De passage à la Fnac au début du mois de janvier, il m’a pris la tocade d’acheter quelques romans d’auteurs belges, et notamment ce premier roman de Thomas Gunzig, qui est aussi un chroniqueur de la Rtbf, dont j’apprécie régulièrement les bons mots sur Facebook.
Le protagoniste de ce roman est une sorte de paumé qui vit, de son propre aveu, de magouilles. Il se retrouve dans les emmerdes jusqu’au cou lorsqu’il couche avec Minitrip, la femme de Jim Jim Slater, un chanteur célèbre: il finit par se disputer avec elle et lui casser les dents, ce qui rend quelque peu furax le régulier de la belle. En échange de son pardon, Jim Jim demande à notre “héros” de le débarrasser d’une chanteuse concurrente qui lui fait de l’ombre dans les charts…
Voilà pour le pitch. Les événements décrits dans le roman sont dans la droite lignée des romans noirs, avec un petit côté surréaliste et pince sans rire qui est la marque de fabrique de son auteur. Reste que la fin du roman est assez dure et probablement un peu "too much" à mon goût. A réserver aux amateurs de romans et d’humour noirs.
Lectures de 2026:
Spoiler:
1. "Mort d’un parfait bilingue", de Thomas Gunzig (6/10).
"Si tu souffres à propos de quelque chose d'extérieur, ce n'est pas cette chose qui te trouble, mais ton jugement sur elle ; il dépend de toi de le faire disparaître." - Marc-Aurèle
J'ai récemment terminé "L'Avant poste" de Mike Resnick, roman de Western Spatial, dont la couverture française est absolument dégueulasse soit dit en passant, qu'est-ce que c'est que ce truc ? Pourquoi un des "aliens" à la tête d'Eric Zemmour ? Bref.
C'est un roman qui j'avais commencé un peu par dépit, parce qu'a la base je voulais lire "Santiago" du même auteur mais mon libraire était infoutu de le commander, donc faute de grives j'ai du manger du merle. Et bien je dois dire que j'ai été agréablement surpris, je n'ai pas vu venir la véritable claque que je me suis pris avec ce roman. J'y suis entré à reculons parce qu'il est catalogué sur internet comme un "roman humoristique", et que l'humour à tendance à rendre les choses dérisoires. Alors certes, "L'Avant-Poste" est on ne peut plus truculent, avec beaucoup de passages qui m'ont bien fait marrer, mais cela n'empêche absolument pas l'auteur de glisser habilement vers des passages bien plus mélancoliques, voir même tragiques, un jonglage entre les différents tons qui le rapproche des classiques du Western italien. Ce roman ne raconte finalement pas grand chose, mais il n'est pas ennuyeux loin de là ! car en fait le principe est qu'on assiste nous lecteur à une longue, très longue soirée alcoolisée entre différents criminels et autres baroudeurs de l'espace, qui ont tous décidés de chacun s'échanger des histoires et des anecdotes. le véritable cœur du récit se trouve donc dans ses personnages, tous très différents et très intéressants, dont le portrait va se déployer au fur et à mesure des histoires qu'ils vont bien vouloir partagés. La forme est très orale, puisque loin d'être un fleuve tranquille, les histoires sont très souvent interrompues par les personnages qui se confondent en question, en invectives et parfois même en insultes. Ce roman entretient donc un rapport très particulier entre la vérité, la fiction et tout se qui peut se trouver entre les deux, ce qui n'est pas sans rappeler des classiques du Western comme "L'homme qui tua liberty valence". Et puis à la fin, il y a un twist que je ne spoilerai pas. Bref une excellente surprise que je recommande à tout les amateurs de Western, et de Space Opera.
Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson, 140 p., ed Galliamard, 2016
Jamais eu envie de lire du Tesson, mais bon, l'ouvrage en très bon état me tendait les bras dans la boite à livres (Bon, il y avait aussi Barbara Cartland et un policier des années 60 partant en lambeaux, le choix était facile)
Une lecture qui passe aussi vite qu'une ballade.
Sylvain Tesson semble parler à coeur ouvert, avec naturel, simplicité, culture aussi et non sans profondeur. (Mais.. pas profond, pourtant) Il y a des lettres, un peu de style (on à l'impression d'ailleus, qu'en bon lecteur, il aimerait bien être brillant et, d'ailleurs, parfois, il arrive à être bon, mais j'ai eu du mal à me départir du sentiment de labeur de plus d'un phrase bien troussé alors que l'ensemble, pour honnête qu'il soit n'est pas tout à fait du même niveau), quelques belles envolées.
