[City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Critiques de Jeu, Comptes rendus et retour d'expérience
BenjaminP
Evêque
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[City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

Trigger warning : attentat !

***

La ville dort. Oh, bien sûr, elle s’agite. Les néons de Downtown n’ont pas cessé d’éclairer le plafond de mon appartement, les noctambules de passer de bar en bar direction la Vieille Ville et les chauffards de faire crisser leurs pneus sur l’asphalte mouillée, mais toute cette activité se fait les yeux fermés. Ils ne savent pas ce que je sais. S’il le savait, ils n’en dormiraient plus. Moi, je suis éveillé. L’œil grand ouvert.

Avant, j’étais comme eux. Un dormeur. J’avais un job correct, journaliste d’investigation pour le City Herald chargé des affaires de mœurs. Je passais le plus clair de mon temps dans les palaces, le Raddison Blue, le Grand Royal, le Four Seasons, quand ce n’était pas à l’hôtel de ville. Les starlettes défoncées, les hommes d’affaires en combinaison de latex, les politiciens pris dans la main dans le même sac que les types louches qu’ils s’égosillaient à dénoncer durant leur campagne : ce genre de trucs. Et puis il y a eu l’attentat de la Saint-Valentin.

J’enquêtais sur un certain Edmond Malkuth, dont vous avez certainement entendu parler. En bien, j’imagine : c’est un fameux philanthrope. Ce type a monté plus de fondations qu’il me reste de dents et je n’ai rien d’un grand bagarreur. Mais j’avais détecté un truc pas net. Des liens ténus avec les syndicats du crime, une société off-shore, vous voyez le genre. Je flairais quelque chose, peut-être pas le scoop du siècle, mais au moins des doutes suffisants pour éclairer d’une nouvelle lumière cette personnalité bien connue. J’avais lancé quelques informateurs sur cette piste et l’un d’entre eux m’a rappelé pour me dire qu’il avait déposé pour moi un paquet dans notre consigne habituelle de Harper’s, le grand bazar de Downtown. Je pouvais y aller moi-même mais l’enquête avançait bien, j’étais pris par le travail, alors j’ai inventé une excuse bidon et j’ai demandé à ma femme, Syg, d’y passer à ma place avec Kassandra de retour de l’école.

La bombe a explosé alors qu’elles étaient toutes les deux dans le magasin. Leurs corps n’ont jamais été formellement identifiés, tout comme celui de dizaines d’autres victimes, dont mon informateur. Mais leurs vies ont été prises, ça j’en suis sûr. Et la mienne a basculé.
J’avais besoin de savoir, de savoir exactement ce qu’il s’était passé. Qui avait fait le coup ? Qui l’avait commandité ? Alors j’ai enquêté, une enquête méticuleuse, précise, circonstanciée. La version officielle était pleine de trous, je sentais bien qu’il y avait autre chose. Alors j’ai creusé, j’ai creusé, j’ai creusé. Ce que j’ai découvert dépasse l’entendement. Il a d’ailleurs rapidement dépassé celui de mon rédacteur en chef, qui m’a signifié qu’il vaudrait mieux que je prenne quelques semaines, quelques mois, pour « me reconstruire », quand je lui ai présenté l’article que je préparais sur l’attentat. J’y détaillais les résultats de mon enquête, ma conclusion formelle : cette bombe ne peut pas avoir été posée là par un syndicaliste radical comme mon propre journal a pu l’écrire. Hugo Riviera est innocent. Le véritable coupable court toujours et une grande partie des preuves qui l’inculperaient ont été effacées.

Par qui ? Par quoi ? Comment ? Aucune de ces questions ne peut trouver de réponse sans poser l’hypothèse d’une machination en haut lieu, un complot politique au plus haut niveau. Voilà ce que mon enquête révélait, et voilà pourquoi le City Herald m’a dégagé. Sa rédaction contient-elle des membres de la conspiration, ou l’hypothèse était-elle trop lourde pour être seulement envisagée ? Je l’ignore. J’ignore encore beaucoup. Mais mon ignorance n’est rien à côté de celle des dormeurs, des citoyens bienheureux de cette ville qui ne veulent pas voir la vérité.

Le complot est vaste, bien plus vaste que je ne l’imaginais il y a quelques jours encore, et les efforts produits pour le dissimuler ne laissent planer aucun doute quant à son étendue. Toute la ville est sous contrôle d’une dangereuse cabale, prête à tuer pour ses intérêts. Et je vais le prouver à la face du monde. Je vais les dévoiler. Tous, un à un. Voilà ma mission. Tout le monde saura la vérité. Tout le monde saura qui a tué ma femme et ma fille. Les dormeurs vont se réveiller. Je vais les réveiller.

***

[Amos Avishaï est depuis l’accident habité par le mythos d’un prophète, l’auteur du Livre d’Amos, troisième des « petits prophètes » du Tanakh qui prêchait la vertu et annonçait le jugement. Un type méconnu, peu écouté, sévère et pieux.
Il a deux thèmes pour ce mythos et deux thèmes pour son logos de journaliste d’investigation au chômage traumatisé par la perte de sa famille. Les voici :
Divination : Prophète de mauvais augure. Clés : A. Troisième œil, C. Secrets honteux, I. La vérité blesse. Mystère : « La vérité est-elle si précieuse ? » Faiblesse : A. Seul contre tous.
Expression : Ange du châtiment. Clés : A. Porte-malheur, C. Inéluctable, E. Punir le vice. Mystère : « Cette ville peut-elle vraiment être sauvée ? » Faiblesse : C. Frappe sans distinction.
Événement déclencheur : Frappé par la terreur. Clés : A. Haine du mensonge, G. Terrorisme appliqué, H. Enquêteur prudent (Clé "passe-partout"). Identité : « Plus jamais ça ». Faiblesse : A. Syndrome du survivant.
Mission : Complotiste. Clés : A. Un réseau d’informateurs, B. Effacer ses traces, D. La Cabale des Dix. Identité : « Tout le monde saura ». Faiblesse : A. Paranoïa.
]

C'est parti pour une nouvelle expérience solo, dont ne je sais pas du tout où elle nous mènera ! Amos est-il en plein délire paranoïaque, ou au contraire le seul éveillé d'une ville endormie ?
BenjaminP
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

Vous l'aurez donc compris, je ne pars pas cette fois-ci d'un module, mais complètement en roue libre.

Par ailleurs, le MJ de City of Mist est un MJ PbtA, c'est-à-dire réactif, si bien que l'oracle devrait être moins sollicité et servira principalement à déterminer 1. l'histoire "véritable" derrière les hypothèses d'Amos et 2. la forme exacte que prendront les "hard moves" quand l'inspiration ne viendra pas directement, ou quand deux options paraissent si juteuses que je m'en voudrais de trancher.

À ce propos : afin de créer un peu de surprise de mon côté, j'envisage de poser certaines questions cruciales le plus tard possible, sans savoir si cela pourra très bien fonctionner. Dans l'écriture "classique", c'est habituellement là qu'intervient la phase d'édition – qu'on pourrait assimiler, dans le jeu solo, à du "retconning". En aurais-je besoin ? Eh bien je n'en sais rien, mais je n'y compte pas.

PS : j'utilise ma propre traduction du jeu pour le nom des moves et autres éléments propres à City of Mist, j'espère que vous vous y retrouverez.

Et maintenant, la suite !


***

J’ai rendez-vous cette nuit avec Eduardo Calderon, un collègue de Riviera rencontré pour mon enquête et qui m’a recontacté ce matin. Il disait disposer de documents susceptibles de m’intéresser. Il habite le Quartier rouge, dans lequel j’aurais préféré ne pas avoir à roder seul de nuit, mais tant pis. Trop risqué de m’y rendre de jour, de toutes façons, je risquerais de ne pas repérer une éventuelle filature. Alors j'avale un bon verre de scotch et j’enfile mon imper, je coiffe mon fedora et me voici dans la rue. Je hèle un taxi de passage. Sa radio diffuse les informations. On y parle du procès de Riviera à venir. Cynthia LaFleur, une journaliste que je connais bien, nous dresse le portrait du juge Eric Squale qui le présidera. Pas d’embouteillages à cette heure là et nous voilà vite à destination. C'est une rue tranquille. Je m’attendais à y voir une bande de rats traversant en couinant parmi les voyous, une bouche d’égout qui fume et une enseigne de supérette discount dont seulement deux lettres sur trois clignotent, mais il n’y a rien de tout ça. Il n’y a rien du tout. Une rue banale et silencieuse, dans un quartier banal et silencieux, un quartier dortoir, pauvre et triste.

