[CR Maison] Les Rivières de Paris

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Sammael99
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[CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » jeu. mai 16, 2019 4:22 pm

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Le CR suivant est la narration de mon expérimentation du moment, une adaptation qu'on qualifiera de "libre" de l'univers fictionnel des Rivières de Londres (Rivers of London) de Ben Aaronovitch. Le système évolue au fil des parties, donc certains éléments ne seront peut-être pas totalement cohérents sur la durée (quand le système de magie évolue, par exemple), mais dans l'ensemble le but est de raconter une chouette histoire. 

Les personnages: 

Philippe Louis est un jeune flic issu de la Police Judiciaire. Il a été repéré par la DSPJ (Division Spéciale de la Police Judiciaire) suite à une série de rapports d'enquête qu'il a soumis relatant quatre fois le suicide de la même personne dans des circonstances différentes. Il est procédurier et apprécie particulièrement les choses bien ordonnées. Il apparaît souvent comme froid, particulièrement lors d'interrogatoires.
  • Traits : As de la paperasse, Perspicace, Intimidant
  • Colère : ce qui est irrationnel
  • Noblesse : les gens en détresse
  • Peur : ce qui est sale

Jean-Pierre Marchand est vieux briscard, ancien des RGs. Il a rejoint la DSPJ lorsqu'il a compris que le prêtre d'une communauté ultra-catho de Saint Nicolas du Chardonnay sur laquelle il avait continué à enquêter en sous-main après la dissolution des RG avait plus de 150 ans (une photo dans un journal de 1907 le montrait identique à aujourd'hui.) Il est athlétique et passe beaucoup de temps à entretenir son corps.
  • Traits : Ancien des RG, Patient, Athlétique
  • Colère : Extrémistes
  • Noblesse : Jeunesse
  • Peur : Décrépitude

Damien Frossard est un jeune officier issu de la Police Scientifique. Il a été approché par la DSPJ lorsqu'il a pris en charge et autopsié le cadavre d'un homme mort lors d'une fusillade. Il avait une balle dans le crâne, mais il n'y avait aucun point d'entrée ou de sortie visible. Plus tard, il a passé le concours d’officier de police avant de rentrer officiellement au DSPJ. Il est un peu complotiste sur les bords, se satisfaisant rarement de l'explication la plus évidente.
  • Traits : Police Scientifique, Suspicieux, Fluet
  • Colère : les gens catégoriques
  • Noblesse : la misère
  • Peur : la surprise
Dernière modification par Sammael99 le jeu. mai 16, 2019 4:49 pm, modifié 2 fois.
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » jeu. mai 16, 2019 4:28 pm

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PREMIER EPISODE : DISPARITION (Canal Saint-Martin)

Ce lundi matin de printemps, 9h30, le Divisionnaire Corbeau, patron de la DSPJ, convoque comme tous les lundis matins ses trois officiers pour le briefing hebdomadaire. Philippe, qui est célibataire, loge dans les locaux, au 13, Passage Vivienne. C'est peu de dire que l'endroit est poussiéreux (ce qui l'oblige à récurer sa chambre tous les matins) mais il est également bien situé et fonctionnel, même si il n'y a pas d'accès à internet, soi-disant pour "préserver les défenses magiques" de l'endroit. Jipé vit avec sa femme Denise dans un pavillon en proche banlieue tandis que Damien vit avec son mari Mamadou dans un petit deux-pièces près de Bastille. 

Les dernières semaines ont été plutôt calmes, si bien que Philippe, Jipé et Damien ont pu consacrer leur temps à travailler leur latin et s'entraîner à stabiliser les nouvelles formae qu'ils ont apprises. Mais ils commencent à ronger leur frein, et la bonne nouvelle c'est que deux dossiers viennent d'être référés à la DSPJ. 

Le premier est un dossier urgent : une jeune fille a été emportée par une vague le long du canal saint martin le matin même à 8h45. Trois témoins l'ont vue tomber à l'eau, poussée par une vague haute comme elle. Elle n'est pas remontée. Un plongeur de la Brigade Fluviale dépêché sur les lieux n'a trouvé aucune trace de la jeune femme sur un kilomètre en amont et en aval du point de chute. Le dossier a tout d'abord été qualifié en accident, mais au vu des témoignages concordants, il a été requalifié en enlèvement et transféré à la DSPJ.

Le second dossier concerne un cadavre. Une femme a été retrouvée morte chez elle, à priori rien de suspicieux. Le Dr. Sissoko, légiste qui travaille fréquemment avec la DSPJ à ses heures perdues a voulu l'utiliser à l’Institut Médico Légal (IML) pour des formations aux autopsies, et lors de l'analyse du cerveau a trouvé des traces évidentes de dégradation thaumaturgique.

Nos trois agents se focalisent sur le premier dossier qui comporte un caractère d'urgence. Ils se rendent immédiatement sur les lieux dans la voiture de Philippe. Rapidement, Jipé perçoit un vestigium à l'endroit où la jeune fille semble avoir été enlevée : une odeur de vase, pas forcément surprenante pour le canal saint-martin, sauf qu'il s'y mêle une odeur de pétrole brûlé.

Jipé se concentre et essaye de voir la scène telle qu'elle s'est déroulée quelques heures plus tôt (1). Les images sont floues, mais il parvient à distinguer la jeune fille qui marche le long du canal et la vague qui l'emporte. Ce qu'il le surprend c'est qu'elle n'a pas l'air paniquée. Il lui semble voir un objet jaune qui tombe de son sac au moment où la vague l'emporte vers le Nord du cours du canal. Il décrit cette vision à ses collègues. 

Du coup, Philippe essaie de percevoir où pourrait se trouver un objet jaune sous l'eau et identifie un disque d'environ dix centimètres de diamètre au fond du canal près de la berge. Il appelle la brigade fluviale et demande l'intervention d'un plongeur. Comme l'affaire est maintenant signalée comme un enlèvement, l'intervention est jugée prioritaire et on leur garantit qu'un homme-grenouille sera là d'ici une heure. Philippe décrit l'objet et son emplacement au mieux pour lui faciliter le travail. 

