un animal si ce n'est pas un moustique (ça démange), un frelon (ça pique) ou une grosse araignée (j'en ai peur depuis l'enfance). Je suis du genre à m'arrêter dans la rue pour mettre un escargot sur le côté, et je vais jusqu'à remettre sur la pelouse les lombrics égarés sur le goudron. Je suis hanté par la disparition de la biodiversité et des petits animaux que je voyais quand j'étais gosse, j'ai l'impression d'assister impuissant à la fin du monde.

Pour autant, tout incapable que je suis de prendre un fusil pour tuer un lapin, même si je savais tirer, je comprends que la chasse est une pratique tellement ancrée dans l'histoire, dans les mentalités, dans les habitudes de vie que je ne me sens pas le droit de dire à ces gens, qui ne font pas tout à fait partie du même monde que moi (moi urbain, CSP+, abreuvé à l'écologie politique, qui achète ma viande en supermarché), ce qu'ils doivent faire et ne pas faire, ou que ce qu'ils font est mal. La chasse c'est pas juste tuer des animaux, c'est un fait social et ethnologique très puissant. Je pense que la chasse est utile à la cohésion de la société rurale dans de nombreuses régions, au-delà de son utilité écologique dont on peut discuter de la pertinence, même si je pense que les chasseurs peuvent avoir un rôle écologique à jouer s'ils veulent bien s'en donner les moyens. Il y a évidemment certaines pratiques de chasse (chasse à courre, chasse à la colle) qui me font particulièrement tiquer et que je ne serais pas dévasté de voir disparaître. Mais pour les chasseurs qui viennent tuer des chevreuils et des sangliers dans mon bout de forêt, ben je suis bien content qu'ils me rendent ce service parce que sans eux je serais envahi de gros gibier et je n'aurais plus de jeunes arbres - ni de pelouse d'ailleurs, c'est le problème du déséquilibre dont on parlait plus haut. 
 
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Qui Revient de Loin
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Re: [Agriculture] Alimentation et biodiversité

Message par Qui Revient de Loin »

Guigui a écrit : sam. mars 14, 2026 2:10 am je comprends que la chasse est une pratique tellement ancrée dans l'histoire, dans les mentalités, dans les habitudes de vie que je ne me sens pas le droit de dire à ces gens, qui ne font pas tout à fait partie du même monde que moi (moi urbain, CSP+, abreuvé à l'écologie politique, qui achète ma viande en supermarché), ce qu'ils doivent faire et ne pas faire, ou que ce qu'ils font est mal. La chasse c'est pas juste tuer des animaux, c'est un fait social et ethnologique très puissant. Je pense que la chasse est utile à la cohésion de la société rurale dans de nombreuses régions, au-delà de son utilité écologique dont on peut discuter de la pertinence, même si je pense que les chasseurs peuvent avoir un rôle écologique à jouer s'ils veulent bien s'en donner les moyens. Il y a évidemment certaines pratiques de chasse (chasse à courre, chasse à la colle) qui me font particulièrement tiquer et que je ne serais pas dévasté de voir disparaître. Mais pour les chasseurs qui viennent tuer des chevreuils et des sangliers dans mon bout de forêt, ben je suis bien content qu'ils me rendent ce service parce que sans eux je serais envahi de gros gibier et je n'aurais plus de jeunes arbres - ni de pelouse d'ailleurs, c'est le problème du déséquilibre dont on parlait plus haut. 

Là, je suis moins d'accord.
C’est une image que se donne les chasseurs, mais rappelons qu'ils représentent 1 millions de personnes (98% d'hommes...) quand les pratiquants de belote en représentent 9 millions... Ne donne-t-on pas assez de place dans notre société à ces derniers ?

Par ailleurs, en France, la chasse était représentatif de quelque chose de spécifique : la suppression du privilège de chasse à la Révolution pour la donner au peuple. Peuple rural à plus de 80% qui plus est.
Près de 240 ans, l'exception du peuple souverain est devenu une généralité européenne (et la plupart des français ont oublié le lien historique chasse-révolution), la population française dans la campagne (qui n'est pas intégralement chasseuse, loin de là)  ne représente plus que 8% de la population.

Qui plus est, la chasse s'oppose à la notion de propriété privée (très importante pour les Français) puisque le droit de chasse est décorrélé de celui de propriété (à quelques exception près). Donc sociétalement, il y a un méga-hiatus entre le reliquats des chasseurs et l'immense majorité de la population qui ne supporte plus la maltraitance animale tout en voyant ladite minorité venir sur SES terres (parfois dans ses jardins...) buter Bambi.

