De noirs rêves
9ème séance — Été 2946
Préambule
Le rêve se fait plus saccadé, comme si la lutte entre Dame Irimë et le Roi au Gibet s'intensifiait encore.
Vous partagez le sort qu'ont connu les villageois de Combefoin il y a cinq siècles. Enchainés, vous marchez vers le sud pendant de nombreux jours. Au cours de cette marche pénible, ceux qui ne suivent pas le rythme sont fouettés. Quant à ceux qui s'écroulent, on les laisse mourir sur place. Plus d'un millier de prisonniers sont ainsi emmenés. Les Orientais ne laissent pas les esclaves souffler et se servent des fouets destinés aux chevaux si nécessaire, mais ne se montrent pas inutilement cruels. Ils ne torturent pas leurs prisonniers et ne s'amusent pas à leurs dépens.
Dans le rêve, les jours passent vite, comme un moment d'horreur qui se prolonge. Avant même de s'en apercevoir, votre Compagnie traverse les Champs d'Iris et poursuit en direction de Dol Guldur. Alors que Beran, Lifstan et Ithildir reprennent quelques forces, Ailla essaie peut-être de s'enfuir. Cependant, à l'image de ce qui s'était passé à Combefoin, les Orientais déjouent toutes ses tentatives.
En arrivant au Goulet de la Forêt, la caravane croise la route d'une colonne d'Orques. Les Orientais leur remettent les esclaves puis s'enfoncent à l'est, dans la forêt, tandis que les Orques fouettent les prisonniers pour les pousser au sud.
Lorsque Dol Guldur, le Mont de la Sorcellerie, apparaît enfin, vous êtes tous épuisés, de même que les autres prisonniers. Aldor, en particulier, a une fièvre terrible et tousse énormément. Vous êtes poussés dans un tunnel noir creusé sous la forêt et menant aux cachots situés dans les profondeurs de Dol Guldur.
Votre Compagnie disparaît alors dans l'obscurité.
Dans les geôles de Dol Guldur
La porte de la geôle s'ouvre à la volée dans un fracas morbide, plusieurs Orques, dont un borgne, déposent une tambouille infâme sur le sol et repartent en se moquant des occupants de la pièce. Le nain Aldor ponctue leur départ par une toux rauque, sinistre.
Sortis de leur torpeur, les Héros explorent rapidement la cellule : petite, voûtée, faiblement éclairée par un œil-de-bœuf étroit, les murs suintent une substance visqueuse noirâtre et de temps en temps des fumées caustiques envahissent l'air lourd. Parfois, la Compagnie entend des bruits sourds d'une machine en dessous d'eux. Les Compagnons sont apeurés, épuisés.
Lifstan et Ailla se concentrent rapidement sur le mal d'Aldor. À première vue, les blessures infligées par les non-morts à Combefoin se sont gravement infectées. L'aubergiste Nain est brûlant de fièvre. Ailla sort du fond d'une poche une baie d'églantier noir séchée qu'elle avait conservée. Lifstan déchire ses vêtements afin de réaliser des cataplasmes de fortune. La vieille Balvina d'Hirtherd serait fière d'elle. Aldor tousse déjà moins, il semble apaisé et ouvre les yeux. Lifstan lui serre la main et l'assure qu'un autre Nain des Montagnes Grises ne mourra pas à ses côtés. Quand Ithildir entonne la chanson attribuée à Thorin Oakenshield :
Au-delà des montagnes embrumées
Non loin des sombres cavernes du passé
Les pins rugissaient vers le ciel haut et fier
Les vents gémissaient dans la nuit d'hiver
Rouge, le feu, sur mille lieux
Flambaient les arbres torches de lumière
Ce chant fait l'effet d'une belle flambée dans une nuit glaciale : Aldor se ragaillardit et les autres occupants de la cellule se sentent emplis d'une nouvelle force. Seul Geb semble peu réceptif aux vertus des notes elfiques. La tête entre les mains, il est résigné : à quoi bon soigner le Nain, tous vont mourir de toute façon. Lifstan et Beran dialoguent avec lui et tentent de lui redonner espoir. Il rit nerveusement. Fondu au noir.
Les Compagnons reviennent sur le champ de bataille, le Roi au Gibet et Dame Irimë continuent leur lutte : cette dernière se tourne avec peine vers ses Héros et les enjoint à continuer à se battre contre la maladie, la peur et la souffrance. Fondu au noir.
