Épisode 6 : le cas des naufrageurs de la côte partie 2
Entre les tours de garde et la chiasse de la veille, les Spadassins émergent difficilement d'une courte nuit de repos...
Dans leur demi-réveil, ils observent un cavalier arriver bien tôt par le nord de Santo. L'homme est armé et tout pue le spadassin en lui. Il entre en ville et disparaît aux alentours de la grand place du bourg. Un tout petit peu plus tard, les Spadassins voient arriver deux groupes d'individus de l'intérieur des terres. Le premier groupe, le plus grand, vient de chez les Firpo, et il est mené par un butor armé et chapeauté, alors que l'autre groupe, plus restreint, vient de chez les Arcieri.
Pendant qu'Ottavio veut aller vérifier quelques informations sur les lieux supposés des naufrages, tous les autres entrent en ville pour récolter des indices, laisser traîner leurs esgourdes et récupérer de quoi cuisiner ce soir. Quelques cris d'orfraie ponctuent cette dernière proposition car il faut dire que Fiorenza en cuisine, c'est tourista comme résultat !
Ottavio remonte les sentiers côtiers jusqu'aux restes de brasier repéré la vieille. La piste est agréable et peu difficile. De l'autre côté d'un mince rideau de garrigue, il peut voir quelques prés salés où paissent de coutume quelques vaches mais ce matin il est vide. Il descend sur la plage d’où sont partis les naufrageurs avec leur funeste butin et observe la zone à la recherche de vestiges d'épaves. Il trouve un mât qui affleure à quelques dizaines de brasses du bord, se dénipe, et plonge dans l'eau avant que son grand âge et ses excès ne le rattrape à grand pas, le forçant à rejoindre la plage urgemment ! En remontant vers le sentier côtier, il voit un vacher amener son petit troupeau sur les près salés et constate que ce sont des bêtes de la famille Firpo...
Et c'est sur ça qu'Ottavio rentre, mouillé et un peu piteux, à la roulotte des Spadassins en se disant qu'il va avoir besoin d'aide...
Les autres entrent en ville et constatent que les locaux ont déballé leur petit marché sur la place centrale de Santo. La place, dallée, accueille l'église de Padré Tino, la seule auberge-relais du secteur et quelques petits commerces de détails tout autant vivrier qu'artisanaux. Devant l'auberge-relais, les Spadassins voient le cheval du spadassin de ce matin tranquillement attaché à boire dans une grande auge...
La cloche de l’église sonne à tout rompre le début de cette magnifique journée quand soudain, les locaux vident la place et les rues sous les regards étonnés des Spadassins. Ils entendent des bruits de bagarre dans une rue adjacente et seul Adolfo s'élance vers l'origine des bruits... Fiorenza, Liv et Luigi préfèrent observer à bonne distance ce qu'il se passe.
Adolfo tombe sur une rixe très violente entre les deux groupes observés l'heure précédente. Les plus nombreux, les Firpo, ont le dessus de part leur nombre et le butor à la rapière qui transperce plusieurs Arcieri. Adolfo veut intervenir mais ses efforts se font doucher par la circonspection de ses autres camarades qui ne veulent bouger qu'une fois la récréation finie !
La rixe se termine rapidement et laisse plusieurs Arcieri sur le carreau alors que les Firpo, victorieux, quittent les lieux avec leurs quelques blessés. Adolfo, dégoûté par la couardise de ses camarades et après une énième prise de bec avec Liv, s'en va noyer sa frustration à l'auberge-relais...
Liv propose un coup de main aux Arcieri rescapés et perdant mais se fait violemment rabrouer par un grand gaillard couvert de sang. Elle insiste mais le grand costaud est rejoint par deux autres Arcieri passablement blessés mais très énervés. Elle rompt la discussion et bat en retrait auprès de Luigi et Fiorenza. Nos trois Spadassins reviennent sur la grand place qui reprend vie comme si de rien n'était et ils décident de faire quelques courses, de passer chez l'apothicaire local et surtout de poser tout un tas de questions et de bien tendre l'oreille...
Pendant ce temps, Ottavio, un peu déçu de sa plongée, décide de faire le grand tour de l'intérieur des terres autour de Santo. Il prend son cheval et file vers l'intérieur des terres sous un soleil éclatant. Son chemin va le mener à l'entrée sud de Santo afin de retrouver ses camarades et faire le point sur leurs découvertes et les siennes. Il passe d'abord par la portion Sparaco, et c'est pas brillant, les terres sont quelque peu à l'abandon, il y a quelque vachers et des troupeaux très épars sans parler de la taille des parcelles qui sont assez réduites... les Sparaco sont clairement à la traîne dans la vendetta locale !
Du côté des Arcieri, c'est tout le contraire, de larges parcelles bien entretenues, des vachers en nombre, des troupeaux nombreux et bien portant mais une propension à mater tout un individu inconnu qui se pointe par chez eux. Ottavio est, à plusieurs reprises, observé et même discrètement filé par quelques vachers soupçonneux...