La clé c'est de trouver l'identité de la jeune femme. Après vérifications sur les commissariats de la ville, il n'y a aucune disparition constatée. Damien suggère qu'elle semble être adolescente et marchait le long du canal à 8h45, elle allait peut-être dans un lycée non loin. Et effectivement, après deux appels infructueux, le Lycée Alphonse Daudet signale l'absence d'une jeune fille qui pourrait correspondre à celle que Jipé a aperçu dans sa vision de l'événement.

Ils se rendent au Lycée Alphonse Daudet où ils rencontrent l'assistante sociale qui leur parle de Latifa Benzema, une jeune fille qui a connu de nombreuses absences récemment bien qu'elle maintienne un bon niveau scolaire. En voyant sa photo, Jipé est raisonnablement convaincu qu'il s'agit bien de la jeune fille emportée par la vague étrange. D'après l'assistante sociale, les parents sont informés des absences de leur fille mais semblent s'en fiche. Elle a même entendu des rumeurs comme quoi elle ne vivrait plus chez ses parents, mais n'a pas pu les confirmer, ni directement auprès de Latifa, ni en parlant à ses meilleures amies. Latifa ne semble pas avoir de petit ami dans le lycée, ou alors c'est très discret.

Les trois agents demandent à parler à ses meilleures amies qui sont convoquées. Anne-Marie est timide et inquiète pour son ami mais ne semble pas vraiment savoir quoi que ce soit sur la situation en cours. Jipé la déstabilise en lui demandant qui sont les meilleures copines de Latifa, mais elle ne leur apprend rien de plus. Chandrya semble à la fois plus proche de Latifa et plus réticente à partager quoi que ce soit avec les policiers. Ils n'ont pas de moyen de pression autre que l'autorité de leur fonction et quittent le lycée convaincus qu'elle sait quelque chose mais sans avoir réussi à le lui faire dire. Tout juste a-t'elle admis que Latifa avait "quelqu'un" dans sa vie.

Entre-temps l'homme-grenouille de la brigade fluviale a remonté l'objet identifié par Philippe, un miroir de poche. A l'intérieur, une photo de Latifa avec un jeune homme, sans doute un peu plus âgé qu'elle, vêtu d'un blouson de cuir, cheveux gominés et avec ce qui semble être une tâche de graisse sur la joue. Le jeune homme semble être un portrait robot de motard, et Damien a une intuition qui s'avère payante : et si lorsque Latifa sèche les cours elle était ensuite déposée au Lycée par son petit copain motard ?

Un coup de fil à l'assistante sociale du Lycée Alphonse Daudet confirme que Latifa sèche généralement plutôt des matinées et assiste aux cours l'après-midi, en général une à deux fois par semaine depuis 6 semaines. Le Lycée accepte de mettre à disposition les vidéos et Philippe dépose dans la demi-heure les réquisitions validées par le procureur en bonne et due forme. Et en consultant les vidéos les trois agents voient que Damien avait visé juste : sur une vidéo datant de la semaine précédente, après une matinée que Latifa a manqué, ils aperçoivent sur la vidéo de façade du lycée une moto qui dépose la jeune fille vers 13h45. Philippe relève le numéro et consulte immédiatement le Service Immatriculation Véhicule (SIV).

La moto est immatriculée au nom d'Emmanuel Martin, garagiste, et l'adresse indiquée est celle du garage, Quai de l'Ourcq, le long du bassin de la Villette. L’homme n’a pas d’antécédants judiciaires. Les trois agents sautent de nouveau dans la voiture de Philippe et foncent vers le Nord de Paris. Alors qu'ils sont en route, ils entendent à la radio qu'un signalement a été fait d'une bande de déliquants maghrébins Quai de l'Ourcq, justement. Ce n'est pas un appel prioritaire, mais Philippe signale qu'ils sont en route et le prennent en charge. 

Arrivés Quai de l'Ourcq, ils aperçoivent une lourde double porte métallique qyu marque l'entrée du garage, fermée. Devant, une vieille Renault est garée, le coffre ouvert. Trois jeune hommes d'origine maghrébine sont devant. L'un d'entre eux tambourine sur la porte d'entrée du garage : "Ouvre, connard, et rend nous notre soeur !". Une réponse fuse par dessus la porte : "Allez vous faire foutre ! Elle veut pas passer une seconde avec ses abrutis de frères !"

Les insultes continuent de fuser pendant quelques minutes. Damien et Philippe restent dans la voiture de Damien, fenêtre ouverte pour surveiller la situation. Jipé lui fait le tour du pâté de maison pour voir si on peut rentrer dans le garage par l'arrière. Il se hisse sur un mur et aperçoit un terrain vague rempli de carcasses de voitures derrière la bâtiment du garage à proprement parler. Il hésite à entrer par effraction puis décide de faire le tour d'abord pour voir comment les choses évoluent. 

C'est au moment où un des trois jeunes frères exaspéré se saisit d'une bouteille dans le coffre de sa voiture et y rentre un bout de torchon que Philippe et Damien décident d'intervenir. Philippe signale l'intervention par radio alors que Damien court vers les trois jeunes hommes, pistolet au point. "Police Judiciaire, lâchez immédiatement ce molotov et levez les bras en l'air !" 

Les trois jeunes hommes ahuris n'ont rien vu venir. Celui qui tenait la bouteille d'alcool à la main la lâche et elle se brise au sol, puis tous les trois décampent. "Ma bagnole !" crie l'un d'entre-eux aux deux autres, visiblement désemparé. "Ta bagnole c'était une merde ! Cours !" répond un de ses frangins. 