L'Histoire? Sylvain traverse à pied la France du Sud est au nord Ouest, de Nice au Cotention, dit autrement.
Ce que je lui reproche? pas grand chose, sinon un certain inaboutissement a mon gout. 140 p pour une traversée de la France, c'est peu. Tout comme ses propos qui, s'ils sont loin d'être inintéressant et, même, par moment émouvant, n'atteignent pas la profondeur qu'on aurait pu attendre. D'où la question à la fin: Est-on en face d'une oeuvre tronquée pour s'en garder sous la pédale? D'une oeuvre d'urgence? un peu baclée, donc. Ou est-il au maximum de sa puissance d'évocation (ce qui serait triste)?
Enfin, toujours est-il que pour un premier Tesson, j'ai apprécié, mais non sans réserves. Je relirais, sans nul doute, l'auteur, ne serait-ce que pour confirmer - ou infirmer - mes premières impressions.
je ne peux m'empêcher de, tout de même noter une citation qui m'a bien plus: "D'autres parlaient d'augmenter la réalité. Un jour peut-être s'occuperaient-ils d'éclairer le soleil?"
Dernière modification par Harfang2 le lun. janv. 26, 2026 4:14 pm, modifié 1 fois.
Pas une critique, mais une réflexion linguistique liée à la littérature.
Il y a quelques années, Josée Kamoun a fait une nouvelle traduction de 1984. Dans une interview sur France Culture, elle explique ses choix. J'avais envie de savoir ce que la communauté Casus No pensait de l'un d'eux : elle a mis au présent un récit écrit au prétérit.
Voici un extrait de l'interview :
Spoiler:
"En anglais le prétérit c'est le temps de tous les récits : écrits, oraux, solennels, argotiques..., justifie Josée Kamoun. Mais il n'introduit aucune distance entre l'oral et l'écrit. Il n'en va pas de même en français. Le passé simple en français a toujours une certaine raideur, et circonstance aggravante, étant donné la concordance des temps, il va induire automatiquement le subjonctif imparfait, qui va donner un texte lourd et un peu pompeux"
& "Si vous mettez le passé simple, des subjonctifs imparfait, vous finissez par voiler ce texte d’une espèce de brouillage, de fumée et de bienséance et de cérémonie qui en atténuent l’impact. Je me suis sentie légitime à employer le présent parce que le traducteur traduit des effets, je me suis donc dit qu'il fallait passer par le présent."
Je dois avouer que je trouve sa réflexion tout à fait pertinente (mais je ne suis pas un gros lecteur).
Qu'est-ce que vous en pensez ?
Et que ressentez-vous vis-à-vis du passé simple (une caractéristique de la langue française) ?
Pas facile de répondre en tant que natif.
Pour m'être essayé à des fantrads de l'anglais vers le français, je suis assez d'accord. Bien qu'ayant conservé les récit au passé, je n'ai jamais été très satisfait du résultat, et je pense que le choix de la traductrice se défend tout à fait.
Membre unique et autoproclamé du Comité d'attribution de Point De Calembour Lame En Table Comme Seul Orphée Ose En Faire (PDCLETCSOOEF)
Lauréats :
Certains casusiens qui se reconnaîtront (suivez mon regard... et regardez leur signature)
Moi (4)
l'oisiveté a écrit : ↑lun. janv. 26, 2026 10:01 am
Pas une critique, mais une réflexion linguistique liée à la littérature.
Il y a quelques années, Josée Kamoun a fait une nouvelle traduction de 1984. Dans une interview sur France Culture, elle explique ses choix. J'avais envie de savoir ce que la communauté Casus No pensait de l'un d'eux : elle a mis au présent un récit écrit au prétérit.
Voici un extrait de l'interview :
Spoiler:
"En anglais le prétérit c'est le temps de tous les récits : écrits, oraux, solennels, argotiques..., justifie Josée Kamoun. Mais il n'introduit aucune distance entre l'oral et l'écrit. Il n'en va pas de même en français. Le passé simple en français a toujours une certaine raideur, et circonstance aggravante, étant donné la concordance des temps, il va induire automatiquement le subjonctif imparfait, qui va donner un texte lourd et un peu pompeux"
& "Si vous mettez le passé simple, des subjonctifs imparfait, vous finissez par voiler ce texte d’une espèce de brouillage, de fumée et de bienséance et de cérémonie qui en atténuent l’impact. Je me suis sentie légitime à employer le présent parce que le traducteur traduit des effets, je me suis donc dit qu'il fallait passer par le présent."
