Inspi historique #2

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Tybalt (le retour)
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Re: Inspi historique #2

Message par Tybalt (le retour) » mer. juil. 11, 2018 10:25 pm

Besoin d'un prétexte pour mettre en scène une chasse à la baleine dans la Rome antique ?
Un travail de recherche mené conjointement par une chercheuse du CNRS et une autre de l'Université de York, et fondé sur des restes d'os de baleines trouvés dans quatre sites archéologiques autour du détroit de Gibraltar et un cinquième sur la côte nord de l'Espagne, suggère que les Romains pourraient avoir pratiqué la chasse à la baleine à une échelle industrielle.
Ils chassaient deux espèces de baleines qui ne fréquentent plus aujourd'hui la Méditerranée : la baleine grise et les Eubalaena, qui se déplacent lentement et étaient donc plus faciles à atteindre pour des pêcheurs ne disposant pas des navires rapides actuels.
Les Romains semblent avoir utilisé parfois le produit de ces pêches pour la fabrication du garum, leur condiment salé très parfumé à base de poisson, comparable au nioc-nâm vietnamien actuel.
Et maintenant, vous tenez l'occasion d'embarquer vos PJ pour une chasse à la baleine en pleine Antiquité romaine !
Mes sites : Kosmos (un jdra sur la mythologie grecque qui a vraiment lu les auteurs antiques pour vous) et mon blog de lectures.

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killerklown
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Re: Inspi historique #2

Message par killerklown » lun. juil. 16, 2018 12:50 pm

Tybalt (le retour) a écrit :
mer. juil. 11, 2018 10:25 pm
Et maintenant, vous tenez l'occasion d'embarquer vos PJ pour une chasse à la baleine en pleine Antiquité romaine !

Ou vous avez le prétexte rêvé pour camoufler une chasse aux tentacules antiques (mais que dirait Poseidon ? :runaway )
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Lotin
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Re: Inspi historique #2

Message par Lotin » jeu. juil. 19, 2018 3:52 pm

Cela fait un moment que j'avais commencé ce petit sujet mais je ne le termine que maintenant. Je le soumets donc à votre curiosité. Dans un épisode précédent, je vous avais parlé de l’émergence de la violence dans les sociétés préhistoriques et du moment à partir duquel nous étions certains d’avoir des preuves de violences interpersonnelles. Ma rapide présentation permettait de tirer quelques conclusions : l’homme n’a pas attendu d’être agriculteur, sédentaire et propriétaire pour se mettre dessus ni même d’avoir une véritable classe sociale dédiée à l’art de se mettre sur la tronche ; les occurrences de violence explosent par contre (en quantité et en « qualité ») atteignant des sommets jusque-là impossibles ne serait-ce qu’à envisager ; il n’existe pas de caste de guerriers ; la limite entre chasse et guerre est très floue pendant très longtemps, etc. Mais justement, à partir de quel moment la violence s’est institutionalisée au point de requérir à une vraie classe sociale combattante de par chez nous (l’Europe occidentale surtout) ? Ce sera l’objet de la rapide présentation que je vous propose aujourd’hui.

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" Dulce et decorum est pro patria mori "
Horace

De quelle façon la présence de guerriers peut-elle être mise en avant sur les sites archéologiques (surtout pour les périodes « anciennes » où les sources se limitent aux découvertes archéologiques) ? Plusieurs types d’indices viennent à notre rescousse : les équipements personnels, la sphère idéologique des groupes culturels, les représentations, les architectures, etc. Notez que ces domaines techniques restent totalement connectés entre eux. Il me semble l’avoir déjà écrit en ces lieux, un objet manufacturé est empreint de savoirs techniques qui relèvent de la tradition, d’un apprentissage, de normes sociales et culturelles (à ce sujet je vous conseille la lecture de l’excellent ouvrage : De la Préhistoire aux missiles balistiques sous la direction de Latour et Lemonnier), etc. L’identification de ces traits et leur recherche permettent en partie la création et la définition d’entités chrono-culturelles, avec les limites inhérentes à la méthode (les traits techniques identifiés d’une catégorie d’objet à une autre ne se superposent pas toujours par exemple).
Nous pouvons d’ores et déjà exclure toutes les périodes les plus anciennes de notre Préhistoire. De même pour les derniers groupes menant une existence dont l’économie est basée sur de la prédation stricte (Épipaléolithique et Mésolithique). Non pas que ces groupes n’aient pas fait montre de violence lorsqu’ils l’ont jugé nécessaire comme le montrent les exemples très parlants de Jebel Sahaba et Nataruk. La structure économique et sociale de ces groupes ne permet pas d’entretenir une classe sociale qui n’apporte rien à la vie quotidienne du groupe, il n’existe pas d’équipement dédié aux violences interpersonnelles, les cas avérés de violences restent très rares et les équipements utilisés restent toujours ceux dédiés à la chasse, etc. Qu’en est-il des sociétés néolithisées ?