Ajoute à cela une autre croyance très forte chez les français (et lié aussi à la Révolution), à savoir que les bois & forêts sont "publiques" (spoiler : c'est faux, ils sont privés à 74%), et tu aboutis à cette incompréhension entre une minorité (1,5% de la population) et le reste des français autour d'un acte de violence sanglant que ladite majorité considère se produire soit chez lui, soit sur le domaine public (donc chez lui aussi).

Bref, les chasseurs ne représentent plus grand chose qu'eux mêmes, et les images mentales du reste de la société (propriété privée, forêt "publique") ne les acceptent plus.

Pour finir, sur le rôle sociologique rural des chasseurs, je vous invite à lire la très intéressante thèse que j'ai mis en lien plus haut sur les loisirs sérieux qui montre la similitude entre la chasse et d'autres loisirs "de prédation" (comme la cueillette, la photo...) ainsi qu'à lire les travaux de la Fondation Sommers (un think tank sur la chasse) sur la chasse en 2040. Cela permet d'imaginer une adaptation de la chasse à la société moderne, en suivant le même chemin générale de celle-ci, à savoir la disparition de la violence par la symbolisation (dans la justice, dans le sport, dans l'éducation, etc.).
On pourrait ainsi imaginer que les chasseurs troquent leur fusil pour le lanceur de plastic ball ou l'appareil photo tout en vivant une expérience en pleine nature très semblable à celle de la chasse mortifère et totalement acceptée par la société, voire même attractive. Sauf si les chasseurs sont arcboutés sur leur arme et la mise à mort, auquel cas ils sont, à mon avis, condamnés à moyenne-brève échéance, au même titre que le furent les jeux du cirque.

(PS : moi aussi je sauve les lombrics et escargots, je suis heureux de voir que je ne suis pas le seul)

EDIT : avec le lien des travaux de la fondation sommers, c'est mieux.
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Re: [Agriculture] Alimentation et biodiversité

Message par zit »

Qui Revient de Loin a écrit : sam. mars 14, 2026 12:36 pm ,
C’est une image que se donne les chasseurs, mais rappelons qu'ils représentent 1 millions de personnes (98% d'hommes...)
Un peu comme les pratiquants de jdr, profanateurs de sépultures bien connus :-D
https://d100.fr, du d100 en VF (Openquest, Revolution D100, Mythras)
http://windonthesteppes.blogspot.com/ : blog JdR sur les Nomades des steppes et le jeu du même nom
La campagne dans les steppes (en Français) : http://rpol.net/game.cgi?gi=67716&date=1473941647
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Re: [Agriculture] Alimentation et biodiversité

Message par Harfang2 »

Qui Revient de Loin a écrit : sam. mars 14, 2026 12:36 pm Pour finir, sur le rôle sociologique rural des chasseurs, je vous invite à lire la très intéressante thèse que j'ai mis en lien plus haut sur les loisirs sérieux qui montre la similitude entre la chasse et d'autres loisirs "de prédation" (comme la cueillette, la photo...) ainsi qu'à lire les travaux de la Fondation Sommers (un think tank sur la chasse) sur la chasse en 2040. Cela permet d'imaginer une adaptation de la chasse à la société moderne, en suivant le même chemin générale de celle-ci, à savoir la disparition de la violence par la symbolisation (dans la justice, dans le sport, dans l'éducation, etc.).
On pourrait ainsi imaginer que les chasseurs troquent leur fusil pour le lanceur de plastic ball ou l'appareil photo tout en vivant une expérience en pleine nature très semblable à celle de la chasse mortifère et totalement acceptée par la société, voire même attractive. Sauf si les chasseurs sont arcboutés sur leur arme et la mise à mort, auquel cas ils sont, à mon avis, condamnés à moyenne-brève échéance, au même titre que le furent les jeux du cirque.

La disparition de la violence dans la société me parait, déjà, une hypothèse aberrante. Je n'ai même pas l'impression que ce soit le mouvement actuel.
Au contraire le renforcement du communautarisme identitaire (et je parle pas là de culture au sens large être "Vegan" "chasseur" "Runners" "Gay" "Gamers" ou quoi que ce soit d'autres constituent une identité dès lors qu'on se définit, avant tout comme tel) et, j'en ai l'impression la défaite de l'échange au profit de la simple invocation d'opinions (je dirais presque de slogan en tenant lieu) me semble aller, clairement, dans le sens d'une société conflictuelle bien loin  d'une baisse de la violence. Tout celà étant, bien sûr, renforcé par mes observations quand a la violence, et pas seulement symbolique, chez nos amis les jeunes, entre autres.
Celà étant dit intéressant ce document sur la chasse. D'autant plus qu'il n'y a pas longtemps il m'a été proposé de m'initier à la chasse... Bon, aucune chance que ça arrive j'ai trop de chose à faire.
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