Je monte rapidement les trois marches du perron et pousse la porte d’entrée dont l’interphone n’a plus l’air de fonctionner. Dans le couloir un chat miaule et me file entre les jambes, direction la sortie. J’emprunte l’escalier jusqu’au cinquième et dernier étage, comme Calderon me l'avait indiqué. Porte de droite : ouverte. Tiens tiens. Je la pousse prudemment. La console dans l’entrée est renversée avec sa lampe de chevet dont l'ampoule émet encore quelques flashs intermittents. Je me colle contre le mur et ouvre en grand, passe un œil. Un couloir. Tapis froissé. J’entre à pas de loup et passe devant la cuisine. RAS. J’avance, une porte de chaque côté, toutes deux ouvertes, une porte au fond, fermée. Probablement la salle de bains. Je passe la tête à droite : la chambre. En désordre, mais rien d’anormal, du moins rien que je puisse distinguer dans le noir. Mon cœur accélère. Je passe la tête à gauche. Le salon. Scène de lutte. Un corps sur le plancher. Sa tête est cachée par le divan. Deux fenêtres, dont une ouverte sur l’escalier de secours. Dans le cendrier posé sur le rebord, un mégot fumant. La télé est allumée, c’est encore Eric Squale. Je m’approche. Un homme d’une cinquantaine d’années, une tache de sang qui s’évase sur la moquette crème. Je me penche, enfile mes gants, pose mes doigts sur la carotide. Il est mort. Pauvre Eduardo. J’observe la plaie : un objet contondant, massif. Le coup a été asséné par derrière.
[La police a-t-elle été prévenue ? 4, Oui.]

Une sirène, dehors. Pas bon. Je n’ai plus aucune confiance en la police. Au mieux, ils m’évinceront des lieux et détruiront les preuves. Au pire, ils déposeront mes empreintes sur le corps et m’embarqueront. Je me relève et tente de trouver ce qu’il espérait me donner. J’ai le chic pour ça, trouver le détail important, vite et bien. Appeler ça le sixième sens, le troisième œil, ce que vous voulez. [Action : Enquête. Les clés : Enquêteur prudent, Troisième œil, soit +2. 8+2 = 10, succès fort. J’obtiens deux indices, que je peux transformer en réponses directes ou en bonnes pistes] Sur le bureau derrière lui, une pochette. Je l’ouvre : vide. Mais deux numéros sont griffonnés à l’intérieur, le mien et un autre. Je déchire et j’embarque. Autre chose ? [Je tire sur la table des verbes : encercle. Je tire un adjectif : savant.] Un livre, posé sur le canapé. Il devait être en train de le lire. Je le ramasse. Des pas dans l’entrée. « M. Calderon ? ». C’est un traité de cabale juive, ouvert au milieu. Je le retourne. Un schéma, dix cercles disposés sur trois colonnes. Le plus bas est entouré. J’embarque et me dirige vers l’escalier de secours en m’aplatissant du mieux possible. [Action : Feinte. Clés : Enquêteur prudent, Effacer ses traces : +2. 12+2, succès fort.] Je me faufile par la fenêtre sans rien toucher. Les flics sont aussi en bas, deux voitures et quatre agents. Je descends malgré tout. [Y a-t-il une fenêtre ouverte ? 2, non, 16 mais : Aïe ! Une fenêtre n’est pas verrouillée et fait un bruit horrible en s’ouvrant] Au quatrième, la fenêtre n’est pas verrouillée. Le salon est éteint. J’empoigne le chambranle et tire [Les policiers entendent-ils quelque chose ? 1, non, 13 et ils ne viendront pas fouiller cet appartement.] Je m’introduis dans l’appartement et m’accrouppit sous la fenêtre que je referme doucement. J’entends les ronflements des occupants dans la pièce à côté. Et j’attends.

[Il est temps de savoir ce qu’il s’est réellement passé : le meurtrier est-il reparti avec un indice ? 3, non, 20 : contre toute attente ! 16, révélation : le personnage obtient un renseignement clé, qui sera donc dans le livre. Le chat croisé dans l’escalier avait-il un rapport avec le meurtrier ? 1, non, 20 et contre toute attente ! 15 : entrée en scène… compliqué vu que la scène est finie ! Disons donc que le chat avait été effrayé par le meurtrier, ce qui explique son entrée en scène. C’est pas vraiment contre toute attente, mais bon. Il faudrait créer des enrichissements spécifiques pour ce genre de récap « post hoc ». Enfin : ce numéro de téléphone, à qui appartient-il ? Table des adjectifs : 05, pur. Un « gentil », donc. Et à quoi pourra-t-il servir ? Table des verbes : 53, Piège. Ah !]

La police n’est pas venue sonner à la porte comme je m’y attendais. Pourquoi ? Ne devrait-elle pas interroger tous les voisins dès que possible ? À moins que le meurtre de Calderon les arrange ? Qu’il s’agirait de ne pas, de ne surtout pas trouver le coupable ?
Je me suis extirpé de l’appartement peu avant l’aube, une fois les sirènes éteintes et les voitures parties. Le livre trouvé sur les lieux du crime forme dans ma poche une bosse suspecte. J’ai peur qu’on la remarque. Heureusement, les rues à cette heure ne sont parcourues que par de rares travailleurs très matinaux, occupés à tout autre chose qu’à dévisager un cadre sup en goguette dans ce quartier ouvrier. J’avise en chemin un snack, le Gambit, d’où se dégage une agréable odeur de café. J’entre. Une serveuse imposante m’accueille avec le sourire. Son épaisse chevelure blonde, retenue par un bandeau derrière les oreilles, lui encadre le visage comme une auréole. Sur sa poitrine, un badge rongé aux quatre coins indique son prénom : Jenny.
« Bonjour, comment allez-vous ? Je vous sers quelque chose ?
— Un café, je vous prie.
— Je vous ai jamais vu dans le coin ?
— Non. J’habite downtown.
— Et qu’est-ce qui vous amène ?
— Une enquête. Je suis journaliste.
— Oh ? On voit pas beaucoup de journalistes par ici.
Je me suis assis à une table de coin, bien calé sur une banquette en skaï rouge élimé. Elle m’a versé une tasse d’un café fumant, aromatique et onctueux. Je suis pris d’une intuition soudaine.
— Vous connaissez Eduardo Calderon ? Il habite à un bloc d’ici, sur la 147e.
— Eduardo ? Je… Pourquoi ?
— Il a été tué la nuit dernière. J’enquête sur son crime. Et j’ai peur que la police ne fasse pas correctement son travail. J’aurais besoin de votre aide.
[Action : Influence. il s’agit de faire parler Jenny, la convaincre de s’ouvrir à cet inconnu. Clés : Enquêteur prudent. 4+1 : échec. Réponse : Hard move de MJ, « prive-les de ce qu’ils cherchent »]
— J’vous connais pas, mon vieux, et je vois pas pourquoi je vous raconterai ce que je sais. Buvez votre café et déguerpissez.
Bien. La vérité n’a pas que des alliés, dirait-on. Je profite tout de même de ce répit pour me plonger dans la lecture du livre de Calderon.

Une lecture troublante. Pas tant le livre en lui-même que ses notes marginales, de la main de Calderon probablement. Partant de l’arbre de vie, la division de la création en dix sephiroth qui chacune représente une de ses puissances, il tire des traits et des liens envers un certain nombre d’événements bien réels, selon lui sciemment maquillés par ce qu’il appelle « la cabale des dix » afin de paraître tout autre aux yeux du grand public. Et parmi ces événements, l’attentat du Harper’s, qu’il relie à la première puissance : Malkuth.
Mon sang ne fait qu’un tour. Comment, par quel chemin ce syndicaliste d’un grand magasin a-t-il pu relier le sujet de mon enquête initiale, un philanthrope bien sous tout rapport et sans aucun lien, à l’attentat qui a coûté la vie à ma famille ? Et ce n’est pas tout, car à cette même sephira de Malkuth, Calderon relie un scandale financier de l’année passé et une affaire d’extorsion dans le cadre d’un service de « protection » des commerçants dans le quartier rouge. Ainsi de la plupart des grandes affaires de ces derniers mois, toutes reliées à l’une ou l’autre des sephiroth. Par quel mécanisme ? Par quelle magie Calderon a-t-il révélé ces liens ? Sont-ils fiables ? Sont-ils vrais ?

Je sors de ma poche le numéro de téléphone inscrit à côté du mien sur un papier froissé. J’hésite. Je me dirige vers le téléphone posé sur le bar, jette un œil nerveux à Jenny qui n’émet pas d’objection, puis je le compose. C’est une voix de femme qui répond.
« Allô ?
Je décide de ne pas y aller par quatre chemins.
— Calderon est mort. il a été tué cette nuit. J’ai trouvé votre numéro sur son bureau. Pourrais-je vous rencontrer ?
— Mort ? Mais.. Comment ?
— Je vous expliquerai. Où ?
— Je… Très bien. Ce soir. Je serai au théâtre de la Rue d’or. Venez frapper à ma loge après la représentation.
Elle a raccroché. Le théâtre de la rue d’Or n’est pas très loin de chez moi, je le connais bien. C’est une petite bicoque au fond d’une ruelle piétonne qui donne sur les quais. Je n’ai jamais fait très attention à la programmation, mais j’aurais parié sur des spectacles de guignol, en tout cas davantage que sur des conférences talmudiques. On verra bien.