C'est alors qu'ils arrivent face à Jipé qui était en train de revenir de l'arrière. "Police Judiciaire, on se calme et on s'arrête tout de suite si on ne veut pas se retrouver dans le merde jusqu'au cou !" crie le policier, sans sortir son arme toutefois. Mais les trois hommes décampent, et il se retrouve à courser l'un d'entre eux. C'est là que l'heure de cardio qu'il fait tout les matins paye ses dividendes : l'un des trois jeunes hommes s'essoufle vite alors que Jipé en est encore à s'échauffer. Il l'attrape par le col, le menotte et l'emmène au commissariat du XIXè voisin. Il prévient Damien et Philippe par radio. 

Ces derniers s'approchent de la porte du garage, et tapent à leur tour.

- "Police Judiciaire, veuillez ouvrir s'il vous plait."
- "C'est pourquoi ?"
- "Nous venons d'assister à l'altercation, nous souhaiterions vous en parler."

La porte s'entrouvre, et Emmanuel Martin apparaît dans l'encadrement. Une légère odeur de vase mâtinée de pétrole brûlé parvient aux narines des deux policiers.

- "Monsieur Martin ?"
- "Oui, c'est moi. J'ai rien fait, c'est ces connards qui me menaçaient."
- "Vous êtes seul dans le garage ?"
- "Ça vous regarde pas !"
- "Monsieur Martin, les hommes en question parlaient de leur soeur. Est-ce que Latifa Benzema est avec vous ?"
- "..."
- "Monsieur Martin, il y a un enquête pour enlèvement qui pointe vers vous concernant Mlle Benzema. Je vous conseille de ne pas nous dissimuler les choses. Nous avons des raisons de croire qu'elle est ici, et nous préférions ne pas avoir à vous emmener au commissariat dans le cadre de l'enquête."
- "Je suis là", dit une voix féminine derrière Martin. 
- "Mlle Benzeman, veuillez vous montrer s'il vous plait."

Latifa apparaît dans l'encadrement de la porte, un peu pâle.

- "J'ai pas été enlevée, je suis chez mon amoureux, c'est tout. C'est pas illégal."
- "Vous devriez être en cours toutefois..."
- "Depuis quand les flics s'occupent des ados qui sèchent des cours ?"
- "Quand il y a suspicion d'enlèvement."
- "Mais puisque je vous dis qu'il n'y a pas enlèvement ?"
- "Vous accepterez de répondre à quelques questions alors ?"
- "Vous avez un mandat ?"
- "Vous avez regardé trop de séries TV américaines, Mlle Benzema. Ca ne fonctionne pas comme ça en France. Qui plus est, nous ne sommes pas en train d'opérer une perquisition. Nous souhaitons simplement vous poser quelques questions pour pouvoir classer cette affaire sans suite."

Latifa semble hésiter. 

- "Bon, allez-y..."
- "Vous ne vivez plus chez vos parents. Est-ce que vous vivez ici avec Mr Martin ?"
- "Non, je vis chez une copine."
- "Nous avons parlé à Anne-Marie et Chandrya et elles nous ont affirmé ne pas savoir où vous viviez..."
- "Chez Chandrya..." répond la jeune femme en rigolant. "Je lui ai dit de ne rien dire, mais je ne pensais pas qu'elle arriverait à cacher ça à des flics..."
- "Pourquoi avez vous quitté le domicile de vos parents ?"
- "Parce que c'est des gros abrutis. Comme mes gros abrutis de frères..."
- "Est-ce que vos parents désapprouvent également de votre relation avec Mr. Martin ?"
- "Ouais, carrément."
- "Et pour quelle raison ?"
- "Ben, parce qu'il est pas du bled, qu'est-ce vous croyez ?"
- "Et est-ce que les origines Françaises de Mr. Martin sont la seule raison ?"

Là, Latifa hésite et croise furtivement le regard d'Emmanuel...

- "Ben oui, pourquoi d'autre ?"

Philippe et Damien échangent un regard, et pendant que Damien continue la conversation avec les deux amoureux, Philippe s'éloigne et appelle le Divisionnaire Corbeau. 

- "Bonjour Divisionnaire. On a retrouvé la petite, elle est parti de son plein gré, et fréquente un praticien qui semble avoir des pouvoirs aquatiques..."
- "Un praticien, ou une créature du demi-monde ?"
- "Euh, pour tout dire on ne sait pas vraiment."
- "Et vous êtes certains qu'elle est consentante ?"
- "A peu près, oui."
- "Dans ce cas votre affaire est bouclée ?"
- "Oui, juste une question : est-ce qu'on lui fait comprendre qu'on sait qu'il a des pouvoirs ?"
- "Il ne vous soupçonne pas ?"
- "Je ne crois pas, pour lui on est des flics comme les autres."
- "Dans ce cas, il est peut-être prudent de maintenir l'ambiguïté. Par contre, comme vous semblez apprécier ces... comment dit-on déjà... banque de données..."
- "Base de données, divisionnaire."
- "Base de données, oui. Bref, à votre retour il serait peut-être temps de créer un tel fichier pour nos besoins internes et d'y inclure cet individu aux pouvoirs aquatiques. Je vous avoue ne pas avoir les compétences pour bâtir un tel outil."
- "Bien sûr."
- "Et concernant le cadavre de Salif ?"
- "Nous n'avons pas eu le temps de rendre visite au Professeur Sissoko, nous avons jugé que retrouver la fille était prioritaire."
- "Entendu. Mais pas de temps à perdre, alors."

FIN DU PREMIER EPISODE

Notes : 

(1) Avec les évolutions du système de magie entre la première et la deuxième partie, ce que Jipé a fait là n'est maintenant plus possible. Ce sont les aléas du direct...
Dernière modification par Sammael99 le lun. mai 20, 2019 10:00 am, modifié 1 fois.
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par lepropre » jeu. mai 16, 2019 5:52 pm

Les joueurs ont lu les livres ?

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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » jeu. mai 16, 2019 5:54 pm

lepropre a écrit :
jeu. mai 16, 2019 5:52 pm
Les joueurs ont lu les livres ?