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" Toi, t'es pas de notre village
On peut bien l'dir' : ton salivage
On en a marre, on est à bout
Donc, faudra qu'on passe aux carnages
I' rest' plus qu'à s'rentrer dans l'chou "
Ennemis, les Têtes raides


Les premières phases du Néolithique (surtout la vague de néolithisation durant le 6e millénaire avant notre ère) ne livrent pas d’indices de l’existence de violences institutionalisées et encore moins d’une caste/classe de guerriers. Le millénaire suivant montre des exemples très frappants comme les sites de Talheim (34 personnes dans un fossé portant d’évidentes traces de violence), d’Aspam-Scheltz, de Herxheim (estimation à plus de 1000 individus (sur un temps long) violentés), d'Achenheim et de Bergheimne plus récemment fouillés. Les armes utilisées sont celles de la chasse et de l’agriculture : arc, hache et massue. Les sépultures montrent souvent que les défunts sont accompagnés d’armes qui ne reflètent pas leur quotidien : arc de chasse et poignard notamment. L’économie de ces sociétés, pour faire simple, ne repose plus sur les activités de prédation mais le travail journalier de l’agriculture et de l’élevage (le travail le plus important et pénible n’est pas celui qu’on croit comme l’a montré Sahlins et dont je vous parlerai probablement un de ces jours qui montre qu’une économie de prédation est génératrice de beaucoup de temps libre). La chasse si elle n’occupe plus qu’une place économique très secondaire se retrouve en revanche socialement très valorisée. Nous sommes encore loin d’une pratique commune et généralisée de la guerre mais régler les problèmes par une violence extrême semble une des solutions envisagées et pratiquées. De plus, l’archéologie est bien en peine pour dépasser la simple constatation des faits et envisager les causes de telles violences. On ne sort pas des interprétations simplistes et caricaturales mais il ne fait aucun doute que les causes sont probablement multifactorielles (contestations de limites de territoire, motivations économiques, accès à certaines ressources, raisons sociales, etc.).
Ces manifestations homicides s’estompent un peu durant le 5e et le tout début du 4e millénaire. Mais à partir du 4e millénaire la donne change un peu (beaucoup en fait).

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Saurez-vous trouver la flèche fichée dans la partie haute d’un individu découvert lors de la fouille de l’hypogée de Roaix (Vaucluse) ? Il y a une vingtaine de cas comme celui-là dans la même tombe.

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Saurez-vous retrouver cet individu au milieu de ses copains ?

Il existe de rares scènes représentations de ce qui a été identifiés comme des combats entre groupes humains, c’est le cas notamment de l’art du Levantin Espagnol (c’est la même grande famille artistique qui a produit la première image de récolte de miel) et ce dès le néolithique ancien, par exemple :

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" Des armes bleues comme la Terre
Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme
Dans les yeux, dans le cœur, dans les bras d'une femme
Qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère "
Des armes, Léo Ferré


On observe durant le 4e et le 3e millénaire avant notre ère que l’armement déjà marqueur social très important ne cesse de s’imposer et de prendre de l’ampleur. La montée en puissance des symboles guerriers que sont l’arc, le poignard et la hache s’accompagne aussi d’une véritable distinction des genres dans les représentations qui nous sont parvenues. On assiste là à une définition d’une sphère symbolique masculine et d’une autre féminine. La codification de certaines représentations anatomiques permet d’identifier les sexes des figures représentées. Ainsi l’iconographie des statues-menhirs de ces deux millénaires nous offre des représentations humaines « mâles » associées à des armes : arc, flèches, brassards d’archer, hache et surtout, quasiment systématiquement, le poignard (des éléments manufacturés). Les « femmes » sont représentées par leur poitrine (un élément biologique naturel) dans l’immense majorité des cas. Les parures semblent transcender les genres et se retrouvent sur les unes et sur les autres. Avant de crier au scandale, la stricte distinction du genre biologique n’est pas faire montre d’une inégalité quelconque. Pour cela, il faut prendre en compte quelles sont les valeurs associées à l’un ou l’autre des genres et leur hiérarchisation. Il semble qu’au long du 3e millénaire notamment, les représentations d’archers ou d’équipement d’archerie laissent la place aux porteurs de poignards. A la fin du 3e millénaire, les armes sont plus souvent représentées par le poignard (en métal) et la hache. L’arc, les flèches et les brassards d’archer ne sont pas absents pour autant.