Pour finir, il arrive chez les Firpo et là c'est un peu le parfait mélange des Sparaco et des Arcieri... des parcelles, des bêtes, des vachers attentifs mais pas soupçonneux, et surtout des terres à plus savoir qu'en faire ! Il observe même au fin fond des terres des Firpo, une petite ferme à l'écart qui dispose de gardes... il est trop loin, et n'a pas trop le temps d'aller vérifier mais il sent qu'il est sur une piste. Il file vers le sud de Santo en espérant attraper au vol ses camarades.
Et en parlant d'eux, Fiorenza, Luigi et Liv font quelques courses... et apprennent surtout que toute cette vendetta dure depuis très longtemps, que les gens de Santo ne s'en mêlent pas ou très peu et laissent faire mais surtout que depuis quelques semaines les Firpo semblent s'être un peu calmés. A en croire certains locaux, cela viendrait du retour de Cesare Firpo, le frère du patriarche. L'homme a disparu pendant dix ans et le voilà de retour dans son clan, et de là, ils se calment un peu sur la vendetta...
Par ailleurs, il y a en ville, un fort sentiment anti-Crucifié (sauf concernant le Padré Tino), et anti-riche en général surtout à propos de ces riches armateurs et de leurs bateaux qui s’échouent parce que « c'est bien fait pour eux ! ». On peut dire que c'est bien séditieux tout cela !
Du côté d'Adolfo et de son spleen les choses prennent un tour inattendu... en effet, le spadassin de ce matin est en grande discussion avec le tavernier et Adolfo, en bon Adolfo, tape l'incruste avec lui. Le type est ouvert à la discussion et autour d'une, ou de deux, ou de trois pichets de vinasse locale sa langue se délie. Il est ici au sujet des naufrages et semble avoir été induit en erreur par le tavernier qui juge sur les os de ses ancêtres que c'est ce temps de malheur qui drosse ces navires sur la côte !
Adolfo échange quelques informations avec le dénommé Tito Padzano et lui propose même de rencontrer ses autres camarades pour continuer son enquête. Et donc, tout le monde se retrouve pas loin de la grand place de Santo et fait la connaissance de Tito Padzano !
Et alors qu'Adolfo et Luigi filent chez les Sparaco car ils sont invités au banquet hebdomadaire du clan familial, les autres discutent avec Tito (qui joue franc jeu et dit être envoyé par la Compagnie Contarini pour enquêter sur les naufrages), vont faire un peu de cueillette pour ce soir et plus si affinité (ah... Liv et ses poisons...), et Ottavio profite de leur nouvel ami pour retourner à la plage des naufrageurs pour faire trempette.
Et une fois arrivés sur la plage, Tito ne peut que constater que c'est l'endroit qu'il cherche... Ottavio l'assure avec une corde et il plonge vers cette épave toute proche. Ottavio le ramène sur la plage peu après et Tito dévoile ses trouvailles. Un sac de poivre humide venant des Colonies par delà l'Océan et une plaque portant le nom d'un navire. Le plus problématique c'est que ces deux éléments appartiennent à deux cargaisons différentes sans parler de la présence des vestiges de brasiers sur la falaises. Conclusion, c'est bien l’œuvre de naufrageurs mais de quelle famille ?
Mais cela attendra encore un peu, car Adolfo et Luigi sont invités à manger chez les Sparaco !
Et ils trouvent donc tout le clan en train de festoyer dans la cour de la ferme devant une immense pièce de viande qui tourne doucement au dessus d'un brasier incandescent. Gabriele, le chef de famille, est déjà fortement aviné et accueille comme il se doit les héros d'hier !
Du vin et de la viande succulente pour les sauveurs de ses cousins, des toasts à plus savoir qu'en faire, un Figone présent mais en retrait, et une servante suspecte qui fait de plus en plus de rentre dedans au pauvre Gabriele totalement esseulé...
Et il faut qu'Adolfo porte un premier toast aux naufrages locaux, et un deuxième toast bien plus appuyé de Luigi parlant de l'origine criminelle des naufrages pour jeter le doute autour de la table et l'intervention de Figone qui attire nos deux amis à l'écart. L'Inquisiteur est furieux de leur attitude ! Il sait que la servante est suspecte mais il n'a, ni lui, ni les Spadassins, de preuves à ce sujet et Luigi balance tout comme ça ! Figone vient de perdre cinq jour de laborieuses recherches et approches en deux toasts !
Adolfo reste en retrait de l'engueulade mais Luigi maintient qu'en faisant cela il peuvent déclencher quelque chose. Figone, peu convaincu, ramène ces messieurs au banquet et s'excuse auprès de Gabriele car il a à faire. Une fois Figone partit, le banquet reprend mais avec un peu moins d'ardeur quand soudain, un très jeune vacher arrive dans la cour de la ferme et crie « AU FEU ! AU FEU ! Une pâture est en feu ! ».
Gabriele retrouve quelques esprits et envoie son clan s'occuper de l'incendie. Il semble s'apercevoir de quelque chose et demande son cheval. Il sort de la ferme par l'ouest à bride abattu avec Luigi et Adolfo sur ses talons. Il file en parallèle du feu et se rapproche dangereusement de la frontière de son domaine avec celui des Arcieri. Il arrive dans une petite ferme bien dissimulée sur la frontière et entre dans la cour en freinant comme un démon. Adolfo reste en retrait et observe, cette fois-ci, Luigi agir.