Absolument pas.
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Doji Satori » jeu. mai 16, 2019 6:33 pm

Je n'ai pas lu les livres et je ne comprends donc pas le contexte de cette brigade surnaturelle mais c'est très sympa à lire.

Tu enregistres pour avoir une telle précision des propos et situations ?
Enfin, pour terminer cette brève description, ajoutons que le pélican est, avec le kangourou, le seul oiseau qui possède une poche ventrale sous le bec.
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » ven. mai 17, 2019 1:10 am

Doji Satori a écrit :
jeu. mai 16, 2019 6:33 pm
Je n'ai pas lu les livres et je ne comprends donc pas le contexte de cette brigade surnaturelle mais c'est très sympa à lire.

Tu enregistres pour avoir une telle précision des propos et situations ?

De toute façon la lecture des livres ne t'aiderait pas beaucoup puisque le contexte est très british. J'ai prévu de faire des interludes qui expliquent certains éléments du contexte. 

Non, je n'enregistre pas, et les dialogues ne sont pas fidèles à 100%, mais je fais les CR rapidement après la partie, et il y a souvent quelques éléments de dialogues saillants qui me sont restés en mémoire (comme le coup du mandat) que je retranscris. Pour le reste, je brode un peu. 
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » ven. mai 17, 2019 10:06 am

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CONTEXTE : *L'Héritage de Vidocq*

L'histoire officielle fait de Vidocq un personnage haut en couleurs, criminel repenti ayant mis au service de la Sureté Nationale sa connaissance des milieux interlopes de la capitale. On dit de lui qu'il est à l'origine de la "police moderne". 

A 36 ans, en 1811 il devient chef des "brigades de sûreté". En 1818, lorsqu'il est gracié pour ses crimes antérieurs, ce titre deviendra officiel. Il restera à la tête de la sûreté jusqu'en 1832, avec un interlude de quatre ans entre 1827 et 1832 durant lequel il écrit ses mémoires et essaie de faire fortune (sans succès). En 1833, il fonde la première agence de détectives privés, le Bureau de renseignements dans l'intérêt du commerce. 

Voilà pour l'histoire officielle. La réalité qui n'est fort évidemment pas documentée, c'est que Vidocq avait très tôt compris que le milieu du crime était aussi un domaine où foisonnaient les créatures étranges, les praticiens peu scrupuleux. De la même manière qu'il fallait connaître les criminels pour pouvoir les confondre, il fallait à ses yeux connaître la magie pour pouvoir y répondre. Au fil des années, il engagea donc au sein des Brigades de Sûreté des praticiens qui s'occupaient du volet plus "occulte" des affaires de Police. Mais voilà, la rationalité nouvelle du XIXè siècle passant par là, il devenait inacceptable que des forces de police s'occupent de ce que d'aucuns considéraient comme des "racontars de bonnes femmes".

De 1827 à 1832, Vidocq s'occupa donc essentiellement de mettre en place une structure parallèle à la Brigade de Sûreté pour s'occuper des crimes de nature magique. Il revint aux commandes de la Brigade en 1832 pendant 7 mois pour s'occuper d'une grave affaire au sein même de la préfecture de police (les archives n'ont pas gardé trace de la nature exacte de ladite affaire) avant de démissionner et de diriger pour de bon la structure dédiée qu'il avait constituée. Le Bureau de Renseignements n'était qu'une façade (bien que lucrative) pour en camoufler l'activité réelle. En 1837 le bureau fait officiellement faillite, mais c'était planifié de longue date. En fait, il glisse dans l'anonymat, financé en sous-main par la préfecture de police.

A la fin de sa vie, Vidocq passe beaucoup de temps à Londres où il échange avec les praticiens Anglais de "La Folie", l'équivalent Londonien du 13, passage Vivienne. Les Anglais pratiquent une magie dite Newtonienne, éloignée des principes édictés quelques décennies plus tôt par Louis-Claude de Saint-Martin dont les travaux ont structuré l'approche Française de la magie. Néanmoins, si les méthodes sont différentes, les résultats sont similaires, et Vidocq revient de ces voyages d'étude convaincu que les activités du Bureau seraient plus efficaces si elles ne se distanciaient pas trop de celles de la Préfecture de Police. Mais Vidocq meurt avant d'avoir convaincu de la nécessité d'une fusion nouvelle.

Ce n'est qu'après la première guerre mondiale et en raison de l'implication active de nombreux praticiens du Bureau dans le contre-espionnage qu'il est réintégré dans les services de la préfecture. Sa séparation si longue aura eu un bénéfice : les archives du Bureau n'ont pas brûlé en 1871 avec celles de la préfecture. 

Malheureusement, la seconde guerre mondiale et l'occupation de Paris auront un impact autrement plus négatif sur les praticiens et l'histoire du Bureau. A la fin de la guerre, lorsque Paris est libéré, il n'y a plus officiellement qu'un praticien rattaché au Bureau. Les archives sont soit détruites, soit quelque part entre l'Allemagne et la Russie. Le bureau n'est pour l'essentiel plus qu'un champ de ruines, au moins métaphoriquement. Lorsque les archives de la Sûreté seront restituées à la France à partir de 1994, les archives du Bureau ne figurent pas dans les documents restitués. A la fois en hommage à Vidocq et au rôle des praticiens dans la résistance, le Bureau devient le Bureau de la Sûreté. Après 1964, lorsque la Sûreté Nationale devient la Police Nationale, le Bureau est rebaptisé Sûreté, terme officieux qui subsiste à ce jour. 

Même si les grands pontes de la préfecture sont au courant de l'existence de la Sûreté, sa faiblesse extrême n'inquiète personne : en cet âge de modernité débridée qui suit la seconde guerre mondiale, la magie semble en déclin. Il y a très peu d'affaires qui nécessitent l'intervention du dernier praticien officiel de la Préfecture, et tout le monde imagine qu'à sa mort le service cessera tout simplement d'exister.