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Des statues menhirs et de leur équipement genré :

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Carquois et flèches d’Otzï. Et pas besoin d’une puissance de 90 livres pour tuer quelqu’un…

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Les poignards de Charavines, pour vous donner une idée… pas besoin de métal pour imaginer que planté dans le bide ça fait tout aussi mal.

Les associations de mobilier identifiées sur ces représentations sont confirmées par les découvertes faites en contexte sépulcral. Même si la tendance générale est à l’inhumation collective, il existe des tombes individuelles d’individus à la position sociale particulière. La tombe de la veuve en Italie de culture Rinaldone montre un homme en armes (et « en majesté ») aux pieds duquel a été inhumée une femme au crâne fracassé (interprété comme une mort d’accompagnement) et pourtant considérée comme d’un haut statut social par la présence d’un mobilier métallique l’accompagnant (alène en cuivre notamment).


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Plan de la Tombe de la Veuve.


Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Les armes accompagnent les hommes dans la mort et ce sont d’autres objets et sphères d’activités qui semblent accompagner les femmes. Ces sépultures individuelles et armées font souvent l’objet des plus grandes attentions rituelles, les mobiliers d’accompagnement des défunts sont très souvent de qualité exceptionnelle. Ces défunts sont souvent accompagnés d’objets symboliques de pouvoir, de « sceptres » par exemple, dont la fonction réelle n’est pas clairement identifiée. Il semble que nous sommes en présence d’individus à la très haute position sociale, de chefs plus que de « soldats » et dont le statut s’affiche par la présence de ces armes, par une valorisation d’activités liées à la force. Pour en revenir aux statues-menhirs dont la répartition géographique recouvre une immense zone : sud de la France, Espagne, Italie, qui n’est culturellement pas homogène et jusqu’en Europe centrale. Il existe de très nombreux groupes culturels affectés par ces représentations « artistiques » (éminemment culturelles bien entendu). Le poignard transcende ces groupes et se retrouve sur toutes ou presque les représentations dites masculines. Sauf pour un ensemble caussenard où il est remplacé par un objet triangulaire un peu mystérieux (mais qui pourrait correspondre à un poignard stylisé). On assiste durant le 3e millénaire avant notre ère à l’explosion de la statuaire et des représentations armées dont l’origine est encore un mystère. Certains y voient la preuve de la (ou des, selon l’auteur) vagues d’invasions indo-européennes (là normalement vous m’entendez souffler fort pendant que mes yeux se lèvent au ciel), d’autres un phénomène de convergence, d’autres encore l’émergence de berceaux polynucléaires, etc. Il existe de nombreux arguments pour l’une ou l’autre des théories et les débats restent vifs, notamment entre archéologues se la jouant linguistes et linguistes se la racontant archéologues. Ces représentations de poignards ne se trouvent pas que sur la statuaire mais aussi sur des parois, notamment piquetées sur des parois rocheuses en quantité très très importante comme au Mont Bégo (dans les Alpes). La deuxième partie du 3e millénaire notamment voit l’émergence du phénomène campaniforme dont nous avons déjà parlé rapidement dans le sujet précédent et qui mériterait un post à lui tout seul tellement le sujet est complexe, d’actualités (en termes de recherches) et d’ampleur.