Je dois avouer que je trouve sa réflexion tout à fait pertinente (mais je ne suis pas un gros lecteur).
Qu'est-ce que vous en pensez ?
Et que ressentez-vous vis-à-vis du passé simple (une caractéristique de la langue française) ?
Pas facile de répondre en tant que natif.
Ce qu’elle dit est vrai mais s’applique autant au passé simple qu’au prétérit (elle aurait aussi pu prendre l’imparfait). Ça me semble donc surtout une bonne façon de mettre le texte au présent, de lui donner une immédiateté sans assumer l’effet de risque plus flagrant que ça donne.
Harfang2 a écrit : ↑dim. janv. 25, 2026 6:57 pm
Jamais eu envie de lire du Tesson
Pourtant c'est un auteur qui a de la bouteille...
Membre unique et autoproclamé du Comité d'attribution de Point De Calembour Lame En Table Comme Seul Orphée Ose En Faire (PDCLETCSOOEF)
Lauréats :
Certains casusiens qui se reconnaîtront (suivez mon regard... et regardez leur signature)
Moi (4)
Ma principale objection, c'est que le français a déjà un temps du passé oralisé : le passé composé, qui m'aurait semblé vastement préférable parce qu'il préserve à la fois l'intention de l'auteur et la temporalité du texte. Du moment qu'on oublie un instant le snobisme qui entoure son exclusion du champ littéraire, il remplit parfaitement cette fonction. Son seul problème, qui justifie d'ailleurs que le passé simple persiste dans nos récits, c'est qu'il est, eh bien, composé, donc plus long, pas toujours facile à manier (rien que pour la question des séparations entre auxiliaire et participe, par exemple en présence d'un adverbe).
Par ailleurs, le passé simple n'impose pas nécessairement l'imparfait du subjonctif ou peut le faire très discrètement. On s'en sort ainsi le plus souvent :
— en contournant : "bien qu'aveugle, il n'avait d'yeux que pour elle" ;
— en le cantonnant à la 3e personne du singulier, où il s'entend comme un passé simple : "elle n'était pas de son avis et qu'il fût sot n'arrangeait rien".
— en lui substituant un présent du subjonctif, comme à l'oral : "il fallait que ce soit clair".
On peut ainsi parfaitement obtenir un texte ni lourd ni pompeux.
Ce qui est certain, en revanche, c'est qu'on obtiendra un texte écrit. Le passé simple est, en français, réservé à l'écrit, on ne l'entend plus jamais ailleurs, et ça, c'est incontournable. Si la traductrice a jugé qu'il fallait avant tout oraliser, sortir le texte de ce cadre pour le verser ailleurs, dans une forme de pensée simultanée de l'action, passer au présent est culotté, en raison de l'aura de l'auteur et du livre, mais justifié par l'effet recherché. Je ne suis pas sûr que j'aurais choisi cette voie, encore moins que je l'aurais osée, j'aurais choisi le passé composé ou j'aurais rusé grâces à ces artifices notés plus haut (les ruptures de concordance se trouvant d'autant plus justifiée par le texte lui-même et son usage de novlangue), mais c'est son droit le plus strict.
Edit : un oubli — alors qu'il m'occupe beaucoup et d'ailleurs en ce moment même — à porter au débit du passé composé, mais aussi bien du présent, dont l'apport est donc neutre ici, ce sont les inversions sujets-verbes dans les dialogues, que le présent (et donc le passé composé, puisque l'auxiliaire est au présent) impose : ai-je écrit, ai-je dit, ai-je grondé. Ça sort tout de suite de l'oralité, pourtant la raison primitive du choix. Il faut souvent faire un pas de plus, s'éloigner encore de l'écrit, et là ça commence à faire grincer pas mal de dent, j'ai constaté. L'intention est louable et, personnellement, en tant que lecteur, quand c'est bien fait du moins, l'exécution est fluide et plaisante, je trouve. Mais bien des éditeurs et trices m'ont renvoyé dans mes cordes. Ça le fait pas, jugent-ils.
Killing Joke a écrit : ↑lun. janv. 26, 2026 12:44 pm
Et personne n'aurait une phrase d'exemple VO, ancienne traduction, nouvelle traduction, pour se faire une idée concrète ?