Mais à partir de 2010, la recrudescence d'affaires manifestement surnaturelles, et le fait que certains policiers y soient confrontés dans l'exercice de leurs fonctions poussent le Préfet à financer de nouveau le service. Les locaux du 13, passage Vivienne (maintenant Galerie Vivienne) n'ont heureusement pas été vendus, malgré leur valeur immobilière considérable, et quelques policiers venant d'autres services de la préfecture sont détachés à ce qui s'appelle maintenant officiellement la Division Spéciale de la Police Judiciaire, mais que les rares personnes à interagir avec eux appelles toujours affectueusement "la Sûreté". 

(Note : ceci est un premier jet et sera peut-être amené à évoluer.)
Dernière modification par Sammael99 le ven. mai 17, 2019 10:22 am, modifié 1 fois.
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Léonard » ven. mai 17, 2019 10:20 am

On peut lire le CR si on risque de jouer à l'Udocon, ou il vaut mieux s'abstenir ? :charmeur

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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » ven. mai 17, 2019 10:25 am

Léonard a écrit :
ven. mai 17, 2019 10:20 am
On peut lire le CR si on risque de jouer à l'Udocon, ou il vaut mieux s'abstenir ? :charmeur
Tu peux y aller. Je ne joue pas de scénar déjà écrit, et si tout va bien la mécanique pour générer des affaires sera en place d'ici là (donc je ne serais même pas à l'origine des affaires !)

Et on peut même donner son avis !
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par AsgardOdin » ven. mai 17, 2019 11:43 am

Très bon CR ! Ce n'est pas sans faire écho (dans ma tête) à l'excellent actual play court Pulsion de Tales of Pi (en fait seuls les flics et le côté surnaturel font écho sinon c'est bien différent.. [flics pas préparés, découverte du surnaturel au fur et à mesure etc]).
Par curiosité, quel est le système utilisé ? (Je crois bien reconnaître Unknown Armies non ?)
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » ven. mai 17, 2019 4:52 pm

AsgardOdin a écrit :
ven. mai 17, 2019 11:43 am
Très bon CR ! Ce n'est pas sans faire écho (dans ma tête) à l'excellent actual play court Pulsion de Tales of Pi (en fait seuls les flics et le côté surnaturel font écho sinon c'est bien différent.. [flics pas préparés, découverte du surnaturel au fur et à mesure etc]).
Par curiosité, quel est le système utilisé ? (Je crois bien reconnaître Unknown Armies non ?)

Un système maison, qui pour le moment tourne bien. Il va sûrement devoir être affiné au fil des séances, mais...
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » lun. mai 20, 2019 10:13 am

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SECOND EPISODE : INTRUSION (Bercy)

Philippe et Jean-Pierre n'ont attendu que quelques minutes à l'entrée de l'Institut Médico-Légal avant que le Dr. Salif Sissoko ne les y retrouve.

- Content de vous voir. Je vous attendais hier, mais ça va, notre étrange cadavre  est bien au frais, il vous attend.

Il les emmène dans les sous-sol de l'institut où se trouvent les salles d'autopsie. A travers une baie vitrée, ils aperçoivent une silhouette recouverte d'un drap blanc. Le Dr. entre dans la salle et fait signe aux deux policiers de la DSPJ de le suivre. Jean-Pierre entre dans la pièce. Philippe semble hésiter puis sort ses gants en latex et son masque respiratoire de son sac avant de pénétrer  dans la petite pièce.

Sous le drap que Sissoko a relevé, un cadavre de femme nue, la cinquantaine bien conservée, découpé en morceaux puis recousu. A côté de sa tête, dans un récipient métallique, une cervelle partiellement découpée.

- Gisèle Montrichard, 52 ans. Retrouvée morte dans son appartement il y a trois jours. Premier diagnostic des secours, attaque cérébrale. Aucun élément suspect, donc le corps (avec l'accord du fils de la défunte) a été transféré à l'ILM pour la formation de nos futures élites médicales. J'étais en charge de la session. Naturellement, nous nous sommes focalisés sur son cerveau, et c'est là que j'ai constaté que la mort n'était peut-être pas si naturelle qu'il y paraissait.

Le Dr. Sissoko glisse une lamelle de verre sous un microscope électronique dont il projette l'image sur un mur. Il pointe du doigt vers une zone apparemment craquelée de la section de cervelle examinée.

- Vous voyez ces lésions, ici ? C'est la manifestation de ce que j'ai baptisé la dégradation thaumaturgique. C'est l'avantage d'être le seul à s'intéresser à un domaine médical en dehors de la couverture radar : on peut déterminer la terminologie. Bref, ce type de lésions n'est aucunement documenté dans la littérature médicale classique, et je n'en ai constaté l'existence que sur des sujets exposés à une influence thaumaturgique.
- Donc vous êtes convaincus qu'elle est décédée à cause d'une influence magique ?
- Ce n'est pas aussi simple. Vous voyez ici (il montre une autre partie de la parcelle de cervelle sous le microscope) ? Ce sont le mêmes lésions, mais elle sont plus anciennes, partiellement refermées, cicatrisées pourrait on dire. Cela suggère une exposition sinon continue, du moins récurrente dans le temps. J'ai identifié une dizaine de zones cérébrales affectées à différentes périodes. Il m'est impossible de les dater, mais instinctivement je dirais que les lésions ont été encourues a minima sur plusieurs années. Impossible donc de vous dire si la mort est directement due à une nouvelle lésion, ou si la préexistence des lésions a causé l'attaque cérébrale fatale.
- Et est-ce que le cadavre a manifesté des Vestigia ?
- Ah, ça ce n'est pas mon rayon. Vous avez ressenti quelque chose ?
- Rien.
- Peut-être faudrait-il vous approcher, Philippe. J'ai cru comprendre que la perception de ces Vestigia nécessitait une grand proximité. Le cadavre a été nettoyé, vous savez, il est parfaitement... propre.