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Les 4e et 3e millénaire avant notre ère sont le théâtre de phénomènes culturels (cf le Campaniforme plus haut) et de nouveautés techniques très importants, c’est notamment à ce moment que sont introduites les premières métallurgies. La métallurgie va affecter en priorité des domaines socialement très investis et forts : les armes et les parures (cf. l’illustration ci-après). Le poignard en silex omniprésent dans les représentations masculines devient en métal, d’abord en cuivre puis en bronze. Une observation qui est en partie confirmée par les différences d’investissement technique notées entre objet du quotidien et objet dédié à une activité très fortement valorisée (comme la chasse dont le rôle alimentaire n’est plus que complémentaire dans ces sociétés d’agriculteurs, pour rappel). Une série d’enquêtes ethnographiques qui a beaucoup marqué le milieu des préhistoriens et qui a fait date va aussi dans ce sens en poussant encore plus loin l’observation*. Sur ce point précis, n’oubliez pas toute la réserve que j’émets à comparer des situations de groupes humains actuels ou sub-actuels dits primitifs avec nos préhistoriques (je l’ai déjà évoqué dans d’anciens posts dans le même sujet)**. Les populations de Danis d’Irian Jaya en Indonésie pratiquent une économie d’agriculteurs-éleveurs : patates douces, canne à sucre, taro, porcs. Ils mènent aussi une activité non négligeable de chasse. Outre le fait que l’arc soit un objet destiné à la sphère masculine et fabriqué par des hommes, les observateurs ont noté qu’il existait une véritable distinction entre les flèches utilisées pour la chasse et celles destinées à la guerre. Les premières sont peu investies technologiquement, elles doivent entrainer des blessures larges et profondes menant à la mort rapide de l’animal. Celles dédiées à la guerre par contre doivent permettre un tir précis à longue distance, elles sont équipées d’embouts en os (qui restera dans la plaie et l’infectera), on y ajoute des ergots, des spirales d’orchidées pour empêcher la cicatrisation une fois l’armature fichée dans les chairs. Elles sont souvent beaucoup plus sophistiquées. On met plus d’effort pour tuer que pour chasser. De plus le milieu naturel et la pression démographique semblent jouer un rôle non négligeable dans les rapports violents qu’entretiennent ces groupes ou ces confédérations.


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Quelques exemples de flèches d’Irian Jaya.

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Exemple d’un équipement funéraire (La Motta à Lannion dans les Côtes d’Armor) avec ses magnifiques poignards en métal.

Est-ce que l’émergence et la très forte valorisation des armes et du statut associé sont à mettre en parallèle à un début de hiérarchisation de nos sociétés ? Il est clairement avéré que non, celle-ci lui est bien antérieure et par endroit même antérieur à l’arrivée des économies de production. La hiérarchisation semble être plus à mettre en lien avec la notion de surplus et de stockage et de capitalisation de forces actives. Ce fait est maintenant bien attesté par l’archéologie et démontré par l’ethno. Par contre, ce qui apparait plus clairement c’est que les différences sociales se font plus systématiques et importantes au cours du 4e et du 3e millénaire avant notre ère. En revanche, le changement d’idéologie est très clair.
Et l’architecture dans tout ça ? Peut-elle nourrir notre réflexion sur le sujet ? Le sujet est là aussi délicat, plus on remonte dans le temps plus les traces se font fugaces, les restes discrets. Quelques aménagements architecturaux d’importance ont cependant durablement marqué les terroirs. Des enceintes ont été découvertes et attribuées aux débuts du Néolithique par chez nous (soit -5500 avant notre ère, plus ou moins, tout dépend de si vous êtes sudiste ou nordiste). Ce sont des fossés de taille plus ou moins importante et qui dessinent un « enclos » (circulaire ou sub-circulaire) ou barre une zone géographique propice. J’ai bien marqué « enclos », car souvent les surfaces ne sont pas celles nécessaires au parcage d’un petit troupeau de bestiaux, les surfaces couvertes sont plus souvent de l’ordre de plusieurs hectares. Ces fossés sont parfois doublés, voir même triplés. Il n’y a que très peu de traces d’habitat en leur sein, souvent à peine quelques fosses ayant servi de poubelles au mieux. La véritable fonction de ces enceintes est très difficile à percevoir pour ces périodes mais ne semblent pas nécessairement liée à une vocation défensive. Il s’agit peut-être tout simplement de l’appropriation d’une zone que l’on dédie aux troupeaux, les fossés contrôlant ainsi leur vagabondage.


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Un exemple : les Coteaux de Coursac en Charentes (Balzac).

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L’un des sites les plus connus, Diconche à Saintes (Charentes-Maritime).