La proposition d'Annatar
La porte métallique s'ouvre à nouveau, mais avec une certaine délicatesse cette fois. Un Homme du Peuple des Bois richement vêtu se présente avec un plateau rempli de victuailles appétissantes. Les Compagnons sont en effet affamés.
Annatar, c'est son nom, tente de convaincre les prisonniers de l'inutilité de leurs souffrances. Il explique qu'il est au service du Maître de Dol Guldur. Il a comme projet de reconquérir la Forêt Noire et de lui redonner son lustre. Si ses interlocuteurs plient le genou, ils recevront une place de choix à ses côtés. Pour preuve de ses bonnes intentions, le Maître de Dol Guldur leur fait porter une nourriture et des boissons servies habituellement à sa table. Annatar refuse d'en dire plus sur son Maître et assure les Compagnons qui lui font front de ses bonnes intentions. Il s'en va en leur laissant la journée pour réfléchir à sa proposition. En fermant la porte derrière lui, il ajoute : « Mieux vaut vivre que mourir, non ? »
Le choix de Geb
Les débats vont bon train. C'est surtout Geb qui entend accepter la proposition d'Annatar. Ithildir lui raconte alors l'histoire de ce prénom. Il n'est pas choisi par hasard. C'est celui qu'a arboré Sauron le Maléfique quand il a trahi les Elfes, notamment le grand artisan Celebrimbor. Sous ces traits, il a fait forger les Anneaux de Puissance qui se révéleront maudits. Il n'y a donc que de la traîtrise à attendre de la proposition d'Annatar. Quant à Lifstan, il rappelle à Geb qu'il y a toujours un espoir. À la surprise de ses Compagnons, il affirme qu'il va accepter l'offre et va profiter de cette liberté pour aider ses Compagnons de l'extérieur. Une lueur maligne s'allume dans les yeux de Geb. Il se gausse de l'idée du Bardide : pense-t-il vraiment que les geôliers croiront à la supercherie ? Le ménestrel explique qu'il a l'habitude de jouer de multiples rôles, il sera plus crédible. Quant à Rodwen, elle sort de son silence, pose sa main sur le bras de Lifstan. Elle lui dit qu'elle a besoin de son courage invincible en ces lieux.
Quand Annatar revient, chaleureux, les occupants de la cellule le reçoivent avec froideur. Déçu, il est prêt à s'en aller quand Geb se lève et accepte de plier le genou. Il cède donc le pas à Annatar, jette un dernier regard aux Compagnons affichant une apparente morgue puis leur adresse un clin d'œil explicite. Fondu au noir.
L'arène
La porte claque à nouveau. L'Orque borgne refait son apparition avec plusieurs acolytes. À leurs mines goguenardes, ils préparent un mauvais coup. Ils jaugent les occupants de la cellule et jettent leur dévolu sur Lifstan. On lui met une cagoule immonde sur la tête et on le conduit dans un tortueux enchainement de couloirs avant d'être jeté dans le sable. On lui retire le sac : Lifstan est dans une arène entourée de hauts murs maculés de taches sombres. En haut de ceux-ci, un attroupement d'Orques et de Gobelins huent le Bardide à qui mieux mieux. La seule issue est barrée d'une herse… et derrière celle-ci quelque chose qui grogne comme un taureau et qui s'agite comme une montagne : un Troll des Collines ! Lifstan en a combattu durant la Bataille des 5 Armées, il tente alors de se moquer de lui, mais sa tentative ne fonctionne qu'à moitié. Fou de rage, le Troll l'envoie valdinguer. Les passes d'armes qui s'ensuivent ne sont pas au goût du public orque qui hue de plus belle les combattants.
Lifstan est ramené dans sa cellule, mal en point. Le Borgne se tourne alors vers le jeune Haleth : « T'es le suivant, petit ! On reviendra demain soir. » Quand la geôle se referme, il fond en larmes. Ailla se rapproche et lui parle avec assurance. Il ne combattra pas demain soir, elle prendra sa place. Elle improvise un déguisement en se barbouillant les cheveux et le visage. Haleth est placé dans le fond de la cellule, derrière Beran. L'heure du repas arrive et les Compagnons découvrent avec satisfaction des bandages et de l'eau propre dans le plateau qui leur est servi. Geb tient parole ! Quand les Orques reviennent, Beran et Lifstan s'opposent à la prise du faux Haleth qui se débat. Les deux compagnons se font malmener, mais la diversion fonctionne.
