Nous sommes le lendemain de notre féroce combat contre les gnolls, nous prenons un peu de repos et il est temps de se remémorer tout ce qui s’est passé les jours précédents.
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Nous avons fixé ce qui s’était passé durant les trois semaines entre la nouvelle de l’anéantissement de la Légion et l’attaque des gnolls sur les fortifications).
Suite à son écrasement par les gnolls, la Légion est anéantie. Un tiers des troupes ont été tuées, un tiers a rallié Sérafina et un tiers erre sans ressources sur les plateaux d’Hyrtania, derrière les lignes gnolles.
Les officiers supérieurs de la Légion ont connu un sort divers : le Khan (l’officier supérieur de la cavalerie), le Cohortaire (officier supérieur d’infanterie) et le Légat (l’officier politique et diplomatique) sont morts, le Magistère (l’officier supérieur des troupes magiques) est porté disparu. Seul est revenu avec les survivant le Maître Charroi, qui menait l’arrière garde et le train des équipages. Le Tribun de la Légion, l’officier adjoint du Général Exilias, dénommé
Torros Balbos, lui, était resté à Sérafina pour gérer les réserves. Il est désormais le plus haut gradé de la Légion, ou plutôt de ce qu’il en reste.
Shaïg a tenté de rallier des survivants de la Légion à la Patrouille mais la plupart ont préféré suivre l’exemple de
Torros Balbos et rejoindre la milice de la Maison haute.
La Légion en tant que force politique et militaire indépendante de Sérafina n’est plus.
Les Dératiseurs, dont la tâche principales était de lutter contre les monstres ont été prévenus par nos soins que la menace était écartée. Ils servent désormais sur les fortifications de la ville. La nouvelle de notre succès a été portée en haut lieu mais parmi la hiérarchie de la Maison Haute, le doute subsiste. Si le Connétable et la Chancelière ont félicité la Patrouille pour ce succès, certains autres, dont ce fielleux de
Gracchus dit "la raclure", se répandent en médisances, clamant que la Patrouille ne fait que s’attribuer un mérite usurpé et ne fait que profiter d’une accalmie provisoire dans les apparitions de monstres.
Avec l’étiolement de la puissance de la Légion, la Patrouille est la dernière institution impériale qui subsiste à Sérafina et il convenait d’en marquer l’originalité et la légitimité. La grande prêtresse de la Maison haute étant une prêtresse du panthéon cavalier, j’ai pris sur moi d’organiser une grande cérémonie funéraire selon le rite Impérial, dédiée aux légionnaires disparus au combat, dans le but de remonter le moral de ceux qui subsistent, de rallumer la flamme du sentiment impérial et contrebalancer la tendance générale à la dissolution de l’héritage impérial, qui, après tout, est tout ce qui nous retient de sombrer dans la barbarie.
En attendant, la Patrouille tient toute sa place dans la défense de la ville. Un officier de liaison, le capitaine
Xéas, nous a été détaché par l’Etat-Major de la Maison Haute. Nous avons vite compris, au vu des missions qui nous étaient confiées, que nous étions considérés comme une unité certes d’élite mais sacrifiable. Là encore, je ne peux m’empêcher d’y voir la main de
Gracchus.
Quoi qu’il en soit, notre réputation grandit dans la ville. Quand nous montons sur les fortifications pour prendre notre tour de garde ou pour un coup de main à l’extérieur, nous sommes accompagnés du regard appréciatif des citoyens qui se disent que tant que la Patrouille tient, la situation n’est pas si désespérée.
Or donc, le lendemain de l’attaque des gnolls nous sommes retournés sur les lieux de l’assaut.
Les gnolls ont attaqué sur un point fort de nos fortifications alors qu’un point faible se trouvait à une courte distance. Les attaques suicides et irréfléchies n’étant pas leur marque de fabrique, surtout qu’ils étaient menés par une créature abyssale, nous en avons conclu qu’on nous avait délibérément attirés à un endroit pour que nous ne puissions pas voir ce qui se passait ailleurs.
A quelques centaines de mètres, sur les fortifications, une équipe de maçons dirigée par l’Architecte
Gracchus lui-même travaillait à réparer les fortifications.
Je l’ai salué d’un « Salut Raclure » retentissant devant ses équipes, ce qui a eu le don de le rendre furieux ... par ces temps difficiles où l’on ne sait pas ce qui peut survenir, il ne faut pas se refuser ce genre de petit plaisir, c’est toujours ça de gagné.
A ce moment le sol s’est mis à trembler et une fissure est apparue qui a encore plus abîmé les fortifications déjà mal en point. Cette secousse m’a rappelé l’effondrement de bâtiment dont nous avions été témoins dans le quartier de Louverie.