Plusieurs régions de France sont emblématiques de cette pratique architecturale***. Le temps passant, les implantations humaines marquent plus leur terroir. Les habitats se concentrent parfois en hameaux villageois lors du Néolithique moyen. Ces communautés s’entourent souvent de fossés qui sont parfois talutés (de la structure creusée on passe à de l’élévation). Un fossé taluté est un moyen très efficace de rentabiliser la chose, vous creusez un fossé et appliquez sur l’un de ses bords (côté intérieur en général) tout le volume de terre que vous avez extrait, je peux vous assurer que quand vous êtes au fond du fossé, le franchissement du côté taluté est très compliqué, vous êtes devant un mur. Si en plus vous installez une palissade en bois au sommet de ce talus… J’apporte à votre attention aussi que ces fossés sont souvent réutilisés, notamment pour y inhumer des gens. C’est à cette période aussi que naissent les premières enceintes muretées. Les surfaces enceintes sont très grandes, plusieurs exemples montrent des sites de plusieurs dizaines d’hectares. Il est à noter que les enceintes ne servent pas qu’à entourer des zones d’habitat mais sont multifonctionnelles : délimiter des zones sépulcrales, des zones cultuelles, exposition monumentale, etc. Puis lors de la seconde moitié du 4e millénaire et lors du 3e surtout, le phénomène s’accentue. On ajoute une autre enceinte puis encore une autre au fil du temps. Des chicanes sont parfois créées pour contrôler les entrées, comme les fameuses entrées en pince de crabe (en Poitou-Charentes par exemple). Des palissades s’adjoignent aux levées de terre, les vocations défensives des ouvrages se font plus « évidentes » à la toute fin du Néolithique. S’agit-il du reflet d’un climat d’instabilité générale ? Dans tous les cas, la pression sur l’environnement, la compétition pour le contrôle des terres arables, l’explosion démographique, etc. ont dû jouer un rôle. Pour la majeure partie de la période, ces architectures particulières reflètent de nombreuses choses, il s’agit d’une projection du groupe sur leur propre territoire.


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Exemples d’enceintes et de système d’entrée en pinces de crabe.


" Tatata ta tata ! bram ! wiiiizzz ! ta tata ! wi wiwi wi wiwiiiiiiiii ! badam badadabam ! "

Star spangled banner woodstock version, Jimi Hendrix

Ainsi, jusqu’au IIIe millénaire av. n. è., il n’existe pas d’armée de métier, les conflits n’impliquent qu’au mieux des hommes prenant leurs outils pour régler des problèmes concernant de petites communautés en compétition. En comparaison, de vraies villes fortifiées existent dès le IVe millénaire av. n. è. en Mésopotamie, et ces cités-états vont passer une bonne partie de leur temps à guerroyer les unes contre les autres, dès le IIIe millénaire. L’état implique la présence de milice permanente. Une situation que ne connaît pas l’Europe dans son ensemble qui adopte tout juste le métal pendant ce temps. C’est à partir de la « découverte » du bronze que les armes vont connaître un essor sans précédent (forme, qualité, quantité).

Il apparaît que les affrontements armés du Néolithique sont plus probablement consécutifs de compétitions pour l’accès à des ressources, à un territoire, etc. Le guerrier d’alors n’est que provisoire, un homme prenant les armes pour résoudre un problème passager. Il n’en fait pas son activité à temps plein même si l’image du guerrier s’est socialement imposée, remplaçant celle du chasseur du Paléolithique.
En résumé, les 4e et 3e millénaires voient l’émergence d’une sphère masculine guerrière, qui valorise du moins la force (la virilité ?) par l’affichage d’armes. Cependant, ces mêmes armes ne sont jamais que des outils du quotidien : poignard, arc, hache. Des objets avant tout utilisés dans d’autres domaines plus communs comme la chasse et l’agriculture. L’homme d’alors devient guerrier le temps de régler un problème. Une fonction passagère lié à « une guerre primitive » (Guilaine).