En pleine arène de Dol Guldur, Ailla brille contre le Troll. Elle ne cesse de le railler et d'esquiver ses coups gauches. Fou de rage, il se rue de part et d'autre de l'arène perdant peu à peu le souffle. Les Orques finissent par conspuer eux aussi leur champion qui s'effondre, épuisé.
Quand le Borgne ramène Ailla parmi les siens, sa mine maussade en dit long sur l'issue du combat. Haleth se jette sur la jeune combattante et la remercie mille fois. Aujourd'hui, elle vient de lui sauver la vie. Fondu au noir.
Le dernier assaut du Roi au Gibet
L'aube point alors que la Dame et le Roi au Gibet sont encore pris dans leur lutte magique. Irimë n'a pas bougé de la nuit, mais les traits glacés de son visage sont rosés par les premiers rayons du soleil. La phase finale de l'affrontement a débuté.
Retour dans la cellule : celle-ci est soudain envahie par une force surnaturelle indomptable. Elle prend la forme du Roi au Gibet, mais plus sombre et terrifiante encore. Une lueur verte irréelle inonde la pièce alors qu'il se jette sur Rodwen. Ses mains se transforment en serres torves pour la saisir à la gorge. Tantôt, elle est Rodwen, tantôt, elle est Irimë. La voix crissante du spectre s'élève dans la pièce : elle tente de retourner la Compagnie contre leur protégée. Ithildir tente de faire vibrer une dernière once d'humanité chez l'ancien Alderman de Combefoin, mais en vain. Les Héros restent fidèles à leur Dame : ils subiront donc le même sort qu'elle ! L'Esprit s'attaque directement à leurs esprits, cherchant la moindre faiblesse pour les faire flancher. Mais les dernières épreuves ont renforcé la Compagnie et elle résiste fermement !
Les Héros se réveillent ! Dame Irimë se découpe sur le soleil levant. Le Roi au Gibet, monstrueux, semble suspendu dans les airs et la frappe au moyen de griffes d'ombre, mais elle n'a pas peur. Elle lève la main et c'est comme si l'aube se mettait à étinceler au bout de son anneau. L'Esprit geint et disparaît alors que le jour se lève sur les Terres Sauvages. La Noldor sourit aux Compagnons : « J'ai eu raison de vous choisir comme escorte. »
Épilogue : Amis des Elfes
Autour d'eux, les derniers guerriers Orques sont abattus par les forces réunies des Hommes du Nord, des Elfes sylvestres et des troupes alliées ayant accouru de Fondcombe. Les Héros font d'ailleurs la connaissance des fils d'Elrond, Elladan et Elrohir.

Ces guerriers de renom marquent la plus grande déférence aux Héros, conscients de leur exploit. Après avoir compté et pleuré leurs pertes, conversé sur leurs périples de ces derniers jours et s'être préparés à se séparer, les Compagnons échangent leurs derniers mots avec Dame Irimë : elle leur sourit tendrement et les nomme « Amis des Elfes » au moment où une étoile azurée pulse quelques instants sur leur front. Elle les met en garde contre le Roi au Gibet, car elle sent qu'il hante toujours la Vallée de l'Anduin… mais plus au sud. Enfin, elle confie son Anneau, l'Anneau de l'Aube à Ithildir. Elle pensait le prendre avec elle, mais elle se rend compte qu'un tel artefact peut s'avérer utile contre l'Ombre qui rôde encore.
Les troupes d'Imladris ont fait le voyage en compagnie de Branna, la messagère de Radagast. Celle-ci reçoit une merlette sur son épaule qui lui confie quelque message. Elle suggère alors aux Compagnons de l'accompagner jusqu'à Rhosgobel. Radagast le Brun souhaite s'entretenir avec eux.
Séquence finale
Sur le chemin de Rhosgobel, Ithildir consulte son carnet afin d'y annoter des précisions qu'il a pu glaner dans le rêve. Il se rend compte de deux pages restées collées entre elles : quand elles révèlent leur secret, l'Elfe découvre que dans les années qui ont suivi le sac de Combefoin, un certain Haleth, aidé par un Homme des Bois du nom de Geb s'est soulevé et a mené une émeute dans Dol Guldur qui a permis de prendre leur geôlier le plus sadique et de le pendre haut et court. La révolte a été matée dans le sang, mais quelques prisonniers ont pu s'échapper. Une Elfe sylvestre notamment dont l'histoire a oublié le nom…