[CR] JdR Solo - Quand les murs me parlent
Publié : jeu. sept. 03, 2026 10:29 pm
par fnord
On dit parfois que les murs ont des oreilles…mais peut-être ont-ils aussi des yeux…et une voix. Mais tout ceci, vous le savez déjà. Aux heures tardives, dans l’obscurité absolue, les murs se réveillent et vous chuchotent leurs secrets, les partageant par des cris, des gémissements et des mimiques des horreurs qu’ils renferment. Vous êtes un détective privé doté du talent unique de percer leurs mystères et de reconstituer ce qu’ils tentent de vous dire. Seul dans les ténèbres, vous écoutez leurs confessions. Tout au long de votre partie, vous serez amené à piocher des cartes pour apprendre ce que les murs, les sols, les interstices et les morts souhaitent vous dire et vous montrer. Prenez des notes, tentez de donner du sens à tout cela et élaborez vos conclusions dans un grand final dramatique ! Chaque session de jeu est unique et dure entre 15 et 60 minutes.
Pas de création de personnage, uniquement du deck de cartes à tirer qui se compose de (peut-être) deux Jokers, de 1 à 3 Piques (dépend si les Jokers sont là ou pas, c'est au hasard) et de 6 cartes des autres couleurs pour un total de 9. Donc, le jeu se joue en 9 tours.
Le premier tirage de carte (tour 1) détermine quel lieu vous allez visiter et propose deux accroches narratives.
Puis, à chaque autre tour, la carte déterminera quel bout de la bâtisse vous cause.
La dernière carte proposera une conclusion.
Le livre propose 5 tables: objets, adjectifs, salles modernes, salles fantaisies et une oui/non/et/mais, si on se retrouve à court ou si on aime bien le hasard.
Re: [CR] JdR Solo - Quand les murs me parlent
Publié : jeu. sept. 03, 2026 10:31 pm
par fnord
1 – Vieil Opéra
[9 de Carreau]
San Sebastian (ou Donostia, ne nous mettons pas les Basques à dos), 12 décembre, 14h00.
Je suis devant l'Opéra qu'un extravagant espagnol des années 1920 a construit pour son épouse. Non, elle n'était pas chanteuse et non, on n'est pas dans Citizen Kane. On ne peut pas dire qu'il a gracieusement passé les années. Situé sur un énorme rocher qui surmonte la Concha, la Nature y a repris ses droits. Car, et c'est pour cela que je suis ici, les héritiers ayants droit veulent savoir si le lieu est réellement hanté ou si ce n'est qu'une superstition. Il faut dire que c'est plutôt bien situé, il y a très certainement de l'argent à en tirer. Mais pas en l'état actuel. Un arbre décharné (bah oui, on est en hiver) traverse le deuxième étage et des vignes de la grosseur des bras de Chris Hemsworth on pratiquement entièrement colonisées toute la bâtisse. On pourrait penser que des jeunes ou des clodos soient passés par ici depuis le temps, mais rien de visible. Pas un tag pro-indépendance, pas une boite de fayots en conserve au milieu des hautes herbes couchées par le vent. Oui, il fait moche. Oui le soleil est caché par d'énormes nuages bien gris. Oui, l'endroit n'a pas besoin de ça pour paraître sinistre.
Je monte les 50 marches mangées par la mousse menant à la porte d'entrée vitrée qui est intacte. Très bel ouvrage. Ca n'a pas l'air de représenter quelque chose ou, si c'est le cas, je ne l'identifie pas. En tout cas, ce n'est pas par là que je vais entrer mais par la petite porte qui se trouve tout à gauche. Là encore, elle est ouvragée et intacte. Cette incongruité me met mal à l'aise vu le reste de l'édifice. La clef entre sans problème, tourne comme si la serrure était neuve et la porte s'ouvre sans un seul grincement. Je la coince avec la cale que j'ai apportée (ce n'est pas mon premier rodéo) et m'avance dans le lobby. Ça sent l'humidité iodée et les rongeurs vivants ou en décomposition. Un classique dans mon métier. L'intérieur est absolument silencieux, je n'entends même plus les bruits extérieurs comme le vent et la mer. Une bonne isolation pour les représentations ou j'essaye juste de me rassurer ?
[Quel est le nom du fantôme qui réside ici selon la légende ?]
Je suis ici pour savoir si Doña Maria Antonia Cortez de las Cerdas, dite La Cantatriz de Toda Euskadi, laisse traîner son esprit défunt depuis 50 ans dans ces lieux. Marrant qu'elle n'ai pas un seul patronyme basque... Elle est morte sur scène, subitement, au milieu du solo de l'autre tête d'affiche, Elaïa Apezetxea, bien plus jeune qu'elle. L’œuvre jouée était Goyescas d'Enrique Granados : 3 actes, des toreros, une fille populaire, une noble... Ça ne se termine pas super bien. Et en l'occurrence encore moins puisqu'il y a eu mort. Des rumeurs ont courues sur un possible empoisonnement, voire même un suicide, mais l'affaire a été classée comme mort naturelle. Mais depuis cette représentation, l'Opéra a périclité à une vitesse foudroyante. L'extravagant espagnol perdit toute sa fortune au Casino, sa femme l'a quitté pour un mexicain et au bout d'un an, fermeture définitive. Les deux ont eu des gosses qui ont eu des gosses et je suis là pour que tout le monde hérite tranquillement.
