Pardon d'avance pour le pavé qui suit.
La préhistoire (jusqu'en -1 000)
En France comme en Europe, l’aménagement des forêts remonte à presque 500 000 ans, lorsque quelques chasseurs-cueilleurs se lancent à la conquête de nouveaux territoires de chasse en mettant le feu à d’importantes étendues boisées. Ces « paléo aménagements » constituent les premières modifications par l'homme de la couverture forestière.
Au Mésolithique (de -10000 à -5000) les civilisations sont en régression et la densité de population très faible.
On assiste ensuite au Néolithique (de -5000 à - 2500) à une explosion démographique (sédentarisation) qui conduit les premiers paysans à poursuivre l’action de leurs ancêtres de l’âge de pierre en procédant aux premiers défrichements des surfaces forestières, tout d'abord à la hache à silex (vers -3500) puis ensuite, à l'aide d'outils de cuivre (âge du cuivre, vers -2500), en bronze (âge du bronze, vers -2000) puis en fer (âge du fer, vers -700). Cela leur permet d'y implanter champs, prairies et baraquements en rondin.
On estime qu'en -1000, la majeure partie du territoire est boisée.
Sans vouloir remettre en question le schéma d’évolution du couvert boisé de notre territoire depuis des temps immémoriaux dans les grands traits brossés ici, il y a des choses qui (m’)interrogent au niveau des sources, du moins de l’un des sites cités (la forêt de Chambaran pour ne pas la citer).
Le petit portrait chrono-culturel dressé, notamment pour sa partie ancienne, est très daté et très largement contestable dans à peu près tout ce qu’il aborde. Je ne vais pas détailler les bornages chronologiques qui n’ont que peu d’importance.
Déjà les traces de mise à feu d’environnement pour la chasse, ça reste de l’ordre de la théorie (au mieux de l’ethnocomparativisme), c’est pour le moment difficile à prouver (et en bon professionnel, je ne vois pas pour le moment toujours comment cela pourrait l’être). Que des chasseurs aient profité d’un incendie accidentel pourquoi pas, encore faut-il qu’ils ne soient pas eux-mêmes pris dedans et aient plutôt à lutter pour leur survie. D’ailleurs, ils ne mettent pas le feu à la forêt pour conquérir de nouveaux territoires de chasse, car encore eut-il fallu qu’à cette très haute antiquité, il y ait eu des forêts dignes de ce nom (plutôt toundra pour la partie méridionale et steppe pour la partie méridionale).
Au Mésolithique, nous apprenons donc que « les civilisations sont en régression ». Pardon de quoiquèçe ? Mais cette affirmation est dépassée depuis plusieurs décennies maintenant, au moins 1978 (une paille) et la publication des trois volumes de l’ouvrage « Les derniers chasseurs » du Dr. J.-G. Rozoy. Et c’était déjà largement débattu. Il est loin le temps des bandes errantes sur les grèves ou du hiatus imaginé antan. Marrant comme quoi être le dernier fait s’incarner cette idée d’effondrement/régression. C’est dommage, pour la question qui nous concerne de discréditer ainsi le Mésolithique, car il correspond à l’adaptation des cultures du Paléolithique à un tout nouvel environnement (avec l’arrivée d’une nouvelle forêt) liée au changement bioclimatique de l’Holocène. D’ailleurs, il existe probablement une proto-agroforesterie mésolithique quant à l’économie du noisetier dans certains endroits. Pour finir, la faible densité de population rattachée au Mésolithique ne lui est pas exclusive, loin de là, elle est depuis le Paléolithique.
Pour le Néolithique, avec un changement radical dans leur économie de productions de ressources, ils ne poursuivent en rien l’action de leurs ancêtres. Les défrichements néolithiques se font sentir dès sa phase ancienne dans les profils palynologiques et anthracologiques (études des pollens et des charbons qui permettent d’aborder les environnements et l’économie végétale). Nous avons des traces d’incendie de forêt, d’essartage, pour ouvrir le milieu et permettre l’installation de champs et de groupements d’habitations. Normal pour des groupes d’éleveurs-agriculteurs. Ils n’ont pas attendu -3500 et la hache pour faire cela. Enfin, la nuance est plus subtile, la hache n’a pas attendu -3500 pour apparaître surtout, nous en avons dès -5500. Elle vient (avec l’herminette, c’est juste une question d’orientation de l’axe de l’outil par rapport à l’axe du manche) avec les Néolithiques. Allez, je vous en mets une en photo (encore inédite, elle sort de ma dernière fouille en début d’année), elle est datée autour de -5000/-4500 (et j’en ai une cinquantaine d’autres qui l’accompagne).
Elle est en silex, mais, contrairement à ce que dit le site, ce n’est pas la majorité ou l’exclusivité. Les haches sont aussi et souvent en roches dures (quartzite, jadéite, éclogite, granite, dolérite, etc.). Toute une batterie de matières premières (dont le choix dépend de plein de critères) dont les caractéristiques permettent d’obtenir un tranchant résistant aux coups et aux chocs. Vers -4500, nous avons déjà de grandes zones déboisées pour une production agricole qui fonctionne avec succès* et qui commence à modeler le territoire tel qu’on le connait maintenant. Certes, la majeure partie du territoire métropolitain est boisée, mais il ne s’agit pas de la même boiserie, les forêts méditerranéennes (qui côtoient déjà des espaces pelés par ailleurs) n’ont rien à voir avec les forêts alpines ou les forêts du bord de la Manche. Comme le dit Mahar plus bas, il s’agit d’une forêt naturelle qui émerge avec le grand changement qu’est l’Holocène qui se trouve aménagée dès le Néolithique (il n’existe plus ou quasiment plus d’espace naturel en France qui n’ait été modifié par l’Homme au cours de son histoire).