***

Alors pour l'instant ça s'annonce plutôt fun et, surtout, très adapté au solo (du moins à ma façon de jouer solo, entre le jeu et l'exercice de ponte de lignes), car reposant côté "MJ", qui n'intervient vraiment qu'en cas de move raté. J'ai hâte de connaître la suite !
BenjaminP
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

J'enchaîne, mais le rythme devrait ralentir avec les fêtes et quelques contrats qui viennent de tomber ! Comme je le craignais un peu, et comme on pouvait s'en douter, ne pas suivre un module ralentit les choses. On enchaîne moins facilement les scènes.

***

Le spectacle était surprenant. Annoncée comme voyante extralucide, Bethsabée Attenborough, belle femme rousse attifée comme l’as de pique, jupe à volants, froufrous et bottes lacées, y a prédit l’avenir de spectateurs pris au hasard. Quelques allusions floues à leur passé supposé suffisait à les mettre en confiance ; après quoi, elle leur promettait l’amour, la réussite et la gloire de leur flan aux pruneaux. Les spectateurs redescendaient de scène invariablement troublés, cependant, ce qui indique que son petit spectacle faisait son effet. Je n’étais malgré tout pas tout à fait dupe, du moins au départ, et j’ai essayé de percer son petit manège à jour. Mais plus je la regardais, moins je comprenais. Ses réponses paraissaient toujours toucher son public à cœur, et moi le premier.
[Action : Enquête. Amos se demande si les pouvoirs de divination de Beth sont bien réels. Clés : Enquêteur prudent, Troisième œil, Secrets honteux. 3+3 : 6, échec. Hard move : Beth lui inflige l'état hypnotisé-2. C’est d’ailleurs le moment de lui créer un profil, à ce Danger :
Bethsabée Neviim, dite Attenborough, Voyante extralucide
Confiance 3 / Menace 3
— Lit le passé d’une personne (confère impressionné-1)
— Captive son public (confère captivé-1 a un collectif)
— Détourne l’attention de qui regarde de trop près (hypnotisé-2)
— Disparaît sans explication
— Méfiante : Ne s’ouvre qu’après avoir acquis confiante-3. Quand on utilise cette condition contre elle, elle la perd entièrement.
— Arnaqueuse : transforme son statut confiante en un statut sous-estimée.
]

À la fin du spectacle, je me rends en coulisses, un peu intimidé par la présence d’un gorille à l’entrée des loges. Mais il ne me cherche pas noise et je passe, jusqu’à trouver une porte décorée d’une étoile, sous laquelle est inscrite « Bethsabée ». Je frappe.
« Entrez.
J’ouvre. Une coiffeuse, une banquette, une fenêtre au fond, voilà tout. La pièce est minuscule et dans un désordre indescriptible. Des bottes gisent en vrac à même le lino, une jupe déverse ses froufrous sur le dossier de la banquette, des produits cosmétiques s’empilent jusqu’à tomber des nombreuses étagères. Si petite et si bien remplie de la présence de Bethsabée qu’elle en déborde. Assise devant la coiffeuse, en jean et justaucorps, elle se démaquille par des gestes méticuleux. J’ai beaucoup de mal à ouvrir la bouche pour articuler ma phrase. [hypnotisé-2]
— Je… Je vous ai appelée tout à l’heure.
Elle se lève d’un bond.
— Eduardo ? Que s’est-il passé ?
— J’avais rendez-vous avec lui hier soir, chez lui. Quand je suis arrivé, la porte était ouverte. Il était dans son salon. Mort. Assassiné.
— Mon dieu ! Mais pourquoi ?
— C’est ce que j’aimerais savoir. J’ai trouvé votre numéro à côté du mien dans ses papiers. Comme il m’avait appelé le matin même, j’imagine que vous aussi ?
— Oui.
[Et ce piège ? Est-ce tout simplement le videur, qui a été acheté ? 3, non. C’est donc surnaturel ? 3, non. Table des adjectifs : 67, Ostensible. Ok, ça ne se cache pas. Verbe : 37, Prophétise, tiens tiens.]

À ce moment, j’aperçois par la fenêtre une ombre, puis l’éclat d’un silencieux de revolver. Je saisis Beth par les épaules et nous projette au sol.
[Manœuvre : Tente. Clés : Terrorisme appliqué. 4+1, échec. Hard move : perforé-3]
Une décharge électrique me parcourt l’échine. Je suis touché, salement.
[Encaisse. Clés : –. 5, nope.]

Je crois d’abord mourir. Puis le phénomène le plus extraordinaire se produit. Derrière mes yeux, le temps déploie sa ramure, l’infini des possibles, les éventualités innombrables qui soudain s’affaissent pour n’en laisser qu’une, une voie, une branche, une vérité qui s’impose à moi avant même de se réaliser. Les balles tomberont ici. Je le sais. Agrippé à Beth, je nous fais rouler entre deux éclats de lino jusque sous la banquette.
[Altère. Terrorisme appliqué, Troisième œil. 9+2-3, 8, ouf ! Amos crée la clé Banquette pour se protéger].

Privé de sa cible, le tireur brise la vitre et s’apprête à franchir la fenêtre.
« Vous avez fâché de sacrés gros bonnets, mes agneaux, nous prévient-il. On va trouver deux macchabées dans les journaux demain… »
Une prophétie ? Non mais pour qui se prend-il ! L'ange du châtiment ? Je hurle derrière le dossier. « Assassin ! Laquais ! Tu finiras derrière les barreaux comme tes maîtres ! »
[Affronte. Le but : l’empêcher d’entrer. Clé : Porte-malheur, Inéluctable, Punir le vice. 4+3=7. Je choisis : une méchante coupure au cuir au chevelu au passage, aveuglé-3. Comme je n’ai pas choisi d’accomplir mon but, il entre, et Amos doit Encaisser à-bout-portant-3. Les Clés pour résister : Terrorisme appliqué, Effacer ses traces, et la Clé d’histoire Banquette. Sa blessure ne le handicape pas. 2+3, il n’encaisse rien du tout. Il est à découvert.]
Alors qu’il s’élance depuis le cadre dans la fenêtre jusque dans la pièce, un éclat de verre lui lacère le crâne. Il repousse la banquette d’un coup de pied [À-bout-portant-3, la Clé d’histoire Banquette est détruite] mais le sang qui s’écoule en abondance de sa plaie lui brouille la vue. Et comme tout à l'heure, je sais ce qu’il va faire. L'avenir est un livre ouvert.

Il s’essuie les yeux d’un revers de manche. Je jaillis juste à temps pour dévier le canon de son arme qui part sous le choc, emportant la moitié de sa mâchoire inférieure qui vient s’écraser contre le mur.
[Démonte. Amos anticipe le geste du tueur pour retourner son arme contre lui. Clés : Troisième œil, Terrorisme appliqué. 10+2 (perforé-3 et aveuglé-3 s’annulent). Il se prend mâchoire fracturée-2 et je choisis : +1 à cet état, pour hors-de-combat-3, et contrôle des dommages collatéraux. S’agirait pas d’écharper Beth au passage.]

Le gorille de la sécurité déboule à ce moment. Beth est prostrée dans un coin. Je suis adossé au mur. Le tueur gît dans son sang.
« Mais qu’est-ce que ?! »
Je perds connaissance.

***

Une scène un peu plus technique, et j'en avais bien besoin pour mettre ce système au clair. Je le trouve particulièrement adapté à ma façon de penser et de mener, mais il n'empêche qu'il ne se prend pas immédiatement en main, un petit temps d'adaptation est nécessaire. Très cool, en tout cas, ça donne des scènes riches et dynamiques. Le coup de 1 Clé = 1 point, désarmant de simplicité, est un coup de génie, franchement.
BenjaminP
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

Qui a tenté d'assassiner Beth ? À moins qu'on en veuille plutôt directement à la vie d'Amos Avishaï ? Comment démêler le vrai du faux ?

***

Une odeur insupportable me tire de ma léthargie. Je suis couché sur cette satanée banquette. Beth est penchée au-dessus de moi, un flacon de sels odorants dans les mains qu’elle m’agite sous le nez. Je jette un œil nerveux dans le coin de la pièce : le tueur a disparu.
« Shh, calmez-vous. Tout va bien. À part votre épaule. Hans s’est occupé de notre copain, il attend la police et les secours avec lui.
— La police ? Non, je… Mieux vaut qu’elle ne me trouve pas ici.
— Ne vous en faites pas. Je leur raconterai tout. Vous m’avez sauvé la vie, vous savez ?
— Ce n’est pas ça… Je ne leur fais pas confiance, ils… Ils sont complices.
— Complices de quoi ?
— De tout ! Du meurtre d’Eduardo Calderon ! De cette tentative d’assassinat contre vous ! Il ne faut pas que…
Je m’échauffe tant que la douleur se réveille soudain et me cloue le bec.
— Shh, shhh… Vous êtes sous le choc.
Non. Il ne faut pas qu’ils me trouvent. Alors, je lui déballe tout. Je veux qu’elle sache la vérité. J’évoque mon enquête, l’attentat du Harper’s, le tissu de mensonges des autorités.
[Amos va tenter de la convaincre de le laisser partir avant l’interrogatoire. Manœuvre : Influence, Clés : Haine du mensonge, Enquêteur prudent, Réseau d’informateurs. Mais état : hypnotisé-2. 8+1 = 9. Si elle refuse, Amos lui collera le statut : troublée-1. Prend-elle le statut ? 1, non. Elle accepte de modifier ses plans, mais pas tout (réussite partielle).]
— Je… Je vois, balbutie-t-elle. Mais si vous fuyez maintenant, dans votre état, vous n’irez pas bien loin. Laissez-moi faire. On va les baratiner. Vous serez un spectateur transi et voilà tout. Une préférence pour un nom d’emprunt ?
— Mentir à la police ?
[Faire un choix difficile ! Ses deux identités sont ici en compétition, entre le chevalier en mission pour la vérité et le paranoïaque. Je marque une Plongée sur l’un, une Fêlure sur l’autre.]
— À moins que vous préfériez tout leur raconter et que votre beau discours ne fût que du vent ?
— Non. Vous avez raison. De toutes façons, la police ne m'inspire plus aucune confiance. A… André. André Sapone.
— Enchantée, André. Beth.
Elle me tend la main mais la douleur m’empêche de lever la mienne.
— Oh, et enfilez ça, ajoute-t-elle en me lançant une redingote de magicien. Votre veste n’est plus tellement présentable. »
[Nouvelle clé : redingote.]