Amélie Audiberti a écrit :C’était une journée d’avril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures. Winston Smith, le menton rentré dans le cou, s’efforçait d’éviter le vent mauvais. Il passa rapidement la porte vitrée du bloc des « Maisons de la Victoire », pas assez rapidement cependant pour empêcher que s’engouffre en même temps que lui un tourbillon de poussière et de sable.
Le hall sentait le chou cuit et le vieux tapis. À l’une de ses extrémités, une affiche de couleur, trop vaste pour ce déploiement intérieur, était clouée au mur. Elle représentait simplement un énorme visage, large de plus d’un mètre : le visage d’un homme d’environ quarante-cinq ans, à l’épaisse moustache noire, aux traits accentués et beaux.
Winston se dirigea vers l’escalier. Il était inutile d’essayer de prendre l’ascenseur. Même aux meilleures époques, il fonctionnait rarement. Actuellement, d’ailleurs, le courant électrique était coupé dans la journée. C’était une des mesures d’économie prises en vue de la Semaine de la Haine.
Josée Kamoun a écrit :C’est un jour d’avril froid et lumineux et les pendules sonnent 13:00. Winston Smith, qui rentre le cou dans les épaules pour échapper au vent aigre, se glisse à toute vitesse par les portes vitrées de la Résidence de la Victoire, pas assez vite tout de même pour empêcher une bourrasque de poussière gravillonneuse de s’engouffrer avec lui.
Le hall sent le chou bouilli et le vieux paillasson. Sur le mur du fond, on a punaisé une affiche en couleur trop grande pour l’intérieur. Elle ne représente qu’un énorme visage de plus d’un mètre de large, celui d’un bel homme de quarante-cinq ans environ, à l’épaisse moustache noire et aux traits virils.
Winston se dirige vers l’escalier. Il est inutile de chercher à prendre l’ascenseur, qui fonctionne rarement, même en période faste, et en ce moment le courant est coupé en plein jour par mesure d’économie à l’approche de la Semaine de la Haine.
Comme on le voit, la différence de temps est loin d'être la seule et ce n'est peut-être pas la plus significative. Kamoun vise un plus grand naturel, et le temps n'est qu'un des nombreux résultats de ce choix. Dans l'ensemble, sur ce paragraphe, c'est plus réussi que la traduction d'Audiberti que je trouve empesée. Mais je suis à peu près certain qu'on pouvait obtenir la même chose en conservant le passé, les récits naturels au passé sont légion, on en entend tous les jours dans la rue.
Et en revenant au texte d'Orwell :
George Orwell a écrit :It was a bright cold day in April, and the clocks were striking thirteen. Winston Smith, his chin nuzzled into his breast in an effort to escape the vile wind, slipped quickly through the glass doors of Victory Mansions, though not quickly enough to prevent a swirl of gritty dust from entering along with him.
The hallway smelt of boiled cabbage and old rag mats. At one end of it a coloured poster, too large for indoor display, had been tacked to the wall. It depicted simply an enormous face, more than a metre wide: the face of a man of about forty-five, with a heavy black moustache and ruggedly handsome features.
Winston made for the stairs. It was no use trying the lift. Even at the best of times it was seldom working, and at present the electric current was cut off during daylight hours. It was part of the economy drive in preparation for Hate Week.
on voit bien qu'il ne cherche pas (du tout) à oraliser. C'est un style clair et sans apprêt mais tout de même écrit plutôt qu'oral (rien que la début, "it was a bright cold day", nous projette dans un récit, et puis c'est tout de même assez fleuri par endroit : his chin nuzzled into his breast, the vile wind, boiled cabbage and old rag mats, ruggedly handsome, etc.), tout à fait dans la lignée du récit de langue anglaise de l'époque. Le présent en français est un écart, sous ce rapport. On s'éloigne un peu du rendu. Moi j'aurais gardé le passé. (Ça ne veut pas dire que ce n'était pas le bon choix ; d'ailleurs, il n'y a pas de bon choix dans l'absolu.)
Dernière modification par BenjaminP le lun. janv. 26, 2026 2:22 pm, modifié 1 fois.
Harfang2 a écrit : ↑dim. janv. 25, 2026 6:57 pmSur les chemins noirs, Sylvain Tesson, 140 p., ed Galliamard, 2016
...
Enfin, toujours est-il que pour un premier Tesson, j'ai apprécié, mais non sans réserves. Je relirais, sans nul doute, l'auteur, ne serait-ce que pour confirmer - ou infirmer - mes premières impressions.
Oui il est pas mal mais sans plus je trouve. Je te conseille plutot l'Axe du Loup ou Dans les forêts de Sibérie
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