____________________________

" Leur force était immense, indomptable, et des bras invincibles s'allongeaient de leurs épaules sur leurs membres nerveux. Ils portaient des armes d'airain ; l’airain composait leurs maisons ; ils ne travaillaient que l'airain, car le fer noir n'existait pas encore. "
Les travaux et les jours, Hésiode


C’est à partir du 2e millénaire av. n. è. qu’apparaît le premier outil clairement dédié à une activité guerrière, l’épée****. Les premiers exemplaires datent ainsi de l’âge du bronze, durant la première moitié de ce 2e millénaire. Nous ne sommes donc plus dans la longue période de la Préhistoire mais dans celle dite de la protohistoire (certains font rentrer le Néolithique, dernier stade de la Préhistoire, dans la Protohistoire, un point qui se discute donc). L’épée va peu à peu remplacer le poignard. L’armement va se perfectionner à partir de -1700/-1500 ans av. n. è. et les formes d’épées vont se diversifier. À partir de -1300 ans av. n. è., c’est l’équipement défensif qui va se développer fortement : apparition du bouclier, des casques, des cuirasses et des cnémides. L’art rupestre montre l’association de tous ces éléments sur des individus qualifiés pleinement de soldat. Les sociétés de l’âge du Bronze se caractérise en plus de leur utilisation d’un nouvel alliage métallique (je vous le donne en mille, le bronze) entre autres par un perfectionnement des techniques agricoles, un véritable contrôle par des élites clairement établies, par la présence d’artisans spécialisés (orfèvres, métallurgistes par exemple) et donc de classes sociales qui ne fournissent pas directement des ressources vitales au groupe (eau, nourriture). La présence de soldats dédiés à la protection du groupe et répondant aux besoins et aux ordres d’un pouvoir exercé par une élite ne peut se faire que dans ce type de société aux taches spécialisées.


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Exemples d’épées (courtes) du Bronze ancien découvertes dans le Gard.

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Epée de l’âge du Bronze de Saint-Genouph.

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Casques de l’âge du Bronze mis au jour dans le dépôt de Bernières dans le Calvados.

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Guerrier et son équipement complet : bouclier surdimensionné, casque (au niveau de l’épaule du personnage), épée, lance, la représentation à gauche est un char (Caceres en Espagne).

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Représentations de guerriers en Suède datées de l’âge du Bronze de là-bas (soit vers -1000 ans).


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" The Bugle sounds and the charge begins
But on this battlefield no one wins
The smell of acrid smoke and horses breath
As I plunge on into certain death "

Trooper, Iron Maiden


En Allemagne, dans le Mecklembourg (excusez mon accent), un site fouillé tout récemment a livré les vestiges de ce qui serait la première bataille rangée d’envergure (ne souriez pas) de l’Europe occidentale. Le site se situe sur les rives de la rivière Tollense, à un endroit considéré comme un passage sur la rivière. Entre 100 et 200 restes humains ont été mis au jour sur une surface fouillée correspondant à 10% du site. Il s’agit d’hommes décédés de mort violente entre 20 et 40 ans. Les blessures montrent qu’ont été utilisés des lances, des épées, des poignards, des massues et des arcs (cf images ci-après). Il semblerait qu’il existait déjà des « unités » combattantes différentes avec chacune un équipement spécifique. La mise au jour de plusieurs cavaliers et de leur monture va dans le sens de cette hypothèse. Le nombre de victimes et l’estimation du nombre de participants vont aussi dans le sens d’un vrai conflit de masse (environ 4000 participants à la bataille, je vous avais dit de ne pas sourire, quand je dis d’envergure, c’est bien d’envergure). Ces indices témoignent d’une société fortement hiérarchisée et capable de mobiliser énormément de troupes pour mener des conflits armés. Cerise sur le gâteau, les analyses adn montrent que l’un des deux groupes impliqués est totalement étranger à la région et viendrait des piémonts alpins. L’autre groupe quant à lui semble avoir réuni des hommes de toute la région. De plus, des traces anciennes de traumas ont été identifiées sur 1/3 des squelettes indiquant par là même qu’il ne s’agissait pas de leur première bataille ni d’un « coup d’un soir ». Il s’agissait de la confrontation de deux armées de métier.


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Le charnier de Tollense.

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Exemple de blessure à la bataille de Tollense.

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Une autre blessure qui montre par ailleurs que coexiste l’outillage en métal et en silex.

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Blessure contondante provoquée par une massue (en forme de maillet).

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Différentes “unités” engagées. Oui, je sais, on est bien loin des représentations guerrières de nos manuels de jeu préférés.