Peu de temps après, les sirènes se font entendre et les enquêteurs déboulent. Un gros type suant et court sur pattes qui se présente comme le capitaine Mitch Alvarez, et son acolyte longiligne, le lieutenant Manuel Lacroix. Ils prennent la déposition de Beth qui s’en sort admirablement : de nombreux adorateurs jaloux, des spectateurs dépités, des clients déçus, les ennemis ne manquent pas. Non, elle ne connaissait pas cet homme, mais ils sont légion. Il faudrait l’interroger lui. « Il n’est pas en état pour l’instant, Madame. Et lui ? » demande Alvarez en me désignant de son stylo bic. Elle me présente comme un fan de la première heure qu’elle connaît très bien, un héros qui l’a tirée de ce mauvais pas. J’acquiesce, décris la scène du mieux que je peux sans rien omettre, sans jamais mentir. Ils me demandent si je souhaite venir au poste, mais je leur dis que je suis épuisé et que je passerai le lendemain. Lacroix s’approche alors de moi et me demande si tout va bien.

[Comme Amos compte cacher sa blessure à la police, on va faire une petite manœuvre, voir si l’inspecteur s’aperçoit de quelque chose. Feinte. Clés : Effacer ses traces, mais la redingote joue contre lui (elle attire l’attention). 10, tout va bien.]

« Beaucoup de peur et de fatigue, lieutenant. »
Après un regard appuyé à mon accoutrement étrange, Lacroix acquiesce et retourne à ses affaires. De son côté, son capitaine juge le travail terminé. Il présente des hommages appuyés à Beth et lui glisse sa carte de visite, lui demandant de se rendre au poste demain pour une déposition complète. Il ajoute qu’il aurait dû lui demander de l’accompagner tout de suite, mais qu’il se fait tard et que ce ne sont pas des heures à traîner dans un commissariat pour une dame, surtout une jolie dame comme elle. Puis, ils s’en vont enfin.
« Et maintenant, grand blessé, je peux connaître votre vrai nom ?
— Amos. Enchanté. »

[Est-ce le moment de poser quelques questions à l’oracle ? Par exemple… qui était ce tueur ? Un amoureux transi ou l’homme de mains d’une dangereuse cabale ? Non, ce n’est pas le moment… En revanche, il serait intéressant de savoir si Beth a bien entendu la même « prophétie » de la part du tueur : 3, non, 15, mais… 5, contrechamp : plan sur un conclave d’hommes et femmes en noir, dix autour d’une grande table en chêne. On ne voit pas leur visage. Une personne entre dans la pièce et se penche vers le premier d’entre eux pour lui murmurer quelque chose à l’oreille. L’homme frappe sur la table. « Malkuth ! Nous avons un problème. »]

[Je lance ici un downtime, qui servira à transformer l'état perforé-3 en en-écharpe-2. Hypnotisé-2 tient toujours, et Amos ne peux pas profiter de ce repos pour préparer la prochaine scène.]

Beth connaissait heureusement un médecin qui ne pose pas trop de questions. Comme il ne répond pas non plus à celles de ses patients, je n’ai pas su déterminer le genre d’affliction qui la pousse, elle, à le fréquenter assidument, mais je suppose que ce n’est pas une information primordiale. L’essentiel est qu’il ait pu soigner mon épaule. La blessure n’est pas trop vilaine, apparemment. La balle n’a rien de touché sérieux, elle est ressortie proprement. J’ai le bras en écharpe et du pain sur la planche, aujourd’hui. Pas le temps de me rendre au commissariat, mais je compte appeler Beth dans la soirée, elle me racontera tout. Mais ça ne m’empêche pas d’essayer d’en savoir plus. J’appelle ma source dans la police.
[Et qui est-elle, cette source ? Un tirage aléatoire me donne un homme, pas très fiable et plutôt cupide, très bas dans la hiérarchie et plutôt pousse-papier, résigné sur son sort, donc probablement cynique, et arrivé là grâce à un piston haut placé.]
« Allo, Zack ? C’est Amos.
— Ouep.
— J’aurais besoin de renseignements.
— Quel genre ?
— Une tentative de meurtre hier soir sur une artiste, Bethsabée Attenborough. Le coupable était salement blessé, il doit encore être à l’hôpital. J’aimerais savoir où. Et rappelle-toi : je n’ai jamais publié ton petit secret.
[Influence. Clés : Réseau d’informateur, Secrets honteux. 6+2 = 8, il devra accepter ou prendre le statut : dénoncé-2. Il refuse le statut, accepte la demande mais se préserve.]
— Tu sais très bien que c’est pas le genre de renseignements disponibles au public ! Bon, en souvenir du bon vieux temps, hein ? Laisse-moi voir… Et sois discret surtout !
Il pianote quelques secondes sur son terminal.
— Il est à l’hôpital St. Andrews, à côté du Musée. Aucune idée de la chambre, par contre, et c’est tant mieux, parce que je sens que tu vas encore fourrer ton nez dans ce recoin sombre où naissent les emmerdes.
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

Amos a décidé de rendre lui-même une petite visite au tueur à gages, hospitalisé suite à ses blessures de la veille.

***

Une heure plus tard, je suis sur place, sous un froid clair et piquant. St. Andrews est situé dans les beaux quartiers, entre la gare centrale et la Vieille Ville. C’est un bâtiment vétuste, rafistolé de toutes parts et pour tout dire indigne. L’avantage, c’est qu’on y entre comme dans un moulin, avec un déguisement minimal. Mon bras en écharpe ne pouvait mieux tomber.
Je prends un air affligé et marche à pas lents. Je passe le seuil en compagnie d’une malade qui vient d’écraser son clope et traîne sa perfusion. À l’intérieur, je repère rapidement un planton qui discute à l’accueil avec une réceptionniste. Je me dirige vers les machines à café tout en gardant un œil sur lui. Il retourne vers les ascenseurs, s’y engouffre. J’observe les numéros s’éclairer tout à tour au-dessus de la porte, jusqu’au cinquième et dernier. Je monte à mon tour, au quatrième, puis j’emprunte l’escalier. À son sommet, je repère une trappe d’accès au toit. Malheureusement, dans mon état, je ne pourrais pas vraiment tenter d’acrobaties.