Alors que nous inspections la fissure, un gobelin en est sorti à moitié, en hurlant « Ils arrivent » avant de disparaître comme si quelque chose l’avait happé. Quelques instants plus tard, nous avons pu discerner des bruits de mastication. Nous avons décidé de descendre dans la fissure. Sans doute pour ne pas passer définitivement pour un lâche devant ses hommes,
Gracchus nous a accompagnés.
Au fond de la fissure nous avons trouvé du sang, un cadavre de gobelin, et 5 molosses d’un noir de jais en train de le dévorer. Le combat s’est engagé en nous avions tué plus de la moitié des créatures (des aberrations venues d’une autre réalité parait-il) quand la terre s’est mise de nouveau à trembler et nous avons été précipités encore plus loin dans les entrailles de la terre.
Nous nous sommes relevés dans une caverne obscure. Nous étions au sein d’un réseau de cavernes gobelines bouleversé par le séisme. Le sol vibrait en permanence sous nos pieds. Nous éclairant à l’aide de mon épée de lumière et du bâton de
Shaïg, nous avons entrepris d’explorer les alentours et découvert ce que
Gracchus a décrit comme un portail vers les abysses, une sorte de disque d’un noir absolu au flanc d’une paroi rocheuse.
J’ai fait remarquer à
Gracchus qu’il semblait s’y connaître aussi bien en la matière qu’en traîtrise et fourberie et il a fait mine de lever la voix. Les esprits se sont échauffés et
Clèomède a essayé de nous calmer avec un de ses trucs de Maître de Guerre.
Gracchus a baissé la tête mais pas moi.
C’est mal me connaître que de penser que je laisserai ce traitre et ses méfaits envers la Patrouille impunis.
Gracchus le sait aussi, il a été patrouilleur, il sait que sa trahison ne mérite qu’une chose aux yeux d’un vrai patrouilleur, la mort. Les autres peuvent bien penser que son utilité présente ou à venir pourrait lui mériter la vie sauve, il n’en est rien. Si nous commençons à excuser les fautes des uns et des autres en fonction de critères aussi subjectifs, nous ne respectons plus les règles, les lois de l’Empire et nous ne sommes plus la Patrouille. Notre Patrouille n’est pas une vulgaire association d’aventuriers ou de vigilants du bord de la route. C’est peut être difficile à comprendre pour des cavaliers ou des citadins mais ça ne devrait pas l’être pour une impériale, nous sommes les héritiers d’un Empire et d’une institution qui a duré plus de 1000 ans et je veillerai à ce que la Patrouille en reste digne.
Gracchus doit payer sa trahison et il la paiera, d’une manière ou d’une autre.
Quoiqu’il en soit, une fois maté,
Gracchus a fini par cracher ce qu’il savait. D’après lui ce portail ne peut être fermé que par une clef et cette clef ne peut se trouver que de l’autre côté du portail, dans les abysses.
Autre renseignement qui a son importance. Il pense que les vibrations dans le sol sont le signe avant-coureur de la naissance d’une pierre volante. Les pierres volantes naissant dans les abysses et éclosent dans notre réalité. Le portail devant lequel nous nous trouvons ne serait qu’une conséquence secondaire de cet événement. Si c’est vraiment le cas, étant donné que les vibrations se sont fait sentir dans toute la ville, la pierre pourrait être d’une taille suffisante pour arracher la ville toute entière de la surface de la terre, le péril est grand.
Alors que nous méditions sur ces informations, le cadavre d’un molosse ouvert en deux, est passé par le portail et a atterri sur
Lauran, le recouvrant de tripaille et d’excréments. A sa suite nous avons vu sortir du portail une créature des abysses, un corps de femme à la peau bleue, une tignasse rouge brique et six bras, armée d’une longue lame.
Shaïg a fait un bruit bizarre, il a du tâcher ses braies ...
J’ai porté le premier coup sur la créature qui est tombée au sol. Avant que je n’aie pu l’achever,
Shaïg a jeté un sort qui m’a projeté en arrière sur quelques mètres. C’est la deuxième fois qu’un de mes frères patrouilleurs lève la main sur moi, qui n’ai jamais nuit à aucun d’entre eux. Aux temps anciens de la Patrouille le châtiment pour ce genre de geste était l’amputation du membre fautif. J’espère pour lui qu’il a une bonne explication pour son geste. Quoi qu’il en soit, je commence à me demander si la Patrouille a bien fait d’accepter des barbares en son sein et si je ne devrai pas agir en conséquence …
Fin de la session
Vivement la suite