Puisqu'elle est morte sur scène, c'est par là que je me dirige. Les doubles portes molletonnées sont humides et le velours a pris cher. Mais elles s'ouvrent sans difficultés. Là aussi, cales avant de rentrer dans la salle de spectacle. Il y fait absolument noir, j'allume ma lampe-torche. La partie droite du plafond semble sur le point de s'écrouler, j'imagine que c'est là que l'arbre repose. Les sièges sont tous relevés. Les petites plaques de cuivre avec les numéros peinent à briller même éclairées directement. N'ayons pas peur des clichés, on pourrait avoir l'impression que l'endroit absorbe la lumière. J'éclaire les balcons : des chérubins aux ailes brisées, des moulures incomplètes, des fissures absolument partout. Je passe devant la fosse d'orchestre dont les pupitres sont encore debout. J'ai même le sentiment que tous sont encore présents.
[Quelque chose a été laissé sur scène, qu'est-ce que c'est?]
[Jet sur la table d'objet parce pas plus d'idée que ça. J'étais tombé sur Nécronomicon en premier alors j'ai inversé les chiffres]
Je monte enfin sur la scène et la lumière tombe directement sur une araignée.
Elle me renvoie un petit arc-en-ciel puisqu'elle est en cristal. Ou au moins en verre biseauté, j'en sais rien. Je suis Détective du Paranormal, pas orfèvre. Elle est grande comme la paume de ma main et des entrelacs dorées et argentés (encore une fois, ça peut être précieux ou pas, pas la moindre idée) agrémentent le cristal. En y faisant courir la lumière, on dirait que le tout bouge. J'ai toujours aimé les illusions d'optique. Mais on n'est pas pour faire joujou. J'ouvre ma sacoche (vous croyez que je les sors d'où les cales et la lampe?), prend un morceau de tissu et enveloppe bien précautionneusement l'araignée que je mets dans une boite. Oui, ma sacoche est plutôt lourde. Bon, il est temps d'écouter ce que cet Opéra à me dire. Me montrer une araignée est déjà assez significatif. Mais pour dire la vérité, même si ça avait été un papillon ou la photo d'un chiot trop mignon, ça prend toujours une tournure sinistre d'après mon expérience.
2 – Les plafonds
[4 de Trèfle]
[Le plafond déverse un torrent d'eau putride. Quelque chose de lourd se fracasse sur votre dos et tombe au sol.]
[L'objet est lourd mais pas plus gros que la tête. Qu'est-ce que c'est ? Pourquoi a-t-il été stocké dans cette eau nauséabonde?]
Un craquement sinistre se fait entendre au-dessus de moi. J'éclaire et je vois que le plafond commence à céder. Toutes ces années à supporter l'arbre et c'est maintenant que ça se décide à se casser la gueule ? Je cours vers le lobby et, au son, je suis prêt à jurer qu'une crevasse me suit. Je sais pas ce que j'ai fait à Doña, mais elle n'est vraiment pas contente ! L'odeur d'eau stagnante est à la limite du supportable et je ne me souviens vraiment pas que cette salle était si longue ! De l'eau commence à couler de la fissure derrière moi lorsqu'un grand « Crac » éclate. Une boule de bowling (enfin j'imagine puisque c'est mon dos qui y a droit) me tombe dessus. Je me ramasse. De l'eau que même la fantôme de The Grudge trouverait dégueulasse accompagne tout ça et je me dépêche de me mettre hors de portée. On ne sait pas quelles saloperies il peut y avoir dedans : bestioles et/ou microbes. Je bascule la lumière en direction de la boule de bowling pour m’apercevoir que c'est un livre.
[Je n'ai pas rejeté les dés, mais le jeu veut un autre objet alors j'imagine que c'est un signe.]
Pas plus gros qu'un poche. Et cadenassé par une chaîne. Sauf que la chute a fait sauter le verrou. Même avec une chaîne, il n'y avait aucune chance que ça me fasse mal à ce point ! Malgré mon dégoût, je le ramasse dans la flaque qui commence à se former Effectivement, ce livre est dense. Je me relève et vais au lobby où je le pose sur le comptoir. J'installe la lampe afin de l'inspecter.
Le livre est très loin d'être sec et il pue comme un cadavre en décomposition depuis 2 semaines en Andalousie. Me demandez pas, j'ai testé pour vous. 1 étoile parce que je peux pas mettre 0. Ne recommande pas. Je défais les chaînes rouillées qui me salissent les mains (mes vaccins sont à jour) et regarde la couverture. C'est du cuir avec une surpiqûre mais il n'y a rien d'inscrit. Rien non plus sur le dos ni la quatrième. Le livre paraît intact malgré sa venu au monde via le liquide amniotique de l'Enfer. Mais comment peut il être si lourd ? J'ouvre le livre en tournant la couverture et, si les pages sont bien mouillées, tout est recouvert d'une écriture illisible et de croquis que je n'arrive pas à comprendre. Je tourne les pages lentement et c'est toujours le même charabia avec des dessins inintelligibles. Les pages sont lourdes, pourtant elles paraissent standard. Je remarque qu'en fait, plus il y a d'écritures/dessins sur la page, plus elle est lourde. Oui, définitivement surnaturel.
Je referme ce livre auquel je ne comprends rien lorsque je sens comme une piqûre à l'index gauche, là où j'ai touché le livre pour la dernière fois. Je saigne. La tâche de sang sur la couverture est comme absorbée. Dans un silence absolu, j'entends une autre respiration que la mienne. Là, devant moi. Sur le comptoir. C'est le livre.
Instinctivement, j'utilise les chaînes pour le ligoter. Un gémissement. Je repars dans la salle de spectacle où l'inondation s'est arrêtée et le dépose dans la flaque qui le submerge entièrement. Des bulles remontent à la surface. J'attends qu'elle redevienne inerte avant de repartir. Bon, j'imagine qu'on peut mettre « Sorcellerie » dans la liste avec « Poison ».