Je pousse la lourde porte coupe-feu et me retrouve dans un long couloir peint en orange. En son milieu, les ascenseurs et, une dizaine de mètres plus loin, deux policiers en faction devant une porte. [Que va-t-il se passer ? La Cabale des dix va-t-elle essayer maintenant de se débarrasser du tueur devenu témoin gênant ? 1, non, 13 et, 15 « Espèce de… ». C’est le moment de mettre en scène la paranoïa d’Amos !] Je m’approche avec l’air le plus naturel du monde. Parvenu à la hauteur de la porte, je jette un œil à l’intérieur : la fenêtre est ouverte. Un homme en noir est penché sur le lit. Je hurle, pointant la chambre de mon bras valide.
« Arrêtez-le ! Au meurtrier ! »
Les policiers sont interloqués. L’un s’approche de moi paume en avant en me disant de me calmer tandis que l’autre tourne la tête vers la chambre, où l’homme en noir se dresse d’un bond.
« Calmez-vous, Monsieur, que se passe-t-il ?
[C’est le moment de savoir qui est cet homme en noir. Un tirage aléatoire me dit qu’il est sadique et méchant, qu’il est haut placé dans la hiérarchie, impulsif, beau parleur, extrêmement riche.]
Il est grand, très bien habillé, une barbe taillée s’achevant sur un bouc en pointe. Ses tempes grisonnantes le placent autour de la cinquantaine. [A-t-il un badge de l’hôpital ? 2, non. C’est donc un visiteur.] Un sourire narquois aux lèvres, les mains dans les poches, il dégage l’assurance qu’afficherait un milliardaire au milieu d’un gala de bienfaisance.
— Éloignez-vous de cet homme !
— Et pourquoi cela ? Je suis son avocat. Il faut bien que je m’entretienne avec lui. Et vous êtes ?
— Ça… ça ne vous regarde pas !
— Mes excuses, j’aurais pensé que m’accuser de meurtre me donnait quelques droits également, comme celui de savoir qui m’accuse. Monsieur ?
— Monsieur Doe.
— Et que nous vaut l’honneur de votre visite, Monsieur Doe ?
— J’aimerais moi-même poser quelques questions à cet homme.
— En quelle qualité ?
— La qualité de victime.
Je dégage mon bras en écharpe de ma veste pour le lui montrer, bien en évidence.
— Eh bien, à moins que la police ne vous ait convoqué, et malgré toute la sympathie que j’éprouve pour votre sort et, sachez-le, les abîmes de regrets dans lesquelles mon client se trouve plongé à votre égard, je ne crois pas que votre statut ne vous confère le droit de vous entretenir avec lui, navré. Et, quand bien même ce serait le cas, il n’est pas en état de parler. Mais peut-être serait-ce plutôt à moi, de répondre à vos questions ? Et vous aux miennes ?
Il sort de la chambre et m’indique de sa paume ouverte une zone à l’écart, un espace « détente » pourvu de quelques chaises et d’une machine à café un peu plus loin dans le couloir. Puis il reprend :
— J’avais entendu dire que Mme Attenborough ou, devrais-je dire, Shirley Wallace, était en bonne compagnie au moment du drame. Et j’en déduis que vous vous appelez en réalité M. Sapone, Monsieur Doe. Décidément, vous aimez tous les deux emmêler des situations qui, sans vos interventions, seraient parfaitement limpides. Tenez, prenez exemple sur moi : je n’ai qu’un nom, un seul nom, toujours le même : Maître van Buren. Eh bien cela simplifie beaucoup les rapports humains, croyez-moi. »
Son ironie hautaine m’agace prodigieusement. J’hésite à le suivre mais, puisque je suis là, autant essayer de tirer quelque chose de cette visite. Je demande malgré tout aux deux agents de bien prendre soin de leur protégé, il ne s’agirait pas qu’il lui arrive malheur sous leur garde.
L’avocat m’offre un jus de chaussette dans un gobelet plastique, infect breuvage dont il se garde bien de se servir, et commence à m’entreprendre au sujet de l’incident de la veille, mais je coupe court à cet interrogatoire inversé.
« Van Buren, qui vous paye ?
[C’est très nettement une manœuvre : Enquête. Clés : Enquêteur prudent, Haine du mensonge, Troisième œil, Secrets honteux. Mais j'invoque la faiblesse : Paranoïa. Et je vais ajouter une manœuvre spécifique à van Buren : quand on interroge van Buren, il s’ajoute l’état filant-comme-une-anguille-2. Résultat : 10+1 ! Fiou. J’obtiens donc 1 indice. Et je coche une Attention sur le thème Mission pour la paranoïa.]
— C’est Maître van Buren… Et cette information est confidentielle.
— Ce n’est donc pas votre client. Qui ?
Alors qu’il répète son mantra du caractère secret et sacré de la relation d’un client à son avocat, je sens sous son crâne une pensée affleurer. Comme c’était le cas hier dans la loge de Beth, la réalité soudain s’offre à moi transparente derrière le voile des apparences. Je sais ce qu’il me cache. J’entends haute et claire l’information exacte qu’il cherche à réprimer. La Cabale des Dix. La Cabale des Dix. La Cabale des Dix. Une vérité si présente, si tangible que je dois produire un effort conscient pour entendre derrière elle les mensonges qu’il articule.
— Monsieur Sapone, voici ma carte. Laissez-moi votre numéro de téléphone et je vous contacterai très bientôt, probablement avec une proposition intéressante. »
Je griffonne un numéro au hasard sur un bout de papier chiffonné qui traînait dans ma poche. Il l’accepte d’un air circonspect et me tape gentiment sur l’épaule avant de s’éclipser, direction les ascenseurs.
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

Après une rencontre impromptue avec l'avocat de Grüber, Amos compte bien obtenir malgré tout quelques renseignements sur ce mystérieux tueur et ses amis haut placés...

***

Que faire ? Je compte tout de même bien obtenir quelques renseignements à propos du tueur. Je reviens vers la chambre et m’approche des policiers en faction et je leur colle sous les yeux ma vieille carte de presse.
« Messieurs, City Herald. Pouvez-vous me donner l’identité du suspect ?
Ils se regardent un instant. Quelques consignes ont dû être passées.
— Navrés, non. Impossible, dit celui de droite.
— Pourquoi cela ?
— Ordre du commissaire.
— Quel commissaire ?
Ils hésitent.
— Cette information n’a rien de confidentielles, messieurs.
— Helena Forcanto. »
Bien. Voilà au moins une piste. Je jette un œil à l’homme allongé sur le lit. Des tuyaux sortent de sa figure pansée comme Ramsès II. Une perfusion pend de son bras gauche. Il est immobile. Seul le bip régulier de l’appareil de surveillance biomédicale permet d’imaginer qu’il est encore en vie. J’essaye de lire d’où je suis le panneau au pied de son lit.
[Manœuvre : Enquête. Clés : Enquêteur prudent, Troisième œil. 5+2=7, deux Indices mais succès faible, je choisis un move dans la liste : l’enquête vous expose au danger. Je dépense un indice pour la question : Quel est le nom du tueur ? et je dépose l’autre à la banque.]
Herman Grüber, finis-je par distinguer malgré la distance. Nouvelle piste. Malheureusement, je me suis si bien esquinté les yeux à déchiffrer ce nom que le planton en a profité pour lire le mien sur ma carte.
« Amos Avishaï ? Hé mais c’est pas vous que le City Herald a mis au placard après l’attentat ? J’ai lu un article là-dessus dans la Tribune ! Mais dites donc, ça veut dire que vous n’êtes plus journaliste ! Pourquoi venez-vous fouiner par ici ?
— Je ne suis plus employé par le City Herald. Cela ne signifie pas que je ne suis plus journaliste. J’ai toujours besoin de ce métier pour vivre, figurez-vous.
— Mais cette carte de presse n’est plus valable. Je pourrais vous coffrer pour faux et usage de faux, mon vieux.

[Me voilà forcé à la manœuvre Influence. Le but : que cet agent laisse Amos tranquille. Mais comme je n’ai aucun clé à faire valoir, je vais commencer par Altérer la situation, fouiller un peu la psychologie de cet agent pour trouver de quoi l’inquiéter. Les Clés : Secrets honteux, La vérité blesse, Punir le vice. 7+3=10, pour 3 fluides gagnés, que je vais employer pour créer un État qui augmentera mon Influence.]

Je baisse lentement les yeux vers son badge.
— Sergent Hoffman, articulé-je très distinctement. Vous n’avez pas envie de m’avoir comme ennemi. Ce serait risquer que votre femme sache tout de votre liaison avec Martha, et que votre supérieur, Helena Forcanto, c’est bien cela ? s’avise soudain de vérifier que vous avez bien restitué toute la drogue lors de la saisie du 24. Voulez-vous vraiment jouer à ça ?
[Je peux à présent lancer mon Influence aidé de l’État en-plein-chantage-3 que je viens de lui coller. 7+3= 10, ce qui le force à me laisser tranquille, à moins qu’il ne veuille prendre dénoncé-3, ce qui l’amènerait à viré-avec-perte-et-fracas-4, trop lourd pour qu’il l’encaisse. Il préfère donc modifier ses intentions pour les adapter aux miennes.]
Il recule d’un pas en tremblant.
— C… Comment ?
— Je suis très bien renseigné, sergent. Journaliste, c’est un métier.
En réalité, je ne sais absolument pas d’où je tiens ces informations. Je sais seulement qu’elles sont vraies. Indubitables. De petits agrégats de savoir solide, qui flottaient là, dans l’air, parmi le nuage de pensées évanescentes, d’hypothèses et de doutes qui nimbaient la figure de ce triste agent à présent blanc comme un linge. Il m’a suffi d’ouvrir la bouche pour que ces pépites s’y engouffrent, comme si je n’étais que le conduit par lequel la vérité s’exprime, une voie de passage à la réalité qui les aurait attirées comme un aimant.
Il me rend ma carte, que j’empoche. Son collègue lui jette des regards noirs. Je vais les laisser se débrouiller entre eux. Je m’éloigne en pianotant « Herman Grüber » sur mon téléphone portable.

[Manœuvre : Enquête. Clés : Enquêteur prudent, Un réseau d’informateurs, La Cabale des Dix. 5+3=8. Réussite faible. Un indice de plus (deux avec celui à la banque) sur cet Herman Grüber. Mes questions : pour qui travaille-t-il habituellement ? Réponse de l’oracle : la pègre ? 3, non. La sécurité d’une grosse firme ? 3, non, 20, et contre toute attente : 19, « Au secours ». Qui ? Beth ? 2, non. Grüber ? 5, oui !]
[Je me vois donc obligé de faire dérailler la scène avant d'avoir pu utiliser les Indices, qui seront toujours à la banque pour plus tard.]