Sissoko a un léger sourire, connaissant parfaitement les réticences de Philippe. Ce dernier, pâle, fait non de la tête. Jean-Pierre s'approche en levant les yeux au ciel et 'renifle' le cadavre. Il ne fait évidemment pas appel seulement à son odorat, la perception des Vetsigia étant une expérience sensorielle complexe, mais quelqu'un qui l'observerait de loin aurait bien l'impression effectivement qu'il est en train de respirer les effluves du cadavre.

Une fois ressortis de l'IML, Philippe et Jipé retournent au Passage Vivienne et font quelques recherches. Jean-Pierre se penche sur les aspects techniques de l'affaire tandis que Philippe cherche des traces de Gisèle Montrichard sur les réseaux sociaux.

Jipé lit les antécédents judiciaires de Gisèle Montrichard, née en 1967 et veuve depuis 2009 (mari décédé d'un cancer du colon). Elle vit seule dans son appartement au cinquième étage d'un immeuble de la rue Ordener dans le XVIIIè arrondissement qu'elle et son mari avaient acheté en 1993.  Ses antécédents ne sont pas entièrement vierges, mais la seule trace est récente : elle a été arrêtée lors de manifestations contre le gouvernement il y a quelques mois seulement. Elle avait semble-t'il "insulté" un représentant des forces de l'ordre. Au passage, Jipé en profite pour jeter un oeil aux antécédents du fils Bruno Montrichard, né en 1991, marié, deux enfants. A l'exception de quelques infractions routières qui lui ont valu un retrait de permis en 2013, son casier est lui aussi sans histoires.

Philippe, lui, épluche le fil d'actualité Friendface de Gisèle, ou du moins sa partie publique (pour le reste, il faudrait officiellement qu'une enquête soit ouverte, et Philippe et Jipé estiment qu'on en est pas encore là.) Gisèle poste essentiellement des liens vers des extraits de musiques plus vraiment d'actualité, essentiellement des vieux blues, du swing jazz et quelques autres musiques indigènes. Elle semble fascinée par les musiques noires, mais la modernité (de ce point de vue là) ne fait pas partie du répertoire. Depuis quelques mois elle a également posté des liens vers des articles sur la situation politique, les manifestations et les heurts entre police et manifestants. Elle ajoute rarement des commentaires à ses partages, mais il est assez facile de voir vers où elle penche.

Philippe à l'idée de vérifier si Gisèle s'était inscrite à des événements publiés sur Friendface et voit qu'elle avait prévu de se rendre à pas moins de trois concerts dans des petites salles de la capitale, dont un a lieu ce soir. Philippe et Jipé décident de s'y rendre. Comme le concert commence à 10 heures au Caveau de la Goguette à St Germain, Philippe propose à Jipé d'aller prendre un verre dans un endroit un peu particulier en attendant.

Dans la voiture, en chemin, Philippe précise à Jipé qu'ils vont voir quelqu'un d'un peu spécial. Ils arrivent peu après au Cat-Fée, un café à chats dans le 11è arrondissement. En cette fin d'après-midi de semaine, l'endroit est désert mise à part la quinzaine de matous qui se prélassent aux quatre coins du petit établissement. Derrière le comptoir, une jeune fille blonde et svelte au sourire radieux accueille Philippe d'un grand éclat de rire. Jipé est tout d'abord surpris de voir son collègue maniaque de la propreté aussi à l'aise dans un endroit où les poils de chat hantent le moindre centimètre carré, mais il oublie bien vite cela en parlant à la charmante tenancière qui s'appelle Lina. Le vieux briscard de la police met un moment avant de se rendre compte que l'euphorie qu'il ressent en sa présence n'est pas juste un phénomène hormonal naturel : Lina exude la joie. C'est une créature du demi-monde.

- Alors Lina, ça roule le business ? demande Philippe.
- Y a pas à se plaindre. C'est un bon quartier pour un bar, mais là la soirée n'a pas commencé, hein.
- Non, et si je me souviens bien elle se finit tard, parfois...
- Tu me connais, je ne sais rien refuser à personne et comme tout le monde est de bonne humeur autour de moi, je fait parfois des nuits blanches juste pour tenir compagnie à un client ou une cliente...
- Tiens, sers nous donc des cafés.
- Bien sûr. De toute façon, tu es en service (elle cligne de l'oeil), je ne vais pas te servir de la gnôle.
- D'ailleurs, je ne suis pas juste venu pour ton sourire. On avait quelques questions à te poser sur tes... congénères (si c'est le bon mot...)
- C'est limite raciste, mais ça me va bien!
- Désolé, on a pas eu de formation sur comment appliquer un langage politiquement correct au demi-monde.

Lina éclate de rire, et Philippe et Jipé ne peuvent pas s'empêcher de rire avec elle.  

- Vas-y, dit la jeune femme après avoir repris son souffle, c'est quoi tes questions ?
- On se demandait s'il existait dans le demi-monde des créatures qui se nourrissent de l'énergie vitale des humains.
- Des sortes de vampires psychiques?
- En quelque sorte, peut-être...
- Y a des histoires, sur des créatures qui ont peut-être inspiré Stoker et Murnau. Vivant la nuit, fuyant la lumière, se nourrissant de l'énergie vitale des gens...
- En suçant leur sang ?
- Pas forcément. Parfois simplement en s'appropriant leur fluide vital, à défaut d'un terme plus scientifique, pendant leur sommeil.
- Hrm... Pas sûr que ça corresponde tout à fait à ce qu'on recherche. Tu as des musiciens qui jouent ici, dès fois ?
- Non, c'est trop petit et le voisinage n'est pas très commode. Juste à la fête de la musique, et encore seulement si je trouve un artiste pas trop bruyant. Moi j'aime bien discuter...
- Tu connaîtrais cette dame à tout hasard ?

Il lui montre une photo de Gisèle récupérée dans ses antécédents judiciaires, mais Lina ne l'a jamais vue.