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« Et que nous passions les jours
Etendus sur l’herbe tendre,
Prêts à conter nos amours
A qui voudra les entendre »

Ode pour la Paix, Jean de la Fontaine

Pour l’Europe occidentale donc, l’apparition d’un véritablement armement dédié à la guerre et porté par de véritables soldats semble correspondre à la phase moyenne de l’âge du Bronze -1700/-1400 ans av. n. è., soit au mieux 4000 ans de véritables conflits armés pour une (pré-)histoire de 300 000 ans (H. Sapiens). Bien après les sociétés dont on souligne souvent le caractère belliqueux inhérent à notre espèce et issu de ces périodes perdues dans les limbes du temps. Quant aux raisons pouvant pousser ces groupes armés à se mettre dessus les uns les autres… elles sont probablement multifactorielles comme déjà souligné plus haut et probablement bien spécifiques à chaque région/groupe/période.



Pour le prochain pavé d’ennui que je me propose de vous soumettre, je n’ai pas encore décidé du sujet. J’ai plusieurs pistes…
Le mystère campaniforme est-il intéressant ? Suffit-il de balancer au pif des ethnonymes antiques pour prétendre s’appuyer « autant sur l’histoire et les données archéologiques » dans le milieu du JDR ? Est-ce qu’il suffit d’épeler correctement le mot c.e.l.t.e. pour se prétendre historien ? Pourquoi les archéologues nous cachent la vérité au sujet des pyramides ? Pourquoi les archéologues cachent la Vérité du monde aux yeux des profanes ? Est-ce que dézinguer 30 ans de carrière scientifique lorsqu’on est auteur de fantaisie-historique à succès est une pratique honorable ? Quel est le rapport entre le monde celte antique et la Bretagne celtisante ? Etc. Il y a de quoi faire.


*C’est cadeau : Article de référence

**Un article sur les limites de l’ethnoarchéologie par Olivier Gosselain : https://www.academia.edu/28664781/A_quo ... logie_2011_, en plus j’y suis cité plein de fois, oui c’est mon quart d’heure Vanité et Orgueil !

***Un peu de lecture : Article de référence.

****http://www.prehistoire.org/offres/file_ ... 183552.pdf un lien vers une typologie des épées de l’âge du bronze définie au début des années 70 pour vous montrer la variabilité de l’objet.

Pour rappel, l’histoire et l’archéologie sont aussi des sciences, certes molles car humaines et non pas dures.

Sous réserve de corrections orthographiques à venir.

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Re: Inspi historique #2

Message par nessir » jeu. juil. 19, 2018 6:45 pm

Je viens de lire tout ça avec beaucoup d'attention. Merci d'avoir pris le temps de nous expliquer tout ça.

Tu as d'autres sources d'informations sur la bataille près de Mecklembourg ?
En ce moment...
"Sur la route de la soie" et "Rêves de Gloire" avec Brigandyne.

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Re: Inspi historique #2

Message par Dithral » jeu. juil. 19, 2018 7:55 pm

Toujours aussi génial, merci Lotin !

Bon, par contre, je suis nul au jeu de retrouver des trucs dans les squelettes...

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Re: Inspi historique #2

Message par XO de Vorcen » jeu. juil. 19, 2018 8:50 pm

:bravo: merci à toi. Je suis toujours aussi fan. Et cela tombait à point puisqu'hier nous avons visité un musée dédié principalement au paléolithique avec des collègues à toi semblant tout aussi passionnés. Évidemment le format court des présentations et l'accessibilité au jeune public m'avait un peu laissé sir ma faim. Tu viens d'apaiser ma soif de connaissance.
Il me reste encore les liens à explorer.
Savage Worlds : règles d'essai gratuites et scénarios gratuits, les gammes en français (et en anglais pour Achtung! Cthulhu, Beasts & Barbarians et Lankhmar), ressources chez Torgan, discussions Casus NO avec d'autres liens.

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Re: Inspi historique #2

Message par Dithral » jeu. juil. 19, 2018 9:07 pm

Fabien_Lyraud a écrit :
ven. juil. 06, 2018 6:09 pm
Un tombeau de l'époque ptolémaïque découvert à Alexandrie.
http://www.ulyces.co/news/des-archeolog ... lexandrie/

Tombeau avec un sarcophage impressionnant prouvant qu'il s'agit d'un personnage important. Et si c'était le tombeau d'Alexandre reconstruit à l'époque des Ptolémées.

Ils l'ont ouvert aujourd'hui, pour y trouver trois momies baignant dans leur jus. Le conseil suprême des Antiquités égyptiennes assure que cette ouverture n'a pas déclenché la malédiction redoutée par le monde entier, et qu'il ne s'agit pas de membres de la famille royale ptolémaïque (mais qu'aucune inscription ne les identifie, du coup je ne comprends pas trop).