J’ai à peine le temps de corriger mon tréma qu’un son sourd dans mon dos se répercute dans le couloir. Je pivote. Un des agents est au sol. L’autre est en plein vol et vient s’incruster dans le faux plafond tandis que je cours dans leur direction, jusqu’à la chambre de Grüber.
Mon cerveau lutte un instant pour donner sens à ce que mes yeux lui transmettent. Un colosse aux formes arrondies, attifé comme un mendiant, a saisi le visage enturbanné du blessé et le fixe de ses yeux vides, entre lesquels un aleph brille, comme tatoué à la feuille d’or. Je me penche vers le sergent Hoffmann inconscient et récupère son arme [Altère. Clés : Terrorisme appliqué. 7+1=8, je peux créer la Clé de scène Flingue] avant de lui ordonner :
« On ne bouge plus ! »
Le colosse m’ignore et tente de tordre la nuque de sa victime, mais à ce moment précis Grüber se réveille et lui échappe. Je tire, mal, et voici que ma balle vient se loger dans un extincteur qui se déclenche et se décroche de son support pour atteindre le malabar en pleine tête, comme si les tisseuses du destin, soudain liguées contre lui, l’enserraient dans leurs fils. Seulement, l’extincteur n’arrête pas là sa course folle, il tourbillonne encore en tout sens dans un panache toujours plus dense de neige carbonique, gagne en vitesse et finit en ligne droite sur le crâne de Hoffman qu’il écrase bruyamment. La neige a recouvert la salle. Grüber, sur ses coudes, respire bruyamment. Ses appareils s’affolent. Et le colosse a disparu…
[Voici ce qu'il s'est passé. La manœuvre : Affronte. Le but : l’empêcher de tuer Grüber. Les clés : Flingue, Porte-malheur, Inéluctable, Punir le vice. Mais j’ai invoqué la faiblesse Frappe sans distinction. 5+3=8, je choisis d’accomplir mon but. En retour, il peut donc infliger un statut. J’opte pour mystifié-2 : le colosse a disparu. La clé Flingue est brûlée après cela, et de plus, la Faiblesse Frappe sans distinction explique que l'extincteur ait fini par heurter Grüber.]
L’équipe médicale ne va pas tarder à débarquer après tout ce raffut, j’ai un agent de police mort à mes pieds et aucun autre coupable que moi n’est disponible. Il faut que je file. Que je disparaisse, et pour longtemps.

***

Très bon exemple de l'interaction entre l'oracle et les moves de CoM, ce qui a donné une scène très fun à jouer, où la fiction pouvait se lire directement au travers des mécanismes. Gros bonheur. Pour la peine, j'ai eu envie de faire honneur à tout ça. La suite va vous surprendre.
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par Cryoban »

Tu utilises le système complet de CoM ou une version simplifiée?
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

Cryoban a écrit : ven. déc. 25, 2020 7:00 pm Tu utilises le système complet de CoM ou une version simplifiée?

Le système complet mais, comme souvent j'imagine, tout ne sortira pas au cours de cette partie. Oh et il manquera forcément aussi les Clés de groupe, et les points d'Aide et de Douleur qui vont avec (quoique, pas si forcément que ça, mais disons qu'en solo, ça sert normalement nettement moins !).
À l'usage, si tant est que le solo soit l'usage, je le trouve moins compliqué qu'on se l'imagine. Les choses viennent naturellement, en tout cas me viennent naturellement.

Pourquoi, tu as une version simplifiée en tête ?
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par Cryoban »

BenjaminP a écrit : sam. déc. 26, 2020 8:11 pm Pourquoi, tu as une version simplifiée en tête ?

Non, je me demandais, parce que je trouve CoM quand même assez lourd quand tu assembles tous les sous-systèmes mais je pense qu'on peut jouer en se contentant des règles du starter kit (hors création des persos).
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

Cryoban a écrit : sam. déc. 26, 2020 9:18 pm Non, je me demandais, parce que je trouve CoM quand même assez lourd quand tu assembles tous les sous-systèmes mais je pense qu'on peut jouer en se contentant des règles du starter kit (hors création des persos).

Je n'ai pas étudié le (en fait les, il y en a deux différents) Starter Kit, mais là comme ça vite fait, je n'ai pas l'impression qu'il y ait de grande différence niveau règles. Il y a bien quelques moves marginaux en plus dans la version complète, mais ils se gèrent comme le reste : Voice over monologue/Geek out During credits qui ne servent qu'en début et en fin de session et dont en effet je ne me suis pas servi, Finally Some Answers et End of the road, qui ne servent qu'en cas d'évolution du perso et qui sont, eux, intéressants, tout comme Flashback, lui aussi très situationnel et plutôt facile à s'approprier et à faire apparaître dans le jeu, organiquement. Mais je rate peut-être quelque chose et si tu as fait le comparatif, ça m'intéresse !

Ah si, un truc, mais dont je me servirai à coup sûr : les collectifs, qui ont le bon goût de se gérer grâce à la mécanique des États (en l'occurrence, ce sont des "Status filters" comme on en trouve dans les Custom Moves des PNJ).

Si je devais élaguer moi, même à plusieurs, je crois que ce sont les Crew Tags qui partiraient.

Edit : ah non, les collectifs sont dans les deux Starter Kits ! En fait, à part la création de perso et les moves situationnels précités, je n'ai pas l'impression que d'autres sous-systèmes apparaissent dans le Core Rule Book.
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par Cryoban »

Effectivement je pensais au Crew tags, les cinematic moves (qui sont très bien dans l'idée, mais pour moi pas la peine d'en faire des moves formalisés), les status sont un peu compliqués à gérer surtout sans la tracking card (je me demande si on peut pas fais faire un truc plus simple et binaire comme dans les autres PbtA), idem pour la gestion des indices.

Cela dit, j'aime beaucoup ce jeu, en tant que PJ c'est simple et efficace, mais côté MJ la charge est trop importante à mon gout si je compare à d'autres PbtA orientés "enquêtes"
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

Cryoban a écrit : dim. déc. 27, 2020 11:36 am Effectivement je pensais au Crew tags, les cinematic moves (qui sont très bien dans l'idée, mais pour moi pas la peine d'en faire des moves formalisés), les status sont un peu compliqués à gérer surtout sans la tracking card (je me demande si on peut pas fais faire un truc plus simple et binaire comme dans les autres PbtA), idem pour la gestion des indices.

Cela dit, j'aime beaucoup ce jeu, en tant que PJ c'est simple et efficace, mais côté MJ la charge est trop importante à mon gout si je compare à d'autres PbtA orientés "enquêtes"

Je ne sais pas, oui, bien sûr, certains jeux sont plus simples, mais je n'ai pas du tout l'impression que celui-ci m'encombre, bien au contraire. Je trouve les status très naturels, les additions pas si fréquentes (seul cas où la tracking card sert, et encore : le plus souvent, c'est le même niveau de status qui va venir s'empiler, ce qui ne le fait qu'augmenter d'un cran ; bon, il faut dire aussi qu'en solo, dans ma façon de faire, c'est écrit, par construction, ça doit simplifier). Et les autres ressources sont dépensées au moment de leur création dans 95 % des cas, les inscrire sur une carte tient plus du gadget qu'autre chose. Tu me diras, je changerai peut-être d'avis quand j'aurai trois ou quatre PJ à gérer !

En parlant de ça...


***

Merde, merde, merde, dans quoi est-ce qu'on m'a encore fourré ? Qui était ce type dans le lit d’hôpital que j’ai failli refroidir ? Les deux agents à terre ? Et l’autre qui a déboulé avec son bras en écharpe ? Il m’a sorti de ma torpeur avant que je commette l’irréparable, j’espère qu’il n’aura pas de problème à cause de moi. Je lui laisse un bien beau foutoir sur les bras, et encore, sur un seul. Qu’ai-je fait exactement ? Comme d’habitude, aucun souvenir. Pourquoi m’avoir envoyé là ? Quelle était ma mission cette fois-ci ? Ah ça, Egon va m’entendre ! Il ne m’a pas habitué à ce genre de trucs. Bon. Les réponses viendront. En attendant, il s’agit de déguerpir.

Depuis le toit de l’hôpital, la ville paraît presque belle ; très dense au centre, elle s’effiloche ensuite du nord au sud, comme une chevelure dans l’eau, avec ce fleuve argenté qui lui fait comme une jolie raie au milieu. La parcourir en toute sérénité doit être bien agréable. Un jour, peut-être. Le prochain toit est à bonne distance. Rien qui m’effraie, cependant. Je saisis un fil d’éther, une branche de l’arbre de vie et voilà tout. [Tente. Clés : La cabale. Je ne suis pas là. 8+2 = 10, sans problème.] Je suis de l’autre côté du gouffre d’où j’observe sirènes et gyrophares venues s’agglutiner. Bien à l’abri.

