En partant faire un Tours…
Disons-le clairement : quels que soient leurs petits défauts, nos PJs n’aiment ni les flics ripoux, ni les sociétés secrètes, ni les groupuscules d’extrême-droite, ni les fauteurs de coup d’état…
Alors à l’unanimité il est décidé de laisser tomber le but initial d’aller à Briare t de filer dare-dare vers Tours afin de retrouver le ci-dessus dénommé Inspecteur Lecreux de la Sûreté actuellement replié à la Préfecture à Tours et lui remettre ses instructions.
On joue "juste" les messagers et après on s’en va, promis-juré !
Merde, quoi !
Bon ! Les PJs sont du côté de Nemours ; ils n’en sont pas sûrs, cela dit car tous les panneaux indicateurs ont été arrachés pour dérouter d’éventuels "parachutistes allemands"… sans doutes les mêmes qui alimentent la "Cinquième colonne".
Sauf que les PJs n’ont même pas une carte routière avec eux (y’a une grave pénurie de cartes dans l’armée française de 1940, au point même les cartes et autres guides Michelin n’ont pas de prix…)
En outre, on conserve les mêmes précautions anti-Luftwaffe : recherche au maximum du couvert des arbres sous de chemins de traverse fort sinueux… alors forcément on n’avance pas plus vite qu’en vélo, alors que Tours est à 200km.
Heureusement, le sergent et chauffeur De Groot est un champion de l’orientation "au pifomètre"…
A ce rythme-là : 12h à 13h de route.
Si tout va bien.
Ha. Ha.
"Bonjour Messieurs-dames, Gendarmerie nationale." (avé l’assent !)
A peine une heure plus tard, les Pjs tombent sur un barrage de la gendarmerie : une camionnette, des gendarmes en tenue de maintien de l’ordre et des chevaux de frise en travers de la route…
Et un groupe hétéroclite de soldats français en Hispano-Suiza ce ne serait pas des déserteurs par hasard ?
Le pandore regarde nos PJs avec la suspicion du professionnel à qui on ne la fait pas mais Luchiani essaye de passer à la tchatche, exhibe ses ordres de mission et affirme qu’ils doivent rejoindre Briare et que faute de carte ils se sont perdus… ce qui reste assez proche de la vérité. Et au bout de quelques dizaines de minutes de palabres, ça marche !
Plus ou moins, disons, car il n’empêche que le gendarme semble à demi convaincu ; il laisse néanmoins passer les PJs en leur indiquant la route à suivre, tandis que l’on voit distinctement son collègue utiliser longuement la radio de la camionnette…
L’Hispano-Suiza des PJs reprend sa route, toujours à allure modérée et toujours pour les mêmes raisons, et en plus les routes sont assez mauvaises dans le coin, ce sont plus des chemins vicinaux qu’autre chose mais la couverture d’arbre reste globalement rassurante quand on parle du ciel…
Les PJs entendent soudain un vrombissement de gros moteurs s’approcher, oui ! C’est bien un avion !
J’avais un pote, hé !
Mais attention, c’est un avion FRANÇAIS, cette fois !
Rien de moins qu’un très joli Potez 631, bimoteur de chasse assez courant dans l’armée de l’air, dont les cocardes tricolores sont quand même plus rassurantes que les croix noires rencontrées jusqu’ici…
Sauf que…
Sauf que le pote français semble survoler la voiture des PJs d’une façon insistante, trop insistante pour que cela ne paraisse pas suspect…
Un pressentiment (et l’habitude d’être bombardé, sans doute) amène le sergent-chef De Groot à rechercher le couvert des arbres et à se préparer au pire…
Bien lui en prend : le Potez bascule brutalement sur l’aile et plonge sur leur voiture, le Pom-Pom-Pom des canons de 20mm Hispano-Suiza HS 404 se fait entendre, mais De Groot esquive la rafale par un magnifique dérapage au frein à main, les obus percutent la route sur la gauche de la voiture et leur explosion crible le côté gauche d’éclats, explosant les vitres et transformant le flanc gauche en écumoire…
Coup de bol : personne n’est blessé.
De Groot écrase l’accélérateur pour gagner le couvert des arbres, mais le Potez revient sur eux, très bas et très lentement pour bien ajuster son tir, pensant n’avoir rien à redouter de sa cible.
Grave erreur !
Parce que durant son séjour aux colonies, le capitaine D'Arochay de Lamargue se rappelle avoir chassé le lion et que face à un prédateur qui vous poursuit, le mieux est encore de viser la tête.
Il s’empare du mousqueton Berthier de De Groot, prend appui sur le marchepied de la voiture, épaule son arme, vise…
PAN !
Détail : en 1940 le pare-brise des avions français (et de la plupart des modèles étrangers, du reste) n’est pas blindé. La balle de 8mm traverse ledit pare-brise, la vitre de collimateur et l’œil droit du pilote qui est tué sur le coup.
A ce moment-là, la voiture passe sous le couvert des arbres, l’aile droite de l’avion désemparé en heurte la cime, s’arrache et, après une magnifique pirouette le reste de l’appareil atterrit dans un étang qui bordait le bosquet…
Heureusement, car un Potez 63 emporte près de mille litres d’essence, un joli briquet en perspective…
Mais avec une chute dans l’étang, pas de feu, pas de fumée. Ni vu, ni connu je t’embrouille…
Le capitaine D'Arochay de Lamargue fait arrêter la voiture et se dirige vers la carcasse du Potez (l’aile lui sert de passerelle) : le pilote est mort et curieusement la place arrière normalement utilisée par le mitrailleur est vide…
Les instructions de vol et ordre de mission sont fixées à sa cuisse, elles consistent en un bref message :
"Trouver et signaler tout véhicule ou groupe d’individus circulant dans un rayon de 25 km autour de Nemours."
Ca a au moins le mérite d’être clair.
Pour les PJs il ne fait aucun doute que cet ordre les concerne : bref "on" les recherche, "on" les traque et "on" a de sacrés complicités dans les armées pour mobiliser ainsi des avions déjà si rares sur le front simplement pour les retrouver…
Au fait : le Potez avait une radio a-t-il eu le temps de les signaler ?
‘va falloir la jouer fine…
(à suivre)