Après avoir pris un deuxième café alors que le Cat-Fée se remplit peu à peu, Philippe et Jipé se mettent en route vers le Caveau de la Goguette. Ils s'installent dans la petite salle et attendent une heure avant que le concert a proprement parler ne commence. Philippe interroge des serveurs et quelques clients pour savoir s'ils connaissaient Gisèle, mais personne ne semble savoir de qui il s'agissait. Le concert commence, un pianiste de stride et de boogie, défraichi mais doué. Philippe et Jipé finissent par quitter les lieux, dépités.

En rentrant ils discutent de leur stratégie pour faire avancer l'affaire : avec l'accord du fils, ils pourraient pénétrer légalement chez la défunte dans le cadre d'une recherche de cause de décès, mais c'est un peu délicat: que dire au fils ? De même, ils peuvent faire une demande d'identification de traces technologiques pour avoir accès à son compte mail et son compte Friendface, mais ça va prendre des semaines, voire des mois... Et le fils est-il d'ailleurs complètement blanc dans l'affaire ? Aurait-il pu vouloir ou causer la mort de sa mère, et si oui, comment ?

Philippe retourne dormir au passage Vivienne, Jean-Pierre retrouve son lit conjugal dans son pavillon à Vanves. Ils sont tous les deux réveillés en pleine nuit (02h37 note mentalement Philippe) par un message sur le canal officiel de la police de leur téléphone : INTERVENTION EN URGENCE AU CENTRE DE RECYCLAGE DE DECHETS DE BERCY. SUIS EN ROUTE, RETROUVEZ MOI SUR PLACE. CORBEAU.

Les deux inspecteurs se mettent immédiatement en route, Jipé s'étonnant d'ailleurs que le Divisionnaire ait utilisé son téléphone portable pour générer une alerte (mais rigolant doucement à l'idée qu'il ne sache pas encore écrire en minuscules).

Arrivés sur place, ils retrouvent Corbeau qui est secondé par un officier du commissariat du XIIè. Deux camionnettes de Police sont là également. L'intervention a été déclenchée par les systèmes automatiques de sécurité du centre de recyclage, situé en bord de Seine. Suite à une intrusion de 7 hommes dans le centre, la Police est intervenue, mais des phénomènes étranges ont amené l'officier en charge, qui connaît un peu Corbeau, à le contacter. Corbeau à décider de déclencher un Code Sûreté.

- Il semblerait que lorsqu'un des policiers s'est approché d'un des malfrats vêtu d'une combinaison de plongée, en lui sommant de s'immobiliser (arme au poing) le malfrat ait fait un geste et que la plaque d'égout située à côté du policier ait explosion sous la pression d'un geyser d'eau. Le policier a été assommé par la plaque.

Corbeau doit superviser l'opération maintenant que le code d'intervention a été déclenché. Il souhaiterait donc que les inspecteurs Louis et Marchand s'introduisent dans les locaux pour tenter de comprendre ce qui s'y passe et éventuellement mettre fin à l'intrusion. Il les enjoint néanmoins à la prudence.

Philippe et Jean-Pierre s'approchent de l'entrée principale qui mène à une longue rue couverte par la toit de l'usine et desservant à droite les locaux administratifs et à gauche l'unité de recyclage à proprement parler. La route aboutit à une grande cour extérieure donnant sur la Seine où les péniches chargent et déchargent les déchets. Les deux inspecteurs conviennent d'un plan : Philippe s'avancera discrètement tandis que Jean-Pierre attirera l'attention sur lui.

Philippe utilise sa connaissance du domaine de Lumière pour planifier un itinéraire qui le maintiendra dans l'ombre des lampadaires intérieurs autant que possible : sa discrétion est presque assurée. Il se concentre quelques instants et se met en route. Une fois qu'il n'est plus visible, Jean-Pierre s'avance à son tour avec un mégaphone et exige des intrus qu'il se rende. Aucune réponse.

Alors que Philippe est environ aux deux-tiers du passage qui mène vers la Seine, il entend sur sa gauche une vibration et un son de nature mécanique. Une machine vient d'être mise en route. Il prend son téléphone pour en informer Corbeau et demander à ce que l'alimentation électrique du centre soit coupée à la source, mais se rend compte qu'il a oublié d'éteindre son portable avant de lancer son sort de Lumière. La puce et la batterie sont grillées, il n'a plus de téléphone. Il retourne rapidement vers Jean-Pierre pour lui demander de transmettre le message, puis revient où il était. Il avance finalement vers la cour extérieure et remarque qu'un des tapis roulants allant de la Seine au centre de recyclage fonctionne, même s'il n'y a rien dessus pour le moment. Il tourne en direction de la Seine.

Jean-Pierre informe rapidement Corbeau de la situation, demandant la coupure immédiate du courant, mais l'officier de la Police du XIIè indique que cela prendra quelques minutes. Il se met en route pour rejoindre Philippe.

Philippe, pendant ce temps, a glissé un oeil par une baie ouverte à l'extrémité du tapis roulant. Il voit plusieurs hommes affairés. Trois d'entre eux, en combinaison de plongée, semblent coordonner l'opération tandis que les quatre autres manient des transpalettes ou des bras articulés et semblent s'apprêter à charger des monceaux d'ordures non traitées sur le tapis roulant. Quand Jean-Pierre le rejoint, ils se coordonnent sur la marche à suivre.

Philippe court vers l'extrémité du tapis roulant côté Seine où ils ont aperçu un coupe-circuit qui devrait arrêter le tapis. Mais à mi-chemin, discrètement, il traverse le tapis et fait le chemin en sens inverse. Jean-Pierre lui, court réellement vers le coupe-circuit. Comme ils le soupçonnaient, les hommes à l'intérieur voient l'une de leur silhouette (ou même les deux) et l'un des hommes en combinaison sort du centre de recyclage en courant.

Une fois qu'il est passé, Philippe pénètre à l'intérieur du hangar du centre de recyclage, pistolet au poing. Un des hommes en combinaison de plongée se retourne vers lui et lui sourit.