J’appelle Egon. Il me cherche partout, dit-il. Je suis devant l’hôpital, je pensais qu’il le savait. Pas du tout. Étrange. Comment est-ce possible ? [Enquête. Je ne pourrais pas bien sûr obtenir la réponse, seulement de solides pistes, au mieux. Les Clés : Mon créateur, et la faiblesse Ses mauvaises fréquentations. 10 ! Un indice, donc.] Il y a quelqu’un d’autre, m’apprend-il. Quelqu’un d’autre ? Oui. Un autre connaît mon nom. Et il a dû s’en servir. Mais qui ? Egon pousse un grand soupir. [Tirage aléatoire : agent des impôts, relation d’affaires, tiens tiens.] Il y a quelques temps, m’explique-t-il, de gros problèmes d’argent l’ont poussé à chercher de l’aide auprès de types pas très nets, qui ont pu effacer son ardoise au moyen d’un micmac financier opéré aux dépens de la ville. Leur tarif : moi. Mon nom. Qui ? Je hurle presque. Mais il n’en sait rien. Il les avait contactés par l’intermédiaire de l’un de ses anciens associés aujourd’hui engagé en politique, un certain Hector Bark. Il ne les a jamais rencontrés directement. Mais il fallait bien qu’il me connaisse ? Qu’ils aient eu vent de mon existence ? Oui. Mais le manoir voit défiler tout le gratin de la ville, et un œil acéré, une disposition mystique insoupçonnée auraient bien pu leur révéler ce petit secret. Alors, qui, parmi ces innombrables ? Egon a préféré ne pas trop enquêter, cela n’aurait rien pu amener de bon. Je ne l’entends pas tout à fait de cette oreille.
Hector Bark…

***

Eh oui, j'ai eu envie de me servir du rebondissement précédent pour tenter un truc, tellement fréquent en littérature contemporaine qu'il a fini par m'agacer prodigieusement, et qui trouve ici, sous cette forme, grâce à mes yeux, puisqu'il me permet de mettre en scène plusieurs personnages dans la même histoire sans quitter le mode solo, j'ai nommé : l'alternance des protagonistes. Je vous présente donc le Golem :

Bastion : Golem sans visage. A. Corps d'argile G. Force herculéenne I. Malléable. Mystère : Qui suis-je ? Faiblesse : D. Aboulie
Adaptation: Créature de kabbale A. La cabale [broad] B. Métamorphe. E. Je ne suis pas là. Mystère : Qui m'a invoqué ? Faiblesse C. Mon nom.
Routine : Serviteur dévoué. A. Homme de main. G. Parle et j'obéis. I. Le manoir d'Egon. Identité : Je dois le protéger à tout prix. Faiblesse D. Aucune idée.
Relation fondamentale : L'invocateur originel. A. Mon créateur. D. Mystique. F. Un talisman. Identité : Je me libérerai de mon joug. Faiblesse A. Ses mauvaises fréquentations.
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par Cryoban »

BenjaminP a écrit : mer. déc. 30, 2020 11:42 pm mais je n'ai pas du tout l'impression que celui-ci m'encombre, bien au contraire.

Si tu proposes une partie en ligne, je serais ton homme! ;)
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

Cryoban a écrit : jeu. déc. 31, 2020 9:51 am
Si tu proposes une partie en ligne, je serais ton homme!

Bien noté ! Ce n'est pas encore à l'ordre du jour, mais qui sait ?

***

[Je lance un oracle pour savoir où me diriger : banquise…] Hector Bark… Ce nom me dit quelque chose. J’ai dû le croiser au manoir, sûrement plus d’une fois et une recherche rapide me le confirme : je connais cette tête ronde et ces lunettes d’écaille. C’est devenu un gros bonnet, semble-t-il, « conseiller du maire pour l’industrie », depuis le dernier remaniement. L’approcher en plein jour à l’hôtel de ville paraît risqué, mieux vaudrait son adresse personnelle, mais là, je cale, la recherche ne donne rien. Dans mon souvenir, il dirigeait une entreprise de poissons congelés, Cold Bass. Et, pour le coup, la sécurité d’un entrepôt de thon en boîte ne devrait pas me poser de problèmes. Et comme la nuit est jeune et qu’Egon n’osera pas avoir recours à mes services de sitôt, me voilà parti pour les docks.

Une heure plus tard, le col de mon imper relevé, la tige au bec, je jauge de loin la vieille usine de l’ami Bark. Deux étages, peut-être mille mètres carrés par plateau. Un carreau cassé au deuxième, ce qui doit vouloir dire que les bureaux sont ailleurs, je ne vois pas le comptable se geler les miches toute l’année. Ça reste cependant une bonne entrée potentielle. Pas de lumière, juste un point rouge qui clignote au niveau du pignon, au-dessus de la porte du garage et de l’entrée des employés. Une odeur de poiscaille inimitable qui vient se mélanger aux relents de vase charriés par le fleuve. Ça ne devrait pas être trop compliqué. Tant mieux, parce que l’enquête, c’est pas trop mon truc.

D’une pichenette, je balance mon mégot dans la flotte. Ce sera la fenêtre. Le mur de briques devrait pouvoir s’escalader, et ça me laissera le temps d’atteindre les bureaux avant qu’une alarme ne se déclenche. [Tente. Clés : Force herculéenne, Malléable. 8+2=10, sans problèmes] Je pose mes paumes contre les briques et laisse mes doigts s’insinuer dans les anfractuosités jusqu’au ciment, puis je me hisse, lentement, avec méthode, jusqu’à la vitre. Un coup d’œil à l’intérieur : toujours rien. Je casse le verre encore accroché au cadre et roule à l’intérieur sur une passerelle qui surplombe la chaîne d’encartonnage. Les machines sont à l’arrêt. Le silence règne. En face de moi, de l’autre côté de l’atelier, un escalier permet d’atteindre des cabines en hauteur, probablement pour les ronds-de-cuir. C’est là que je trouverais ce qu’il me faut. J’avance en silence et repère la caméra braquée sur la chaîne. Va falloir ruser un peu. J’adopte ma plus belle teinte sombre et me faufile aux pieds de la passerelle jusqu’au milieu des caisses, faisant de mon mieux pour éviter le faisceau. [Feinte. Clés : Je ne suis pas là. Métamorphe. 5+2=7, c’est compliqué. Un veilleur de nuit, quelque part, est alerté, mais il ne sait pas ce qu’il se passe.] Malheureusement, je frôle les machines d’un peu trop près et lance le tapis roulant. Je l’arrête aussitôt, mais c’est râpé pour l’intrusion discrète. Tant pis, j’avance.

Me voilà dans les bureaux. Bon. Qu’est-ce que je cherche ? Des courriers, peut-être ? Oui, pas mal, ça. J’ouvre quelques casiers au hasard, vide les bannettes, farfouille les papiers sur le bureau. Bingo ! Un courrier adressé à Bark, avec une adresse dans la Vieille Ville. Je le tiens ! [Enquête. Clés : –. 7. Un indice : l’adresse de Bark. Mais mon enquête m’expose au danger.] À ce moment, le faisceau d’une lampe de poche balaye les vitres. Punaise. Un veilleur de nuit, probablement attiré là par ma bourde de tout à l’heure. Va falloir jouer serré. Je me colle au sol et rampe vers l’escalier. Il est là, en bas, devant la porte. Et le voilà qui se dirige dans ma direction. Bon. Trop tard pour filer.
Je prends l’aspect le plus délabré et le plus menaçant possible et m’avachis sur l’escalier comme un ivrogne. [Altère. Clés : la Cabale. Métamorphe. Malléable. 8+3=11, pour trois Fluides que je convertis en parfaitement-déguisé-3.] Quand le faisceau de la lampe m’atteint, je me mets à beugler. Mon gabarit fera le reste.
« Ah ! Mes yeux, putain !
— Qu’est-ce tu fous là, toi ?
— J’avais faim. Et froid. C’est un crime ?
— C’est une propriété privée, tu te crois où ?
— C’est bon, c’est bon », dis-je en me redressant de toute ma hauteur avant de descendre à pas lents, bien pesés, chacune des marches de métal que je laisse résonner sous mon poids. S’il n’est pas complètement timbré, cela devrait lui passer l’envie de jouer au héros.
[Influence. Il s’agit de convaincre ce vigile qu’il est inutile de me chercher noise. Clés : Force herculéenne, et j’ajoute parfaitement-déguisé-3. 5+4=9. S’il s’interpose, il écopera de intimidé-4. il juge donc préférable de ne pas le faire, mais il protège ses intérêts malgré tout.]
« Dé… Déguerpis ! Ou j’appelle la police !
— Ouais, ouais. »
Je lui lance mon plus beau sourire en repartant vers la sortie, l’adresse de Bark en poche.

*

Quatre heures, sur les pavés de la Vieille Ville. Pas un chat. L’adresse est dans les beaux quartiers, sur les Pentes, où les ruelles du mail laissent place à ces jolies allées sinueuses constellées de lampadaires art déco pour éclairer les belles villas et leurs systèmes d’alarme dernier cri. La demeure patricienne de ce cher Bark est blottie au creux d’un virage, légèrement en retrait. Fraîchement repeinte, astiquée, rutilante. Haute grille. Détecteur de mouvement pour l’éclairage du perron. Tout autre chose que l’atelier des sardines en boîte.