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killerklown
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Re: Inspi historique #2

Message par killerklown » ven. juil. 20, 2018 10:04 am

Je n'avais jamais encore entendu parler de "statues menhirs" et je leur trouve un potentiel ludique énorme !
Merci pour cette présentation @Lotin !
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Re: Inspi historique #2

Message par Cryoban » ven. juil. 20, 2018 1:17 pm

killerklown a écrit :
ven. juil. 20, 2018 10:04 am
Je n'avais jamais encore entendu parler de "statues menhirs" et je leur trouve un potentiel ludique énorme !


On veut pas trop savoir ce que tu vas faire avec
Il n'y a pas de formulation adéquate pour un événement qui entend à bousculer la normativité du monde (Selene 5/09/17)

Shellshocked, The operational art of Frag...'nuff said
Swooby-doo et mystères associés (un hack de Sweepers)
Vermine-Reboot hack motorisé par Le Grit

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Re: Inspi historique #2

Message par killerklown » ven. juil. 20, 2018 2:05 pm

Cryoban a écrit :
ven. juil. 20, 2018 1:17 pm
killerklown a écrit :
ven. juil. 20, 2018 10:04 am
Je n'avais jamais encore entendu parler de "statues menhirs" et je leur trouve un potentiel ludique énorme !


On veut pas trop savoir ce que tu vas faire avec

En mode Angegardien:
Spoiler:
Je pense en faire des pierres de resurrection, mais qu'il faille s'introduire intégralement dans l'anus pendant que le shaman danse autour en imitant le cri d'une génisse mettant bas...
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Re: Inspi historique #2

Message par Lotin » sam. juil. 21, 2018 12:03 pm

Merci pour les retours.

@killerklown Je ne te remercie pas, je ne les regarderai plus comme avant...

Le sommaire est mis à jour. J'ai du supprimer le sommaire complet du premier sujet des inspis historiques (mais j'ai laissé un lien y menant) car cela me faisait dépasser la limite des 60000 caractères par message.

Le sommaire :

Spoiler:
Hérodote et Thucydide
Roy Cleveland Sullivan qui prit 7 fois la foudre
Richard Francis Burton
Des chasseurs de démons bulgares
Les sorcelleries arabes
Le Grand Marais Lugubre
Le siège de l'union africaine offert, équipé et espionné par les chinois
Un tombeau Scythe en Sibérie
Une cité Maya inconnue mise au jour
L'oeuvre d'Opicinus de Canistris
Haïti et zombi
Le plus vieux britannique
L'affaire Martin Guerre et une mise au point bienvenue sur l'indo-européen
Anthony Cummins
Des groupes undergrounds qui réparent des horloges de bâtiments publics
Des dromadaires en bas relief en Arabie Saoudite
Marga D'Andurain
Monsieur Chouchani
Hélène Jegado, tueuse en série
Ivan le Terrible
Qin Shi Huang
Sylvin Rubinstein, chasseur de nazis
Un dictateur à qui on ne refuse rien : Staline
Centralia, la ville fantôme
L'origine des noms de pays
La cité perdue des Pharaons noirs
Le Prométhéisme
Le pouvoir des médias
J. E. Hoover
Une image de Paris à la fin du Moyen-Âge
La maison anglaise victorienne idéal
HMS Terror et Erebus
K-278 Komsomolets
La mourre, un vieux jeu
Le pain maudit de Pont-saint-Esprit
Des bibliothèques à dos de cheval dans les Appalaches
New-York en 1911 et Paris en 1898
Le badass Général Adrian Carton de Wiart
Histoire d'amour métis
Le Prêtre-Jean et son royaume
Comme les Rois Mages en noir
Les Frères Collyer
La Syllogomanie
Distances de voyage
Chariots bâchés de la Conquête de l'Ouest
La Petite Maison dans la Prairie
Une momie millénaire à Pachacamac
Esclavagisme au Moyen-Âge
La Société du Sable Jaune
Les Poings de la Justice et de la Concorde
Galerie de personnages ecclésiastiques du XVIIIe
Cleveland Balloonfest '86
Reconstitution du visage de César, mouais, on repassera pour la méthode "scientifique"
Un tombeau de l'époque ptolémaïque à Alexandrie
Le Dieu Min au dard tendu
Chasse à la baleine durant l'antiquité romaine
De la naissance du "soldat/guerrier"

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