Gabriele n'a pas le temps de dire mots qu'il s'aperçoit de la présence de Luigi et tente, assez violemment, de lui dire de partir. Luigi reste de marbre devant les piteuses menaces du jeune homme qui se confond en atermoiements divers. Luigi a juste le temps d'entendre le chien d'un pistolet avant que le coup ne parte dans sa direction. Il planque au sol Gabriele mais comprend, une balle dans l'épaule plus tard, que c'était lui la cible. Un jeune homme charmant sort de la ferme une rapière à la main alors que Luigi se sert de Gabriele comme bouclier humain. Le charmant jeune homme intime l'ordre à Luigi de lâcher son ami mais Luigi ne renonce pas. Il faut l'intervention, tout en douceur, d'Adolfo et la conviction que l'homme ne reculera pas pour faire céder Luigi qui abaisse son épée.
Gabriele s'approche du jeune homme pendant que Luigi s'affaisse contre un muret. Une belle jeune femme sort de la ferme sur la demande du beau jeune homme et vient vérifier la blessure de Luigi. La jeune femme semble très adroite et habituée à traiter diverses blessures et soigne Luigi rapidement. Une fois la situation un peu stabilisée, nos deux Spadassins comprennent que les deux jeunes gens sont amants et que Gabriele les aide à cacher cette romance.
Gabriele, après avoir discuté avec les deux amants, avoue aux Spadassins la vérité et présente Juliano Firpo, le premier fils du patriarche de la dite famille, et Livia Arcieri, la première fille du patriarche de la famille, comme ses amis d'enfance cachés et de fougueux amants !
Coup de tonnerre pour nos Spadassins qui ne pensaient pas tomber sur un romance digne d'une tragédie ancienne !
Les Spadassins apprennent que depuis quelques semaines, les choses ont changé chez les Firpo. Déjà, le patriarche, Timo Firpo, a fait son lit avec une jeune et belle femme arrivée tout récemment. Juliano est furieux du pouvoir que cette parvenue a pris sur son père sans parler de la place de sa mère, morte récemment, dans le lit de son père !
Il est aussi tenu à l'écart de certaines activités de son propre clan sans parler du retour d'un oncle de triste réputation après une absence de dix années. Le bougre a été remercié de son poste de capitaine de navire pour la Compagnie Contarini, et cela confirme les informations de ce matin obtenues sur le marché et commence doucement mais sûrement à resserrer l'enquête des Spadassins sur l'origine des naufrages...
Alors que l'odeur de l'incendie devient plus acre et présente, les deux amants prennent congés en demandant de garder le secret sur ce que les Spadassins ont vu tout en rassurant Gabriele qui se confond en excuses auprès de ses amis. Ils l'enjoignent, encore une fois, de faire attention au sujet de cette jeune servante qui lui fait de l’œil depuis quelques semaines, cela cache clairement quelque chose, eut égard à ce qui est arrivé au père de Juliano.
Une fois les amants partis, Gabriele, Adolfo et Luigi filent voir les dégâts provoqués par l'incendie et comprennent que c'est sans doute les Arcieri qui ont mis le feu. Les bêtes des Sparaco ont succombé mais aucun membre du clan n'a été blessé. Et c'est fatigué, couvert de suie et fourbu que tout le monde rentre à la ferme. Le banquet est ajourné, Luigi assure Gabriele de leur secret et l'enjoint à écouter ses amis au sujet de cette servante. Ils prennent congés peu après et rejoignent leurs camarades au pied du phare et leur racontent tout...
La soirée approche et pendant que Liv et Fiorenza sont en cuisine, les autres font le point avec Figone qui arrive quelques minutes plus tard. L'Inquisiteur a découvert la même ferme qu'Ottavio et a put s'en approcher un peu. Le fait qu'elle soit gardée et qu'elle soit à l'écart est un élément supplémentaire au sujet de la culpabilité des Firpo au sujet des naufrages par contre rien, pour le moment, au sujet du culte que traque Figone. Les Spadassins évoquent Tito Padzano et Figone s'étrangle presque alors que celui-ci descend s’incruster dans la discussion en criant « Et alors mon frère que fais-tu ici ? ».
Figone et Tito sont frères !
Deuxième coup de tonnerre de la journée pour nos Spadassins qui sont partagés entre rire et stupéfaction !
Les deux frère ne s'apprécient guère sans pour autant verser dans le sang, c'est plus une rivalité potache, entre boulots difficiles et accrochages récurrents, qui anime ces deux fines lames... car Ottavio les connaît de nom, enfin surtout leur père et sa compagnie mercenaire qui servait Vicerezzo il y a quelques décennies. Les Padzano sont parmi les plus fines lames de la Péninsule mais aussi des soudards sans pitié ni scrupules...
Et c'est en proclamant cela que le soleil se couche alors que Tito joue les modestes et que Figone, furieux, mord son chapeau !
Continua...