Je ne me fais pas trop de souci pour les barreaux, cela dit. Rien de plus facile que de m’y faufiler dans un recoin sombre. De là, sauter sur le toit, après quelques préparatifs. [Altère. Clés : La Cabale, Métamorphe, Malléable. 3+3=6. Dam !] Mais quelque chose cloche. Ma magie n’opère pas. [La clé Cabale est brûlée !] Pourquoi ? Comment ? Tant pis, je me lance discrètement à l’assaut de la paroi [Feinte. Clés : Je ne suis pas là. Force herculéenne. 11+2, nickel.] D’un bond, j’atteins le mur au niveau du premier étage et m’y cramponne, puis je fais le tour de la maison à la recherche d’une ouverture. Les volets sont fermés partout, mais je trouve un velux sur le toit. Je l’empoigne et tire. [Affronte. Le but : ouvrir ce fucking Velux. Clés : Force herculéenne, Homme de main. 5+2=7, et je choisis d’ouvrir ce fucking velux.] Le boucan est abominable. [Sur un 7-9, cette manœuvre ne permet pas de contrôler d’éventuels effets négatifs, sous forme d’États, quand on choisit d’accomplir son but : le Golem est donc grillé-2, ce qui rend pratiquement impossible de poursuivre sur l’approche discrète]. Je saute à l’intérieur et me trouve dans un vieux grenier dont je repère bien vite la trappe qui m’amène à l’étage du dessous. J’entends du barouf derrière une porte que j’ouvre sans réfléchir pour tomber nez à nez avec ce binoclard qui en effet me rappelle quelque chose, malgré ma mémoire en emmental. Bark, là, devant moi. Je le chope par le colbac [Affronte. Clés : Force herculéenne, Homme de main] mais sous sa chemise apparaît alors un symbole, dix cercles reliés en trois colonnes [Il faut expliquer pourquoi la Clé Cabale a brûlé : je choisis donc d’attribuer à Bark une protection mystique qui confère un désorienté-2 à toute créature magique qui voudrait s’en prendre à lui, la manœuvre se fait donc à 0 : 4. Nope. On passe à perdu-3] qui me fait l’effet d’un électrochoc. Bark se dégage et se met à m’agiter ce pendentif diabolique sous le nez. Je trouve tout juste la force de crier.
« QUI ? QUI CONNAÎT MON NOM, BARK ? EGON M’A TOUT DIT !
[On tente un petit Influence de la dernière chance, sur lequel les deux États précédents n’ont pas prise. Clés : Mon créateur. Mystique. Mais faiblesse : Mon nom. 9+1 ! C’est déjà ça de gagné.]
— Qui ? Mais mon pauvre agneau docile, la Cabale des dix, voilà qui !

***

Encore une session qui a bien fonctionné, ça s'écrit un peu tout seul (comme je l'explique en trop long sur le Discord : ce système m'aide à savoir quoi dire, ce qui est très exactement ce que je recherche dans le solo, et même, même si dans une moindre mesure, autour d'une table). Reste à déterminer la suite !
BenjaminP
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Re: [City of Mist // Solo] L'oiseau de mauvais augure

Message par BenjaminP »

[Les caracs du Danger Hector Bark ont ainsi été décidées, au moins en partie. Nous savons déjà qu’il est pourvu de la Clé de scène Amulette, et que tant qu’elle est présente, les rifts prennent désorienté-2. On sait aussi qu’il peut, en hard move, le poser de nouveau, qui le fait passer à 3 (puis à 3.2, etc.) En revanche, il ne doit pas être bien solide, mais il est très riche, et puissant, bien que probablement pas encore très solide politiquement. Disons donc que ses Spectres de défaite seront Contusionné-2, Acheté-5 et Dévoilé-3.]

Cette truffe à lunettes est si contente de me tenir à sa merci qu’elle en oublie la menace qui lui fait face. Fermant les yeux un instant pour endormir encore sa prudence, j’enfle d’un seul coup jusqu’à absorber en moi son avant-bras et, avec lui, son précieux colifichet. [Altère. Il s’agit de tenter de priver Bark de sa clé de scène. Clés : Corps d’argile, Malléable, Métamorphe, mais perdu-3 joue, bien sûr, pour un total de 0. Suspense… 10 !!! (Je suis presque déçu, j’imaginais déjà jouer l’enfermement du golem, mais ça viendra peut-être, qui sait ?) Je choisis donc de brûler la Clé Amulette, et de réduire ce pénible État à désorienté-2.] La douleur est insoutenable, j’ai l’impression de me consumer de l’intérieur mais la tête de Bark me guérirait presque : terreur pure. Je pousse alors mon avantage et je lui envoie un coup de boule en plein dans les carreaux. [Je crois qu’on peut dire que le Golem a très clairement une ouverture à ce moment, il peut tenter de Défoncer. Mieux, il va assurer le coup en brûlant la Clé Homme de main — sa foi en Egon est ébranlée par tout ça — ce qui permet d’obtenir automatiquement un résultat final de 8 et un pouvoir de 1 (car l’État est tout de même soustrait). Je choisis d’augmenter le palier pour lui infliger un nez-cassé-2.] Les lunettes volent après un crac hautement satisfaisant qui le met à genoux. Une légère fumée s’élève de ma poitrine, que je traite par le mépris. Entre mes deux yeux, l’aleph s’est remis à briller.
« Maintenant, mon pauvre agneau docile, tu vas m’écouter bien attentivement. »

[Passons directement à ce que le Golem pourra apprendre de cet « entretien » par une manœuvre Enquête. Clés : Mystique (il s’agit de la cabale des dix), Mon créateur. 3+2, fuck.] Malheureusement, l’agneau n’a pas le temps de se mettre à table : voilà que les loups débarquent [Hard move : faites pleuvoir les ennuis]. Deux oreillettes-costards bien décidés à justifier leur salaire et leurs frais d’équipement, lancés comme des torpilles dans l’escalier. Plus le temps de traîner, je me replie en vitesse vers le grenier, où bien sûr ils me suivent, mais au moment de passer le vélux, je tente ma spéciale « Houdini ». Je me fais ombre liquide qui revient au néant. [Feinte. Clés : Métamorphe, Je ne suis pas là, Malléable. 7+3-2=8. Flûte, je crois bien que je suis obligé d’y laisser l’amulette.] Quand ils arrivent en haut de l’échelle à leur tour, c’est trop tard, je ne suis déjà plus là, plus qu’une masse informe sur le toit, au milieu des tuiles et de la nuit. Seule demeure, sur le plancher du grenier, l’amulette du petit poucet.
[Ouf, le Golem a eu une nuit bien remplie et bien mérité un peu de repos, dont il profitera pour retrouver toutes ses clés brûlées. Il est à présent lui aussi sur la piste de la Cabale des Dix. On devrait repasser à Amos pour la prochaine scène.]
***

Une note technique, ici. Je suis de plus en plus satisfait de la façon dont les clés nourrissent le récit. Évidemment, cela tient sûrement beaucoup au fait que j’écris tout ça, et qu’ainsi, en quelque sorte, le langage des règles est aussi le langage naturel de la partie. C’est toujours plus facile de plaquer du sens sur un texte clairement posé devant soi plutôt qu’aux actions parfois désordonnées d’une tablée dans le feu de la discussion. MAIS, ce n’est pas que ça. Par exemple, l’idée « d’engloutir » l’amulette vient clairement des clés du golem, de cette idée d’une masse d’argile malléable à laquelle sa volonté donne forme, et la possibilité que donne la manœuvre « Altère » de brûler les Clés de scène vient ici en renfort parfait : elle permet au clé de pouvoir de se manifester dans la fiction, de lier leurs fonctions mécanique et narrative. En retour, la mécanique qui aboutit à brûler la clé Amulette n’obère pas son pouvoir narratif : l’amulette est toujours là, bien présente dans l’histoire (en son cœur, pourrait-on dire pour le plaisir du vilain jeu de mot). Elle sert d’ailleurs de nouveau ensuite, puisqu’elle devient ce que le Golem est obligé d’abandonner suite à deux « mauvais » jets : l’Enquête qui aboutit à un Hard Move (la sécurité débarque), et la Feinte, dont le succès trop limité oblige à ce sacrifice. On la reverra donc, assurément. De même, brûler la Clé Homme de main pour décrocher son objectif est plein de sens, plein de potentiel narratif. On peut d’ailleurs supposer que sa petite expédition va créer des ennuis à Egon, ce qui va contre l'Identité du Golem « Je dois le protéger à tout prix », une tension qui sera sûrement elle aussi génératrice de fiction plus tard.

Vous noterez au passage que cette « Nuit du Golem » aura été intégralement générée par un tout petit oracle, « banquise », venu s’ajouter au tirage aléatoire qui avait aboutit à Hector Bark. L’oracle n’a plus été sollicité ensuite, et pourtant, rien n’était écrit à l’avance, j’ai purement joué « pour voir ce qui allait se passer ». Les lieux et les rebondissements se sont dessinés au fur et à mesure des Manœuvres, très naturellement. Bref : essayez City of Mist en solo, vous verrez, ça marche d’enfer.
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