- Police, cessez immédiatement ce que vous êtes en train de faire et ordonnez à vos homme d'en faire autant!

- "Ce serait une bonne idée si tu repartais d'où tu viens, tu ne penses pas ?" lui répond l'homme nonchalamment.

Philippe sent que l'homme essaie de le manipuler mentalement, mais heureusement pour lui, il maîtrise bien ce domaine de magie et parvient à contrer l'effet sans difficulté. Il voit le regard choqué de son interlocuteur qui comprend qu'il n'a pas affaire au premier flic venu.

Philippe essaie à son tour de manipuler l'homme mentalement pour qu'il ordonne à ses sbires de cesser leurs activités. Il sent que l'homme résiste, ou plutôt qu'il a une sorte de résistance naturelle qui rend la manipulation difficile. Il pousse, et fait un effort mental considérable, mais malheureusement pour lui ne parvient pas à contrôler l'effet qu'il tente d'imposer. Une douleur fulgurante lui transperce le crâne, bientôt suivie par une migraine persistante.

A l'extérieur, Jean-Pierre est arrivé au coupe-circuit, mais attend que son poursuivant soit près de lui pour l'actionner, espérant le faire trébucher, mais l'homme est athlétique et très sûr sur ses jambes. Lui aussi sourit d'un air narquois au policier qui sort son arme.

- "On s'arrête immédiatement ou je tire!" crie-t'il.

L'homme continue d'avancer, toujours souriant.

Jean-Pierre décide que quand il faut y aller, il faut y aller. Il utilise sa maîtrise du domaine du Corps pour fracturer le tibia de l'homme qui avance vers lui. Il se concentre, et parvient à maîtriser efficacement son effet. On entend un craquement et l'homme se met à hurler de douleur en tombant sur le tapis roulant. Jean-Pierre s'avance et le menotte, puis il prend son téléphone pour appeler des secours... avant de se rendre compte qu'il n'a pas pensé à l'éteindre avant d'utiliser sa magie. Il a une brique entre les mains d'où s'écoule un peu de poussière de silice.

Il prend alors le mégaphone qui heureusement fonctionne avec de vieux transistors (parfois, le fait que les équipements de la police soient antiques a du bon). Il a souffert, mais n'est pas complètement inopérant. Il décrit donc la situation à haute-voix et demande que des secours correctement escortés interviennent dans la cour en bord de Seine.

Pendant ce temps, Philippe essaie de prendre l'ascendant sur son interlocuteur. Il vient d'entendre le cri à l'extérieur, le tapis s'est arrêté, il dit :

- Vous voyez bien que les carottes sont cuites. Soyez raisonnables, je ne suis pas tout seul.

L'homme lui sourit de nouveau.

- Moi non plus, dit-il.

Philippe sent un mouvement derrière lui, aperçoit un bras tatoué qui lui enserre le cou, et perd connaissance par manque d'air.

Jean-Pierre arrive quelques instants plus tard. Il aperçoit les hommes qui s'enfuient vers l'intérieur du bâtiment, mais doit s'arrêter pour porter secours à Philippe. Il s'assure qu'il est encore en vie et tente de le ranimer. Lorsque les secours arrivent quelques  instants plus tard il détourne un des trois infirmiers qui allaient secourir l'homme à la jambe cassée pour qu'il s'occupe de Philippe puis se lance à la poursuite des intrus. Il finit par retrouver leur trace dans une canalisation technique de l'usine dont une issue donne dans les égouts, sans doute le chemin par lequel ils sont entrés dans l'usine.

Philippe revient à lui grâce à un des infirmiers. Corbeau et Jean-Pierre le rejoignent. Il les regarde d'un air dépité et dit :

- J'avais oublié qu'ils étaient trois...

Une fois la scène sécurisée et Philippe sur pieds, Corbeau et ses inspecteurs s'apprêtent à partir. Philippe et Jean-Pierre lancent un dernier coup d'oeil alentour, et aperçoivent tous deux dans la lueur bleutée qui précède l'aube des silhouettes qui semblent les regarder, à moitié immergées dans la Seine. Quand ils s'approchent, plus rien ni personne. Ont-ils rêvé ?
Dernière modification par Sammael99 le mar. mai 21, 2019 2:27 pm, modifié 2 fois.
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Herlkin » lun. mai 20, 2019 11:28 am

...ça donne envie d'y jouer !
Par contre ne connaissant pas l'oeuvre dont tu t'inspires, je n'avais pas compris que les flics de la Brigade avaient quelques pouvoirs thaumaturgiques ou domaines d'actions magiques aussi variées, et c'est tant mieux, sinon ça aurait été vraiment galère pour enquêter sur des créatures du demi-monde (comme à Penny Dreadful ?)
On a envie d'en savoir plus sur ces "opposants" et la façon de créer un PJ...
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » lun. mai 20, 2019 1:19 pm

Herlkin a écrit :
lun. mai 20, 2019 11:28 am
...ça donne envie d'y jouer !
Par contre ne connaissant pas l'oeuvre dont tu t'inspires, je n'avais pas compris que les flics de la Brigade avaient quelques pouvoirs thaumaturgiques ou domaines d'actions magiques aussi variées, et c'est tant mieux, sinon ça aurait été vraiment galère pour enquêter sur des créatures du demi-monde (comme à Penny Dreadful ?)
On a envie d'en savoir plus sur ces "opposants" et la façon de créer un PJ...
Je ne veux pas trop parler du système pour le moment parce qu'il est amené à évoluer pas mal, je pense. 
 
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Re: [CR Maison] Les Rivières de Paris

Message par Sammael99 » mar. mai 21, 2019 2:28 pm

J'ai fait quelques modifications à l'épisode 2 suite à quelques corrections suggérées par un copain policier. Ce sont des détails concernant l'autopsie, le casier judiciaire et la recherche de cause de décès. 

Sinon, on a un nouveau policier qui nous rejoint demain soir, je vous le présenterait avant le prochain CR. 

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
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