Je fais partie de ceux qui ne sont toujours pas certains d'avoir compris la question de base, même reformulée, et qui ne sont pas non plus convaincus qu'on soit en train de réinventer la théorie GNS avec 25 ans de retard, essentiellement parce que la notion même de GNS a pu évoluer avec l'apparition de propositions ludiques qui n'existaient pas il y a 25 ans.
On est pas rendus.
Quoi qu'il en soit, je vais tenter de répondre à ce que j'ai compris de la question, en espérant que ce soit utile à la discussion.
Tout d'abord, je vois deux aspects possibles à la question initiale, qui ne s'excluent pas forcément mais ne recouvrent pas la même chose :
1) l'immersion vue comme une expérience "réaliste" dans lequel le système se fait oublier VS les systèmes qui privilégient le genre qu'ils émulent au détriment de l'immersion et du réalisme.
Typiquement, la seconde catégorie me fait penser à des systèmes comme FACES, 7th sea, Barbarians of Lemuria ou même DD qui assument leur côté cinématographique, avec une distinction assumée entre pjs et pnjs/piétaille, une récupération peu réaliste et des indications du type : "on ne compte pas d'armure en termes de règles même si l'opposant en porte une, parce qu'on est dans une optique ciné et que les méchants anonymes meurent en un coup face aux héros" (je me rappelle un truc approchant dans FACES), ou encore "les pjs ne peuvent pas échouer sauf si les joueurs le veulent, car l'important c'est que ça soit classe" (ce qui est un peu le principe de 7th sea si j'ai bien compris).
Selon moi, ces parti-pris assumés n'empêchent pas l'immersion, mais peuvent l'affaiblir car elles demandent explicitement une
suspension d'incrédulité.
A côté de ça, comme évoqué plus haut (par ErwanG si je ne m'abuse), il y a aussi la
question de l'adéquation entre le système proposé et l'univers/le type d'histoire qu'il est censé émuler : si un univers propose par exemple une magie mystérieuse teintée de superstition et de mysticisme alors que le système propose un système bien carré et prévisible à base de sortilèges préécrits et de points de mana qui se régénèrent, ça peut nuire à l'immersion parce que le système sera tellement différent de la promesse de jeu qu'il ne permettra jamais de rendre complètement l'univers dépeint, et donc de s'immerger dedans.
En écrivant les passages ci-dessus, je me demande si le réalisme est ou non une condition sine qua non de l'immersion.
J'ai l'impression que c'est plutôt une question d'ampleur et d'adéquation de la suspension d'incrédulité induite par le système par rapport à l'univers de jeu et l'expérience voulue.
A titre personnel, ma préférence va à limiter la suspension d'incrédulité au maximum, c'est-à-dire que le système colle à l'univers et à la proposition ludique ET que ladite proposition ludique n'implique pas d'assumer un 4e mur visible en permanence.
Autrement dit : pas de souci pour accepter le surnaturel dans un univers de jeu qui en contient, par contre je suis moins client des orientations "cinématographiques" qui rendent le décor et le système trop visible.
Sans surprise, je me définis comme étant du côté du spectre "immersion" au sens de cette question.
2) 1ère Vs 3e personne
C'est la fameuse distinction entre le JDR "à l'ancienne" et la "narration partagée" (qui porte mal son nom d'après moi, puisque par définition toute narration est forcément partagée dans le JDR, sauf JDR solo).
En gros, c'est opposer le schéma avec un MJ qui gère le scénario, l'univers et les pnjs, et les joueurs qui ne s'occupent que de leur PJ, et les schémas dans lesquels les joueurs "partagent" le rôle du MJ en co-créant avec lui le scénario et l'univers, ou encore en incarnant des pnjs.
En ce qui me concerne, je suis un irréductible client de la "1ère personne" en tant que joueur, tout en étant légèrement plus souple en tant que MJ, mais pas beaucoup.
J'ai par exemple testé le système de focus des Ombres d'Esteren avec mes joueurs et j'ai trouvé l'expérience intéressante, mais je ne crois pas que j'irais beaucoup plus loin.
Le PBTA ou les bacs à sable co-créés, ce n'est clairement pas ma tasse de thé.
Là aussi, je me définis comme privilégiant l'immersion, avec un principe simple : limiter au maximum ce que sait, voit ou ressent le joueur avec ce que sait, voit ou ressent son PJ. Laisser le 4e mur intact ET invisible.
Je fais par exemple partie des dinosaures (si je me rappelle bien une discussion sur un autre film il y a quelques années

) qui va s'isoler dans une autre pièce avec un joueur quand son PJ quitte le groupe (et j'autorise le reste du groupe à regarder par la serrure lorsque leurs pjs peuvent aussi le faire dans l'histoire...).
Voilà, j'espère que ma réponse répond aux questions du fil (et si en plus elle intéresse quelqu'un, c'est fiesta!)