*Une agriculture qui marche si bien qu’elle sera quasiment la même au cours des millénaires suivants. Ce qui changera, ce sera l’évolution des outils (introduction du métal, mécanisation, etc.), sinon toutes les techniques agricoles ou presque sont inventées durant le Néolithique.
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La période celtique (-1 000 à -52)
Au niveau population humaine, cette période correspond à l'âge du bronze et à l'âge du fer. Les innovations techniques sont la roue à rayon, les chariots, les tonneaux, l'utilisation d'engrais et de greffes. On pratique l'élevage du porc, le brassage de la bière, la chasse à l'Auroch, au Loup, à l'Ours, à l'Elan.
Les populations d'alors vivaient beaucoup en forêt. Elles vénéraient des dieux sylvestres, zoomorphes et Esus, dieu de la forêt. Pour ces populations, la forêt forçait le respect et était assez peu exploitée (chasse surtout).
On dénombre sur le territoire français de 60 à 90 cités (petits royaumes), gouvernés selon un système aristocratique.
En ce qui concerne la forêt, des massifs immenses de forêt primaire subsistent encore (Les carnutes, forêt allant d'Orléans au Perche ; Brocéliande en Bretagne ; Arduina, forêt allant des Ardennes à la Lorraine ; le Jura, les Vosges, les vallées de la Saône, de la Loire et de la Seine sont également très boisés).
Ceci dit, les Celtes sont de bons agriculteurs et il y a davantage de défrichements qu'à la période précédente. La Beauce, l'Orléanais sont très cultivés ainsi que la Champagne. Mais globalement, la Gaule du nord est moins défrichée que la Gaule du sud (notamment la Provence et l'Aquitaine). On estime à cette époque la surface forestière à près de 40 millions d'hectares, avec un taux de boisement de 65-75%. Obstacle et rempart à la civilisation, la forêt est aussi une matrice nourricière pour des populations qui construisent et se chauffent au bois
Le paragraphe dédié à la période protohistorique est à l’aune de celle sur la Préhistoire. En vrac, certaines des innovations présentées ne sont pas protohistoriques (le cochon est domestiqué dès le néolithique ancien par exemple, l’engrais est utilisé bien avant l’âge du Fer. Les chasses décrites sont rarissimes et correspondent à des profils d’abattage antérieur (au hasard au Néolithique, j’ai beaucoup de restes osseux d’aurochs sauvage sur le même site d’où provient la hache polie montrée plus haut). Quant aux populations qui vivaient beaucoup en forêt, pas plus qu’au Néolithique et certainement moins que durant le Mésolithique. On en fouille des « villages » protohistoriques, et ils ne sont pas en pleine forêt, ils sont souvent au sein d’un territoire très ouvert et émaillé de petites fermes. Les dieux sylvestres existaient probablement bien avant et certainement de manière plus importante pour le Mésolithique qui, lui, vivaient vraiment en pleine forêt et qui devaient habiter leur univers mental. Les « Celtes » sont de bons agriculteurs, certes, mais pas plus que leurs prédécesseurs (cette remarque n’a vraiment aucun sens). Quant à présenter la forêt comme une matrice nourricière pour ces populations protohistoriques, peut-être pour les glanées destinées à l’élevage des cochons. Mais clairement, l’essentiel de la nourriture à cette période est fourni par l’agriculture (très développée) (végétale et animale). L’idée, un peu orientée, que la forêt est un obstacle à la civilisation, comment dire, on retrouve une opposition monde sauvage/monde domestique, mais le monde sauvage d’alors est déjà très domestiqué et maitrisé et il n’a jamais empêché l’établissement de nouvelles fermes ou oppida, très franchissable pour un rempart. Ce sont surtout les industries métallurgiques et céramiques qui vont impulser une énorme consommation de ressources boisées (et d’entretien/création de forêt avec les bonnes essences de bois les meilleures pour la combustion dans les fours).
J’ai autant de remarques sur les paragraphes suivants, mais j’imagine déjà que la lecture de mon pavé fut pénible jusque-là alors je m’arrête ici. J’imagine bien que ce site ne vise pas l’exactitude scientifique et a une vocation pédagogique, mais en l’état il semble avoir été écrit dans les années 50.
À noter que le petit article du journal du CNRS n’est pas exempt de défauts, plus étonnamment. Ce point précisément :
« Il y a environ neuf mille ans, les premières populations sédentaires venues du Moyen-Orient se sont installées sur le territoire actuel de la France avec leurs céréales, orge et blé, et leurs animaux d’élevage, moutons et chèvres.
Le premier Néo en France métropolitaine, honneur au Sud, est sur la cote méditerranéenne, et est daté au mieux autour de 5800/5700 avant notre ère. Il y a 9000 ans, en France, nous sommes, partout sur le territoire métropolitaine, en plein Mésolithique (sans économie domestique de production) et pour au moins encore 1200 ans, là aussi une paille.